Eugénie de Montijo

ÔĽŅ
Eugénie de Montijo
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Impératrice Eugénie et Palafox.
Eugénie de Montijo
Portrait de l'Impératrice Eugénie par Franz Xaver Winterhalter (1864)
Portrait de l'Impératrice Eugénie par Franz Xaver Winterhalter (1864)

Pays Drapeau français Empire français
Titre Impératrice des Français
(1853 - 1870)
Autre titre Marquise d'Ardales (es)
Marquise de Moya (es)
Marquise d'Osera (es)
Comtesse d'Ablitas
Comtesse de Teba (es)
Comtesse de Ba√Īos
Comtesse de Mora
Comtesse de Santa Cruz de la Sierra
Vicomtesse de la Calzada
Prédécesseur Marie-Amélie de Bourbon-Siciles
(Reine des Français)
Successeur Suppression de l'Empire,
IIIe République
Distinctions Dame de l'Ordre de la reine Marie-Louise (en)
Biographie
Dynastie Palafox Page d'aide sur l'homonymie
Maison Bonaparte
Nom de naissance María Eugenia Ignacia Augustina Palafox de Guzmán-Portocarrero y Kirkpatrick de Closbourn
Naissance 5 mai 1826
Grenade, Flag of Spain (1785-1873 and 1875-1931).svg Royaume d'Espagne
D√©c√®s 11 juillet 1920 (√† 94 ans)
Madrid, Flag of Spain (1785-1873 and 1875-1931).svg Royaume d'Espagne
P√®re Cipriano Palafox y Portocarrero (es)
M√®re Mar√≠a Manuela Kirkpatrick (es)
Conjoint Napoléon III (1808-1873)
Enfants Louis Napoléon Bonaparte (1856-1879)

Blason de l'impératrice Eugénie.svg

Mar√≠a Eugenia Palafox de Guzm√°n-Portocarrero y Kirkpatrick de Closbourn, marquise d'Ardales, marquise de Moya, comtesse de Teba, comtesse de Montijo, dite Eug√©nie de Montijo, n√©e le 5 mai 1826 √† Grenade et morte le 11 juillet 1920 au palais Liria √† Madrid, est une personnalit√© politique fran√ßaise d'origine espagnole.

√Čpouse de Napol√©on III, empereur des Fran√ßais, et donc imp√©ratrice du 30 janvier 1853 au 11 janvier 1871, elle √©tait consid√©r√©e comme une des plus belles femmes de son √©poque.

Sommaire

Biographie

Sa famille

La famille impériale en 1865

Eugénie est née à Grenade en Espagne le 5 mai 1826 au 12 de la calle de Gracia[1]. Elle est la fille cadette du comte et de la comtesse de Teba.

Son p√®re, Don Cipriano Palafox de Guzm√°n y Portocarrero, comte de Teba, le fr√®re cadet du comte de Montijo - dont il reprendra plus tard le titre - s'√©tait ralli√© √† la France sous le Premier Empire. Officier d'artillerie, √† la t√™te des √©l√®ves de l'√Čcole polytechnique, il participa √† la bataille de Paris en 1814. Au regard du peuple espagnol, il est un ¬ę afrancesado ¬Ľ (c'est-√†-dire quelqu'un qui, pendant la Guerre d'Ind√©pendance espagnole, a pris le parti de la France, par souci de modernit√©).

Sa m√®re, Mar√≠a Manuela Kirkpatrick de Closbourn y Gr√©vign√©, mi-√©cossaise mi-espagnole, est la fille de l'√Čcossais William Kirkpatrick (en), qui fut notamment consul des √Čtats-Unis d'Am√©rique √† Malaga et la ni√®ce de la comtesse Mathieu de Lesseps. La famille Kirkpatrick (en) fut admise dans l'aristocratie espagnole et √©tait apparent√©e √† la noblesse √©cossaise de Closeburn (en).

Elle fut une grande amie de Prosper Mérimée, qui resta toute sa vie proche de sa fille et ne survécut pas à la chute de l'Empire.

La sŇďur a√ģn√©e de la future imp√©ratrice, Mar√≠a Francisca de Sales (1825-1860), connue sous le nom de Paca (diminutif de Fran√ßoise), h√©rita du titre Montijo et d'autres titres familiaux ; elle √©pousa le duc d'Albe, propri√©taire entre autres immenses biens, du palais Liria √† Madrid, o√Ļ mourut l'ex-imp√©ratrice soixante ans apr√®s sa sŇďur.

