Fiodor Dosto√Įevski

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Fiodor Dosto√Įevski
Fiodor (F√©dor) Dosto√Įevski
Dosto√Įevski en 1876
Dosto√Įevski en 1876

Nom de naissance Fiodor Mikha√Įlovitch Dosto√Įevski
–§—Ď–ī–ĺ—Ä –ú–ł—Ö–į–Ļ–Ľ–ĺ–≤–ł—á –Ē–ĺ—Ā—ā–ĺ–Ķ–≤—Ā–ļ–ł–Ļ
Activités Romancier
Naissance 11 novembre 1821
Moscou, Flag of Russia.svg Empire russe
Décès 9 février 1881
Saint-Pétersbourg,
Romanov Flag.svg  Empire russe
Langue d'écriture russe
Mouvement Réalisme
Ňíuvres principales

Fiodor Mikha√Įlovitch Dosto√Įevski (aussi F√©dor, Fedor ou Th√©odore en fran√ßais) Prononciation du titre dans sa version originale (en russe : –§—Ď–ī–ĺ—Ä –ú–ł—Ö–į–Ļ–Ľ–ĺ–≤–ł—á –Ē–ĺ—Ā—ā–ĺ–Ķ–≤—Ā–ļ–ł–Ļ) est un √©crivain russe, n√© √† Moscou le 30 octobre du calendrier julien/11 novembre 1821 et mort √† Saint-P√©tersbourg le 28 janvier du calendrier julien/9 f√©vrier 1881. Il est g√©n√©ralement consid√©r√© comme l'un des plus grands romanciers russes, et a influenc√© de nombreux √©crivains et philosophes.

Apr√®s une enfance difficile, il fr√©quente une √©cole d'officiers et se lie avec les mouvements progressistes russes. Arr√™t√© pour cette raison en 1849, il est d√©port√© dans un bagne de Sib√©rie pendant quatre ans. Redevenu sous-lieutenant, il d√©missionne de l'arm√©e en 1860 et s'engage vraiment dans l'√©criture. √Čpileptique, joueur couvert de dettes et d'un caract√®re sombre, Dosto√Įevski m√®ne d'abord une vie d'errance en Europe, au cours de laquelle il devient un fervent ¬ę lib√©ral ¬Ľ pour son pays et surtout un patriote convaincu, avant d'√™tre reconnu √† son retour en Russie en 1871 apr√®s la publication de Crime et Ch√Ętiment (1866) et de L'Idiot (1868) qui ouvrent la p√©riode de la maturit√© o√Ļ l'auteur √©crit ses Ňďuvres les plus abouties : L'√Čternel Mari (1870), Les D√©mons (1871) et Les Fr√®res Karamazov (1880).

Les romans de Dosto√Įevski sont parfois qualifi√©s de ¬ę m√©taphysiques ¬Ľ tant la question angoiss√©e du libre arbitre et de l'existence de Dieu est au cŇďur de sa r√©flexion tout comme la figure du Christ. Cependant ses Ňďuvres ne sont pas des ¬ę romans √† th√®se ¬Ľ, mais des romans o√Ļ s'opposent de fa√ßon dialectique des points de vue diff√©rents avec des personnages qui se construisent eux-m√™mes, au travers de leurs actes et de leurs interactions sociales.

Sommaire

Biographie

Jeunesse et premiers écrits

Selon les sources historiques[r√©f. n√©cessaire], les Dosto√Įevski ont des origines dans la Szlachta (noblesse) polonaise. Le p√®re de F√©dor, Mikha√Įl Andr√©i√©vitch Dosto√Įevski, m√©decin militaire √† l'h√īpital des pauvres de Moscou, poss√®de deux villages, acquis en 1831 : Darovoi√© et Tchermachnia. En 1839, il est assassin√© par des serfs de Darovoi√©, apr√®s qu'il les eut maltrait√©s. Sa m√®re, Maria Fedorovna Netchaiev, √©tait d√©c√©d√©e de la tuberculose deux ans plus t√īt, le 27 f√©vrier 1837[1].

Apr√®s en avoir r√©ussi l'examen d'entr√©e, Dosto√Įevski entre √† l'√Čcole sup√©rieure des Ing√©nieurs militaires de Saint-P√©tersbourg en 1838. Il effectue sa scolarit√© dans l'indigence, n'ayant parfois pas de quoi se nourrir, car son p√®re refuse de lui envoyer suffisamment d'argent. C'est un √©l√®ve taciturne, au regard myst√©rieusement m√©lancolique, qui ne s'int√®gre pas bien √† l'√©cole. Il m√©prise le mat√©rialisme et le carri√©risme de ses camarades. Il y lit avec ferveur Shakespeare, Goethe, Victor Hugo et surtout Friedrich von Schiller, auteur d√©terminant dans sa vocation d'√©crivain. En 1842, il est nomm√© sous-lieutenant et entre en tant que dessinateur √† la direction du G√©nie.

