Europe Rhénane

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Europe Rhénane

Europe rhénane

Carte de l'Europe rhénane, un centre dynamique et ouvert

« Des routes et des villes, tout le secret de l’unitĂ© du monde rhĂ©nan Â» (Étienne Juillard, 1969). Au cƓur de l’Europe occidentale, l’Europe rhĂ©nane est l’un des lieux de puissance du monde et l’espace le plus dynamique d’Europe. Cet espace Ă©conomique original s’est construit Ă  travers l’Histoire le long de deux grands axes, jalonnĂ©s de villes puissantes : un axe continental, l’axe du Rhin, l’un des axes continentaux les plus importants du monde, et l’axe maritime de la mer du Nord, le « Northern Range Â», premiĂšre interface du monde. Principal enjeu des conflits europĂ©ens depuis la chute de l’Empire romain, l’Europe rhĂ©nane est aujourd’hui en grande partie intĂ©grĂ©e dans l’Union europĂ©enne (Suisse et Liechtenstein exceptĂ©s). On peut donc se demander en quoi, par ses axes et ses villes, l’Europe rhĂ©nane constitue-t-elle une zone de puissance au cƓur d’une Europe en construction ?

Sommaire

DĂ©finitions et caractĂ©ristiques de l’espace rhĂ©nan

DĂ©finitions

L’axe rhĂ©nan est inclus dans l’Europe rhĂ©nane, elle-mĂȘme incluse dans la mĂ©galopole europĂ©enne, elle-mĂȘme incluse dans le sous-continent europĂ©en.

Axe rhĂ©nan : Partie de l’espace rhĂ©nan comprenant le Rhin et ses zones proches, avec ses voies de communication parallĂšles et les villes proches (une trentaine de km de part et d’autre du fleuve). Europe rhĂ©nane ou Espace rhĂ©nan : Ensemble de rĂ©gions Ă  fortes densitĂ©s de population, de la Suisse aux Pays-Bas, parcourues par un vaste rĂ©seau de voies de communication, montrant un ensemble de villes de toute tailles historiquement liĂ©es au Rhin et Ă  ses affluents, de puissantes rĂ©gions industrielles, financiĂšres et d’activitĂ©s tertiaires (30 % du PIB de l’UE).

L’Europe rhĂ©nane correspond au carrefour entre le « Northern Range Â», premier interface maritime mondial, de Hambourg au Havre, et l’Axe rhĂ©nan, axe de l’Europe continentale. « Banane bleue Â», CƓur Ă©conomique de l’Europe, Dorsale europĂ©enne ou MĂ©galopole europĂ©enne : Zone Ă©conomique la plus puissante de l’Europe gĂ©ographique, du Nord de l’Angleterre au Nord de l’Italie par les Pays-Bas, la Belgique, l'Allemagne de l'Ouest et du Sud-Ouest, la France du Nord et de l’Est et la Suisse.

Une population nombreuse, généralement riche et bien formée

L’Europe rhĂ©nane compte prĂšs de 100 millions d’habitants (13 % de l’Europe gĂ©ographique), pour une superficie de 350 000 km2 environ. Les densitĂ©s de population sont donc trĂšs fortes, en moyenne de 280 hab.km-2, souvent comprises entre 100 et 200 hab.km-2 et dĂ©passant 200 hab.km-2 en de nombreuses rĂ©gions (Alsace : 212). Ces fortes densitĂ©s de population sont liĂ©es Ă  la prĂ©sence des villes et des voies de communication, mais les densitĂ©s de population rurale sont trĂšs fortes du fait d’une agriculture intensive ancienne, au dĂ©veloppement de la pĂ©riurbanisation et au dĂ©veloppement de l’industrie. La puissance Ă©conomique de cette rĂ©gion est donc une cause et une consĂ©quence de ces fortes densitĂ©s de population. Le PIB.hab.-1 y est donc plus Ă©levĂ© que la moyenne europĂ©enne (au-dessus de l’indice 100), surtout au Luxembourg, l’un des États les plus dĂ©veloppĂ©s du monde (indice 196), sauf en Lorraine et Nord-Pas-de-Calais (indices 86 et 84), vieilles rĂ©gions industrielles en difficile reconversion, avec de nombreux ouvriers et chĂŽmeurs. La population de l’Europe rhĂ©nane est donc assez riche, bien formĂ©e, ce qui constitue un atout pour le dĂ©veloppement Ă©conomique : main-d’Ɠuvre et marchĂ© de consommation.

Des environnements souvent favorables, parfois difficiles

Du Sud au Nord, l’Europe rhĂ©nane comprend des paysages variĂ©s : Alpes, Jura et Mittelland suisse [Moyen Pays], des massifs anciens forestiers (« WĂ€lder Â» en allemand), coupĂ©s par le Rhin. PrĂšs de ces massifs, on trouve d’importants gisements de charbon, aujourd’hui en dĂ©clin. Au Nord, c’est la grande plaine d’Europe du Nord qui s’étend du Bassin parisien Ă  la Russie.

