Evangile selon Matthieu

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Evangile selon Matthieu

√Čvangile selon Matthieu

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Apocalypse

L'évangile selon Matthieu est l'un des quatre évangiles canoniques du Nouveau Testament.

Bien que le texte lui-même ne comporte pas de nom d'auteur, la tradition chrétienne l'a attribué à l'un des douze disciples de Jésus de Nazareth, Matthieu.


Sommaire

Les origines

Longtemps consid√©r√© comme le plus ancien des √©vangiles, dont Marc se serait inspir√©, Matthieu vient aujourd'hui en second dans la th√©orie des deux sources, que suivent la majorit√© des ex√©g√®tes. D'apr√®s cette th√©orie et ses d√©riv√©es, l'√Čvangile de Marc lui serait ant√©rieur et aurait √©t√© l'une de ses sources, en compagnie de l'hypoth√©tique source Q. Cependant, un certain nombre d'auteurs maintiennent des r√©ponses au probl√®me synoptique qui pr√©servent la primaut√© de Matthieu[1].

Selon l'hypoth√®se des deux sources, l'auteur de Matthieu se serait inspir√© de Marc ainsi que d'une source hypoth√©tique appel√©e Q par les √©rudits (initiale de l'allemand Quelle, signifiant ¬ę source ¬Ľ).

La question de la date de composition du premier √©vangile est d√©battue, les propositions allant des ann√©es 60-65 √† 80-85 en passant par la toute proximit√© de la p√©riode de destruction de J√©rusalem (70). Plusieurs crit√®res sont pris en compte, en particulier la mani√®re dont Matthieu rend compte de la proph√©tie de J√©sus concernant la destruction du Temple (Mt 25) et le rapport de Matthieu au juda√Įsme.

Les nombreuses r√©f√©rences aux proph√©ties de l'Ancien Testament, la g√©n√©alogie de J√©sus, la fa√ßon dont est trait√© le probl√®me de la Loi, sugg√®rent en tout cas la proximit√© de l'auteur et de son monde avec le juda√Įsme du premier si√®cle.

Ce qu'en disait l'ancienne tradition

Dans son Histoire √Čccl√©siastique, Eus√®be de C√©sar√©e, au d√©but du IVe si√®cle, r√©sumait ainsi ce que la tradition se rem√©morait de l'ap√ītre Matthieu : ¬ę Matthieu, en effet pr√™cha d'abord aux H√©breux. Comme il devait aussi aller vers d'autres, il livra √† l'√©criture, dans sa langue maternelle, son √Čvangile, suppl√©ant du reste √† sa pr√©sence par le moyen de l'√©criture, pour ceux dont il s'√©loignait ¬Ľ. (H.E. III, 24, 6). Toujours selon Eus√®be de C√©sar√©e, Papias aurait √©crit vers 125 : ¬ę Matthieu r√©unit donc en langue h√©bra√Įque les logia (s.e. de J√©sus) et chacun les traduisit (√™rm√™neusen) comme il en √©tait capable. ¬Ľ (H.E. III, 39, 16). De m√™me saint Ir√©n√©e avait √©crit, vers 180 : ¬ę Ainsi Matthieu publia-t-il chez les H√©breux, dans leur propre langue [le texte dit ‚Äúhebraioi dialecto‚ÄĚ, soit ‚Äúen aram√©en et pour les h√©breux‚ÄĚ], une forme √©crite d'√Čvangile, √† l'√©poque o√Ļ Pierre et Paul √©vang√©lisaient Rome et y fondaient l'√Čglise. ¬Ľ Le t√©moignage de Papias a √©t√© cru jusqu'au XIIe si√®cle. Aujourd'hui, si les sp√©cialistes conviennent d'une double influence culturelle h√©llenistique et s√©mitique sur l'√©vangile de Matthieu, rien dans la version grecque actuelle de Matthieu ne permet de penser qu'il s'agit d'une traduction. Aucun soup√ßon de ce genre n'existe pour les autres √©vangiles [2]

