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ÉvangĂ©lisme

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Contexte

Christianisme
Protestantisme
Piétisme

Distinctions doctrinales

Inerrance biblique
Trinité
Nouvelle naissance
Plan de Salut
Élan missionnaire
Cf. Théologie évangélique

DĂ©nominations

Baptisme
Adventisme
Mennonitisme
MĂ©thodisme
PentecĂŽtisme
Cf. Églises Ă©vangĂ©liques

Dimensions du
christianisme évangélique

Évolution et expansion
Dimension ecclésiologique
Dimension sociologique
Dimension historique
Fondamentalisme
Dialogue interreligieux

L’évangĂ©lisme, ou protestantisme Ă©vangĂ©lique, est aujourd'hui le courant dominant du protestantisme en terme quantitatif. Il en reprĂ©sente son orientation « conservatrice Â». Il arrive frĂ©quemment que l'on s'y rĂ©fĂšre par d'autres noms, comme christianisme Ă©vangĂ©lique. Cet ensemble rĂ©unit des confessions du christianisme dans diverses Églises protestantes qui ont essentiellement en commun l'importance cruciale qu'elles accordent primo Ă  la conversion personnelle, relevant d'un choix personnel, suite Ă  l'expĂ©rience religieuse (la rencontre avec le Christ) et impliquant un changement radical de vie (« s'engager pour JĂ©sus Â»), et secundo Ă  une relation individuelle avec Dieu s'articulant trĂšs fortement autour de la lecture – gĂ©nĂ©ralement normative – de la Bible.

Le terme « Ă©vangĂ©lique Â», au dĂ©part simple adjectif dĂ©coulant du terme « Ă‰vangile Â» (voyez la page d'homonymie), a Ă©tĂ© pĂ©riodiquement appliquĂ© Ă  des groupes chrĂ©tiens, essentiellement protestants dĂšs la RĂ©forme, afin d'identifier ces groupes comme se voulant « Ă©vangĂ©liques Â» (evangelisch) en les diffĂ©renciant d'autres qui, du point de vue de ces premiers, le seraient un peu moins.

À partir de la fin du XVIIIe siĂšcle, ce terme (evangelical) commença Ă  ĂȘtre utilisĂ© dans le monde anglo-saxon pour dĂ©signer des groupements, internes au protestantisme cette fois, qui se distinguaient principalement tour Ă  tour par leur piĂ©tĂ©, leur attachement Ă  un rĂ©veil religieux ou Ă  l'orthodoxie. C'est ce sens anglo-saxon qui s'est imposĂ© en francophonie dans la seconde moitĂ© du XXe siĂšcle (en France, vers la fin des annĂ©es 1960). Le terme « Ă©vangĂ©lisme Â» dĂ©signe prĂ©cisĂ©ment cette tendance.

Aujourd'hui, le terme dĂ©signe de façon gĂ©nĂ©rique tous les groupes au sein des confessions protestantes (luthĂ©ranisme, presbytĂ©rianisme, anglicanisme, calvinisme, etc., et mĂȘme, Ă  la limite, certains catholiques) qui donnent une place importante ou prĂ©pondĂ©rante Ă  la conversion personnelle, Ă  la lecture de la Bible, et Ă  l'engagement militant[1]. D'autres groupes peuvent se rapprocher thĂ©ologiquement ou sociologiquement (c'est le cas de certains catholiques) de cette tendance sans pour autant ĂȘtre Ă©vangĂ©liques au sens strict.

D'un point de vue socio-historique, il apparaĂźt que l'Ă©vangĂ©lisme peut ĂȘtre Ă©galement dĂ©fini par deux critĂšres principaux :

  • le revivalisme, qui englobe les conceptions sur l'importance de la conversion individuelle en tant qu'appropriation personnelle du salut
  • et la prĂ©tention Ă  l'orthodoxie : l'autoritĂ© de la Bible et de sa pleine inspiration, la justesse de son contenu et la dĂ©fense subsĂ©quente des « vĂ©ritĂ©s chrĂ©tiennes Â»[2].


Sommaire

DĂ©sambiguĂŻsation

Ce sens anglo-saxon est le plus souvent Ă©voquĂ© dans les expressions comme « christianisme Ă©vangĂ©lique[3] Â» ou « (les) Ă©vangĂ©liques Â». Pourtant, la prĂ©tention Ă  ĂȘtre Ă©vangĂ©lique dĂ©borde le cadre des communautĂ©s spĂ©cifiquement dĂ©nommĂ©es comme telles, de sorte que, plus largement, « Ă©vangĂ©lique Â» peut, et Ă  certains Ă©gards devrait, ĂȘtre compris comme une maniĂšre de dire et de vivre la foi qui traverse des dĂ©nominations diverses[4]. À ce titre, par souci de clartĂ©, la distinction s'opĂšre entre « Ă‰glises de professants Â» d'un cĂŽtĂ© (qui sont des Églises Ă©vangĂ©liques au sens strict), et, au-delĂ  des cercles strictement Ă©vangĂ©liques, une tendance Ă©vangĂ©lique plus large dans le protestantisme (avec des Églises individuelles ou des Églises Ă©tablies Ă©tant, de ce fait, de tendance Ă©vangĂ©lique).

