Fatimide


Fatimide

Fatimides

Mosquée de al-Hâkim au Caire
Commencée sous le règne d'al-Azîz Billâh, elle fut terminée en 1013, sous celui de son fils al-Hâkim, dont elle porte le nom

Les Fatimides formaient une dynastie musulmane installée à Ikdjane dans l'actuelle wilaya de Sétif (Algérie). Elle régna sur l'Ifriqiya de (909-1048), en Égypte (969-1171)[1],[2].

Issus de la secte chiite des ismaéliens — pour laquelle le calife doit être choisi parmi les descendants de Ali, cousin et gendre du prophète de l'islam Mahomet, les Fatimides considèrent les Abbassides sunnites comme des usurpateurs de ce titre.

Sommaire

Histoire

Fatimides

Le fondateur ‘Ubayd Allâh al-Mahdî était un imam chiite des ismaéliens, venu de Syrie, qui se prétendait descendant de Mahomet par sa fille Fâtima az-Zahrâ’, et son gendre `Alî ibn Abî Tâlib, le quatrième calife renversé par les Omeyyades. Son surnom signifie « celui qui est guidé par Dieu ». Les sunnites réfutent le fait que cette dynastie descende de Mahomet. Ainsi, les historiens sunnites ne les appelaient pas Fatimides mais « ‘Ubaydiyya ».

Le dâ`i ismaélien Ubayd Allah al-Mahdi fonda la dynastie fatimide, en Basse Kabylie où il trouva un écho favorable à ses prêches millénaristes et parvint à se rallier de nombreux partisans chez les Berbères et à étendre son autorité sur une grande partie du Maghreb, de l'extrémité est du Maroc à la Libye. Suffisamment puissant pour contester l'autorité du calife de Bagdad, il choisit une autre capitale en fondant la ville de Mahdiyya, sur une presqu’île du Sahel tunisien, où il se proclama lui-même calife en 909. Ceci devait d'ailleurs encourager l'émir de Cordoue à faire de même en 929, établissant un califat omeyyade en Espagne.

Marché aux aulx près de al-Bab Al-Futuh, sur le côté ouest de la Mosquée de al-Hâkim
(Le Caire)

Les Fatimides conquirent l'Égypte en 969, grâce au général Jawhar al-Siqillî, sur ordre du calife al-Mu‘izz. Le général entra à Al-Fustât le 7 juillet 969, dans un pays désorganisé et en proie à la famine. Ils fonderont, près de cette ville, une nouvelle capitale qu'il nommèrent al-Qâhira (Le Caire), ce qui signifie « la Victorieuse ». Ils continuèrent à étendre leurs conquêtes jusqu'à la Syrie et parvinrent à s'établir à Malte et en Sicile, et à mettre temporairement un pied en Italie méridionale. Devenu cité impériale, avec les deux palais et la mosquée al-Azhar, le Caire est entouré d'un rempart de calcaire, à la fin du XIe siècle, par les architectes byzantins. Un siècle après, miné par la peste et l'inflation, l'empire fatimide s'effondre sous les coups du royaume franc de Jérusalem.

À la différence des autres autorités musulmanes, les Fatimides acceptèrent dans leur administration, non sur des critères d'appartenance tribale, ethnique ou même religieuse, mais principalement sur le mérite et la compétence, les membres des autres obédiences de l'islam. Elles étaient admises aux plus hautes fonctions, et cette tolérance était même étendue aux Juifs et aux chrétiens. Il subsista en Égypte une importante minorité copte, de religion chrétienne qui a pu s’épanouir.

L'empire continua à prospérer jusqu'au calife al-Hâkim dont le règne commença par l'achèvement au Caire de la grande mosquée entre al-Bâb al-Futuh et al-Bâb an-Nasr (la mosquée d'al-Hâkim), commencée sous le règne de son prédécesseur, al-Azîz Billâh. Contrairement à la tradition, il se mêlait au peuple pour mieux en apprécier les sentiments.

On lui doit la fondation de la Maison de la sagesse (en arabe : "Dâr al-Hikma", ou encore "Dâr al-‘ilm"), dans laquelle sera favorisée l'étude des sciences hellénistiques. Juristes, médecins, astronomes, mathématiciens fréquentent son importante bibliothèque.

La seule exception à la politique de tolérance religieuse des Fatimides était sous le règne d'al-Hâkim. Ce dernier est très mal dépeint dans les sources sunnites (Ibn al-Athîr, Ibn Khallikân, Ibn al-Sayrafî...) souvent comme un dictateur et un tyran ce qui rend l'étude de son règne très difficile. P.K. Hitti dans The Origins of Druze People and Religions, prend une attitude critique vis-à-vis de ces sources qu'il trouve trop négatives pour être entièrement vraies.

