Francesco Di Marco Datini

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Francesco Di Marco Datini

Francesco di Marco Datini

Sa statue Ă  Prato

Francesco di Marco Datini (1335 - 1410), né et mort à Prato, en Toscane, était négociant, banquier, producteur de laine et spéculateur. La société qu'il a fondée et entretenue pendant des décennies a surtout été active dans la Méditerranée occidentale mais également en Angleterre, dans les Flandres et en Crimée. Elle a dirigé de nombreuses autres sociétés dans leur regroupement[1]. Cette structure a été préférée surtout par les grossistes toscans mais seuls quelques-uns se sont aventurés dans le secteur bancaire ou la spéculation sur les devises.

Toutefois, Datini est devenu cĂ©lĂšbre d'une part par une fondation pour les pauvres de Prato qui existe encore aujourd'hui et d'autre part du fait que quasiment toute sa correspondance a pu ĂȘtre conservĂ©e, soit au total environ 152 000 lettres dont 11 000 privĂ©es. Elle est la base pour un des plus importants instituts scientifiques de l'histoire Ă©conomique du Moyen Âge tardif[2] et donne des aperçus trĂšs prĂ©cis du quotidien de l'Ă©poque.

Sommaire

Biographie

Francesco naquit Ă  Prato, en 1335. Son pĂšre et sa mĂšre qui tenaient taverne en cette citĂ© toscane Ă©tant mort de la peste noire, il vĂ©cut alors avec son autre frĂšre sous la fĂ©rule d’un tuteur acariĂątre et de Piera Boschetti qu'il appellera sa mĂšre de remplacement.

Son installation Ă  Avignon

Ayant exigĂ© sa part d’hĂ©ritage, il quitta sa ville natale pour Pise et, de lĂ , il partit s’installer Ă  Avignon. Il arriva dans la citĂ© des papes le 21 fĂ©vrier 1358. Francesco, qui avant son dĂ©part de Toscane avait liĂ© de solides relations dans sa province, mit en place un rĂ©seau de petites affaires entre l’Italie et Avignon.

Un négociant avisé

De 1363 à 1365, il s’associa avec Niccoli di Bernardo pour vendre, auprùs de la Cour pontificale, des articles venus des villes lombardes et toscanes. On aurait pu croire le moment mal choisi.

En effet, le 17 avril 1363, Urbain V, aprĂšs avoir Ă©tĂ© informĂ© de la victoire de Solaro remportĂ© sur les Visconti, annonça son intention de retourner Ă  Rome. Le lendemain, pour respecter le principe de l’indigĂ©nat Foulques Ier d’Agoult fut renommĂ© SĂ©nĂ©chal de Provence par la Reine Jeanne en remplacement de Ruggero San-Severino.

Personne ne se serait risquĂ© Ă  prĂ©dire Ă  Datini un brillant avenir commercial avec un pape sur le dĂ©part et un sĂ©nĂ©chal d'origine provençale. Un an plus tard, il fonda une sociĂ©tĂ© au capital de 5 000 florins pour commercer avec Florence avec un nouvel associĂ©, le Florentin Toro di Alberto. Cette association allait durer cinq ans. Le temps pour lui de devenir le plus important et le plus riche marchand de son Ă©poque.

Une seule devise : « Au nom de Dieu et du profit Â»

Éclectique dans ses affaires, il faisait venir des armures de Milan et des armes de LiĂšge, il s’approvisionnait en broderie venue de Flandre ou de Venise et en lainage de Florence. L’indispensable nĂ©gociant faisait aussi venir de cette citĂ© des coffres peints, des Ă©maux, des ornements sacerdotaux, de CrĂ©mone, des draps fins, de GĂȘnes, des voiles de coton, de Venise, des soieries, d’Espagne, des Ă©pices.

Pour satisfaire sa clientĂšle il vendit aussi des toiles de Bourgogne et de Bourg-en-Bresse, des chaperons de couleur de Paris, de la laine d’Arles, de l’huile de BĂ©ziers, du blĂ© de NĂźmes, et des objets mĂ©talliques de Lyon.

Francesco devint le fournisseur des prĂ©lats le plus en vue de la Curie et du SacrĂ© CollĂšge. Il entretint d’excellentes relations avec la famille de GrĂ©goire XI, en particulier avec Aymar d'Aigrefeuille, le marĂ©chal pontifical, ainsi qu’avec ses fils Jean de Gramat et le cardinal Guillaume d'Aigrefeuille le Jeune.

Plus tard, il eut comme pratique les cardinaux Tommaso Ammannati et Pierre d'Ailly[3]. Ces clients fidÚles et assidus firent sa renommée et sa richesse en lui achetant les fameux orfrois pour chapes et chasubles que Lucques lui fournissait ainsi que les tableaux à caractÚres religieux que le marchand obtenait à bas prix de Florence.

La premiĂšre boutique de Datini se situait au fond de l'actuelle place du Palais, derriĂšre l'immeuble de droite

Il n’hĂ©sita pas Ă  donner un sens Ă  son nĂ©goce en prenant pour devise Au nom de Dieu et du profit !

Ses boutiques avignonnaises

En 1367, Datini ouvrit sa premiĂšre maison de commerce Ă  Avignon dans la Loge des Cavaliers Ă  l’angle des rues de la Mirallerie et de la Lancerie[4]. Cet Ă©tablissement servit de modĂšle Ă  tous ceux que le marchand allait fonder tout au long de sa fructueuse carriĂšre. Il comprenait un entrepĂŽt pour les marchandises en transit, une boutique de vente au dĂ©tail, une table de changeur, une hostellerie et une taverne.

Il fut le premier Ă  profiter d'une bulle pontificale datĂ© du 18 mars 1368 et signĂ©e Rome. par Urbain V Afin d'Ă©viter la rĂ©cession Ă©conomique, le pontife conseillait Ă  Philippe de Cabassolle, recteur du Comtat Venaissin et gouverneur d'Avignon, d'accorder libertĂ©s et privilĂšges aux marchands et nĂ©gociants en laine avec exemption de taille ainsi qu'aux meniers s'installant sur les rives de la Sorgue et de la Durance[5].

En 1374, il se fit construire, sur la place du Change, une superbe maison décorée de fleurs de lys jaune sur fond bleu dans laquelle il ouvrit une nouvelle boutique[6].

Une chance inespérée

Le 31 mars 1376, lors d’un consistoire, GrĂ©goire XI jeta l’interdit sur Florence, Pise, Lucques et Bologne en rĂ©volte contre la papautĂ© Ă  l’annonce de son retour Ă  Rome. Les six cent banquiers et marchands florentins rĂ©sidant Ă  Avignon furent donc expulsĂ©s. Ce faisant, le pontife venait de se priver des ressources financiĂšres qu’il pouvait espĂ©rer des banques florentines et qui Ă©taient fort nĂ©cessaires Ă  son dĂ©part pour l’Italie.

Il trouva toutefois un palliatif en demandant Ă  Andrea de Tici et Ă  Datini de se substituer aux Florentins pour crĂ©diter la RĂ©vĂ©rende Chambre Apostolique. Ces deux nĂ©gociants-banquiers, protĂ©gĂ©s de l’interdit car originaires de Pistoia et de Prato, restĂšrent les seuls sur la place et l’aisance de leurs affaires ne fit que croĂźtre.

Surtout pour Francesco qui, le 18 novembre, passa avec Nastagio di ser Tommaso un contrat d’association pour exploiter les salines de Peccais en Camargue[7]. Ce sel fut entreposĂ© et vendu Ă  Beaucaire, Orange et Pont-Saint-Esprit[8].

