Felix Houphouet-Boigny

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Felix Houphouet-Boigny

Félix Houphouët-Boigny

Félix Houphouët-Boigny
1er président de la République de CÎte d'Ivoire
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Actuellement en fonction
Mandat
7 aoĂ»t 1960 - 7 dĂ©cembre 1993
Depuis le 7 aoĂ»t 1960
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Successeur Henri Konan Bédié
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Autres fonctions
Premier ministre de la CĂŽte d'Ivoire
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1er mai 1959 - 3 novembre 1960
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Successeur Alassane Dramane Ouattara

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Biographie
Nom de naissance
Naissance 18 octobre 1905
N'Gokro (CĂŽte d'Ivoire)
DĂ©cĂšs 7 dĂ©cembre 1993
Yamoussoukro
Nature du décÚs {{{nature}}}
Nationalité Ivoirienne
Conjoint(s)
Enfant(s)
DiplĂŽmĂ© École William Ponty
École de mĂ©decine de l'AOF
Profession MĂ©decin, planteur
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Résidence(s) Palais présidentiel d'Abidjan
Religion {{{religion}}}
Signature {{{signature}}}

Président de la République de CÎte d'Ivoire

FĂ©lix HouphouĂ«t-Boigny (serait nĂ© Dia HouphouĂ«t le 18 octobre 1905 Ă  N'Gokro (Yamoussoukro) selon la biographie officielle - mort le 7 dĂ©cembre 1993), surnommĂ© « le sage Â» ou mĂȘme « Nanan Boigny Â» ou « Nanan Houphouet Â» ou encore « le Vieux Â» (au sens africain du terme), est le « pĂšre Â» de l’indĂ©pendance de la CĂŽte d’Ivoire.

Successivement chef traditionnel, mĂ©decin, planteur, leader syndical, dĂ©putĂ© ivoirien en France, ministre de gouvernements français, prĂ©sident de l'AssemblĂ©e nationale ivoirienne, maire d'Abidjan, Premier ministre ivoirien et premier prĂ©sident de la CĂŽte d'Ivoire de 1960 Ă  1993, FĂ©lix HouphouĂ«t-Boigny tient un rĂŽle de premier ordre dans le processus de dĂ©colonisation de l'Afrique, et domine jusqu’à la fin de sa vie, la scĂšne politique de son pays natal.

Partisan de la Françafrique (une Ă©troite collaboration avec l’ancienne mĂ©tropole, on lui prĂȘte d'ailleurs la paternitĂ© de ce terme), il parvient de cette façon Ă  dĂ©velopper Ă©conomiquement la CĂŽte d’Ivoire, notamment dans le secteur agricole, faisant de son pays un Ăźlot de prospĂ©ritĂ© dans un continent minĂ© par la pauvretĂ© ; on parle alors de « miracle ivoirien Â». Mais si l’exportation de cacao et de cafĂ© a fait la richesse de la CĂŽte-d’Ivoire, elle provoque Ă©galement ses difficultĂ©s dans les annĂ©es 1980, aprĂšs la chute brutale des cours des matiĂšres premiĂšres. DĂšs lors, son rĂ©gime dictatorial, bien que dĂ©bonnaire, minĂ© par une corruption endĂ©mique, devient de plus en plus insupportable pour la population touchĂ©e de plein fouet par la crise Ă©conomique dont les impacts se font encore sentir, aujourd’hui, dans le pays.

Toutefois, cette coopĂ©ration avec la France ne s’arrĂȘte pas au seul plan Ă©conomique ; conjointement avec les services secrets de l’ancien colonisateur, il mĂšne une politique africaine controversĂ©e qui se traduit par un soutien inconditionnel et mutuel des deux pays, dans chaque nouvelle « aventure Â» oĂč ils s’impliquent. HouphouĂ«t-Boigny, l’homme de la France en Afrique, se taille de cette maniĂšre, une place toute particuliĂšre sur la scĂšne africaine, notamment en Afrique francophone et dans le Golfe de GuinĂ©e oĂč son influence fut grande.

Sommaire

Les années de formation

Origines et Ă©ducation

FĂ©lix HouphouĂ«t-Boigny naĂźt, selon sa biographie officielle, le 18 octobre 1905 Ă  N'Gokro[1]. Toutefois, un doute subsiste sur l’exactitude de cette date ; chez les BaoulĂ©s, son ethnie d’appartenance, l’état civil n’existe pas et il est donc fort probable que sa naissance soit antĂ©rieure Ă  1905[2].

Originaire de la tribu animiste des AkouĂšs, il est le fils d’un dĂ©nommĂ© HouphouĂ«t[3] qui lui donne Ă  l’origine comme prĂ©nom Dia, pouvant signifier, dans sa langue, prophĂšte ou magicien[3]. Le nom de son pĂšre provient du baoulĂ© ufuĂ©. Ce nom expiatoire est donnĂ© aux enfants nĂ©s aux abords d'un village ou dans une famille oĂč plusieurs enfants sont morts successivement avant sa naissance[4]. De son nom d'origine Dia HouphouĂ«t, il y ajouta le nom Boigny signifiant le bĂ©lier en baoulĂ©[4]. Dia HouphouĂ«t-Boigny est le petit-neveu de la reine Yamousso et du chef du village, Kouassi N'Go[3]. Lorsque ce dernier se fait assassiner en 1910, le jeune Dia est appelĂ© Ă  lui succĂ©der Ă  la tĂȘte de la chefferie[3]. Mais, en raison de son jeune Ăąge, son beau-pĂšre Gbro Diby (son pĂšre Ă©tant dĂ©jĂ  mort) devient rĂ©gent[5].

Compte tenu de son rang, l’administration coloniale dĂ©cide de l’envoyer Ă  l’école du poste militaire de Bonzi situĂ© prĂšs du village[5] puis, en 1915, Ă  l’école primaire supĂ©rieure de Bingerville, ce malgrĂ© les rĂ©ticences de sa famille[3]. Cette mĂȘme annĂ©e Ă  Bingerville, il se convertit au christianisme, considĂ©rant cette religion comme le signe de la modernitĂ© et un obstacle Ă  l'islamisation ; il se fait baptiser FĂ©lix[3].

Brillant Ă©lĂšve, il intĂšgre, en 1919, l’École William Ponty oĂč il obtient son diplĂŽme d’instituteur[5] et enchaĂźne, en 1921, avec l’École de mĂ©decine de l'AOF dont il sort major en 1925[1]. Mais ses Ă©tudes de mĂ©decine sont incomplĂštes et HouphouĂ«t ne peut prĂ©tendre qu'Ă  la carriĂšre d'un « mĂ©decin africain Â»[6], sorte de mĂ©decin au rabais[2].

Un « mĂ©decin africain Â» engagĂ©

Un cacaoyer avec les gousses de fruits à différents stades de maturation.

Le 26 octobre 1925[5], HouphouĂ«t dĂ©bute sa carriĂšre en tant que mĂ©decin-auxiliaire Ă  l’hĂŽpital d’Abidjan[7] oĂč il fonde une « Amicale Â» regroupant le personnel mĂ©dical indigĂšne[3]. L’entreprise tourne court ; l’administration coloniale voit d’un trĂšs mauvais Ɠil cette association qu’elle assimile Ă  une formation syndicale[3] et dĂ©cide de le muter, le 27 avril 1927[5], au service de Guiglo oĂč les conditions sanitaires sont particuliĂšrement Ă©prouvantes[8]. Toutefois, faisant preuve de vĂ©ritables aptitudes professionnelles, il est promu Ă  Abengourou, le 17 septembre 1929[5], Ă  un poste rĂ©servĂ©, jusque lĂ , aux europĂ©ens[3].

À Abengourou, HouphouĂ«t est confrontĂ© aux injustices dont sont victimes les cultivateurs de cacao indigĂšnes exploitĂ©s par les colons[9]. DĂ©cidĂ© Ă  agir, il prend la tĂȘte, en 1932, d’un mouvement de planteurs africains hostile aux grands propriĂ©taires blancs et Ă  la politique Ă©conomique du colonisateur qui les favorisent[2]. Le 22 dĂ©cembre[9], il rĂ©dige, sous un pseudonyme, un article engagĂ© « On nous a trop volĂ©s Â» qui paraĂźt dans un Ă©ditorial socialiste[7] publiĂ© en CĂŽte d’Ivoire, le « Trait d’union Â»[9].

L’annĂ©e suivante, HouphouĂ«t est appelĂ© par sa tribu Ă  prendre ses fonctions de chef de village[5] mais, prĂ©fĂ©rant poursuivre sa carriĂšre, il se dĂ©siste en faveur de son frĂšre cadet Augustin[10]. Cependant, afin de se rapprocher de son village, il obtient sa mutation Ă  Dimbokro le 3 fĂ©vrier 1934[5] puis Ă  Toumodi le 28 juin 1936[5]. Si jusque lĂ , HouphouĂ«t a fait preuve de rĂ©elles qualitĂ©s professionnelles, son attitude dĂ©plait ; en septembre 1938, son chef de service lui demande de choisir entre son poste de mĂ©decin et son engagement dans la politique locale[9]. Le choix sera vite fait puisqu'en 1939, son frĂšre dĂ©cĂšde et il lui succĂšde Ă  la tĂȘte de la chefferie[3].

Un chef de canton et un leader syndical

En devenant chef, HouphouĂ«t devient l'administrateur du canton d’AkouĂš, reprĂ©sentant trente-six villages[3]. Il reprend Ă©galement en charge la plantation familiale qui est alors l'une des plus importantes du pays, et parvient Ă  la dĂ©velopper en diversifiant les cultures de caoutchouc, de cacao et de cafĂ©[3] ; il devient ainsi un des plus riches planteurs africains[2].

Le 3 septembre 1944[3], il fonde, en accord avec l’administration coloniale[3], le Syndicat agricole africain (SAA) dont il devient le prĂ©sident. Regroupant les planteurs africains mĂ©contents de leur sort[6], le SAA, anticolonialiste et antiraciste[2], revendique de meilleures conditions de travail, une hausse des salaires et l’abolition du travail forcĂ©[3]. Ce syndicat rencontre rapidement le succĂšs et reçoit l’appui de prĂšs de 20 000 planteurs[3], ce qui dĂ©plait fortement aux colons qui vont jusqu'Ă  porter plainte contre HouphouĂ«t[5]. L’écho de ce syndicat est tel qu’il se rend, dĂ©but 1945, Ă  Dakar pour expliquer la dĂ©marche du SAA au gouverneur gĂ©nĂ©ral de l’AOF, Pierre Cournarie[3].

En octobre 1945, HouphouĂ«t est projetĂ© sur la scĂšne politique ; le gouvernement français, dĂ©cidĂ© Ă  faire participer ses colonies Ă  l’assemblĂ©e constituante, organise l’élection de deux dĂ©putĂ©s en CĂŽte d’Ivoire : l’un reprĂ©sentant les colons, l’autre les autochtones[3]. HouphouĂ«t se prĂ©sente et, grĂące aux nombreux soutiens qu’il a acquis par son action syndicale, est Ă©lu au premier tour avec plus de 1 000 voix d’avance[1]. MalgrĂ© cette victoire, l’administration coloniale dĂ©cide d’organiser un second tour, le 4 novembre 1945, qu'il remporte avec 12 980 voix sur 31 081 suffrages exprimĂ©s[1]. Pour son entrĂ©e en politique, il dĂ©cide d’ajouter Boigny, signifiant « bĂ©lier Â» (symbole de son rĂŽle de meneur)[3] Ă  son patronyme, devenant ainsi FĂ©lix HouphouĂ«t-Boigny.

Un acteur majeur de la scÚne politique française

Un député plaidant la cause des Africains

Le Palais Bourbon

Au Palais Bourbon, HouphouĂ«t-Boigny est nommĂ© membre de la Commission des territoires d'outre-mer[1]. Il s'attelle Ă  mettre en application les revendications du SAA. Un projet de loi tendant Ă  la suppression du travail forcĂ© est ainsi proposĂ© le 1er mars 1946 Ă  l’AssemblĂ©e et adoptĂ© en 1947 sous le nom de loi HouphouĂ«t-Boigny[1]. Le 3 avril 1946, il propose d’unifier la rĂ©glementation du travail dans les territoires d'Afrique ; ce sera chose faite en 1952[1]. Enfin, le 27 septembre 1946, il dĂ©pose un rapport sur le systĂšme de santĂ© des territoires d'outre-mer qu’il invite Ă  rĂ©former[1].

