Evangiles

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Evangiles

√Čvangiles

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Exégèse et critique

Les √©vangiles (du grec őĶŌÖőĪő≥ő≥őĶőĽőĻőŅőĹ, ¬ę bonne nouvelle ¬Ľ) sont des √©crits qui relatent la vie et/ou le message de J√©sus de Nazareth, appel√© par les chr√©tiens J√©sus-Christ. De nombreux √©vangiles ont √©t√© √©crits lors des premiers si√®cles de notre √®re.

Quatre sont reconnus comme canoniques par les principales √©glises chr√©tiennes : les √©vangiles dits selon Matthieu, Marc, Luc et Jean.

Les autres évangiles sont dits apocryphes.

Sommaire

√Čvangiles canoniques

Les évangiles canoniques sont les quatre évangiles reconnus par les églises chrétiennes catholique, protestantes et orthodoxes.

Attribution traditionnelle

Les √©vangiles canoniques sont anonymes. Ils ont √©t√© traditionnellement attribu√©s √† des disciples de J√©sus (Pour l'√Čvangile selon Matthieu et l'√Čvangile selon Jean), (qui auraient donc √©t√© des t√©moins directs de la pr√©dication de J√©sus), ou √† des proches de ses disciples (pour l'√©vangile selon Marc et l'√©vangile selon Luc).

Ces attributions remontent au moins à la seconde moitié du deuxième siècle, et on en a les témoignages d'Irénée de Lyon et du canon de Muratori

Ir√©n√©e de Lyon (vers 130-202), dans l'Adversus Haereses[1], d√©crit tr√®s sobrement la formation des quatre √Čvangiles : ¬ę Ainsi Matthieu publia-t-il chez les H√©breux, dans leur propre langue, une forme √©crite d'√Čvangile, √† l'√©poque o√Ļ Pierre et Paul √©vang√©lisaient Rome et y fondaient l'√Čglise. Apr√®s le d√©part de ces derniers, Marc, le disciple et l'interpr√®te de Pierre, nous transmit lui aussi par √©crit ce que pr√™chait Pierre. De son c√īt√©, Luc, le compagnon de Paul, consigna en un livre l'√Čvangile que pr√™chait celui-ci. Puis Jean, le disciple du Seigneur, celui-l√† m√™me qui avait repos√© sur sa poitrine, publia lui aussi l'√Čvangile tandis qu'il s√©journait √† √Čph√®se en Asie. ¬Ľ (Adv. Hae. III Pr√©liminaire).

Irénée était disciple de Polycarpe, lequel aurait été compagnon de Jean.

Ir√©n√©e dit aussi que l'√©vangile est t√©tramorphe (√† quatre composantes), et qu'¬ę il ne peut y avoir ni un plus grand ni un plus petit nombre d'√©vangiles. En effet, il y a quatre r√©gions du monde dans lequel nous sommes et quatre vents principaux. ¬Ľ (Adv. Hae. III, 11, 8).

Attribution historique, datation et composition

Ces attributions ne sont plus reconnues par les historiens. Les √©vangiles ont en fait √©t√© √©crits en plusieurs phases, par la deuxi√®me ou troisi√®me g√©n√©ration de disciples, vraisemblablement dans une fourchette qui oscille entre 65 et 110, d'apr√®s les diff√©rentes options historiographiques[2], fruits d'un long processus de recueil des paroles de J√©sus de Nazareth. Ces paroles, parfois adapt√©es voire compl√©t√©es, sont reprises dans les diverses situations de la vie des premi√®res communaut√©s chr√©tiennes et sont ensuite agenc√©es √† la mani√®re d'une Vie (une Vita) √† l'antique, qui ne rel√®ve cependant aucunement de la biographie[3]. Ils ne seront par ailleurs appel√©s √Čvangiles que vers 150[4].