Eug√©nie, comtesse de Teba, mondainement connue avant son mariage, est √©duqu√©e √† Paris au couvent du Sacr√©-CŇďur, o√Ļ elle re√ßut la formation traditionnelle de l'aristocratie catholique de l'√©poque.

Le mariage

En 1849, lorsque Louis-Napol√©on Bonaparte devient pr√©sident de la R√©publique fran√ßaise, Eug√©nie de Montijo est √Ęg√©e de 23 ans, mais est c√©libataire ; elle appara√ģt avec sa m√®re aux bals donn√©s par le Pr√©sident au palais de l'√Člys√©e, et c'est l√† qu'elle rencontre le futur empereur Napol√©on III, avec qui elle se marie le 30 janvier 1853.

L'impératrice Eugénie

Aux Tuileries, dans sa communication[2] du 22 janvier 1853 devant le S√©nat, le Corps l√©gislatif et le Conseil d'√Čtat, l'empereur d√©clare :

¬ę Celle qui est devenue l'objet de ma pr√©f√©rence est d'une naissance √©lev√©e. Fran√ßaise par le cŇďur, par l'√©ducation, par le souvenir du sang que versa son p√®re pour la cause de l'Empire, elle a, comme Espagnole, l'avantage de ne pas avoir en France de famille √† laquelle il faille donner honneurs et dignit√©s. Dou√©e de toutes les qualit√©s de l'√Ęme, elle sera l'ornement du tr√īne, comme, au jour du danger, elle deviendrait un de ses courageux appuis. Catholique et pieuse, elle adressera au ciel les m√™mes pri√®res que moi pour le bonheur de la France ; gracieuse et bonne, elle fera revivre dans la m√™me position, j'en ai le ferme espoir, les vertus de l'Imp√©ratrice Jos√©phine. ¬Ľ

:

¬ę Je viens donc, Messieurs, dire √† la France : J'ai pr√©f√©r√© une femme que j'aime et que je respecte, √† une femme inconnue dont l'alliance e√Ľt eu des avantages m√™l√©s de sacrifices. Sans t√©moigner de d√©dain pour personne, je c√®de √† mon penchant, mais apr√®s avoir consult√© ma raison et mes convictions. ¬Ľ

L'acte du mariage civil est enregistr√© au palais des Tuileries dans la salle des Mar√©chaux, le 23 janvier 1853 √† 20 heures. Le mariage religieux suivra √† Notre-Dame de Paris le 30 janvier 1853. La commission municipale de la ville de Paris, le 26 janvier 1853, voulut offrir √† la nouvelle mari√©e une parure de diamants d'une valeur de 600 000 francs or. L‚ÄôImp√©ratrice remercie mais refuse le collier, pr√©f√©rant que soit cr√©√© avec cet argent un √©tablissement d‚Äô√©ducation gratuite pour des jeunes filles orphelines pauvres. Le b√Ętiment sera √©difi√© sur l'emplacement de l‚Äôancien march√© √† fourrages du Faubourg Saint-Antoine, dans le 12e arrondissement de Paris. C'est l‚Äôarchitecte Jacques Hittorff qui sera charg√© de sa conception, il donnera aux b√Ętiments la forme d‚Äôun collier. L'√©cole inaugur√©e le 28 d√©cembre 1856, prendra le nom de Maison Eug√®ne-Napol√©on en l‚Äôhonneur du jeune prince imp√©rial, n√© en 1856.

Louis-Napoléon, le prince impérial né le 16 mars[3] 1856, assure la succession de l'empire. Le 17 au matin, une salve de cent un coups de canon annonce ce grand événement au pays. L'empereur a décidé qu'il serait parrain et l'impératrice marraine de tous les enfants légitimes nés en France en cette journée du 16 mars.

¬ę L'Imp√©ratrice venait de remplir sa principale mission. Elle avait donn√© √† son √©poux un fils, et √† l'Empire un h√©ritier. L'enfant √©tait n√© un jour de triomphe, le jour des Rameaux... Ce qui charmait surtout l'heureuse m√®re, c'est que cet enfant si d√©sir√© √©tait non seulement un fils de France, mais un fils de l'√©glise et que, filleul du Pape, la b√©n√©diction du Saint-P√®re planait sur son berceau[4]. ¬Ľ

Le 17 juillet suivant, l'empereur rédige à Plombières-les-Bains les dispositions concernant la régence[5], qu'il confie à l'impératrice.

