Francisco Franco

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Francisco Franco
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Francisco Franco
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Le général Franco en 1969.

Mandats
Chef de l'√Čtat espagnol
(Caudillo)
1er avril 1939 ‚Äď 20 novembre 1975
(&&&&&&&&&&01338236 ans, 7 mois et 19 jours)
Président du gouvernement Lui-même
Luis Carrero Blanco
Carlos Arias Navarro
Pr√©d√©cesseur Manuel Aza√Īa D√≠az
(Président de la République)
Successeur Juan Carlos Ier
(Roi d'Espagne)
1er président du gouvernement espagnol
(146e chef de gouvernement espagnol)
5 f√©vrier 1939 ‚Äď 9 juin 1973
(&&&&&&&&&&01251234 ans, 3 mois et 4 jours)
Président Lui-même
Prédécesseur Juan Negrín
Successeur Luis Carrero Blanco
Biographie
Nom de naissance Francisco Paulino Hermenegildo Teódulo
Franco y Bahamonde
Date de naissance 4 d√©cembre 1892
Lieu de naissance Drapeau de l'Espagne El Ferrol (Espagne)
Date de d√©c√®s 20 novembre 1975 (√† 82 ans)
Lieu de décès Drapeau de l'Espagne Madrid (Espagne)
Nationalité espagnole
Religion Catholicisme
Signature Francisco Franco Signature.svg

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Chef de l'√Čtat espagnol
Chefs du gouvernement espagnol

Francisco Paulino Hermenegildo Te√≥dulo Franco y Bahamonde, n√© le 4 d√©cembre 1892 √† El Ferrol (Galice) et mort le 20 novembre 1975 √† Madrid, est un militaire et chef de l'√Čtat espagnol. De 1939 √† 1975 il pr√©sida un gouvernement autoritaire et dictatorial avec le titre de Caudillo (guide) : ¬ę General√≠simo Francisco Franco, Caudillo de Espa√Īa por la Gracia de Dios ¬Ľ.

Sommaire

Biographie

Jeunesse et formation (1892 - 1912)

Franco, deuxi√®me d'une famille de cinq enfants, na√ģt le 4 d√©cembre 1892 √† El Ferrol, un port de Galice. V√©ritable ghetto militaire, c'est un milieu fortement marqu√© par la tradition militaire et le d√©vouement √† l'√Čtat, o√Ļ la famille Franco, qui appartient √† la bourgeoisie moyenne[1], vit depuis sept g√©n√©rations. Son p√®re, Don Nicol√°s Franco Salgado-Ara√ļjo, est intendant g√©n√©ral de la Marine. Coureur de jupons, buveur notoire, d'humeur caustique, passant ses soir√©es au casino et aux caf√©s, n'est pas √† l'aise dans le milieu tr√®s conservateur d'El Ferrol. Sa m√®re, Pilar Bahamonde y Pardo de Andrade, est une femme tr√®s pieuse, tr√®s attach√©e √† ses enfants. Francisco est baptis√© dans la paroisse San Francisco du quartier des officiers le 17 d√©cembre 1892.

Il est d'abord envoy√© dans une √©cole priv√©e, puis passe deux ans au coll√®ge du Sacr√©-CŇďur, avant d'entrer √† l'√Čcole de pr√©paration navale. √Čl√®ve moyen, il se destine naturellement √† la Marine, comme sa tradition familiale l'y incite et comme tous les enfants d'El Ferrol. La fermeture de l'√Čcole navale de la ville en 1907 le contraint √† chercher une autre voie. Le 29 ao√Ľt 1907, il entre alors √† l'Acad√©mie d'infanterie de Tol√®de. La m√™me ann√©e, son p√®re est promu √† Madrid, lass√© du milieu militaire ferm√© d'El Ferrol. Ses relations avec sa femme s'√©tant d√©grad√©es, il insiste pour que sa famille ne le suive pas. On apprend peu apr√®s qu'il a une ma√ģtresse en ville : la s√©paration est alors d√©finitive.

Carrière militaire

Une fois sa formation achevée, Franco est affecté à la garnison de Ferrol. Il y mène une vie de garnison, terne et monotone. Dès février 1912, il doit partir pour le Maroc, dans le 8e régiment d'Afrique.

Au Maroc

Le 19 mars 1912, il essuie le premier feu ennemi. D√©termin√© √† sortir de l'anonymat, il demande en 1913 √† √™tre affect√© au r√©giment des r√©guliers indig√®nes, r√©put√© pour sa bravoure mais aussi pour sa loyaut√© incertaine. Il participe √† de nombreuses op√©rations et le 12 octobre, obtient la croix du m√©rite militaire, premi√®re classe. D√®s le mois de mars 1915, il est promu capitaine. Peu √† peu sa l√©gende prend forme : les Maures le pensent invuln√©rable.

Cette r√©putation prend fin en mars 1915 : il est tr√®s gri√®vement bless√© au ventre, au cours d'une attaque contre le fort d'El-Biutz. Il est alors promu commandant, malgr√© l'avis d√©favorable du Haut Conseil militaire. Alphonse XIII a en effet interc√©d√© en sa faveur, √† sa demande. Il re√ßoit le commandement d'un bataillon d'infanterie cantonn√© √† Oviedo, aux Asturies. Franco y d√©couvre pour la premi√®re fois le prol√©tariat, les ouvriers-mineurs, dont les conditions de vie sont mis√©rables. Cette exp√©rience marquera beaucoup ses opinions sociales. Au cours de l'√©t√© 1917, le g√©n√©ral Burguete, gouverneur militaire de la province, d√©cr√®te l'√©tat de guerre en r√©ponse √† de violentes gr√®ves dans les mines. Franco assiste alors √† la r√©pression.

À la Légion

En 1919, Franco rencontre le lieutenant-colonel Jos√© Mill√°n-Astray, dont l'ambition est de cr√©er une unit√© militaire d'√©lite selon le mod√®le fran√ßais de la L√©gion √©trang√®re. En 1920, son projet est accept√©. Mill√°n-Astray offre √† Franco le commandement de la 1re bandera (bataillon), lequel part cantonner √† Ceuta en octobre. Franco impose √† ses l√©gionnaires un entra√ģnement tr√®s strict. Parall√®lement, il se montre impitoyable face aux r√©voltes indig√®nes. Apr√®s le d√©sastre d'Anoual en 1921, il autorise ses hommes √† appliquer la loi du Talion : "√©tat interm√©diaire de la justice p√©nale entre le syst√®me de la vendetta et le recours √† un juge comme tiers impartial et d√©sint√©ress√©". Suite √† ce d√©sastre, il est appel√© √† Melilla pour reconqu√©rir le terrain face √† Abd el-Krim.