Beaucoup d'amalgames sont cependant dus à la polysémie du terme et à la confusion engendrée par son utilisation dans des circonstances qui ne se recoupent jamais totalement. L'évangélisme est à ne pas confondre avec

  • le conservatisme protestant, qui est une tendance s'attachant Ă  l'importance d'une comprĂ©hension plus traditionnelle des points focaux du christianisme (principalement sur le Christ et sa personne). Il n'en reste pas moins que le conservatisme sur des questions doctrinales, en mĂȘme temps que le progressisme sur des questions rituelles ou de thĂ©ologie pratique par exemple, a souvent influencĂ© l'Ă©volution du mouvement Ă©vangĂ©lique en Europe, et plus tardivement (annĂ©es 1920 et 1930) aux États-Unis ;
  • le fondamentalisme protestant, qui est un courant thĂ©ologique particulier du protestantisme Ă©vangĂ©lique, ici marquĂ© en particulier par le littĂ©ralisme biblique et la protestation, mais que l'on retrouve dans d'autres confessions chrĂ©tiennes ainsi que dans d'autres religions ;
  • l'Ă©vangĂ©lisation - Il y a parfois confusion entre « Ă©vangĂ©listes Â» (qui fait rĂ©fĂ©rence Ă  l'Ă©vangĂ©lisation) et « Ă©vangĂ©liques Â».

La sĂ©rie d'articles sur l'Ă©vangĂ©lisme concerne au premier chef les Églises de professants, « noyau Ă©vangĂ©lique, sĂ©parĂ© des Églises Ă©tablies Â»[5]. On ne saurait pourtant passer sous silence les rattachements immanquables qui existent entre les Églises de professants et les autres Églises de tendance Ă©vangĂ©lique mais n'Ă©tant pas dĂ©nommĂ©es comme telles, tout particuliĂšrement au sein des Églises Ă©tablies. On traitera donc aussi de ces derniĂšres, sans donc manquer de parler de la plus large tendance Ă©vangĂ©lique.

Églises Ă©vangĂ©liques – Approche ecclĂ©siologique

Article dĂ©taillĂ© : Organisation des Églises Ă©vangĂ©liques.

Henrik Lindell, journaliste français, Ă©crivait en juin 2006 dans les colonnes du magazine catholique TĂ©moignage chrĂ©tien :

« Les Ă©vangĂ©liques sont difficiles Ă  cerner comme groupe distinct. Comme chez les cathos, on y retrouve des communautĂ©s progressistes et conservatrices. Au sein du protestantisme, dont ils forment un des principaux courants, ils sont connus pour leur relative orthodoxie biblique, leur insistance sur la conversion personnelle, le sens de la communautĂ© professante et leur mĂ©fiance Ă  l'Ă©gard des grandes structures. À l'Ă©chelle de la planĂšte, il existe plusieurs centaines de millions d'Ă©vangĂ©liques, particuliĂšrement en AmĂ©rique, en Afrique et en Asie du Sud-Ouest. En Europe, ils s'imposent de plus en plus face aux Églises historiques. En France, selon un sondage de l'institut CSA pour RĂ©forme et La Croix il y a six mois, environ un quart des protestants (4% de la population) se dit proche des Ă©vangĂ©liques. Ils seraient aussi nombreux que les rĂ©formĂ©s. Les jeunes Français (18-24 ans) se sentent plus proches des Ă©vangĂ©liques [
] que des luthĂ©riens et rĂ©formĂ©s rĂ©unis. Â»

— Henrik Lindell, « Les oubliĂ©s du 20 heures. Les Ă©vangĂ©liques au-delĂ  des clichĂ©s Â», TĂ©moignage chrĂ©tien, no 3208 du 8 juin 2006, page 9

L'ensemble des Églises Ă©vangĂ©liques toutes confondues reprĂ©sente aujourd'hui autour de 500 millions de personnes dans le monde, les plaçant au deuxiĂšme rang parmi les religions issues du christianisme, aprĂšs le catholicisme romain. La foi Ă©vangĂ©lique serait la religion qui progresse le plus au monde. Le monde Ă©vangĂ©lique d'aujourd'hui est une vĂ©ritable mosaĂŻque. Il y rĂšgne une immense diversitĂ©, allant de gens extrĂȘmement ouverts sur le plan thĂ©ologique et ƓcumĂ©nique, Ă  d'autres extrĂȘmement fermĂ©s sur ces plans-lĂ , mais entre les deux, il y a place pour la variĂ©tĂ©. Et variĂ©tĂ© il y a aussi dans l'organisation : Ă©piscopalienne (sous l'autoritĂ© d'un seul, l'Ă©vĂȘque), presbytĂ©rienne (autoritĂ© du conseil des anciens) ou congrĂ©gationaliste (autoritĂ© de l'ensemble des membres de l'assemblĂ©e).

Bien qu'il y ait certains points que presque chaque dĂ©nomination Ă©vangĂ©lique partage avec d'autres (Églises de professants, points principaux de la profession de foi
), ces Églises se caractĂ©risent donc par une trĂšs grande diversitĂ©, tant dans l'organisation que dans les dogmes de foi, que dans le rapport Ă  la Bible, aux questions sociales ou Ă  l'ƓcumĂ©nisme.

Approche historique

Article dĂ©taillĂ© : Histoire du mouvement Ă©vangĂ©lique.

En Europe, la naissance des Églises Ă©vangĂ©liques se situe Ă  partir du XVIIIe siĂšcle et est issue des Églises protestantes traditionnelles (anglicane, rĂ©formĂ©e, luthĂ©rienne). On ne peut pas attribuer leur naissance Ă  un seul Ă©vĂšnement en particulier, mais la RĂ©forme radicale, les guerres du XVIĂš siĂšcle, la prise de parti de Luther en faveur de la noblesse allemande y ont leur part.

On peut citer les noms importants de penseurs anglo-américains John Wesley, Charles Spurgeon, Smith Wigglesworth qui sont considérés comme des fondateurs de la foi évangélique.