  • Les Alpes suisses : Elles sont dĂ©veloppĂ©es et bien mises en valeur par l’agriculture de montagne orientĂ©e vers une production de qualitĂ© (fromages), l’industrie liĂ©e Ă  la main-d’Ɠuvre, aux transport et Ă  l’hydroĂ©lectricitĂ©, tourisme. En dĂ©pit des contraintes climatiques (neige) et topographiques (pentes), les Alpes suisses ont un PIB.hab.-1 comparable au reste du territoire de la Suisse.

C’est en grande partie du fait de la montagne alpine que les Suisses refusent d’entrer dans l’Union europĂ©enne. Elle souhaite conserver son agriculture de montagne, indispensable Ă  la gestion de cet espace : les alpages non fauchĂ©s favorisent les avalanches et les touristes aiment voir des espaces cultivĂ©s et non des dĂ©serts humains. Elle souhaite Ă©galement pouvoir gĂ©rer le passage des Alpes du Nord de l’Europe vers l’Italie et a ainsi su limiter le passage des camions en crĂ©ant une taxe de passage.

  • La vallĂ©e du Rhin : En Allemagne et en France, la vallĂ©e du Rhin a dĂ» ĂȘtre amĂ©nagĂ©e pour lutter contre les crues et assĂ©cher les nombreux marais (oĂč les batraciens du ried constituaient le menu principal des traditionnelles cigognes d’Alsace) par la construction de digues et permettre la navigation et la production d’hydroĂ©lectricitĂ©.
  • Les polders des Pays-Bas : Aux Pays-Bas, dĂšs le Moyen Âge, l’accroissement de la population est si Ă©levĂ© qu’il faut gagner sans cesse de nouvelles terres au dĂ©pens des eaux : ce sont les polders qui reprĂ©sentent aujourd’hui 75 % de la superficie du pays et donc 60 % de la superficie du territoire se situe Ă  une altitude moyenne de -3,5 m. De plus, le pays s’est affaissĂ© de 60 cm au cours du XXe siĂšcle. La densitĂ© de population y est de 420 hab/kmÂČ et les rĂ©sidences secondaires y sont interdites, faute de place.

À la suite de la violente tempĂȘte de 1953 (1 835 victimes, 6 % des terres agricoles du pays dĂ©vastĂ©es), le plan Delta, trĂšs coĂ»teux, rĂ©alisĂ© de 1958 Ă  2000, consiste en la construction de nouvelles digues aux bouches des grands fleuves (Rhin, Meuse, Escaut). Les NĂ©erlandais commencent Ă  rĂ©hausser toutes les digues pour faire face au rĂ©chauffement climatique qui aura pour consĂ©quence une remontĂ©e du niveau de la mer. Les barrages du plan Delta sont Ă  3,20 m au-dessus de la marĂ©e la plus haute. Un seul barrage sur l’Escaut a coĂ»tĂ© plus de 8 milliards de florins (3,8 milliards €)


Une métropolisation puissante

Le terme de mĂ©tropolisation dĂ©signe un mouvement accentuĂ© de concentration de population, d’activitĂ©s Ă©conomiques et donc de richesses dans les principales aires urbaines qui, de ce fait, continuent Ă  s’étendre aux dĂ©pens des autres villes.

CaractĂ©ristiques gĂ©nĂ©rales : des villes nombreuses, mais pas de ville gĂ©ante : La densitĂ© du rĂ©seau urbain de l’Europe rhĂ©nane est considĂ©rable, des agglomĂ©rations isolĂ©es aux vastes rĂ©gions urbaines, formant la MĂ©galopole europĂ©enne. Les villes ne sont donc jamais Ă©loignĂ©es de n’importe quel point de l’Europe rhĂ©nane, ce qui a deux consĂ©quences : les mĂ©tropoles, trop nombreuses et bien relayĂ©es par les grandes villes et les villes moyennes n’organisent pas un grand espace autour d’elles. Aucune de ces mĂ©tropoles n’a pu prendre la premiĂšre place : les mĂ©tropoles globales de l’Europe se localisent donc en dehors de l’Europe rhĂ©nane (Londres et Paris).

Les grands ensembles urbains : À partir de noyaux urbains anciens peu Ă©loignĂ©s, plusieurs conurbations sont apparues Ă  la fin du XIXe siĂšcle et au dĂ©but du XXe siĂšcle, consĂ©quence du dĂ©veloppement Ă©conomique liĂ© Ă  la RĂ©volution industrielle. Six grandes conurbations se disposent au sein de l’Europe rhĂ©nane : du Sud au Nord, on trouve successivement :

L’aspect des villes rhĂ©nanes : Les villes de l’Europe rhĂ©nane ont une structure en « rings Â» (anneaux) concentriques, sĂ©parant des espaces qui se sont dĂ©veloppĂ©s au fur et Ă  mesure de leur croissance. Le cas est trĂšs net Ă  Cologne ou Ă  Amsterdam. Leurs nombreux monuments tĂ©moignent de leur riche passĂ© historique. AprĂšs les destructions des guerres, beaucoup de villes se reconstruisent Ă  l’identique. À Francfort par exemple, on peut admirer la maison natale de Goethe, reconstruite Ă  l’identique aprĂšs 1945 !

Les hubs : Les « hubs Â» sont les aĂ©roports-pivots assurant les correspondances entre les lignes extĂ©rieures et intĂ©rieures. Ils permettent les transports rapides par avion vers le reste du monde : Francfort (9e rang mondial), Amsterdam (11e rang mondial) et Bruxelles (14e rang mondial).