Selon l’historien al-Maqrîzî (m. 1442), la vie économique et sociale s’était détériorée à cette époque. Le dâ`i ismaélien Hamîd al-dîn Kirmânî (m. 1021), dans son traité Al-risâlat al-wâ‘iza, a décrit cette période critique où une grande famine sévissait de 999 à 1005. D'après P.J. Vatikiotis, plusieurs des mesures hostiles prises temporairement par al-Hâkim pouvaient être expliquées par le contexte historique, dans lequel plusieurs membres de la population étaient extrêmement perturbées par la prospérité croissante des Ahl al-Kitâb (Juifs et Chrétiens) et leur puissance démesurée dans l'État. Al-Hâkim voulait probablement contrecarrer l'Empire byzantin, qui menaçait la Syrie septentrionale. En 1009, al-Hâkim ordonnera la destruction de l'Église du Saint-Sépulcre à Jérusalem.

L'attitude rigide d'al-Hâkim prise temporairement vis-à-vis des femmes faisait suite à une intrigue de palais montée principalement par sa sœur Sitt al-Mulk. Selon al-Maqrîzî, en confisquant la propriété des femmes, al-Hâkim désirait restreindre sa mère et sa sœur qui, dépourvues d'argent, ne pourraient fomenter de nouvelles intrigues. Si l’on considère toute la période fatimide dans son ensemble, on doit souligner que les musulmans, les Juifs, et les Chrétiens ont vécu paisiblement et ont travaillé ensemble pour le bien-être de l'Empire dans tout l'Ifrîqiyya.

Al-Hâkim disparaîtra le 13 février 1021, lors d'une promenade nocturne sur le mont Muqattam, après s'être éloigné de deux écuyers auxquels il avait donné l'ordre de l'attendre. Cinq jours après, on retrouva ses vêtements lacérés de coups de poignards. Il aurait été assassiné à l'instigation de sa sœur Sitt al-Muk ou assassiné par un inconnu.

Les Druzes, qui de nos jours subsistent au Liban, en Syrie, en Jordanie et en Palestine, croient à une occultation (ghayba) d'al-Hâkim qui est resté célèbre pour le caractère divin que certains de ses partisans lui attribuèrent et qui devint le centre de la foi druze.

Déjà en 1017, deux Persans avaient affirmé qu'al-Hâkim était la manifestation de l'intellect divin. Sa disparition renforça la croyance et c'est ainsi qu'est née la religion des Druzes. Pour eux, al-Hâkim est le Messie (Mahdî) dont on attend le retour.

À partir de 1060, le territoire des Fatimides se réduisit jusqu'à ne plus comprendre que l'Égypte. En 1098 les Fatimides ont vaincu les Turcs et se sont emparés de Jérusalem. Mais dès l'année suivante, les premiers Croisés chassaient les Fatimides de Jérusalem. Vingt jours après la prise de Jérusalem par les Croisés, l’armée d’Al-Afdhal, vizir fatimide d'Égypte, forte de trente mille hommes, atteint la Palestine et prend place près d'Ascalon, où le calife fatimide Al-Mustansir Billah avait fait construire l'année précédente un mechhed (arabe: مَشْهَد mašhad, « lieu d'un martyr ») pour y recevoir le crâne de Husayn, troisième imam chiite.

Le vizir Al-Afdhal envoie des émissaires à Godefroy de Bouillon, lui proposant un arrangement si celui-ci quitte la Palestine. Ce dernier refuse et marche sur l'armée égyptienne, qu'il met en déroute le 12 août 1099, faisant 10 000 victimes. Au bout d'un long siège, les Croisés parviennent à s'emparer temporairement d'Ascalon, en 1102. Neuf ans plus tard, le frère cadet de Godefroy de Bouillon, Baudouin Ier roi de Jérusalem, réussit à obtenir un tribut du gouverneur fatimide d'Ascalon. Mais, en juillet 1102, ce dernier est assassiné, et la population se révolte contre les Croisés, qui ont pris contrôle de la ville. Reprise par les Fatimides, Ascalon fut leur dernier bastion en Palestine, repris par les Croisés lors d'un second siège, en 1153, au cours duquel le maître de l'Ordre du Temple, Bernard de Tramelay, meurt avec tous les Templiers sous ses ordres.

À la mort du dernier calife fatimide al-Adîd, le 13 septembre 1171, Saladin annexera le califat à celui de Bagdad, le rendant ainsi au sunnisme. Il reprend Ascalon à Baudouin III puis à Richard Cœur-de-Lion en échange d'un traité de paix avec les Croisés.