Approche théologique

Article dĂ©taillĂ© : ThĂ©ologie Ă©vangĂ©lique.

Profession de foi : un hĂ©ritage prĂ©cieux

Parmi les chrétiens, les évangéliques se distinguent particuliÚrement par leur piété et la place qu'ils accordent à la pratique de leur religion. Cela est tellement vrai que les sociologues les plus remarqués n'ont pas vraiment pu donner d'autre distinction de l'identité évangélique que dans ce que les évangéliques croient.

Ainsi n'est-il pas injuste de mentionner Ă  quel point ce que l'on peut appeler la « thĂ©ologie Ă©vangĂ©lique Â» s'appuie d'abord sur une profession de foi, singuliĂšrement porteuse d'identification, Ă©tant donnĂ© que c'est cette importance cruciale de la profession de foi elle-mĂȘme qui permet certaines particularitĂ©s socioreligieuses Ă©vangĂ©liques telles l'interdĂ©nominationalisme, l'ƓcumĂ©nisme des convertis, et la pensĂ©e globaliste.

La profession de foi[6] évangélique, ou l'expression des points de foi dans lesquels tous les évangéliques se retrouvent et qui fondent la théologie évangélique, se construit sur

  1. biblicisme :considĂ©rations sur la centralitĂ© de la Bible et l'approche que l'on en a (Ă©tude, interprĂ©tation), appelĂ©e bibliologie ;
  2. une christologie conservatrice : qui inclut la naissance virginale du Christ et le principe de l'Incarnation, la rĂ©alitĂ© et l'historicitĂ© de ses miracles et surtout de sa rĂ©surrection, des considĂ©rations variables sur la relation entre les rĂ©cits de l'Évangile et la rĂ©alitĂ© de la vie de JĂ©sus ;
  3. la doctrine du sacrifice subrogatoire de Christ : « AttachĂ© Ă  la Croix pour moi / Il a pris mon pĂ©chĂ©, il m'a dĂ©livrĂ©[7] Â»
  4. le conversionnisme : « reconnaĂźtre Â» l'Ɠuvre du Christ par repentance, et faire la dĂ©marche d'un choix personnel pour « recevoir Â» le « don Â» du salut inaliĂ©nable correspond Ă  une nouvelle naissance (ou rĂ©gĂ©nĂ©ration en langage thĂ©ologique), indissociable de la qualitĂ© de chrĂ©tien.

On ne peut poursuivre sans y ajouter d'autres Ă©lĂ©ments d'expression de la foi chrĂ©tienne traditionnelle et de la RĂ©forme protestante, moins particuliers aux Ă©vangĂ©liques :

En sociologie des religions, ces points de foi se traduisent par des attitudes sociologiques qui permettent d'identifier un comportement sociologiquement Ă©vangĂ©lique. Article dĂ©taillĂ© : Sociologie des mouvements Ă©vangĂ©liques.

Melting pot d’orientations thĂ©ologiques

Toutes les tendances Ă©vangĂ©liques confondues, qu'elles relĂšvent des Églises de professants ou d'autres dĂ©nominations, se retrouvent dans les grands traits de ce que l'on peut qualifier de thĂ©ologie Ă©vangĂ©lique. En fait, il n'y a pas d'autoritĂ© Ă©vangĂ©lique statuant sur la doctrine ; c'est un trait typique du protestantisme. On ne peut pas dĂ©signer de rĂ©fĂ©rence unique pour la thĂ©ologie Ă©vangĂ©lique, bien que certaines Églises dĂ©cident collĂ©gialement pour leurs communautĂ©s des orientations doctrinales dont l'application peut parfois aller jusqu'Ă  ĂȘtre trĂšs rigoriste, voire inflexible (sortant par lĂ  mĂȘme de la libre-pensĂ©e que l'on reconnaĂźt comme un fondement de la pensĂ©e protestante).

C'est différemment qu'il faut dire que les tendances évangéliques retrouvent dans leur théologie une dose variable des grands courants du protestantisme. Il en résulte que l'observateur aguerri reconnaßtra dans la théologie évangélique la patte

des courants auxquels chaque dénomination peut puiser variablement, en les articulant la plupart du temps avec les théologies principales qui fondent leur dénomination (calvinisme, méthodisme, luthéranisme, baptisme, pentecÎtisme).

Doctrinalisme et rigorisme

Depuis la seconde moitiĂ© du XXe siĂšcle, les protestants Ă©prouvent de plus en plus de difficultĂ© Ă  rĂ©flĂ©chir en termes de doctrine quand il est question des croyances principales. La question se pose avec plus d'acuitĂ© pour les Ă©vangĂ©liques qui, par la tradition d'attachement aux expressions traditionnelles de la foi chrĂ©tienne, la peur des hĂ©rĂ©sies et l'autoritĂ© confĂ©rĂ©e Ă  la Bible, ont constituĂ© un corps de croyances considĂ©rĂ©es comme essentielles. C'est ainsi que chez les plus fondamentalistes, certains points de doctrine se rĂ©vĂšlent plus proches de dogmes (dans la conception catholique qu'il faut en avoir) lorsque leur comprĂ©hension et leur interprĂ©tation est faite de façon rigoriste. C'est dans ces courants que la frontiĂšre entre thĂ©ologie, doctrine et dogme est la plus mince et la plus confuse.