En janvier 1922 il est de nouveau affect√© √† Oviedo. Il re√ßoit la m√©daille militaire et est nomm√© lieutenant-colonel. Il profite de sa gloire nouvelle pour demander en mariage Carmen Polo Mart√≠nez-Vald√©s, jeune fille de la bonne bourgeoisie, rencontr√©e lors de sa premi√®re affectation en 1917. Le mariage est report√© suite au d√©c√®s du commandant de la L√©gion : Franco le remplace, sur recommandation du roi. Il se marie finalement le 22 octobre 1923.

C'est √† partir de cette ann√©e 1923 que l'on commence d'ailleurs √† employer le terme de caudillo (chef de guerre lors du Moyen √āge espagnol) pour d√©signer Franco.

Le 13 septembre 1923, Miguel Primo de Rivera a instaur√© un r√©gime dictatorial par un coup d'√Čtat. Face aux difficult√©s rencontr√©es au Maroc, il songe √† un retrait. Pendant les mois de novembre et d√©cembre 1924, Franco doit effectivement superviser l'√©vacuation de Xanten. Sa bonne conduite le fait nommer colonel. Peu apr√®s, Abd el-Krim s'attaque √† des populations fran√ßaises. En r√©ponse, la France s'allie √† l'Espagne. Primo de Rivera approuve un plan de d√©barquement √† Alhucemas. C'est un succ√®s : Franco est √©lev√© au rang de g√©n√©ral de brigade en f√©vrier 1926, ce qui fait de lui le plus jeune g√©n√©ral d'Europe ‚ÄĒ il n'a alors que 34 ans. Quelques mois plus tard na√ģt la fille de Franco, Mar√≠a del Carmen, surnomm√©e Nenuca. Les honneurs se succ√®dent pour lui ; en 1927, il est m√™me charg√© d'accompagner le roi dans son voyage officiel en Afrique.

L'Académie militaire de Saragosse

Le 4 janvier 1928, Primo de Rivera recr√©e l'Acad√©mie g√©n√©rale de Saragosse. Cette fois, il en fait un passage oblig√© pour tous les futurs officiers, et nomme Franco √† sa t√™te. Ce dernier surveille √©troitement d'abord les travaux de construction des b√Ętiments puis, s'inspirant de son exp√©rience tol√©dane, r√©dige lui-m√™me le r√®glement int√©rieur de l'Acad√©mie. Il impose ainsi des chambr√©es de trois cadets ¬ę pour √©viter les mariages ¬Ľ.

Suivant leur appr√©ciation du personnage lui-m√™me, les historiens jugent de mani√®re variable le travail de Franco √† l'Acad√©mie. Il est certain que la nouvelle √©cole militaire est meilleure que l'ancienne, ne serait-ce qu'en raison de l'√©l√©vation du niveau de recrutement (baccalaur√©at √©l√©mentaire). Franco impose l'anonymat des copies au concours d'entr√©e, diminue le nombre d'√©l√®ves par professeur, installe de nombreuses douches, interdit le bizutage. Il sait se faire respecter, voire appr√©cier : 90 % des 720 officiers form√©s par l'Acad√©mie rejoignent ensuite le camp franquiste pendant la guerre civile[r√©f. n√©cessaire].

En juillet 1931, la Seconde R√©publique supprime par d√©cret l'√©cole. Comme l'ensemble du corps enseignant, Franco est plac√© en disponibilit√© forc√©e et surveill√©e. Pour Franco, qui s'√©tait totalement impliqu√© dans la cr√©ation de l'Acad√©mie, c'est l√† un mauvais coup qu'il prend tr√®s mal. Le 14 juillet il exprime son m√©contentement publiquement, en prenant cong√© de la derni√®re promotion de cadets :

¬ę La discipline ne conf√®re aucun m√©rite lorsqu'un ordre nous est agr√©able. La discipline rev√™t sa vraie valeur lorsque nos pens√©es nous conseillent le contraire de ce qu'il nous est ordonn√©, lorsque notre cŇďur cherche √† susciter une r√©bellion int√©rieure, ou lorsqu'un ordre est arbitraire ou erron√©. Telle est la discipline que nous observons. ¬Ľ

Franco essayera d√®s le lendemain de s'excuser aupr√®s de Manuel Aza√Īa, chef du gouvernement, qui voudra bien se contenter de ces explications et √©viter l'affrontement public. Il lui adressera seulement un avertissement discret par une lettre lui exprimant son ¬ę d√©plaisir ¬Ľ. Malgr√© la mod√©ration du propos, il est clair qu'il ne sous-estime pas la personnalit√© du g√©n√©ral. Il note dans son journal qu'il est ¬ę le plus dangereux des g√©n√©raux ¬Ľ, mais il ne veut pas √©largir le foss√© qu'il vient de creuser entre les militaires et lui.

Malgr√© tout, Franco ne participera pas √† la Sanjurjada, tentative de coup d'√Čtat du g√©n√©ral Sanjurjo en ao√Ľt 1932. Ayant suffisamment satisfait aux enqu√™tes de la R√©publique, il est affect√© √† La Corogne comme commandant de la XVe brigade d'infanterie, en f√©vrier 1932. Franco gardera √† Aza√Īa une rancune tenace de cette p√©riode de quarantaine.

Face à la sanjurjada

Article d√©taill√© : Sanjurjada.

Le soul√®vement de la garnison de S√©ville le 10 ao√Ľt 1932, dirig√© par le g√©n√©ral Sanjurjo, bute contre la gr√®ve g√©n√©rale d√©clench√©e par la CNT et le Parti communiste de S√©ville. Cette tentative sera connue sous le nom de ¬ę Sanjurjada ¬Ľ. Sanjurjo est arr√™t√© √† Madrid et condamn√© √† mort puis graci√©, voyant sa peine commu√©e en d√©tention √† vie ; les autres conjur√©s comme le g√©n√©ral Goded et le colonel Varela sont aussi emprisonn√©s. Le gouvernement r√©publicain ne veut pas faire de martyrs.

