Felix Eboue

ï»ż
Felix Eboue

FĂ©lix ÉbouĂ©

Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir ÉbouĂ©.
De Gaulle et le gouverneur-gĂ©nĂ©ral FĂ©lix ÉbouĂ© au Tchad vers octobre 1940.

Adolphe Sylvestre FĂ©lix EbouĂ© (26 dĂ©cembre 1884, Cayenne, Guyane française - 17 mai 1944, Le Caire, Égypte) Ă©tait un administrateur colonial et homme politique français. Il est membre de la Section française de l'Internationale ouvriĂšre (SFIO) jusqu'en septembre 1939 et franc-maçon. Il fut, d'une part, un grand humaniste noir mais, en mĂȘme temps, un serviteur zĂ©lĂ© de l'ordre colonial.

Sommaire

Enfance

FĂ©lix EbouĂ© est nĂ© le 26 dĂ©cembre 1884, petit-fils d'esclave, Ă  Cayenne. Il est le quatriĂšme d'une famille de cinq frĂšres. Son pĂšre Yves Urbain EbouĂ© Ă©tait orpailleur, d'abord sur le placer « Enfin Â» (Haute Mana), puis directeur-adjoint du placer « Dieu Merci Â». Sa mĂšre, Marie JosĂ©phine AurĂ©lie LeveillĂ©, Ă©piciĂšre originaire de Roura, remplaça les absences frĂ©quentes et prolongĂ©es de son mari pour Ă©lever ses enfants. Madame EbouĂ© possĂ©dait une connaissance pointue des traditions guyanaises en particulier des dolos (proverbes guyanais) qui Ă©maillaient ses phrases.

Études

AprĂšs de brillantes Ă©tudes Ă  Cayenne, il obtient en 1898 une bourse d'Ă©tude pour la France et part Ă  Bordeaux au LycĂ©e Montaigne. Dans la capitale girondine, en complĂ©ment de ses Ă©tudes, FĂ©lix EbouĂ© s'adonne au sport et particuliĂšrement au football et devient capitaine de l'Ă©quipe du lycĂ©e, les « Muguets Â». Avec celle-ci, il se dĂ©place Ă  Strasbourg, en Belgique et en Angleterre. Ces dĂ©placements lui permettent d'Ă©tudier sur le vif le tempĂ©rament des joueurs et des habitants de la rĂ©gion. Les comptes rendus des journaux rĂ©gionaux (Le Phare de la Loire, Le Populaire) enregistraient les succĂšs de l'Ă©quipe bordelaise et rendaient avec dĂ©tails, l'entrain et l'adresse d'un joueur noir de cette Ă©quipe auquel Ă©tait due en grande partie la victoire. Sous les couleurs du Stade bordelais U.C. (SBUC) et du Sporting Club Universitaire de France (SCUF), il connaĂźt les joies du stade. Il obtient Ă  Bordeaux son baccalaurĂ©at Ăšs lettres, puis part s'installer Ă  Paris oĂč il suivra des Ă©tudes de droit tout en suivant l'enseignement de l'École coloniale (oĂč est formĂ©e l'Ă©lite des administrateurs de la France d'Outre-Mer). Il obtient en 1908 sa licence Ă  la facultĂ© de droit.

CarriÚre d'administrateur en Afrique équatoriale française (AEF)

ElÚve administrateur des colonies puis administrateur-adjoint Félix Eboué est affecté en 1910 en Afrique équatoriale française à Madagascar puis en Oubangui. Il s'efforce d'apprendre les usages et coutumes de ses administrés, ce qui lui permet de mieux asseoir son administration. Ainsi, il fait publier en 1918 une étude sur les langues Sango, Banda et Mandjia.

Son approche de l'administration basée sur l'épanouissement des valeurs humaines et sociales dans un cadre de concertation et de respect des traditions africaines est trÚs appréciée et il est nommé en 1927 chevalier de la Légion d'honneur sur la proposition du ministre de l'Instruction Publique.

Il passe vingt années de service en Afrique équatoriale française qui lui permettront de donner sa mesure et de révéler ses qualités d'administrateur.

Congés en Guyane

Durant trois congés successifs, Félix Eboué revint en Guyane retrouvant avec plaisir sa famille et ses amis et partageant avec eux souvenirs et expériences africaines. C'est ainsi qu'il fit découvrir l'écrivain René Maran, guyanais comme lui, adjoint des Affaires Civiles en AEF, qui en 1921 reçut le prix Goncourt pour son roman Batouala. Au cours d'un de ses congés en Guyane (1921), il épouse Eugénie Tell à Saint-Laurent-du-Maroni.