En √©t√© 1844, il d√©missionne pour se consacrer √† son premier roman, Les Pauvres Gens[2]. Lou√© par le po√®te Nikola√Į Nekrassov et l'influent critique Vissarion Belinski, le roman est publi√© en 1846 et conna√ģt un succ√®s public certain. Dosto√Įevski se retrouve alors propuls√© au rang de ¬ę nouveau Gogol ¬Ľ et se pavane dans les cercles mondains de Saint-P√©tersbourg[3]. Il ne se sent pas du tout √† l'aise dans ce milieu, o√Ļ r√®gnent la superficialit√© et l'hypocrisie[r√©f. n√©cessaire]. Bient√īt, l'√©lite commence √† railler son manque de tenue, son air abattu. Ivan Tourgueniev publie une satire en vers, o√Ļ il le qualifie de ¬ę chevalier √† la triste figue,/Dosto√Įevski, aimable fanfaron ¬Ľ[4],[5]. Sa disgr√Ęce sera acc√©l√©r√©e avec la publication de ses romans suivants (Le Double et La Logeuse) qui ne rencontrent pas le succ√®s escompt√©.

Dosto√Įevski jeune, portrait de Trutovski, 1847.

En 1847, il fr√©quente le cercle fouri√©riste de Mikha√Įl Petrachevski, fonctionnaire au minist√®re des Affaires √©trang√®res qui lutte contre l'absolutisme de Nicolas Ier. Il n'adh√®re pas √† un syst√®me en particulier (ses opinions se sont progressivement d√©plac√©es vers le mystisme slavophile et le lib√©ralisme) mais cherche √† maintenir une pr√©sence dans les milieux intellectuels progressistes p√©tersbourgeois. Il ne fr√©quente pas ces cercles pour fomenter de r√©elles actions r√©volutionnaires mais pour discuter d'id√©es nouvelles et surtout, parler de l'avenir de la Russie. Cette m√™me ann√©e, il fait sa premi√®re crise d'√©pilepsie, √† 26 ans.

Le bagne d'Omsk

En avril 1849, les membres du cercle Petrachevski sont arr√™t√©s, y compris Dosto√Įevski, qui est emprisonn√©. L'empereur Nicolas Ier voit resurgir le spectre du complot des d√©cabristes, un mouvement insurrectionnel qui se propagea dans l'arm√©e et aboutit la sanglante √©meute du 14 d√©cembre 1825. Apr√®s un simulacre d'ex√©cution sur la place Semenov le 22 d√©cembre 1849, le tsar ayant graci√© les prisonniers au moment m√™me o√Ļ ils allaient √™tre ex√©cut√©s, la condamnation √† mort est commu√©e en exil de plusieurs ann√©es et la peine en d√©portation dans un bagne de Sib√©rie.

En 1850, Dosto√Įevski arrive √† Omsk (Souvenirs de la maison des morts, 1860)[6]. Les punitions corporelles lui sont √©pargn√©es sur l'intervention de M. de Grave, un officier d'origine fran√ßaise.

Dans les baraquements, il partage sa vie avec des for√ßats de droit commun, il √©crit dans sa correspondance : ¬ę Je n'ai pas perdu mon temps : j'ai appris √† bien conna√ģtre le peuple russe, comme peut-√™tre peu le connaissent ¬Ľ. Ce qui oblige l'intellectuel de salon qu'il √©tait √† commencer son √©volution : ¬ę J'√©tais coupable, j'en ai pleine conscience... J'ai √©t√© condamn√© l√©galement et en bonne justice... Ma longue exp√©rience, p√©nible, douloureuse, m'a rendu ma lucidit√©... C'est ma croix, je l'ai m√©rit√©e... Le bagne m'a beaucoup pris et beaucoup inculqu√©. ¬Ľ Il rencontre au bagne ¬ę les hommes les plus richement dou√©s, les plus forts de tout notre peuple... ¬Ľ, et se rapproche ainsi du ¬ę peuple russe ¬Ľ orthodoxe, rapprochement qui allait nourrir plus tard son mysticisme slavophile.

Cette p√©riode d√©terminante dans son Ňďuvre donnera lieu √† plusieurs passages importants de ses livres, dont une partie de Crime et Ch√Ętiment.

Après le bagne

Sa peine se termine en 1854 et il est affect√© comme officier √† un r√©giment de Sib√©rie o√Ļ il √©pouse Maria Dmitrievna Issa√Įeva en 1857. Il recommence √† √©crire : les Souvenirs de la maison des morts, r√©cit romanc√© de sa vie au bagne, puis une com√©die, Le Bourg de St√©pantchikovo et sa population.