Si les sp√©cialistes insistent sur les difficult√©s d'une datation pr√©cises et que des d√©bats demeurent pour un resserrement de l'intervalle √©tabli entre les textes, l'ordre chronologique de leur apparition est admis par la plupart d'entre eux. Les √©vangiles ne sont pas les textes les plus anciens du Nouveau Testament et leur r√©daction est pr√©c√©d√©e dans le temps par celles d'autres √©crits comme une partie des √©p√ģtres de Paul (50 - 57) ou par l'√©p√ģtre de Jacques (vers 60). Le premier √©vangile est celui attribu√© √† Marc qui aurait √©t√© √©crit vers 70. Vers 80 - 85, suit l'√©vangile selon Luc dont l'auteur - probablement un disciple de Paul de Tarse - serait le m√™me que celui des actes des ap√ītres, r√©dig√©s vers la m√™me √©poque. L'√©vangile selon Matthieu est lui dat√© d'entre 80 et 90 et, pour finir, celui selon Jean entre 80 et 100[5], voire 110[6].

Les √Čvangiles selon Matthieu, Marc et Luc, qui racontent l'histoire de J√©sus d'un point de vue relativement semblable, sont dits synoptiques. L'√©vangile selon Jean rel√®ve lui d'une autre christologie, appel√©e johannique. Le premier des √©vangiles √† avoir √©t√© r√©dig√© semble √™tre celui selon Marc. Les parties communes √† Matthieu et √† Luc d√©pendent peut-√™tre, selon certains chercheurs, d'un document plus ancien mais perdu appel√© source Q[7].

Manuscrits

Papyrus P52

Le plus ancien fragment d'un évangile est le Papyrus P52, daté d'environ 125 et qui est un très court extrait de l'évangile selon Jean.

Les principaux codex contenant des versions √† peu pr√®s compl√®tes des √©vangiles sont le codex vaticanus et le codex sina√Įticus qui datent du milieu du IVe si√®cle.

Mentions anciennes

Ignace d'Antioche

Au d√©but du IIe si√®cle, Ignace d'Antioche √©crit : "Mes archives c'est J√©sus-Christ". Aucune citation d'un quelconque texte du Nouveau Testament n'√©maille ses √©crits.

Clément de Rome

La tradition attribue depuis le IIe si√®cle √† Cl√©ment de Rome une lettre anonyme - connue sous le nom de √Čp√ģtre de Cl√©ment aux Corinthiens[8] - adress√©e de Rome aux alentours de 95[9] √† la communaut√© chr√©tienne de Corinthe. L'auteur du texte, ne semble pas connaitre d'√©vangile mais fait grand usage de l'Ancien Testament. Ses citations sont de forme libres, bas√©es sur la Septante.

  1. Il accorde le statut d'√Čcriture √† des textes aujourd'hui perdus, √† des midrachim pecharim (interpr√©tations re√ßues et actualisantes) ;
  2. Comme √©criture proprement chr√©tienne, il ne conna√ģt que le premier √©p√ģtre de Paul aux Corinthiens  ;
  3. Il ne fait aucune allusion ni r√©f√©rence aux faits de la vie de J√©sus ;
  4. Il cite des paroles de Jésus (1,3:2) que le Nouveau Testament ne reprend pas sous cette forme.
Papias de Hiérapolis

Papias n'est connu comme √©v√™que de Hi√©rapolis dans la premi√®re partie du  si√®cle qu'au travers de l'Histoire eccl√©siastique d'Eus√®be de C√©sar√©e au IVe si√®cle[10]. Eus√®be rapporte que Papias raconte succinctement la restitution par l'√©vang√©liste Marc des gestes et paroles de J√©sus rapport√©s par Pierre et √©voque un logia de Matthieu dans un passage dont la port√©e reste d√©battue. C'est √† peu pr√®s la seule source d'information qui existe sur cette formation avec Cl√©ment d'Alexandrie, le fragment de Muratori et Ir√©n√©e de Lyon.

