Excision

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Excision

Une excision est, dans son sens le plus général, l'ablation d'une partie de tissu biologique. Mais le terme excision est plus communément utilisé pour désigner l'excision clitoridienne.

L'excision du clitoris est une mutilation gĂ©nitale fĂ©minine (MGF), impliquant l’ablation de la partie externe prĂ©pondĂ©rante du clitoris (clitoridectomie)( cela Ă©quivaudrait Ă  l'ablation du gland chez l'homme) et de son capuchon. Elle est parfois accompagnĂ©e de l'ablation des petites lĂšvres et de la suture des grandes lĂšvres. Cette mutilation est illĂ©gale dans la plupart des pays du monde[1]. De nombreuses organisations militent pour son abolition mondiale. L'excision prĂ©sente plusieurs variantes qui diffĂšrent par l’étendue de l’ablation et les pratiques annexes.

Les 3 différents types d'excision comparés à l'anatomie féminine normale.

Sommaire

Étendue gĂ©ographique du phĂ©nomĂšne

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GĂ©ographiquement, la pratique se rencontre dans de nombreuses parties du monde. Elle est la plus courante en Afrique subsaharienne et dans quelques rĂ©gions du Proche-Orient et de l’Asie du Sud-Est (YĂ©men, IndonĂ©sie et Malaisie). (Voir cette liste non exhaustive.) Dans les pays occidentaux, ces pratiques se retrouvent dans les communautĂ©s issues de ces pays[2]. Selon les pays, la proportion de femmes excisĂ©es varie de façon importante, allant de 1,4 % au Cameroun Ă  96 % en GuinĂ©e au dĂ©but des annĂ©es 2000[3].

On considĂšre qu’environ 100 Ă  140 millions de femmes[4] ont subi une excision (principalement en Afrique). Environ 2 millions de fillettes sont susceptibles de subir une telle mutilation tous les ans. Selon une Ă©tude de l'INED, 50 000 femmes ont subi des mutilations sexuelles et vivent actuellement en France[4].

Une définition extensive de l'excision

Cette large aire de rĂ©partition explique sans doute aussi une large gamme de pratiques qui relĂšvent toutes de l’excision. En effet, au-delĂ  de l’ablation totale des organes gĂ©nitaux externes, on rencontre Ă©galement :

  • une ablation du clitoris seul (en fait, l’extrĂ©mitĂ© du clitoris ou du capuchon clitoridien, le clitoris faisant environ dix mm de longueur), nommĂ©e clitoridectomie ;
  • l'excision, qui consiste Ă  enlever partiellement ou totalement le clitoris et, souvent, les petites lĂšvres
  • des ablations partielles
  • la forme de mutilation gĂ©nitale fĂ©minine la plus extrĂȘme qui soit, nommĂ©e infibulation ou circoncision pharaonique. Elle consiste Ă  l’ablation totale du clitoris, des petites lĂšvres et des grandes lĂšvres Ă  l’entrĂ©e du vagin. De plus, l’entrĂ©e de ce dernier est cousue jusqu’à ce qu’il ne reste qu’une fine ouverture servant aux Ă©coulements menstruels (le plus souvent, pour prĂ©server la virginitĂ© d’une petite fille ; l’opĂ©ration est alors ensuite complĂ©tĂ©e Ă  l’adolescence par une excision vĂ©ritable ou peut ĂȘtre renversĂ©e par un parent ou le mari lors du mariage)
  • des pratiques chirurgicales visant Ă  la crĂ©ation de tissus cicatriciels, le grattage de l’orifice vaginal ou l’incision du vagin
  • l’introduction de substances corrosives ou abrasives dans le but de provoquer un resserrement du vagin
  • l’introcision (pratiquĂ©e par les aborigĂšnes Pitta-Patta d’Australie et les Conibos, branche des indiens Panos, au PĂ©rou) qui consiste Ă  Ă©largir l’orifice vaginal avec une lame en pierre.

Une pratique traditionnelle

Les pratiques d'excision sont considĂ©rĂ©es comme traditionnelles dans la mesure oĂč elles se sont installĂ©es dans un contexte animiste ou pharaonique (c’est-Ă -dire bien avant l'arrivĂ©e des grandes religions monothĂ©istes dans ces contrĂ©es). D'autre part l'excision fait souvent office de rite de passage et de reconnaissance de la petite fille dans sa sociĂ©tĂ©.