Le retour Ă  Prato

Le Palazzo Datini Ă  Prato

Datini, fortune faite, profita de l’expĂ©dition militaire de Louis d’Anjou parti conquĂ©rir le royaume de Naples pour revenir en Toscane. Les derniĂšres troupes du frĂšre du roi de France quittĂšrent Avignon le 7 juin 1382. Pour suivre le duc, le marchand laissait sa boutique avignonnaise Ă  ses facteurs Francesco Boninsegna de Matteo et Tieri di Benci[9].

Son retour au pays ne lui empĂȘcha point de continuer Ă  rĂ©aliser de juteuses affaires. DĂšs 1384, Cristofano Carocci, son facteur de Bruges, lui indiquait quelles Ă©taient les difficultĂ©s de certaines nefs pour assurer un trafic rentable entre le sud et le nord de l’Europe en Ă©change des marchandises pondĂ©reuses qu’elles dĂ©barquaient dans les ports de Southampton et de Bruges : vin, huile, alun, coton, etc.[10].

Datini ne se fit pas rĂ©pĂ©ter par deux fois la leçon ! AussitĂŽt un de ses facteurs se rendit Ă  Arles pour y acheter de la laine qu’il fit embarquer Ă  Aigues-Mortes sur une nef en partance pour Porto-Pisano raccourcissant ainsi l’approvisionnement.

Une entreprise Ă  l’échelle de l’Europe

Ce retour Ă  Prato permit Ă  Datini d’accumuler une immense correspondance provenant de ses diffĂ©rents comptoirs dissĂ©minĂ©s Ă  travers l’Europe[11]. DĂšs son arrivĂ©e, en 1382, il fonda une compagnie commerciale tout en se faisant construire un palais dans sa ville natale. Un an plus tard, il crĂ©a une nouvelle compagnie Ă  Pise. La mĂȘme annĂ©e, il se lança dans l’art de la laine et ouvrait sa propre fabrique Ă  Prato ainsi qu’une banque Ă  Florence sise au MarchĂ© Neuf de la Porta Rossa.

Ses affaires concernaient alors tout ce qui avait trait au nĂ©goce et Ă  la banque. Au cours de cette dĂ©cennie, il ouvrit un comptoir Ă  Bruges, dĂšs 1384, puis Ă©tendit ses activitĂ©s vers GĂȘnes (1392), Valencia et Barcelone (1393) et Majorque (1395).

Prato

À Prato, possession de Florence oĂč il Ă©tait retournĂ© en janvier 1383 aprĂšs ĂȘtre devenu riche, Datini devint membre de l'Arte della Lana, la guilde de la laine. Ce n'est qu'avec cette affiliation qu'il pouvait gĂ©rer un commerce en rapport avec la laine et reprĂ©senter en mĂȘme temps ses intĂ©rĂȘts dans le gouvernement urbain. LĂ , il s'engagea dans deux entreprises Ă  Pise et Florence avec son ancien tuteur, le tisserand Piero di Giunta, et un parent Ă©loignĂ©. L'une Ă©tait une sociĂ©tĂ© commerciale familiale, l'autre une entreprise unipersonnelle[12].

En 1384 Ă  Prato, Datini fonda avec succĂšs une sociĂ©tĂ© modeste pour la laine avec un maĂźtre teinturier, Piero di Giunta del Rosso, et NiccolĂČ, fils de ce dernier, au sein de l'Arte dei Tintori, la guilde des teinturiers. Suite au dĂ©cĂšs de Piero en 1394, il prit Agnolo, le fils de NiccolĂČ, comme partenaire. Cette union entre relations et participants dans une coopĂ©ration personnelle est restĂ©e typique des organisations commerciales de Datini. Ces organisations ont achetĂ© Ă  l'Ă©tranger, notamment en Angleterre, le tissu de laine Ă  l'Ă©tat brut pour le finir Ă  Prato. Une entreprise de confection de voiles allait bientĂŽt se joindre Ă  cette sociĂ©tĂ©.

Pour avoir une reprĂ©sentaton appropriĂ©e Ă  son statut dans la ville, Datini fit construire, entre 1383 et 1399, un palais urbain entre la Via Rinaldesca et la Via del Porcellatico. Des peintres cĂ©lĂšbres de l'Ă©poque, comme NiccolĂČ di Pietro Gerini[13], Agnolo Gaddi et Bartolomeo di Bertozzo l'ont dĂ©corĂ©.

Devant le bùtiment, on trouvait un jardin avec des roses et des viola. Devant l'entrée actuelle se trouvait un autre bùtiment de sorte que l'emprise du palais à l'époque dépassait de loin l'emprise du palais actuel [14]. Piero di Giunta del Rosso avait déjà acquis le terrain en 1354. Le premier bùtiment, encore trÚs modeste, n'a coûté que soixante-trois lires six soldi. Petit à petit, d'autres bùtiments limitrophes furent achetés. En 1399, Datini avait calculé les dépenses totales à environ 6 000 florins[15].

Florence

Comme son rayon d'action commercial avait fait exploser depuis longtemps le petit Prato, Datini dĂ©mĂ©nagea Ă  Florence et fonda une sociĂ©tĂ© avec Stoldo di Lorenzo et un autre homme d'affaires Ă  Florence, puis une autre en 1388 avec Domenico di Cambio qui subsista jusqu'Ă  son dĂ©cĂšs. Dans la mĂȘme annĂ©e, il devint membre de l'Arte della Seta, la guilde des fabricants de soie[16].

En 1392, la sociĂ©tĂ© florentine participa Ă  une entreprise gĂ©noise dans laquelle les trois partenaires locaux devinrent directeurs : « Francesco di Marco, Andrea di Bonanno & CO Â» . En mĂȘme temps, Datini faisait de son entreprise pisane une sociĂ©tĂ© dans laquelle la sociĂ©tĂ© florentine a Ă©galement possĂ©dĂ© la grande majoritĂ© des parts. Cette sociĂ©tĂ© pisane pouvait mettre son capital Ă  la disposition d'autres entreprises : c'Ă©tait une autre Ă©tape visant Ă  une interdĂ©pendance plus Ă©troite.

L'année suivante, l'entreprise génoise fonda des filiales à Barcelone, Valence et sur l'ßle de Majorque. Luca del Sera, qui allait compter parmi les exécuteurs testamentaires de Datini, alla alors à Barcelone. En 1394, la fondation de trois autres entreprises à Barcelone, Valence et sur Majorque eut lieu avec des agences sur Ibiza et à San Matteo, un village dans la Catalogne. Alors que San Matteo devenait le point de collecte important, Ibiza était célÚbre pour son sel. La filiale en ce lieu a été dirigée par les Florentins. Datini ne s'est effectivement entouré presque que de Toscans, le plus possible des villes qui lui étaient connues, mieux encore issus de relations proches ou lointaines.

En 1395, Datini devint membre de la guilde des teinturiers florentine. Un an plus tard, il fonda la société commerciale catalane ayant comme siÚge Barcelone puis Valence. L'entreprise florentine fut encore majoritaire dans le capital, les trois filiales étant dirigées par les trois associés.

En outre, son entreprise individuelle continuait à prospérer alors qu'elle avait pris un rÎle principal dans son systÚme d'entreprise. Une telle interdépendance de parts de capitaux devrait devenir typique de la société de Datini, société dont les fils remontaient à Florence. Les différentes sociétés ont simplement été reliées mutuellement à sa personne et/ou son capital, ce qui lui donnait le pouvoir de décision.