En 1860, il obtient sa retraite comme sous-lieutenant et l‚Äôautorisation de rentrer vivre √† Saint-P√©tersbourg, sous la surveillance de la police secr√®te. Il renoue alors avec les lib√©raux et fonde avec son fr√®re Mikha√Įl une revue mod√©r√©e et nationaliste, Le Temps o√Ļ parait Souvenirs de la maison des morts. Cette revue est interdite en 1863 car un article publi√© est jug√© trop contestataire par la censure. L'arriv√©e au pouvoir du nouveau tsar Alexandre II en 1855 am√®ne de nombreuses r√©formes en Russie. Le servage est aboli en 1861. Malgr√© ces ouvertures politiques, on assiste √† l'√©mergence de mouvements r√©volutionnaires violents, ce qui inqui√®te beaucoup Dosto√Įevski. Il commence d√©j√† √† pol√©miquer de plus en plus s√©v√®rement avec les socialistes[7] qui consid√®rent l'homme comme raisonnablement et ¬ę fondamentalement bon ¬Ľ et que la science conduit obligatoirement vers la lumi√®re. Dosto√Įevski se raille de sa ¬ę saintet√© la chimie ¬Ľ.

Les années d'errance

Dosto√Įevski en 1863.

En 1862, il voyage pour la premi√®re fois en Europe occidentale, o√Ļ il rencontre Apollinaria Souslova, qui devient sa ma√ģtresse.

Sa femme Maria, puis son fr√®re Mikha√Įl, meurent en 1864. Il revoit la jeune Apollinaria (Paulina) Souslova, qui refuse sa demande en mariage ; il √©pouse Anna Grigorievna Snitkine en 1867. Il est couvert de dettes et doit fournir de quoi vivre √† la veuve et aux enfants de son fr√®re qu'il a adopt√©s. Pour √©chapper aux cr√©anciers, il continue √† voyager et tente de faire fortune √† la roulette. On trouve des √©chos de sa passion maladive du jeu dans Le Joueur (1866) et L'Adolescent (1875). Il publie en parall√®le son Journal d'un √©crivain.

Ces ann√©es d'errance et de troubles marquent profond√©ment Dosto√Įevski. Son aversion pour l'Europe et la d√©mocratie grandit. Il commence Les Carnets du sous-sol alors qu'il veille le corps de sa femme d√©funte. Cette longue nouvelle sert de ¬ę laboratoire aux grands romans ¬Ľ[8]: en r√©ponse au roman Que faire ? du r√©volutionnaire Nikola√Į Tchernychevski, il y d√©veloppe une r√©flexion th√©ologique sur la place de l'homme moderne et les limites de sa libert√© dans la Cr√©ation. Selon Dosto√Įevski, l'√©galit√© d√©mocratique n'efface pas la violence des rapports humains mais l'exacerbe au contraire. En outre, en d√©truisant Dieu et la monarchie, l'homme cr√©e selon lui un monde domin√© par le mat√©rialisme, l'individualisme et l'√©go√Įsme. Sa pens√©e le conduit alors √† revenir dans le giron de l'√Čglise orthodoxe et de d√©velopper sous forme de roman une philosophie religieuse orthodoxe[9].

Il s'oppose √† la d√©mocratie bourgeoise parce qu'elle donne une place trop importante √† l'argent. Il admire en revanche la libert√© de la presse, lui qui a souffert de la censure en Russie. De son incarc√©ration en 1849, jusqu'√† la publication des Fr√®res Karamazov en 1879, Dosto√Įevski se trouve plac√© sous surveillance des services secrets du tsar qui r√©visent son courrier, surveillent ses relations et contr√īlent ses bagages aux fronti√®res.

Politiquement, il est un fervent ¬ę lib√©ral ¬Ľ pour son pays et surtout un nationaliste convaincu. Il aime le peuple russe avec passion et hait profond√©ment les usuriers qui saignent le bon peuple. Le crime de Crime et Ch√Ętiment consiste d'ailleurs dans la vengeance gratuite d'un √©tudiant contre une usuri√®re.

La maturité

Portrait par Vassili Perov (1872)

Il engage Anna Grigorievna Snitkine comme secr√©taire et l'√©pouse peu apr√®s 1867 alors qu'elle n'a qu'une vingtaine d'ann√©es. Gr√Ęce √† son esprit pratique et √† sa volont√©, la situation du m√©nage s'am√©liore consid√©rablement. Dosto√Įevski renonce au jeu et se met √† travailler r√©guli√®rement, publiant ses Ňďuvres les plus abouties : Crime et Ch√Ętiment, L'Idiot, Les D√©mons.

Ce dernier roman est inspir√© d'un fait divers tragique : l'assassinat par les siens d'un des membres du groupe r√©volutionnaire de Serge Netcha√Įev. Son Ňďuvre romanesque s'ach√®ve par Les Fr√®res Karamazov, qu'il publie √† l'√Ęge de 60 ans. Cette Ňďuvre incarne l'apog√©e de Dosto√Įevski. Le roman synth√©tise ses deux plus grands th√®mes de r√©flexion : la force irrationnelle de la passion et l'existence ou non de Dieu. Ce livre connait un succ√®s immense et assoit la place de Dosto√Įevski parmi les grands √©crivains russes. En 1880, son Discours sur Pouchkine, o√Ļ Dosto√Įevski √©voque sa vision sur le r√īle de la Russie dans le monde, fait de lui un h√©ros national acclam√© tant par la jeunesse, les femmes russes que par ses anciens ennemis (Ivan Tourgueniev au premier rang).