L’excision est actuellement dĂ©fendue au nom de :

  • la prĂ©servation de la virginitĂ© (considĂ©rĂ©e comme un idĂ©al fĂ©minin au mariage),
  • l’amĂ©lioration du plaisir sexuel masculin (par le rĂ©trĂ©cissement du vagin ou de l’orifice vaginal)
  • la protection contre le dĂ©sir fĂ©minin (considĂ©rĂ© comme malsain par les partisans de l’excision ou non contrĂŽlable en cas d'absence d'excision),
  • raisons hygiĂ©niques,
  • raisons esthĂ©tiques,
  • patrimoine culturel ou traditionnel (initiation Ă  l’état de femme, peur que le clitoris n'empoisonne l'homme ou l'enfant Ă  la naissance...).

Dans de nombreux cas, on observe que les mĂšres participent activement aux mutilations de leur(s) fille(s) dans le but d’amĂ©liorer leurs chances de faire un « bon Â» mariage.

Le clitoris est souvent considĂ©rĂ© comme une imperfection de la crĂ©ation divine, un rĂ©sidu masculin devant ĂȘtre ĂŽtĂ© pour que la femme soit finie. De la mĂȘme maniĂšre la circoncision ou ablation du prĂ©puce est censĂ©e enlever Ă  l'homme la partie fĂ©minine restante. La psychanalyste Marie Bonaparte a Ă©crit[5] : « Les hommes se sentent menacĂ©s par ce qui aurait une apparence phallique chez la femme, c'est pourquoi ils insistent pour que le clitoris soit enlevĂ© Â». Elle est caractĂ©risĂ©e comme « la relation d'appropriation qui veut que chaque femme soit la propriĂ©tĂ© d'un homme Â» par Thomas Sankara dans sa campagne contre l'excision [6]

Mutilations sexuelles et religions

Ainsi, actuellement, l'essentiel des populations qui pratiquent ces mutilations sexuelles est musulman. Il existe aussi certaines communautés chrétiennes au Ghana ou au Togo qui pratiquent les mutilations sexuelles ainsi que la communauté juive des Falashas. Les sources religieuses juives et chrétiennes ainsi que le Coran ne font pas mention de cette pratique.

Cependant, l'islam peut servir de moyen de justification comme d'interdiction Ă  la pratique de l'excision. En effet n'y a pas consensus parmi les savants[7] sunnites sur le rapport entre islam et excision, leur position allant de l'obligation Ă  l'interdiction pure et simple. En effet, si le Coran ne prescrit aucune obligation d'excision[8], certains hadiths sont utilisĂ©s par les savants recommandant ou prescrivant sa pratique pour la justifier religieusement. Est notamment mentionnĂ©, le hadith rapportant que Mahomet recommanda Ă  une exciseuse « Effleure et n’abuse pas, car cela rend le visage plus rayonnant et est plus agrĂ©able pour le mari. Â»[9]. De mĂȘme, un autre hadith indique que « La circoncision est une tradition louable pour les hommes et un honneur pour les femmes. Â»[10]. Dans tous les cas, si ces hadiths permettent Ă  certains savants de recommander ou obliger l'excision, les savants dĂ©favorables Ă  sa pratique soulignent que les chaĂźnes de transmissions qui soutiennent ces textes seraient trop faibles pour cautionner une pratique aussi grave, d'autant qu'aucun ne mentionne d'obligation formelle.

Une autre dĂ©fense de l'excision s'appuie sur les valeurs et la culture des sociĂ©tĂ©s. Ainsi, considĂ©rer la femme comme responsable de tous les manquements Ă  la morale et aux bonnes mƓurs lĂ©gitime le contrĂŽle strict de son comportement (notamment sexuel). La littĂ©rature juridique qui parle de l'excision, sans la recommander formellement, l’évoque sous le vocable de « khafdh Â» ou «  khifĂądh Â» qui signifie l’affaiblissement du plaisir sexuel.

Dans le cadre islamique, la nature primordiale de l'humanitĂ© (appelĂ©e fitra) est caractĂ©risĂ©e par les cinq Ă©lĂ©ments suivants :

  • la circoncision
  • le fait de se raser le pubis
  • le fait de se couper les ongles
  • le fait de s'Ă©piler les aisselles
  • le fait de se tailler la moustache.

De ce fait, la pratique de l'excision déjà traditionnellement installée bien avant l'arrivée de l'islam, n'a pas été remise en cause par l'adoption de cette religion.

Récemment certains responsables religieux musulmans ont innové en s'opposant franchement à l'excision.