¬ę (article 2)- Si l'Empereur mineur monte sur le Tr√īne sans que l'Empereur son p√®re ait dispos√©, par acte rendu public avant son d√©c√®s, de la R√©gence de l'Empire, l'Imp√©ratrice M√®re est R√©gente et a la garde de son fils mineur. ¬Ľ

L'opposition

L'impératrice Eugénie par Winterhalter (1854)

Surnomm√©e Badinguette par les opposants √† l'Empire (en r√©f√©rence au sobriquet donn√© au futur empereur suite √† sa c√©l√®bre √©vasion du fort de Ham, avec le concours de Henri Conneau, d√©guis√© avec la veste de travail d'un ma√ßon de ce nom), ces derniers pr√©textent de son √Ęge avanc√© de vingt-sept ans et de sa beaut√© qui a tourn√© bien des t√™tes pour lui faire une mauvaise r√©putation. Victor Hugo ose m√™me √©crire: ¬ę l'Aigle √©pouse une cocotte ¬Ľ et une √©pigramme malveillante et anonyme a couru dans Paris :

¬ę Montijo, plus belle que sage,
De l'empereur comble les vŇďux :
Ce soir s'il trouve un pucelage,
C'est que la belle en avait deux[6]... ¬Ľ

D'une beauté éclatante selon les canons de l'époque, elle avait acquis une grande liberté d'allure, était passionnée et séductrice, voire provocante, avec retenue.

Son culte sentimental pour Marie-Antoinette est illustr√© par le portrait en robe ¬ę √† paniers ¬Ľ par Franz Xaver Winterhalter (92,7 x 73,7 cm, Metropolitan Museum of Art, New York) reproduit ci-joint.

Maxime du Camp, dans ses souvenirs, √©crivit d'elle : ¬ę :...Je dirais volontiers : ¬ę c'√©tait une √©cuy√®re ¬Ľ. Il y avait autour d'elle comme un nuage de cold cream, de patchouli ; superstitieuse, superficielle, ne se d√©plaisant pas aux grivoiseries, toujours pr√©occup√©e de l'impression qu'elle produisait, essayant des effets d'√©paules et de poitrine, les cheveux teints, le visage fard√©, les yeux bord√©s de noir, les l√®vres frott√©es de rouge, il lui manquait, pour √™tre dans son vrai milieu, la musique du cirque olympique, le petit galop du cheval martingal√©, le cerceau que l'on franchit d'un bond et le baiser envoy√© aux spectateurs sur le pommeau de la cravache. ¬Ľ

Le jeune Julien Viaud (l'écrivain Pierre Loti) qui la vit passer un jour à Paris dans un landau, en garda un souvenir ébloui qu'il évoqua dans ses souvenirs.


La politique

Sur le plan politique, catholique ultramontaine, elle veut que la France soutienne le pape Pie IX par les armes (cr√©ation du corps des zouaves pontificaux), alors que Napol√©on III √©tait favorable √† la lib√©ralisation des autres √Čtats italiens.

Elle soutient contre les Anglais le projet français d'ouverture du canal de Suez, et en 1869 après un passage à Istanbul, une visite officielle qui a marqué les relations franco-turques pendant de longues années, elle alla l'inaugurer en personne avec les principaux monarques européens dont l'empereur François-Joseph.

Le Palais de Beylerbeyi, au bord du Bosphore, est construit sp√©cifiquement pour l'accueillir pendant le s√©jour durant lequel elle visite, parmi tant d'autres lieux, le patriarcat arm√©nien catholique et le lyc√©e Saint-Beno√ģt.

Elle pousse √† l'invasion du Mexique, qui se solde par un d√©sastre ; elle prend parti pour l'Autriche, et contre la Prusse, ce qui fait le jeu du premier ministre prussien, le comte de Bismarck. Par ailleurs, elle est r√©gente de l'Empire lors du voyage de l'empereur en Alg√©rie 1865 et en juillet 1870 apr√®s la d√©claration de guerre et la capture de son mari par les Prussiens; elle essaye de g√©rer de son mieux la d√©b√Ęcle.