Justin

Justin, auteur de la seconde moiti√© du IIe si√®cle dont l'Ňďuvre fragmentaire n'est elle aussi connue que par des citations d'auteurs post√©rieurs :

  1. Dans sa première Apologie, le Nouveau Testament est omniprésent.
  2. Il parle de la vie de J√©sus ; il parle aussi des ¬ę m√©moires des ap√ītres ¬Ľ, lus pendant l'assembl√©e eucharistique.
  3. Quand Justin parle d'√Čcriture, c'est l'Ancien Testament qu'il d√©signe
  4. Dans son Dialogue avec Tryphon, quand Justin cite les évangiles, ses citations ne concordent pas avec les textes canoniques connus de nos jours. Marie-Emile Boismard et Arnaud Lamouille, dans leur ouvrage le Diatessaron de Tatien à Justin montrent que ces citations proviennent d'une harmonie évangélique d'une forme antérieure à celle de Tatien.

Les synoptiques

Les trois premiers (l'√Čvangile selon Matthieu, l'√©vangile selon Marc et l'√©vangile selon Luc) sont qualifi√©s de synoptiques ‚ÄĒ ils pr√©sentent plus ou moins les m√™mes √©pisodes ‚ÄĒ par opposition au quatri√®me (l'√Čvangile selon Jean) qui fait √©tat d'une vision plus interioris√©e du message chr√©tien, et qui est en fait plus mystique.

Article d√©taill√© : Probl√®me synoptique.

Contenu - Vie de Jésus

Les √Čvangiles de Mathieu, Marc, Luc et Jean constituent les sources documentaires principales concernant la vie et l'enseignement de J√©sus, qu'ils abordent chacun selon une perspective particuli√®re tout en suivant le m√™me sch√©ma g√©n√©ral et en transmettant la m√™me philosophie.

Enfance et vie cachée

  • L'annonce faite √† Marie (l'Annonciation) : ¬ę Ne crains point, Marie ; car tu as trouv√© gr√Ęce devant Dieu. Et voici, tu deviendras enceinte, et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom de J√©sus ¬Ľ [11][12] et √† Joseph [13], √† qui elle aurait √©t√© fianc√©e, de la conception virginale de l'enfant ¬ę Un ange du Seigneur lui apparut en songe, et dit : Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre avec toi Marie, ta femme, car l'enfant qu'elle a con√ßu vient du Saint Esprit ¬Ľ [14].
  • La naissance de J√©sus selon ces textes √† Bethl√©em (la Nativit√©) : ¬ę Dans la ville de David, il vous est n√© un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. Et voici √† quel signe vous le reconna√ģtrez : vous trouverez un enfant emmaillot√© et couch√© dans une cr√®che ¬Ľ (Lc 2. 11-12). D'apr√®s les √Čvangiles, un recensement avait √©t√© ordonn√© √† ce m√™me moment par un √©dit de C√©sar Auguste. Marie, enceinte, et son √©poux Joseph, auraient √©t√© contraints de quitter Nazareth en Galil√©e pour rejoindre la Jud√©e. J√©sus serait n√© pendant le r√®gne du roi H√©rode Ier le Grand, alors que Quirinius √©tait gouverneur de Syrie. La naissance de J√©sus √† Bethl√©em, ville o√Ļ a √©t√© sacr√© David, accomplirait ainsi la proph√©tie de Mich√©e : ¬ę Et toi, Bethl√©hem √Čphrata (=la fertile), petite entre les milliers de Juda, de toi sortira pour moi celui qui dominera sur Isra√ęl, et dont l'origine remonte aux temps anciens, aux jours de l'√©ternit√©. ¬Ľ (Mi 5. 1).

Vie publique

En Galil√©e, J√©sus constitue un groupe de douze disciples, les ap√ītres, le premier d'entre eux √©tant Simon-Pierre (Mc 3. 13, Lc 6. 13, Mt 16. 17-19), √† qui J√©sus annonce (Mt 16. 18) qu'il le nomme Pierre et qu'il b√Ętira son √©glise sur cette pierre (il peut s'agir l√† d'un jeu de mots : Petra, mot latin traduit par ¬ę pierre ¬Ľ, signifiant √©galement ¬ę foi ¬Ľ).

