Agnes d'Aquitaine

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Agnes d'Aquitaine

AgnĂšs d'Aquitaine

AgnĂšs d'Aquitaine
Henri III et AgnÚs dans un évangéliaire autour de 1050, musée de l'Escorial.
Henri III et AgnÚs dans un évangéliaire autour de 1050, musée de l'Escorial.
Naissance Entre 1020 et 1030
DécÚs 14 décembre 1077
Rome
Pays France
Titre Impératrice du Saint-Empire
(1043 - 1062)
Enfant de Guillaume V de Poitiers
et de
AgnĂšs de Bourgogne
Conjoint Henri III du Saint-Empire
Enfants Mathilde de Franconie

Henri IV du Saint-Empire

Conrad de Franconie

Judith de Franconie


AgnÚs de Poitou, (dite parfois AgnÚs d'Aquitaine), est née entre 1020 et 1030 et morte le 14 décembre 1077 à Rome. En 1043[1], elle épouse Henri III dit Henri III le Noir, empereur germanique[2]. Devenue veuve en 1056, l'impératrice AgnÚs assume la régence du Saint-Empire romain germanique jusqu'à la majorité de son fils Henri IV le Grand en 1062.

En 1061, aprÚs la mort du pape Nicolas II et contrairement à la coutume, le Sacré CollÚge ne fait pas confirmer l'élection d'Alexandre II par le Saint-Empire. L'aristocratie de Rome conteste l'élection et fait appel à AgnÚs, qui fait élire à Bùle l'antipape Honorius II. Le schisme dure peu, puisque Honorius est désavoué par tous en 1064, mais encourage la papauté dans sa réforme, ce qui conduira à la Querelle des Investitures.

Pendant la rĂ©gence, les grands fĂ©odaux et les grands Ă©vĂȘques du royaume d'Allemagne se rĂ©voltent et vont jusqu'Ă  enlever en 1062 son fils Henri, roi des Romains. AprĂšs un voyage en France, elle se retire dans un couvent en Italie, d’oĂč on l'appelle en 1072 pour rĂ©concilier le duc de Souabe Rodolphe de Rheinfelden avec son fils. AprĂšs avoir Ă©vitĂ© la guerre civile, elle se retire Ă  nouveau et meurt Ă  Rome.

Femme érudite, elle fit traduire les ouvrages de Constantin l'Africain, moine médecin de l'abbaye du Mont-Cassin. Saint Pierre Damien, cardinal d'Ostie, est une des principales sources sur sa vie.


Sommaire

État des recherches sur le personnage d'Agnùs

AgnĂšs du Poitou est un personnage historique trĂšs controversĂ©. Bien que femme, elle a dirigĂ© l'un des plus grands empires europĂ©ens, pendant presque dix ans, mais sa rĂ©gence a Ă©tĂ© une pĂ©riode de rĂ©formes ecclĂ©siastiques et l'occasion pour le trĂŽne de Saint-Pierre de commencer Ă  s’émanciper de la monarchie germanique, Ă©mancipation dans laquelle elle joue un rĂŽle. Mais AgnĂšs Ă©tait-elle vraiment la rĂ©gente faible, confite en dĂ©votion, complĂštement dĂ©passĂ©e par les charges que son mari lui avait laissĂ©es en mourant de conduire les affaires du gouvernement et de parfaire l'Ă©ducation de leur fils, l'hĂ©ritier du trĂŽne Henri IV ? C'est ainsi que l'historiographie la prĂ©sentait.

Pendant longtemps il n'y eut aucun doute : AgnĂšs avait Ă©tĂ© une rĂ©gente trop faible. Ainsi, en 1923, Marie-Louise Buhlst-Thiele estime que « le fait d'entrer dans les ordres Ă  la fin de sa vie, [est considĂ©rĂ©] pour l'impĂ©ratrice, comme une faiblesse Â». Wilhelm von Giesebrecht va jusqu’à dĂ©crire AgnĂšs comme Ă©tant d'une nature indĂ©cise et d'un caractĂšre craintif. Dans son « Histoire de l'Empire allemand Â» (1890) il ne voit en elle qu’une rĂ©gente faible, Ă©pouse du puissant empereur Henri III.

Pourtant dans les vingt derniĂšres annĂ©es l'opinion des chercheurs sur AgnĂšs du Poitou a fortement changĂ©. Cette Ă©volution est surtout l’Ɠuvre de deux historiens qui ont Ă©tudiĂ© le sujet en profondeur.

Tilmann Struve, en 1995, dĂ©montre entre autres que l'entrĂ©e au couvent de l'impĂ©ratrice ne doit pas ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme une consĂ©quence directe du coup d'État de Kaiserswerth, mais date du voyage d'AgnĂšs Ă  Rome en 1065. Cela donne Ă  penser que l'impĂ©ratrice n'a ni abdiquĂ© ni fui ses responsabilitĂ©s, mais au contraire qu'elle a tenu sa place lĂ©gitime de rĂ©gente aussi longtemps que cela lui a Ă©tĂ© possible.

Mechthild Black-Veldtrup a rédigé une critique historique des sources à propos d'AgnÚs du Poitou, dans laquelle elle résume les nombreuses nouvelles connaissances sur l'impératrice, modifiant profondément son image (2006).