Une lettre du roi de Prusse Guillaume Ier

Le 23 octobre 1870, l'imp√©ratrice Eug√©nie, r√©fugi√©e en Angleterre, √©crit au roi de Prusse Guillaume Ier en tentant de l'amener √† renoncer √† l'Alsace ; d√®s le 26, le souverain allemand r√©pond par un refus.

¬ę Madame,

J'ai revu la lettre que Votre Majest√© a bien voulu m'adresser et qui a √©voqu√© des souvenirs du pass√© que je ne puis me rappeler sans regrets !
Personne plus que moi ne déplore le sang versé dans cette guerre qui, Votre Majesté le sait bien, n'a pas été provoquée par moi.
Depuis le commencement des hostilités ma préoccupation constante a été de ne rien négliger pour rendre à l'Europe les bienfaits de la paix, si les moyens m'en étaient offerts par la France. L'entente aurait été facile tant que l'Empereur Napoléon s'était cru autorisé à traiter et mon gouvernement n'a même pas refusé d'entendre les propositions de Jules Favre et de lui offrir les moyens de rendre la paix à la France. Lorsque à Ferrière des négociations parurent être entamées au nom de Votre Majesté, on leur a fait un accueil empressé et toutes les facilités furent accordées au Maréchal Bazaine pour se mettre en relation avec Votre Majesté, et quand le général Boyer vint ici il était possible encore d'arriver à un arrangement si les conditions préalables pouvaient être remplies sans délai. Mais le temps s'est écoulé sans que les garanties indispensables pour entrer en négociations eussent été données.
J'aime mon pays comme vous, Madame, vous aimez le v√ītre, et par cons√©quent je comprends les amertumes qui remplissent le cŇďur de Votre Majest√© et j'y compatis bien sinc√®rement. Mais, apr√®s avoir fait d'immenses sacrifices pour sa d√©fense, l'Allemagne veut √™tre assur√©e que la guerre prochaine la trouvera mieux pr√©par√©e √† repousser l'agression sur laquelle nous pouvons compter aussit√īt que la France aura r√©par√© ses forces et trouv√© des alli√©s. C'est cette consid√©ration seule, et non le d√©sir d'agrandir une patrie dont le territoire est assez grand, qui me force √† insister sur des cessions de territoires, qui n'ont d'autre but que de reculer le point de d√©part des arm√©es fran√ßaises qui, √† l'avenir, viendront nous attaquer.
Je ne puis juger si Votre Majesté était autorisée à accepter au nom de la France les conditions que demande l'Allemagne, mais je crois qu'en le faisant Elle aurait épargné à sa patrie bien des maux et l'aurait préservée de l'anarchie qui aujourd'hui menace une nation dont l'Empereur pendant vingt ans avait réussi à développer la prospérité.
Veuillez croire, Madame, aux sentiments avec lesquels je suis de Votre Majesté le bon frère
Guillaume
Versailles, le 26 octobre 1870 ¬Ľ

En 1917, sous l'influence des √Čtats-Unis, les Alli√©s avaient fait savoir √† la France qu'il n'√©tait pas question de lui restituer de fa√ßon inconditionnelle l'Alsace-Lorraine qu'ils consid√©raient comme un territoire allemand. M√™me les socialistes fran√ßais partageaient ce point de vue.

C'est alors que l'ex-imp√©ratrice √©crivit[7] √† Clemenceau pour lui apprendre l'existence de cette lettre. Elle la lui c√©da en 1918 par l'entremise d'Arthur Hugenschmidt[8]. Le pr√©sident du conseil put ainsi la lire au cours d'une r√©union interalli√©e. Les termes ¬ę C'est cette consid√©ration seule, et non le d√©sir d'agrandir une patrie dont le territoire est assez grand, qui me force √† insister sur des cessions de territoires, qui n'ont d'autre but que de reculer le point de d√©part des arm√©es fran√ßaises qui, √† l'avenir, viendront nous attaquer ¬Ľ prouvaient √† l'√©vidence que le roi de Prusse ne r√©clamait pas l'Alsace en tant que territoire allemand, mais comme un glacis pour prot√©ger l'Allemagne. Le retour de l'Alsace-Lorraine fut alors inscrit parmi les buts de guerre.