Franco a eu pendant toute la pr√©paration du complot de fr√©quents contacts avec Sanjurjo. Il entretenait avec ce militaire des liens d'amiti√© nou√©s en Afrique, mais semble d√®s le d√©part avoir pris ses distances. Il racontera plus tard que le hasard lui avait fourni un alibi de poids : il avait pens√© s'√©loigner de la Corogne le jour du coup d'√Čtat pour une promenade de plaisir dans la r√©gion, mais l'officier qui √©tait cens√© le remplacer √©tant tomb√© malade, il dut y renoncer. Aza√Īa qui avait appel√© la r√©gion militaire au t√©l√©phone pour v√©rifier sa pr√©sence, avait eu le soulagement de le trouver √† son poste. Quoi qu'il en soit, √† aucun moment il n'a apport√© son soutien explicite √† ce putsch. Lorsque Sanjurjo lui demande d'assurer sa d√©fense, apr√®s son arrestation, il a ce mot tr√®s dur :

¬ę Je ne vous d√©fendrai pas. Vous m√©ritez la peine de mort, non pas parce que vous vous √™tes soulev√©, mais parce que vous avez √©chou√©. ¬Ľ

Il n'est pas homme √† se lancer dans des aventures incertaines, ni √† les approuver, mais n'en continue pas moins √† lui rendre r√©guli√®rement visite √† la prison o√Ļ il est intern√© : il n'est pas homme non plus √† faillir √† la loyaut√© qu'il croit devoir √† sa caste.

La guerre civile

Article d√©taill√© : Guerre d'Espagne.

La marche vers la guerre

En octobre 1934, le ministre radical, Diego Hidalgo demande √† Franco de prendre la direction des op√©rations contre l'insurrection des socialistes des Asturies (R√©publique Socialiste Asturienne). Le commandement direct est confi√© au g√©n√©ral Lopez Ochoa mais les d√©cisions de l'√©tat-major sont planifi√©es par Franco. En quelques jours, les d√©cisions du futur Caudillo, avalis√©es par la coalition gouvernementale des radicaux et du centre droit, suffisent √† disperser les r√©volutionnaires. Franco appara√ģt alors comme le d√©fenseur de la l√©galit√©, le sauveur de la R√©publique.

Toutefois, dans le climat r√©volutionnaire qui r√®gne en Espagne, Franco para√ģt √™tre l'un des militaires les plus susceptibles de prendre la t√™te d'un nouveau soul√®vement arm√©. Pour cette raison, il est nomm√© gouverneur militaire √† T√©n√©rife aux √ģles Canaries, loin de la p√©ninsule. En fait, Franco est alors peu convaincu par l'opportunit√© d'un coup d'√Čtat. C'est sous la IIe R√©publique qu'il a atteint l'apog√©e de sa carri√®re. Bien que monarchiste d'√©ducation, il est l√©galiste et se satisfait d'une r√©publique bourgeoise, conservatrice et maintenant l'ordre. Seuls les graves d√©sordres r√©gnant depuis 1934 en Espagne lui font changer d'avis {La guerre d'espagne et ses lendemains de Bartolom√© Bennasssar}.

Au lendemain du premier tour des √©lections de f√©vrier 1936, afin de garantir le bon d√©roulement du deuxi√®me tour, Franco insiste aupr√®s du chef de gouvernement et du pr√©sident de la R√©publique pour qu'ils proclament l'√©tat d'exception, ce que refusent les deux hommes qui s'en rapportent √† Manuel Aza√Īa √† qui ils confient le pouvoir[r√©f. n√©cessaire]. Tr√®s vite, les d√©sordres et la violence s'aggravent dans l'Espagne r√©publicaine. Plusieurs officiers sup√©rieurs s'impatientent et se concertent. Ils souhaitent pouvoir compter sur Franco mais celui-ci h√©site. Le 23 juin 1936, Franco √©crit au pr√©sident du Conseil, ministre de la guerre, Santiago Casares Quiroga. Sa lettre de mise en garde l'invitant √† consulter d'urgence les officiers sup√©rieurs, ¬ę les seuls qui puissent emp√™cher la catastrophe ¬Ľ, reste sans r√©ponse. C'est l'assassinat du monarchiste Calvo Sotelo par les jeunesses socialistes qui le fait finalement basculer. Pour Franco, la question est tranch√©e. Le soul√®vement se produit dans la nuit du 17 juillet.

Analyse

La question de la signification de l'attitude de Franco et de l'interpr√©tation √† donner √† ce soul√®vement est controvers√©e et reste encore un sujet de vives discussions politiques en Espagne[2]. Selon l'historien franquiste Ricardo de la Cierva[3] il s'agissait pour Franco de sauver l'Espagne du chaos[4]. Ces interpr√©tations qui remontent √† l'historiographie officielle du r√©gime franquiste ont connu un renouveau dit ¬ę n√©ofranquisme ¬Ľ[5] √† partir des ann√©es 1990, en particulier avec la publication du livre de P√≠o Moa[6] : pour Pio Moa, Franco ne fit que s'opposer √† des projets r√©volutionnaires qui auraient √©t√© men√©s par la gauche depuis 1934. Si Pio Mo a re√ßu le soutien de l'historien Stanley Payne, il fut tr√®s fortement critiqu√© par de nombreux historiens acad√©miques[2]. Tenant une position oppos√©e, des historiens comme Marta Bizcarrondo soulignent le contexte europ√©en qui existait depuis 1933 et la faible confiance que les socialistes espagnols pouvaient avoir en la d√©mocratie. Pour l'historien Bartolom√© Bennassar, il faut consid√©rer ¬ę juillet 1936 comme un processus interactif complexe auquel tous particip√®rent, gauches et droites ¬Ľ[7]. Si aujourd'hui une majorit√© de la communaut√© historienne fait le lien entre la situation depuis 1934 et le soul√®vement de 1936, cela ne l√©gitime pas pour autant √† ses yeux le coup d'√Čtat de juillet. Par ailleurs les √©tudes se sont multipli√©es qui visent √† √©tablir un bilan pr√©cis, d√©gag√© des soucis partisans et des enjeux de m√©moires, car d√®s les ann√©es 1930, la situation avait √©t√© instrumentalis√©e par l'un ou l'autre camp : ainsi Jean-Fran√ßois Berdah sans nier la situation de violence dans l'Espagne au d√©but des ann√©es 1930 fait observer ¬ę Le fait est que la ‚Äúfureur populaire‚ÄĚ a largement √©t√© m√©diatis√©e - et exag√©r√©e - par la presse conservatrice, puis par les thurif√©raires de l‚ÄôEspagne franquiste, en Espagne comme √† l‚Äô√©tranger, tant l‚Äôopposition √† la jeune d√©mocratie suscitait d‚Äôaversion ¬Ľ[8]. Si l'unanimit√© n'existe pas encore sur les bilans √©tablis, il faut distinguer le d√©bat scientifique de ses extensions politiques et de sa perception par le grand public, la marche √† la guerre est encore un enjeu de m√©moire fort dans l'Espagne contemporaine[2].