Tilmann Struve et Mechthild Black-Veldtrup ont rĂ©ussi, avec de nouvelles mĂ©thodes de datation et un travail critique sur les sources, Ă  remettre en question les opinions des chercheurs et Ă  les corriger sur des points qui ne sont nullement secondaires. Cependant les recherches sur AgnĂšs du Poitou sont loin d’ĂȘtre Ă©puisĂ©es, il reste Ă  Ă©claircir bien des points de sa vie, comme par exemple ce coup de force de Kaiserswerth, prĂšs de DĂŒsseldorf, toujours obscur...

Le mariage d'AgnĂšs avec Henri III

une famille puissante

AgnĂšs est la fille de Guillaume V de Poitiers, duc d'Aquitaine et de sa troisiĂšme Ă©pouse, AgnĂšs de Bourgogne.

Mariage politique

AgnĂšs, fille de Guillaume duc d’Aquitaine et comte de Poitou, fut couronnĂ©e reine Ă  Mayence en 1043[3] et, en novembre de la mĂȘme annĂ©e, elle Ă©pousa Henri III Ă  Ingelheim.

AgnĂšs, Ă  cette date, avait tout au plus 18 ans, et elle devait ĂȘtre une jeune fille tendre, instruite et pleine d’une profonde piĂ©tĂ©. C’est ainsi que le monastĂšre de Cluny Ă©tait une fondation de sa famille et Hugo, son abbĂ©, devait ĂȘtre plus tard le parrain de l'hĂ©ritier du trĂŽne, le futur Henri IV, et devenir le confident intime de la famille impĂ©riale.

Henri avait choisi AgnĂšs comme Ă©pouse aprĂšs que sa premiĂšre femme, Gunhild, fut morte du paludisme. Ce mariage prĂ©sentait surtout pour lui des avantages politiques en affermissant son pouvoir. Une alliance avec la dynastie française qui Ă©tait peut-ĂȘtre la plus puissante renforçait la pression sur la royautĂ© française et Ă©tait de nature Ă  amĂ©liorer la position d'Henri en Bourgogne, puisque lĂ  aussi la famille d’AgnĂšs avait de riches possessions.

Tous deux furent couronnés empereur et impératrice le 25 décembre 1046 à Rome[4].

Vie d'impératrice

La vie de cour joyeuse et les festins ne plaisaient guĂšre au couple royal qui avait une notion trĂšs claire de ses devoirs religieux. C’est ainsi que mĂ©nestrels et jongleurs, qui normalement ne manquaient Ă  aucune fĂȘte du Moyen Âge, n’eurent pas l’autorisation de venir au mariage pour montrer leurs talents[5]. Tout ce qui entourait les souverains devait ĂȘtre empreint de sĂ©rieux et de dignitĂ©.

Henri s’enthousiasma pour l’idĂ©e de la TrĂȘve de Dieu (Treuga Dei) qui Ă©tait apparue en France et il s’efforça de mettre fin au droit du plus fort et aux vengeances privĂ©es[6]. Il se heurta Ă  des rĂ©sistances mais il Ă©tait trop puissant pour que ses adversaires pussent agir efficacement contre lui. Cependant sa veuve devait rencontrer plus tard les mĂȘmes problĂšmes.

On peut croire qu’AgnĂšs encouragea Henri dans sa conception religieuse de l’autoritĂ©, qu’elle soutint et mĂȘme inspira son action dans sa politique de rĂ©forme religieuse ; du vivant de son mari, malgrĂ© tout, elle n’eut aucune occasion d’intervenir activement dans la politique. Ses fonctions Ă©taient surtout reprĂ©sentatives : l’épouse et la mĂšre occupaient le premier rang.


Mort d'Henri III et maintien au pouvoir

AprĂšs la mort de son mari, dont elle avait Ă©tĂ© trĂšs proche (ce qui ne caractĂ©risait peut-ĂȘtre pas le comportement mĂ©diĂ©val), ce fut Ă  AgnĂšs que revint le soin d’assurer la rĂ©gence que le roi dĂ©funt lui avait confiĂ©e sur son lit de mort au nom de leur fils Henri IV, qui Ă©tait encore mineur. Elle essaya bien au dĂ©but de continuer la politique de son mari, mais se heurta Ă  des rĂ©sistances considĂ©rables dans l'Empire, particuliĂšrement en Saxe ; la situation ayant changĂ©, on ne pouvait plus suivre les mĂȘmes principes, il fallait s’adapter, trouver un moyen pour garder l’hĂ©ritage d’Henri III Ă  leur fils et Ă  la dynastie salienne.

AprĂšs la mort d'Henri III le 5 octobre 1056[7], AgnĂšs prit la rĂ©gence au nom d’Henri IV, mineur, mais dĂ©jĂ  couronnĂ©. Au dĂ©but, elle continua la politique de son mari en s’appuyant surtout sur Hugues de Cluny et le pape Victor II. Ce dernier, en tant qu’évĂȘque d'EichstĂ€tt et administrateur de l’Empire, faisait tout ce qu’il pouvait pour maintenir le pouvoir des Franconiens, issu de Conrad le Salique. L'impĂ©ratrice, comme son Ă©poux Henri III, Ă©tait du cĂŽtĂ© des rĂ©formateurs de l’église clunisienne, tandis que Hugues de Cluny, le parrain de son fils, qui Ă©tait l’abbĂ© de Cluny, centre de la rĂ©forme, menait une politique d’équilibre et de paix. Le pape Victor II[8], qui devait la tiare Ă  Henri III, jouait les bons offices entre la couronne, la noblesse et l’épiscopat. De cette façon la rĂ©gence de l'impĂ©ratrice, femme sans expĂ©rience politique, Ă©tait acceptĂ©e, mĂȘme si une loyautĂ© complĂšte Ă©tait loin d’ĂȘtre garantie du cĂŽtĂ© des grands de l'Empire. La rĂ©gence semblait n’avoir rien Ă  craindre.