Par la suite, J√©sus se rend √† J√©rusalem pour pr√™cher la compassion (Lc 6. 36), l'amour du prochain dans le sens de la fraternit√© universelle (parabole du bon Samaritain (Lc 10. 29, Lc 10. 37) : ¬ę Vous avez appris qu'il a √©t√© dit : Tu aimeras ton prochain, et tu ha√Įras ton ennemi. Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis ¬Ľ (Mt 5. 44). Il aurait demand√© la puret√© morale, entendue comme suit : ¬ę Quiconque regarde une femme pour la convoiter a d√©j√† commis un adult√®re avec elle dans son cŇďur ¬Ľ Mt 5. 27-28 (il convient toutefois de pr√©ciser que, par le terme ¬ę adult√®re ¬Ľ, J√©sus s'adresse ici aux hommes mari√©s : il ne condamne pas le d√©sir charnel et l'acte sexuel en tant que tel), appel√© √† partager le Royaume de Dieu : ¬ę Venez, vous qui √™tes b√©nis de mon P√®re ; prenez possession du Royaume qui vous a √©t√© pr√©par√© d√®s la fondation du monde ¬Ľ (Mt 25. 34) et pri√© pour l'unit√© de ses disciples : ¬ę Que tous soient un, comme toi, P√®re, tu es en moi, et comme je suis en toi, afin qu'eux aussi soient un en nous ¬Ľ (Jn 17. 21). Il aurait accueilli avec bienveillance les femmes et les enfants, les exclus, les r√©prouv√©s de son temps. Il aurait sauv√© la vie d'une femme accus√©e d'adult√®re, sans la condamner, mais en lui demandant de ne plus commettre de p√©ch√©s (Jn 8. 1-11). Par cet acte, en contradiction avec les lois religieuses juives alors en vigueur (voir Lapidation), J√©sus situerait la vie humaine et sa pr√©servation au-dessus des lois et des religions. Avec le Sermon sur la montagne, il exalte ceux qui ont un esprit de pauvre, ceux qui souffrent, ceux qui ont le cŇďur pur, qui font Ňďuvre de paix en leur promettant une place dans le Royaume de Dieu apr√®s leur mort (Mt 5. 3-11).

Toujours selon les √Čvangiles, J√©sus aurait gu√©ri des malades (Mt 8. 1-17), des infirmes ((Mc 7. 21 ; Mt 9. 1-8), redonn√© la vie √† plusieurs personnes, notamment son ami Lazare Jn 11. 1-44 (ses gu√©risons et ses r√©surrections peuvent r√©sulter d'une symbolique : la racine latine du mot ¬ę ressusciter ¬Ľ, ressuscitare, signifiant ¬ę r√©veiller ¬Ľ), accompli des exorcismes Mc 1. 21-28 (la m√©thode utilis√©e par J√©sus, visant √† forcer le(s) d√©mon(s) √† r√©v√©ler son nom, est toujours en usage par les pr√™tres exorcistes) et port√© secours (la Temp√™te apais√©e Mt 8. 23-27). Ces miracles sont le plus souvent pr√©sent√©s comme un effet de la foi de leurs b√©n√©ficiaires ¬ę d√©clench√© ¬Ľ par J√©sus, et non d'un pouvoir quelconque : ¬ę Tout est possible √† celui qui croit ¬Ľ (Mc 9. 23) ; ils justifient l'affirmation d'une r√©alit√© d√©j√† pr√©sente du Royaume de Dieu (Mt 12. 28). D'autres fois, J√©sus aurait de lui-m√™me donn√© en abondance (la Multiplication des pains en Mc 6. 35-44, √† rapprocher de Jn 6. 30-36).