Chef des nationalistes

Franco se voit attribuer l'arm√©e du Maroc, forte de 30 000 hommes aguerris, v√©ritable fer de lance du complot. La mort de Sanjurjo, chef historique de l'opposition monarchiste, et les √©checs des g√©n√©raux Goded et Fanjul √† Barcelone et Madrid propulsent Franco sur le devant de la sc√®ne.

Le pronunciamiento √©choue par manque d'adh√©sion de l'arm√©e : sur 21 g√©n√©raux de division, seuls 4 se rallient au soul√®vement. C'est √† ce moment que les milices ouvri√®res, qui ne croient pas en la capacit√© du gouvernement √† faire face, entrent en sc√®ne. Le conflit se transforme alors en une guerre civile.

Francisco Franco se d√©cide alors √† acheter 12 avions italiens, pay√©s par son ami le banquier Joan March, ainsi que des Junkers allemands, afin d'√©tablir un pont a√©rien reliant le Maroc √† S√©ville. Au mois d'ao√Ľt, il lance un convoi naval √† partir de Ceuta, for√ßant ainsi le blocus √©tabli par la R√©publique. Encore une fois, il est servi par la division de ses adversaires : d√©sorganis√©e par les mutineries socialistes et anarchistes au sein des √©quipages, la flotte gouvernementale ne peut arr√™ter le convoi de Franco. Il r√©ussit ainsi √† transporter 23 400 hommes.

Jusqu'alors, Franco reste neutre sur la nature du r√©gime qu'il entend donner √† l'Espagne. Sa d√©claration du 21 juillet 1936 s'ach√®ve m√™me par ¬ę vive l'Espagne et vive la R√©publique ¬Ľ : le Mouvement est principalement dirig√© contre le Front populaire, coupable selon Franco et ses partisans de semer la violence et le d√©sordre, et non la R√©publique √† proprement parler. Lors de la cr√©ation de la ¬ę Junte de d√©fense nationale ¬Ľ, le 23 juillet, on ne rel√®ve √©galement aucune indication sur le r√©gime souhait√©, ni aucune connotation religieuse.

Tr√®s vite, les exc√®s surviennent. Le 1er ao√Ľt, Franco confie √† Juan Yag√ľe trois colonnes, charg√©es d'effectuer la jonction avec l'arm√©e du Nord, en passant par l'Estr√©madure. Yag√ľe est un ancien camarade de l'Acad√©mie de Tol√®de. Le 14 ao√Ľt, il s'empare de Badajoz, o√Ļ il fait fusiller entre 500 et 4 000 prisonniers de guerre[9]. Alors que la presse internationale se scandalise, Franco f√©licite Yag√ľe, lequel menace Madrid en septembre. Parall√®lement, le cabinet Giral chute, remplac√© par celui de Francisco Largo Caballero.

Alors que la guerre civile para√ģt devoir prendre fin rapidement, Franco d√©cide, √† l'√©tonnement g√©n√©ral, de suspendre la marche sur Madrid. Il d√©tourne l'arm√©e d'Afrique pour porter secours aux d√©fenseurs de l'Alcazar de Tol√®de. De ce fait, il sacrifie un objectif militaire au profit d'un geste politique. La l√©gende des cadets de l'Alcazar constituera l'un des √©l√©ments de la mythologie franquiste. On a pu √©galement sugg√©rer qu'il √©tait de l'int√©r√™t de Franco de faire durer la guerre, afin de mieux ¬ę nettoyer ¬Ľ le terrain, ainsi que pour raffermir son pouvoir personnel au sein de la junte. Il est ainsi av√©r√© que Franco a refus√© toute m√©diation durant la guerre, m√™me celles √©manant du Saint-Si√®ge.

Le 21 septembre, la Junte de d√©fense se r√©unit, et Franco est nomm√© g√©n√©ral en chef pour la dur√©e de la guerre, mais son fr√®re Nicol√°s, √† l'insu des autres g√©n√©raux, publie une version alt√©r√©e du texte o√Ļ les pouvoirs du Caudillo apparaissent comme permanents. Le 28, la fonction de chef de l'√Čtat lui est adjointe par d√©cret. Le 1er octobre, √† Burgos, il est investi des pleins pouvoirs. L'√©v√™que de Salamanque compare le Mouvement √† une croisade, introduisant ainsi un motif religieux jusque-l√† absent.

Durant ce mois, les grandes puissances europ√©ennes, malgr√© les accords de non-intervention, s'engagent dans la guerre civile. L'Union sovi√©tique par ses chars (peu nombreux) et les Brigades internationales (2 000 hommes au d√©but) appuient le Front populaire et ses d√©fenseurs ‚ÄĒ CNT et FAI (anarchiste), POUM (marxiste), PC (staliniste), UGT (socialiste). En face, l'Allemagne nazie et l'Italie fasciste se rangent dans le camp de l'insurrection militaire en envoyant d'importants contingents d'hommes et de mat√©riels. Le 26 avril 1937, jour de march√©, une centaine d'avions de la l√©gion Condor (Luftwaffe) proc√®de au bombardement de la ville basque de Guernica, sans motif militaire autre que celui de terroriser une population acquise au gouvernement r√©publicain. C'est la premi√®re fois qu'une ville europ√©enne est soumise √† un tel traitement. Sur les 7 000 habitants, 1 645 sont tu√©s et 889 bless√©s, selon les chiffres du Gouvernement basque.

Le 3 juin, Emilio Mola meurt dans un accident, laissant Franco sans rival. √Ä la t√™te de l'arm√©e, avec le titre de g√©n√©ralissime, il prend peu √† peu le contr√īle de l'Espagne. Un manque chronique d'effectifs le pousse √† enr√īler de force dans les r√©gions qu'il contr√īle. On compte √©galement de nombreux engagements volontaires, 60 000 par exemple pour les Canaries. Il recrute √©galement des alfereces (sous-lieutenants) provisoires : il s'agit d'√©tudiants ou de jeunes cadres b√©n√©ficiant d'une formation militaire acc√©l√©r√©e. 30 000 sont ainsi recrut√©s pendant la guerre. Sur ce chiffre, un tiers demeurera dans l'arm√©e, le reste constituant les futurs cadres du r√©gime franquiste.