Ses derni√®res ann√©es restent marqu√©es par des discours enflamm√©s sur l'√Ęme et le peuple russe ainsi que la sup√©riorit√© du ¬ę g√©nie russe ¬Ľ sur les autres nations. Il attribue un r√īle messianique au peuple russe, seul peuple capable de comprendre tous les autres peuples et d'avoir ses propres sp√©cificit√©s nationales. Selon lui, le peuple russe a intrins√®quement pour mission d'apporter le bonheur √† l'humanit√©.

Dosto√Įevski, √† la fin de sa vie aura √©t√© un fervent croyant et non plus l'agnostique de ses premi√®res ann√©es. Homme en dehors des syst√®mes (et notamment en dehors des √Čglises), il reconna√ģt le Christ comme proph√®te ayant r√©v√©l√© la V√©rit√©.

Il succombe √† une h√©morragie le 28 janvier 1881 du calendrier julien (9 f√©vrier 1881 du calendrier gr√©gorien). Ses obs√®ques nationales ont lieu le 31 janvier 1881 et sont suivies par 30 000 personnes[10],[11]. Il est enterr√© au cimeti√®re Tikhvine √† Saint-P√©tersbourg.

L'Ňďuvre

Les sources : Dosto√Įevski lecteur

Avant d'√™tre un √©crivain, Dosto√Įevski fut d√®s l'adolescence un lecteur passionn√©. On trouve ainsi une √©vocation du bonheur de la lecture dans N√©totchka Nezvanova. Dosto√Įevski avait une excellente connaissance de la litt√©rature europ√©enne de son temps. Byron, Balzac, Dickens, Victor Hugo, E. T. A. Hoffmann figurent parmi ses auteurs favoris. Dans ses premi√®res ann√©es, il fut √©galement volontiers lecteur de romans populaires, notamment des feuilletonistes fran√ßais Eug√®ne Sue ou Paul de Kock.

Honor√© de Balzac a toutefois une influence d√©terminante sur l'√©crivain russe, qui traduit d√®s 1844 Eug√©nie Grandet, dont il s'inspire pour son premier roman, Les Pauvres Gens. Bienstock voit en Balzac une source d'inspiration de Dosto√Įevski, tant dans la forme (on retrouve dans Les Pauvres Gens des expressions du p√®re de La Com√©die humaine) que dans le fond[12].

C'est aussi chez ses prédécesseurs russes Alexandre Pouchkine et Nicolas Gogol qu'il puise une part de son inspiration littéraire, notamment le mélange de styles réalistes, grotesques et épiques caractéristique de cette tradition.

Il montre √©galement un grand int√©r√™t pour le th√©√Ętre (Jean Racine, Shakespeare, Friedrich von Schiller, Moli√®re en particulier). De fait, ses romans se pr√©sentent fr√©quemment comme des suites de sc√®nes dramatiques presque enti√®rement dialogu√©es. On rencontre encore des dispositifs classiques du th√©√Ętre tels que le quiproquo ou le t√©moin cach√©.

√Ä cette passion pour la lecture s'ajoute celle pour la critique litt√©raire et le d√©bat d'id√©es en g√©n√©ral. Dans les Souvenirs de la maison des morts, le narrateur relate l'√©motion intense qu'il ressent lorsqu'il parvient √† se procurer pour la premi√®re fois depuis de nombreuses ann√©es une revue litt√©raire. Les allusions √† la litt√©rature contemporaine pars√®ment l'Ňďuvre de Dosto√Įevski, sous forme de parodie, d'attaque directe ou implicite, notamment contre le romantisme.

Le style romanesque

L'une des caract√©ristiques les plus frappantes des romans de Dosto√Įevski est l'outrance des personnages et des situations. On rencontre ainsi des d√©bauch√©s nihilistes, des femmes fatales, des m√®res prostituant leurs enfants, des alcooliques inv√©t√©r√©s, de nombreux personnages √† la limite de la folie (m√©galomanie, d√©lire de pers√©cution, sadisme...), mais aussi des ¬ę saints ¬Ľ incarnant l'id√©al chr√©tien, tel le staretz Zossima ou le prince Muychkine. Les meurtres, les ruines soudaines, les mariages annul√©s, les maladies mortelles, les suicides se succ√®dent, parfois √† la limite de la vraisemblance. L'intensit√© de ces sc√®nes est encore relev√©e par l'utilisation de la narration √† la premi√®re personne (Le Joueur, L'Adolescent, Humili√©s et offens√©s entre autres) ou par l'utilisation du dialogue.