Un double systùme d’axes de communication

Les axes de communication de l’Europe rhĂ©nane, d’une densitĂ© quasi unique au monde, sont de composante double : Nord – Sud et Est – Ouest.

L’axe Nord – Sud : L’axe de composante en gros Nord – Sud est l’axe rhĂ©nan, axe complet avec une grande voie navigable, le Rhin, plusieurs routes, autoroutes et chemins de fer parallĂšles (certains Ă  grande vitesse), ainsi que des conduits souterrains : un olĂ©oduc relie le port pĂ©trolier de Fos-sur-Mer Ă  Strasbourg et Karlsruhe ; un autre va de Rotterdam Ă  Francfort. Sur leur trajet, ces deux olĂ©oducs ont fixĂ© des raffineries et des complexes pĂ©trochimiques. Cet axe s’évase vers les diffĂ©rents ports de la « Northern Range Â» au Nord, limite ouverte de l’Europe rhĂ©nane, se rĂ©trĂ©cit dans une longue partie centrale, puis s’évase Ă  nouveau vers les diffĂ©rents cols alpins qui rejoignent l’Italie du Nord, au Sud de la MĂ©galopole europĂ©enne. Le Rhin et ses canaux parallĂšles (en Alsace) servent surtout au trafic de matiĂšres premiĂšres pondĂ©reuses comme le charbon, le bois, les pierres de construction, etc. Le trafic du Rhin qui est de 324 Mt Ă  la frontiĂšre entre l’Allemagne et les Pays-Bas, diminue vers l’amont du fleuve. Il est trĂšs important jusqu’à Duisbourg, port de la Ruhr et premier port fluvial d’Europe (100 Mt). À BĂąle, porte d’entrĂ©e de la Suisse, le trafic est de 26 Mt. Depuis 1959, les pĂ©niches au gabarit europĂ©en (c’est-Ă -dire supĂ©rieures Ă  1 500 t) peuvent y parvenir. Les autres ports principaux du Rhin sont Cologne, Mannheim et Strasbourg.

Les axes Est – Ouest : À partir de cet axe Nord – Sud, se greffent les rĂ©seaux Ouest – Est, parallĂšles au littoral, dont le « Northern Range Â» plus ou moins Ă©loignĂ©s, et reliant cette rĂ©gion centrale au reste de l’Europe par une sĂ©rie de routes, de chemins de fer et d’autoroutes ainsi que des voies d’eau. En Allemagne, le « Mittellandkanal Â» rejoint le Rhin et la Ruhr Ă  Hambourg et Berlin depuis 1938 et un canal relie le Neckar, affluent du Rhin, au Danube et Ă  la mer Noire depuis le 25 septembre 1992, permettant une liaison directe entre les deux grands fleuves europĂ©ens. Le projet de canal Rhin – RhĂŽne Ă  grand gabarit a Ă©tĂ© abandonnĂ© par le gouvernement français le 19 juin 1997 pour deux raisons principales : les nuisances Ă  l’environnement et le manque de trafic prĂ©visible. Aux intersections des principaux axes Nord – Sud et Est – Ouest, se localisent les grandes conurbations de l’Axe rhĂ©nan.

Le « Northern Range Â» : Du Havre Ă  Hambourg, il comprend une sĂ©rie de ports trĂšs importants Ă  l’échelle de l’Europe et du monde.

  • C’est l’interface maritime la plus puissante du monde : avec un trafic de plus de 800 Mt, ils reprĂ©sentent 44 % du trafic de l’ensemble des ports europĂ©ens et sensiblement autant que l’ensemble des ports nord-amĂ©ricains rĂ©unis et un peu plus que les ports de la MĂ©galopole japonaise. Deux grands ports dominent cet espace : Rotterdam aux Pays-Bas et Anvers en Belgique. Longtemps, les ports français ont eu une logique de dĂ©veloppement dans un cadre hexagonal, ce qui a nui Ă  leur dĂ©veloppement. Mais, il existe un grand nombre de ports trĂšs dynamiques (Hambourg, Le Havre, Amsterdam et Dunkerque pour les cinq suivants).
  • Un puissant interface maritime et continental : Cette grande façade maritime est nĂ©e de la pĂȘche au bord d’une mer jadis trĂšs poissonneuse (« Amsterdam s’est construite sur des carcasses de harengs Â») et se dĂ©veloppe grĂące au trafic avec le reste de l’Europe dĂšs le Moyen Âge avec la Hanse, puis du monde Ă  partir de la Renaissance. Les ports de la « Northern Range Â» sont bien reliĂ©s avec leur hinterland par un dense rĂ©seau de voies de communication. Depuis le 6 mai 1994, ils sont reliĂ©s Ă  l’Angleterre via Calais par le tunnel sous la Manche, empruntĂ© par une ligne de train Ă  grande vitesse, « Eurostar Â». Cette liaison s'ajoute aux multiples services de ferries qui assurent la liaison entre le continent et l'Angleterre.
  • Des sites portuaires variĂ©s et en constante Ă©volution : Presque tous ces ports (Dunkerque exceptĂ©) sont situĂ©s sur des embouchures de fleuves : Amsterdam sur un vieux bras du Rhin canalisĂ©, Rotterdam sur le Lek, bras secondaire du Rhin, Anvers sur l’Escaut. Les activitĂ©s industrielles principales sont le raffinage du pĂ©trole brut et la pĂ©trochimie ainsi que la mĂ©tallurgie et la construction automobile. Ces industries sont favorisĂ©es par la littoralisation de l’économie mondiale, les bas prix des services de transports maritimes (Le coĂ»t de transport de 1 t de charbon est de 14 € pour 10 000 km) et la possibilitĂ© de doser les importations suivant les cours des matiĂšres premiĂšres.
Ports 1938 1957 1970 1980 2002
Amsterdam 5,5  ? 21,3 22,0 70,0
Rotterdam 42,0 72,0 226,0 278,0 330,0
Anvers 23,0 37,0 78,0 82,0 135,0