L'ap√ītre Matthieu, donc, aurait publi√© tr√®s t√īt, en Palestine et en langue h√©bra√Įque (h√©breu ou aram√©en), une forme √©crite d'√©vangile, ins√©rant surtout des discours, ou des sentences, de J√©sus (comme on peut en trouver par exemple dans l'√Čvangile selon Thomas). Il serait ensuite parti √† l'√©tranger, comme la plupart des autres ap√ītres.[r√©f. n√©cessaire]

La question qui se pose est donc celle-ci : Quel est l'anonyme qui, apr√®s son d√©part, aurait traduit en grec les ¬ę logia ¬Ľ du Seigneur, tout en y ins√©rant comme le ferait Luc, et tr√®s probablement apr√®s concertation avec lui comme le montrent diff√©rents indices, l'essentiel de l'√©vangile de Marc (600 versets sur 661) ?[r√©f. n√©cessaire]

C'est √† cette question que pr√©tend r√©pondre ¬ę l'hypoth√®se du diacre Philippe ¬Ľ.

L'hypothèse du diacre Philippe

¬ę L'hypoth√®se du diacre Philippe ¬Ľ est un am√©nagement de la Th√©orie des deux sources. (Voir Probl√®me synoptique).

Le diacre Philippe, l'un des Sept, serait l'auteur r√©el de notre premier √©vangile, apr√®s concertation avec Luc, compagnon de Paul lors du s√©jour en Palestine de ce dernier, vers 57-59 (cf. Ac 21,8 --- 27,2) ; plus pr√©cis√©ment √† C√©sar√©e maritime, lieu de r√©sidence de Philippe, o√Ļ Paul lui-m√™me fut retenu prisonnier pendant pr√®s de deux ans.

Philippe et Luc auraient h√©rit√© de deux sources : les logia du Seigneur r√©dig√©s en aram√©en par l'ap√ītre Matthieu, selon la tradition, et l'√©vangile de Marc, issu du t√©moignage et des pr√©dications de l'ap√ītre Pierre.

Philippe comme Luc auraient eu tout le temps de mener leur enquête personnelle.

L'helléniste Philippe et Luc auraient ensuite composé indépendamment l'un de l'autre, en grec, leur évangile respectif, l'un à Césarée maritime (Philippe), et l'autre à Rome (Luc).

Le diacre Philippe (ou l'√Čglise apr√®s lui) aurait laiss√© le premier √©vangile sous le patronage de l'ap√ītre Matthieu, car il reproduisait largement les logia et parce que le nom d'un ap√ītre √©tait plus prestigieux.

Cette hypothèse a l'avantage de concilier remarquablement les données de la tradition (critique externe) et les données textuelles de la question synoptique (critique interne). En particulier, elle lève certaines apories de la Théorie des deux sources.

Pourquoi Matthieu grec (selon cette hypoth√®se Philippe) et Luc, quoique ayant travaill√© ind√©pendamment l'un de l'autre, connaissent-ils malgr√© tout des accords remarquables: m√™me place des √©vangiles de l'enfance avec des d√©veloppements parall√®les quoique diff√©rents, insertion au m√™me endroit dans la trame de Marc (3,19) des B√©atitudes et du Sermon sur la Montagne (quoique sous des formes tr√®s dissemblables, et quoique Marc en cet endroit ne parle ni de b√©atitudes ni de sermon), utilisation de deux sources identiques : les logia et Marc (quoique avec des modalit√©s tr√®s diverses), sans parler de maints accords de d√©tail (contre Marc) qui sont depuis longtemps des ¬ę croix ¬Ľ pour les ex√©g√®tes.

Il n'y eut donc pas copie entre eux, mais bien concertation préalable, et même lecture commune des mêmes sources.

D'autre part il est très vraisemblable que le premier évangile (Matthieu grec) ait été composé en Palestine car il dénote une connaissance précise de ce pays.

On peut relever de surcro√ģt que le t√©moignage intensif du diacre Philippe pour la r√©daction des Actes des Ap√ītres para√ģt plus que probable.