Margherita

La femme de Datini, Margherita, est née en 1357 et épousa Francesco à l'ùge de dix-neuf ans à Avignon. Leur union est resté stérile. En 1380, Monte Angiolini écrivit à Datini que ce fait représentait une grande charge aprÚs quatre ans. Il s'est excusé le 21 juin 1381 auprÚs de Margherita pour son interférence. La distance entre les époux augmenta clairement, ce qui fut une des causes de la vaste correspondance entre eux.

Elle suivit Francesco en 1383 à Prato et changeait pour Florence quand, de temps à autres, Francesco déplaçait ses affaires là-bas. De Florence, elle reçut 132 des 182 lettres écrites par son mari. Elle en reçut 44 autres de Prato et 6 de Pise[17]. Margherita resta de plus en plus à Prato et veilla au développement de la maison et du domaine ainsi que du quotidien avec son énorme budget.

Dans leur Ă©change de lettres, de nombreux principes de la correspondance commerciale ont Ă©tĂ© respectĂ©s comme, par exemple, l'indication de la date de dĂ©livrance, du messager mandatĂ©, du rapport avec la derniĂšre lettre, ainsi que la date de rĂ©ception Ă  l'heure prĂšs ou la note « rĂ©pondu le ... Â». Donc, nous savons qu'au moins 61 lettres de Francesco et 24 de Margherita[18] se sont perdues, desquelles nous en connaissons 248 en tout. Des lacunes temporelles sont surtout nĂ©es du fait qu'ils habitaient sous le mĂȘme toit, comme en 1393 quand ils ont fui Ă  Pistoia avant la peste, ou en 1400-1401 quand ils sont allĂ©s Ă  Bologne pour la mĂȘme raison. La plupart des lettres datent des annĂ©es 1394-1395 et 1397-1399, pĂ©riodes dans lesquelles jusqu'Ă  trois lettres par jour ont pu ĂȘtre Ă©crites. Datini dictait occasionnellement ses lettres, les a mĂȘme parfois fait Ă©crire dans son sens. Margherita devait les dicter puisqu'elle ne savait pas Ă©crire. En outre, les deux soulignent que, si ça devenait trop personnel, le reste devrait ĂȘtre dit a bocca, c'est-Ă -dire oralement ; les deux se tutoyaient comme s'ils avaient personnellement dictĂ© ou Ă©crit. Des 182 lettres Ă©crites par Francesco, il n'en a perceptiblement Ă©crites que 48 de sa propre main. Les autres lettres comportent 18 Ă©critures diffĂ©rentes (Datini a Ă©crit au total environ 7 000 lettres).

Pourtant Datini a passé des contrats innombrables, les a traités et donné des instructions, a examiné des projets avec Margherita - et cependant son rÎle de confidente et de conseillÚre s'est accru petit à petit.

Cela n'Ă©tait nullement Ă©vident car, en 1387, Datini eut un fils illĂ©gitime nommĂ© Francesco de son esclave Ghirigora, un enfant qui dĂ©cĂ©da en 1388. Autour de 1375, il avait probablement dĂ©jĂ  reconnu un fils qui est toutefois mort Ă©galement tĂŽt. La mĂšre avait Ă©tĂ© mariĂ©e Ă  la hĂąte, encore pendant la grossesse. Margherita en avait Ă©tĂ© horripilĂ©e et s'Ă©tait sentie humiliĂ©e. En 1392 en outre, Ginevra naquit, Ă©galement fille d'une esclave. Francesca, la sƓur de Margherita, qui avait Ă©tĂ© mĂšre Ă  plusieurs reprises, lui recommanda mĂȘme de consulter un charlatan en 1393 pour pouvoir quand mĂȘme avoir encore un enfant. En mĂȘme temps, Margherita souffrait manifestement de saignements abondants et de rĂšgles douloureuses.

AprĂšs toutefois un refus initial, Margherita admit l'enfant et s'inquiĂ©ta bientĂŽt affectueusement de Ginevra. Ainsi, elle s'occupa du choix d'une nourrice, de l'Ă©quipement, de l'Ă©ducation et de sa formation comme par exemple l'achat de jouets et d'instruments de musique appropriĂ©s. Elle l'avait acceptĂ©e presque comme sa propre fille. La mĂšre, Lucia, fut affranchie et Datini la maria Ă  un de ses collaborateurs. Elle vĂ©cut sur le budget de Margherita et les deux femmes se liĂšrent mĂȘme d'amitiĂ©.

Francesco essayait constamment de contrĂŽler et de diriger sa femme - ce qui constitue une partie considĂ©rable de leur correspondance - et a longtemps sous-estimĂ© sa femme qui, pendant des dĂ©cennies, a conduit un Ă©norme chantier et une grande famille et a accueilli et servi de nombreux hĂŽtes dont Francesco Gonzaga. Leurs niĂšces sont Ă©galement venues Ă  la maison et ont habitĂ© lĂ  encore et toujours plus longtemps, comme Tina, dont Margherita s'inquiĂ©ta de la formation - et elle devrait apprendre Ă  lire. Certes Margherita ne pouvait que lire des lettres simples mais elle Ă©tait en mesure de prĂ©senter des circonstances trĂšs compliquĂ©es et de les dicter - une capacitĂ© que Francesco ne reconnut qu'Ă  partir de 1386. Margherita elle-mĂȘme s'Ă©tait essayĂ©e dans l'Ă©criture - une premiĂšre lettre Ă  l'Ă©criture incertaine vient de 1387 - et, en 1396, Ser Lapo Mazzei s'Ă©tonna de ses progrĂšs. À partir de 1399, elle enseigna l'Ă©criture Ă  son fils. Cette annĂ©e, elle Ă©crivit aussi les lettres Ă  Francesco principalement seule. Comme cela prouvait assez ses capacitĂ©s, elle n'Ă©crivait dĂšs lors plus qu'une seule lettre de sa propre main.

À cette Ă©poque, Francesco et Margherita vĂ©curent encore plus dissociĂ©s qu'auparavant. Quand Francesca, la sƓur de Margherita dĂ©cĂ©da en 1401, les amis de Francesco durent lui demander d'urgence d'au moins rĂ©conforter sa femme.

Fondation bancaire et spéculation

Le florin d'or vers 1340
Avers et revers

En 1399, Francesco Datini alla Ă  Florence et risqua la fondation d'une banque avec un habitant de Prato. De telles banques existaient certes dĂ©jĂ , peu communĂ©mement cependant, avec les simples prĂȘteurs sur gages, les Lombardi, mais qui prĂȘtaient Ă©galement de l'argent et ont ainsi Ă©tĂ© soupçonnĂ©s de pratiquer l'usure. Domenico di Cambio, l'associĂ© de Datini, pensait : « Francesco di Marco veut perdre son image ... pour devenir un changeur d'argent qui ne pratique pas l'usure, ce que personne ne peut prĂ©tendre ĂȘtre Â». Le 4 mars 1399, Datini devint membre de l'Arte del Cambio, la guilde des changeurs. Cependant, il Ă©vita de s'aventurer dans les opĂ©rations de crĂ©dit avec des « grands Â», ecclĂ©siastiques ou laĂŻcs. Dans son enfance, des banques beaucoup plus grandes avaient ainsi fait faillite comme les banques florentines des Bardi et des Peruzzi.