Évolution du trafic des trois grands ports de la « Northern Range Â» (millions de tonnes)

Des espaces transfrontaliers

Le terme d’espace transfrontalier dĂ©signe un espace gĂ©ographique oĂč les relations sont intenses, malgrĂ© la prĂ©sence de frontiĂšres, qui tendent ainsi Ă  perdre leur rĂŽle de barriĂšre.

Le cas de la rĂ©gion de BĂąle : Le cas le plus caractĂ©ristique de ces espaces transfrontaliers est la rĂ©gion de BĂąle, au contact de la Suisse, de la France et de l’Allemagne, formant une Regio Basiliensis) :

  • Un important rĂ©seau de voies de communication terrestres montre les interrelations entre les zones proches de BĂąle, quel que soit le pays ;
  • L’aĂ©roport de BĂąle est situĂ© en territoire français, mais sa gestion est internationale (Suisse, France, Allemagne) ;
  • De nombreux frontaliers français (70 000 pour toute l’Alsace) travaillent en Suisse ou en Allemagne, oĂč les salaires sont plus intĂ©ressants et, en retour, il existe des relations Ă©conomiques (achats et loisirs) ainsi que de nombreuses relations culturelles, facilitĂ©es par des langues voisines (le dialecte alsacien est proche de l’allemand).

Une coopĂ©ration ancienne dans toute l’Europe rhĂ©nane : MĂȘme si les puissances politiques de l’Europe rhĂ©nane ont Ă©tĂ© adversaire, voire ennemies, les populations rhĂ©nanes ont toujours Ă©tĂ© en relations entre elles, ce qui fait de l’Europe rhĂ©nane un espace transfrontalier :

  • Dans les relations culturelles, l’universitĂ© de Heidelberg en Allemagne, crĂ©Ă©e en 1385, attire au Moyen Âge des Ă©tudiants de toute l’Europe et se veut la rivale de la Sorbonne parisienne ;
  • Dans le domaine financier, dĂšs le Moyen Âge, les puissants banquiers rhĂ©nans ont des bureaux dans l’ensemble de l’Europe rhĂ©nane, y compris Ă  Londres et Ă  Paris.

Les aspects rĂ©cents du fait transfrontalier : AprĂšs la Seconde Guerre mondiale, la crĂ©ation de la CECA (18 avril 1951) puis de la CEE (25 mars 1957) est en grande partie liĂ©e Ă  des RhĂ©nans comme Konrad Adenauer (maire de Cologne) ou Robert Schuman (nĂ© Ă  Metz). La mise en commun des productions de charbon et d’acier stimule les industries rhĂ©nanes alors Ă  leur apogĂ©e avant la crise des industries traditionnelles qui dĂ©bute dans les annĂ©es 1960. Les États et les rĂ©gions administratives de l’Europe rhĂ©nane tentent de dĂ©velopper des coopĂ©rations transfrontaliĂšres Ă  travers des « eurorĂ©gions Â» afin de dĂ©velopper l’économie et rĂ©aliser une restructuration des vieilles rĂ©gions industrielles : « Regio Basiliensis Â», « Sar – Lor – Lux Â» (Sarre, Lorraine, Luxembourg), Flandres – Kent – Nord-Pas-de-Calais. De plus, le tourisme se dĂ©veloppe du fait de la richesse des villes historiques et de l’attrait des sites. Il s’agit essentiellement d’un tourisme culturel et non d’un tourisme de masse comme dans l’Europe mĂ©diterranĂ©enne. Les activitĂ©s de loisirs se dĂ©veloppent Ă©galement, notamment par des parcs de loisirs.

De puissantes activitĂ©s Ă©conomiques basĂ©es sur l’industrie

La forte prĂ©sence de l’industrie

Une industrie omniprĂ©sente : L’industrie est prĂ©sente dans toute l’Europe rhĂ©nane, notamment dans l’Axe rhĂ©nan, aussi bien dans les villes que dans les campagnes. Presque toutes les branches industrielles y sont reprĂ©sentĂ©es. Les bassins d’emplois y sont donc largement imbriquĂ©s du fait des migrations pendulaires, c’est-Ă -dire des migrations quotidiennes entre les lieux de domicile et de travail.