Sa mÚre meurt en 1926 rejoignant son pÚre disparu des années auparavant.

Aux Antilles françaises

Félix Eboué est nommé secrétaire général en Martinique, de juillet 1933 à janvier 1934 pour remplacer le gouverneur titulaire parti en congé pour deux ans.

AprĂšs un passage au Soudan français, il est Ă©levĂ© au rang de gouverneur et nommĂ© en Guadeloupe en 1936. C'est le premier noir Ă  accĂ©der Ă  un grade aussi Ă©levĂ©. En Guadeloupe, il met en pratique son esprit de conciliation dans un contexte social troublĂ©. À l'occasion de la remise solennelle des prix le 1er juillet 1937 au lycĂ©e Carnot de Pointe-Ă -Pitre, il adresse Ă  la jeunesse d'Outre-Mer son cĂ©lĂšbre discours « Jouer le jeu Â» dont voici quelques extraits :

« Jouer le jeu, c'est ĂȘtre dĂ©sintĂ©ressĂ©
Jouer le jeu, c'est piétiner les préjugés, tous les préjugés et apprendre à baser l'échelle des valeurs sur les critÚres de l'esprit.
Jouer le jeu, c'est mépriser les intrigues et les cabales, ne jamais abdiquer, malgré les clameurs ou menaces, c'est poursuivre la route droite qu'on s'est tracée.
Jouer le jeu, c'est savoir tirer son chapeau devant les authentiques valeurs qui s'imposent et faire un pied-de-nez aux pédants et aux attardés.
Jouer le jeu, c'est aimer les hommes, tous les hommes et se dire qu'ils sont tous bùtis sur une commune mesure humaine qui est faite de qualités et de défauts.
Jouer le jeu, c'est mĂ©riter notre libĂ©ration et signifier la saintetĂ©, la puretĂ© de notre esprit... Â»

Pendant la Seconde Guerre mondiale

Devant la menace d'un futur conflit, il est nommĂ© en 1938 gouverneur du Tchad, avec mission d'assurer la protection de la voie stratĂ©gique vers le Congo français ; il fait construire les routes qui devaient permettre en janvier 1943 Ă  la colonne Leclerc de remonter rapidement Ă  travers le Tibesti vers l'Afrique du Nord.

DĂšs le 18 juin 1940, FĂ©lix ÉbouĂ© se dĂ©clare partisan du gĂ©nĂ©ral de Gaulle, dont il a entendu l'appel Ă  la radio. Le 26 aoĂ»t, Ă  la mairie de Fort-Lamy, il proclame, avec le colonel Marchand, commandant militaire du territoire, le ralliement officiel du Tchad au gĂ©nĂ©ral de Gaulle, donnant ainsi « le signal de redressement de l'empire tout entier» et une lĂ©gitimitĂ© politique au gĂ©nĂ©ral qui n'Ă©tait jusqu'ici qu'un roi sans terre. RenĂ© Pleven, envoyĂ© du gĂ©nĂ©ral de Gaulle assistait Ă  cette proclamation. Le 15 octobre FĂ©lix ÉbouĂ© reçoit de Gaulle Ă  Fort-Lamy, qui va le nommer, le 12 novembre, gouverneur gĂ©nĂ©ral de l'Afrique Ă©quatoriale française. Le 29 janvier 1941, il sera parmi les cinq premiĂšres personnes Ă  recevoir du gĂ©nĂ©ral de Gaulle la croix de l'Ordre de la LibĂ©ration. Il transforme l'AEF en une vĂ©ritable plaque tournante gĂ©ostratĂ©gique d'oĂč partent les premiĂšres forces armĂ©es de la France libre, conduites par les gĂ©nĂ©raux de Larminat, KƓnig et Leclerc.

RĂ©sidant Ă  Brazzaville, il organise une armĂ©e de 40 000 hommes et accĂ©lĂšre la production de guerre oĂč il peut enfin appliquer la « politique indigĂšne Â» qu'il a eu le temps de mĂ»rir au cours de sa longue carriĂšre.

Sa "Politique indigĂšne"

À l'exemple de Lyautey, il souhaitait que les autochtones puissent conserver leurs traditions et pensait que l'appui des chefs coutumiers Ă©tait indispensable. Il combattit pour l'insertion de la bourgeoisie indigĂšne dans la gestion locale. Il a consignĂ© toutes ses idĂ©es dans son Ă©tude intitulĂ©e La Nouvelle Politique indigĂšne pour l'Afrique Ă©quatoriale française.