Pourtant, le pouvoir dans l’Empire Ă©chappait de plus en plus aux mains de la maison salienne, puisqu’AgnĂšs n’avait pas encore rĂ©ussi Ă  s’imposer politiquement. Dans l’Empire, biens et droits passaient des mains de la noblesse dans celles de l’Église impĂ©riale, ce qui affaiblissait le pouvoir des Brunonen et des Billunger et crĂ©ait de sĂ©rieux problĂšmes en Saxe. « Au vrai, on ne parle pas aprĂšs 1057 de graves dĂ©sordres ou de rĂ©voltes, mais sur les questions politiques essentielles, la rĂ©gence se contentait de rĂ©agir au lieu de diriger les Ă©vĂ©nements. Le danger croissait que les grands de l'Empire s’habituassent Ă  se passer d’un roi. Â»

L'impĂ©ratrice Ă©tait bien forcĂ©e d’agir. Comme son autoritĂ© n'Ă©tait pas aussi grande que celle d’Henri III, elle commença bientĂŽt Ă  s'attacher les nobles en leur concĂ©dant en fiefs des duchĂ©s, ce qui n'Ă©tait pas possible sans leur accorder des droits seigneuriaux directs. DĂšs NoĂ«l 1056 elle attribuait dĂ©jĂ  Ă  l'Ezzon Konrad le duchĂ© de Carinthie, qui pendant un an Ă©tait restĂ© vacant[9]. En 1057 Rudolf von Rheinfelden fut pourvu de la Souabe et devait aussi rĂ©gir la Bourgogne. Berthold de ZĂ€hringen, qui avait rappelĂ© son droit sur le prochain duchĂ© vacant, se sentit lĂ©sĂ© et reçut en 1061 la Carinthie, aprĂšs la mort du duc Konrad. Frutolf de Michelsberg, un chroniqueur de l’époque, nous apprend dans sa Chronique du Monde que Rudolf von Rheinfelden avait extorquĂ© l’attribution de la Souabe en enlevant Mathilde, la fille de l'empereur qui n’avait que 12 ans, et en se mariant deux ans plus tard avec elle. Mathilde Ă©tait un gage qui pesait plus que promesse de la Souabe faite par Henri III, puisque Berthold von ZĂ€hringen pouvait maintenant l'appuyer sur une alliance avec l'empereur.

En 1061 les difficultĂ©s de la politique extĂ©rieure, entre autres le diffĂ©rend avec la Hongrie, contraignirent l'impĂ©ratrice Ă  se dessaisir aussi de la BaviĂšre, qui Ă©tait le dernier duchĂ© relevant encore directement de la maison royale et le plus important de l'Allemagne du Sud. Elle nomma duc le comte saxon Otto von Northeim, chef de guerre expĂ©rimentĂ©. C’est Ă  lui qu’incomberait dĂ©sormais la dĂ©fense du sud-est de l'Empire.

Évidemment les ducs ainsi crĂ©Ă©s Ă©taient destinĂ©s Ă  devenir par la suite les pires ennemis d’Henri IV, mais comment le reprocher Ă  AgnĂšs ? Il lui fallait bien faire quelque chose pour apaiser l’opposition de la noblesse Ă  sa personne. Les historiens continuent cependant Ă  lui reprocher qu’en diminuant la puissance des Saliens et en distribuant Ă  tout de bras les duchĂ©s elle ait fortement diminuĂ© les pouvoirs de la royautĂ©.

Pour le moment Otto von Northeim agissait exactement comme l’avait voulu la maison salienne. Comme l’avait souhaitĂ© AgnĂšs, il protĂ©geait efficacement l'empire contre les menaces extĂ©rieures, et faisait jeu Ă©gal avec la Hongrie, ce que n'avait pas rĂ©ussi Henri III pendant sa vie. Les historiens le dĂ©crivent comme un homme d'action.

L'exemple de la BaviĂšre confirme que, quand elle distribuait les duchĂ©s, AgnĂšs n'avait pas le choix. Les voisins orientaux, en tout premier lieu la Hongrie, reprĂ©sentaient pour l'empire un danger qu’on ne pouvait sous-estimer, et pour AgnĂšs, la rĂ©gente de fait, il ne lui Ă©tait pas lĂ©galement possible de conduire des expĂ©ditions. Elle avait besoin Ă  ses cĂŽtĂ©s de ducs puissants, comme c’était le cas en BaviĂšre avec Otto von Northeim. SĂ»rement, AgnĂšs aurait pu empĂȘcher les ZĂ€hringer, les Rheinfelder et les Northeimer de donner Ă  leur pouvoir une base aussi forte, mais l’élĂ©vation de ces trois hommes jeunes, appartenant Ă  de jeunes dynasties, Ă©tait peut-ĂȘtre Ă  cette date un moindre mal, un risque calculĂ©.