Signification et intention de l'évangile de Matthieu

Comme il est dit dans la pr√©sentation de cet article, le premier √©vangile para√ģt s'adresser avant tout aux juifs et aux rabbins de la synagogue, pour leur d√©montrer √† l'aide des √Čcritures, l'Ancien Testament, que J√©sus-Christ est r√©ellement le Fils de Dieu et l'Emmanuel, Dieu avec nous depuis le d√©but, le fils de David, l'h√©ritier de tous les rois d'Isra√ęl et le Messie qu'ils esp√©raient.

Le titre de Fils de Dieu intervient aux tournants importants du r√©cit, d√®s l'enfance, au bapt√™me, √† la confession de Pierre, √† la transfiguration, au proc√®s de J√©sus et √† la crucifixion. Le nom de fils de David, qui lui est associ√©, et qui revient en dix occurrences, d√©montre que J√©sus est le nouveau Salomon : en effet J√©sus s'exprime comme la Sagesse incarn√©e. En vertu du titre de Fils de l'homme, qui parcourt l'√©vangile, et qui provient tout droit de Daniel et du Livre d'H√©noch, J√©sus se voit dot√© de toute autorit√© divine sur le Royaume de Dieu, aux cieux comme sur la terre.

Matthieu grec, √©crivant pour une communaut√© de chr√©tiens venue du juda√Įsme, et discutant sans doute avec les rabbins, s'attache avant tout √† montrer dans la personne et dans l'Ňďuvre de J√©sus l'accomplissement des √Čcritures. Il confirme par des textes scripturaires : sa race davidique (1,1-17), sa naissance d'une vierge (1,23), sa naissance √† Bethl√©em (2,6), son s√©jour en √Čgypte (2,15), son √©tablissement √† Capharna√ľm (4,14-16), son entr√©e messianique √† J√©rusalem ((21,5.16). Il le fait pour son Ňďuvre de gu√©risons miraculeuses (11,4-5) et pour son enseignement ((5,17).

Tout aussi bien il souligne que l'√©chec apparent de la mission de J√©sus √©tait annonc√© par les √Čcritures, et que les abaissements du Fils de l'homme accomplissent la proph√©tie du Serviteur souffrant d'Isa√Įe (12,17-21).

Le premier √©vangile se pr√©sente donc beaucoup moins comme une simple biographie de J√©sus, ce qu'ont fait de leur c√īt√© excellemment Marc et Luc, que comme une th√®se parfaitement construite et document√©e adress√©e aux juifs hell√©nistes, les croyants pour les conforter dans leur foi, les incr√©dules ou les opposants pour les r√©futer.

Elle s'inscrit bien dans ce climat de tension qui pr√©valait dans la Palestine d'avant la destruction du Temple, tel qu'il nous est d√©crit dans les Actes des Ap√ītres, o√Ļ la pers√©cution mena√ßait sans cesse: martyre d'√Čtienne √† l'instigation de la synagogue, dispersion des ap√ītres, qui seraient suivis par le martyre de Jacques le mineur.

La probl√©matique du premier √©vangile fait songer √† celle du discours d'√Čtienne, qui nous est rapport√© par les Actes (cf. Ac 7). Cela n'a rien d'√©tonnant s'ils ont quasiment le m√™me auteur: le diacre Philippe dictant pour Luc le discours d'√Čtienne, et lui-m√™me r√©dacteur final du premier √©vangile.

Les invectives terribles du diacre √Čtienne, sur le point de mourir, ressemblent √† s'y m√©prendre aux mal√©dictions du Christ (au nombre de sept), contre les scribes et les pharisiens, que l'on trouve au chapitre 23 de notre premier √©vangile.

Plan de l'évangile de Matthieu

  1. La venue du serviteur
  2. Le ministère du serviteur
  3. Le sacrifice du serviteur
  4. La résurrection

Utilisation de Marc par l'évangile de Matthieu

Matthieu grec, a-t-on dit, a réutilisé la presque totalité de l'évangile de Marc. Il en a même fait, comme Luc, la charpente de son propre ouvrage. Toutefois, à la différence de Luc, il a, surtout pour le début, bien moins respecté la séquence de Marc, montrant par là qu'il n'avait pas, au premier chef, de préoccupations chronologiques, ou biographiques.