Mais Datini s'Ă©tait avancĂ© depuis longtemps - aux yeux de ses contemporains - en terrain beaucoup plus risquĂ©. Il avait commencĂ© les affaires de spĂ©culation dans lesquelles il avait au total 5 000 opĂ©rations de change en cours sur les fluctuations de diffĂ©rentes monnaies, surtout entre les Flandres, Barcelone et l'Italie. Domenico di Cambio prĂ©fĂ©rait gagner « plutĂŽt 12 % Ă  des affaires des commerce que 18 % Ă  des affaires de change Â».

Cet essor a Ă©tĂ© presque rĂ©duit Ă  nĂ©ant en 1400 par une catastrophe. Une vague de peste renouvelĂ©e tua presque tous ses partenaires de sorte qu'il dut fermer ses entreprises Ă  Pise et Ă  GĂȘnes. Pour la mĂȘme raison, la banque Ă  Florence dut fermer et la production de laine et de tissu de soie ĂȘtre dĂ©placĂ©e Ă  Prato. Quand, aprĂšs un an, Datini s'en revint de Bologne oĂč il avait fui la peste, il se plaignit le 20 septembre 1401 de la perte de ses meilleurs collaborateurs comme les spĂ©cialistes bancaires Bartolomeo Cambioni, NiccolĂČ di Piero, qui s'y entendait sur les techniques de production, Manno d'Albizzo et Andrea di Bonanno, qui avaient dirigĂ© les filiales respectivement dans les secteurs pisan et gĂ©nois.

Datini rĂ©cupĂ©ra certes largement de cet impact lourd en peu d'annĂ©es mais il rĂ©flĂ©chit toutefois de plus en plus frĂ©quemment Ă  la fondation d'une Ɠuvre de bienfaisance, ce qu'il exprima dans des lettres Ă  son ami Ser Lapo Mazzei de Florence. Cela devenait Ă©vident dans la mesure oĂč les sociĂ©tĂ©s se virent contraintes de faire parvenir Ă  Dieu une part de leur profit rĂ©alisĂ©, oui : lui ouvrir son propre compte (« Messer Domeneddio Â»). C'Ă©tait pour les pauvres et ça a Ă©tĂ© payĂ© la premiĂšre lors de la dissolution d'une sociĂ©tĂ©.

Essor dans le Calimala

En 1404, ĂągĂ© de presque soixante-dix ans, il rĂ©ussit Ă  se faire admettre dans la corporation florentine la plus importante : l'Arte di Calimala, la guilde des producteurs de tissu. Les commerçants de tissu qui commerçaient avec les tissus de la qualitĂ© la plus Ă©levĂ©e appartenaient Ă  cette guilde. À partir de lĂ , des contacts commerciaux le reliaient Ă  plus de quarante villes italiennes et au moins dix villes françaises, Ă  Bruges et Ă  quelques autres endroits dans le Saint-Empire mais Ă©galement au Maroc, Ă  l'AlgĂ©rie, Ă  la Tunisie et au Levant, soit au total 267 places. Par exemple, 1 634 lettres de 63 expĂ©diteurs diffĂ©rents lui sont parvenues uniquement de Rome.

Testament

AprĂšs le dĂ©cĂšs de Datini le 17 juillet 1410, son Ă©pouse Margherita[19], qui devait mourir dix ans plus tard, et son associĂ© Luca del Sera furent Ă©tablis en tant qu'exĂ©cuteurs testamentaires. Le total considĂ©rable comptĂ© prĂ©cisĂ©ment de 72 039 florins, neuf sous et 4 deniers alla, suivant le dĂ©sir de Datini, Ă  une fondation pieuse. Ses biens immobiliers furent estimĂ©s Ă  11 245 florins. Sa femme s'occupa de tout le nĂ©cessaire, comme la commande d'une pierre tombale chez NiccolĂČ di Piero Lamberti, visible encore aujourd'hui dans la cathĂ©drale. Elle-mĂȘme se contenta d'une faible part de la fortune qui lui permit nĂ©anmoins une vie satisfaisante dans la maison du dĂ©funt.

La fondation Ceppo de'poveri[20] cĂ©lĂšbrera en 2010 sa 600e annĂ©e d'existence. La municipalitĂ© de Prato nomme aujourd'hui encore un comitĂ© de conduite de cinq membres ainsi que quatre membres honoraires, chacun de ces quatre membres reprĂ©sentant un quartier urbain. Cette fondation administre depuis lors non seulement la fortune de Datini en faveur des pauvres de Pratos mais aussi sa maison et sa correspondance complĂšte. DĂ©jĂ  avant la fondation Datini, depuis 1282 en fait, existait un Ceppo vecchio, de sorte que la fondation Datini s'appela bientĂŽt Ceppo nuovo. Suite au pillage de Prato en 1512, les institutions furent lourdement endettĂ©es et durent fermer en 1537. Toutefois Le 13 juin 1545, les deux fondations ont Ă©tĂ© rĂ©unies par Cosme Ier de Toscane et prirent leur fonction sous le nom de Casa Pia de' Ceppi. Depuis lors, elle s'occupe d'une part des pauvres de la ville et en particulier des enfants, d'autre part encourage l'art et sa restauration, notamment en ce qui concerne l'Ă©glise San Francesco qui tenait au cƓur de Datini.

Datini n'aurait probablement pas organisĂ© cette fondation si son ami Ser Lapo Mazzei ne l'avait pas convaincu. Ce succĂšs est probablement aussi dĂ» Ă  Margherita Datini qui a veillĂ© Ă  ce que son Ɠuvre soit poursuivie dans ce sens. Elle a veillĂ© Ă  ce que des peintures rappelant la vie du dĂ©funt soient posĂ©es sur les façades de la maison. Une partie des maisons a servi Ă  la fondation pendant longtemps comme hĂŽpital. DĂ©jĂ  en 1399, Francesco avait participĂ© au pĂšlerinage des Bianchi (les Blancs) qui, pieds nus et habillĂ©s seulement de bure blanche, allaient de ville en ville, priaient et tentaient de rĂ©concilier les ennemis. En plus de cela, Datini Ă©tait propriĂ©taire d'une copie de La Divine ComĂ©die de Dante.

L'empire du commerce

Le systÚme d'entreprise de Datini [21] atteignit son expansion maximale en 1399. Il comprenait des sociétés commerciales, des banques et des entreprises de production, en particulier pour le traitement des tissus semi-finis. Bien qu'Il ait traité des affaires dans le bassin méditerranéen oriental, il concentrait toutefois, comme beaucoup de ses contemporains, largement ses entreprises du cÎté occidental. la possibilité de déplacer des fonds par virement a joué un rÎle crucial dans ce choix pour l'ouest.

Dans le bassin mĂ©diterranĂ©en occidental, Datini a fondĂ© aussi bien des entreprises individuelles que des sociĂ©tĂ©s de personnes et de capitaux. Soit lui-mĂȘme Ă©tait majoritaire dans le capital des diffĂ©rentes sociĂ©tĂ©s, comme Ă  Avignon dans les deux entreprises de production et dans la banque, soit la sociĂ©tĂ© florentine Ă©tait majoritaire, comme dans le cas des entreprises Ă  Pise, Ă  GĂȘnes et en Catalogne. Comme ces sociĂ©tĂ©s n'investissaient qu'une partie de leur capital dans d'autres entreprises et n'Ă©taient reliĂ©es que par une union personnelle, elles ne pouvaient plus se mettre mutuellement en faillite.