Le dĂ©but des annĂ©es soixante : la situation politique s'aggrave

Dans un empire garanti pour l’instant au-dedans comme au dehors, AgnĂšs semblait respectĂ©e. Les concessions qu’elle avait faites avaient beau ĂȘtre Ă©normes, on lui assura par serment que, si le trĂŽne devenait vacant, c’est-Ă -dire en cas de mort prĂ©maturĂ©e d’Henri IV dont le frĂšre, Konrad, Ă©tait dĂ©jĂ  dĂ©cĂ©dĂ© en 1055, elle aurait le droit de dĂ©signer elle-mĂȘme son successeur, c’est-Ă -dire que les Électeurs seraient obligĂ©s d’accepter le nom qu’elle proposerait.

Une telle obligation par serment (le principal engagement entre personnes au Moyen Âge) montre qu'AgnĂšs Ă©tait dĂ©sormais considĂ©rĂ©e par tous les partis dans l'Empire comme la souveraine lĂ©gitime. Sans son consentement, aucun nouveau roi ne pourrait ĂȘtre proclamĂ© par les princes. Le sĂ©rieux d'un tel serment fut mis en Ă©vidence par les scrupules des princes lors de l’élection d’un antiroi contre Henri IV, en 1076.

La mort du pape Victor II, son conseiller et son ami, en 1057, fut un tournant pour la pauvre rĂ©gente. AgnĂšs perdait le contact avec ceux qui voulaient rĂ©former l’Église. Ses intĂ©rĂȘts et les leurs commençaient Ă  n’ĂȘtre plus les mĂȘmes. L'Ăšre des Empereurs fidĂšles au Pape prenait fin.

Beatrix, la belle-fille d'AgnĂšs, qui patronnait la riche abbaye de Gandersheim en Saxe se vit reprocher par le chapitre des dames nobles, qui se recrutait principalement dans la noblesse saxonne, d’abandonner aux ministĂ©riels les biens de la fondation et de compromettre ainsi la subsistance des chanoinesses. Victor II avait encore tranchĂ© en faveur de Beatrix. Le lĂ©gat du nouveau pape Étienne IX rĂ©Ă©tudia l’affaire et dĂ©cida en faveur du chapitre. C’était un coup pour le prestige et le pouvoir des Saliens en Saxe. Étienne IX avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© Ă©lu en 1057 sans que la rĂ©gente fĂ»t consultĂ©e et elle avait mis du temps Ă  le reconnaĂźtre ; aprĂšs sa mort, le 29 mars 1058, l'aristocratie romaine sentit qu’elle avait une chance d’influencer l'Ă©lection du nouveau pape et, dĂšs le 5 avril 1058, fit Ă©lire BenoĂźt X. Ce n’est qu’aprĂšs le retour du lĂ©gat du pape, Hildebrandt, qui Ă  ce moment ne se trouvait pas en Italie, qu’avec le consentement de l'impĂ©ratrice l'Ă©vĂȘque GĂ©rard de Florence fut Ă©lu pape Ă  Sienne sous le nom de Nicolas II.

C’était bel et bien le schisme et Nicolas II fut contraint de s’ouvrir par les armes la route de Rome ; mais la lutte tourna en sa faveur.

Les grandes dĂ©cisions politiques hors de l'Empire, comme par exemple l'Ă©lection du pape Etienne IX, se firent de plus en plus sans que les Saliens eussent rien Ă  dire. C’est ainsi qu’en 1059 le pape Nicolas II promulgua le dĂ©cret concernant l’élection des papes sans avoir consultĂ© l'impĂ©ratrice. Par ce dĂ©cret, l'Ă©lection du pape Ă©tait confiĂ©e aux cardinaux. Mesure dirigĂ©e autant contre l'empire que contre l'aristocratie romaine. Dans l’Empire mĂȘme les intrigues politiques et les luttes pour le pouvoir Ă©taient toujours Ă  l’ordre du jour. « Chacun voulait s’élever encore plus haut ou au moins y songeait. Â» AgnĂšs Ă©tait littĂ©ralement Ă©cartelĂ©e entre les contraintes politiques et ses propres intĂ©rĂȘts.

Certains conseillers de l’impĂ©ratrice commençaient Ă  penser d’abord Ă  leurs propres intĂ©rĂȘts, ce qui l’incitait Ă  se fier toujours davantage aux personnes appartenant aux services royaux, c’est-Ă -dire aux ministĂ©riels. Ainsi, elle chargea le ministĂ©riel Kuno de l’éducation de son fils en mĂȘme temps qu’Otnand, dĂ©jĂ  partisan fidĂšle d’Henri III, s’élevait au premier plan de la politique.

Et c’est prĂ©cisĂ©ment leur zĂšle Ă  servir les intĂ©rĂȘts de la couronne qui provoqua une opposition contre l’impĂ©ratrice qui donnait sa confiance Ă  « des gens issus de rien Â». On alla jusqu’à insulter Otnand en l’appelant « Orcus ille Â», chien d’enfer.

Que le jeune Henri IV fĂ»t Ă©levĂ© par des personnages d’aussi basse condition paraissait au plus haut point scandaleux Ă  la noblesse et au clergĂ©. PlongĂ©e dans un dilemme, AgnĂšs prit l’évĂȘque Heinrich d’Augsbourg comme son conseiller personnel.

Un nouveau problĂšme se prĂ©senta quand l'impĂ©ratrice fut soupçonnĂ©e d'amour illicite avec Heinrich d'Augsbourg, car on pensa gĂ©nĂ©ralement qu’elle ne pouvait pas mettre en lui une telle confiance sans qu’il y eĂ»t quelque chose entre eux. Les chercheurs nous peignent l’atmosphĂšre de la cour au dĂ©but des annĂ©es soixante du XIe siĂšcle comme particuliĂšrement agitĂ©e et bouillonnante d’intrigues, d’hostilitĂ©s, de jalousies et de coups bas. Mais les processus qui devaient finalement plonger l'empire dans une crise et conduire AgnĂšs Ă  vouloir se retirer de la politique n’étaient pas encore enclenchĂ©s.