Les personnages de Dosto√Įevski ont en outre la particularit√© d'√©voluer au cours du roman, et souvent radicalement, tel le Raskolnikov de Crime et Ch√Ętiment ou Arkadi Dolgorouki dans L'Adolescent. Ce trait marque une profonde rupture avec la tradition litt√©raire qui privil√©gie l'unit√© et la coh√©rence des personnages et ouvre vers la modernit√© litt√©raire.

Une place consid√©rable est d√©volue aux dialogues. C'est ainsi que le critique russe Mikha√Įl Bakhtine a √©t√© amen√© √† d√©finir le concept de dialogisme pour caract√©riser le style romanesque de Dosto√Įevski. Le roman dosto√Įevskien se pr√©sente comme une confrontation de points de vue ¬ę existentiels ¬Ľ entre les diff√©rents personnages, points de vue qui s'expriment dans des styles diff√©rents. Le burlesque peut ainsi c√ītoyer le tragique, ou le sentimentalisme le cynisme. Dosto√Įevski apporte un soin particulier au r√©alisme des dialogues, en utilisant des expressions populaires, des digressions, des interruptions.

Chacun des personnages se d√©finit par rapport aux autres, par imitation ou par opposition. De nombreux romans (souvent burlesques) sont b√Ętis sur les relations d'amour et de haine entre deux personnages tr√®s semblables ou compl√©mentaires : Le Double, mais aussi Le Bourg de St√©pantchikovo et sa population ou L'√Čternel Mari. On trouve √©galement de longues sc√®nes impliquant des discussions houleuses avec de nombreux personnages (L'Idiot ou Les D√©mons). Mais Dosto√Įevski est √©galement l'un des premiers √† pr√©senter des romans sous forme de monologue (Les Carnets du sous-sol, La Douce, L'Adolescent). M√™me dans ces monologues le principe dialogique est √† l'Ňďuvre : le narrateur s'adresse √† un public imaginaire, r√©pond √† ses objections, cherche √† le s√©duire ou √† le d√©fier.

Le style romanesque de Dosto√Įevski d√©coule de ces caract√©ristiques. La confrontation de personnages incarnant des positions diff√©rentes entra√ģne une grande vari√©t√© des styles, d'une Ňďuvre √† l'autre mais aussi au sein d'un m√™me texte. Des √©pisodes grotesques ou bouffons sont intercal√©s au milieu de sc√®nes dramatiques (Le Bourg de St√©pantchikovo et sa population), comme dans les pi√®ces de Shakespeare. Enfin, on note aussi, dans les romans de Dosto√Įevski, les caract√©ristiques propres √† la publication sous forme de feuilleton : foisonnement des intrigues, digressions, mais aussi des incoh√©rences, caract√©ristiques que l'on peut retrouver dans d'autres Ňďuvres contemporaines telles que La maison d'√Ępre vent de Charles Dickens ou La foire aux vanit√©s de William Makepeace Thackeray.

La relation de l'Homme au monde

Les thèmes philosophiques, religieux et politiques occupent une place centrale.

C'est lors de son passage au bagne que se d√©veloppe la force spirituelle de Dosto√Įevski. Il ne s'endurcit pas, il ne se r√©volte pas et accepte les r√©v√©lations qui lui arrivent peu √† peu, sur la Russie, le peuple russe, la monarchie russe et la religion. Il √©crit dans une correspondance : ¬ę Je te jure que je ne perdrai pas espoir et garderai purs mon esprit et mon cŇďur... Je dois vivre... Ces ann√©es ne seront pas st√©riles. ¬Ľ Au fond de son enfer, il rencontre le Christ, et sa foi renouvel√©e va d√©sormais le guider dans sa vie priv√©e, dans sa vie d'√©crivain et dans sa vie politique : ¬ę ... il n'est rien de plus beau, de plus profond, de plus sympathique, de plus raisonnable, de plus viril et de plus parfait que le Christ... D√©sormais, je n'√©crirai plus d'√Ęneries. ¬Ľ

Mais cette d√©couverte du Christ n'implique pas, comme on pourrait le supposer √† premi√®re vue, un retour √† la religion. √Ä cet √©gard, Kirilov, personnage des Poss√©d√©s, imagine que J√©sus mourant ne s'est pas retrouv√© au Paradis : ¬ę Les lois de la nature, dit l'ing√©nieur, ont fait vivre le Christ au milieu du mensonge et mourir pour un mensonge ¬Ľ. Ce qui fait dire √† Albert Camus analysant l'Ňďuvre de Dosto√Įevski, que ¬ę J√©sus incarne bien tout le drame humain. Il est l'homme parfait, √©tant celui qui a r√©alis√© la condition la plus absurde. Il n'est pas le Dieu-homme, mais l'homme-dieu. Et comme lui, chacun de nous peut √™tre crucifi√© et dup√© - l'est dans une certaine mesure. ¬Ľ[13]