On peut d√©nombrer au moins 22 p√©ricopes de Marc que Matthieu grec a d√©plac√©es, dont 10 importantes que l'on peut citer :

  • Mt 8,14-17 = Mc 1,29-34
  • Mt 8,2-4 = Mc 1,40-45
  • Mt 9,2-17 = Mc 2,1-22
  • Mt 12,1-21 = Mc 2,23 --- 3,12
  • Mt 12,22-37 = Mc 3,22-30
  • Mt 12,46 --- 13,15 = Mc 3,31 --- 4,12
  • Mt 13,18-23 = Mc 4,13-20
  • Mt 13,31-32 = Mc 4,30-32
  • Mt 13,34-35 = Mc 4,33-34
  • Mt 10,1.9-14 = Mc 6,6 b-13

Il leur fait subir des sauts considérables, plaçant par exemple la guérison de la belle-mère de Simon-Pierre après l'enseignement sur la montagne ou le choix des Douze, alors que Marc et Luc la placent avant. Plaçant la guérison d'un paralytique et l'appel de Matthieu-Lévi après la tempête apaisée, alors que Marc et Luc l'ont avant. Etc.

Mais on observe un phénomène remarquable, c'est qu'à l'intérieur de ces péricopes déplacées, Matthieu grec conserve (malgré certains ajouts ou certaines suppressions, comme constamment) l'ordre originel de Marc que l'on retrouve en principe dans Luc (Luc, quant à lui, n'ayant pas déplacé le plus souvent ces péricopes).

On a l√† une preuve tangible, √† la fois du respect de Matthieu grec pour la teneur du r√©cit de Marc et de la v√©racit√© de la Th√©orie des deux sources. C'est bien Marc qui est le document-ma√ģtre que les deux autres synoptiques, et parfois m√™me Jean, ont d√©marqu√©.

Mais on doit constater aussi, autre ph√©nom√®ne remarquable, qu'√† partir de :

  • Mt 14,1 = Mc 6,14

Matthieu grec (sans doute Philippe) suit dorénavant très fidèlement la séquence de Marc (avec toujours des compléments ou des suppressions, et quelques interversions mineures) jusqu'à la fin (authentique) de cet évangile, bien plus fidèlement même que Luc, qui, lui, ampute de façon importante le texte de Marc, ou l'interrompt pour de longues plages d'insertions.

Les compléments ou les omissions de Marc, par Matthieu grec ou Luc, sont faits de façon indépendante par ces deux derniers évangélistes. Ce qui conforte encore la Théorie des deux sources.

Pour expliquer certains accords mineurs de Matthieu grec et Luc, contre Marc, certains exégètes allemands ont imaginé l'existence d'un état antérieur de Marc, l'Urmarkus, légèrement différent de celui que nous connaissons, que Matthieu grec et Luc auraient utilisé en commun.

Sans √™tre prouv√©e, on peut faire remarquer que cette proposition s'accorderait fort bien avec ¬ę l'hypoth√®se du diacre Philippe ¬Ľ. L'Urmarkus ne serait autre qu'une version priv√©e de Marc, non encore publi√©e, celle que Luc aurait communiqu√©e au diacre Philippe lors de son s√©jour en Palestine. Son auteur, Marc, l'aurait ensuite remani√©e quelque peu, avant publication.

Utilisation des logia, la source Q, par Matthieu grec

On d√©finit la source Q comme √©tant ce que les √©vangiles de Matthieu et de Luc ont en commun, en dehors de Marc. En ce sens la source Q n'est pas du tout un document hypoth√©tique, comme on le lit parfois ; mais elle peut fort bien √™tre reconstitu√©e.

Il y eut nécessairement une source commune pour Matthieu grec et Luc, en dehors de Marc.

Mais le probl√®me est qu'on ne peut pas d√©limiter ce document, ni m√™me lui assigner un ordre pr√©cis. On n'est pas s√Ľr du tout, on a m√™me la forte pr√©somption du contraire, que Matthieu grec et Luc ne l'ont pas rapport√© chacun in extenso. D'autre part les sentences qu'on y trouve, en plus de quelques rares r√©cits, ne sont pas donn√©es dans le m√™me ordre par Matthieu grec et Luc. Lequel des deux a le mieux respect√© l'ordre originel du document ?