Conflit pour l’élection du pape

En 1060 AgnĂšs demanda le pallium (insigne de la dignitĂ© archiĂ©piscopale) pour l’évĂȘque, de Mayence. Nicolas II refusa. Alors, rĂ©unis dans un synode, les Ă©vĂȘques de l’Empire dĂ©clarĂšrent invalides toutes les dispositions de Nicolas II pour montrer leur mĂ©contentement.

AprĂšs la mort de Nicolas II le 19 juillet 1061, les cardinaux usĂšrent de leur nouvelle prĂ©rogative et le 30 septembre 1061 ils choisirent comme pape l’évĂȘque rĂ©formateur Anselme de Lucca, qui prit le nom d’Alexandre II[10]. AgnĂšs refusa alors de le reconnaĂźtre, et lui opposa son propre candidat, l’évĂȘque de Parme Cadalus. C’était un nouvel Ă©chelon dans le conflit qui couvait dĂ©jĂ  sous Nicolas II entre la cour et la papautĂ© rĂ©formatrice.

L’élection de Cadalus, devenu l’antipape Honorius II le 28 octobre 1061 Ă  BĂąle, n’était donc que « la continuation logique de la politique romaine d’Henri III. Â»

DĂšs l’élection cependant, le petit nombre de ceux qui y avaient participĂ© avait clairement montrĂ© Ă  l’impĂ©ratrice qu’elle ne pouvait pas compter dans l’Empire sur un soutien inconditionnel pour faire triompher son candidat. Elle pouvait bien tenter d’imposer Honorius envers et contre tout, elle se rendait bien compte que s’accrocher Ă  la dĂ©cision qu’elle avait prise non seulement porterait un coup mortel Ă  la politique de rĂ©forme commencĂ©e par Henri III, mais encore qu’on allait au schisme, un schisme qui devait durer deux ans et demi.

La cour allemande se retrouvait donc adversaire de la papautĂ© rĂ©formatrice et l'impĂ©ratrice portait la responsabilitĂ© dans la division de l’Église. L’affaire prenait un tour qui n'Ă©tait absolument pas dans les desseins d'AgnĂšs.

Cette Ă©lection de BĂąle marque une cassure dans la rĂ©gence de l'impĂ©ratrice. Dans le gouvernement de l’Empire la barre semblait lui Ă©chapper des mains. En particulier le fait qu’Honorius II n’avait pas su s'imposer Ă  Rome et avait dĂ» au bout du compte revenir dans son Ă©vĂȘchĂ© de Parme Ă©tait pour AgnĂšs un grave Ă©chec politique. Pour la premiĂšre fois, un pape nommĂ© par la cour d’Allemagne n'avait pas Ă©tĂ© capable de s'imposer.

Elle jouissait bien sĂ»r du soutien des adversaires de la rĂ©forme, mais c’était lĂ  ce qui devait durant toute sa vie la remplir d’un sentiment de culpabilitĂ© et la mettre mal Ă  l’aise. Pourtant on ne saurait lui reprocher d’avoir, par faiblesse personnelle, adoptĂ© une politique ecclĂ©siastique contraire Ă  celle de son mari. C’est que les temps avaient changĂ©. Par ses rĂ©formes la papautĂ© s'Ă©tait Ă©mancipĂ©e de la cour d’Allemagne contre les intĂ©rĂȘts de laquelle elle agissait dĂ©sormais. Mise au pied du mur, AgnĂšs se dĂ©cida contre sa conviction personnelle, elle agit comme devait le faire une rĂ©gente : elle prit le parti de l’Empire et de ses dignitaires. Il semble qu’elle ne voyait aucun autre choix pour elle que de se retirer de la politique pour laisser Ă  d’autres la possibilitĂ© de reprendre Ă  zĂ©ro la question de la papautĂ© sans tenir compte de ses propres dĂ©cisions. C’est directement en relation avec le conflit sur le choix du pape que, selon M. Black-Veldtrup, doit ĂȘtre considĂ©rĂ©e la prise de voile d’AgnĂšs Ă  Spire, ce qui comme consĂ©quence logique conduisit Ă  l’installation comme vice-rĂ©gent de l’évĂȘque Heinrich d’Augsbourg en qui elle avait confiance. Par consĂ©quent non seulement la retraite d'AgnĂšs peut s’expliquer parce qu’elle Ă©tait fatiguĂ©e de gouverner ou trop faible, mais on doit la placer dans son contexte : c’était la consĂ©quence de ses erreurs d'apprĂ©ciation dans sa politique vis-Ă -vis de Rome.

Le coup d'État de Kaiserswerth

La dĂ©cision d’AgnĂšs de se retirer de la politique est, de façon trĂšs probable, une prise de conscience de sa responsabilitĂ© personnelle dans cette crise au sujet de l’élection du pape. L'impĂ©ratrice voulait laisser la voie libre pour un rĂ©glement dĂ©finitif de la question avec la participation de la Cour[11].