La question du Christ, et de l'existence de Dieu, est en fait au cŇďur de sa r√©flexion, ainsi que Dosto√Įevski lui-m√™me l'affirme, parlant des Karamazov : ¬ę La question principale qui sera poursuivie dans toutes les parties de ce livre est celle m√™me dont j'ai souffert consciemment ou inconsciemment toute ma vie: l'existence de Dieu. ¬Ľ[14]

Dosto√Įevski penseur

Lorsque l'on cherche √† d√©finir la pens√©e de Dosto√Įevski, on se heurte d'embl√©e √† une difficult√© : son Ňďuvre romanesque comporte tr√®s peu d'interventions directes de l'auteur comme on en trouve souvent dans les romans du XIXe si√®cle. Ce ne sont pas des ¬ę romans √† th√®se ¬Ľ, mais des romans o√Ļ s'opposent de fa√ßon dialectique des points de vue diff√©rents. Ainsi, dans Les Fr√®res Karamazov, Aliosha le croyant s'oppose √† Ivan le sceptique, mais l'auteur fait de chacun un personnage coh√©rent et touchant. Rien ne serait donc plus trompeur que de pr√™ter √† Dosto√Įevski les opinions de ses personnages. C'est avec la plus grande prudence qu'il faut lire des citations extraites de son Ňďuvre romanesque.

Il existe bien une pens√©e originale chez Dosto√Įevski, notamment au vu de son influence sur de nombreux philosophes tels que Friedrich Nietzsche, Andr√© Suar√®s, Albert Camus, les existentialistes ou Ren√© Girard ou encore sur la psychologie. √Ä ce sujet, Freud √©crit un article ¬ę Dosto√Įevski et le parricide ¬Ľ.

C'est √† travers son Ňďuvre romanesque prise dans son ensemble et non dans les paroles de ses personnages qu'il faut chercher cette pens√©e, principalement d'ordre ontologique, voire anthropologique.

L'une des id√©es forces de Dosto√Įevski est l'existence chez tout √™tre humain d'un besoin inn√© d'imitation. Le th√®me de l'imitation est r√©current dans son Ňďuvre, qu'il s'agisse d'un personnage historique (Napol√©on Ier dans Crime et Ch√Ętiment, Rothschild dans L'Adolescent) ou d'un autre personnage romanesque (Le Double, N√©totchka Nezvanova, L'√Čternel Mari, etc.) Ce besoin d'imitation porte en lui une tension entre admiration et rivalit√© qui peut d√©g√©n√©rer en fusion passionnelle comme en haine acharn√©e. C'est en rep√©rant ce th√®me dans l'Ňďuvre de Dosto√Įevski (entre autres auteurs) que Ren√© Girard √©labora son concept de d√©sir mim√©tique. Pour Dosto√Įevski, seule l'imitation du Christ, du fait de sa nature √† la fois divine et humaine, sublime et humble, peut d√©boucher sur une soci√©t√© juste et sans violence.

Selon F√©dor Dosto√Įevski, la soci√©t√© d√©mocratique dans laquelle la Russie est brutalement projet√©e au cours des ann√©es 1850 ne fait que rendre les conflits plus violents. Elle promet en effet √† chacun un √©gal droit √† la r√©ussite et √† la gloire : serfs affranchis, petits fonctionnaires, √©tudiants pauvres se sentent √† √©galit√© avec les nobles ou les grands bourgeois. In√©vitablement, les obstacles et les rigidit√©s sociales engendrent alors frustrations et amertume (cf. Les Carnets du sous-sol). C'est d'ailleurs le point de d√©part du concept de ressentiment chez Friedrich Nietzsche. Pour le philosophe russe L√©on Chestov, Dosto√Įevski se rapproche de Nietzsche ¬ę en ce que leur Ňďuvres contiennent non pas une r√©ponse mais une question : peuvent-ils encore concevoir quelque espoir, ceux qui ont repouss√© la science et la morale. Autrement dit : la philosophie de la trag√©die est-elle possible ¬Ľ ? L√©on Chestov avance un peu plus loin que les romans m√©taphysiques de Dosto√Įevski sont une r√©ponse √† la critique de la raison pure et de la science positive de Kant.

Enfin, la proximit√© de la pens√©e de Dosto√Įevski avec l'existentialisme est telle qu'on a pu le compter parmi les fondateurs de ce courant philosophique, au m√™me titre que S√łren Kierkegaard. En effet pour Dosto√Įevski, l'homme se construit √† travers ses rapports dialectiques √† autrui, par imitation ou opposition. Contrairement √† la plupart des romanciers qui cherchaient √† construire des ¬ę types ¬Ľ litt√©raires parfaitement homog√®nes et d√©finis, Dosto√Įevski souligne au contraire des personnages qui se ¬ę construisent eux-m√™mes ¬Ľ, au travers de leurs actes et de leurs interactions sociales. Il montre √©galement la part d'angoisse associ√©e au libre-arbitre (voir par exemple le c√©l√®bre apologue du Grand inquisiteur dans Les Fr√®res Karamazov).