C'est le cas par exemple au SĂ©nĂ©gal (oĂč des imams Ă©duquent les populations Ă  risque, appuient chaque argument en citant le Coran et sensibilisent aux problĂšmes de santĂ© gĂ©nĂ©rĂ©s par l’excision) ou en Égypte (oĂč des responsables religieux ont appelĂ© Ă  l’interdiction de ces pratiques et Ă  la punition de leurs auteurs lors d'une confĂ©rence internationale sur les mutilations gĂ©nitales fĂ©minines (MGF) au Caire).De plus l'islam impose une limite lorsqu'il y a un risque pour la personne concernĂ©e car Allah (Dieu) Dit dans le Coran :"Et ne vous jetez pas par vos propres mains dans la destruction" [ Sourate 2, Versets 195 ][11]

Opposition et répression

L’excision est considĂ©rĂ©e comme une mutilation grave et injuste dans les pays occidentaux, mais aussi par des organisations internationales telles que l’ONU, l’OMS et l’Unicef. Dans la plupart des pays occidentaux, elle est poursuivie et punie comme un crime grave. Il subsiste quelques rĂ©gions du monde, notamment dans certains pays d'Afrique, oĂč cette pratique reste tolĂ©rĂ©e au nom de la tradition. Toutefois, suite aux scandales internationaux que cette pratique gĂ©nĂšre, ces États ont tendance Ă  la rĂ©primer plus.

Raisons de l'opposition

Les opposants Ă  l’excision en appellent au respect de l'ĂȘtre humain. En effet, l'excision est une atteinte Ă  l’intĂ©gritĂ© physique et morale de la victime de cette pratique. La plupart des opposants sont particuliĂšrement sensibles :

  • Ă  la mainmise du groupe social sur la sexualitĂ© des individus ;
  • Ă  la perte du plaisir sexuel chez la femme ;
  • aux risques encourus par la petite fille lors d’excisions dans des conditions d’hygiĂšne parfois insuffisantes (pouvant aller jusqu’à la mort suite Ă  une infection), ainsi qu'Ă  la douleur liĂ©e Ă  l'opĂ©ration, souvent faite sans anesthĂ©sie ;
  • aux risques augmentĂ©s en matiĂšre de maladies sexuellement transmissibles, de susceptibilitĂ© augmentĂ©e aux affections plus ou moins graves comme les kystes, les abcĂšs, les infections de l’urĂštre, rĂ©tention urinaire, etc. ;
  • aux complications, soit directes soit indirectes, que cela entraĂźne lors de la miction, des rĂšgles, des relations sexuelles ;
  • aux risques de mortalitĂ© accrus lors d'un accouchement ;
  • au handicap sexuel ainsi imposĂ© (plaisir sexuel fortement limitĂ© ou impossible, relations sexuelles douloureuses) ;
  • perturbation de l'identitĂ© fĂ©minine, de la reprĂ©sentation de sa sexualitĂ© par la femme excisĂ©e (associĂ©e Ă  une expĂ©rience sexuelle dĂ©gradĂ©e)
  • et Ă  la libertĂ© de conscience et de choix qu'il ne faudrait pas oublier au profit des demonstrations mĂ©dico sociales.

Le chirurgien Pierre Foldes, qui a mis au point une technique chirurgicale de reconstruction dĂ©crit l'excision comme « un crime multiple fait de viol collectif, d’inceste, de mutilations et d’ignorance[12]. Â»

Les moyens de lutte

En raison de son caractÚre culturel et traditionnel, l'excision ne peut pas seulement se voir opposer le droit. En effet, la complicité des familles et des proches rend cette lutte législative sans effet direct. Cette approche n'est possible qu'une fois les mentalités éclairées.

De fait, de nombreux pays africains s’efforcent de faire disparaĂźtre cette coutume en employant des moyens plus participatifs :

  • Au Burkina Faso, le gouvernement utilise simultanĂ©ment ses moyens d’information, de sensibilisation et la condamnation judiciaire pour lutter contre ces pratiques[13].,
  • Au Cameroun, oĂč ce n'est qu'en 1987 que le ComitĂ© interafricain de lutte contre les pratiques traditionnelles affectant la santĂ© de la femme et des enfants (CI-AF) a pu cartographier les populations pratiquant l'excision, les moyens de lutte utilisĂ©s passent aussi bien par l'information, l'instruction, les mesures lĂ©gislatives comme les initiatives Ă©conomiques (Ă  savoir : redonner une activitĂ© aux anciennes exciseuses).
  • Au SĂ©nĂ©gal, Ă  la suite d’un programme d’éducation non-formelle basĂ© sur les droits humains dispensĂ© par l’ONG Tostan, des groupes de communautĂ©s initient de maniĂšre collective des DĂ©clarations Publiques pour la promotion des droits humains, la santĂ© des femmes et des filles, l’abandon de l’excision et des mariages prĂ©coces/forcĂ©s. Ainsi, selon l’ONG Tostan, 3307 communautĂ©s sĂ©nĂ©galaises ont participĂ© Ă  ce type de dĂ©clarations depuis 1997[14].