Eugénie et les arts

L'impératrice Eugénie par Jean-Auguste Barre

Dans la vie culturelle de la cour et de la France, elle participe à la création du style Napoléon III (poirier noirci torsadé et incrustations de nacre ...), basé essentiellement sur l'inspiration, voire la copie, des styles passés, soutient son vieil ami Mérimée, inspecteur général des monuments historiques, fait en 1853 sénateur, puis commandeur et grand officier de la Légion d'honneur, Winterhalter, Waldteufel, Offenbach...

¬ę Vers 1865, l'ach√®vement par Lefuel des salons de l'imp√©ratrice aux Tuileries, dans le go√Ľt Louis XVI, cr√©√© un courant marqu√© en faveur du style Trianon (...) Le Louis XVI-Imp√©ratrice p√©n√®tre dans tous les int√©rieurs √©l√©gants. Pour la premi√®re fois depuis la duchesse de Berry, une volont√© f√©minine impose ses pr√©f√©rences mobili√®res (...) Eug√©nie a vraiment la passion de Marie-Antoinette. Non seulement elle d√©pouille √† son usage personnel le Garde-Meuble et m√™me le mus√©e du Louvre de leurs plus beaux meubles Louis XVI, mais elle en fait acheter sur sa cassette. Elle en meuble ses appartements priv√©s aux Tuileries, √† Saint-Cloud, √† Compi√®gne, o√Ļ les chefs-d'Ňďuvre d'Oeben, de Beneman, de Riesener, voisinent sans vergogne avec les confortables et les poufs capitonn√©s (..) elle commande √† ses √©b√©nistes des imitations qu'on pourrait qualifier d'admirables si des copies, m√™mes parfaites, pouvaient avoir valeur d'originaux. Georges Groh√© lui fournit les meilleures[9]. ¬Ľ


Quand Eugénie réclame à la République "ses" tapisseries...

(...) "A la cr√©ation du second Empire, les collections du Mobilier furent rattach√©es √† la Liste civile et de ce fait r√©sulta la fiction qu'elle appartenaient √† l'empereur (...). C'est ainsi que l'imp√©ratrice, lors de la liquidation de la Liste civile, put revendiquer sept tapisseries du Don Quichotte, √† fond jaune, qui d√©coraient sa villa de Biarritz et qui lui furent abadonn√©es moyennant l'indemnit√© d√©risoire de cent francs chacune : elles se vendraient aujourd'hui cent mille francs pi√®ce".

Fernand Calmettes, "Les tapisseries du Mobilier National" (La Revue de l'art ancien et moderne, n¬į68, 10/11/1902 p.378 - archives personnelles); sait-on √† qui l'ex-souveraine a ensuite donn√© ou l√©gu√© ces Ňďuvres d'art appartenant √† la Couronne de France ?


Le "style Napoléon III".

On cite le c√©l√®bre mot que lui r√©torqua en 1869 l'architecte Charles Garnier pr√©sentant au couple imp√©rial la maquette du nouvel op√©ra parisien :

¬ę Mais cela ne ressemble √† rien, Monsieur Garnier, cela n'a pas de style !
C'est du... Napol√©on III, Madame [10]! ¬Ľ

L'impératrice et la place des femmes

Ses amiti√©s dans la mouvance saint-simonienne lui donnent l'occasion de faire avancer la cause des femmes. Elle est personnellement intervenue en faveur de Julie-Victoire Daubi√© pour la signature de son dipl√īme du baccalaur√©at[11] ainsi que pour la remise de la L√©gion d'honneur au peintre Rosa Bonheur[12]. Elle obtient que Madeleine Br√®s puisse s'inscrire en facult√© de m√©decine.

Bijoux

L'imp√©ratrice poss√©dait une des plus importantes collections de bijoux de son temps; la plupart d'entre eux ont ensuite appartenu √† Aimee de Heeren[13],[14], qui collectionnait des bijoux et s'int√©ressait en m√™me temps √† la vie de l¬īimp√©ratrice.

Les deux femmes furent consid√©r√©es comme les "Reines de Biarritz" car elles pass√®rent l¬ī√©t√© sur la c√īte Basque, l¬īimp√©ratrice dans la "Villa Eug√©nie", aujourd¬īhui H√ītel du Palais que lui fit construire Napol√©on III en 1854 - √©difice reconstruit et agrandi en 1903, dont le plan est en forme de "E" majuscule - Aimee de Heeren s√©journa elle dans la villa "La Roseraie".