Mais rien de cela ne se produisit du fait qu’Henri d'Augsbourg, le vice-rĂ©gent mis en place par AgnĂšs, n’était pas acceptĂ© par la majoritĂ© des princes. Sa nomination Ă  un tel poste constituait peut-ĂȘtre la deuxiĂšme grave erreur d'apprĂ©ciation de l'impĂ©ratrice, surtout en raison de la liaison qu’on leur avait imputĂ©e (voir plus haut).

Cette tentative d'AgnĂšs de limiter les dĂ©gĂąts prĂ©cipitait dĂ©finitivement au bout du compte l'empire dans la crise. Au dĂ©but d'avril 1062, un groupe de seigneurs spirituels et temporels, sous la direction de Anno II, l’archevĂȘque de Cologne, rĂ©ussit Ă  enlever le jeune roi Henri IV Ă  Kaiserswerth : cet Ă©vĂ©nement devait rester dans les livres d’histoire comme le coup d'État de Kaiserswerth.
Les motifs de cette action sont encore dĂ©battus, du fait surtout que les sources se contredisent beaucoup lĂ -dessus. L'opinion des chroniqueurs de l’époque est divisĂ©e. Ainsi, la chronique de Lambert semble encore relativement objective quand il Ă©crit que les ravisseurs, et avant tout Anno, aspiraient « Ă  soustraire le fils Ă  l'influence de sa mĂšre, et Ă  prendre en mains l'administration de l'empire.[12] Â» Lambert ne hasarde aucune spĂ©culation sur les motifs qui ont fait agir les conspirateurs. Il indique seulement la possibilitĂ© qu’ils auraient pu ĂȘtre poussĂ©s par « la rancune politique Â», mais il est aussi possible qu’ils aient pu croire agir pour le bien de l’Empire.

Bruno fait plus ou moins retomber sur Henri la responsabilitĂ© de son propre enlĂšvement : infatuĂ© de l'orgueil d’ĂȘtre roi, le jeune Henri n’aurait plus Ă©coutĂ© que d’une oreille les mises en garde de sa mĂšre. Le « respectable Â» Anno aprĂšs l'enlĂšvement le fait Ă©duquer avec le plus grand soin. Selon Bruno, AgnĂšs n’aurait absolument pas eu l’autoritĂ© nĂ©cessaire, et elle se serait montrĂ©e trop faible pour Ă©duquer correctement le jeune roi et assurer la rĂ©gence, tandis que Bruno fĂ©licite Anno pour sa politique. Cette critique envers Henri IV s’explique par le fait que Bruno ne devait pas approuver par la suite la politique personnelle de son souverain, si bien qu’il s’attache Ă  lui trouver des traits de caractĂšre nĂ©gatifs dĂšs sa jeunesse[13]. Il est manifeste que, politiquement, il ne se trouvait pas non plus du cĂŽtĂ© d’AgnĂšs.

Bien que les sources ne nous donnent rien de sĂ»r quant aux motifs qui ont fait agir les ravisseurs, la recherche actuelle part du fait que la lutte pour le pouvoir (en particulier chez Anno de Cologne) mais aussi le souci de l'Ă©ducation d’Henri IV qu’on jugeait abandonnĂ© Ă©taient des Ă©lĂ©ments dĂ©cisifs. AgnĂšs se voyait privĂ©e du pouvoir de gouverner, en fait elle ne pouvait plus rien. L'archevĂȘque Anno de Cologne et l’archevĂȘque Adalbert de BrĂȘme se partageaient la responsabilitĂ© des affaires. Bien que le jeune roi fĂ»t assis sur le trĂŽne, c’est Ă  eux qu’appartenait dĂ©sormais le destin de l’Empire.

Anno et Adalbert devinrent bien vite des adversaires irrĂ©conciliables, mais l'archevĂȘque de BrĂȘme s’était hĂątĂ© d’établir des rapports de confiance avec le jeune roi, tandis qu’Anno se sentait avant tout politiquement liĂ© au parti de la rĂ©forme religieuse et rĂ©ussissait rapidement Ă  s’entendre avec Rome puisqu’il Ă©tait capable de faire reconnaĂźtre par l’Empire le pape rĂ©formateur Alexandre II.

Au fond, Anno Ă©tait ainsi arrivĂ© Ă  ce rĂšglement de la question pontificale qu’AgnĂšs avait espĂ©rĂ©. On suppose en gĂ©nĂ©ral qu’AgnĂšs, libĂ©rĂ©e Ă  prĂ©sent de la responsabilitĂ© des affaires, n’a pas tardĂ© Ă  renoncer complĂštement Ă  la vie mondaine pour se consacrer au salut de son Ăąme.

Cette opinion provient de recherches dĂ©jĂ  anciennes de Meier-Kronau, Giesebrecht et Buhlst-Thiele. Cependant, Tillmann Struve s’appuie sur le fait que ce n’est que trois ans aprĂšs Kaiserswerth qu’elle a entrepris son voyage Ă  Rome et s’est retirĂ©e du monde. Il y aurait donc eu des raisons politiques. Ce qui rĂ©futerait cette vision de l'impĂ©ratrice se retirant timidement du monde torturĂ©e par ses scrupules.

AgnĂšs aprĂšs Kaiserswerth

Longtemps les chercheurs ont acceptĂ© l’idĂ©e qu’AgnĂšs se fĂ»t retirĂ©e du monde immĂ©diatement aprĂšs Kaiserswerth ; il n’y a pas lĂ  de quoi s’étonner puisque c’est ce que nous ont transmis beaucoup de chroniqueurs contemporains. C’est ce que raconte entre autres dĂšs 1056 Frutolf de Michelsberg dans sa Chronique du monde, en rĂ©sumant ainsi les Ă©vĂ©nements : l'impĂ©ratrice se serait rendue directement Ă  Fruttuaria aprĂšs qu’on lui eut pris son fils et serait morte plus tard Ă  Rome.