Explications gĂ©nĂ©rales : L’Europe rhĂ©nane a traversĂ© toutes les rĂ©volutions industrielles et se modernise sans cesse grĂące Ă  des innovations techniques et Ă  l’investissement des profits rĂ©alisĂ©s par les entreprises :

  • Cette industrie est avant tout liĂ©e au savoir-faire de ses habitants, acquis depuis le Moyen Âge (textile) et renforcĂ©es ensuite, notamment par le dĂ©veloppement de l’enseignement technique, notamment en Suisse et en Allemagne ;
  • Elle est Ă©galement liĂ©e Ă  des ressources naturelles prĂ©sentes sur place comme le bois des nombreuses forĂȘts, le charbon (Ruhr, Lorraine, Wallonie, Nord-Pas-de-Calais), le fer (Lorraine) ou la potasse (rĂ©gion de Mulhouse) ;
  • D’autres ressources naturelles peuvent ĂȘtre importĂ©es (soie, coton, pĂ©trole, produits tropicaux comme le cacao) par les nombreuses infrastructures de transports qui servent Ă©galement Ă  exporter des produits finis.

La filiation des branches industrielles : À partir de l’artisanat traditionnel ou d’une industrie plus rĂ©cente, dĂ©rivent d’autres industries, du fait de et de l’utilisation du savoir faire de la main-d’Ɠuvre :

  • L’artisanat textile traditionnel, qui existait notamment dans les Pays-Bas et la Suisse, fait place Ă  des industries textiles mĂ©canisĂ©es au XIXe siĂšcle (vapeur puis Ă©lectricitĂ©) ;
  • L’artisanat mĂ©tallurgique traditionnel fait place au XIXe siĂšcle Ă  la sidĂ©rurgie permettant la fabrication de fonte et d’acier ;
  • L’industrie automobile et les constructions mĂ©caniques (machines-outils) dĂ©rivent du savoir-faire acquis dans la fabrication de machines pour le textile ou les mines. Sochaux est le site oĂč est nĂ©e la firme Peugeot, fabriquant des machines puis des automobiles (depuis 1898) et des bicyclettes, mais son siĂšge social est Ă  Paris. À l’écart de l’Axe rhĂ©nan, Stuttgart, grande ville industrielle, est le siĂšge de Mercedes Benz (automobiles, machines agricoles) et dĂ©veloppe aujourd’hui l’industrie Ă©lectronique (Bosch Â») ;
  • L’industrie chimique, trĂšs puissante en Allemagne (Rhin-Ruhr, Rhin-Neckar) et en Suisse (BĂąle) est nĂ©e Ă  partir des colorants pour les textiles et de la carbochimie (XIXe siĂšcle). Elle permet de dĂ©velopper les textiles synthĂ©tiques puis la pĂ©trochimie et se tourne vers l’industrie pharmaceutique aprĂšs 1945 ;
  • Les industries Agro-Alimentaires sont Ă©galement trĂšs prĂ©sentes, dominĂ©es par de grandes firmes transnationales comme « NestlĂ© Â» (Vevey, Suisse) et « Unilever Â» (Rotterdam-Londres, Pays-Bas et Royaume-Uni).

La crise des vieilles rĂ©gions industrielles : À partir des annĂ©es 1960 et surtout des annĂ©es 1970, les industries anciennes (mines, textile, mĂ©tallurgie, construction navale), nĂ©es au XIXe siĂšcle, ne sont plus compĂ©titives :

  • Les gisements de fer et de charbon s’épuisent ou ne sont plus rentables ;
  • La demande diminue, notamment dans l’industrie automobile ;
  • Les sites portuaires (« sur l’eau Â») sont beaucoup plus rentables ;
  • Le Japon et les NPI concurrencent fortement les industries europĂ©ennes.

L’exemple de la Ruhr : En RhĂ©nanie-Westphalie (Allemagne), la Ruhr (Ruhrgebiet en allemand) a longtemps Ă©tĂ© la rĂ©gion la plus puissante d’Europe jusque dans les annĂ©es 1970. Sa puissance Ă©tait basĂ©e sur l’extraction de l’énorme gisement de charbon (on pourrait exploiter le charbon encore 100-120 ans !) et la sidĂ©rurgie, avec de grands « Konzerne Â», comme Krupp ou Thyssen.

Pour faire face au chĂŽmage, l’économie de la Ruhr a dĂ» donc profondĂ©ment ĂȘtre transformĂ©e par des politiques de reconversion. Dans les annĂ©es 1960, l’État a fait contruire un rĂ©seau d’autoroutes et a encouragĂ© l’installation d’industries automobiles, alors fortes crĂ©atrices d’emplois. Des efforts ont Ă©tĂ© fait pour dĂ©velopper les emplois tertiaires et les emplois dans les nouvelles technologies (crĂ©ation d’une universitĂ© Ă  Bochum en 1965), pour permettre le tourisme et les loisirs sur les anciens sites industriels et pour amĂ©liorer l’environnement alors trĂšs polluĂ©.

La force du tertiaire supérieur

Le terme de tertiaire supĂ©rieur dĂ©signe le secteur tertiaire Ă  trĂšs forte valeur ajoutĂ©e : management, grandes compagnies de banque ou d’assurances, ingĂ©nierie, services aux entreprises. Il est prĂ©sent dans toutes les mĂ©tropoles de l’Europe rhĂ©nane, notamment Ă  Francfort (411 banques !), Ă  Amsterdam et Zurich, capitale Ă©conomique de la Suisse. La finance compte pour 40 % de la valeur ajoutĂ©e de la Suisse et 37 % au Luxembourg (220 banques). Le Luxembourg, le Liechtenstein et la Suisse sont rĂ©putĂ©s pour la garantie du secret bancaire. De plus, le Liechtenstein Ă©met des timbres trĂšs recherchĂ©s.