HouphouĂ«t-Boigny milite Ă©galement en faveur de l’Union française. Ce projet qui prĂ©voie d'Ă©riger les colonies en des dĂ©partements et territoires français, est loin de faire l’unanimitĂ© chez les parlementaires mĂ©tropolitains qui craignent de voir la France devenir la colonie de ses colonies[1]. Tentant de les rassurer, HouphouĂ«t-Boigny leur rĂ©pond qu’il n’existe, « Ă  l’heure actuelle Â», aucun risque pour que les Africains submergent les parlementaires europĂ©ens, mais qu’en revanche, une telle union permettrait de stopper la double politique menĂ©e par la France : l’une « mĂ©tropolitaine et dĂ©mocratique Â», l’autre « coloniale et rĂ©actionnaire Â»[1].

AprĂšs l’adoption de la constitution de la IVe RĂ©publique, il est rĂ©Ă©lu sans difficultĂ© avec 21 099 voix sur 37 888 des suffrages exprimĂ©s[1]. Toujours membre de la Commission des territoires d'outre-mer (dont il devient secrĂ©taire en 1947 et 1948), il est nommĂ©, en 1946, Ă  la Commission du rĂšglement et du suffrage universel[1]. Le 18 fĂ©vrier 1947, il propose de rĂ©former en profondeur le systĂšme des conseils gĂ©nĂ©raux des territoires de l'AOF, de l'AEF et du Conseil fĂ©dĂ©ral afin qu’ils soient plus reprĂ©sentatifs des populations autochtones[1]. Il rĂ©clame Ă©galement, Ă  de nombreuses reprises, la crĂ©ation d'assemblĂ©es locales en Afrique afin que les indigĂšnes puissent faire l'apprentissage de leur autonomie et de la gestion[1].

Le fondateur du RDA et la période communiste

Le 9 avril 1946[11], HouphouĂ«t-Boigny transforme, avec l’aide des Groupes d’études communistes d’Abidjan, le SAA en Parti dĂ©mocratique de CĂŽte d'Ivoire (PDCI)[12]. Ce dernier devient lui-mĂȘme, aprĂšs le CongrĂšs de Bamako du 18 octobre 1946, une section territoriale du tout nouveau parti inter-africain : le Rassemblement dĂ©mocratique africain (RDA) dont il est le prĂ©sident[13].

Pas assez nombreux pour former un groupe parlementaire[14], les Ă©lus africains sont contraints Ă  s’apparenter Ă  un des grands partis existants pour pouvoir siĂ©ger au Palais Bourbon[7]. Le RDA s’affilie alors avec les communistes, seule formation politique ouvertement anti-colonialiste[2]. HouphouĂ«t-Boigny justifie lui-mĂȘme cette alliance par le fait qu’elle semblait, Ă  l’époque, ĂȘtre la seule solution pour se faire entendre :

« DĂšs avant la crĂ©ation du RDA, cette alliance avait servi notre cause : en mars 1946, l’abolition du travail obligatoire fut adoptĂ©e Ă  l’unanimitĂ©, sans vote, grĂące Ă  notre alliance tactique Â»[15]

Au fur et Ă  mesure que la guerre froide s'affirme, l'alliance communiste devient de plus en plus prĂ©judiciable pour le RDA, d'autant plus qu'en 1947, le PCF passe dans l'opposition. L’administration française manifeste une hostilitĂ© grandissante au RDA et Ă  son prĂ©sident qu'elle apparente Ă  un « Stalinien Â»[1]. Les tensions atteignent leur apogĂ©e au dĂ©but de 1950[6], quand, Ă  la suite d’un incident, la quasi-totalitĂ© de la direction du PDCI est arrĂȘtĂ©e[16]. De dangereuses Ă©meutes Ă©clatent en CĂŽte-d’Ivoire[17]. Pour dĂ©samorcer la crise, le prĂ©sident du Conseil, RenĂ© Pleven, confie Ă  son ministre de la France d’outre-mer, François Mitterrand, la mission de dĂ©tacher le RDA du PCF[7].

Conscient d'ĂȘtre dans une impasse, HouphouĂ«t-Boigny accepte de rompre avec les communistes en octobre 1950[1] et oriente le RDA vers une gauche modĂ©rĂ©e. Lors des Ă©lections lĂ©gislatives de 1951, il prĂ©sente une liste commune avec le parti de Mitterrand, l’Union dĂ©mocratique et socialiste de la RĂ©sistance (UDSR) dont l’affiliation devient officielle en 1952[1].

La rĂ©habilitation et l’entrĂ©e au gouvernement

Conservant l’image d’un communiste, bien que s’en dĂ©fendant, il est le seul dĂ©putĂ© RDA rĂ©Ă©lu en CĂŽte d’Ivoire en 1951[1]. C’est pourquoi, il prononce le 24 aoĂ»t 1951 un discours Ă  l’AssemblĂ©e nationale oĂč il conteste le rĂ©sultat des Ă©lections qu’il dĂ©clare entachĂ© de fraudes. Il dĂ©nonce aussi l’instrumentalisation des dĂ©putĂ©s d’outre-mer comme « machines Ă  voter Â»[1]. HouphouĂ«t-Boigny et le RDA vivent alors une vĂ©ritable pĂ©riode de purgatoire avant de renouer avec le succĂšs en 1956[17] ; lors des Ă©lections de cette annĂ©e, le grand parti de masse africain reçoit 502 711 voix sur 579 550 suffrages exprimĂ©s[1]. Son leader, dĂ©sormais, fait figure de modĂ©rĂ©[1].

NommĂ© membre de la Commission du suffrage universel, des lois constitutionnelles, du rĂšglement et des pĂ©titions, HouphouĂ«t-Boigny entre Ă©galement au gouvernement le 1er fĂ©vrier 1956 en qualitĂ© de ministre dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la prĂ©sidence du Conseil dans le gouvernement Guy Mollet ; poste qu’il occupe jusqu’au 13 juin 1957[1]. Sa principale rĂ©alisation, dans ces fonctions, est la crĂ©ation d’une organisation commune de rĂ©gions sahariennes qui permettrait d'assurer l'indĂ©pendance Ă©nergĂ©tique de l'Union française[1], et de contrer les revendications territoriales marocaines dans le Sahara[18].

Par la suite, HouphouĂ«t-Boigny devient ministre de la SantĂ© publique et de la Population dans le gouvernement FĂ©lix Gaillard du 6 novembre 1957 au 14 mai 1958. Il essaie de rĂ©former le code de la santĂ© publique[1].

Il est Ă  de nombreuses reprises, ministre d'État sous :

En cette qualitĂ©, il participe Ă  l’élaboration de la politique africaine de la France, notamment dans le domaine culturel[6]. Sous son impulsion seront crĂ©Ă©s le Bureau des Ă©tudiants de la France d’outre-mer, et l’UniversitĂ© de Dakar[6]. Le 4 octobre 1958, HouphouĂ«t-Boigny est un des signataires, aux cĂŽtĂ©s de De Gaulle, de la constitution de la Ve RĂ©publique[20]. Le dernier poste qu’il occupe est celui de ministre conseiller du gouvernement Michel DebrĂ© du 23 juillet 1959 au 19 mai 1961[19].

À la tĂȘte de la CĂŽte-d’Ivoire

Un partisan de l’autonomie

Suite Ă  l’adoption, le 23 juin 1956, de la loi-cadre Defferre donnant l'autonomie aux colonies africaines, une Ă©lection territoriale est organisĂ©e en CĂŽte-d’Ivoire le 3 mars 1957, au cours de laquelle le PDCI remporte une victoire Ă©crasante[21]. HouphouĂ«t-Boigny, qui occupait dĂ©jĂ  les fonctions de ministre en France, de PrĂ©sident de l'AssemblĂ©e territoriale depuis 1953 (ayant succĂ©dĂ© Ă  Victor Capri DjĂ©djĂ©) et de maire d’Abidjan depuis novembre 1956[21], dĂ©cide de placer Ă  la vice-prĂ©sidence de la CĂŽte d’Ivoire Auguste Denise[22], mĂȘme s’il reste, pour Paris, le seul interlocuteur de la colonie[2].

Le 7 avril 1957, le chef du gouvernement du Ghana, Kwame Nkrumah, en dĂ©placement en CĂŽte d’Ivoire, appelle toutes les colonies d’Afrique Ă  prendre leur indĂ©pendance[23] ; HouphouĂ«t-Boigny lui rĂ©torque alors :

« Votre expĂ©rience est fort sĂ©duisante
 Mais en raison des rapports humains qu’entretiennent entre eux Français et Africains et compte tenu de l’impĂ©ratif du siĂšcle, l’interdĂ©pendance des peuples, nous avons estimĂ© qu’il Ă©tait peut-ĂȘtre plus intĂ©ressant de tenter une expĂ©rience diffĂ©rente de la vĂŽtre et unique en son genre, celle d’une communautĂ© franco-africaine Ă  base d’égalitĂ© et de fraternitĂ©. Â»[24]

Contrairement Ă  de nombreux dirigeants africains qui rĂ©clament une indĂ©pendance immĂ©diate, HouphouĂ«t-Boigny souhaite une transition en douceur au sein de l’« ensemble français Â»[2] car, selon lui, l'indĂ©pendance politique sans l'indĂ©pendance Ă©conomique ne vaut rien[1]. Aussi, donne-t-il rendez-vous Ă  Nkrumah dans dix ans afin de voir lequel des deux eut choisi la meilleure voie[24].

Tout naturellement, il fait campagne pour le « oui Â» lors du rĂ©fĂ©rendum pour la CommunautĂ© franco-africaine, proposĂ© par de Gaulle le 28 septembre 1958[25]. Seul son protĂ©gĂ© guinĂ©en, Ahmed SĂ©kou TourĂ© ose dire « non Â» prĂ©fĂ©rant, Ă  l’inverse d’HouphouĂ«t-Boigny, « la libertĂ© dans la pauvretĂ© Ă  la richesse dans l'esclavage Â»[26]. MalgrĂ© ce succĂšs, la communautĂ© franco-africaine s'Ă©croule peu de temps aprĂšs, poussĂ©e par la fĂ©dĂ©ration du Mali qui souhaite l’indĂ©pendance. Le 7 aoĂ»t 1960, HouphouĂ«t proclame Ă  contrecƓur, l’indĂ©pendance de la CĂŽte d’Ivoire [27].

L’instauration du pouvoir personnel

HouphouĂ«t-Boigny prend officiellement la tĂȘte du gouvernement ivoirien le 1er mai 1959[28]. Il ne souffre d’aucune opposition en ce qui concerne les partis rivaux, le PDCI les ayant tous neutralisĂ©s en 1957 (devenant de facto unique)[21], mais il est en revanche, confrontĂ© Ă  une opposition interne. Des nationalistes radicaux, menĂ©s par Jean-Baptiste Mockey, se dressent ouvertement contre sa politique francophile[22]. Pour rĂ©soudre ce problĂšme, HouphouĂ«t-Boigny dĂ©cide de se dĂ©barrasser de cet opposant en fomentant, en septembre 1959, le « complot du chat noir Â» oĂč Mockey, accusĂ© d’avoir tentĂ© de l’assassiner avec des fĂ©tiches malĂ©fiques, est exilĂ©[29].

En 1960, HouphouĂ«t-Boigny se lance dans la rĂ©daction d’une nouvelle constitution. Il s’inspire de la constitution amĂ©ricaine qui Ă©tablit un exĂ©cutif puissant, et de la constitution française de 1958 qui limite certains pouvoirs du lĂ©gislatif[30]. Il transforme donc l’assemblĂ©e nationale en une simple chambre d’enregistrement votant les lois et le budget[31] ; les dĂ©putĂ©s sont dĂ©signĂ©s directement par lui[31], et le PDCI, totalement infĂ©odĂ© au prĂ©sident, doit se contenter de servir comme simple intermĂ©diaire entre les masses populaires et l’État[32].