Datini a dirigĂ© ce complexe sous la forme d'une sociĂ©tĂ© de gestion dans laquelle la sociĂ©tĂ©-mĂšre Ă  Florence, sans produire elle-mĂȘme, dĂ©tenait une grande part des capitaux des entreprises qu'elle dirigeait. Une forme d'organisation que les MĂ©dicis dĂ©veloppĂšrent pleinement au cours du XVe siĂšcle. Datini a personnellement dirigĂ© l'intĂ©gralitĂ© de l'entreprise en tant que Maggiore - c'est ainsi qu'il Ă©tait appelĂ©. Avec le soutien des collaborateurs de l'entreprise florentine, il rĂ©glait les plus insignifiantes questions de personnel, le choisissait, veillait Ă  sa formation et Ă  son contrĂŽle, acceptait les rapports de n'importe qui et donnait lui-mĂȘme continuellement des instructions Ă©crites. Il se servait de sa plume cinquante fois par jours en moyenne.

Suivant cette forme d'organisation, Datini a dirigĂ© seul deux entreprises, Ă  savoir Ă  Florence et Prato, plus des entreprises collectives Ă  Avignon, GĂȘnes, Barcelone avec ses filiales Ă  Valence et sur Majorque, Pise, plus deux entreprises Ă  Prato et deux Ă  Florence. Au total, il s'agissait de six sociĂ©tĂ©s commerciales dont une qu'il dirigeait personnellement, deux entreprises de production (Compagnia della Lana pour la laine et Compagnia della Tinta pour la teinturerie), une banque, plus l'entreprise mixte qu'il dirigeait personnellement Ă  Prato. Tout cela a provoquĂ© une correspondance Ă©tendue, laquelle a Ă©tĂ© complĂ©tĂ©e par d'autres destinataires dans de nombreuses lieux. En 1962, Federigo Melis a triĂ© ce vaste travail de correspondance entre environ 280 adresses d'expĂ©diteurs et de destinataires notĂ©es dans les lettres[22].

Dans toutes les sociĂ©tĂ©s, les partenaires accomplissaient, mais surtout Datini en personne, une grande partie des travaux. MalgrĂ© cela, chacune de ses entreprises avait des facteurs encore fermement employĂ©s : notaires, comptables ou caissiers, messagers et apprentis qui, contrairement aux Compagni, les associĂ©s, ne participaient pas au profit. Dans les archives de Datini se trouve un contrat avec Berto di Giovanni, un jeune homme de Prato qui travailla trois ans durant pour Datini ; il devait toucher quinze florins pour la premiĂšre annĂ©e, vingt pour la deuxiĂšme et vingt-cinq pour la troisiĂšme plus le remboursement de tous ses frais. Un reçu existe Ă©galement pour le salaire d'un jeune comptable qui a reçu douze florins par an.

Les possessions de Datinis comprennent environ six-cents livres de comptes (Libri contabili) de types tout Ă  fait diffĂ©rents. Ils indiquent clairement la pratique commerciale de l'Ă©poque. Il y avait les Quadernacci di Ricordanze, qui ne sont pas plus larges que des carnets, dans lesquels les recettes et les dĂ©penses Ă©taient notĂ©es chaque jour telles qu'elles arrivaient. Toutes sortes de notes, mĂȘme en quelques mots, avaient Ă©tĂ© rajoutĂ©es sur les derniĂšres nouvelles du jour. Dans les Memoriali, les entrĂ©es des Ricordanze ont alors Ă©tĂ© systĂ©matiquement rĂ©capitulĂ©es. Enfin, les Libri grandi qui ont orientĂ© chaque sociĂ©tĂ©, et ce (depuis 1382 dans la centrale et 1397 Ă  Avignon) dans une comptabilitĂ© en partie double, ont Ă©tĂ© pour Francesco magnifiquement reliĂ©s de parchemin ou de cuir, ont portĂ© sa marque de commerce et ont Ă©tĂ© fournis de maniĂšre continue avec les lettres de l'alphabet. D'aprĂšs l'usage de l'Ă©poque, la premiĂšre page comportait presque toujours une maxime religieuse comme : « Au nom de Dieu et de la sainte Vierge Marie Â» ou « Au nom de Dieu et du profit Â» . En plus, des livres des recettes et des dĂ©penses (libri d'entrata e d'uscita) ont aussi Ă©tĂ© tenus, des livres des dĂ©biteurs et des crĂ©diteurs nommĂ©s libri dei debitori e creditori, dans lesquels les sorties et rentrĂ©es d'argent liquide ont Ă©tĂ© enregistrĂ©es et qui ont encore Ă©tĂ© rĂ©capitulĂ©s dans le Libri d'Entrata e d'Uscita della Cassa grande.

Dans la maison de commerce Ă  Avignon se trouvaient des cassettes pour l'argent liquide qui Ă©taient comptĂ©es chaque soir et vidĂ©es dans les Cassa grande. Francesco Datini en Ă©tait l'unique possesseur des clĂ©s. Chaque boutique particuliĂšre tenait ses livres qui contenaient des listes d'inventaire, des reçus, des lettres de voiture etc. ; les partenaires et les facteurs Ă  l'Ă©tranger tenaient Ă©galement registre, il y avait en outre des registres de bien immobiliers, bordereaux de salaire, plus les douze livres opĂ©rationnels de l'entreprise de tissu de Prato.

Enfin, Datini tenait aussi registre privĂ© et notait dans les livres de compte « di Francesco proprio Â» ses dĂ©penses personnelles et les dĂ©penses pour son budget, tandis que les contrats de partenariat, les dĂ©ductions qui ont donnĂ© une explication sur l'Ă©tat des capitaux respectifs de chaque associĂ© ainsi que bilans avant tout Ă©taient enregistrĂ©s dans un Libro segreto, un livre secret. Le droit du commerçant de fermer ces livres Ă  l'examen public Ă©tait ancrĂ© si solidement qu'un ami de Datini Ă©crivit, quand en 1401 les employĂ©s des contributions de la municipalitĂ© urbaine de Florence ont exigĂ© de connaĂźtre tous ces livres : « La situation d'urgence financiĂšre de la municipalitĂ© la force Ă  commettre ces effronteries Â».

Les archives de Datini

DĂ©jĂ  Ă  Avignon Ă  partir de 1364, Datini commença Ă  conserver ses documuents. La plupart des documents datent donc des annĂ©es 1382 Ă  1410, la deuxiĂšme moitiĂ© de sa vie de commerçant. Les archives de Datini sont de loin les plus vastes rĂ©cupĂ©rĂ©es d'un commerçant du Moyen Âge.

Elles comportent environ 150 000 piĂšces dans 592 dossiers, plus de 125 000 lettres commerciales, environ 11 000 lettres privĂ©es et 15 802 autres documents de types diffĂ©rents. Rien que les 574 livres de comptes y compris les livres principaux forment un fonds Ă©norme. De plus, on y trouve environ 300 contrats de partenariat, gĂ©nĂ©ralement les contrats avec d'autres entreprises qui Ă©taient dans une relation d'affaires avec les entreprises de Datini. Enfin Ă  cĂŽtĂ© d'une multiplicitĂ© d'autres documents, les archives contiennent environ 5 000 opĂ©rations de change. La transmission s'arrĂȘta en 1422.