Dieu serait pour lui un p√®re aimant et pr√™t √† pardonner, en rupture avec le dieu vengeur du juda√Įsme : ¬ę Si donc, m√©chants comme vous l'√™tes, vous savez donner de bonnes choses √† vos enfants, √† combien plus forte raison votre P√®re qui est dans les cieux donnera-t-il de bonnes choses √† ceux qui les lui demandent ¬Ľ (Mt 7. 11). Il aurait enseign√© la pri√®re : ¬ę Quand vous priez, dites : P√®re ! Que ton nom soit sanctifi√© ; que ton r√®gne vienne. Donne-nous chaque jour notre pain quotidien ; pardonne-nous nos p√©ch√©s, car nous aussi nous pardonnons √† quiconque nous offense ; et ne nous induis pas en tentation ¬Ľ (Lc 11. 2).

Sa pr√©dication, qui aurait dur√© deux √† trois ans, s'opposerait √† l'ordre √©tabli de l'√©poque, bien que d√©nu√©e de vis√©es politiques (¬ę Rendez √† C√©sar ce qui est √† C√©sar, et √† Dieu ce qui est √† Dieu ¬Ľ (Mc 12. 17). √Ä J√©rusalem, il aurait chass√© les marchands du Temple (Jn 2. 13-22) et fustig√© le formalisme religieux et l'"hypocrisie morale" des sadduc√©ens et des pharisiens (Mt 23). Comme il l'aurait dit de lui-m√™me : ¬ę Je suis venu jeter un feu sur la terre ¬Ľ, afin de marquer son opposition √† l'immobilisme des choses et faire √©voluer les mentalit√©s (Lc 12. 49).

  • La Transfiguration avec l'apparition de Mo√Įse et d'√Člie, (Mt 17. 1-9) : ¬ę Son visage resplendit comme le soleil, et ses v√™tements devinrent blancs comme la lumi√®res ¬Ľ, ¬ę Une nu√©e lumineuse les couvrit. Et voici, une voix fit entendre de la nu√©e ces paroles : Celui-ci est mon Fils bien-aim√©, en qui j'ai mis toute mon affection : √©coutez-le ! ¬Ľ.(Mt 17. 1-8, Lc 9. 28-36, Mc 9. 2-8).