Mais, malgrĂ© ces mesures, des protestations Ă©manent encore de l’intĂ©rieur, principalement des Jeunesses du rassemblement dĂ©mocratique africain de CĂŽte d'Ivoire (JRDACI). Pour les faire taire, HouphouĂ«t-Boigny profite du putsch rĂ©alisĂ© au Togo et qui Ă©branle toute l’Afrique francophone[33] pour les accuser de « menĂ©es subversives d’inspiration communiste Â» [34] ; trois ministres, sept dĂ©putĂ©s et 129 autres personnes issus des JRDACI sont alors incarcĂ©rĂ©s[35]. Toutefois, ce faux « complot de janvier 1963 Â» n’a pas le succĂšs escomptĂ© puisqu'un fort sentiment d’injustice se dĂ©veloppe, avec de nouvelles contestations[36]. HouphouĂ«t-Boigny rĂ©agit en aoĂ»t 1963, cette fois-ci de façon beaucoup plus radicale. Les nouveaux « comploteurs Â» dĂ©signĂ©s sont les sympathisants communistes ivoiriens appuyĂ©s par les dirigeants africains progressistes (Kwame Nkrumah, Ahmed Ben Bella, Gamal Abdel Nasser), mais aussi les francs-maçons, les tenants du multipartisme, les anciens opposants au PDCI, les jeunes diplĂŽmĂ©s revenus de France imprĂ©gnĂ©s d’idĂ©ologie marxiste, et certaines rĂ©gions du pays qui exprimaient une certaine antipathie envers le rĂ©gime (pays Sanwi et BĂ©tĂ© de Gagnoa)[37]. Un climat de terreur s’abat sur la CĂŽte-d’Ivoire avec la crĂ©ation, le 26 aoĂ»t, d’une milice au service du parti regroupant 6 000 hommes, et l’arrestation, durant un an, de trĂšs nombreux « mauvais citoyens Â» dont sept ministres et six dĂ©putĂ©s[38]. HouphouĂ«t-Boigny gouverne dĂšs lors en dictateur. Toutefois, ayant consolidĂ© son pouvoir, il libĂšre les prisonniers politiques en 1967[39]. Il est rĂ©Ă©lu prĂ©sident Ă  chaque Ă©lection sans aucune opposition.

Afin de dĂ©jouer toute tentative de putsch, le prĂ©sident ivoirien rĂ©duit au strict minimum les Forces armĂ©es nationales de CĂŽte-d’Ivoire (FANCI), crĂ©Ă©es le 27 juillet 1960. La dĂ©fense est alors confiĂ©e aux forces armĂ©es françaises qui, par le traitĂ© de coopĂ©ration en matiĂšre de dĂ©fense du 24 avril 1961, stationnent Ă  Port-BouĂ«t et peuvent intervenir dans le pays Ă  la demande d’HouphouĂ«t-Boigny ou lorsqu’elles considĂšrent que les intĂ©rĂȘts français sont menacĂ©s[40]. Elles interviennent ainsi lors des tentatives sĂ©cessionnistes organisĂ©es par les monarchistes du Sanwi en 1959 et 1969[41], puis, en 1970, lors de la crĂ©ation d'un groupement politique non autorisĂ©, le Mouvement Ă©burnĂ©en menĂ© par KragbĂ© GnagbĂ©, que le prĂ©sident ivoirien accuse de vouloir faire sĂ©cession[42],[12].

Houphouët face aux leaders de l'opposition

Gbagbo symbole de l'opposition

Laurent Gbagbo, syndicaliste actif dans les annĂ©es 1970 dont l'enseignement est jugĂ© « subversif Â», est emprisonnĂ© avec son Ă©pouse Simone Ehivet Gbagbo Ă  SĂ©guĂ©la et Ă  BouakĂ© de mars 1971 Ă  janvier 1973 par HouphouĂ«t. AprĂšs sa libĂ©ration, il travaille comme chercheur Ă  l'Institut d'histoire, d'art et d'archĂ©ologie africaine de l'UniversitĂ© d'Abidjan, et en devient le directeur en 1980.

Laurent Gbagbo se fait connaĂźtre lors des manifestations Ă©tudiantes du 9 fĂ©vrier 1982, dont il est un des principaux instigateurs, et qui provoquent la fermeture des universitĂ©s et des grandes Ă©coles. C'est durant cette annĂ©e qu'il crĂ©e dans la clandestinitĂ© notamment avec Simone Gbagbo, le futur Front populaire ivoirien (FPI). Son exil en France est l'occasion de promouvoir le FPI et son programme de gouvernement. Bien qu’idĂ©ologiquement proche du PS et personnellement de Guy Labertit, le gouvernement socialiste français tente de l’« ignorer Â» afin de mĂ©nager HouphouĂ«t[43]. Ce n’est que trois ans plus tard que Gbagbo obtient son statut de rĂ©fugiĂ© politique, et ce grĂące Ă  un recours[43]. Cependant, il subit des pressions françaises pour retourner dans son pays, HouphouĂ«t s'inquiĂ©tant de le voir dĂ©velopper un rĂ©seau de contacts, et trouvant que « son remuant opposant serait beaucoup moins encombrant Ă  Abidjan qu'Ă  Paris Â»[44].

En 1988, il rentre en CĂŽte d'Ivoire, HouphouĂ«t lui ayant implicitement accordĂ© son pardon en dĂ©clarant que « l'arbre ne se fĂąche pas contre l'oiseau Â»[45]. Le 28 octobre 1990 a lieu l'Ă©lection prĂ©sidentielle, avec pour la premiĂšre fois une candidature autre que celle de FĂ©lix HouphouĂ«t-Boigny: celle de Laurent Gbagbo. Ce dernier remporte 18,3 % des suffrages, ce qui lui confĂšre le statut de leader de l'opposition. Lors des Ă©lections lĂ©gislatives du 25 novembre 1990 le FPI obtient 9 siĂšges sur 175 ; Gbagbo, lui-mĂȘme, est Ă©lu dans la circonscription de Ouaragahio oĂč se trouve sa ville natale[46].

En mai 1991, puis en fĂ©vrier 1992 ont lieu d'importantes manifestations Ă©tudiantes. Le 18 fĂ©vrier (Alassane Ouattara Ă©tant alors premier ministre), Laurent Koudou Gbagbo est arrĂȘtĂ©, et condamnĂ© le 6 mars Ă  deux ans de prison[47] mais il est libĂ©rĂ© en aoĂ»t.

Wodié l'autre opposant

DĂšs 1961, Francis Wangah Romain WodiĂ©, le membre fondateur de la LIDHO, du SYNARES et ancien prĂ©sident de la section ivoirienne d'Amnesty International est harcelĂ© par le rĂ©gime de FĂ©lix HouphouĂ«t-Boigny pour ses activitĂ©s jugĂ©es « subversives Â», du fait de son engagement syndicaliste[48],[49]. Un an plus tard il est emprisonnĂ©[50],[51] pour peu de temps. En 1973, toujours harcelĂ© par le rĂ©gime prĂ©sidentiel, il s'exile en AlgĂ©rie. Ce n'est qu'en 1990 lorsque que le multipartisme est autorisĂ©, que Francis WodiĂ© en profite pour crĂ©er le PIT[52], parti marginal de l'opposition. Elu dĂ©putĂ© de Cocody la mĂȘme annĂ©e, il est le seul parlementaire de son parti[53].

La prospérité des années 1960 et 1970

Si HouphouĂ«t-Boigny Ă©tait un dictateur, il n’était pas moins conscient des rĂ©alitĂ©s du marchĂ©. Il opte pour le libĂ©ralisme Ă©conomique afin de bĂ©nĂ©ficier de la confiance de nombreux investisseurs Ă©trangers, notamment français. Les avantages accordĂ©s par son code des investissements de 1959, permettent aux entreprises Ă©trangĂšres de rapatrier jusqu’à 90% de leurs bĂ©nĂ©fices dans leur pays d’origine (les 10% restant Ă©tant obligatoirement rĂ©investis en CĂŽte-d’Ivoire)[54]. Il dĂ©veloppe Ă©galement une politique de modernisation des infrastructures avec, notamment, l’édification du quartier d'affaires du Plateau Ă  Abidjan (sur le modĂšle nord-amĂ©ricain) oĂč des hĂŽtels de luxe accueillent touristes et hommes d'affaires. Ainsi, la CĂŽte d’Ivoire connaĂźt une croissance de 11 Ă  12% durant la pĂ©riode de 1960 Ă  1965[39]. Le PIB, multipliĂ© par douze (en volume constant) entre 1960 et 1978, passe de 145 Ă  1 750 milliards de francs CFA[55], tandis que la balance commerciale ne cesse d’enregistrer des excĂ©dents[55].

L’origine de cette rĂ©ussite Ă©conomique est nĂ©e du choix, du prĂ©sident, de privilĂ©gier le secteur primaire au secondaire[7]. De cette maniĂšre, l’agriculture intensive connaĂźt un dĂ©veloppement fulgurant : entre 1960 et 1970, les cultures de cacao triplent leur production atteignant 312 000 tonnes[56], celles de cafĂ© augmentent de moitiĂ©, passant de 185 500 Ă  275 000 tonnes[56] tandis que les exportations de bois passent entre 1950 et 1965 de 90 000 Ă  1 250 000 tonnes[39]. Si ces derniers reprĂ©sentent 80% des exportations de la CĂŽte d’Ivoire, celles de bananes s’élĂšvent tout de mĂȘme en 1965 Ă  150 000 tonnes et celles d’ananas Ă  40 000 tonnes[39]. Par ailleurs, les cultivateurs du nord sont vivement encouragĂ©s Ă  dĂ©velopper l’élevage du coton dans leur rĂ©gion[12]. Toutefois, l’Etat ivoirien, par l’intermĂ©diaire de la Caisse de stabilisation et de soutien des prix des productions agricoles (Caistab) qui garantit chaque annĂ©e, un prix d’achat minimum aux productions des planteurs (infĂ©rieur Ă  ceux du marchĂ© mais jugĂ© satisfaisant), se garde le monopole sur les exportations de cafĂ©, de cacao et de coton. Des ressources considĂ©rables sont ainsi dĂ©gagĂ©es pour financer les projets nationaux[57].

Brasserie Solibra Ă  Abidjan

Bien que n’étant pas le pilier de l’économie ivoirienne, le secteur secondaire connaĂźt, lui aussi, un essor spectaculaire grĂące Ă  l’industrie lĂ©gĂšre, notamment dans l’agroalimentaire avec l’installation de minoteries, d’huileries et de conserveries, et dans la transformation avec la mise en place de filatures et de scieries[12]. Ainsi, entre 1960 et 1973, la production industrielle enregistre un taux de croissance annuelle moyen de 20%, faisant passer sa part dans le PIB de 15 Ă  25%. Le chiffre d’affaires de la grande et petite industrie passe alors, pour cette pĂ©riode, de 13,5 Ă  164 milliards de francs CFA, tandis que pour la pĂ©riode de 1973 Ă  1983, il est multipliĂ© par 8,5, atteignant 1 170 milliards de francs CFA[56].

Cet essor Ă©conomique modifie profondĂ©ment le mode de vie des Ivoiriens[12], entraĂźnant une accentuation de l’exode rural et la hausse du revenu annuel moyen par mĂ©nage qui atteint 500 000 francs CFA en 1980[58]. Une forte demande de cĂ©rĂ©ales « modernes Â» Ă©merge alors en CĂŽte-d’Ivoire, notamment en ce qui concerne le maĂŻs et le riz ; cette nouvelle demande Ă©tant, comme partout en Afrique, assimilĂ© Ă  une promotion sociale[12]. Des efforts sont aussi enregistrĂ©s dans le domaine de l’éducation : en 1975, le taux de scolarisation pour l’instruction primaire Ă©tait de 17,3%, de 5,1% pour l’instruction secondaire et de 0,5% pour l’instruction supĂ©rieure[58] ; en 1985, le taux d’alphabĂ©tisation Ă©tait de 57,3% pour les personnes ĂągĂ©es de plus de 15 ans[58].