Tous ces documents se trouvent aujourd'hui encore dans la maison de Francesco et Margherita Datini Ă  Prato dans la Via Lapo Mazzei - un nom qui eut pour Datini une grande importance, car il Ă©tait un ami proche et un conseiller digne de confiance. L'Ă©tage se trouve encore largement dans l'Ă©tat original. Peu aprĂšs 1410, la fondation fit poser des peintures aujourd'hui fortement passĂ©es. Les fenĂȘtres du rez-de-chaussĂ©e ne furent changĂ©es qu'au XVIIe siĂšcle dans le cadre d'une rĂ©novation. Lorsqu'au XVIIe siĂšcle l'Ă©quipement complet de la maison fut Ă©vacuĂ© pour la rĂ©nover, on enleva aussi les « papiers Â» de Datinis des armoires et on les dĂ©posa sous un escalier de la maison. Ils restĂ©rent oubliĂ©s lĂ  jusqu'en 1870.

Redécouverte

Le rĂ©inventeur rĂ©el des papiers Ă©tait Erzdiakon Don Martino Benelli, de Prato, qui, en 1870, tria les documents insĂ©rĂ©s dans des sacs cousus Ă  l'aide de Don le Livio Livi. Pendant la restauration de la maison de Datini d'abord, les stocks furent dĂ©plaçes dans la rĂ©sidence de l'Ă©vĂȘque. En 1958 seulement, Ă  l'occasion d'une exposition internationale avec la participation de scientifiques soviĂ©tiques - Datini avait Ă©tabli des relations commerciales jusqu'Ă  la CrimĂ©e - et le patronage du prĂ©sident de la rĂ©publique Luigi Einaudi, on en vint Ă  remettre les stocks Ă  leur place d'origine. Le ministĂšre de l'intĂ©rieur, qui supervise en Italie toutes les archives, dĂ©crĂ©ta qu'une dĂ©pendance des archives nationales Ă  Florence devrait ĂȘtre organisĂ©e ; elle devint rapidement autonome.

Federigo Melis et Armando Sapori, qui Ă©taient dĂ©sunis sur l'importance de la « petite Â» entreprise de Datini, permirent que de nombreux scientifiques (surtout italiens d'abord) fouillĂšrent les archives en vue de faire progresser leurs secteurs de recherche respectif. Ainsi, les stocks ont Ă©mergĂ© non seulement dans les Ă©tudes historiques de la ville mais aussi dans les travaux thĂ©matiquement plus fortement focalisĂ©s comme l'histoire de l'argent, de la banque et du crĂ©dit de de Roovers. Entre-temps, il y eut trĂšs peu de questions sur l'histoire Ă©conomique mĂ©diĂ©vale sur laquelle les archives de Prato ne donnĂšrent pas de rĂ©ponse. Les limites furent Ă©largies sur les questions d'histoire des mentalitĂ©s jusqu'Ă  des Ă©tudes de dĂ©tail minutieuse concernant le fonctionnement interne d'une telle entreprise. Mais les questions Ă  ce sujet se sont entre-temps Ă©tendues, n'affectant plus directement les domaines de l'histoire du commerce mais touchant celles de l'Ă©criture, de l'histoire des dynasties, du maintien de l'ordre etc.

En outre, on prit la motivation de cet accomplissement pour fonder un institut de recherche propre, l'Istituto storia economica "Francesco Datini" qui organise chaque année des semaines d'exposés et de discussion à thÚmes variés et encourage généreusement des recherches pour leur accomplissement.

En plus d'ĂȘtre fortement ancrĂ© scientifiquement, l'Institut l'est aussi dans la ville mĂȘme de Prato[23]. D'excellents travaux de vulgarisation scientifique, surtout ceux d'Iris Origo, ont aussi fait reconnaĂźtre Datini et l'esprit commerçant de son temps au-delĂ  des milieux spĂ©cialisĂ©s.

La Pratica Datiana : un document historique irremplaçable

GrĂące Ă  ses multiples activitĂ©s, Francesco di Marco Datini est considĂ©rĂ© comme « un observateur incomparable du monde des affaires Â». Ses archives sont dĂ©crites par les historiens comme les vĂ©ritables annales de la vie et de l’activitĂ© du Comtat Venaissin, de l’État d’Avignon et de la Provence pour la fin du XIVe siĂšcle[24].

Elles contiennent des renseignements de premiĂšre main sur l’un des Ă©vĂ©nements les plus importants qui domina cette pĂ©riode : la guerre privĂ©e menĂ©e par Raymond de Turenne contre la papautĂ© d’Avignon, et Marie de Blois, veuve de Louis d’Anjou et comtesse de Provence. En voici quelques exemples :

Le 28 juillet 1390, Nicola de Bonaccorsa, s’inquiĂ©tait et en faisait part Ă  Datini : « Il se fait peu de commerce ici Ă  prĂ©sent parce que les hommes d’armes de Messire Raymond de Turenne parcourent le pays et font beaucoup de ravages ; le pape a levĂ© des troupes pour leur faire la guerre et la ville d’Avignon 50 lances pour garder le Comtat, car ils sont sous les murs d’Avignon. Les bandes de Messire Raymond ont fait des prisonniers et tuĂ© deux hommes Â».

Deux ans plus tard la situation avait empirĂ©. À la date du 18 juin 1392 le facteur Ă©crivit : « Les nouvelles d’Avignon ? La guerre avec Messire Raymond de Turenne, les gens dĂ©pouillĂ©s jusqu’aux portes [de la ville], et j’ai payĂ© 57 florins de taille ! Â».

Le 5 aoĂ»t de cette mĂȘme annĂ©e, il espĂ©rait : « Si cette paix pouvait se faire entre le Saint-PĂšre et Messire Raymond de Turenne, qui tient entĂ©nĂ©brĂ© ce pays, ce serait une bonne opĂ©ration et le pays pourrait travailler. Â»

Enfin le 12 dĂ©cembre il pouvait jubiler : « Ainsi que vous en avez Ă©tĂ© avisĂ© par les vĂŽtres, il ne s’est fait ici, depuis un certain temps, que trĂšs peu de commerce, Ă  cause de la guerre qu’a faite Messire Raymond Ă  ce pays ; maintenant c’est la paix et il y a peut-ĂȘtre deux mois le grand chemin de Bourgogne a Ă©tĂ© rouvert. Â»

Mais horrifiĂ©, il indiquait dans sa lettre du 28 dĂ©cembre : « D’abord, ainsi que nous vous le disions dans la prĂ©cĂ©dente, les lettres que vus nous aviez envoyĂ©es, le 22 du mois dernier, furent toutes enlevĂ©es au courrier qui les portait par les gens de Messire Raymond et ensuite toutes brĂ»lĂ©es, soyez-en avisĂ©s, et voyez les gens de peu qu’ils sont ! Â»

Le 21 mars 1393, le facteur, qui avait retrouvĂ© tout son moral de nĂ©gociant, fit parvenir cette bonne nouvelle : « Le 10 mars, le sĂ©nĂ©chal de Provence est parti d’Avignon avec 1 200 chevaux au moins ; ils sont allĂ©s Ă  Aix pour faire la guerre Ă  Messire Raymond, et Ă  cause de ces hommes d’armes du 1er mars au 11 de ce mois, nous avons vendu en armes et en mercerie pour la valeur de 400 florins d’or environ. Â»

Pourtant les malheurs n'Ă©taient pas finis. La correspondance de l’annĂ©e 1401 avertit l’ancien nĂ©gociant avignonnais de l’incendie puis du bombardement de sa maison lors du siĂšge du palais oĂč Ă©tait rĂ©fugiĂ© BenoĂźt XIII.