Aspects légaux

L'excision est illĂ©gale dans la plupart des pays du monde[1]. La plupart des pays dĂ©mocratiques interdisent formellement l’excision au nom du respect des Droits de l'homme, du respect de la personne humaine et de la protection de l’enfance. Ainsi, un peu partout en Europe, des coupables d’excision sont rĂ©guliĂšrement envoyĂ©s en prison par les tribunaux.

En France

En France, la clitoridectomie a Ă©tĂ© prĂ©conisĂ©e Ă  la fin du XIXe siĂšcle par des mĂ©decins comme ThĂ©sĂ©e Pouillet (1849-1923), Pierre Garnier (1819–1901) ou Paul Broca (1824-1880) pour lutter contre l'onanisme.

Aujourd'hui l’excision constitue une atteinte Ă  la personne. Elle entre dans le cadre des violences ayant entraĂźnĂ© une mutilation permanente, dĂ©lit passible de dix ans d’emprisonnement et de 150 000 euros d’amende dans le cas gĂ©nĂ©ral. Lorsque la victime est mineure de 15 ans, cela devient un crime passible de 15 ans de rĂ©clusion criminelle, 20 ans si le coupable est un ascendant lĂ©gitime (Art 222-9 et 222-10 du Code pĂ©nal). Une interdiction du territoire d’une durĂ©e de cinq ans peut Ă©galement ĂȘtre prononcĂ©e (Art. 222-47 du Code pĂ©nal).

Cependant, souvent l'excision est pratiquĂ©e lors d'un retour au pays et donc hors du territoire national. La lĂ©gislation française fait cependant obligation aux soignants de dĂ©noncer toutes agressions sexuelles sur mineur. Les mĂ©decins sont tenus au signalement des cas (mĂȘme potentiels) de mutilation gĂ©nitales fĂ©minines, mĂȘme si ces derniers sont ou devraient ĂȘtre effectuĂ©s hors du territoire français.

Pays oĂč l'excision se pratique traditionnellement

En Afrique, on recense 28 pays oĂč les mutilations sexuelles fĂ©minines sont pratiquĂ©es. La proportion de femmes excisĂ©es varie selon les pays. Trois groupes peuvent ĂȘtre distinguĂ©s (chiffres au dĂ©but des annĂ©es 2000)[3]:

Selon l’UNICEF, 13 pays africains disposent de lois rĂ©primant les mutilations sexuelles fĂ©minines et autres types de violences faites aux femmes.

BĂ©nin

Cette pratique est interdite dans ce pays et est sanctionnée[15]. Cette loi prévoit en effet amendes, emprisonnement et travaux forcés sur tout auteur ou complice de la pratique de l'excision surtout quand la victime est mineure et encore plus quand un décÚs survient.

Burkina Faso

Au Burkina Faso[16], une loi interdisant les mutilations génitales féminine (MGF) a été promulguée en 1996, pour entrer en vigueur en février 1997. Auparavant, il existait déjà un décret présidentiel établissant un Comité national contre l'excision et prévoyant des amendes à l'encontre des personnes reconnues coupables d'excision sur des fillettes ou des femmes. La loi de 1996 a renforcé la répression. Depuis, plusieurs exciseuses ont été condamnées à des peines d'emprisonnement[13].

CĂŽte d'Ivoire

En CĂŽte d'Ivoire[16], une loi promulguĂ©e le 18 dĂ©cembre 1998 prĂ©voit que toute atteinte Ă  l'intĂ©gritĂ© des organes gĂ©nitaux d'une femme, par voie de mutilation totale ou partielle, excision, dĂ©sensibilisation ou toute autre pratique, si elle s'avĂšre sanitairement nĂ©faste, est passible d'une peine d'emprisonnement de un Ă  cinq ans, et d'une forte amende (de 360 000 Ă  deux millions de francs CFA). La peine est portĂ©e de cinq Ă  vingt ans d'emprisonnement si la victime meurt des suites de son opĂ©ration. Par ailleurs, si la procĂ©dure est effectuĂ©e par un mĂ©decin, il risque jusqu'Ă  cinq ans d'interdiction de pratique professionnelle.

Djibouti

À Djibouti[16], les MGF ont Ă©tĂ© interdites par la rĂ©vision du Code pĂ©nal du pays, entrĂ©e en vigueur en avril 1995. L'article 333 du Code pĂ©nal prĂ©voit, pour les personnes reconnues coupables de ces pratiques, une peine d'emprisonnement de cinq ans et une amende de un million de francs de Djibouti.