Ces progrĂšs, liĂ©s pour l’essentiel au domaine Ă©conomique, font du pays d’HouphouĂ«t-Boigny, une rĂ©ussite rare en matiĂšre de dĂ©colonisation, un Ăźlot de prospĂ©ritĂ© dans la rĂ©gion du golfe de GuinĂ©e. La CĂŽte-d’Ivoire devient mĂȘme un pays d’immigration pour la rĂ©gion : la forte main-d'Ɠuvre Ă©trangĂšre (principalement burkinabĂšs), nĂ©cessaire Ă  la mise en Ɠuvre et Ă  l’entretien des plantations autochtones, reprĂ©sente dans les annĂ©es 1980, plus du quart de la population ivoirienne[59].

Le « miracle ivoirien Â», comme on l’appelle, vaut Ă  HouphouĂ«t-Boigny de gagner une image de « Sage de l'Afrique Â», tant Ă  l'intĂ©rieur qu'Ă  l'extĂ©rieur du pays. Il est, alors, surnommĂ© respectueusement « le Vieux Â»[7].

Impuissant face Ă  la crise ivoirienne

Une Ă©conomie au bord de la banqueroute

Toutefois, le systĂšme Ă©conomique instaurĂ© en coopĂ©ration avec la France est loin d’ĂȘtre sans dĂ©faut. La CĂŽte-d’Ivoire d’HouphouĂ«t connaĂźt, en fait, une « croissance sans dĂ©veloppement Â». La croissance ivoirienne dĂ©pend des capitaux, initiatives et cadres fournis de l’étranger ; elle n’est donc pas autocentrĂ©e et auto-entretenue mais engendrĂ©e et entretenue de l’extĂ©rieur[39]. Le modĂšle ivoirien ne dĂ©bouche pas automatiquement sur du dĂ©veloppement.

A partir de 1978, l’économie ivoirienne connaĂźt un sĂ©rieux ralentissement du fait de la chute brutale des cours mondiaux du cafĂ© et du cacao[60]. Cette chute est cependant perçue comme une conjoncture passagĂšre puisque ses impacts sur les planteurs sont attĂ©nuĂ©s par la Caistab qui leur assure un revenu dĂ©cent[61]. DĂšs 1979, afin d’enrayer la chute des prix, l’Etat tente de s’opposer Ă  la tarification des matiĂšres premiĂšres par un boycott des cours mondiaux. Mais, appliquant seule cette rĂ©solution, la CĂŽte-d’Ivoire enregistre, entre 1980 et 1982, plus de 700 milliards de francs CFA de perte[62]. Par ailleurs, la CĂŽte-d’Ivoire est victime, en 1983 et 1984, d’une sĂ©cheresse qui ravage prĂšs de 400 000 hectares de forĂȘt et 250 000 hectares de cafĂ© et de cacao[62]. Pour faire face Ă  cette situation, HouphouĂ«t-Boigny se rend en 1983, Ă  Londres, pour nĂ©gocier un accord sur le cafĂ© et le cacao avec les nĂ©gociants et les industriels ; mais, l’annĂ©e suivante, ces derniers le rompent et laissent la CĂŽte-d’Ivoire s’engouffrer dans la crise[12].

MĂȘme la production de pĂ©trole off-shore et l’industrie pĂ©trochimique ivoiriennes dĂ©veloppĂ©es dans le but d’alimenter la Caistab, sont touchĂ©es par la rĂ©cession Ă©conomique mondiale Ă  la suite du contre-choc pĂ©trolier de 1986[12]. L’Etat, qui achĂšte alors les rĂ©coltes des planteurs au double des prix pratiquĂ©s sur le marchĂ©[63], s’endette lourdement. En mai 1987, la dette extĂ©rieure atteint 10 milliards de dollars, obligeant HouphouĂ«t-Boigny Ă  suspendre unilatĂ©ralement les remboursements de la dette[12]. Refusant de brader son cacao, il gĂšle en juillet les exportations afin de forcer les cours mondiaux Ă  augmenter. Mais, cet « embargo Â» Ă©choue[12]. En novembre 1989, il se rĂ©signe Ă  liquider son Ă©norme stock de cacao aux grands nĂ©goces[64]. Gravement malade, il nomme un Premier ministre (le poste Ă©tait inoccupĂ© depuis 1960), Alassane Ouattara, qui instaure des mesures d’austĂ©ritĂ©[63].

L’apparition de tensions sociales

Du temps de la croissance Ă©conomique, un climat gĂ©nĂ©ral d’enrichissement et de satisfaction permettait Ă  HouphouĂ«t-Boigny de maintenir et de maĂźtriser les tensions politiques intĂ©rieures[65] ; sa dictature dĂ©bonnaire, oĂč prisonniers politiques sont quasi-inexistants, est relativement bien acceptĂ©e par la population. Mais, Ă  la fin des annĂ©es 1980, la crise Ă©conomique entraĂźne une sĂ©vĂšre dĂ©gradation des conditions de vie des classes moyennes et des populations urbaines dĂ©favorisĂ©es[66] ; selon la banque mondiale, la population vivant en deçà du seuil de pauvretĂ© passe de 11 % en 1985 Ă  31 % en 1993. MalgrĂ© la prise de certaines mesures telles que la rĂ©duction du nombre de coopĂ©rants français qui passe de 3000 Ă  2000 en 1986, libĂ©rant ainsi mille postes pour de jeunes diplĂŽmĂ©s ivoiriens, le gouvernement ne parvient pas Ă  endiguer la montĂ©e du chĂŽmage et la faillite de nombreuses entreprises[63].

De fortes agitations sociales secouent alors le pays, crĂ©ant un vĂ©ritable climat d’insĂ©curitĂ©[64]. L’armĂ©e se mutine en 1990 et 1992, et le 2 mars 1990 des manifestations contestataires sont organisĂ©es dans les rues d'Abidjan avec des slogans, jusque lĂ  inĂ©dits, tels que « HouphouĂ«t voleur Â» et « HouphouĂ«t corrompu Â»[2]. Ces manifestations populaires obligent le prĂ©sident Ă  lancer une dĂ©mocratisation du rĂ©gime aboutissant, le 31 mai, Ă  l’autorisation du pluralisme politique et syndical. Lors de l’élection prĂ©sidentielle du 28 octobre 1990, le « vieux Â» est confrontĂ©, pour la premiĂšre fois, Ă  un adversaire, Laurent Gbagbo[67]. Cela ne l’empĂȘche pas, pour autant, d’ĂȘtre rĂ©Ă©lu pour un septiĂšme mandat avec 81,68% des suffrages[67], au grand dam de son opposant du FPI qui, dĂ©nonçant une manipulation du Code de la nationalitĂ©, rĂ©clame la diffĂ©renciation nette entre nationaux et Ă©trangers Ă©migrĂ©s, dans la mesure oĂč ces derniers disposent pratiquement des mĂȘmes droits civiques, politiques et sociaux que ces premiers, et offrent quasi-automatiquement leurs suffrages Ă  leur protecteur : HouphouĂ«t-Boigny[68]. Gbagbo va mĂȘme plus loin, en revendiquant une reconnaissance juridique des droits des nationaux sur la terre, remettant en cause les propriĂ©tĂ©s acquises, depuis des dĂ©cennies, par les planteurs burkinabĂ©s dans l’Ouest et le Sud-Ouest forestier[68].

Les tensions vont atteindre leurs paroxysmes en 1991 et 1992. LassĂ© de devoir supporter une nouvelle manifestation Ă©tudiante, HouphouĂ«t-Boigny, qui avait dĂ©jĂ  dĂ©clarĂ© « Entre l’injustice et le dĂ©sordre, je prĂ©fĂšre l’injustice Â»[69], envoie dans la nuit du 17 au 18 mai 1991, ses para-commandos occuper le campus de la citĂ© universitaire de Yopougon. De nombreuses exactions y sont perpĂ©trĂ©es par l'armĂ©e[2]. Devant ces violences restĂ©es impunies, la FĂ©dĂ©ration estudiantine et scolaire de CĂŽte d’Ivoire organise Ă  Abidjan, le 13 fĂ©vrier 1992, une manifestation qui se termine par l’interpellation d’une centaine de personnes[67]. Le 18, c’est au tour du FPI d’organiser Ă  Abidjan, une manifestation qui dĂ©gĂ©nĂšre en Ă©meute, avec l’arrestation de 300 personnes dont Laurent Gbagbo et RenĂ© DĂ©gni-SĂ©gui, prĂ©sident de la Ligue ivoirienne des droits de l'homme[67]. Les deux hommes, condamnĂ©s le 6 mars Ă  deux ans de prison ferme, sont amnistiĂ©s par HouphouĂ«t-Boigny le 24 juillet[67].

Les fastes du régime

DĂšs 1977, une affaire de malversation, au sujet de la « surfacturation Â» de trois sucreries, Ă©branle le gouvernement. Aucun procĂšs n’a lieu mais des mesures sont immĂ©diatement prises[70]. Le 23 juin 1977 une loi anti-corruption est adoptĂ©e, le 20 juillet 1977 neuf ministres sont limogĂ©s, et, en vue de moraliser la vie publique, HouphouĂ«t-Boigny fait don Ă  l’État de ses plantations de Yamoussoukro[12]. Lors des Ă©lections lĂ©gislatives de 1980, il permet aux Ă©lecteurs de choisir parmi une multitude de candidats afin d’éliminer un certain nombre de barons du rĂ©gime[64].

La corruption n'en est pas pour autant endiguĂ©e. Elle se fait mĂȘme de plus en plus visible lors de la crise Ă©conomique[62]. En 1983, un nouveau scandale financier secoue la classe dirigeante au sujet de la LOGEMAD, un organisme d’État chargĂ© de reverser Ă  des particuliers les loyers des logements occupĂ©s par des fonctionnaires[71] ; lors de cette affaire, il s’avĂšre que cet organisme profite essentiellement aux responsables politiques qui, aprĂšs avoir fixĂ© des baux administratifs, rĂ©cupĂšrent l’argent versĂ© par l’État par le biais de logements leur appartenant[72].

Le prĂ©sident est, lui-mĂȘme, impliquĂ© dans cette affaire puisque sa famille touche, de cette maniĂšre, 6 700 000 Francs CFA par mois de l’État[72]. D’ailleurs, durant sa prĂ©sidence, il profite trĂšs largement des richesses de la CĂŽte-d’Ivoire puisqu’à sa mort en 1993, sa fortune personnelle est estimĂ©e entre sept et onze milliards de dollars[73]. Au sujet de cette colossale fortune, il dĂ©clare en 1983 :

« Les gens s’étonnent que j’aime l’or. C’est parce que je suis nĂ© dedans Â» [7]

Ainsi, le dirigeant ivoirien acquit une dizaine de propriĂ©tĂ©s en rĂ©gion parisienne (dont l'hĂŽtel de Masseran dans le 7e arrondissement de Paris, rue Masseran, avec un parc de 8 590 mÂČ), une propriĂ©tĂ© Ă  Castel Gandolfo en Italie, et une maison au ChĂȘne-Bourg en Suisse[73]. Dans ce pays, il dĂ©tient Ă©galement des sociĂ©tĂ©s immobiliĂšres telles que SI Grand Air, SI Picallpoc ou Interfalco, et de nombreuses actions dans des bijouteries et horlogeries prestigieuses comme Piaget et Harry Winston[73]. C’est aussi en Suisse qu’est placĂ©e sa gigantesque fortune dont il ne cache pas l'existence, bien au contraire :

« Quel est l’homme sĂ©rieux dans le monde qui ne place pas une partie de ses biens en Suisse. Â»[73]

Outre cette corruption endĂ©mique et cette immense fortune, HouphouĂ«t s'adonne Ă  des dĂ©penses somptuaires. En 1983, la capitale est transfĂ©rĂ©e dans son village natal Ă  Yamoussoukro, officiellement pour soulager Abidjan[12]. Il y construit, aux frais de l’État, de nombreux Ă©difices jugĂ©s dĂ©mesurĂ©s par certains a l'Ă©poque, tels qu'un Institut Polytechnique, frĂ©quentĂ© par des Ă©tudiants de toute l'Afrique de l'Ouest, ou bien un aĂ©roport international. Le plus pharaonique projet est la Basilique Notre-Dame de la paix, de bĂ©ton et d'acier, employant le plan classique de Saint-Pierre du Vatican, plus grand lieu de culte chrĂ©tien au monde[74]. FinancĂ©e sur ses fonds personnels[7], elle est rĂ©alisĂ©e entre 1985 et 1989 par le Libanais Pierre Fakhoury et la sociĂ©tĂ© française Dumez pour un coĂ»t total de 1 Ă  1,5 milliard de francs français[74]. Il l’offre au pape Jean-Paul II qui la consacre le 10 septembre 1990[74].