D¬īautres bijoux de l¬īimp√©ratrice se trouvent au Louvre, entre autres le diad√®me de perles qui appartenait auparavant √† un ami d'Aim√©e de Heeren, le prince von Thurn und Taxis, possesseur par h√©ritage d'un √©norme patrimoine artitisque.


Dernières années

Tombe de l'impératrice, de son époux et de leur fils.

Après la chute de l'Empire et la mort trois ans après de Napoléon III en Angleterre, elle laisse la direction du parti bonapartiste à Rouher, et se consacre à l'éducation de son fils.

Le prince impérial,Louis Napoléon Bonaparte (Prince impérial) est cadet de l'école militaire de Woolwich, puis versé dans un corps de cavalerie à destination de l'Afrique du Sud. Il est tué par les Zoulous le 1er juin 1879 à Ulundi (Natal, actuelle Afrique du Sud) lors d'une patrouille dans le bush. Une stèle commémorative fut posée sur ordre de la reine Victoria.

Un an après, Eugénie fait un pèlerinage au Zoulouland; elle voyage sous son incognito habituel de "comtesse de Pierrefonds".

En 1906 elle fut la marraine de la princesse Victoria de Battenberg, petite-fille de la reine Victoria du Royaume-Uni, lorsqu'elle est baptisée dans la religion catholique romaine pour pouvoir épouser le roi Alphonse XIII d'Espagne.

En 1892, afin de disposer de sa propre r√©sidence au Cap Martin et ne plus y √™tre l'invit√©e de son amie Elisabeth d'Autriche,(√Člisabeth Am√©lie Eug√©nie de Wittelsbach (24 d√©cembre 1837 √† Munich - 10 septembre 1898 √† Gen√®ve),imp√©ratrice d‚ÄôAutriche connue sous le surnom de Sissi)

Visitant vers 1910 son ancienne r√©sidence du Ch√Ęteau de Compi√®gne, devenu mus√©e, elle s'arr√™te pr√®s d'une fen√™tre, se met √† pleurer et fait un malaise en se rem√©morant cette √©poque; le guide l'interpelle pour continuer la visite : personne ne remarque alors qu'il s'agit de l'ex-imp√©ratrice des Fran√ßais et veuve de Napol√©on III. Seul un homme la reconna√ģt et lui apporte un verre d'eau[15].

Un de ses biographes raconte aussi que voulant cueillir en souvenir une fleur d'un rosier qu'elle y avait fait planter comme souveraine, elle se fit sermonner par le gardien qui ne l'avait pas reconnue.

Il semble que l'Imp√©ratrice ait jou√© un r√īle √† la fin de la Premi√®re Guerre mondiale, et √† la suite de la d√©faite allemande. En effet, celle-ci poss√©dait une lettre du roi de Prusse, confirmant le caract√®re fran√ßais de l'Alsace-Lorraine, lettre qu'elle avait pr√©cieusement conserv√©e. En 1918, les alli√©s anglo-am√©ricains, notamment le pr√©sident Wilson, font obstacle √† la revendication fran√ßaise sur les provinces perdues, o√Ļ ils ne voient que volont√© annexionniste. Georges Clemenceau rencontre alors l'Imp√©ratrice Eug√©nie, qui lui transmit la fameuse lettre, lui permettant de convaincre les alli√©s du bien-fond√© du rattachement de l'Alsace-Lorraine √† la France.

Morte à 94 ans au palais de Liria de Madrid en 1920 qui, incendié lors de la guerre civile espagnole de 1936, fut reconstruit après 1955 par la fille unique et héritière du 17e duc d'Albe, elle fut inhumée dans la crypte de la chapelle néo-gothique de l'abbaye Saint-Michel de Farnborough, nécropole qu'elle avait fait édifier pour son époux et son fils - enseveli dans l'uniforme anglais.

Lors de son enterrement, aucun repr√©sentant officiel du gouvernement r√©publicain fran√ßais ne vint, le Second Empire √©tant encore banni des m√©moires, mais un drapeau fran√ßais avait √©t√© plac√© sur le cercueil; l 'abb√© de Saint Michel l'enleva pour le remplacer par le drapeau anglais, et d√©clara : "Maintenant, reposez en paix, Votre Majest√©" [16].