De plus les citations de ce document ins√©r√©es par nos deux synoptiques ne sont pas, le plus souvent, faites mot √† mot, mais sous forme p√©riphrastique; plut√īt sens pour sens.

Pour la reconstitution de ce document on ne peut pas √©chapper √† des hypoth√®ses. Il semble que le plus vraisemblable soit d'admettre que Luc a mieux respect√© que Matthieu grec l'ordre et la teneur de la source Q, et qu'il l'a introduite telle quelle dans son √©vangile, dans deux plages principales :

  • Lc 6,20 --- 8,3
  • Lc 9,51 --- 18,14.

On peut y ajouter : Lc 22,30.

De plus il semble bien que :

  • Mt 3,7-10.12; 4,2-11a = Lc 3,7-9.17; 4,2b-13

fut aussi un document à part, qu'on peut, faute de preuve du contraire, assimiler à la source Q.

Les sentences, ou les discours, que Matthieu grec a en propre et qui ne figurent pas dans la source Q, telle que reconstitu√©e ci-dessus, peuvent √™tre, sans inconv√©nient, attribu√©s √† une source matth√©enne orale, car le diacre Philippe aurait √©t√© le confident de l'ap√ītre Matthieu avant son d√©part pour la mission.

Il ne semble pas qu'on puisse guère aller plus avant.

Ici donc, on identifie purement et simplement les logia du Seigneur dont l'existence est connue par la tradition et la source Q, définie par les exégètes allemands.

Matthieu grec, sans doute le diacre Philippe, aura utilisé très librement les deux traditions matthéennes, celle écrite en principe commune avec Luc, et celle orale qui lui est propre, en plus des résultats de son enquête personnelle et de ses souvenirs.

C'est lui-même qui aura traduit oralement, à l'intention de Luc, les documents hébreux, ou araméens, qu'il avait en sa possession.

La généalogie matthéenne du Christ

Article d√©taill√© : G√©n√©alogie de J√©sus.

Matthieu grec a mis en exergue la généalogie du Christ (cf. Mt 1,1-17), lui attribuant une importance apologétique considérable, que d'ordinaire les exégètes ne soulignent pas assez.

Cette généalogie résume à elle seule tout l'Ancien Testament, et le rattache au Nouveau. De fait pour nous, dans nos bibles, elle ouvre la lecture du Nouveau Testament.

Les évangiles de l'enfance, selon Matthieu grec

De m√™me pour les √©vangiles de l'enfance (cf. Mt 1,18 --- 2,23), Matthieu grec rapporte le point de vue de Joseph et des ¬ę fr√®res du Seigneur ¬Ľ, tandis que Luc (cf. Lc 1 --- 2) donnera le point de vue de Marie, sans doute √† travers le t√©moignage de l'ap√ītre Jean, pr√©alablement contact√© par lui.

Les faits racont√©s sont tr√®s diff√©rents, mais ils restent n√©anmoins conciliables et superposables. Il y eut tr√®s probablement concertation pr√©alable, √† ce sujet, entre Matthieu grec (Philippe) et Luc, car les propos de l'un et de l'autre sont exactement parall√®les, ou sym√©triques, dans leur √©vangile respectif. Les ex√©g√®tes ont souvent relev√© la convergence des affirmations biographiques, ou th√©ologiques, implicites, qui sont contenues dans ces deux r√©cits. Ainsi selon Joseph A. Fitzmyer (The gospel according to Luke I-IX, page 307) :