Le dĂ©ploiement d’un tel faste, alors mĂȘme que l’économie nationale s’effondre, n'a pas l'effet escomptĂ© par HouphouĂ«t, sinon alimenter le mĂ©contentement de la population[75].

La succession et l’aprĂšs HouphouĂ«t

Cette crise Ă©conomique, sociale et politique englobe Ă©galement le problĂšme de sa succession Ă  la tĂȘte de la CĂŽte-d’Ivoire. Depuis l’élimination en 1980 de son « dauphin Â» Philippe YacĂ©, qui Ă©tait prĂ©sident de l’AssemblĂ©e nationale et donc « de plein droit prĂ©sident de la RĂ©publique Â» en cas de vacance du pouvoir[12], HouphouĂ«t-Boigny retarde autant qu’il peut la nomination officielle de son successeur. Sa santĂ© de plus en plus fragile[64], attise les convoitises entre ses diffĂ©rents « hĂ©ritiers Â» potentiels qui se mĂšnent, entre eux, une vĂ©ritable guerre. Finalement, le Premier ministre Alassane Ouattara, qui assure l’essentiel du pouvoir depuis 1990 du fait des hospitalisations rĂ©pĂ©tĂ©s du prĂ©sident Ă  l’étranger[2], est Ă©cartĂ© au profit de son protĂ©gĂ© Henri Konan BĂ©diĂ©, prĂ©sident de l'assemblĂ©e nationale. En dĂ©cembre 1993, en phase terminale d’un cancer, le « vieux Â» est ramenĂ© d’urgence dans son pays afin qu’il y meure. Il est maintenu en vie artificiellement pour que les derniĂšres dispositions soient mises au point concernant sa succession[76]. En accord avec la famille, FĂ©lix HouphouĂ«t-Boigny est dĂ©branchĂ© le 7 dĂ©cembre[76].

À la mort du PrĂ©sident, l'unitĂ© du pays, symbolisĂ©e par ses obsĂšques grandioses et consensuelles le 7 fĂ©vrier 1994, est toujours maintenue. Une importante dĂ©lĂ©gation française y assiste, composĂ©e de son ami le prĂ©sident François Mitterrand, du Premier ministre Édouard Balladur, des prĂ©sidents de l’AssemblĂ©e nationale et du SĂ©nat, Philippe SĂ©guin et RenĂ© Monory, de ValĂ©ry Giscard d’Estaing, de Jacques Chirac, de son ami Jacques Foccart et de six anciens Premiers ministres[77].

AprĂšs sa mort, la CĂŽte-d'Ivoire est dirigĂ©e par Henri Konan BĂ©diĂ© ; mais, ce dernier n’a ni sa carrure, ni son charisme. Il suscite par des rivalitĂ©s personnelles avec Robert GuĂ©ĂŻ, Laurent Gbagbo et l’ancien Premier ministre Alassane Ouattara, la mise en place en 1995 du concept d'ivoiritĂ©. Ces luttes ethniques, que FĂ©lix HouphouĂ«t-Boigny s'est toujours attachĂ© Ă  Ă©viter au profit de la construction d'une « nation Â» ivoirienne, dĂ©bouche en 2002 au conflit politico-militaire, proche d’une guerre civile.

Une politique africaine « particuliĂšre Â»

Le fossoyeur de l’AOF

Jusqu’au milieu des annĂ©es 1950, les colonies françaises d’Afrique noire Ă©taient regroupĂ©es administrativement au sein de deux grands ensembles : l’Afrique-Équatoriale française (AEF) et l’Afrique occidentale française (AOF). RattachĂ©e Ă  l’AOF, la CĂŽte-d’Ivoire finance, Ă  elle seule, les deux tiers de son budget[78]. Souhaitant libĂ©rer la CĂŽte-d’Ivoire de la « pesante Â» tutelle de l’AOF[7], HouphouĂ«t-Boigny prĂŽne une Afrique des patries qui prĂ©fĂšrerait crĂ©er des richesses plutĂŽt que de partager la misĂšre avec les autres territoires. Il participe ainsi activement Ă  la rĂ©daction et Ă  l’adoption de la loi-cadre Defferre qui, en plus de donner l'autonomie aux colonies africaines, relĂąche les liens unissant les diffĂ©rents territoires et accorde de trĂšs larges compĂ©tentes aux AssemblĂ©es locales[79].

Cette loi-cadre est loin de faire l’unanimitĂ© parmi ses compatriotes africains. Le leader sĂ©nĂ©galais, LĂ©opold SĂ©dar Senghor, est le premier Ă  s’insurger contre ces projets de « balkanisation Â» de l’Afrique, arguant que les territoires coloniaux « ne correspondent Ă  aucune rĂ©alitĂ© : ni gĂ©ographique, ni Ă©conomique, ni ethnique, ni linguistique Â». Pour lui, le maintien de l’AOF en un Ėtat fĂ©dĂ©ral leurs permettrait de pouvoir dĂ©tenir une crĂ©dibilitĂ© politique plus forte, de se dĂ©velopper de maniĂšre harmonieuse, et d’émerger culturellement en tant que vĂ©ritable peuple[80]. Sur ces points de vue, Senghor est rejoint par la majoritĂ© des membres du RDA, regroupĂ©e derriĂšre Ahmed SĂ©kou TourĂ© et Modibo KeĂŻta qui mette HouphouĂ«t en minoritĂ© lors du congrĂšs de Bamako en 1957[81].

Mais, le problĂšme du fĂ©dĂ©ralisme se pose rĂ©ellement en 1958, lors du rĂ©fĂ©rendum proposĂ© par de Gaulle au sujet de la CommunautĂ© franco-africaine. Les colonies ont le choix d’acquĂ©rir le statut d’Ėtat membre Ă  titre individuel, ou de le partager en se groupant[82]. Pour HouphouĂ«t-Boigny, le choix est simple :

« Quoi qu’il advienne, la CĂŽte-d’Ivoire adhĂ©rera directement Ă  la communautĂ© franco-africaine. Pour les autres territoires, libre Ă  eux de se grouper entre eux avant de donner leur propre adhĂ©sion. Â»[82]

La CĂŽte-d’Ivoire accĂšde Ă  la souverainetĂ© nationale. HouphouĂ«t-Boigny remporte, ainsi, une premiĂšre victoire face aux tenants du fĂ©dĂ©ralisme ; victoire qui, d’ailleurs, est le terreau du futur « miracle ivoirien Â» puisque, entre 1957 et 1959, les recettes du budget ivoirien progressent de 158%, atteignant 21 723 000 000 francs CFA[83]. MalgrĂ© cette « rĂ©ussite Â», HouphouĂ«t-Boigny est bien dĂ©cidĂ© Ă  enrayer dĂ©finitivement l’hĂ©gĂ©monie du SĂ©nĂ©gal en Afrique de l'Ouest ; un vĂ©ritable affrontement politique s’engage entre les leaders ivorien et sĂ©nĂ©galais. HouphouĂ«t-Boigny refuse de participer Ă  la confĂ©rence interafricaine de Dakar du 31 dĂ©cembre 1958 qui doit poser les bases de la fĂ©dĂ©ration des Ėtats d’Afrique francophone[82]. Il sabote mĂȘme toute combinaison territoriale dont le contrĂŽle politique lui Ă©chapperait[84]; en coopĂ©ration avec la France, il parvient Ă  convaincre la Haute-Volta, le Dahomey et le Niger de ne pas adhĂ©rer Ă  la fĂ©dĂ©ration malienne[85] qui, composĂ©e du SĂ©nĂ©gal et du Soudan français, finit par Ă©clater en aoĂ»t 1960.

L’unitĂ© africaine selon HouphouĂ«t-Boigny

A l’instar de Charles de Gaulle qui refusa toujours une Europe intĂ©grĂ©e, HouphouĂ«t-Boigny s’oppose Ă  l’idĂ©e d’États-Unis d'Afrique proposĂ© par Kwame Nkrumah[86] qui remet en cause les souverainetĂ©s nationales rĂ©cemment acquises. Toutefois, le dirigeant n'est pas contre l'unitĂ© africaine qu'il conçoit sous la forme d'une coopĂ©ration au cas par cas.

Le 29 mai 1959, il crĂ©e en coopĂ©ration avec Hamani Diori (Niger), Maurice YamĂ©ogo (Haute-Volta) et Hubert Maga (Dahomey - actuel BĂ©nin), le conseil de l’Entente. Cette organisation rĂ©gionale, fondĂ©e dans le but d’entraver la fĂ©dĂ©ration malienne, est trĂšs souple et assure trois fonctions majeures :

  • Elle permet la gestion commune de certains services publics tels que le port d’Abidjan instituĂ© en Ă©tablissement public ou la ligne de chemin de fer Abidjan-Niger[87].
  • Elle garantit un fonds de solidaritĂ© entre les pays membres, alimentĂ© Ă  plus de 90% par la CĂŽte d’Ivoire[87].
  • Elle assure le financement de divers projets de dĂ©veloppement au moyen de prĂȘts consentis aux Etats membres Ă  des faibles taux d’intĂ©rĂȘts, prĂȘts alimentĂ©s Ă  70% par la CĂŽte d’Ivoire[88].

HouphouĂ«t-Boigny prĂ©voit mĂȘme, en 1966, d’accorder la double nationalitĂ© aux ressortissants des pays du conseil de l’Entente, mais le projet est abandonnĂ© suite Ă  la pression de la rue[89]. Le prĂ©sident ivoirien s'engage donc Ă  soutenir financiĂšrement ses alliĂ©s, en Ă©change de leurs allĂ©geances respectives Ă  la CĂŽte-d’Ivoire[90].

Ambitieux, le leader ivoirien conçoit de plus grands desseins pour l'espace francophone d’Afrique ; il prĂ©tend le regrouper au sein d’une grande organisation dont le but serait de se soutenir mutuellement[91]. Le projet se concrĂ©tise le 7 septembre 1961, lors de la signature de la charte donnant naissance Ă  l’Union africaine et malgache (UAM)[92], regroupant douze pays francophones dont le SĂ©nĂ©gal de Senghor[92]. Des accords sont signĂ©s et resserrent la solidaritĂ© des Ėtats francophones, notamment dans les domaines Ă©conomique, militaire, et des postes et tĂ©lĂ©communications[92]. Mais en mai 1963, la crĂ©ation de l’Organisation de l’unitĂ© africaine (OUA) vient perturber ses plans : les tenants du panafricanisme exigent la dissolution de tous les regroupements rĂ©gionaux dont l’UAM[93] ; le prĂ©sident ivoirien cĂšde Ă  contrecƓur, et transforme, en mars 1964, l’UAM en Organisation africaine et malgache de coopĂ©ration Ă©conomique et culturelle[94].

ConsidĂ©rant l’OUA comme une voie de garage[95], d’autant plus que Paris y est hostile[96], il dĂ©cide de crĂ©er l’Organisation commune africaine et malgache (OCAM), une organisation purement francophone et concurrente Ă  l’OUA, qui voit le jour en 1965[97]. Ce bloc « modĂ©rĂ© et modĂ©rateur Â» regroupe, en son sein, seize pays dont le but est de briser les vellĂ©itĂ©s rĂ©volutionnaires en Afrique[97]. Mais, au cours des annĂ©es, estimant cette organisation trop infĂ©odĂ©e Ă  la France, huit pays membres quittent l’OCAM[98].

En 1974, HouphouĂ«t-Boigny et Senghor mettent de cĂŽtĂ© leurs querelles et s’unissent afin de contrecarrer les plans du Nigeria qui vise Ă  s’imposer en Afrique de l'Ouest, au dĂ©triment de la CĂŽte-d’Ivoire et du SĂ©nĂ©gal, par la crĂ©ation d’une grande organisation inter-linguistique, la CEDEAO[99]. Les deux homologues crĂ©ent, dans le but d’entraver le fonctionnement de la CEDEAO, la CommunautĂ© Ă©conomique de l'Afrique de l'Ouest (CEAO) qui supplante les anciennes unions douaniĂšres dans la rĂ©gion francophone[99]. Mais, ayant reçu l’assurance, de la part du Nigeria, que seraient maintenues les organisations francophones antĂ©rieures, les fondateurs de la CEAO dĂ©cident de rejoindre la CEDEAO en mai 1975[100].