La confĂ©rence des hauts dirigeants administratifs des territoires africains tenue Ă  Brazzaville le 22 janvier 1944 retient la thĂšse d'ÉbouĂ© sur l'assimilation. Il ne verra pas les rĂ©alisations issues de cette confĂ©rence, fatiguĂ©, il part se reposer en Égypte, aprĂšs avoir sĂ©journĂ© en Syrie. Il meurt au Caire le 17 mai 1944 d'une congestion cĂ©rĂ©brale. EntourĂ© de sa femme, de sa fille et de son fils cadet.

Hommages rendus à Félix Eboué

À Paris

Masque mortuaire de FĂ©lix ÉbouĂ© au MusĂ©e de l'Ordre de la LibĂ©ration.

Léopold Sédar Senghor, que sa fille a épousé, lui a dédié un poÚme de son recueil "Hosties Noires", qu'il écrit à Paris en 1942.

En 1946, Jacques Soustelle, Ministre de la France d'Outre-Mer, en présence de Madame Eboué, de Gaston Monnerville, de G. Palewski représentant le général de Gaulle, inaugura, dans la cour d'honneur du MinistÚre de la France d'Outre-Mer, une plaque commémorative en l'honneur de Félix Eboué.

Sur l'initiative du Gouvernement, la promotion 1947 de l'École de la France d'Outre-Mer fut solennellement baptisĂ©e : "Promotion du Gouverneur FĂ©lix EbouĂ©".

En 1947, le Conseil Municipal de la ville de Paris dĂ©cida de donner le nom de place FĂ©lix-ÉbouĂ© Ă  l'ancienne place Daumesnil.

La France, par la loi du 28 septembre 1948 ordonna que soient inhumĂ©s au Temple de l'ImmortalitĂ© (PanthĂ©on de Paris) les restes du Premier RĂ©sistant de la France d'Outre-Mer. La dĂ©pouille mortelle de FĂ©lix ÉbouĂ© fut dĂ©barquĂ©e le 2 mai 1949 Ă  Marseille qui lui fit un Ă©mouvant accueil. Le vendredi 20 mai 1949, il a Ă©tĂ© inhumĂ© au PanthĂ©on en compagnie de Victor SchƓlcher.

Gaston Monnerville prĂ©sident du Conseil de la RĂ©publique rappellera Ă  cet instant que "c'est (un) message d'humanitĂ© qui a guidĂ© FĂ©lix ÉbouĂ©, et nous tous, RĂ©sistants d'outre-mer, Ă  l'heure oĂč le fanatisme bestial menaçait d'Ă©teindre les lumiĂšres de l'esprit et oĂč, avec la France, risquait de sombrer la libertĂ©"[1]. Cela a fait de lui la premiĂšre personne noire Ă  y reposer.

Il a de plus Ă©tĂ© dĂ©corĂ© du titre de Compagnon de la LibĂ©ration. De Gaulle l'a dĂ©crit comme « un de ces noirs ardemment français Â».

Pour perpĂ©tuer, Ă  l'intĂ©rieur de l'École de la France d'Outre-Mer le souvenir de l'Ă©lĂšve-administrateur de 1908, le samedi 21 janvier 1950 en prĂ©sence notamment de Gaston Monnerville, de Madame ÉbouĂ© et de Madame Pavie (veuve du fondateur de l'École Coloniale en 1889), un marbre fut dĂ©voilĂ© oĂč l'on lit cette inscription :

« Ă€ LA MÉMOIRE DU GOUVERNEUR GÉNÉRAL FÉLIX ÉBOUÉ

PREMIER RÉSISTANT DE LA FRANCE D'OUTRE-MER
NÉ À CAYENNE LE 26 DÉCEMBRE 1884 BREVETÉ DE L'ÉCOLE COLONIALE (1908)
DÉCÉDÉ AU CAIRE LE 17 MAI 1944

TRANSFÉRÉ A L'ÉCOLE, PUIS AU PANTHÉON LE 20 MAI 1949 Â»

À Cayenne

Statue de FĂ©lix ÉbouĂ© Ă  Cayenne

Le 14 juillet 1944 eut lieu, l'attribution du nom de FĂ©lix ÉbouĂ© Ă  la rue Richelieu qui passe devant sa maison natale. La Guyane lui a dĂ©diĂ© un lycĂ©e Ă  Cayenne inaugurĂ© le 3 novembre 1944 dans le bĂątiment mĂȘme ou ÉbouĂ© a dĂ©butĂ© ses Ă©tudes au collĂšge, une salle de la prĂ©fecture et lui a dĂ©diĂ© un musĂ©e situĂ© dans sa maison natale.