Passion et résurrection

  • La C√®ne, dernier repas avec ses disciples au cours duquel il aurait institu√© l'eucharistie : ¬ę Pendant qu'ils mangeaient, J√©sus prit du pain et, apr√®s avoir rendu gr√Ęces, il le rompit, et le donna aux disciples, en disant : Prenez, mangez, ceci est mon corps. Il prit ensuite une coupe ; et, apr√®s avoir rendu gr√Ęces, il la leur donna, en disant : Buvez-en tous car ceci est mon sang, le sang de l'alliance, qui est r√©pandu pour plusieurs, pour la r√©mission des p√©ch√©s ¬Ľ (Mt 26. 26-29).
  • Apr√®s la trahison de Judas en Mt 26. 14-16 et Mt 26. 24-25, l'arrestation au mont des Oliviers (Mt 26. 47), et la comparution devant le sanh√©drin qui l'aurait accus√© de blasph√®me : le souverain sacrificateur l'aurait interrog√© de nouveau, et lui aurait dit : "Es-tu le Christ, le Fils du Dieu b√©ni ? J√©sus r√©pondit : "Je le suis. Et vous verrez le Fils de l'homme assis √† la droite de la puissance de Dieu, et venant sur les nu√©es du ciel." Alors le souverain sacrificateur aurait d√©chir√© ses v√™tements, et aurait dit : "Qu'avons-nous encore besoin de t√©moins ?" ¬Ľ (Mc 14. 63-). Puis la condamnation √† mort par le pr√©fet romain Ponce Pilate se serait d√©cid√©e sous la pression de la foule : ¬ę Pilate, voyant qu'il ne gagnait rien, mais que le tumulte augmentait, prit de l'eau, se lava les mains en pr√©sence de la foule, et dit : Je suis innocent du sang de ce juste ¬Ľ (Mt 27. 1-26).
  • La Passion, c'est-√†-dire les souffrances de J√©sus et la mort sur la croix au mont Golgotha, √† l'ext√©rieur de J√©rusalem : ¬ę Les soldats du gouverneur conduisirent J√©sus dans le pr√©toire, et ils assembl√®rent autour de lui toute la cohorte. Ils lui √īt√®rent ses v√™tements, et le couvrirent d'un manteau √©carlate. Ils tress√®rent une couronne d'√©pines, qu'ils pos√®rent sur sa t√™te, et ils lui mirent un roseau dans la main droite ; puis, s'agenouillant devant lui, ils le raillaient, en disant : Salut, roi des Juifs ! Et ils crachaient contre lui, prenaient le roseau, et frappaient sur sa t√™te. Apr√®s s'√™tre ainsi moqu√©s de lui, ils lui √īt√®rent le manteau, lui remirent ses v√™tements, et l'emmen√®rent pour le crucifier. ¬Ľ (Mt 27. 27-50).
  • La R√©surrection aurait √©t√© constat√©e au matin de P√Ęques par Marie-Madeleine, Marie, m√®re de Jacques et Salom√© : ¬ę Elles entr√®rent dans le s√©pulcre, virent un jeune homme assis √† droite v√™tu d'une robe blanche, et elles furent √©pouvant√©es. Il leur dit : Ne vous √©pouvantez pas ; vous cherchez J√©sus de Nazareth, qui a √©t√© crucifi√© ; il est ressuscit√©, il n'est point ici ; voici le lieu o√Ļ on l'avait mis ¬Ľ (Mc 16-5.6, Mt 28. 1-10).
  • Plusieurs apparitions aux disciples, puis l'Ascension : ¬ę Le Seigneur, apr√®s leur avoir parl√©, fut enlev√© au ciel, et il s'assit √† la droite de Dieu. Et ils s'en all√®rent pr√™cher partout. Le Seigneur travaillait avec eux, et confirmait la parole par les miracles qui l'accompagnaient ¬Ľ (Mc 16. 19).

Sens des évangiles et exégèse

L'√Čglise catholique reconna√ģt aux √©vangiles (et √† la Bible en g√©n√©ral) quatre significations diff√©rentes :

  • le sens litt√©ral, relatif √† la r√©alit√© et √† la signification historique des √©v√©nements d√©crits, qui rel√®ve les √©l√©ments historiques contenus dans le texte ;
  • le sens all√©gorique ou spirituel, relatif √† la signification religieuse, qui √©nonce ce que le texte apporte √† la foi, au dogme ;
  • le sens moral, relatif √† la relation entre le texte et le croyant ;
  • le sens anagogique ou mystique, relatif √† la symbolique des faits rapport√©s dans les √Čcritures, qui leur donne une dimension eschatologique.

Le premier sens rel√®ve de l'analyse historique des faits, les trois autres sont du domaine de la croyance. Pour un chr√©tien, ils sont indissociables et trouvent leur accomplissement dans la lectio divina, m√©ditation personnelle des √©vangiles qui int√®gre ces quatre dimensions[16] :

¬ę Ces quatre niveaux de sens correspondent en substance aux approfondissements que la lectio divina propose de faire au lecteur de l‚Äô√Čcriture, en le guidant du niveau historico-litt√©ral (lectio) √† son approfondissement r√©v√©lateur et th√©ologique qui fait √©merger un message central (meditatio) auquel on r√©pond par la pri√®re et l‚Äôengagement dans la vie (oratio), jusqu‚Äô√† donner √† l‚Äôexistence tout enti√®re de partager le regard de Dieu sur les r√©alit√©s humaines (contemplatio). ¬Ľ

Pour d√©finir le sens des √©vangiles, les chercheurs et les th√©ologiens ont recours √† l'ex√©g√®se. L'ex√©g√®se n'est pas le seul fait des croyants, notamment quand il s'agit d'analyser la r√©alit√© historique des √©l√©ments contenus dans les √Čvangiles. L'√Čglise catholique a donn√© des orientations g√©n√©rales sur la mani√®re de conduire les √©tudes ex√©g√©tiques : pendant le concile Vatican II, la Commission Biblique Pontificale a fait para√ģtre une Instruction sur la v√©rit√© historique des √©vangiles (21 avril 1964) qui a √©t√© salu√©e comme un magnifique guide de travail pour les ex√©g√®tes.