Il semble cependant qu’une telle opinion ait Ă©tĂ© rĂ©visĂ©e entre temps. Tillmann Struve a Ă©tabli de façon claire et scientifiquement correcte qu'AgnĂšs a entrepris son voyage Ă  Rome, qui signifiait qu’elle se retirait du monde, non en 1062/63, mais seulement en 1065, c’est-Ă -dire 3 ans aprĂšs le coup d'État de Kaiserswerth. Pour cette chronologie Struve utilise surtout les rapports de Petrus Damiani, un fidĂšle d'AgnĂšs qui dans ses Ă©crits a parlĂ© entre autres de son arrivĂ©e Ă  Rome.

Comme Damiani, lui non plus, ne fournit aucune datation exacte, Struve compare toutes les sources connues, ce qui lui permet d’établir Ă  quelle date aussi bien Petrus Damiani que l’impĂ©ratrice AgnĂšs se sont arrĂȘtĂ©s Ă  Rome. Par la suite Struve compare les Ă©clipses de lune que rapporte Damiani, qui les met en relation avec l’empereur Henri III et le pape Victor II, et une Ă©clipse totale qui, toujours selon Damiani, aurait correspondu au schisme de Cadalus, les dates de toutes ces Ă©clipses Ă©tant scientifiquement vĂ©rifiables. Struve en vient alors Ă  la conclusion que le voyage Ă  Rome de l'impĂ©ratrice ne peut avoir eu lieu qu’en mai ou en novembre 1065. Il est vrai AgnĂšs, tout de suite aprĂšs Kaiserswerth, a Ă©crit Ă  l'abbĂ© du monastĂšre de Fruttuaria pour lui demander d’ĂȘtre accueillie dans la communautĂ© monastique, mais Lampert d'Hersfeld nous apprend, de façon concordante, qu'AgnĂšs a Ă©tĂ© convaincue par ses conseillers de rester pour l'instant dans l’Empire.

D’un point de vue politique, le fait AgnĂšs restĂąt dans l’Empire Ă©tait nĂ©cessaire bien qu’elle eĂ»t perdu la rĂ©gence : jusqu’à la majoritĂ© d’Henri IV, c’était elle le chef de la maison salienne. Ce n’est qu’en restant sur place qu’elle pouvait la maintenir pour son fils et ainsi lui assurer l’Empire. Si la situation Ă©tait telle, la relation de Lampert apparaĂźt dans son contexte lĂ©gal et gagne en authenticitĂ© : AgnĂšs aurait donc, poussĂ©e par ses conseillers, abandonnĂ© son idĂ©e de se retirer dans un cloĂźtre. DĂšs qu'Henri IV fut devenu majeur le 29 mars 1065, par la cĂ©rĂ©monie oĂč on lui fit ceindre l’épĂ©e, AgnĂšs put obĂ©ir Ă  son long dĂ©sir de finir sa vie dans la piĂ©tĂ©. AprĂšs s’ĂȘtre acquittĂ©e de ses devoirs politiques jusqu'Ă  la majoritĂ© de son fils et lui avoir garanti de succĂ©der Ă  son pĂšre, elle prit la dĂ©cision de servir la rĂ©forme de la papautĂ© Ă  laquelle elle avait nui en faisant Ă©lire un antipape contre ses propres convictions religieuses.

Bilan

MĂȘme si la fin de la rĂ©gence d’AgnĂšs a Ă©tĂ© regardĂ©e pendant des siĂšcles comme une faillite (et elle l’est encore), un tel jugement n’est peut-ĂȘtre pas absolument sĂ»r. À juger l’ensemble, la politique de l'impĂ©ratrice doit ĂȘtre considĂ©rĂ©e en gros comme rĂ©ussie, et sa retraite a Ă©tĂ© mĂ»rement choisie en fonction de la situation politique de l’Empire. C’est ainsi que mĂȘme des contemporains reconnaissent qu’elle s'est toujours efforcĂ©e d'obtenir un Ă©quilibre politique. Elle a rĂ©ussi Ă  assurer la stabilitĂ© de l’Empire et surtout Ă  jeter les bases du pouvoir d’Henri IV.

Les querelles d’Henri III contre les Saxons n’ont pas Ă©tĂ© reprises par AgnĂšs. Elle a plutĂŽt cherchĂ© Ă  s’arranger avec eux, ce que confirme le fait que de 1057 jusqu’à la fin de la rĂ©gence d’AgnĂšs on ne relĂšve pas de troubles en Saxe. De mĂȘme elle a Ă©vitĂ© une confrontation avec la Hongrie. L’attribution de duchĂ©s pris au domaine royal lui a procurĂ© Ă  l’intĂ©rieur une stabilitĂ© politique, ce qui a permis par contrecoup le renforcement de l’Empire Ă  l’extĂ©rieur. Ainsi, c’est seulement Ă  partir des annĂ©es 60 que l’on connaĂźt des exemples concrets de mĂ©contentement contre son gouvernement ; jusque lĂ  elle avait donc quand mĂȘme pu, au dĂ©but avec l’aide du pape Victor II, gouverner de façon presque incontestĂ©e. On lui reproche une longue querelle pour des raisons personnelles avec l'Ă©vĂȘque Gunther de Bamberg, la prĂ©fĂ©rence qu’elle donnait Ă  l'Ă©vĂȘque Henri d'Augsbourg, ses insuffisances dans l’éducation de son fils et sa trop grande retenue dans la conduite des affaires, mais tout cela s’explique par la conscience qu’elle avait d’ĂȘtre responsable du schisme provoquĂ© par le choix de l’antipape Cadalus. Reconnaissant ses responsabilitĂ©s pour avoir mal estimĂ© la situation politique et crĂ©Ă© des dissensions entre les partisans de la rĂ©forme de l’Église et l’Empire elle avait dĂ©cidĂ© de prendre le voile. Le coup d'État de Kaiserswerth suivit peu aprĂšs.