Égypte

En Égypte[16], en dĂ©cembre 1997, la Cour de cassation Ă©gyptienne a rendu un arrĂȘt en faveur d'une interdiction gouvernementale des MGF, dans lequel il est stipulĂ© que les contrevenants s'exposent Ă  des sanctions criminelles et administratives. Il existe en outre un dĂ©cret ministĂ©riel qui interdit ces pratiques. MalgrĂ© ces lois et dĂ©crets, les MGF se perpĂ©tuent encore en trĂšs grande majoritĂ© dans ce pays, mĂȘme si certains comme Abou Shawareb en juillet 2005, ont dĂ©cidĂ© d'eux-mĂȘmes de mettre fin Ă  ces pratiques. Le Code pĂ©nal prĂ©voit aussi des cas de « blessure Â» et de « traumatisme intentionnel ayant entraĂźnĂ© la mort Â», qui peuvent Ă©ventuellement ĂȘtre juridiquement applicables. On a relevĂ© dans la presse au moins treize cas de personnes poursuivies sur la base des termes du Code pĂ©nal, notamment des mĂ©decins, des sages femmes et des barbiers, accusĂ©s d'avoir pratiquĂ© des MGF ayant entraĂźnĂ© des hĂ©morragies, des Ă©tats de choc et des dĂ©cĂšs.

Ghana

Au Ghana[16], en 1989, le chef du gouvernement du Ghana, le prĂ©sident Rawlings, s'est formellement prononcĂ© contre les MGF et les autres types de pratiques traditionnelles nĂ©fastes. L'article 39 de la Constitution du Ghana contient en outre des Ă©lĂ©ments visant l'abolition des pratiques traditionnelles prĂ©judiciables Ă  la santĂ© et au bien-ĂȘtre des personnes. Certains pensent que cette loi a, en fait, gĂ©nĂ©rĂ© une migration des pratiques vers la clandestinitĂ©.

Guinée

En GuinĂ©e[16], les MGF sont illĂ©gales selon l'article 265 du Code pĂ©nal. Elles sont punies par une peine de travaux forcĂ©s Ă  perpĂ©tuitĂ© et, si elles entraĂźnent le dĂ©cĂšs de la victime dans un dĂ©lai de 40 jours, le contrevenant s'expose Ă  la peine de mort. Aucun cas de MGF n'a toutefois, Ă  ce jour, Ă©tĂ© portĂ© devant les tribunaux. L'article 6 de la Constitution guinĂ©enne, qui interdit les traitements cruels et inhumains, peut aussi ĂȘtre interprĂ©tĂ© dans le sens de l'inclusion de ces pratiques, si un cas venait Ă  ĂȘtre portĂ© devant la Cour SuprĂȘme. L'un des membres de la Cour SuprĂȘme de GuinĂ©e travaille actuellement en collaboration avec une ONG locale, en vue d'insĂ©rer dans la Constitution guinĂ©enne une clause spĂ©cifique interdisant ces pratiques.

Indonésie

En IndonĂ©sie[16], les autoritĂ©s prĂ©parent actuellement un dĂ©cret interdisant aux mĂ©decins et aux personnels paramĂ©dicaux toutes pratiques de MGF. Les MGF sont aujourd'hui encore trĂšs rĂ©pandues en IndonĂ©sie. Azrul Azwar, le directeur gĂ©nĂ©ral des affaires de santĂ© du pays, a dĂ©clarĂ© que « Toutes les structures de santĂ© gouvernementales seront formĂ©es Ă  relayer les informations concernant la dĂ©cision d'interdiction et l'Ă©tendue du problĂšme de la circoncision fĂ©minine.»[17].

Nigeria

Au Nigeria[16], il n'existe aucune loi fĂ©dĂ©rale interdisant les pratiques de MGF. Les opposants Ă  ces pratiques se rĂ©fĂšrent Ă  la section 34(1)(a) de la Constitution de la RĂ©publique FĂ©dĂ©rale du Nigeria de 1999, qui dispose qu'« aucun individu ne sera soumis Ă  la torture ou Ă  des traitements inhumains ou dĂ©gradants Â», pour en appeler Ă  l'interdiction des pratiques de MGF sur tout le territoire. Un membre du parlement a Ă©laborĂ© un projet de lĂ©gislation en faveur de l'interdiction, mais ce projet n'est pas encore passĂ© en commission.

Ouganda

En Ouganda[16], il n'existe aucune loi rĂ©primant les pratiques de MGF. En 1996, toutefois, un tribunal a statuĂ© en faveur de la prohibition de ces pratiques, sur la base des termes de la section 8 de la Charte des Enfants, promulguĂ©e cette mĂȘme annĂ©e, qui rend illĂ©gal le fait de soumettre un enfant Ă  des pratiques sociales ou coutumiĂšres nĂ©fastes pour sa santĂ©.