Article détaillé : Période fatimide de l'Égypte.

La culture sous la dynastie fatimide

L'arrivée de la dynastie fatimide, marque un renouveau culturel important. Les Fatimides portent un grand intérêt aux livres, aux bibliothèques et à la littérature. Ils installent une grande bibliothèque à l'intérieur même de leur palais, où ils accueillent de nombreux écrivains, historiens, juristes, savants et poètes, qui venant se documenter, pour écrire des ouvrages de littérature, d'histoire, de sciences ou des recueils juridiques. Véritables mécènes, ils entretiennent ainsi un grand nombre d'intellectuels, écrivains ou poètes, à qui ils attribuent d'importantes sommes d'argent et de nombreux cadeaux.

L'un des poètes les plus connus de cette époque s'appelle Ibn Hâni’ al-Andalusî (m.973), qui vécut sous le règne du calife al-Mu‘izz. Il était réputé pour faire des descriptions très imagées, ainsi que pour son art des louanges, qu'il exprimait dans des hagiographies, pas très fidèles à la réalité. Un autre poète dont l'histoire a retenu le nom, Emara al-Yamane, vécut à l'époque du calife Al-Fâ’iz, qui régna de 1154 à 1160. Il fit l'éloge du calife, ainsi que celui de son ministre Al-Sâlih Talâ'i‘ Ibn Ruzzîk. Le grammairien ‘Uthmân Ibn al-Wazzin (m. 957), ‘Alî Ibn Muhammad al-Ayadi (m.976), ou encore Muhammad Ibn Ja‘far Al-Kazzaz Tamîmî (m. 956), sont quelques-unes des figures marquantes de cette littérature fatimide.

L'art fatimide

Article détaillé : Art fatimide.

Liste des califes fatimides

Dynastie

Bibliographie

  • al-Makrîzî, Taqiyy al-Dîn Abû al-‘Abbâs Ahmad b. Alî, Kitâb al-Mawâ'iz wa al-I'tibâr bi Dhikr al-Khitat wa al-Âthâr, Beirut, n.d.
  • 1923 D. L. O'Leary, Short History of the Fâtimid Khalifate.
  • 1930 Tritton, A.S., The Caliphs and Their Non-Muslim Subject, Oxford.
  • 1955 Vatikiotis, P.J.. “Al-Hakim Bi-Amrillah: The God-King Idea Realised”. Islamic Culture. (janvier): 1-8.
  • 1959 Dodge, Bayard.. “Al-Ismā`īliyya and the Origin of the Fātimids”. Muslim World. vol. 49 : 296-305.
  • 1965 Canard, Marius. "Fâtimides". Encyclopédie de l’Islam , seconde édition, vol. 2: 870-882.
  • 1971 Canard, Marius. "Al-Hâkim bi-Amr Allâh". Encyclopédie de l’Islam , seconde édition, vol. 3 : 79-84.
  • 1974 Assaad, Sadik A., The Reign of al-Hakim bi Amr Allah (966-1021), Beirut.
  • 1974 (1964) Henry Corbin, Histoire de la philosophie Islamique, Paris, Gallimard.
  • 1979 Bosworth, C.E., "The Protected Peoples (Christians and Jews) in Medieval Egypt and Syria", Bulletin of the John Rylands University Library of Manchester, 62, pp.11-36.
  • 1990 Farhad Daftary. The Ismâ‘îlî: Their History and Doctrines. Cambridge University Press.
  • 1991 Lev, Yaacov, State and Society in Fatimid Egypt, Leiden.
  • 1998 Marianne Barrucand, « Fâtimides : les trésors du Caire », dans Muséart, n°81, avril, p. 38-45
  • 1998 Marianne Barrucand, « L’architecture fâtimide et son rayonnement en Afrique du Nord », dans L'Égypte - L’âge d’or des Fâtimides, Les Dossiers d'archéologie, n° 233, mai, p. 42-49.
  • 1999 Marianne Barrucand, L'Égypte fâtimide, son art et son histoire, Presses universitaires de France, Paris, 1999
  • 2002 Diana Steigerwald. « The Multiple Facets of Isma‘ilism. » Sacred Web: A Journal of Tradition and Modernity. Vol. 9, pp. 77-87.
  • 2002 Diana Steigerwald. « The Tolerance of the Fâtimids Toward ‘The People of the Book’ (Ahl al-Kitâb) ». The Ismaili U.S.A. (December 13): 16-17.

Articles connexes

Liens externes

References

  1. et sur une grande partie du monde arabe actuel. QuelleHistoire.com
  2. Encyclopédie Encarta. En 909, Ubayd Allah se proclame calife de Tunisie et fonde ainsi la dynastie des Fatimides
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