Sans renier le caractĂšre essentiel de la profession de foi Ă©vangĂ©lique, d'autres courants Ă©vangĂ©liques plus sensibles au progressisme ont pĂ©riodiquement rĂ©vĂ©lĂ© leur ouverture Ă  des rĂ©flexions plus critiques sur les « vĂ©ritĂ©s chrĂ©tiennes Â», dans une dĂ©marche de dĂ©fense de ces vĂ©ritĂ©s (insistance sur la « saine doctrine», sound doctrine). La montĂ©e en force de ce courant – dĂ©sormais majoritaire – de l'Ă©vangĂ©lisme a commencĂ© Ă  se faire voir en particulier aux États-Unis (bien que ce courant existait en Europe, plus silencieusement, mais depuis plus longtemps) Ă  partir des annĂ©es 1920–1930. C'est en ce temps-lĂ  qu'un divorce marquĂ© a Ă©tĂ© consommĂ© entre Ă©vangĂ©liques fondamentalistes et les dĂ©nommĂ©s « nĂ©o-Ă©vangĂ©licalistes Â», que l'on nommera plus commodĂ©ment Ă©vangĂ©liques modĂ©rĂ©s. Dans les annĂ©es 1960–1970, les premiĂšres gĂ©nĂ©rations formĂ©es aux États-Unis[10] Ă  cette approche critique, interpellĂ©es par la sĂ©cularisation de la sociĂ©tĂ© amĂ©ricaine et par les mouvements de contre-culture, ont lancĂ© un renouveau de l'apologĂ©tique chrĂ©tienne (une apologĂ©tique dĂ©sormais enrichie de la dĂ©marche scientifique), dans un mouvement tendant Ă  imposer la notion de doctrine comme croyance vĂ©ritable et rationnelle, Ă  laquelle on adhĂšre par raisonnement et conviction plutĂŽt que par foi aveugle.

Une mouvance chrétienne plurielle

La diversitĂ© de ces mouvements est Ă  attribuer Ă  une caractĂ©ristique mĂȘme d’un des piliers du protestantisme, la Sola Scriptura (« l’Écriture seule Â»), Ă©tablissant la Bible comme l’autoritĂ© suprĂȘme en matiĂšre de foi (Ă  l’exclusion de la Tradition, en rupture avec le catholicisme romain) et l’ultime fondement de celle-ci, associĂ© Ă  un choix dĂ©libĂ©rĂ© pour le libre examen : le croyant est appelĂ© Ă  lire la Bible pour lui-mĂȘme et Ă  forger son avis sur base de sa propre critique et des Ă©clairages des spĂ©cialistes. C’est donc Ă  partir d’interprĂ©tations divergentes de certains points particuliers des Ă©crits bibliques (du canon protestant), ou alors d’emphase sur certains points non doctrinaux qui peuvent ĂȘtre ou ne pas ĂȘtre disputĂ©s, que des Ă©coles diffĂ©rentes se sont constituĂ©es en Églises, appelĂ©es dĂ©nominations.

Les « dĂ©nominations Â»

À ce jour, les principales dĂ©nominations Ă©vangĂ©liques sont :

Baptistes

Mennonites ou Anabaptistes

Voir aussi : Amish, Hutterite, Doukhobors, Brethren

Mouvement fondĂ© par des chrĂ©tiens rĂ©formĂ©s de l’Europe occidentale (Suisse, France, Belgique, Pays-Bas) au XVIe siĂšcle ; figure de proue : le rĂ©formateur nĂ©erlandais Menno Simons Ă  qui l’on doit le titre de cette dĂ©nomination. Strictement non violents, les mennonites furent dĂšs leur apparition les partisans d’une radicale sĂ©paration entre l’ordre religieux et l’ordre politique, prĂ©fĂ©rant se tourner vers le pacifisme et l’action sociale, selon la conception de l'Évangile enseignant qu'un chrĂ©tien doit porter du fruit. En mĂȘme temps, ils conçoivent que le baptĂȘme ne peut ĂȘtre reçu qu'aprĂšs demande, par un adulte consentant, chose inacceptable pour pratiquement tous Ă  l’époque ; ils n'hĂ©sitent donc pas Ă  prĂŽner le re-baptĂȘme des adultes (d’oĂč leur autre nom d’anabaptistes, littĂ©ralement « re-baptiseurs Â»). Cette attitude radicale leur valut de vifs dĂ©saccords des autres mouvements protestants (principalement luthĂ©riens et calvinistes), conjuguĂ©s aux hostilitĂ©s des catholiques, qui les cantonna dans une pratique secrĂšte de leur foi, et poussa un bon nombre d’entre eux Ă  s’exiler en AmĂ©rique du Nord. Les mennonites aujourd’hui reprĂ©sentent une branche assez rĂ©duite du protestantisme (1 million d'adhĂ©rents), quoique leur vif engagement pour l’action sociale et l’'apolitisme s’est traduit en associations et en rĂ©flexion sur les grandes questions dans la sociĂ©tĂ© moderne.

Adventisme

Mouvement issu de la prĂ©dication de l'AmĂ©ricain William Miller (1782-1849), fortement orientĂ©e vers l’eschatologie chrĂ©tienne, prĂȘchant notamment le retour en gloire du Christ sur terre (en latin Secundum Adventum Christi, d'oĂč le nom d'adventistes). Il connut un certain succĂšs puisque 50 000 millerites sont acquis Ă  sa cause en moins de quinze ans. Sur la base de calculs Ă  partir de la Bible (surtout le livre prophĂ©tique de Daniel), il avança que le Second AvĂšnement (ou Seconde Venue) du Christ devait se dĂ©rouler en 1844, cet Ă©vĂ©nement Ă©tant effectivement annoncĂ© dans la Bible mais sans datation explicite.