RĂ©publique centrafricaine

En RĂ©publique centrafricaine[16], en 1996, le prĂ©sident a Ă©mis une ordonnance interdisant les MGF sur tout le territoire. Cette ordonnance a force de loi, et toute infraction Ă  son Ă©gard est passible d'une peine d'emprisonnement allant de un mois Ă  deux ans, et d'une amende de 5 100 Ă  100 000 francs centrafricains. Il ne semble toutefois pas que cette loi ait jamais Ă©tĂ© appliquĂ©e dans les faits.

Sénégal

Au SĂ©nĂ©gal[16], depuis une loi promulguĂ©e en janvier 1999, les pratiques de MGF sont illĂ©gales. Le prĂ©sident Diouf a fait un appel solennel en faveur de l'arrĂȘt de ces pratiques et de la lĂ©gislation les interdisant. La loi modifie le Code pĂ©nal en faisant des MGF des actes criminels, rĂ©primĂ©s par une sentence pouvant aller de un Ă  cinq ans d'emprisonnement. Un porte-parole du RADDHO (Rassemblement africain pour la dĂ©fense des droits de l'homme) a dĂ©clarĂ© dans la presse : « L'adoption de la loi ne se suffit pas en elle-mĂȘme, car il est dĂ©sormais nĂ©cessaire de la faire appliquer rigoureusement pour que les femmes en bĂ©nĂ©ficient. Â» Quelques femmes se penchent sur la question[18].

Somalie

En Somalie[16], il n'existe aucune loi nationale spĂ©cifique interdisant les MGF. Le Code pĂ©nal mis en place par le prĂ©cĂ©dent gouvernement prĂ©voit toutefois des clauses de « blessures Â», « blessures graves Â» et « blessures trĂšs graves Â», qui pourraient Ă©ventuellement ĂȘtre juridiquement applicables. En novembre 1999, le Parlement de l'administration du Puntland a approuvĂ© Ă  l'unanimitĂ© une lĂ©gislation rendant ces pratiques illĂ©gales. Il ne semble toutefois exister aucun cas de mise en application de cette loi.

Tanzanie

En Tanzanie[16], la section 169A de la Circulaire spĂ©ciale sur les crimes sexuels de 1998 interdit les MGF. Ces pratiques sont punies de peines d'emprisonnement allant de cinq Ă  quinze ans, et/ou d'une amende ne pouvant pas excĂ©der 300 000 shillings tanzaniens. Cette lĂ©gislation a dĂ©bouchĂ© sur quelques arrestations, mais qui ne semblent pas avoir, jusqu'Ă  prĂ©sent, abouti sur des poursuites pĂ©nales.

Togo

Au Togo[16], le 30 octobre 1998, l'AssemblĂ©e Nationale a votĂ© Ă  l'unanimitĂ© une loi interdisant les pratiques de MGF. Les sentences prĂ©vues vont de peines d'emprisonnement de deux mois Ă  dix ans, Ă  des amendes de 100 000 Ă  un million de francs togolais. Toute personne qui aurait connaissance de telles pratiques dans son entourage et qui n'en informerait pas les autoritĂ©s, est passible d'une peine de un mois Ă  un an d'emprisonnement, et d'une amende de 20 000 Ă  500 000 francs togolais.

L'Ă©radication de l'excision : une lutte de longue haleine

La lutte contre l’excision fait partie des grands programmes de l’Organisation mondiale de la santĂ© (OMS) et de l’Unicef. Cette derniĂšre a mĂȘme fait du 8 fĂ©vrier 2006 la « JournĂ©e internationale de tolĂ©rance zĂ©ro pour les mutilations gĂ©nitales fĂ©minines Â».

De nombreux traitĂ©s internationaux Ă©voquent Ă©galement l'interdiction de l'excision et des mutilations sexuelles fĂ©minines en gĂ©nĂ©ral : il s’agit notamment :

  • de la convention sur les droits de l’enfant (CDE),
  • de la convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination envers les femmes (CEDEF),
  • de la charte africaine sur les droits et le bien-ĂȘtre de l’enfant,
  • de la charte africaine sur les droits humains et ceux des populations,
  • du protocole additionnel sur les droits des femmes dit protocole de Maputo.

En 2002, lors d’une AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale des Nations unies, la totalitĂ© des reprĂ©sentants se sont engagĂ©s Ă  mettre fin aux mutilations sexuelles et Ă  l’excision d’ici Ă  2010. Cette date est plutĂŽt ambitieuse, malgrĂ© les rĂ©centes annonces (novembre 2005) faites en Afrique, oĂč plusieurs exciseuses ont dĂ©posĂ© leurs instruments (des lames et des couteaux, parfois rouillĂ©s).