La guerre civile se termine le 1er avril 1939, apr√®s la bataille de l'√ąbre (de juillet‚Äďoctobre 1938), qui sonne le glas des espoirs r√©publicains, et la conqu√™te de la Catalogne (f√©vrier 1939). Franco se retrouve seul ma√ģtre de l'Espagne et il devient officiellement ¬ę chef de l'√Čtat ¬Ľ. Il impose alors une dictature empirique sur les principes du national-catholicisme. Les d√©mocraties ne tardent gu√®re d'ailleurs √† reconna√ģtre le nouveau r√©gime et la France envoie le mar√©chal P√©tain comme premier ambassadeur d√®s le d√©fil√© de la victoire √† Madrid.

√Ä la fin de la guerre civile, on d√©nombre plus de 150 000 soldats morts durant les combats (autant de civils). Plus de 440 000 r√©publicains espagnols se sont r√©fugi√©s en France (comptabilis√©s au 9 mars 1939) puis encore des dizaines de milliers d'autres les rejoignent, contraints √† l'exil pour √©chapper √† la terrible r√©pression qui s'abat alors sur l'Espagne (plus de 30 000 ex√©cutions sommaires). Des estimations r√©centes donnent le chiffre de plus de 200 000 personnes fusill√©es ou mortes suite aux mauvais traitements dans les prisons franquistes et dans les camps de concentration franquistes de Miranda de Ebro, Albatera, Castuera et Los Almendros, entre autres, apr√®s 1939[10].

Les idées du général Franco

Conscient de son inexp√©rience en mati√®re politique[r√©f. n√©cessaire], Franco s'appuya sur son beau-fr√®re, Ram√≥n Serrano S√ļ√Īer, la Phalange et l'√Čglise catholique, ralli√©e √† son camp apr√®s les massacres anticl√©ricaux de 1936, sans oublier les monarchistes (carlistes, conservateurs et autres).

En revanche, Franco n'est ni phalangiste, ni carliste, ni fasciste, ni lib√©ral, ni d√©mocrate-chr√©tien. Ce n'est pas un id√©ologue mais un militaire conservateur, d√©√ßu tout √† la fois par Alphonse XIII et par la R√©publique[11]. Sa tactique repose sur son prestige personnel. Elle consiste √† s'entourer de toutes les familles id√©ologiques de son camp et √† arbitrer leurs conflits sans jamais souscrire personnellement √† aucune tendance. Sa conception de la soci√©t√© et de l'√Čtat est dans la lign√©e de la pens√©e de Juan Donoso Cort√©s[12]. Il voulait un √Čtat et un gouvernement en accord avec les anciens principes de l'√Čglise catholique. L'anticommunisme constitue l'autre grand pilier de sa politique. Franco consid√®re insens√©e la guerre mondiale qui oppose les peuples de l'Europe au seul profit de l'Union sovi√©tique. Il lui para√ģt qu'il y a deux guerres: une, l√©gitime, celle de l'Europe contre le communisme (ce qui explique l'envoi de la Division bleue en r√©ponse aux Brigades internationales), l'autre, ill√©gitime, entre les Alli√©s et l'Axe. Selon l'historien am√©ricain Robert Paxton, Franco √©tait ¬ę d'une hostilit√© maladive √† la d√©mocratie, au lib√©ralisme, au s√©cularisme, au marxisme et tout sp√©cialement √† la franc-ma√ßonnerie ¬Ľ[13].

L'Espagne sous le franquisme (1939 - 1975) : la dictature du g√©n√©ral Franco

Armoiries de l'Espagne franquiste
Article d√©taill√© : Espagne franquiste.

La Seconde Guerre mondiale

Durant la Seconde Guerre mondiale, l'Espagne reste officiellement neutre mais soutient l'Allemagne au d√©but de la guerre : en juin 1941, Franco envoie une division de volontaires sur le front de l'Est contre l'Union sovi√©tique (cette unit√© appel√©e Divisi√≥n Azul, ou Division Bleue, qui combat sur le front de L√©ningrad) ; en ao√Ľt de la m√™me ann√©e, il autorise le r√©gime nazi √† recruter 100 000 ouvriers espagnols ¬ę volontaires ¬Ľ pour aller travailler en Allemagne; les navires de guerre allemands peuvent se ravitailler et √™tre r√©par√©s dans les ports espagnols ; les services secrets espagnols et allemands collaborent pour recueillir des renseignements sur les Alli√©s ; l'Espagne fournit le tungst√®ne indispensable √† l'industrie d'armement allemande. L'Allemagne avait elle-m√™me soutenu le camp nationaliste pendant la guerre civile.

Un faux allié des nazis

L'Espagne ne s'engagea finalement pas militairement aux c√īt√©s de l'Allemagne en octobre 1940 comme le souhaitait Ram√≥n Serrano S√ļ√Īer, ministre des Affaires √©trang√®res jusqu'en 1942 et beau-fr√®re de Franco. Pour Bartolom√© Bennassar, Franco gagnait du temps et laissait se faire les luttes d'influence au sein de son gouvernement. Franco reprochait aussi aux Allemands de s'√™tre livr√©s √† des bombardements excessifs et inutiles sur le territoire espagnol, m√™me si c'√©tait soi-disant pour l'aider √† prendre le contr√īle du pays. De toutes fa√ßons, Franco arguait ne pas avoir les moyens d'engager l'arm√©e au c√īt√© de l'Allemagne alors que le pays √©tait en pleine r√©pression.

√Ä la suite d'une visite de Himmler, le 13 mai 1941, Franco √©mit une circulaire visant √† ficher les 6 000 Juifs d'Espagne en pr√©cisant leurs convictions politiques, modes de vie et ¬ę niveau de dangerosit√© ¬Ľ[14]. La liste fut ensuite remise √† l'ambassade d'Allemagne.

√Ä son retour d'Hendaye o√Ļ il a rencontr√© Franco, Hitler exprime son exasp√©ration √† son encontre (qui l'a d'ailleurs fait attendre en gare). De plus, Hitler ne voulait pas m√©contenter le mar√©chal P√©tain, dirigeant d'un pays aux richesses abondantes, pour obtenir le maigre appui d'une Espagne exsangue. De nombreux Juifs passeront la fronti√®re pyr√©n√©enne pour se r√©fugier en Espagne, avant, pour certains, de gagner d'autres pays.