La missive du 31 mai lui indiquait : « Le dernier jour du mois passĂ©, la nuit, avant prime, quatre maisons ont brĂ»lĂ© devant chez vous, exactement en face de la chambre du haut dans laquelle vous aviez coutume de dormir ; et puis le feu fut chassĂ© par le vent contraire dans votre chambre et la brĂ»la avec lit, courtines, quelques marchandises, Ă©critures et autres choses, parce que le feu Ă©tait fort et prit Ă  une heure oĂč tout le monde dormait, si bien que nous ne pĂ»mes sortir ce qui Ă©tait dans votre chambre Ă©tant occupĂ©s Ă  sauver des choses de plus grande valeur. Â»

Celle du 13 novembre informait : « L’homme du palais (le pape) a commencĂ© Ă  tirer la bombarde, ici, dans les Changes et dans la rue de l’Épicerie[25]. Il a lancĂ© dans votre toit une pierre de 25 livres qui en a enlevĂ© un morceau et qui est venue tomber devant la porte sans faire de mal Ă  personne, grĂące Ă  Dieu. Â»

Fournisseur d’armes, trafiquant de prisonniers et marchand d’esclaves

Iris M. Origo, biographe de Datini, a dressĂ© de ce personnage un portrait peu plaisant. Dans toute l’Europe occidentale et durant l’ensemble des guerres du XIVe siĂšcle, les marchands et leurs facteurs rĂ©alisĂšrent d’énormes bĂ©nĂ©fices en vendant marchandises et vivres aux camps adverses malgrĂ© des mises en garde plus ou moins pĂ©remptoires des pouvoirs pontificaux, royaux ou princiers. Ce fut le cas de Datini[26].

Comme tous ces confrĂšres, le nĂ©gociant et ses facteurs n’hĂ©sitĂšrent pas Ă  se lancer dans le fructueux commerce des prisonniers achetĂ©s puis revendus par eux Ă  leur famille[27].

Pire, Datini s'investit dans le trafic d’esclaves et l'autorisa Ă  ses facteurs. Personnellement, il en eut deux enfants naturels : Francesco Ghirigora (1378-1388) et Ginevra. On sait aussi que Boninsegna le 25 janvier 1394, Ă©crivit Ă  Simone d’Andrea, son collĂšgue de Barcelone, pour qu’il lui fournisse une jeune esclave afin de tenir sa maison d’Avignon[28].

Armateur et amateur d’art

Ce richissime armateur accrut encore sa richesse grĂące aux assurances qu’il proposa Ă  ses confrĂšres. Il fut le premier Ă  proposer une couverture Ă  prime pour les risques des expĂ©ditions maritimes dont il faisait monter les taux jusqu’à 18 % suivant les destinations.

Il consacra une partie de sa fortune Ă  dĂ©corer son palais de Prato. En 1391, il y fit exĂ©cuter des fresques par Agnolo Gaddi, Bartolomeo Bertozzo et NiccolĂČ Gerini. Outre des armoiries et des ornements, elles comportaient des motifs de jardins et de paysages, un Christ bĂ©nissant et un Saint Christophe, des allĂ©gories des Vertus et des Arts ainsi que des figures de hĂ©ros antiques.

Son seul problÚme fut à qui léguer son héritage. Marié à Avignon, lors du carnaval 1376, à Margharita[29], une jeune personne alors ùgée de vingt ans, cette union se révéla stérile. En dépit de tous ses efforts, le fils légitime tant attendu ne vint pas[30].

Datini, vaincu par le destin et Ă  l’exhortation de son ami le notaire Ser Lappo Mazzei, sentant sa fin prochaine, dĂ©cida de lĂ©guer sa fortune et ses biens aux Ceppi dei Poveri de Prato, et coucha ses volontĂ©s sur un testament datĂ© du 31 juillet 1410[31]. Les recteurs de la Casa dei Poveri, reconnaissants, firent alors exĂ©cuter son portrait sur un retable. Celui-ci se trouve aujourd’hui dans la galerie communale de Prato.