Le 13 mars 1946 fut inaugurĂ© sur la place des Palmistes Ă  Cayenne une statue Ă  son effigie. Les inscriptions qui figurent sous la statue de FĂ©lix ÉbouĂ© sont d'AndrĂ© Malraux (d'aprĂšs l'Ă©pitaphe de Simonide la bataille des Thermopyles (-480)) :

« Ă‰tranger, va dire Ă  LacĂ©dĂ©mone que ceux qui sont morts ici sont tombĂ©s sous sa loi. Passant, va dire aux Enfants de notre Pays :
De ce qui fut le visage dĂ©sespĂ©rĂ© de la France, les yeux de l'homme qui repose ici, n'ont jamais reflĂ©tĂ© que les traits du courage et de la libertĂ©. Â»

À Brazzaville

La capitale du Congo et ancienne capitale de l'AEF conserve le souvenir de l'ancien Gouverneur Général:

  • Statue de FĂ©lix ÉbouĂ© par le sculpteur JonchĂšre, posĂ©e en 1957 devant le stade qui porte son nom.
  • L'ancienne Avenue FĂ©lix Faure est devenue aprĂšs la Guerre l'Avenue FĂ©lix ÉbouĂ© (quartier de la Plaine).
  • Le stade au rond point du quartier de Poto-Poto porte son nom.
  • Au Palais du Peuple, ancien palais du Gouvernement GĂ©nĂ©ral et actuelle PrĂ©sidence, a Ă©tĂ© reconstituĂ© son bureau.

À Ndjamena

  • LycĂ©e FĂ©lix ÉbouĂ© (public)

Notes et références

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

Ce document provient de « F%C3%A9lix %C3%89bou%C3%A9 ».

Wikimedia Foundation. 2010.

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Felix Eboue de Wikipédia en français (auteurs)

Regardez d'autres dictionnaires:

  • Felix EbouĂ© — FĂ©lix ÉbouĂ© Pour les articles homonymes, voir ÉbouĂ©. De Gaulle et le gouverneur gĂ©nĂ©ral FĂ©lix ÉbouĂ© au Tchad vers octobre 1940. Adolphe Sylvestre 
   WikipĂ©dia en Français

  • FĂ©lix EbouĂ© — FĂ©lix ÉbouĂ© Pour les articles homonymes, voir ÉbouĂ©. De Gaulle et le gouverneur gĂ©nĂ©ral FĂ©lix ÉbouĂ© au Tchad vers octobre 1940. Adolphe Sylvestre 
   WikipĂ©dia en Français

  • FĂ©lix ÉbouĂ© — mit Charles de Gaulle 1940 Totenmaske von FĂ©lix ÉbouĂ© im MusĂ©e de l Ord 
   Deutsch Wikipedia

  • FĂ©lix ÉbouĂ© — Eboue redirects here, for the Arsenal F.C. player see Emmanuel Eboue. FĂ©lix Adolphe ÉbouĂ© (December 26, 1884 March 17, 1944) was a Black French (French Guianan born) colonial administrator and Free French leader.BiographyBorn in Cayenne, the… 
   Wikipedia

  • FĂ©lix ÉbouĂ© — Pour les articles homonymes, voir ÉbouĂ©. FĂ©lix ÉbouĂ© Charles de Gaulle et le gouverneur gĂ©nĂ©ral FĂ©lix ÉbouĂ© au Tchad vers octobre 
   WikipĂ©dia en Français

  • Place FĂ©lix-EbouĂ© — Place FĂ©lix ÉbouĂ© 12e arrt 
   WikipĂ©dia en Français

  • Place FĂ©lix-ÉbouĂ© — 12e arrt 
   WikipĂ©dia en Français

  • Place FĂ©lix ÉbouĂ© — 12e arrt 
   WikipĂ©dia en Français

  • Eboue — EbouĂ© Cette page d’homonymie rĂ©pertorie les diffĂ©rents sujets et articles partageant un mĂȘme nom. EbouĂ© est un nom de famille notamment portĂ© par : FĂ©lix ÉbouĂ© (1884 1944), administrateur colonial et homme politique francais. Son nom a Ă©tĂ©… 
   WikipĂ©dia en Français

  • ÉbouĂ© — EbouĂ© Cette page d’homonymie rĂ©pertorie les diffĂ©rents sujets et articles partageant un mĂȘme nom. EbouĂ© est un nom de famille notamment portĂ© par : FĂ©lix ÉbouĂ© (1884 1944), administrateur colonial et homme politique francais. Son nom a Ă©tĂ©… 
   WikipĂ©dia en Français


Share the article and excerpts

Direct link

 Do a right-click on the link above
and select “Copy Link”

We are using cookies for the best presentation of our site. Continuing to use this site, you agree with this.