Devant les pressions am√©ricaines (les √Čtats-Unis fournissent le p√©trole √† l'Espagne), les probl√®mes √©conomiques soulev√©s par l'autarcie sur laquelle essaie de s'appuyer le r√©gime, et la r√©sistance victorieuse de la Grande-Bretagne, Franco reste en retrait et abandonne peu √† peu tout soutien aux forces de l'Axe √† partir de l'√©t√© 1943. Son meilleur alli√© est √† l'√©poque Ant√≥nio de Oliveira Salazar, pr√©sident du Conseil portugais, bien que les relations personnelles entre les deux hommes soient rest√©es tendues. Salazar √©tait soutenu par les Britanniques.

La Guerre Froide : l'Espagne dans le camp occidental

Article d√©taill√© : Guerre froide.

√Ä la fin de la guerre, le r√©gime est tr√®s fragile : en 1944-1949, l'arm√©e espagnole est oblig√©e de repousser l'invasion du maquis r√©volutionnaire constitu√© en France[r√©f. n√©cessaire]. La situation √©conomique laiss√©e par la guerre est d√©sastreuse. Le r√©gime de Franco est condamn√© quasi unanimement par la communaut√© internationale. C'est ainsi que la toute nouvelle ONU qualifiera ce r√©gime de ¬ę gouvernement fasciste de Franco impos√© par la force au peuple espagnol ¬Ľ (R√©solution 39-1 du 12 d√©cembre 1946). Cependant, d√®s 1945, les Britanniques √©pargnent et soutiennent indirectement le r√©gime franquiste contre les Fran√ßais qui soutiennent l'isolement de l'Espagne (isolement approuv√© lors de la conf√©rence de Potsdam). √Ä partir du discours sur le rideau de fer, l'Espagne va appara√ģtre vite comme un rempart contre le communisme aux yeux des Anglo-Saxons et les rapports se d√©tendent. Le r√©gime reprend contact avec les Britanniques et les Am√©ricains via son ambassade au Portugal et postule √† l'OTAN au d√©but des ann√©es cinquante. Franco autorise les √Čtats-Unis √† implanter 4 bases sur le territoire espagnol en septembre 1953 (trait√© hispano-am√©ricain).

L'influence des touristes

C'est l'√©poque o√Ļ le flot de touristes venus de France, d'Allemagne, de Suisse, des √Čtats-Unis d'Am√©rique et du Royaume-Uni, commence √† se d√©verser sur les rivages espagnols, √† y acqu√©rir ou faire construire des r√©sidences secondaires tandis que les r√©fugi√©s cubains ach√®tent des commerces, profitant des prix peu √©lev√©s et de la s√©curit√©. La mentalit√© de ces dizaines de millions d'Europ√©ens du nord, venus en vacances, influe fortement sur les jeunes Espagnols auxquels ils se m√™lent, notamment au niveau des mŇďurs. Les derniers pistoleros disparaissent des montagnes recul√©es jusqu'alors insoumises, pr√©f√©rant jouer de l'orgue de barbarie dans les zones touristiques.

Franco et le président Dwight Eisenhower à Madrid en 1959

Le r√©gime gagne en l√©gitimit√©[r√©f. n√©cessaire] et se lib√©ralise. L'Espagne entre √† l'ONU en 1955 puis le pr√©sident am√©ricain Dwight Eisenhower, un des grands vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale, vient en Espagne en 1959 et d√©file triomphalement √† Madrid au c√īt√© de Franco.

La loi sur les principes fondamentaux du Mouvement national est votée le 17 mai 1958 alors que le régime évolue et quitte définitivement ses oripeaux fascistes sous l'influence de l'Opus Dei.

Dans les années 1960, le régime se libéralise sur le plan économique, et le pouvoir de Franco est désormais considéré comme établi.

Les infrastructures (chemins de fer et r√©seaux routiers) sont modernis√©es et un gigantesque syst√®me hydraulique (barrages et irrigation) est construit pour contrer les effets de la s√©cheresse. L'agriculture espagnole atteint alors un d√©veloppement colossal pr√©parant son entr√©e dans le March√© commun en 1986. Le taux de croissance atteint alors 8 % par an. √Ä la veille de la mort de Franco, l'Espagne est un pays dot√© d'une large classe moyenne, un pays modernis√©, plac√© au 9e rang des nations industrialis√©es.

La fin du régime franquiste

Le général Franco en 1969

En 1969, c'est devant les Cortes Generales que Franco désigne Juan Carlos pour lui succéder à sa mort, en tant que roi d'Espagne.

Au d√©but des ann√©es 1970, malade, Franco se r√©sout √† nommer un pr√©sident du gouvernement. Il choisit son bras droit, l'amiral Luis Carrero Blanco, mais celui-ci est tu√© dans un attentat de l'organisation basque ETA le 20 d√©cembre 1973 √† Madrid.

Sainte-Croix del Valle de los Caidos
Sépulture du général Franco

De plus en plus affect√© par la maladie de Parkinson qui le ronge depuis 1969, Franco est victime d'un refroidissement en 1975, puis d'une h√©morragie interne qui entra√ģne son transfert √† l'h√īpital de la Paz. Il sera maintenu en vie artificiellement afin, selon certains auteurs, que le prince Juan Carlos accepte le 30 octobre d'assumer les fonctions de chef de l'√Čtat. Malgr√© sa maladie, il signe les derni√®res sentences √† la peine de mort de 8 activistes d'ETA et du FRAP, et autorise le retrait du sud du Maroc. Depuis le 14 novembre Francisco Franco est inconscient. Sa fille Nenuca et sa petite-fille Mariola persuadent les m√©decins de d√©brancher les appareils qui le maintiennent en vie. Francisco Franco expire le 20 novembre 1975 √† 5 h 20 du matin, 39 ans jour pour jour apr√®s Primo de Rivera. Un communiqu√© annonce la mort : ¬ę Maladie de Parkinson, cardiopathie, ulc√®re digestif aigu et r√©current avec h√©morragies abondantes et r√©p√©t√©es, p√©ritonite bact√©rienne, insuffisance r√©nale aig√ľe, thrombophl√©bite, broncho-pneumonie, choc endotoxique et arr√™t cardiaque. ¬Ľ

Sur ordre du Roi, Franco est inhumé à la basilique Sainte-Croix del valle de los Caídos.

Officiellement rétablie en 1947, la monarchie retrouve un roi après sa mort en la personne de Juan Carlos Ier, petit-fils d'Alphonse XIII.