Notes

  1. ↑ Le terme consacrĂ© aujourd'hui est holding mais avec d'autres contraintes rĂ©glementaires
  2. ↑ On parle de l'Institut international d'hstoire Ă©conomique "F. Datini" Ă  Prato
  3. ↑ Datini eut aussi la clientùle du cardinal Baldassare Cossa, futur antipape Jean XXIII.
  4. ↑ Aujourd’hui, angle de la rue du Puits-des-BƓufs et de la place de l’Horloge.
  5. ↑ Michel Hayez, Éviter la rĂ©cession Ă©conomique, souci des papes Urbain V et GrĂ©goire XI au dĂ©part d'Avignon, in Avignon au Moyen Âge, textes et documents, IREBMA, FacultĂ© de Lettres d'Avignon, 1989. pp. 97-98.
  6. ↑ Sa correspondance note : bella chasa et boteglia.
  7. ↑ Les salines de Peccais (Saliné de Peccaysio) se situait en Petite Camargue prùs d’Aigues-Mortes.
  8. ↑ Le nĂ©goce du sel assit dĂ©finitivement la puissance Ă©conomique et la fortune du marchand avignonnais. De 1367 Ă  1379, il s’était associĂ© avec Pons de Biordon et les drapiers installĂ©s dans la ville du Saint-Esprit depuis le dĂ©but des annĂ©es 1360. Leur consortium avait ouvert six boutiques pour revendre le sel qui remontait le RhĂŽne depuis les marais dont ils exploitaient Ă  ferme les salines. Dans cette association, le spiripontain Pons de Biordon, fils d’une poissonniĂšre de la ville, qui s’était fortement enrichi, avait Ă©tĂ© ennobli – cas patent de noblesse de blouse – et nommĂ© visiteur gĂ©nĂ©ral des gabelles.
  9. ↑ Tant qu’il fut Ă  Avignon Datini travailla avec ces deux facteurs. Plus tard, il leur adjoignit trois autres employĂ©s Naddino di Aldobrandino Bovattieri, Nicolaio di Bonaccorso et Francesco Benini.
  10. ↑ Le facteur indiquait « Car elles n’ont que peu de choses Ă  ramener de Southampton et pratiquement rien de Bruges Â». Il lui prĂ©cisait que, tandis que les coques gĂ©noises « de lĂ , retournent avec du sel et quelques frets de SĂ©ville ou de Majorque ou vides Â», les galĂ©es florentines ou vĂ©nitiennes Ă©changeaient, quant Ă  elles, leur cargaison d’épices contre des balles de draps.
  11. ↑ Cette correspondance, composant la Pratica Datiana, est constituĂ©e de plus de 700 registres ou cahiers et de 400 liasses contenant plus de 100 000 lettres provenant de ses succursales comtadine, italienne, espagnole et flamande. À cela, il faut ajouter les courriers que lui adressaient ses agents qui parcouraient l’Europe occidentale et le Proche-Orient. ArchivĂ©es Ă  Prato, elles concernent Avignon : «Libri di amministrazione Â» (1363-1416), regg. 176, et «Carteggio Â» (1364-1409), filze 7, Barcelone, «Libri di amministrazione Â» (1363-1411), regg. 45, et «Carteggio Â» (1382-1411), filze 89, Majorque, «Libri di amministrazione Â» (1395-1411), regg. 36, et «Carteggio Â» (1395-1411) filze 42, Valencia, «Libri di amministrazione Â» (1393-1411), regg. 29, et «Carteggio Â» (1391-1411), filze 47, Florence, «Libri di amministrazione Â» (1383-1411), regg. 44, Pise, «Libri di amministrazione Â» (1382-1408), regg. 69, et «Cartaggio Â» (1377-1402), filze 130, GĂȘnes, «Libri di amministrazione Â» (1391-1401), regg. 20, et «Carteggio Â» (1376-1409), filze 55.
  12. ↑ Une prĂ©sentation des documents est donnĂ©e par les archives nationales de Pise.
  13. ↑ On lui attribue Hl. Christophorus et Ă©galement « Speranza e Prudenza Â».
  14. ↑ ici se trouve un croquis des bñtiments.
  15. ↑ En 1910, la reconstruction de l'aspct extĂ©rieure du palais a donnĂ© ce rĂ©sultat.
  16. ↑ un tableau a Ă©tĂ© peint autour de 1390 par Tommaso di Piero del Trombetto. Il reprĂ©sente Datini.
  17. ↑ D'aprùs Elena Cecchi, Le lettere, ainsi que ce qui suit.
  18. ↑ L'Institut Datini a placĂ© la lettre du 16 janvier 1386 en ligne.
  19. ↑ Son portrait par Piero e Antonio Miniati.
  20. ↑ Ceppo a dĂ©signĂ© un tronc dans lequel les fidĂšles jetaient leurs donations pour les pauvres.
  21. ↑ L'ampleur de son champ d'action est montrĂ©e par la rĂ©partition de sa correspondance sur une carte de l'Institut Datini, et la nomenclature des lieux.
  22. ↑ Federigo Melis, Aspetti della vita economica medievale (Ă©tude nell'Archivio Datini di Prato) Siena 1962, prospetto III, inzwischen digital : Correspondance de Datini - LocalitĂ© expĂ©diteurs et destinataires.
  23. ↑ Ainsi le 17 aoĂ»t 2007, la ville a commencĂ© une grande cĂ©lĂ©bration du 597e anniversaire du dĂ©cĂšs de Datini. Le Gonfalone del Comune a dĂ©posĂ© une couronne au pied de son monument. Dans son testament, il avait dĂ©terminĂ© que le jour aprĂšs sa mort devrait se tenir une foire, en plus d'un honneur public.
  24. ↑ À titre d'exemple, elles contiennent 7 311 lettres envoyĂ©es d'Avignon. Mais il est Ă  noter, malheureusement, que 95 % de cette correspondance a Ă©tĂ© perdue
  25. ↑ La rue de l’Épicerie (Carriera Speciarie) est dĂ©nommĂ©e aujourd’hui rue des Marchands.
  26. ↑ Le 18 janvier 1385, les boutiquiers de Datini exultaient : « Nous avons vendu tant d’armes, entremailles, bassinets, harnais de jambe et gantelets que cela monte Ă  environ 600 florins d’or de reine. Â»
  27. ↑ Le 8 septembre 1386, Tieri di Benci informa son maĂźtre que Raymond de Turenne s’était installĂ© aux Baux en prĂ©cisant : « Ces derniers temps, il se rencontra avec des troupes d’Avignon, c'est-Ă -dire du capitaine du Venaissin avec 40 lances environ ; tous furent pris et c’étaient des bons de ce pays ; on dit qu’il doit en tirer dans les 10 000 florins. Il tient Avignon assiĂ©gĂ©. Â»
  28. ↑ C’était le temps oĂč armateurs et nĂ©gociants « vous vendaient de la Circassienne ou de l’aguichante Mauresque comme ils l’eussent fait de draps ou de fromages. Â» Cf. Loup Durand, Pirates et Barbaresques en MĂ©diterranĂ©e, Avignon, 1975. En toute lĂ©galitĂ©, des marchĂ©s aux esclaves se tenaient dans les ports de Barcelone, Port-Vendres, Narbonne, Maguelonne, Arles, Marseille, Toulon, GĂȘnes, Livourne, Naples et Venise. Au XIVe siĂšcle, la plaque tournante de ce trafic Ă©tait l’üle de CrĂšte, alors colonie vĂ©nitienne, ce qui explique l’importance financiĂšre de ce « commerce Â» dans la SĂ©rĂ©nissime RĂ©publique ainsi qu’à Barcelone et Perpignan (Port-Vendres), citĂ©s alliĂ©es. Dans chacun de ces ports, tous les captifs et captives « acquis de bonne guerre Â» pouvaient ĂȘtre vendus. Bien Ă©videmment, au passage, le TrĂ©sor (royal, ducal, comtal ou municipal) prĂ©levait son dĂ». Le plus souvent, les esclaves mĂąles rejoignaient la chiourme et allaient galĂ©rer sur les bancs de nage. Les femmes grossissaient le personnel des lupanars ou de quelques bonnes maisons chrĂ©tiennes qui n’étaient pas toujours celles de cĂ©libataires endurcis. Pour camoufler leurs origines, certaines esclaves Ă©taient mĂȘme dĂ©clarĂ©es « sarrasines blanches Â» ce qui permettait d’envisager tous les cas de figures !
  29. ↑ C’était la fille de l’une des ses voisines avignonnaises Mona Canora, veuve de Domenico Bandini, exĂ©cutĂ© Ă  Sienne lors d’une rĂ©volte des Ciompi.
  30. ↑ Perdant patience mais non espoir, Datini fit appel, en 1395, Ă  son vieil ami Naddino Aldobrandino Bovattieri, le mĂ©decin des papes d’Avignon, qui lui fit parvenir, Ă  sa demande, une « ordonnance Â» qui, selon lui, avait vaincu la stĂ©rilitĂ© de nombre de dames dans la citĂ© papale. Si jamais le rĂ©sultat avait Ă©tĂ© probant sur les rives du RhĂŽne, il ne le fut pas sur celles du Bisenzio. En 1407, Ginevra, sa fille naturelle, Ă©pousa Leonardo Ser Tomaso.
  31. ↑ Ce fut dans cet acte qu’il imposa que toutes ses archives commerciales ne fussent pas dĂ©truites et puissent ĂȘtre conservĂ©es. Datini Ă©tait d’ailleurs fort Ă©tonnĂ© de devoir trĂ©passer malgrĂ© toutes les priĂšres qu’il avait pieusement envoyĂ©es vers le ciel, car il Ă©tait persuadĂ© que celles-ci, jointes Ă  ses nombreuses bonnes Ɠuvres devaient retarder ad vitam eternam l’ultime Ă©chĂ©ance. Il n’en fut rien et il s’éteignit, trĂšs déçu, le 16 aoĂ»t de la mĂȘme annĂ©e. Sa dĂ©pouille fut inhumĂ©e Ă  San Francesco de Prato.

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  • Valeria Rosati (Hrsg.), Le lettere di Margherita Datini a Francesco di Marco (1384–1410). Cassa di risparmi e depositi, Prato 1977 (Biblioteca dell’Archivio Storico Pratese, 2).
  • Victor I. Rutenburg, Tre volumi sul Datini. Rassegna bibliografica sulle origini del capitalismo in Italia. In, Nuova Rivista Storica. 1966, S. 666–681.
  • Armando Sapori, Cambiamenti di mentalitĂ  del grande operatore economico tra la seconda metĂ  del Trecento e i primi del Quattrocento. In, Studi di Storia economica. 1967, S. 357–485.
  • Diana Toccafondi/Giovanni Tartaglione (Hrsg.), Per la tua Margherita
 Lettere di una donna del ’300 al marito mercante. Margherita Datini e Francesco di Marco 1384–1401. CD-ROM, Archivio di Stato di Prato, Prato 2002.
  • Christiane Villain-Gandossi, Les salins de Peccais au XIVe siĂšcle, d'aprĂšs les comptes du sel de Francensco Datini. In, Annales du Midi. Bd. 80, 1968, S. 328-336.

Liens internes

Cosimo Datini (descendant indirect).

Liens externes

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