  • 1) La naissance de J√©sus est rapport√©e au r√®gne d'H√©rode.
  • 2) Marie, qui devient sa m√®re, est une vierge engag√©e envers Joseph, mais ils n'ont pas encore cohabit√©.
  • 3) Joseph est de la maison de David.
  • 4) Un ange venu du ciel annonce l'√©v√©nement de la naissance de J√©sus.
  • 5) J√©sus est lui-m√™me reconnu comme fils de David.
  • 6) Sa conception intervient gr√Ęce √† l'action du Saint-Esprit.
  • 7) Joseph est exclu de la conception.
  • 8) Le nom de ¬ę J√©sus ¬Ľ est prescrit par le ciel, avant la naissance.
  • 9) L'ange identifie J√©sus comme ¬ę Sauveur ¬Ľ.
  • 10) J√©sus est n√© apr√®s que Marie et Joseph ont commenc√© de vivre ensemble.
  • 11) J√©sus est n√© √† Bethl√©em.
  • 12) J√©sus s'installe, avec Marie et Joseph, √† Nazareth, en Galil√©e.

Les références sont dans Matthieu et dans Luc.

Bien que les faits racont√©s par Matthieu grec ne puissent √™tre prouv√©s historiquement, on remarque n√©anmoins combien ils sont conformes √† la psychologie des personnages qu'on conna√ģt par ailleurs, par exemple H√©rode, et aux mŇďurs du temps. Le cadre historique est incontestable, avec les derniers temps d'H√©rode puis sa succession.

Dès l'entrée, Jésus est présenté comme Sauveur (cf. Mt 1,21), Emmanuel (1,23), roi (2,2), Messie ou Christ (2,4), Fils de Dieu (2,15), en accomplissement de toutes les prophéties.


La Passion, la Résurrection, l'envoi en mission, dans Matthieu

Dans le récit de la Passion et de la Résurrection du Christ, comme de l'envoi en mission, Matthieu grec, comme les trois autres évangiles, suit très fidèlement le schéma de Marc, jusqu'à la fin authentique de cet évangile, qu'on situe en Mc 16,8.

Comme les autres, il le réécrit à sa manière, sans guère en changer la substance.

Matthieu grec confirme en particulier, comme Luc, la chronologie de Marc qui fait tenir l'Onction √† B√©thanie deux jours avant la P√Ęque (Mt 26,2), c√©l√©brer la Sainte C√®ne le soir m√™me de P√Ęque (26,17), et qui fait rester J√©sus au moins six heures en croix, le vendredi, apr√®s avoir √©t√© crucifi√© √† neuf heures du matin (cf. Mt 27,45).

Il rajoute seulement quelques √©pisodes, selon son enqu√™te personnelle :

  • Le r√©cit de la mort de Judas (Mt 27,3-10) dont on trouve une autre version, l√©g√®rement diff√©rente, dans les Actes des Ap√ītres (Ac 1,18-19) ; ce qui d√©montre encore une fois les liens √©troits qui peuvent exister entre le premier √©vangile et les Actes des Ap√ītres.
  • L'anecdote de la femme de Pilate qui intervient en faveur de J√©sus (Mt 27,19).
  • Le lavement ostentatoire des mains par le m√™me Pilate, se d√©solidarisant des assassins de J√©sus (Mt 27,24).
  • Les manifestions telluriques apr√®s la mort de J√©sus, et la r√©surrection de nombreux tr√©pass√©s (Mt 27,51b-53).
  • La garde du tombeau apr√®s la Passion, r√©clam√©e par les chefs juifs (Mt 27,62-66).
  • Le nouveau tremblement de terre et le spectacle grandiose de l'ange qui vient rouler la pierre du s√©pulcre, au moment de la R√©surrection (Mt 28,2-4).
  • Enfin la supercherie des chefs juifs pour nier la r√©surrection de J√©sus (Mt 28,11-15).

Apr√®s la R√©surrection, Matthieu grec, √† la diff√©rence de Luc et de la finale rajout√©e √† l'√©vangile de Marc (Mc 16,9-20) qui suit Luc et peut-√™tre Jean, apr√®s une premi√®re apparition du Christ aux saintes femmes (Mt 28,9-10), reporte les apparitions du Christ aux ap√ītres, et l'envoi en mission, en Galil√©e (Mt 28,16-20) o√Ļ l'ange (Mt 28,7) et J√©sus lui-m√™me (Mt 28,10) avaient donn√© rendez-vous aux disciples.