L’homme de la France en Afrique

Tout au long de sa prĂ©sidence, HouphouĂ«t-Boigny s’entoure de conseillers français dont l’influence s’étend Ă  tous les domaines, notamment politiques avec Guy Nairay, chef de cabinet du prĂ©sident de 1960 Ă  1993, et Alain Belkiri, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du gouvernement ivoirien[101]. Cette diplomatie spĂ©cifique, la « Françafrique Â» comme il la nomme lui-mĂȘme, lui permet de conserver des liens trĂšs privilĂ©giĂ©s avec l’ancienne mĂ©tropole, faisant de lui le principal alliĂ© de la France en Afrique[2]. Ainsi, Ă  chaque nouvelle « aventure Â» africaine oĂč s’implique l'un des deux pays, ils s’apportent, mutuellement, un soutien inconditionnel ; HouphouĂ«t-Boigny nouera mĂȘme, avec le « Monsieur Afrique Â» de l’ÉlysĂ©e, Jacques Foccart, de vĂ©ritables liens d’amitiĂ©[2].

La déstabilisation des régimes révolutionnaires

Le président guinéen Ahmed Sékou Touré

En octroyant l’indĂ©pendance Ă  la GuinĂ©e par le « non Â» au rĂ©fĂ©rendum du 28 septembre 1958, Ahmed SĂ©kou TourĂ© a non seulement dĂ©fiĂ© le gĂ©nĂ©ral de Gaulle mais aussi le tenant du « oui Â» africain, HouphouĂ«t-Boigny[102]. Il opĂšre donc immĂ©diatement une mise en quarantaine de Conakry et l’exclusion du Parti dĂ©mocratique guinĂ©en du RDA[103]. Les tensions sont telles entre les deux hommes qu'il fomente en coopĂ©ration avec le SDECE des complots contre le rĂ©gime de SĂ©kou TourĂ©[104] ; en janvier 1960, HouphouĂ«t-Boigny livre en masse des armes aux anciens rebelles de la rĂ©gion de Man, et incite, en 1965, ses homologues du conseil de l’Entente Ă  prendre conjointement part Ă  une tentative de renversement[105]. En 1967, il suscite la crĂ©ation du Front national de libĂ©ration de la GuinĂ©e (FNLG), vĂ©ritable rĂ©serve d’hommes prĂȘts Ă  contribuer Ă  la chute de SĂ©kou TourĂ©[106]. S’il ne parvient jamais Ă  le renverser, le leader ivoirien ne lui pardonne cependant jamais son « non Â», et dĂ©clare mĂȘme Ă  son sujet en 1966 :

« Je suis d’accord avec SĂ©kou TourĂ© pour reconnaĂźtre avec lui mon crime : celui de l’avoir fait ce qu’il est Â»[107]

DĂšs l’indĂ©pendance de la GuinĂ©e, ses rapports avec son voisin ghanĂ©en Kwame Nkrumah se dĂ©gradent aussi considĂ©rablement aprĂšs que ce dernier eut apportĂ© un soutien financier et politique Ă  SĂ©kou TourĂ©[108]. Par ailleurs, convaincu que Nkrumah soutient les sĂ©cessionnistes Sanwi en CĂŽte-d’Ivoire[108], HouphouĂ«t-Boigny tente, par tous les moyens, d’isoler et de discrĂ©diter le rĂ©gime ghanĂ©en. Il accuse Nkrumah de vouloir dĂ©stabiliser son rĂ©gime lors des faux complots de 1963, et appelle, en 1965, les Etats francophones Ă  boycotter la confĂ©rence de l’OUA prĂ©vu Ă  Accra en septembre[109]. Finalement, Nkrumah est Ă©liminĂ© en 1966 par le coup d’Etat auquel le prĂ©sident ivoirien prend part en mettant son pays Ă  la disposition des conspirateurs, qui s'en servent comme base de dĂ©part et d’arrivĂ©e Ă  leurs missions[109].

Toujours en collaboration avec Foccart, HouphouĂ«t-Boigny participe aux complots menĂ©s contre le rĂ©gime rĂ©volutionnaire de Mathieu KĂ©rĂ©kou au Dahomey, notamment lors de la tentative de putsch du 16 janvier 1977 dirigĂ© par le mercenaire français Bob Denard[110]. Il agit aussi en Angola oĂč, afin de lutter contre les marxistes installĂ©s au pouvoir depuis 1975, il apporte son soutien Ă  Jonas Savimbi de l’UNITA qui mĂšne une vĂ©ritable guerre civile meurtriĂšre dans le pays[111].

Un alignement sur la France

HouphouĂ«t-Boigny participe Ă©galement Ă  la crise congolaise. En novembre 1960 Ă  l’ONU, afin de soustraire le Congo-LĂ©opoldville de l’influence de Patrice Lumumba, accusĂ© de sympathies communistes, le leader ivoirien apporte son soutien au prĂ©sident Joseph Kasa-Vubu, adversaire dĂ©clarĂ© de Lumumba[112] ; puis, s’alignant sur la France, au trĂšs controversĂ© MoĂŻse Tshombe[113]. Ce dernier, dĂ©savouĂ© par une grande partie de l’Afrique, se voit ainsi dĂ©fendu avec ardeur par HouphouĂ«t-Boigny qui le fait mĂȘme intĂ©grer, en mai 1965, dans sa toute nouvelle organisation, l’OCAM[114]. Son appui Ă  Tshombe est tel, qu’aprĂšs le renversement de celui-ci en novembre 1965 par le gĂ©nĂ©ral Mobutu, le prĂ©sident ivoirien soutient en 1967, le plan Kerilis proposĂ© par les services secrets français qui vise Ă  ramener au pouvoir le leader congolais dĂ©chu[115]. L’opĂ©ration est un Ă©chec. En rĂ©action, HouphouĂ«t-Boigny dĂ©cide de boycotter la rĂ©union du 4e sommet annuel de l’OUA tenu en septembre 1967 dans la capitale zaĂŻroise[115].

HouphouĂ«t-Boigny est aussi un des principaux responsables du drame biafrais. Jugeant le Nigeria comme potentiellement dangereux pour les Etats du « prĂ© carrĂ© français Â», Jacques Foccart envoie en 1963, Ă  HouphouĂ«t-Boigny, le lieutenant-colonel Raymond Bichelot en mission pour suivre de prĂšs l'Ă©volution politique de ce pays[116]. L’occasion d’affaiblir le gĂ©ant anglophone se prĂ©sente en mai 1967, lorsque le lieutenant-colonel Odumegwu Emeka Ojukwu entreprend la sĂ©cession du Biafra. Les hommes de la françafrique soutiennent alors les sĂ©cessionnistes qui, en passe d'ĂȘtre matĂ©s, peuvent, grĂące aux mercenaires et armes fournis en masse depuis Abidjan par Jean Mauricheau-BeauprĂ© (l’« homme de confiance Â» dĂ©tachĂ© par Foccart en CĂŽte-d’Ivoire), rĂ©sister et engager une guerre civile particuliĂšrement meurtriĂšre[117]. Par la fin des annĂ©es 1960, les Etats du « prĂ© carrĂ© français Â» se dĂ©solidarisent subitement et ouvertement de la politique menĂ©e, dans cette affaire, par la CĂŽte-d'Ivoire et la France[118]. IsolĂ©s sur la scĂšne internationale, les deux pays dĂ©cident d’interrompre leur assistance Ă  Ojukwu qui finit par s’exiler en CĂŽte-d’Ivoire.

A la demande de Paris, HouphouĂ«t-Boigny noue des relations avec l’Afrique du Sud en octobre 1970, justifiant son attitude par le fait que :

« Les problĂšmes de la discrimination raciale, si douloureux, si affligeants, si rĂ©voltants qu’ils soient pour notre dignitĂ© de NĂšgres, ne doivent pas se rĂ©gler, Ă  notre avis, par la force. Â»[119]

Il propose mĂȘme Ă  l’OUA, en juin 1971, de le suivre dans cette dĂ©cision. Mais, loin de faire l’unanimitĂ©, sa proposition est rejetĂ©e[120]. Ce refus ne l’empĂȘche pas, pour autant, de poursuivre ses tentatives d'approche avec le rĂ©gime de Pretoria qui se concrĂ©tisent en octobre de la mĂȘme annĂ©e par une rencontre semi-officielle, dans la capitale sud-africaine, d’une dĂ©lĂ©gation ivoirienne de haut rang avec le Premier ministre Vorster[12]. Par ailleurs, soucieux de l’influence communiste en Afrique, il rencontre lui-mĂȘme Vorster Ă  GenĂšve en 1977, aprĂšs les interventions soviĂ©to-cubaines en Angola et en Éthiopie[12]. Jusqu’à la fin sa prĂ©sidence, les relations avec l’Afrique du Sud se poursuivent de façon plus officielles puisque le 25 octobre 1988, une rencontre est organisĂ©e Ă  Yamoussoukro entre HouphouĂ«t-Boigny et le prĂ©sident Pieter Botha puis, l’an suivant, avec son successeur Frederik de Klerk[121].

Un soutien réciproque

Si Houphouët-Boigny s'aligne le plus souvent sur la politique menée par la France, le président ivoirien influence également la France dans sa politique africaine.

AprĂšs la prise de pouvoir au Burkina Faso par le jeune militaire rĂ©volutionnaire Thomas Sankara, le « vieux Â» noue, trĂšs rapidement, une relation dĂšs plus houleuse avec son voisin. Les tensions atteignent leur paroxysme en 1985 : la CĂŽte-d’Ivoire accuse les autoritĂ©s burkinabĂšs d’ĂȘtre impliquĂ©es dans une tentative de complot et d’enrĂŽler de force de jeunes Ă©tudiants Ivoiriens au Faso, dans des camps d’entraĂźnement en Libye[122]. HouphouĂ«t-Boigny rĂ©agit en invitant le capitaine dissident Jean-Claude KamboulĂ© Ă  se rĂ©fugier en CĂŽte-d’Ivoire afin qu’il organise l’opposition au rĂ©gime sankariste[123]. En 1987, Sankara trouve la mort au cours du putsch qui le renverse. L’implication de HouphouĂ«t-Boigny est probable. Le prĂ©sident ivoirien aurait profitĂ© des dissensions de l’organe dirigeant le Burkina Faso, pour prendre contact avec Blaise CompaorĂ©, le n°2 du rĂ©gime. Ensemble, ils auraient organisĂ© en 1987 Ă  Korhogo, conjointement avec l'ÉlysĂ©e, Laurent Dona Fologo, Robert GuĂ©ĂŻ et Pierre OuĂ©draogo, le renversement de Thomas Sankara[124],[125],[126].

HouphouĂ«t-Boigny pousse Ă©galement la France, lors de la guerre civile libĂ©rienne, Ă  soutenir et Ă  armer la rĂ©bellion du seigneur de la guerre Charles Taylor, dans le but de s’accaparer une partie des richesses du LibĂ©ria[2].

Vie privée

La famille Houphouët

Félix Houphouët-Boigny et son épouse Marie-ThérÚse Houphouët-Boigny avec John F. Kennedy et Jackie Kennedy en 1962

FĂ©lix HouphouĂ«t-Boigny descend de chefs animistes akouĂš par sa mĂšre, Kimou N’Dri (dite N’Dri Kan)[127], dĂ©cĂ©dĂ©e en 1936[5]. En revanche, en ce qui concerne les origines de son pĂšre, des doutes subsistent. En effet, officiellement originaire de la tribu N’Zipri de DidiĂ©vi[127], N’Doli HouphouĂ«t serait dĂ©cĂ©dĂ© peu de temps aprĂšs la naissance de Augustin[5], bien qu’aucune information fiable n’ait jamais Ă©tĂ© donnĂ©e Ă  son sujet ; FĂ©lix HouphouĂ«t-Boigny interrogĂ©, rĂ©torque d’ailleurs : « Que voulez-vous donc savoir de l’étranger ? Â»[128]. Ce manque de clartĂ© donne lieu Ă  toute sorte de rumeurs dont une, particuliĂšrement rĂ©pandue, veut que son pĂšre soit un musulman originaire du Soudan, prĂ©nommĂ© CissĂ©[128]. En tout cas, de cette union, FĂ©lix HouphouĂ«t-Boigny eut deux sƓurs aĂźnĂ©es, Faitai dĂ©cĂ©dĂ©e en 1998[129] et Adjoua dĂ©cĂ©dĂ©e en 1987[130] ainsi qu’un frĂšre cadet, Augustin dĂ©cĂ©dĂ© en 1939[127].