Citations

  • ¬ę Les id√©aux se succ√®dent, on les d√©passe, ils tombent en ruines, et puisqu‚Äôil n‚Äôy a pas d‚Äôautre vie, c‚Äôest sur ces ruines encore qu‚Äôil faut fonder un id√©al dernier. ¬Ľ (Les Nuits Blanches).
  • ¬ę Mais alors, que deviendra l'homme, sans Dieu et sans immortalit√© ? Tout est permis, par cons√©quent, tout est licite ? ¬Ľ (Dmitri Karamazov √† Rakitine, Les Fr√®res Karamazov; XI,IV: L'hymne et le secret) ;
  • ¬ę Je dois te faire un aveu, commen√ßa Ivan. Je n'ai jamais pu comprendre comment on peut aimer son prochain. C'est pr√©cis√©ment le prochain qu'il est impossible d'aimer, peut-√™tre seulement le lointain. ¬Ľ (Ivan Karamazov √† Aliochka, Les Fr√®res Karamazov; V,IV: La r√©bellion) ;
  • ¬ę Je triompherai de toute ma douleur juste pour pouvoir dire ¬ę je suis ¬Ľ. ¬Ľ (Dmitri Fiodorovitch Karamazov, accus√© de parricide) ;
  • ¬ę La beaut√© est une √©nigme. ¬Ľ, (L. Mychkine; L'Idiot);
  • ¬ę J'admets que deux fois deux quatre est une chose excellente, mais s'il faut tout louer, je vous dirais que deux fois deux cinq est aussi une chose charmante. ¬Ľ (Les Carnets du sous-sol) ;
  • ¬ę Nos d√©sirs sont presque toujours erron√©s √† cause d'une conception erron√©e de nos int√©r√™ts. ¬Ľ (Les Carnets du sous-sol) ;
  • ¬ę Je suis tr√®s bien aussi avec les maisons. Quand je passe, chacune d‚Äôelles accourt √† ma rencontre, me regarde de toutes ses fen√™tres et me dit : ¬ę Bonjour ! Comment vas-tu ? Moi, gr√Ęce √† Dieu, je me porte bien. Au mois de mai on m‚Äôajoutera un √©tage. ¬Ľ Ou bien : ¬ę Comment va la sant√© ? Demain on me r√©pare. ¬Ľ Ou bien : J‚Äôai failli br√Ľler, Dieu ! Que j‚Äôai eu peur ! ¬Ľ Etc. ¬Ľ (Les Nuits Blanches).
  • ¬ę Oui, l'homme a la vie dure ! Un √™tre qui s'habitue √† tout. Voil√†, je pense, la meilleure d√©finition qu'on puisse donner de l'homme. ¬Ľ (Souvenirs de la maison des morts).
  • ¬ę Dosto√Įevski est la seule personne qui m'ait appris quelque chose en psychologie. ¬Ľ (Friedrich Nietzsche) ;
  • ¬ę Vivre sans espoir, c'est cesser de vivre. ¬Ľ (F√©dor Dosto√Įevski).

Chronologie des Ňďuvres

Correspondance

  • Correspondance, en 3 tomes, √Čdition Bartillat, 2003. Int√©grale pr√©sent√©e et annot√©e par Jacques Catteau ; traduit du russe par Anne Coldefy-Faucard

Carnets

  • Carnets : √©ditions Payot et Rivages, Paris, 2005. Extraits des carnets de l'auteur de 1872 √† 1881.