RĂ©paration chirurgicale

Le chirurgien et urologue français Pierre Foldes et l’urologue Jean-Antoine Robein ont progressivement mis au point depuis le dĂ©but des annĂ©es 1980 une technique de rĂ©paration complĂšte du clitoris, qui permet d’abord de supprimer la douleur latente laissĂ©e par la cicatrice. Elle rĂ©sout Ă©galement les problĂšmes obstĂ©triques et urologiques causĂ©s par l’excision[19],[12]. En France, environ 800 femmes ont bĂ©nĂ©ficiĂ© de cette opĂ©ration sous anesthĂ©sie gĂ©nĂ©rale ; quatre autres chirurgiens, formĂ©s par Pierre Foldes, pratiquent cette opĂ©ration en Égypte et au SĂ©nĂ©gal. Cette technique est inscrite Ă  la nomenclature des actes mĂ©dicaux remboursĂ©s de la SĂ©curitĂ© sociale française.

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

Livres

  • Waris Dirie Fleur du dĂ©sert (J'ai lu, 2001) top model ambassadrice de l'ONU contre les mutilations sexuelles traditionnelles
  • Ayaan Hirsi Ali Insoumise (Pocket no 13024). Alors dĂ©putĂ©e Ă  la chambre nĂ©erlandaise (somalienne d'origine et ayant, elle-mĂȘme, subie une excision au cours de son enfance), Ayaan Hirsi Ali propose un systĂšme de contrĂŽle pour rendre plus efficace la rĂ©pression de cette pratique et l'aide aux victimes sur le sol nĂ©erlandais (cf. chapitre 12).
  • Khady MutilĂ©e (Oh Ă©ditions)
  • Moka Pourquoi ? (L'Ă©cole des loisirs) : un roman de littĂ©rature jeunesse, accessible dĂšs 12 ans. Il raconte la vie d'une famille somalienne vivant en France. La fille aĂźnĂ©e refuse l'excision de sa petite sƓur, et se heurte aux traditions.
  • Nura Abdi Larmes De Sable (L'Archipel) RĂ©cit : histoire d'une fille qui a vĂ©cu l'excision Ă  4 ans.
  • Katoucha Niane Dans ma chair (Lafon) : L'un des premiers top models noirs raconte son excision subie Ă  l'Ăąge de 9 ans.
  • Marie-NoĂ«l Arras EntiĂšre ou La rĂ©paration de l'excision PrĂ©face du Docteur Pierre Foldes (Ă©d. ChĂšvre-feuille Ă©toilĂ©e - mars 2008)
  • Dominique Voinçon et BenoĂźt Lange "Cicatrice" (Favre, 2004) : L'histoire romancĂ©e inspirĂ©e de faits authentiques dans un village du Burkina Faso raconte l'histoire d'un jeune BurkinabĂš dont la petite sƓur va ĂȘtre excisĂ©e. VoilĂ  ce jeune homme pris entre tradition et modernitĂ©.

Films

Chansons

  • Non Ă  l'excision de Tiken jah fakoly.
  • Ça fait mal de Adama Yalomba et Hawa Diabate.
  • Anka Fo « Ante! Â» de Kandia KouyatĂ©.
  • On dirait que c'est normal de Jeanne Cherhal

Une compilation « Stop excision Â» est Ă©galement sortie en 2003 sous le label « Sahel Initiative Â»

Notes et références

  1. ↑ a et b DfES, Research Website
  2. ↑ L'excision sur le site droitsenfant.com
  3. ↑ a et b Armelle Andro et Marie Lesclingand, « Les mutilations sexuelles fĂ©minines : le point sur la situation en Afrique et en France Â», Population et SociĂ©tĂ©s, numĂ©ro 438, Bulletin mensuel d’information de l’Institut national d’études dĂ©mographiques, Octobre 2007. ConsultĂ© le 20 fĂ©vrier 2008
  4. ↑ a et b Lire Andro et Marie Lesclingand, Population et sociĂ©tĂ©s nÂș438, octobre 2007 et Anne Chemin, « Excision : 50 000 femmes mutilĂ©es sexuellement vivent en France Â», dans Le Monde du 25-10-2007, mise en ligne le 24-10-2007, [lire en ligne]
  5. ↑ Marie Bonaparte, Notes sur l'excision - Revue française de psychanalyse XII, 1946.
  6. ↑ Thomas Sankara, discours du 8 mars 1987
  7. ↑ InterprĂštes et exĂ©gĂštes musulmans du Coran et de la Sunna
  8. ↑ Mohyddin Yahia, article Circoncision, excision, in Mohammad Ali Amir-Moezzi (dir), Dictionnaire du Coran, Ă©d. Robert Laffont, 2007, p. 167
  9. ↑ Umm Atiyyah, Kitab Al-Adab, Livre 41, numĂ©ro 5251
  10. ↑ Hadith rapportĂ© par Ahmad (20719)
  11. ↑ http://oumma.com/coran/afficher.php?NumSourate=2
  12. ↑ a et b Les mutilations sexuelles, des violences faites aux femmes - Interview du Pierre Foldes, 20 juin 2011
  13. ↑ a et b JoĂ«lle Stolz, Le Burkina Faso fait reculer l’excision, Le monde diplomatique, septembre 1998
  14. ↑ Site intenet de l'ONG Tostan: http://www.tostan.org/web/page/586/sectionid/547/parentid/585/pagelevel/3/interior.asp
  15. ↑ Loi No. 2003-3 portant rĂ©pression de la pratique des mutilations gĂ©nitales fĂ©minines en RĂ©publique du BĂ©nin
  16. ↑ a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m et n Informations du DĂ©partement d'État des États-Unis d'AmĂ©rique.
  17. ↑ DĂ©pĂȘche CBCNews
  18. ↑ Rapport TOSTAN du 21 novembre 2005 et du 5 avril 2005
  19. ↑ Hubert Prolongeau. Victoire sur l’excision. Paris : Albin Michel, 2006