Les origines de la puissance de l’Europe rhĂ©nane

Une localisation au cƓur de l’Europe occidentale

MĂȘme si le Rhin a longtemps constituĂ© une frontiĂšre et l’Europe rhĂ©nane un espace politiquement divisĂ©, l’Axe rhĂ©nan a toujours Ă©tĂ© un axe de circulation des hommes, des marchandises et des capitaux.

L’évolution gĂ©opolitique : Sous l’Empire romain, l’Axe rhĂ©nan est la frontiĂšre entre les « Barbares Â» (les Germains) et les « CivilisĂ©s Â» (les Gallo-romains), cette frontiĂšre est matĂ©rialisĂ©e par le « limes Â», ligne de fortifications destinĂ©e Ă  empĂȘcher les pillages. Sous l’Empire de Charlemagne, de 800 Ă  843, l’Axe rhĂ©nan est unifiĂ©.

Le 8 ou 11 aoĂ»t 843, le traitĂ© de Verdun divise l’Empire carolingien. L’Europe rhĂ©nane appartient en grande partie Ă  la Francie mĂ©diane, vaste empire longiligne entre les futures France (« Francie occidentale Â») et Allemagne (« Francie orientale Â»), de l’Italie centrale (Sud de Rome) aux Pays-Bas.

Cet espace se divise ensuite en une multitude d’États, entre le royaume de France Ă  l’Ouest et l’Empire d’Autriche Ă  l’Est, de 1519 Ă  1806 qui luttent pour leur influence. Puis, l’Allemagne est dĂ©finitivement constituĂ©e en 1871 Ă  1945, trois guerres ont eu pour prĂ©texte le problĂšme des frontiĂšres franco-allemandes (problĂšmes de la RhĂ©nanie, de la Sarre et de l’Alsace-Lorraine). Cette histoire gĂ©opolitique explique :

  • L’absence de centralisation politique et de trĂšs grandes mĂ©tropoles ;
  • L’aptitude Ă  stimuler les initiatives Ă©conomiques rĂ©gionales ou locales ;
  • Le brassage continu d’hommes, de marchandises et de capitaux.

De 1618, dĂ©but de la guerre de Trente Ans, Ă  1945, fin de la Seconde Guerre mondiale, les guerres de l’Europe occidentale ont pour but de dominer cette ex-Lotharingie. À partir de 1951, la crĂ©ation de la CECA, de la CEE (1957) puis de l’Union europĂ©enne (1993) ont permis de rĂ©soudre le problĂšme des frontiĂšres d’Europe occidentale nĂ© en 843 et de crĂ©er un espace fonctionnel, c’est-Ă -dire un espace qui vit de relations intenses.[rĂ©f. nĂ©cessaire]

L’évolution urbaine et Ă©conomique en fonction des transports : Plusieurs gĂ©nĂ©rations de villes ou de dĂ©veloppement de villes se sont succĂ©dĂ© dans cette Europe rhĂ©nane :

  • Les villages-frontiĂšres du « limes Â», frontiĂšre fortifiĂ©e de l’Empire romain sont devenus des villes (Utrecht, Cologne, Mayence) ;
  • Du Moyen Âge au dĂ©but du XIXe siĂšcle, se sont construites des villes, sites de foires et capitales de fiefs princiers rivalisant pour ĂȘtre belles et attirantes ;
  • Lors de la RĂ©volution industrielle, des villes se dĂ©veloppent, en liaison avec l’exploitation des mines et l’industrialisation (villes de la Ruhr ou de la Sarre).

Vers 1225, l’ouverture de la route du col du Saint-Gothard, entre Zurich (future Suisse) et Milan (Lombardie) a permis le dĂ©veloppement de l’Europe rhĂ©nane, entre les deux grands pĂŽles Ă©conomiques du Moyen Âge que sont la Flandre (avec notamment Bruges) et l’Italie du Nord (Venise, Florence et Milan), au dĂ©triment de l’isthme français.

DĂšs le Moyen Âge, la naissance de la Suisse (1291) est liĂ©e en partie Ă  la volontĂ© des habitants des quatre cantons primitifs (Uri, Unterwald et Schwytz, qui donnera le nom au pays) de contrĂŽler le passage du col et d’en tirer des bĂ©nĂ©fices. La ville de Zurich, qui rejoint la ConfĂ©dĂ©ration en 1351, capte le trafic des diffĂ©rents cols, en tire profit (fourniture de moyens de transports, banques, compagnies d’assurances, bourse) et rĂ©investit ces capitaux dans l’industrie textile. Le dynamisme de la bourgeoisie est un trait commun Ă  toute l’Europe rhĂ©nane.