Notes et références

  1. ‚ÜĎ Plus pr√©cis√©ment de phtisie, une forme de tuberculose. Cf : Fedor Dosto√Įevski, Les D√©mons (Les Poss√©d√©s), chronologie, p. 751, (ISBN 2070394166)
  2. ‚ÜĎ ibid.
  3. ‚ÜĎ Leonid Grossman, Dosto√Įevski, p. 77.
  4. ‚ÜĎ Leonid Grossman, Dosto√Įevski, p. 78.
  5. ‚ÜĎ Henri Troyat, Dosto√Įevski, √Čdition Fayard, 1996, p. 89.
  6. ‚ÜĎ √Čpisode relat√© dans le cycle romanesque La lumi√®re des justes de Henri Troyat
  7. ‚ÜĎ Il √©crira plus tard que ¬ę le socialiste chr√©tien est plus dangereux que le socialiste ath√©e ¬Ľ dans Les Fr√®res Karamazov (1877).
  8. ‚ÜĎ Daniel S. Larang√©
  9. ‚ÜĎ R√©cit et foi chez F√©dor M. Dosto√Įevski. Contribution narratologique et th√©ologique aux ¬ę Notes d'un souterrain ¬Ľ (1864) de Daniel S. Larang√©
  10. ‚ÜĎ Ibid., p. 754.
  11. ‚ÜĎ Selon Jacques Catteau, ce nombre s'√©levait √† 60 000. (A.G. Dosto√Įevska√Įa, M√©moires d'une vie, pr√©face p. 7.
  12. ‚ÜĎ ¬ę Dosto√Įevski et Balzac. Chronique des lettres fran√ßaises ¬Ľ, agora.qc.ca
  13. ‚ÜĎ Le mythe de Sisiphe, ed. Folio essais p.145-146
  14. ‚ÜĎ Le Mythe de Sisiphe, ed. Folio essais p.150
  15. ‚ÜĎ Ňíuvre √©crite √† trois mains, Dosto√Įevski, Nikola√Į Nekrassov et Dmitri Grigorovitch.
  16. ‚ÜĎ Le Retrait√© : texte supprim√© par l'auteur dans l'√©dition de 1860. Source : Fedor Dosto√Įevski, R√©cits, chroniques et pol√©miques, note de Gustave Aucouturier p. 1689, Biblioth√®que de la Pl√©iade

Voir aussi

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Bibliographie

  • John Cowper Powys, Dosto√Įevski, pr√©face de Marc-√Čdouard Nabe, Bartillat, Paris, 2001 (ISBN 284100242X)
  • A. Messaoudi, La Transversalit√© du th√®me religieux dans Les D√©mons (ou les Poss√©d√©s) de Dosto√Įevski, Paris, √©diteur Ind√©pendant, 2006, 358 p. (ISBN 2-35335-006-2)
  • Anna Grigorievna Dosto√Įevska√Įa, Dosto√Įevski, m√©moires d'une vie, traduit par Anne Beucler, M√©moire du Livre, 2001
  • Stefan Zweig, ¬ę Instant historique ¬Ľ in Les Tr√®s Riches Heures de l'humanit√©, √©d. Livre de Poche, 2005 : r√©cit du simulacre d'ex√©cution sur la place Semenov le 22 d√©cembre 1849.
  • Nicolas Berdiaev, L'Esprit de Dosto√Įevski, (1921), √©d. St-Michel 1929, Paris et Li√®ge.
  • Andr√© Levinson, La Vie path√©tique de Dosto√Įevski par √©d. Plon, Paris, 1931.
  • L√©on Chestov, La Philosophie de la trag√©die, Dosto√Įevski et Nietzsche, Paris, J. Shiffrin - Biblioth√®que de la Pl√©iade 1926.
  • Jacques Catteau, La Cr√©ation litt√©raire chez Dosto√Įevski, Paris, Institut d'√©tudes slaves, 1978. (ISBN 2-7204-0142-0).
  • Vladimir Marinov, La Figure du crime chez Dosto√Įevski, Paris, Puf, 1990. (ISBN 2-13-043173-9.)
  • Correspondance de Dosto√Įevski (1832-1864), pr√©sent√©e par Jacques Catteau, traduction d'Anne Coldefy-Faucard, √©d. Bartillat, 1998, 816 pages.
  • Joseph Frank, Dosto√Įevski, les ann√©es miraculeuses (1865-1871) traduit de l'am√©ricain par Aline Weil, √©d. Actes Sud, Arles, 1998, 768 pages. (ISBN 2742715460)
  • Daniel S. Larang√©, R√©cit et foi chez F√©dor M. Dosto√Įevski. Contribution narratologique et th√©ologique aux "Notes d'un souterrain" (1864), Paris-Turin-Budapest, √©d. L'Harmattan, 2002 (Critiques litt√©raires). (ISBN 2-7475-1845-0).
  • Leonid Grossman, Dosto√Įevski, biographie, √Čd. Parangon, Paris, 2003.
  • Mikha√Įl Bakhtine, La Po√©tique de Dosto√Įevski.
  • Ren√© Girard, Mensonge romantique et v√©rit√© romanesque, Paris, Bernard Grasset, 1961, 351 p. (ISBN 2-01-011849-9) 
  • Andr√© Gide, Dosto√Įevski.
  • Andr√© Suar√®s, Dosto√Įevski.
  • Jacques Madaule, Le Christianisme de Dosto√Įevski, Bloud & Gay, 1939.
  • L√©on Zander, Dosto√Įevsky. Le probl√®me du Bien, √Čditions Corr√™a, 1946.
  • Paul Evdokimov, Dosto√Įevski et le probl√®me du mal.
  • Paul Evdokimov, Gogol et Dosto√Įevski ou la Descente aux enfers, .
  • Cahier de l'Herne Dosto√Įevski, L'Herne.
  • Gabrielle Althen, Dosto√Įevski. Le meurtre et l'esp√©rance, Paris, √Čditions du Cerf, Collection litt√©rature, 2006, (ISBN 2204076538)


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