L’histoire lui ayant donnĂ© tort, la grande dĂ©ception donna un coup sĂ©vĂšre Ă  la popularitĂ© du millerisme. A la suite de cette « grande dĂ©ception Â» le mouvement se scinda en diffĂ©rentes branches adventistes. La plus connu est bien sur l’Église adventiste du septiĂšme jour. Il existe cependant d’autre dĂ©nominations adventistes comme la ConfĂ©rence GĂ©nĂ©rale de l’Église de Dieu (SeptiĂšme jour)[11], la ConfĂ©rence GĂ©nĂ©rale de la Foi Abrahamique[12] ou encore l’Eglise ChrĂ©tienne Adventiste[13]. Toutes ces Eglises ne pratiquent d’ailleurs pas toutes nĂ©cessairement le Sabbat, mais elles ont certaines doctrines en commun comme par exemple l'annihilationisme.

Ellen White (1827-1915) avec Église adventiste du septiĂšme jour jouera un rĂŽle important, sinon dĂ©terminant, dans la repopularisation du mouvement en arguant des erreurs d’interprĂ©tation de Miller et surtout de l’attachement au respect du jour du samedi (septiĂšme jour de la semaine juive) en tant que jour du repos plutĂŽt que le dimanche. D’aucuns, dans le milieu protestant, ont considĂ©rĂ© l’adventisme comme une secte.

Les principaux dĂ©saccords doctrinaux de Église adventiste du septiĂšme jour avec les autres mouvements Ă©vangĂ©liques et mĂȘme au sein de l'adventisme concernent :

  • l'autoritĂ© que donnent les fidĂšles Ă  Ellen White qui la considĂšrent comme une prophĂ©tesse,
  • ses prises de position doctrinales sur le sabbat (cependant certains pentecĂŽtistes[14], baptistes[15] et d’autres Eglises adventistes pratiquent Ă©galement le Sabbat),
  • la rigueur des codes vestimentaires et de mode de vie (interdiction formelle de la consommation du tabac et de boissons alcoolisĂ©es),
  • la tendance au lĂ©galisme (ici, un attachement rĂ©putĂ© erronĂ© et trop grand Ă  la Loi juive, ou Torah).

L'Église adventiste du septiĂšme jour a abandonnĂ© certaines positions qui faisaient l'objet de reproches comme l'excĂšs de leadership et de direction. NĂ©anmoins, leur position n’a pas vraiment changĂ© concernant le sabbat, les codes vestimentaires ou la consommation de l’alcool, par exemple. Il s’ensuit que L'Église adventiste du septiĂšme jour est probablement l'Église protestante qui a le plus de dĂ©saccords doctrinaux avec le reste des Ă©vangĂ©liques, si bien que leur classification parmi les Ă©vangĂ©liques ne va pas toujours de soi.

On a observé dans cette mouvance adventiste une tendance au rapprochement vers le christianisme protestant. De son cÎté, le reste du protestantisme a au cours des derniÚres décennies de plus en plus rejoint l'avis des adventistes sur l'imminence de la Seconde Venue du Christ, annonçant selon la Bible la fin des temps et le Jugement.

NĂ©anmoins, c’est au mouvement adventiste au sens large que l’on doit une partie importante de la littĂ©rature et de la pensĂ©e eschatologique chrĂ©tienne contemporaine, et une emphase plus forte sur l’hĂ©ritage judaĂŻque du christianisme et des doctrines chrĂ©tiennes.

MĂ©thodistes

FondĂ© par le prĂ©dicateur anglais John Wesley (1703-1791), qui n’avait pas pour visĂ©e de crĂ©er une nouvelle Église, en Angleterre et dans les colonies amĂ©ricaines. John Wesley est souvent considĂ©rĂ© comme l’un des pionniers du christianisme Ă©vangĂ©lique (bien que ce dernier ne portait pas encore de nom Ă  l’époque). L’apparition du mĂ©thodisme et la conception de Wesley sont, en effet, caractĂ©ristiques de traits principaux du christianisme Ă©vangĂ©lique : l’importance de la conversion personnelle, de la vie et du tĂ©moignage de foi, de l’étude de la Bible, de la musique pour la louange et l’adoration et de l’engagement social d'inspiration christique, et surtout de l’« annonciation Â» (ou : prĂ©dication) de l’Évangile chrĂ©tien, ou Ă©vangĂ©lisation.

Il convient de noter l'influence actuelle du mĂ©thodisme sur les « Ă‰glises historiques Â» et sa proximitĂ© avec, notamment, les Églises anglicanes ou rĂ©formĂ©es.

PentecĂŽtistes

Existant sous une forme classique depuis le dĂ©but du XXe siĂšcle, c'est aujourd'hui l’une des deux mouvances principales rĂ©pandues par le Renouveau charismatique initiĂ© dans les annĂ©es 1950, avec le plus de succĂšs dans les communautĂ©s afro-amĂ©ricaines des États-Unis, mais mondialement gĂ©nĂ©ralisĂ© et touchant mĂȘme 60 millions de catholiques. C'est Douglas Scott et son Ă©pouse, missionnaires anglais, qui ont fait connaĂźtre le pentecĂŽtisme en France dans une communautĂ© baptiste au Havre Ă  partir du 1er janvier 1930.
Le pentecĂŽtisme met l’emphase sur le Saint Esprit (considĂ©rĂ© comme manifestation spirituelle et continue de Dieu dans l’histoire humaine et dans les histoires des vies humaines) et ses dons, tels que prĂ©sentĂ©s dans le Nouveau Testament, surtout les Ă©crits pauliniens et les Actes des ApĂŽtres (glossolalie, guĂ©risons miraculeuses, et mĂȘme rĂ©surrections font partie de ces dons). Il s'attache, dans le cadre protestant – et encore plus depuis un mouvement appelĂ© « troisiĂšme vague Â» nĂ© aux États-Unis dans les annĂ©es 1980 – Ă  un retour le plus conforme possible Ă  l'Église primitive dĂ©crite dans ces livres. Dans la pratique religieuse, il se distingue fort du protestantisme traditionnel par un culte dynamique, trĂšs Ă©motionnel et charismatique, versant souvent Ă  l’exaltation et Ă  l’extase, voire Ă  la transe. Le pentecĂŽtisme a essuyĂ© de nombreuses critiques Ă  ses dĂ©buts, principalement issues des rangs piĂ©tistes et baptistes parmi les Ă©vangĂ©liques, qui le considĂ©raient alors comme une dĂ©formation de la spiritualitĂ© chrĂ©tienne. Certains courants d'inspiration pentecĂŽtiste sont considĂ©rĂ©s comme sectaires par l'Église Catholique, mĂȘme si aucun d'entre eux n'est considĂ©rĂ© comme tel par les diverses communautĂ©s pentecĂŽtistes, ni par la CommunautĂ© PentecĂŽtiste Mondiale (World Pentecostal Fellowship).[rĂ©f. nĂ©cessaire]