Bien que catholique pratiquant, il Ă©pouse en 1930 Ă  Abengourou[131], une magnifique mĂ©tisse ivoiro-sĂ©nĂ©galaise Kady de son vrai nom Khadija Racine Sow (1913-2006)[132], fille d’un riche commerçant sĂ©nĂ©galais Ali Racine Sow de confession musulmane[131] et d'une mĂšre BaoulĂ© d'origine princiĂšre. Les deux familles respectives opposĂ©es Ă  cette union(il se dit d'ailleurs que le pĂšre de Khadija aurait tentĂ© d'attenter Ă  la vie de son futur beau-fils pour l'empecher d'Ă©pouser sa fille),finissent toutefois par accepter ce mariage mixte qui est, dit-on, le premier jamais cĂ©lĂ©brĂ© en CĂŽte-d’Ivoire[131]. De cette alliance naĂźt cinq enfants : FĂ©lix (dĂ©cĂ©dĂ© en bas Ăąge), Augustin, François, Guillaume et Marie[127], tous Ă©levĂ©s dans la foi catholique[131].

Finalement, HouphouĂ«t divorce et se remarie en 1952 Ă  la jeune catholique baoulĂ© Marie-ThĂ©rĂšse Brou avec qui il n’a eu aucun enfant[131] mais avec laquelle il en adopte deux :

Le mariage connaĂźt des scandales : en 1958, son Ă©pouse commet une escapade en Italie[131] tandis que lui, collectionne les maĂźtresses et a en 1961 un enfant hors-mariage avec Henriette Duvignac qu’il reconnaĂźt : Florence (dĂ©cĂ©dĂ©e en 2007)[134].

A sa mort en 1993, FĂ©lix HouphouĂ«t-Boigny ne laisse aucun testament Ă©crit sinon un legs verbal en faveur de l’Etat ivoirien[73]. Ses hĂ©ritiers reconnus, et tout particuliĂšrement HĂ©lĂšne, mĂšnent depuis, un combat contre l’Etat ivoirien afin de rĂ©cupĂ©rer une partie de l’immense fortune d’HouphouĂ«t qu’elle affirme ĂȘtre une succession « privĂ©e Â» devenue « d’Etat Â»[133].

Ses relations en politique

Parmi ses amis et artisans de la dĂ©colonisation on compte Auguste Denise, Ernest Boka, Modibo KeĂŻta, le GĂ©nĂ©ral De Gaulle, Mathieu Ekra, Germain Coffi Gadeau, Philippe YacĂ©, ArsĂšne Usher Assouan, ... Son amitiĂ© avec Victor Capri DjĂ©djĂ©, se dĂ©tĂ©riore lors de l'inauguration du Port autonome d'Abidjan en 1951. Vers 1970, arrivent sur la scĂšne politique ivoirienne et internationale ses jeunes protĂ©gĂ©s dont il a financĂ© pour certains l'instruction : Denis Bra Kanon, Gustave Kouassi OuffouĂ©, Alphonse DjĂ©djĂ© Mady, Henri Konan BĂ©diĂ©, Auguste Debray, DjĂ©ni Kobina... Sur le plan international, il est en contact privilĂ©giĂ© avec de nombreux hommes politiques français parmi lesquels Jacques Chirac qu’il compte parmi ses jeunes protĂ©gĂ©s. Au Gabon Omar Bongo est Ă©galement son jeune protĂ©gĂ©.

Dans le contexte de la Guerre froide, HouphouĂ«t-Boigny Ă©tablit entre 1967 et 1969, d’éphĂ©mĂšres relations diplomatiques avec l’URSS[135]. Ces relations ne sont rĂ©tablies qu'en fĂ©vrier 1986[135]. Quant Ă  la Chine, ce n’est que le 3 mars 1983, qu’il Ă©tablit des rapports diplomatiques avec la RĂ©publique populaire de Chine et qu'il la reconnaĂźt ĂȘtre l’unique gouvernement lĂ©gal reprĂ©sentant le peuple chinois tout entier ; il cesse alors ses relations avec TaĂŻwan[136],[137]

Le prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix

Afin de laisser Ă  la postĂ©ritĂ© l’image d’un homme de paix [138], il crĂ©e en 1989 un prix pour la recherche de la paix parrainĂ© par l’Unesco[139], entiĂšrement subventionnĂ© par des fonds extrabudgĂ©taires apportĂ©s par la Fondation FĂ©lix-HouphouĂ«t-Boigny[140]. Ce prix qui porte « le nom du PrĂ©sident FĂ©lix HouphouĂ«t-Boigny, doyen des chefs d’État africains, apĂŽtre infatigable de la paix, de la concorde, de la fraternitĂ© et du dialogue pour rĂ©soudre tout conflit Ă  l’intĂ©rieur comme Ă  l’extĂ©rieur des États Â»[140], est attribuĂ© chaque annĂ©e par un Jury international, composĂ© de onze personnalitĂ©s originaires des cinq continents, qui dĂ©cerne un chĂšque de 122 000 euros[141].

Le prix FĂ©lix HouphouĂ«t-Boigny pour la recherche de la paix a Ă©tĂ© accordĂ© respectivement Ă  Nelson Mandela, prĂ©sident du CongrĂšs national africain (ANC) de l’ Afrique du Sud et Frederik Willem De Klerk, prĂ©sident de la RĂ©publique sud-africaine en 1991, Ă  l’AcadĂ©mie de droit international de La Haye au Pays-Bas en 1992, Ă  Yitzhak Rabin Premier ministre de l’État d’IsraĂ«l, Shimon Peres, Ministre des affaires Ă©trangĂšres de l’État d’IsraĂ«l et Yasser Arafat, PrĂ©sident de l’AutoritĂ© nationale palestinienne en 1993, Ă  S. M. Juan Carlos I, Roi d’Espagne et Jimmy Carter, ancien prĂ©sident des États-Unis d’AmĂ©rique en 1994, au Haut Commissariat des Nations unies pour les rĂ©fugiĂ©s et Ă  Mme Sadako Ogata, Haut commissaire des Nations unies pour les rĂ©fugiĂ©s en 1995, Ă  Alvaro Enrique ArzĂș Irigoyen, prĂ©sident de la RĂ©publique du Guatemala et au Commandant Rolando MorĂĄn, reprĂ©sentant de l’Union rĂ©volutionnaire nationale guatĂ©maltĂšque (URNG) en 1996 , Ă  Fidel Valdez Ramos , prĂ©sident de la RĂ©publique des Philippines et Nur Misuari, prĂ©sident du Front de libĂ©ration nationale moro (MNLF) des Philippines en 1997, Ă  Sheikh Hasina Wajed, Premier ministre de la RĂ©publique populaire du Bangladesh et George J. Mitchell, SĂ©nateur amĂ©ricain, ancien conseiller spĂ©cial du prĂ©sident des États-Unis d’AmĂ©rique pour les affaires irlandaises en 1998, Ă  la CommunautĂ© de Sant'Egidio d’Italie en 1999, Ă  Mme Mary Robinson, Haut commissaire des Nations unies aux droits de l’homme en 2000, Ă  Kay Rala Xanana GusmĂŁo, prĂ©sident de la RĂ©publique dĂ©mocratique du Timor-Oriental en 2002, au Cardinal Roger Etchegaray, prĂ©sident Ă©mĂ©rite du Conseil pontifical Justice et Paix et Dr Mustafa Cerić, Grand mufti de Bosnie en 2003 et Ă  MaĂźtre Abdoulaye Wade, prĂ©sident de la RĂ©publique du SĂ©nĂ©gal en 2005. Le Prix FĂ©lix HouphouĂ«t-Boigny pour la recherche de la paix n’a pas Ă©tĂ© attribuĂ© en 2001 et 2004[142].

Fonctions gouvernementales

en France

En CĂŽte d'Ivoire

Ouvrage

  • Mes premiers combats, NumĂ©ro 1, 1994 (ISBN 978-2863916131)

Annexes

Bibliographie

  • Patrick Grainville, Le Tyran Ă©ternel, Éditions du Seuil, 1998 (ISBN 2020372266).
  • Paul-Henri Siriex, HouphouĂ«t-Boigny, l'Homme de la paix, Nouvelles Ă©ditions africaines (Nea), 1975.
  • Paul-Henri Siriex, HouphouĂ«t-Boigny ou la sagesse africaine, Nea, 1986 (ISBN 2091681601).
  • Pascal Koffi Teya, CĂŽte d'Ivoire, le roi est nu, Ă©ditions L'Harmattan 2004 (ISBN 2858025045).
  • Robert Lopez, Au temps banni d’Houphouet-Boigny, Éditions L'Harmattan, 2006 (ISBN 2296018041).
  • Fondation FĂ©lix Houphouet-Boigny, Il Ă©tait une Fois FĂ©lix Houphouet Boigny.
  • Samba Diarra[143], Les Faux Complots d'HouphouĂ«t-Boigny, Ă©ditions Karthala 1997 (ISBN 2865377318)
  • Jacques Baulin, La Succession d'HouphouĂ«t-Boigny, Karthala, (ISBN 2845860919).
  • Amadou KonĂ©, HouphouĂ«t-Boigny et la crise ivoirienne, Ă©ditions Karthala 2003 (ISBN 2845863683).
  • Nanet Bernard, FĂ©lix HouphouĂ«t-Boigny, In EncyclopĂ©die Universalis Ă©dition 1999.
  • Jacques Baulin, La Politique intĂ©rieure d'Houphouet-Boigny, Ă©ditions Eurafor 1982.
  • Le Toubabou, Le Millefeuille ivoirien, un hĂ©ritage de contraintes, Éditions L'Harmattan 2006 (ISBN 2747593576).
  • Laurent Gbagbo, CĂŽte-d'Ivoire, pour une alternative dĂ©mocratique, Ă©ditions L'Harmattan 1983 reĂ©ditĂ© 2004 (ISBN 2858023034).
  • Marcel Amondji, CĂŽte-d'Ivoire. Le P.D.C.I. et la vie politique de 1945 Ă  1985, Ă©ditions L'Harmattan 1986 (ISBN 2858026319).
  • ArsĂšne Ouegui Goba, CĂŽte-d'Ivoire, quelle issue pour la transition ? , Ă©ditions L'Harmattan 2000 (ISBN 2738494838).
  • Marcel Amondji, FĂ©lix HouphouĂ«t et la CĂŽte-d'Ivoire l'envers d'une lĂ©gende, Ă©ditions Karthala 1984 (ISBN 2865371042).
  • Pierre Nandjui, HouphouĂ«t-Boigny, L'homme de la France en Afrique, Ă©ditions L'Harmattan 1995 (ISBN 2738430902).
  • FrĂ©dĂ©ric Grah Mel, FĂ©lix HouphouĂ«t-Boigny. Biographie, Ă©dition Maisonneuve & Larose (ISBN 2706817445).
  • Ellenbogen Alice, La Succession d'HouphouĂ«t-Boigny entre tribalisme et dĂ©mocratie, Ă©ditions L'Harmattan 2003 (ISBN 2747529509).
  • Bailly DiĂ©gou, La RĂ©instauration du multipartisme en CĂŽte d’Ivoire, ou la double mort d’Houphouet-Boigny, Ă©ditions L'Harmattan 2000 (ISBN 2738423493).

Archives sonores

  • Alpha Blondy, Jah HouphouĂ«t nous parle, album Revolution, label EMI Pathe Marconi 1987.