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Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Excision de Wikipédia en français (auteurs)

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  • excision — [ ɛksizjɔ̃ ] n. f. ‱ 1340; lat. excisio, de excidere « couper » 1 ♩ Ablation, au moyen d un instrument tranchant (d un fragment peu volumineux d organe ou de tissu). ⇒ incision; ectomie; exĂ©rĂšse, extirpation. Excision d un cor. Excision des… 
   EncyclopĂ©die Universelle

  • Excision — means to remove by cutting . * In surgery, an excision (also known as a resection) is the complete removal of an organ or a tumour from a body, as opposed to a biopsy. An excisional biopsy (sometimes called a tumorectomy ) is the removal of a… 
   Wikipedia

  • Excision — Ex*ci sion, n. [L. excisio: cf. F. excision. See {Excide}.] 1. The act of excising or cutting out or off; extirpation; destruction. [1913 Webster] Such conquerors are the instruments of vengeance on those nations that have . . . grown ripe for… 
   The Collaborative International Dictionary of English

  • excision — late 15c., from M.Fr. excision (14c.) and directly from L. excisionem (nom. excisio), noun of action from pp. stem of excidere (see EXCISE (Cf. excise) (v.)) 
   Etymology dictionary

  • excision — excision. ĐĄĐŒ. ОсĐșĐ»ŃŽŃ‡Đ”ĐœĐžĐ” [Ń‚Ń€Đ°ĐœŃĐżĐŸĐ·ĐŸĐœĐ°]. (Đ˜ŃŃ‚ĐŸŃ‡ĐœĐžĐș: Â«ĐĐœĐłĐ»ĐŸ руссĐșĐžĐč Ń‚ĐŸĐ»ĐșĐŸĐČыĐč ŃĐ»ĐŸĐČарь ĐłĐ”ĐœĐ”Ń‚ĐžŃ‡Đ”ŃĐșох Ń‚Đ”Ń€ĐŒĐžĐœĐŸĐČ». ĐŃ€Đ”Ń„ŃŒĐ”ĐČ Đ’.А., Đ›ĐžŃĐŸĐČĐ”ĐœĐșĐŸ Л.А., ĐœĐŸŃĐșĐČĐ°: ИзЎ ĐČĐŸ ВНИРО, 1995 Đł.) 
   ĐœĐŸĐ»Đ”ĐșŃƒĐ»ŃŃ€ĐœĐ°Ń Đ±ĐžĐŸĐ»ĐŸĐłĐžŃ Đž ĐłĐ”ĐœĐ”Ń‚ĐžĐșĐ°. ĐąĐŸĐ»ĐșĐŸĐČыĐč ŃĐ»ĐŸĐČарь.

  • Excision — (v. lat.), 1) Herausschneiden einer Geschwulst; 2) das Herausziehen, z.B. eines Zahnes 
   Pierer's Universal-Lexikon

  • Excision — Excision, lat. deutsch, das chirurg. Ausschneiden oder Ausziehen 
   Herders Conversations-Lexikon

  • excisiĂłn — 1. proceso de excindir o amputar. 2. (en genĂ©tica molecular) proceso mediante el que un elemento genĂ©tico es extraĂ­do de un filamento de ADN. Diccionario Mosby Medicina, EnfermerĂ­a y Ciencias de la Salud, Ediciones Hancourt, S.A 
   Diccionario mĂ©dico

  • excision — index cancellation, expulsion, rejection, removal Burton s Legal Thesaurus. William C. Burton. 2006 
   Law dictionary

  • excisiĂłn — ⊕ excisiĂłn → escisiĂłn 
   Diccionario panhispĂĄnico de dudas


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