De même, l'évangéliste Jean placera une apparition du Christ à ses disciples, en Galilée, au bord du lac de Tibériade (cf. Jn 21).

Tout en suivant de très près la séquence de Marc, Matthieu grec l'a enrichie de nouveaux épisodes, abrégeant cependant la narration de Marc en certains endroits. Il semble avoir bénéficié d'une tradition propre, différente de celle de Luc, puisqu'il ne signale pas la comparution de Jésus devant Hérode (cf. Lc 23,8-12).

Une tradition matth√©enne orale ?

En plus d'une tradition matth√©enne √©crite, en principe commune avec Luc, et que, √† la suite des ex√©g√®tes allemands du XIXe si√®cle, on a affubl√©e du nom de ¬ę source Q ¬Ľ, il semble bien que le premier √©vangile a b√©n√©fici√© d'une source matth√©enne orale, sp√©ciale √† cet √©vangile.

Philippe avait connu personnellement l'ap√ītre Matthieu. C'est de lui qu'il avait re√ßu, comme des onze autres, le charisme du diaconat, et le mandat de la pr√©dication √©vang√©lique. (Cf. Ac 6,6; 8,1.14). C'est l'ap√ītre Matthieu qui, partant pour l'√©tranger (Rufin nous dit l'√Čthiopie : cf. H.E. III, 1, 1, traduction latine de Rufin), lui aurait remis son √©vangile aram√©en, en fait les logia, ou discours du Seigneur, avec la charge de les traduire et publier.

En plus de ces logia, le premier √©vangile nous transmet des renseignements pr√©cieux et originaux sur le douanier Matthieu, devenu l'un des Douze. Alors que Marc, suivi par Luc, nous raconte l'appel d'un certain L√©vi, fils d'Alph√©e, Matthieu grec nous apprend, dans le r√©cit parall√®le qu'il s'agit de Matthieu m√™me ; ¬ę Son nom √©tait Matthieu ¬Ľ (Mt 9,9), l'un des Douze (cf. Mc 3,18).

Donnant √† son tour la liste des ap√ītres, Matthieu grec mentionnerait que ce Matthieu √©tait publicain (cf. Mt 10,3).

C'est le premier √©vangile seul qui nous parlerait de la redevance du Temple acquitt√©e par J√©sus et Pierre (cf. Mt 17,24-27). On peut voir l√† une notation propre au collecteur d'imp√īt qu'√©tait Matthieu. Il donnait √† la monnaie de l'imp√īt son nom technique de ¬ę didrachme ¬Ľ. En v√©ritable sp√©cialiste des finances il nous apprenait qu'un stat√®re valait deux didrachmes (soit encore un t√©tradrachme) pour payer l'imp√īt susdit et qu'il suffirait donc pour deux personnes (cf. Mt 17,27).

Saint Matthieu, ap√ītre et scribe du Christ (en langue aram√©enne) se trouverait parfaitement d√©fini, √† la fin du discours parabolique : ¬ę ...scribe devenu disciple du Royaume des Cieux...semblable √† un propri√©taire qui tire de son tr√©sor du neuf et du vieux. ¬Ľ (Mt 13,52). Certains ex√©g√®tes (Bible de J√©rusalem) ont cru trouver l√† une signature discr√®te de l'√©vang√©liste primitif.

Le premier √©vangile nous rapporterait des paraboles remarquables, propres √† lui, qui mettraient en Ňďuvre l'argent: parabole du d√©biteur impitoyable, qui nous parlerait de 10.000 talents, somme colossale, et de cent deniers (cf. Mt 18,23-35) ; parabole des talents (cf. Mt 25,14-30), alors que Luc parlerait de mines (cf. Lc 19,11-27).

C'était le premier évangile qui dans la prière du Notre Père évoquerait la remise des dettes et les débiteurs (cf. Mt 6,12), tandis que Luc mentionnerait pour sa part la remise des péchés et le devoir de remettre à quiconque nous doit (cf. Lc 11,4).