Selon ces directives tr√®s ouvertes, il existe trois √©tapes de r√©daction des √©vangiles :

  • Pr√©dication de J√©sus et premiers t√©moins,
  • Pr√©dication apostolique et formation des √©crits,
  • R√©daction des √©vangiles.

L'encyclique Fides et ratio (num√©ro 94) pr√©cise, en r√©f√©rence √† cette instruction :

¬ę  En ce qui concerne les textes bibliques, et les √©vangiles en particulier, leur v√©rit√© ne se r√©duit assur√©ment pas au r√©cit d'√©v√©nements purement historiques ou √† la r√©v√©lation de faits neutres, comme le voudrait le positivisme historiciste.(111) Au contraire, ces textes exposent des √©v√©nements dont la v√©rit√© se situe au-del√† du simple fait historique : elle se trouve dans leur signification dans et pour l'histoire du salut. Cette v√©rit√© re√ßoit sa pleine explicitation dans la lecture que l'√Čglise poursuit au long des si√®cles, en gardant immuable le sens originel. Il est donc urgent que l'on s'interroge √©galement du point de vue philosophique sur le rapport qui existe entre le fait et sa signification, rapport qui constitue le sens sp√©cifique de l'histoire. ¬Ľ

Les paraboles des évangiles

Les évangiles comptent 44 paraboles. Elles sont toutes contenues dans les évangiles synoptiques. L'évangile selon Jean ne comporte aucune parabole.

Problème du canon

Le canon des évangiles est un décret qui a fixé le contenu des Evangiles du Nouveau Testament.

D√®s le IIe si√®cle, sont r√©put√©s canoniques les quatre de la liste ci-dessus. Voir par exemple le Contre les h√©r√©sies d'Ir√©n√©e, dat√© de 170 environ.

Les √©crits de Luc, son √©vangile et les Actes des Ap√ītres, nous sont parvenus sous deux formes assez diff√©rentes : le texte alexandrin et le texte dit ¬ę occidental ¬Ľ.

√Čvangiles apocryphes

Les r√©cits de la vie de J√©sus qui n'ont pas √©t√© retenus comme faisant partie du canon officiel ont √©t√© r√©unis sous le terme d'¬ę √©vangiles apocryphes ¬Ľ, (√©tymologiquement : "√©vangiles cach√©s"). Longtemps d√©laiss√©s, l'ex√©g√®se moderne s'y int√©resse √† nouveau.
Les artistes, au cours des √Ęges, en ont souvent retenu des l√©gendes pieuses qui ont jou√© un assez grand r√īle. Des collections de maximes, comme l'√Čvangile de Thomas, rev√™tent un int√©r√™t historique. De m√™me, l' Evangile de Pierre, dont un fragment a √©t√© retrouv√© en √Čgypte en 1884, est le seul √† contenir une description de la r√©surrection de J√©sus. Elles semblent d√©fendre des doctrines gnostiques. Certains de ces √©vangiles sont proches de l√©gendes populaires tendant √† combler les vides du r√©cit des quatre √©vangiles r√©put√©s plus anciens. Parmi les traditions bien pr√©sentes dans l'√Čglise catholique mais n'apparaissant pas dans les √©vangiles officiels, on trouve le nom des parents de Marie, m√®re de J√©sus (qui se pr√©nommeraient Anne et Joachim), ou la pr√©sence du bŇďuf et de l'√Ęne dans la cr√®che o√Ļ est n√© J√©sus.