Postérité

L'h√©ritage principal de Franco est le retour de la monarchie en Espagne mais aussi indirectement le terrorisme de l'ETA et la situation du Sahara occidental. Trois autres principes impos√©s par le Caudillo √† son successeur ont √©t√© respect√©s pendant le processus de transition :

  • seuls les Cortes franquistes et le Mouvement national (parti unique) peuvent d√©cider de leur propre dissolution, qui fut achev√©e le 1er avril 1977.
  • aucune chasse aux sorci√®res contre des militaires ou des membres de l'administration ne serait effectu√©e en cas de d√©mocratisation du r√©gime.
  • l'unit√© de l'Espagne (¬ę Una, Grande, Libre ¬Ľ) doit √™tre maintenue, ce qui signifie pas d'ind√©pendance pour la Catalogne espagnole, ni pour le Pays basque espagnol (n√©anmoins, l'√©tablissement des Communaut√©s autonomes (Autonom√≠as) sera inscrit dans la nouvelle Constitution de 1978).

Sur le plan culturel, le vent de libert√© que l'Espagne a connu apr√®s la fin du franquisme aboutit logiquement √† une lib√©ration. Elle est accompagn√©e d'une √©bullition cr√©atrice avec l'apparition d'une nouvelle g√©n√©ration de cr√©ateurs et d'artistes ; ce mouvement √† l'av√®nement des ann√©es 1980 fut appel√© Movida.

Projet de recommandation de condamnation du régime par le Conseil de l'Europe (2006)

Le 4 novembre 2005, un projet de Recommandation √©manant de la Commission des questions politiques de l'assembl√©e parlementaire du Conseil de l'Europe d√©clare la ¬ę N√©cessit√© de condamner le franquisme au niveau international ¬Ľ[15].

Ce projet, qui devrait √™tre d√©battu en mars en commission permanente de l'assembl√©e, soutient que ¬ę la violation des droits de l'homme n‚Äôest pas une affaire interne qui ne concerne que l'Espagne seule ¬Ľ, raison pour laquelle ¬ę le Conseil de l‚ÄôEurope est pr√™t √† engager un d√©bat s√©rieux sur ce sujet au niveau international ¬Ľ.

En outre, le projet de rapport recommande au Conseil des Ministres de d√©clarer le 18 juillet 2006 comme journ√©e officielle pour condamner le r√©gime franquiste.

Toponymie franquiste

Plaque ¬ę General Franco ¬Ľ

Le régime de Franco a laissé de nombreuses traces dans le paysage urbain espagnol, à l'exception des régions autonomes de Catalogne et du Pays basque, particulièrement touchées durant la guerre civile et la dictature.

Si beaucoup de rues au nom du Caudillo ou du General√≠simo ont √©t√© d√©baptis√©es au d√©but des ann√©es 1980, de nombreuses art√®res, notamment dans les villes moyennes, continuent de c√©l√©brer Franco ou ses alli√©s (par exemple Jos√© Antonio Primo de Rivera, le g√©n√©ral Mola, le G√©n√©ral Sanjurjo).

Plaque ¬ę General√≠simo ¬Ľ
Statue √©questre de Franco devant l'h√ītel de ville de Santander (Cantabrie)

Ainsi Le√≥n, Gij√≥n, Santander, Santa Cruz de T√©n√©rife ou Puerto de la Cruz (T√©n√©rife) ont gard√© leur toponymie franquiste jusqu'√† la fin des ann√©es 2000.

Des monuments continuent également de célébrer Franco, ses alliés et ses victoires (Arco de la Victoria à Madrid, divers monuments aux morts, l'Alcazar de Tolède).

En juillet 2002, le monument √©questre repr√©sentant Franco, situ√©e durant 35 ann√©es sur la Plaza de Espa√Īa, sa ville natale du Ferrol (El Ferrol del Caudillo), fut d√©boulonn√© √† l'aube du 5 juillet pour √™tre transf√©r√© √† l'arsenal militaire. La municipalit√© avait pr√©vu la construction d'un stationnement de 625 places en sous sol.

En 2004, le nouveau gouvernement socialiste espagnol a proposé une loi de réparation envers les victimes de la guerre et de la dictature. Il a demandé également que la toponymie et tous les symboles franquistes subsistant soient retirés de la voie publique. Les opposants à cette dernière proposition dont Felipe González parlent de combat d'arrière-garde et rappellent que ces monuments font partie de l'héritage espagnol, pour le meilleur et pour le pire.

Dans la nuit du 16 au 17 mars 2005, √† 1 h 00 (GMT) sur d√©cision du conseil des ministres, la statue √©questre de Franco au centre de Madrid a √©t√© d√©boulonn√©e et transf√©r√©e dans un hangar √† l'abri des regards.

Le 8 novembre 2005, sa statue (inaugur√©e en 1977 pour comm√©morer son action en tant que colonel de la L√©gion apr√®s le d√©sastre d'Anoual en 1921), situ√©e dans la ville de Melilla fut d√©plac√©e de 50 m√®tres pour permettre la r√©alisation de travaux publics. Le gouvernement (conservateur) de la cit√© autonome de Melilla a refus√© qu'elle quitte la voie publique et soit transf√©r√©e au mus√©e militaire comme le r√©clamait l'opposition locale. En d√©cembre 2008, sa derni√®re statue √©questre situ√©e √† Santander est √† son tour d√©boulonn√©e de la place o√Ļ elle se situait dans le cadre d'une r√©novation urbaine. Elle sera r√©install√©e au sein du futur mus√©e de la Cantabrie.

Monnaie et timbres

Pièces de 10 centimes à l'effigie de Franco (1959)

Le portrait de Franco a figuré sur de nombreuses pièces de monnaie et timbres-poste espagnols. Toutes les pièces à son effigie ont été retirées de la circulation le 1er avril 1997.

Littérature et cinéma

Il publia sous son nom en 1922 le livre Diario de una bandera (journal d'un drapeau)[16]. Sous le pseudonyme de Jaime de Andrade, Franco écrivit la nouvelle Raza (Race), qui inspira le film du même nom en 1942. Sous le pseudonyme de Jakim Boor, il publia une série d'articles antimaçonniques dans les journaux de l'après-guerre, réunis par la suite dans un livre sous le titre de Masonería (Maçonnerie)[17].

Les Espagnols et Franco trente ans après sa mort

Au moment du trenti√®me anniversaire de la mort de Franco, une enqu√™te de l‚Äôinstitut Opina du 17 novembre 2005[18], est publi√©e pour conna√ģtre l‚Äôopinion de la soci√©t√© espagnole sur la figure historique de Franco, l‚Äôh√©ritage de son r√©gime et le risque de r√©p√©ter cette p√©riode. √Ä la question sur le jugement qu'ils portent sur la dictature de Franco, 63,7 % la jugent n√©gative, 23 % sont sans opinion et 13,3 % la jugent positive.