C'√©tait le premier √©vangile seul qui donnerait le prix de la trahison de Judas : ¬ę Trente pi√®ces d'argent ¬Ľ (Mt 26,15), c'est-√†-dire trente sicles (et non trente deniers comme on le dit souvent), la valeur d'un esclave (cf. Ex 21,32), tandis que Marc (14,11) et Luc (22,5) ne feraient √©tat que d'une certaine somme d'argent. De m√™me Matthieu seul nous pr√©ciserait que Judas aurait rapport√© cette somme : ¬ę les trente pi√®ces d'argent, aux grands pr√™tres et aux scribes ¬Ľ (Mt 27,3) puis les auraient jet√©es, saisi de d√©sespoir, non dans le tronc mais dans le sanctuaire m√™me (naos) du Temple (cf. Mt 27,5).

De m√™me, dans le r√©cit de la R√©surrection, Matthieu grec serait seul √† nous dire que les grands pr√™tres et les anciens ¬ę donn√®rent aux soldats une forte somme d'argent, avec cette consigne : 'Vous direz ceci : ses disciples sont venus de nuit et l'ont d√©rob√© pendant que nous dormions'. ¬Ľ (Mt 28,12-13).

Philippe, héritier direct de Matthieu et dépositaire de son témoignage, aura voulu laisser sous le patronage de Matthieu seul le premier évangile tout entier, dans son édition définitive.

L'aspect pétrinien du Ier évangile

Les ex√©g√®tes ont souvent not√© le caract√®re p√©trinien du premier √©vangile. Plus que les deux autres synoptiques, il insistait sur la primaut√© de l'ap√ītre Pierre.

Cela n'a rien de surprenant si l'on admet que ledit premier √©vangile eut pour r√©dacteur principal, et final, le diacre Philippe. On conna√ģt par les Actes des Ap√ītres les rapports √©troits qu'avait entretenus Philippe avec le Prince des ap√ītres. Ordonn√© diacre √† l'initiative de Pierre, et par ses mains √† la t√™te des Douze, Philippe devait le recevoir maintes fois en Samarie ou ailleurs en Jud√©e (cf. Ac 6 --- 12). Le t√©moignage de Philippe dans le premier √©vangile, comme aussi dans les Actes, pouvait √™tre de premi√®re main.

Le premier √©vangile ajoutait au rapport de Marc, lui-m√™me collaborateur de Pierre et son interpr√®te, des d√©tails sur Pierre, ou des paroles le concernant, qui ne pouvaient gu√®re provenir que des confidences personnelles du chef des ap√ītres au diacre Philippe : la marche de Pierre sur les flots (cf. Mt 14,28-33), le Tu es Petrus (cf. Mt 16,17-19), peut-√™tre la redevance du Temple acquitt√©e par J√©sus et Pierre √† Capharna√ľm (cf. Mt 17,24-27). Ces faits ne nous sont connus que par la relation du premier √©vangile, ins√©r√©e dans la trame de Marc.

Le premier √©vangile √©tait celui de la pr√©dication du Royaume des Cieux. Mais ledit Royaume des Cieux ne se r√©alisait sur la terre que par le truchement d'une communaut√© de disciples, qui √©tait l'√Čglise; et cette √Čglise m√™me √©tait b√Ętie sur l'ap√ītre Pierre.

À la confession de foi de la messianité de Jésus, rapportée par Marc (8,29) et Luc (9,20), Matthieu grec (Philippe) avait rajoutée, dans la bouche de Pierre, la confession explicite de la divinité de Jésus (cf. Mt 16,16). C'était en réponse à cette dernière confession que Pierre s'était entendu institué, par le Christ, comme le majordome du Royaume des Cieux.

notes de références

  1. ‚ÜĎ Voir notamment Philippe Rolland, Les premiers √©vangiles. Un nouveau regard sur le probl√®me synoptique, LD, Paris, cerf, 1984
  2. ‚ÜĎ Blancheti√®re enqu√™te sur les racines juives du mouvement chr√©tien (CERF) p. 97

Voir aussi

Liens internes

Liens externes

Film

En 1964, sortait sur les √©crans un film √©crit et r√©alis√© par l'italien Pier Paolo Pasolini, L'√Čvangile selon saint Matthieu (titre original : Il vangelo secondo Matteo).

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