Assemblées de frÚres

Les églises appelées Assemblées de FrÚres sont apparues vers 1826 au sein de l'église anglicane (Irlande, Angleterre) et d'autres églises protestantes (France, Suisse...). John Nelson Darby, J.-G. Bellett et George Muller furent quelques pionniers de ce mouvement. Leur ligne théologique est de type réformé, avec comme axes majeurs:

  • L'importance de l'engagement personnel, qui les rapproche du courant Ă©vangĂ©lique.
  • La volontĂ© d'ĂȘtre rĂ©unis autour de JĂ©sus Christ (Le plus souvent dĂ©signĂ© par "Le Seigneur" ou "le Seigneur JĂ©sus" en Patois de Canaan), dans la simplicitĂ©, entre frĂšres (dans une dĂ©marche originellement piĂ©tiste).
  • Le sacerdoce universel sans nomination et spontanĂ© (absence de clergĂ© et de liturgie)
  • L'autonomie des Ă©glises locales, supervisĂ©es par des anciens (congrĂ©gationalisme)

Le mouvement s'est dĂ©veloppĂ© au XIXe en Europe et dans tous les pays anglo-saxons. Il s'est aussi implantĂ© en terre de mission (Afrique, Moyen Orient, Inde...) au XXe siĂšcle. Depuis 1848, il est scindĂ© en deux tendances: Les frĂšres « larges Â» et les frĂšres « Ă©troits Â». L'approche exclusive est incarnĂ©e par John Nelson Darby.

Les frĂšres larges (lors de la sĂ©paration) sont devenus les assemblĂ©es Ă©vangĂ©liques et se sont distancĂ©s de la « doctrine Â» de Darby (Open Brethren en Grande Bretagne, CAEF en France, AESR en Suisse...(maintenant intĂ©grĂ©es Ă  la FREE)). Ils donnent plus d'autonomie aux Ă©glises locales, sont plus ouverts aux autres croyants et aux changements doctrinaux, et sont plus actifs dans l'Ă©vangĂ©lisation. Leur nombre est Ă©valuĂ© Ă  2 millions dans le monde. Une autre partie de ces croyants sont restĂ©s attachĂ©s Ă  la « doctrine Â» de Darby et ont conservĂ© le nom d’AssemblĂ©es de FrĂšres ; ils sont plus interdĂ©pendants, plus conservateurs, trĂšs attachĂ©s Ă  la spontanĂ©itĂ© et la collĂ©gialitĂ© et forment plusieurs cercles de communion plus ou moins cloisonnĂ©s, des plus modĂ©rĂ©s aux plus Ă©troits. Ils sont moins de 500 000 dans le monde. Ils sont souvent qualifiĂ©s de "darbystes", mais ne se dĂ©signent eux-mĂȘmes que rarement ainsi  ; seulement comme des "chrĂ©tiens" cherchant Ă  appliquer de façon exacte les principes doctrinaux de la Bible.

Juifs messianiques

Le judaïsme messianique est un ensemble hétéroclite de mouvements religieux combinant une théologie chrétienne avec une pratique religieuse juive, en clair des Juifs affirmant la messianité de Yechoua (Jésus). Ces mouvements peuvent comporter aussi bien des membres en majorité Juifs que des membres en majorité chrétiens. Le groupe le plus connu, quoique pas le plus important en nombre, est le trÚs controversé Jews for Jesus. Ses buts affichés sont d'éduquer les chrétiens évangéliques sur les origines juives de leur foi, et de convertir les Juifs au christianisme.

Quoique beaucoup de Juifs messianiques soient ethniquement, et halakhiquement, Juifs (c'est-Ă -dire pourraient ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme Juifs mĂȘme selon les standards orthodoxes), le judaĂŻsme messianique n'est pas reconnu comme lĂ©gitime par quelque organisation juive que ce soit, y compris les Juifs rĂ©formĂ©s, Ă  part deux voix dissidentes et marginales de provenance rĂ©formĂ©e ou reconstructionniste, Ă  savoir la Rabbanit Carol Harris-Shapiro et le Rav rĂ©formĂ© Dan Cohn-Sherbok.

Les Juifs messianiques se reconnaissent généralement pour chrétiens, tout en soulignant l'importance de leur identité juive qu'ils tiennent à conserver, ainsi que certaines de leur traditions, pour autant qu'elles soient en accord avec l'Evangile.

La plupart des communautĂ©s messianiques sont regroupĂ©es au sein de l'IMJA (International Messianic Jewish Alliance), dont le siĂšge est aux États-Unis. La branche française de l'IMJA est l’AFJM (Alliance Francophone des Juifs Messianiques).