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Notes et références

  1. ↑ a , b , c , d , e , f , g , h , i , j , k , l , m , n , o , p , q , r , s , t , u , v , w , x , y , z , aa  et ab  Biographies des dĂ©putĂ©s de la IVe RĂ©publique : FĂ©lix HouphouĂ«t-Boigny
  2. ↑ a , b , c , d , e , f , g , h , i , j , k , l , m  et n  HouphouĂ«t-Boigny 1e partie (9 avril 2005), Émission de France-Inter « Rendez vous avec X Â»
  3. ↑ a , b , c , d , e , f , g , h , i , j , k , l , m , n , o , p , q , r  et s  Alice Ellenbogen. La succession d'HouphouĂ«t-Boigny entre tribalisme et dĂ©mocratie. Éditions L'Harmattan. 2002, p.26-31
  4. ↑ a  et b  JĂ©rĂ©mie Kouadio N'Guessan et Kouakou KouamĂ©. Parlons BaoulĂ©/e kan bawle. Édition L'Harmattan. 2004, p184
  5. ↑ a , b , c , d , e , f , g , h , i , j , k  et l  HouphouĂ«t, un combat : le parcours politique
  6. ↑ a , b , c , d  et e  FĂ©lix HouphouĂ«t-Boigny. In EncyclopĂ©die Universalis. Edition 1975. Tome 19.
  7. ↑ a , b , c , d , e , f , g , h  et i  Bernard Nantet. FĂ©lix HouphouĂ«t-Boigny. In EncyclopĂ©die Universalis. Edition 1999.
  8. ↑ Gabriel Lisette. Le Combat du Rassemblement DĂ©mocratique Africain pour la dĂ©colonisation pacifique de l'Afrique Noire. PrĂ©sence africaine. 1983. p.12
  9. ↑ a , b , c  et d  CommĂ©moration de la naissance de FĂ©lix HouphouĂ«t Boigny (Article du Patriote)
  10. ↑ ArsĂšne Ouegui Goba. CĂŽte-d'Ivoire : quelle issue pour la transition? Editions L'Harmattan. 2000. p.19
  11. ↑ Le Toubabou. Le millefeuille ivoirien - un hĂ©ritage de contraintes. Éditions L'Harmattan. 2005, p.60
  12. ↑ a , b , c , d , e , f , g , h , i , j , k , l , m , n  et o  Samir Amin et Bernard Nantet. CĂŽte-d’Ivoire. In EncyclopĂ©die Universalis. Edition 1999.
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  14. ↑ Marcel Amondji. FĂ©lix HouphouĂ«t et la CĂŽte-d'Ivoire l'envers d'une lĂ©gende. Éditions Karthala. 1984, p.110
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  16. ↑ ArsĂšne Ouegui Goba. CĂŽte-d'Ivoire : quelle issue pour la transition? Editions L'Harmattan. 2000. p.28
  17. ↑ a  et b  Marc Michel. Afrique – Les dĂ©colonisations. In EncyclopĂ©die Universalis. Edition 1999.
  18. ↑ Pierre Nandjui. HouphouĂ«t-Boigny: L'homme de la France en Afrique. Éditions L'Harmattan. 1995, p.133
  19. ↑ a  et b  Gouvernements et PrĂ©sidents des assemblĂ©es parlementaires
  20. ↑ Constitution du 4 octobre 1958 Texte originel
  21. ↑ a , b  et c  Pierre Nandjui, op. cit., p.43
  22. ↑ a  et b  Pierre Nandjui, op. cit., p.44
  23. ↑ Pierre Nandjui, op. cit., p.166
  24. ↑ a  et b  Pierre Nandjui, op. cit., p.167
  25. ↑ Pierre Nandjui, op. cit., p.129
  26. ↑ Pierre Nandjui, op. cit., p.157
  27. ↑ Pierre Nandjui, op. cit., p.130
  28. ↑ Chronologie des gouvernements de Cîte-d’Ivoire
  29. ↑ Pierre Nandjui, op. cit., p.45
  30. ↑ Pierre Nandjui, op. cit., p.66
  31. ↑ a  et b  Pierre Nandjui, op. cit., p.72
  32. ↑ Pierre Nandjui, op. cit., p.73
  33. ↑ Laurent Gbagbo. CĂŽte-d'Ivoire : pour une alternative dĂ©mocratique. Éditions L'Harmattan. 1983 p.34
  34. ↑ Laurent Gbagbo, op. cit., p.36
  35. ↑ Laurent Gbagbo, op. cit., p.35
  36. ↑ Laurent Gbagbo, op. cit., p.38
  37. ↑ Laurent Gbagbo, op. cit., p.42
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  39. ↑ a , b , c , d  et e  Samir Amin. CĂŽte-d’Ivoire. In EncyclopĂ©die Universalis. Edition 1975. Tome 5.
  40. ↑ Pierre Nandjui, op. cit., p.76
  41. ↑ Laurent Gbagbo. CĂŽte-d'Ivoire : pour une alternative dĂ©mocratique. Éditions L'Harmattan. 1983 p.70-71
  42. ↑ Lente dĂ©composition en CĂŽte-d’Ivoire (Article du Monde diplomatique)
  43. ↑ a  et b  « L'amour déçu de Laurent Gbagbo Â», Vincent Hugeux, L’Express, 24 octobre 2002.
  44. ↑ FantĂŽmes d'Ivoire, Philippe Duval, Ă©d. du Rocher, 2003
  45. ↑ [pdf] Biographie de Laurent Gbagbo sur un.cti.depaul.edu
  46. ↑ Chronologie de la Cîte d'Ivoire
  47. ↑ L'opposition rĂ©duite au silence, sur le site d'Amnesty International
  48. ↑ Histoire de la Ligue Ivoirienne des droits de l'homme
  49. ↑ Laurent Gbagbo, Pour une alternative Ă©conomique, p103 - Ed L'Harmattan 1983
  50. ↑ Qui est Francis WodiĂ©
  51. ↑ Extraits de l'entretien avec Laurent Gbagbo
  52. ↑ Histoire du PIT
  53. ↑ (en) Robert J. Mundt, "Cîte d'Ivoire: Continuity and Change in a Semi-Democracy", Political Reform in Francophone Africa (1997), ed. Clark and Gardinier, page 192.
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  58. ↑ a , b  et c  Les chiffres du monde 1988 : CĂŽte-d’Ivoire. In EncyclopĂ©die Universalis.
  59. ↑ Une terre empoisonnĂ©e par la xĂ©nophobie (article de l’Unesco)
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  63. ↑ a , b  et c  Pays du monde : CĂŽte-d’Ivoire. In EncyclopĂ©die Bordas, MĂ©moires du XXe siĂšcle. Ă©dition 1995. Tome 20 « 1990-1994 Â».
  64. ↑ a , b , c  et d  Pays du monde : CĂŽte-d’Ivoire. In EncyclopĂ©die Bordas, MĂ©moires du XXe siĂšcle. Ă©dition 1995. Tome 19 « 1980-1989 Â».
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  66. ↑ CĂŽte-d’Ivoire. In EncyclopĂ©die Larousse. Edition 2005.
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  69. ↑ DĂ©claration au journale FraternitĂ©-Matin, le 6 mars 1990
  70. ↑ Laurent Gbagbo. CĂŽte-d'Ivoire : pour une alternative dĂ©mocratique. Éditions L'Harmattan. 1983 p.145
  71. ↑ Laurent Gbagbo, op. cit., p.141
  72. ↑ a  et b  Laurent Gbagbo, op. cit., p.144
  73. ↑ a , b , c , d  et e  Biens mal acquis
 profitent trop souvent. Document de travail d’Antoine Dulin sous la direction de Jean Merckaert (CCFD), mars 2007. p.48-49
  74. ↑ a , b  et c  CĂŽte-d’Ivoire. GĂ©ographie humaine. In Quid
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  76. ↑ a  et b  Pierre Nandjui, op. cit., p.214
  77. ↑ Pierre Nandjui, op. cit., p.216
  78. ↑ Pierre Nandjui, op. cit., p.90
  79. ↑ Pierre Nandjui, op. cit., p.83
  80. ↑ Pierre Nandjui, op. cit., p.83-84
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  82. ↑ a , b  et c  Pierre Nandjui, op. cit., p.88
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  84. ↑ Pierre Nandjui, op. cit., p.89
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  86. ↑ Pierre Nandjui, op. cit., p.99
  87. ↑ a  et b  Pierre Nandjui, op. cit., p.105
  88. ↑ Pierre Nandjui, op. cit., p.106
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  90. ↑ Pierre Nandjui, op. cit., p.107
  91. ↑ Pierre Nandjui, op. cit., p.111
  92. ↑ a , b  et c  Pierre Nandjui, op. cit., p.112
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  94. ↑ Pierre Nandjui, op. cit., p.115
  95. ↑ Pierre Nandjui, op. cit., p.119
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  97. ↑ a  et b  Pierre Nandjui, op. cit., p.120
  98. ↑ Pierre Nandjui, op. cit., p.120-121
  99. ↑ a  et b  Pierre Nandjui, op. cit., p.122-123
  100. ↑ Pierre Nandjui, op. cit., p.126
  101. ↑ Pierre Nandjui, op. cit., p.74
  102. ↑ Pierre Nandjui, op. cit., p.157
  103. ↑ Pierre Nandjui, op. cit., p.158
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  124. ↑ (fr) ValĂšre SomĂ© : "Thomas Sankara : l’espoir assassinĂ©" L’Harmattan 1990
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  126. ↑ Force d’Intervention du MinistĂšre de l’Administration Territoriale de la SĂ©curitĂ©
  127. ↑ a , b , c , d  et e  Histoire de la famille Boigny
  128. ↑ a  et b  Marie Miran. Islam, histoire et modernitĂ© en CĂŽte d'Ivoire. Éditions Karthala. 2006, p.153
  129. ↑ 'Mother of Nation' dies in Ivory Coast (BBC News Online) 20 janvier 1998
  130. ↑ Quand la CĂŽte d’Ivoire et la Haute-Volta (devenue Burkina Faso) rĂȘvaient de la "double nationalitĂ©"
  131. ↑ a , b , c , d , e  et f  Marie Miran. Islam, histoire et modernitĂ© en CĂŽte d'Ivoire. Éditions Karthala. 2006, p.155
  132. ↑ Article de l’Inter au sujet du dĂ©cĂšs de Kady Racine Sow le 15 fĂ©vrier 2006
  133. ↑ a , b , c  et d  La Succession du PrĂ©sident FĂ©lix Houphouet Boigny
  134. ↑ NĂ©crologie : DĂ©cĂšs de Florence HouphouĂ«t-Boigny Ă  Paris
  135. ↑ a  et b  Ivory Coast Relations with the Soviet Union and China
  136. ↑ Pierre Nandjui, op. cit., p.185
  137. ↑ La reconnaissance par la CĂŽte d'ivoire de la Chine populaire a conduit Ă  la fermeture de la reprĂ©sentation diplomatique de TaĂŻwan Ă  Abidjan, en vertu du principe, toujours exigĂ© par PĂ©kin, d'« une seule Chine Â».
  138. ↑ La citation la plus cĂ©lĂšbre de FĂ©lix Houphouet-Boigny : « La paix n'est pas un vain mot, c'est un comportement Â»
  139. ↑ Amadou KonĂ©. HouphouĂ«t-Boigny et la crise ivoirienne. Editions Karthala. 2003, p.182
  140. ↑ a  et b  RĂ©solution crĂ©ant le Prix FĂ©lix HouphouĂ«t-Boigny pour la recherche de la paix
  141. ↑ PrĂ©sentation du Prix FĂ©lix HouphouĂ«t-Boigny pour la recherche de la paix par l’Unesco
  142. ↑ Prix FĂ©lix HouphouĂ«t-Boigny pour la recherche de la paix – LaurĂ©ats
  143. ↑ Le professeur Samba Diarra, secrĂ©taire-adjoint du syndicat des mĂ©decins, chirurgiens, dentistes et pharmaciens de CĂŽte d'Ivoire, a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© en 1963 pour « faux complot Â». AprĂšs sa libĂ©ration, en 1966, il deviendra mĂ©decin-chef Ă  l'hopital de Sassandra puis professeur de gynĂ©cologie et d'obstĂ©trique de l'UniversitĂ© de CĂŽte d'Ivoire
Précédé par Félix Houphouët-Boigny Suivi par
Victor Capri Djédjé
Flag of Cote d'Ivoire.svg
Président de l'assemblée nationale
1953-1959
Philippe Yacé
—
Président de CÎte d'Ivoire
Henri Konan Bédié


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