Selon un sondage de la radio de gauche Cadena SER publi√© le 18 novembre 2005, 55,5 % des Espagnols d√©clarent √©prouver de l'¬ę indiff√©rence ¬Ľ envers le dictateur, 29,8 % du ¬ę rejet ¬Ľ et 7,6 %, de la ¬ę nostalgie ¬Ľ.

Une enqu√™te du Centre d'enqu√™tes sociologiques rel√®ve que 65,9 % des Espagnols consid√®rent que les victimes de la guerre civile ont re√ßu ¬ę une reconnaissance diff√©rente selon le camp auquel ils appartenaient ¬Ľ, mais estiment √† 72,9 % qu'un ¬ę hommage doit les inclure toutes ¬Ľ.

Sa famille

  • Nicol√°s Franco (1891-1977) : son fr√®re a√ģn√©. Ing√©nieur naval, fonctionnaire du minist√®re de la Marine, il est devenu le principal conseiller du Caudillo au d√©but de la guerre civile. Il termine sa carri√®re comme Ambassadeur √† Lisbonne puis comme homme d'affaires.
  • Mar√≠a del Pilar Franco (1894-1989) : sa sŇďur. Membre des phalanges espagnoles, elle ne joua cependant aucun r√īle politique. Ses deux livres de souvenirs personnels publi√©s en pleine transition d√©mocratique ont √©t√© des best-sellers.
  • Ram√≥n Franco (1896-1938) : son fr√®re cadet. Aviateur c√©l√®bre et populaire, de convictions r√©publicaines qui le conduisent en prison sous la dictature de Miguel Primo de Rivera, il n'en rallie pas moins son fr√®re a√ģn√© qu'apr√®s juillet 1936. Il meurt le 28 octobre 1938 dans un accident d'hydravion (appareil italien Cant-Z506[19]).
  • Ram√≥n Serrano S√ļ√Īer (1901-2003) : son beau-fr√®re. Il a √©pous√© Zita, la sŇďur de Carmen Polo. Impliqu√© dans le pronunciamiento de 1936, il est emprisonn√© par les r√©publicains. √Čvad√© en f√©vrier 1937, il supplante Nicol√°s Franco comme conseiller et ministre du Caudillo. Proche du fascisme italien, il est √©loign√© √† partir de 1942.
  • Mar√≠a del Carmen Polo Mart√≠nez-Vald√©s (1902-1988) : son √©pouse. Apr√®s avoir rencontr√© Franco en 1917, elle l'√©pouse en 1923 et en 1926, donne naissance √† leur seul enfant, Mar√≠a del Carmen. Elle est morte √† Madrid en 1988.
    • Carmen, duchesse de Franco (Mar√≠a del Carmen Ramona Felipa de la Cruz Franco Polo) : sa fille. Elle a √©pous√© Crist√≥bal Mart√≠nez Bordi√ļ, marquis de Villaverde le 10 avril 1950. Elle vit aujourd'hui surtout √† Miami (Floride). Elle dirige La fondation Franco, fond√©e en 1977. Ses objectifs ont pour but de veiller sur la m√©moire de son p√®re.
      • Carmen Mart√≠nez-Bordi√ļ, sa petite-fille, a√ģn√©e des enfants de Carmen. Elle avait √©pous√© en premi√®re noce Alphonse de Bourbon, duc de Cadix, cousin du roi d'Espagne Juan Carlos et a√ģn√© des Bourbons.
        • Leur fils Louis de Bourbon est aujourd'hui le pr√©tendant l√©gitimiste √† la couronne de France. Il est √† la fois l'arri√®re-petit-fils de Franco et l'arri√®re-petit-fils du roi d'Espagne Alphonse XIII.

Notes et références

  1. ‚ÜĎ Franco sera re√ßu dans l'Ordre de Malte avec les preuves de noblesse de sa famille
  2. ‚ÜĎ a, b et c Jean Meyer, ¬ę M√©moires et histoires : la nouvelle guerre civile espagnole ¬Ľ, Esprit, 2006.
  3. ‚ÜĎ Bernard Bessi√®re, La culture espagnole: les mutations de l'apr√®s-franquisme (1975-1992), √©d. L'Harmattan, 1992, extrait en ligne
  4. ‚ÜĎ Ricardo de la Cierva, El 18 de Julio no fue un golpe militar fascista, 2000.
  5. ‚ÜĎ Mari Carmen Rodriguez, Guerre de la m√©moire en Espagne, in Carola H√§hnel-Mesnard, Marie Li√©nard-Yeterian, Cristina Marinas, Culture et m√©moire: repr√©sentations contemporaines de la m√©moire dans les espaces m√©moriels, les arts du visuel, la litt√©rature et le th√©√Ętre √©d. √Čcole Polytechnique, 2008, p. 153, extrait en ligne
  6. ‚ÜĎ Pio Moa, Los mitos de la guerra civil, 2003
  7. ‚ÜĎ Cit√© par Jean Meyer, Esprit, 2006 Eurozine - M√©moires et histoires : la nouvelle guerre civile espagnole
  8. ‚ÜĎ J.-F. Berdah, √Čpuration et r√©pression politique en Espagne pendant la guerre d‚ÄôEspagne et la post-guerre (1936-1945), Amnis, 2003 version PDF
  9. ‚ÜĎ P√≠o Moa, Los Mitos de la guerra civil, Madrid, 2003.
  10. ‚ÜĎ Camps de concentration franquistes, Wikip√©dia hispanophone.
  11. ‚ÜĎ Michel del Castillo, le temps de Franco, 2008
  12. ‚ÜĎ Arnaud Imatz, Franco y Jos√© Antonio, NRH, num√©ro 25, 2006.
  13. ‚ÜĎ Robert O. Paxton, Le Fascisme en action, Paris, Seuil, 2004, p. 254
  14. ‚ÜĎ El Pa√≠s, ¬ę La lista de Franco para el Holocausto ¬Ľ, 20 juin 2010
  15. ‚ÜĎ Assembl√©e parlementaire du Conseil de l'Europe
  16. ‚ÜĎ Francisco Franco, Diario de una bandera, Texte en ligne
  17. ‚ÜĎ Jakim Boor (Francisco Franco), Masoner√≠a, Texte en ligne
  18. ‚ÜĎ PROYECTO AS
  19. ‚ÜĎ voir Philippe Conrad et al., p.58

Voir aussi

Bibliographie

Articles connexes

Liens externes

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