Avant 1939, le nombre de juifs messianiques Ă©tait estimĂ© Ă  100 000. AprĂšs la guerre et l'Holocauste, des communautĂ©s se reconstituĂšrent notamment aux États-Unis. Aujourd'hui ils seraient 500 000, principalement sur le continent amĂ©ricain.

Églises du RĂ©veil

Le pentecĂŽtisme a donnĂ© lieu Ă  la naissance de ce qu’on appelle les Églises de RĂ©veil, un ensemble lui-mĂȘme Ă©clatĂ© rĂ©unissant une variĂ©tĂ© d'unions d'Églises et d'institutions d'enseignement. Il connaĂźt aujourd’hui une grande expansion en AmĂ©rique du Sud (surtout au BrĂ©sil) et en Afrique subsaharienne.

Églises Libres et indĂ©pendantes ou Ă©vangĂ©liques charismatiques

Les Eglises Libres, dont les membres se disent "libristes", sont une branche dissidente de l'Eglise Réformée de France: en 1849 l'état décide de rémunérer les pasteurs en maintenant le Concordat de Napoléon, les privant ainsi de toute autonomie vis-à-vis du pouvoir. Les églises de la Réforme qui refusent cette tutelle font discidence et, en se regroupant avec d'autres églises protestantes indépendantes issues du réveil, créent "l'Union des Eglises Evangéliques Libres" dans le sens "indépendantes de l'état" et "fidÚles à l'Evangile" par opposition au courant libéral non confessionnel qui traversait l'Eglise Réformée à cette époque. Depuis, les choses ont bien changé et l'Union des Eglises Evangéliques Libres (UEEL) a rejoint la Fédération Protestante de France (FPF) mais pas l' Eglise Réformée de France (ERF). A titre d'exemple, Claude BATY, l'actuel président de la FPF (2008), est un pasteur issu de l'UEEL.

Il existe par ailleurs une mouvance d'Ă©glises Ă©vangĂ©liques indĂ©pendantes, dites "Ă©glises de frĂšres", oĂč il n'y a souvent pas de pasteur en titre (plusieurs membres expĂ©rimentĂ©s, appelĂ©s "anciens", mĂšnent la vie de l'Ă©glise) et donc pas de synode, il n'y a pas de liturgie ou bien elle est trĂšs allĂ©gĂ©e et flexible, elles ont une prĂ©dilection pour les mĂ©thodes les plus modernes d'exercice du culte et d'Ă©vangĂ©lisation, certaines ont une tendance charismatique. À dĂ©faut d’étiquette claire, ce sont souvent leurs membres qui se dĂ©clareront plus directement « Ă©vangĂ©liques Â», comme un catholique se dĂ©clarerait chrĂ©tien. Beaucoup de ces Ă©glises se sont regroupĂ©es en crĂ©ant l'Union des Eglises EvangĂ©liques de FrĂšres (UEEF) afin de s'intĂ©grer Ă  la FĂ©dĂ©ration Protestante de France et ne pas ĂȘtre confondues avec les sectes.

Le monde protestant et Ă©vangĂ©lique est donc trĂšs divers, Ă  l'image des membres de la FĂ©dĂ©ration Protestante de France, mĂȘme si beaucoup d'Ă©glises Ă©vangĂ©liques indĂ©pendantes n'y sont pas rattachĂ©es par souci de conserver leur indĂ©pendance.

L'Unité dans la foi

Les diversitĂ©s qui se rĂ©percutent en termes sociaux, culturels, politiques, ethniques et linguistiques autant que dĂ©nominationnels ne posent aux Ă©vangĂ©liques, paradoxalement peut-ĂȘtre, aucun problĂšme d'ordre doctrinal. C'est une consĂ©quence directe d'un autre pilier du protestantisme, celui de la Sola fide (« la foi seule Â») selon lequel, pour le dire simplement, peu importe la dĂ©nomination d'une personne, c'est sa foi seule et non ses actions qui sont vues par Dieu comme critĂšre pour trouver faveur Ă  ses yeux, et en fin de compte pour son salut ou non. Les Ă©vangĂ©liques sont, il semble, les moins frileux Ă  admettre que les membres de leur Église ou de leur dĂ©nomination ne seront pas nĂ©cessairement tous sauvĂ©s lors du Jour du Jugement. Aussi prĂ©fĂšrent-ils, sans distinction de dĂ©nominations (et quand bien mĂȘme le catholicisme romain n'est vu par eux que comme une autre dĂ©nomination), parler de l'Église (tout court) aussi appelĂ©e Église universelle Ă  la suite du Symbole des apĂŽtres (« Je crois en . . . la Sainte Église universelle . . . Â»), qui est Ă  comprendre comme l'ensemble des « vrais Â» croyants en Christ, sauvĂ©s par leur foi.

Article dĂ©taillĂ© : InterdĂ©nominationalisme.

Depuis un quart de siĂšcle, on observe dans les groupes protestants Ă  caractĂšre Ă©vangĂ©lique une tendance au rapprochement entre les diffĂ©rentes dĂ©nominations. Une politique volontariste pour l’ouverture Ă  tous, la minimisation des diffĂ©rences et la fuite du « dĂ©nominationalisme Â», en plus du fait du manque de distinction du christianisme Ă©vangĂ©lique en gĂ©nĂ©ral, l’amĂšne dĂ©jĂ  depuis longtemps aussi Ă  une tendance Ă  l’uniformisation sur base de ce qui les unit tous : l’attachement Ă  l’Écriture biblique en tant que fondement de leur foi.