Au XIXe siĂšcle, les rĂ©seaux de transports modernes se dĂ©veloppent. DĂšs 1815, le Rhin est considĂ©rĂ© comme un bras de mer : la navigation y est libre, indĂ©pendante des États-riverains et non taxĂ©e, ce qui lance les travaux d’amĂ©nagements pour les navires modernes, Ă  partir de 1831. Des conventions internationales sont signĂ©es Ă  nouveau Ă  Mayence (1831) et Mannheim (1868) oĂč naĂźt la Commission Centrale pour la Navigation du Rhin, basĂ©e Ă  Mannheim de 1868 Ă  1919, puis Ă  Strasbourg : c’est la plus ancienne organisation internationale.

Le capitalisme rhénan

Le capitalisme rhĂ©nan se constitue dĂšs le Moyen Âge par un puissant rĂ©seau de banques, d’assurances, de foires puis de bourses. Le dĂ©veloppement du protestantisme Ă  partir de la Renaissance le favorise car pour les protestants, gagner de l’argent serait une preuve de l’amour de Dieu. AprĂšs 1945, se dĂ©veloppe l’économie sociale de marchĂ©, caractĂ©ristique du capitalisme rhĂ©nan, oĂč la recherche de la productivitĂ© se fait en conciliant la recherche du profit et la paix sociale :

  • Les salaires sont parmi les plus Ă©levĂ©s d’Europe ;
  • Les syndicats, trĂšs puissants, participent Ă  la gestion des entreprises ;
  • Les nĂ©gociations sociales sont menĂ©es avant les grĂšves qui sont donc rares, mais dures ;
  • Dans certains cas, le paternalisme est pratiquĂ© pour Ă©viter les rĂ©voltes des ouvriers.

Les limites de la puissance de l’Europe rhĂ©nane

Les rĂ©gions Ă  la fois concurrentes et complĂ©mentaires : Paris, Londres, l’Italie du Nord et Berlin

On peut remarquer que certaines de ces régions appartiennent également à la Mégalopole européenne.

Londres et Paris : Au Royaume-Uni et en France, ont eu lieu des tentatives de dĂ©centralisation Ă©conomique au sein de territoires marquĂ©s par la prĂ©dominance Ă©conomique de Londres et de Paris dans les annĂ©es 1950 Ă  1980. Puis, Ă  partir des annĂ©es 1990, ces deux États abandonnent cette politique afin de crĂ©er des pĂŽles de puissance dans une Europe qui s’adapte Ă  la mondialisation. Sans dominer l’Europe rhĂ©nane, ces deux mĂ©gapoles ont leur propre logique d’accumulation de capitaux, de population, de production et de culture. Depuis le dĂ©but du XXe siĂšcle, Paris, capitale Ă©conomique et politique de la France tend Ă  rĂ©cupĂ©rer tous les siĂšges sociaux de province : le siĂšge de Peugeot est Ă  Paris. La concentration des entreprises tend Ă©galement Ă  regrouper les siĂšges sociaux dans les villes mondiales.

L’Italie du Nord : L’Italie du Nord (et surtout le triangle GĂȘnes – Turin – Milan) est la rĂ©gion la plus dĂ©veloppĂ©e d’Italie, sixiĂšme puissance mondiale. Mais, l’Italie souffre d’un manque de firmes transnationales et d’un certain retard dans les nouvelles technologies. Une association avec des entreprises rhĂ©nanes pourrait ĂȘtre une solution.

Berlin : AprĂšs la rĂ©unification allemande (3 octobre 1990), Berlin (3,5 millions d’habitants) a Ă©tĂ© choisie comme capitale de la nouvelle Allemagne, au dĂ©triment de Bonn, le « Bundesdorf Â» rhĂ©nan, mĂȘme si quelques ministĂšres y sont restĂ©s. Berlin est excentrĂ©e en Allemagne et possĂšde peu de siĂšges sociaux par rapport Ă  l’Allemagne rhĂ©nane, mais se situe Ă  proximitĂ© des pays d’Europe centrale et orientale, intĂ©grĂ©s Ă  l’Union europĂ©enne en 2004 et 2007 et l’Allemagne y pratique des investissements depuis 1990.

Les régions en crise

Dans l’Europe rhĂ©nane, les rĂ©gions en crise sont surtout des vieilles rĂ©gions industrielles, nĂ©es lors de la RĂ©volution industrielle :

Cependant, dans le contexte gĂ©ographique et Ă©conomique de l’Europe rhĂ©nane trĂšs dynamique, ces rĂ©gions souffrent moins que d’autres plus pĂ©riphĂ©riques (Écosse, Pays de Galles, Asturies
) car elles bĂ©nĂ©ficient de leur localisation favorable : infrastructures de transports et de communication, capitaux et environnement industriel moderne.

Un espace saturé et pollué

Entre Mannheim et la Ruhr, au cƓur de l’Axe rhĂ©nan, le trafic quotidien est de 70 000 vĂ©hicules pour les autoroutes, 200 trains de voyageurs et 200 de marchandises et de 82 bateaux sur le Rhin. La plupart des axes terrestres, notamment routiers, sont saturĂ©s, ce qui nĂ©cessite de nouveaux amĂ©nagements coĂ»teux et aussitĂŽt saturĂ©s, tandis que les riverains protestent de plus en plus contre les nuisances qu’ils engendrent (syndrome « NIMBY Â» ou « Not In My Back Yard Â»). La Suisse refuse le passage des camions Ă  travers son territoire et lance deux grands projets de ferroutage Ă  travers les Alpes :

L’environnement est menacĂ© par la croissance industrielle. Le 1er novembre 1986, l’incendie des usines « Sandoz Â» Ă  BĂąle dĂ©verse 1 500 t de produits chimiques dans le Rhin, provoquant une grave pollution. Les cinq États du bassin mettent alors en place une gestion commune de l’environnement du fleuve. AprĂšs plus de 20 ans, le Rhin est le fleuve le plus propre d’Europe d’un point de vue physico-chimique, mais pas encore selon les normes bactĂ©riologiques, bien que le Saumon y ait Ă©tĂ© rĂ©introduit.