L’élĂ©vation de Henri d'Augsbourg au poste de vice-rĂ©gent n’avait que peu affectĂ© la position d’AgnĂšs. Anno de Cologne n’avait pris en fin de compte que la place de son collĂšgue d’Augsbourg en tant que rĂ©gent et Ă©ducateur effectif du jeune roi. Pendant son administration, celle d’Anno de Cologne et celle d’Adalbert de BrĂȘme, AgnĂšs a pu se consacrer Ă  la restitution des biens aliĂ©nĂ©s et Ă  la nomination des Ă©vĂȘques. Son dĂ©part d’Allemagne en mai ou en novembre 1065 n'est pas dĂ» Ă  Kaiserswerth, mais en fin de compte seulement Ă  ce conflit de 1061 sur l’élection du pape, qui est Ă  l’origine de tous les autres Ă©vĂ©nements.

AgnĂšs d'Aquitaine Ă©tait une femme remarquable, qui a exercĂ© avec habiletĂ© la tĂąche que lui avait laissĂ©e son mari d’administrer et de maintenir l’Empire pour leur fils Henri. En tant que femme elle ne pouvait ĂȘtre ni un chef d’armĂ©e ni un juge, ce qu’aurait Ă©tĂ© un homme dans sa situation, elle n’en a pas moins agi en sachant ce qu’elle voulait, avec Ă©nergie et habiletĂ©. Alors qu’elle n’avait pas d’expĂ©rience politique, elle a conservĂ© les assises du pouvoir pour son fils et a essayĂ© d'adapter la politique de la dynastie salienne Ă  ces conditions qui n’étaient plus les mĂȘmes dans un temps ou tout changeait, surtout en ce qui concerne la politique ecclĂ©siastique. AgnĂšs a dĂ» remplir sa tĂąche sans y avoir Ă©tĂ© prĂ©parĂ©e et sous la pression des circonstances. Elle devait tenir compte d’un grand nombre de facteurs et il Ă©tait inĂ©vitable qu’elle consentĂźt bien des compromis. Toutes ses dĂ©cisions n’ont pas Ă©tĂ© heureuses, qu’on pense aux problĂšmes qu’Henri IV rencontrera par la suite, mais elle agissait probablement en toute conscience pour le bien de l’Empire. Elle a rempli la tĂąche qui lui Ă©tait assignĂ©e, ni plus ni moins. La fermetĂ© qu’elle y a montrĂ©e est toutefois remarquable.

Voir aussi

Notes et références

  1. ↑ Patrick Corbet, Autour de Burchard de Worms: l'Église allemande et les interdits de parentĂ©, Vittorio Klostermann, 2001, p 137
  2. ↑ Francis Rapp, Le Saint Empire romain germanique, Tallandier, 2000, p 86
  3. ↑ Patrick Corbe, p 142
  4. ↑ Francis Rapp, p 92
  5. ↑ Francis Rapp, p 87
  6. ↑ Francis Rapp, p 89
  7. ↑ Francis Rapp, p 93
  8. ↑ Francis Rapp, p 130
  9. ↑ Frutolf von Michelsberg, Chronik, S. 75f
  10. ↑ Francis Rapp, p 131
  11. ↑ Mechthild Black-Veldtrup, Kaiserin Agnes, p. 360
  12. ↑ ↑ Lambert d'Hersfeld, Annales, p. 73
  13. ↑ Lambert d’Hersfeld, Annales, p. 75

Bibliographie

  • Francis Rapp, Le Saint-Empire romain germanique, d'Othon le Grand Ă  Charles Quint, Point Histoire, Seuil, 2003, (ISBN 2020555271) Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Joseph Rovan, Histoire de l'Allemagne, Seuil, 1994, (ISBN 2020351366)Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Patrick Corbet, Autour de Burchard de Worms: l'Église allemande et les interdits de parentĂ©, Vittorio Klostermann, 2001, (ISBN 3465031385), p 137 et suivantes disponible sur Google livres [1]
  • (de) Mechthild Black-Veldtrup, Kaiserin Agnes (1043-1077). Quellenkritische Studien. Böhlau Verlag, Cologne 1995, (ISBN 3-412-02695-6)
  • (de) Tilman Struve, Salierzeit im Wandel, Böhlau Verlag, Cologne, 2006, (ISBN 3-412-08206-6)
  • (de) Marie-Luise Buhlst-Thiele, Kaiserin Agnes. Gerstenberg, Hildesheim 1972 (Reprint de Leipzig 1933), (ISBN 3-8067-0149-0).
  • (de) Wilhelm von Giesebrecht, Geschichte des Deutschen Kaiserzeit, Band 2. Hobbing, Berlin 1923 (Reprint de Leipzig 1890).

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