La fuite de l’étiquette et de la catĂ©gorisation trop rapide les pousse Ă  dĂ©velopper des comportements ecclĂ©siastiques interdĂ©nominationnels. Ainsi, les chrĂ©tiens d’obĂ©dience Ă©vangĂ©lique auront une forte tendance Ă  se nommer simplement « chrĂ©tiens Â», Ă  avoir des pratiques ou activitĂ©s similaires en dehors du simple culte hebdomadaire instituĂ©, et Ă  dĂ©velopper un langage dont les fondements bibliques (afin d’éviter les particularismes et la labellisation) amĂšnent souvent certains Ă  le qualifier de « patois de Canaan Â». En guise d'exemples : dans ce « patois Â», se convertir est plus valablement remplacĂ© par l’expression « rencontrer JĂ©sus Â» ou « accepter Christ Â», pratiquer sa foi sera plutĂŽt appelĂ© « vivre en Christ Â», l’engagement Ă  la repentance est volontiers dĂ©signĂ© par l’expression « mourir au pĂ©chĂ© Â»â€Š

Cette tendance occasionne souvent une difficultĂ© de communiquer de façon comprĂ©hensible l’Évangile de maniĂšre directe aux non-convertis au christianisme Ă©vangĂ©lique (que le jargon Ă©vangĂ©lique anglo-amĂ©ricain appelle les unchurched ; comprenez ceux qui ne font pas (encore) partie de l'Église (universelle, sans considĂ©ration de dĂ©nominations)). Cette tendance force les Ă©vangĂ©lisateurs (c’est-Ă -dire, idĂ©alement dans le christianisme Ă©vangĂ©lique, tous les croyants) Ă  chercher une façon de communiquer l’Évangile de façon plus comprĂ©hensible dans le monde dĂ©veloppĂ© actuel, et par des moyens plus en phase avec le cadre sociologique de l’endroit d’évangĂ©lisation. C’est probablement l’un des Ă©lĂ©ments d’explication du succĂšs de la foi chrĂ©tienne Ă©vangĂ©lique aujourd’hui.

Notes et références

  1. ↑ Ces critĂšres sont dus au sociologue britannique David Bebbington. Il ajoute Ă  ceux-ci le caractĂšre central de la Crucifixion de JĂ©sus de Nazareth, (appelĂ© crucicentrisme), thĂšme rĂ©manant dans les prĂ©dications Ă©vangĂ©liques, et vue comme point tournant de l'histoire de l'humanitĂ©. C'est nĂ©anmoins le critĂšre le moins souvent retenu, peut-ĂȘtre parce que moins opĂ©rationalisable.
  2. ↑ Cf. Jean BaubĂ©rot, 2002, « Protestantisme Â», dans EncyclopĂŠdia Universalis. Paris : EncyclopĂŠdia Universalis, vol. 18, p. 1045, col. I.
  3. ↑ Il est nĂ©cessaire de mentionner que certaines Églises Ă©vangĂ©liques prĂ©fĂšrent se distancer de leur identitĂ© protestante. C'est le cas des Ă©vangĂ©liques qui se qualifient eux-mĂȘmes de « non dĂ©nominationnels Â», ou de certaines Églises pentecĂŽtistes.
  4. ↑ Il reste que dans ce cas, la variĂ©tĂ© devient tellement grande que le terme lui-mĂȘme risque d'en perdre de sa signification. D'oĂč la vision, plus commode, de l’évangĂ©lisme comme un phĂ©nomĂšne social religieux particulier d'un cĂŽtĂ©, ce dont nous traitons ici, et de l'autre cĂŽtĂ© du fait d'ĂȘtre Ă©vangĂ©lique comme un caractĂšre thĂ©ologique variablement observĂ© dans des Églises protestantes, voire catholiques. On peut consulter Ă  cet Ă©gard l'avis du sociologue français SĂ©bastien Fath qui privilĂ©gie la conception plus restreinte.
  5. ↑ SĂ©bastien Fath selon Religioscope, « Ă€ propos de l'Ă©vangĂ©lisme et des Églises Ă©vangĂ©liques en France – Entretien avec SĂ©bastien Fath Â», en ligne le 3 mars 2002.
  6. ↑ À titre d'exemple, on se rĂ©fĂšrera utilement Ă  la DĂ©claration de Foi des Églises Ă©vangĂ©liques de France, traduction de la Statement of Faith de (en) l'Alliance Ă©vangĂ©lique mondiale
  7. ↑ Cantique (hymne) classique « Quel Sauveur merveilleux je possĂšde Â» par le compositeur baptiste F. A. Graves (titre anglais de 1906 : « What a wonderful, wonderful Savior Â»).
  8. ↑ Mokhtar Ben Barka, 1998, Les Nouveaux rĂ©dempteurs : Le fondamentalisme protestant aux États-Unis. Paris, Atelier-Labor et Fides, [rĂ©f. nĂ©cessaire].
  9. ↑ Lire notamment « Ă‰glise (institution) Â», WikipĂ©dia, l'encyclopĂ©die libre, http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=%C3%89glise_%28institution%29&oldid=9245703 (Page consultĂ©e le aoĂ»t 13 2006)
  10. ↑ Et, certes, plus secondairement au Royaume-Uni, en Australie et en Nouvelle-ZĂ©lande
 mais Ă©galement en France.[rĂ©f. nĂ©cessaire]
  11. ↑ http://cog7.org/
  12. ↑ http://www.abc-coggc.org/
  13. ↑ http://www.adventchristian.org/
  14. ↑ http://www.tjc.org/landing.aspx
  15. ↑ http://www.pistis.org/

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