Evangiles et oralité

Les r√©cits √©vang√©liques sont marqu√©s, comme la plupart des textes de la Bible, par de nombreuses structures orales. Les travaux du j√©suite Marcel Jousse ont montr√© l'importance de cette oralit√© dans les quatre √©vangiles. Cette approche permet de redonner vie aux Evangiles par une approche anthropologique du texte. Plus proche de nous, Pierre Perrier a tent√© de retrouver les collections orales primitives mises en ordre par les ap√ītres avant la mise par √©crit des Evangiles. C'est ce qu'Ir√©n√©e de Lyon appelle les "m√©moires des ap√ītres".

Notes et références

  1. ‚ÜĎ Contre les h√©r√©sies surnom d'une oeuvre dont le titre v√©ritable est R√©futation de la pr√©tendue gnose au nom menteur, r√©dig√©e vers 180
  2. ‚ÜĎ Michel Quesnel parle de 65 et 95, in Les sources litt√©raires de la vie de j√©sus, in Aux origines du christianisme, √©d. Gallimard/Le Monde de la Bible, 2000, p. 191. Quesnel se distingue de la majorit√© des historiens qui pensent √† une r√©daction entre 70 et 110 (Marguerat et alii, Introduction au Nouveau Testament, Labor et Fid√®s et Raymond E. Brown p.s.s., Que sait-on du Nouveau Testament ?, √©d. Bayard, 2000 qui donne la fourchette 68-110. L'ex√©g√®se catholique tient beaucoup √† ce que la r√©daction des √©vangiles ait commenc√© avant la destruction de J√©rusalem (en 70). Pourtant, le manuel de critique textuelle de L√©on Vaganay (auteur catholique) et Christian B. Amphoux (auteur protestant), Introduction √† la critique textuelle, CERF, expose combien ce vieux d√©bat sur une datation tr√®s t√īt de la r√©daction des √©vangiles n'a plus de sens dans la mesure o√Ļ les textes portent la marque de r√©visions intervenant entre 135 et 150, ce dont Brown convient, pr√©cisant que ces corrections sont d'ordre doctrinal.
  3. ‚ÜĎ Jacques Schlosser,A la recherche du J√©sus historique : un innovateur ou un r√©novateur ?, in Les premiers temps de l'√Čglise, √©d. Gallimard/Le Monde de la Bible, 2004, p. 133
  4. ‚ÜĎ Pierre Geoltrain, Les origines du Christianisme : comment en √©crire l'histoire, in Aux origines du christianisme, √©d. Gallimard/Le Monde de la Bible, 2000, p. XVII
  5. ‚ÜĎ Ces dates sont reprises de l'ouvrage collectif dirig√© par Daniel Marguerat, Introduction au Nouveau Testament, √©d. Labor et Fides, 2004 (3e √©d.)
  6. ‚ÜĎ Raymond E. Brown p.s.s., Que sait-on du Nouveau Testament ?, √©d. Bayard, 2000
  7. ‚ÜĎ Michel Quesnel, in Les sources litt√©raires de la vie de j√©sus, op. cit.
  8. ‚ÜĎ Cf bibliographie pour la traduction
  9. ‚ÜĎ C'est la date √©gn√©ralement retenue m√™me si les dates peuvent osciller selon les chercheurs entre 80 et 140
  10. ‚ÜĎ Histoire eccl√©siastique, 3, 39
  11. ‚ÜĎ (Lc 1. 26-35)
  12. ‚ÜĎ Les citations du pr√©sent article sont extraites de la traduction de la Bible en fran√ßais par le th√©ologien protestant Louis Segond version de 1910, la seule qui soit libre de droits.
  13. ‚ÜĎ Mt 1. 18-24
  14. ‚ÜĎ Mt 1. 18-25
  15. ‚ÜĎ La fuite en √Čgypte est historiquement mal attest√©e. Voir ouvrage de Valensi qui explique que ce motif fait partie des contes m√©sopotamiens et √©gyptiens.
  16. ‚ÜĎ Fraternit√©s monastiques de J√©rusalem, Prier la Bible, la lectio divina

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Bibliographie

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