Le réveil des périphéries européennes depuis les années 1960

Comme dans la « Sun Belt Â» amĂ©ricaine, les pĂ©riphĂ©ries europĂ©ennes se rĂ©veillent Ă  partir des annĂ©es 1970. Des industries s’y installent du fait d’un plus bas coĂ»t de la main-d’Ɠuvre. L’Axe rhĂ©nan est donc concurrencĂ© par :

  • Le dĂ©veloppement de l’Europe atlantique ;
  • L’intĂ©gration de l’Europe mĂ©diterranĂ©enne ;
  • L’ouverture de l’Europe orientale.

De plus, avec l’ouverture de l’Europe de l’Est, l’Axe rhĂ©nan pourra ĂȘtre concurrencĂ© par des axes parallĂšles plus orientaux (notamment un axe Hambourg – Berlin – Prague – Vienne) ou par les axes Est – Ouest qui connaissent un net regain.

Le dĂ©veloppement des nouvelles technologies se fait dans tout l’espace rhĂ©nan, mais un peu moins que dans les pĂ©riphĂ©ries europĂ©ennes.

La fin du capitalisme rhĂ©nan ? : l’exemple de l’Allemagne

La force de l’économie allemande avant 1990 : DĂšs la fin du XIXe siĂšcle, les banques sont trĂšs puissantes et contrĂŽlent les entreprises. L’Allemagne est la deuxiĂšme puissance Ă©conomique mondiale dĂšs le dĂ©but du XXe siĂšcle. La RFA a connu une forte croissance aprĂšs la deuxiĂšme Guerre mondiale : les Ă©conomistes Ă©voquent le « miracle allemand Â». Les grands Konzerne comme Siemens, Thyssen ou Bayeriche Motoren Werke ont des activitĂ©s variĂ©es et contrĂŽlent de nombreuses filiales et PME sous-traitantes. De plus, l’État a favorisĂ© une monnaie forte, le Deutsch Mark : les exportations sont gĂȘnĂ©es donc les entreprises sont obligĂ©es de rester compĂ©titives. L’Allemagne a acceptĂ© l’euro, mais a su imposer Francfort comme siĂšge de la BCE aux États-membres de l’Union europĂ©enne.

Crise et renouveau : Depuis 1990, l’Allemagne est en crise ; sa croissance est faible et le taux de chĂŽmage est Ă©levĂ©. Le coĂ»t important de la rĂ©unification n’est pas le seul facteur d’explication. RĂ©Ă©lu en 2002, le chancelier Schröder (SPD) lance deux axes prioritaires pour sa politique Ă©conomique :

  • La consolidation des finances publiques, avec un grand programme d’économies dans les dĂ©penses de santĂ© et une augmentation de la durĂ©e des cotisations pour la retraite car le taux de natalitĂ© de l’Allemagne est trĂšs bas et la population vieillit rapidement ;
  • La rĂ©duction du chĂŽmage par une augmentation de la flexibilitĂ© des emplois et la baisse des dĂ©penses publiques consacrĂ©es Ă  l’emploi.

Les Ă©lections de 2005 portent au pouvoir une alliance CDU-SPD (6 ministres de droite, 8 de gauche), avec le chancelier Angela Merkel (de l’ex-RDA), illustre bien la contradiction de l’Allemagne qui souhaite Ă  la fois conserver son modĂšle social et dĂ©velopper une modernisation forcĂ©ment coĂ»teuse pour sa sociĂ©tĂ©.

De mĂȘme, la croissance Ă©conomique stagne en Suisse dans les annĂ©es 1990 et les NĂ©erlandais doivent renoncer Ă  une partie de leurs acquis sociaux. En juin 2005, comme les Français, ils votent Ă  une large majoritĂ© contre le TCE (TraitĂ© constitutionnel europĂ©en), jugeant ce texte trop libĂ©ral.

La montĂ©e de l’intolĂ©rance

Dans de nombreuses parties de l’Europe rhĂ©nane, on assiste Ă  la montĂ©e de l’extrĂȘme droite et parfois Ă  des actions racistes. Ces votes traduisent l’inquiĂ©tude des populations vis-Ă -vis des mutations du monde. Voir l'exemple de la poussĂ©e du Vlaams Belang en RĂ©gion Flamande (Belgique).

Conclusion

Ce sont donc conjointement les axes de communication et les villes qui sont l’origine et la consĂ©quence de la puissance de l’Europe rhĂ©nane. Par les villes situĂ©es le long de ces axes, s’est rĂ©alisĂ©e l’accumulation de capitaux nĂ©cessaires au dĂ©veloppement Ă©conomique. Par un effet de synergie, le dĂ©veloppement s’est maintenu tout le long de l’Histoire.

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