Christian Estrosi eut en 2007[17] l'idée de faire "rapatrier" en France ces trois dépouilles impériales, contre l'avis des religieux qui demeurent encore aujourd'hui responsables du site de l'abbaye Saint-Michel.

Postérité

L'imp√©ratrice fait de Biarritz sa vill√©giature. Napol√©on III y fait construire en 1854 la villa Eug√©nie, l'actuel H√ītel du Palais; le b√Ętiment initial br√Ľla le 1er f√©vrier 1903, et fut reconstruit dans l'esprit d'antan mais en plus grand.

La station thermale d'Eugénie-les-Bains dans les Landes, créée en 1861, tient son nom de l'impératrice. Les eaux Saint-Loubouer, une des sources qui composera la nouvelle station sous le nom de Source Saint-Loubouer Impératrice, profitèrent ainsi de la notoriété qu'apportait l'impératrice aux stations thermales des Pyrénées voisines[18].

Elle a donné son nom au riz à l'Impératrice dessert fait de riz au lait et fruits au sirop.

mais aussi a une archipel L‚ÄôArchipel de l'imp√©ratrice Eug√©nie dans le Golfe de Pierre-le-Grand au Nord-Ouest de la Mer du Japon. Ces √ģles rel√®vent de la ville de Vladivostok.

La fraise Empress Eug√©nia, obtenue par le docteur Knewett d'Isleworth (en)[19], porte son nom, ainsi que la cerise Imp√©ratrice Eug√©nie[20].

Lors d'une de ses expéditions au Gabon l'explorateur Paul Belloni du Chaillu découvre dans le sud du pays dans la localité de Fougamou des chutes qu'il nomme "Chutes de l'Impératrice Eugénie" en son honneur.

Galerie

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir

Références

  1. ‚ÜĎ Genevi√®ve Chauvel, Inoubliable Eug√©nie, ed. Pygmalion, 1998, p 17 et S.
  2. ‚ÜĎ Lettres et m√©moires du XIXe Communication relative au mariage de l'Empereur
  3. ‚ÜĎ Son m√©decin accoucheur est le docteur Henri Conneau.
  4. ‚ÜĎ La cour du Second Empire (1856-1858),Arthur L√©on Imbert de Saint-Amand, ed. Dentu, 1898
  5. ‚ÜĎ Moniteur universel, 20 juillet 1856
  6. ‚ÜĎ Eug√®ne de Mirecourt, Les femmes galantes des Napol√©ons Tome I, p. 215, Jules Abelsdorf, Berlin 1862. Publi√© aussi chez Amazon et disponible sur Kindle
  7. ‚ÜĎ Cette lettre est conserv√©e aux Archives nationales.
  8. ‚ÜĎ G. Lacour-Gayet, L'Imp√©ratrice Eug√©nie, Moranc√©, Paris, 1925, p. 83.
  9. ‚ÜĎ Henri Clouzot, Le style Louis-Philippe - Napol√©on III, Larousse, 1939, pp.38 et 39 - archives personnelles
  10. ‚ÜĎ L‚ÄôOp√©ra de Charles Garnier sur le site du Mus√©e d‚ÄôOrsay.
  11. ‚ÜĎ Julie-Victoire Daubi√© premi√®re bacheli√®re en 1861
  12. ‚ÜĎ Rosa Bonheur, premi√®re femme artiste √† recevoir la L√©gion d'Honneur en 1865 de ses mains
  13. ‚ÜĎ Les Marguerites de l¬īimp√©ratrice et Aimee de Heeren
  14. ‚ÜĎ Aimee de Heeren portant les Marguerites
  15. ‚ÜĎ √Čmission Secrets d'histoire, ¬ę Eug√©nie, la derni√®re imp√©ratrice ¬Ľ, diffus√©e le 4 ao√Ľt 2010 sur France 2.
  16. ‚ÜĎ Emission "Secrets d'Histoire, "Eug√©nie, la derni√®re imp√©ratrice", diffus√©e le 4 ao√Ľt 2010 sur France 2.
  17. ‚ÜĎ d√©p√™che A.F.P du 9/12/07 cit√©e dans Cimeti√®res de France et d'ailleurs
  18. ‚ÜĎ Charles Corta: le Landais qui servit deux empereurs, Anne de Beaupuy, Claude Gay, ed. L'Harmattan, 2009
  19. ‚ÜĎ Bulletin de la Soci√©t√© pomologique de Londres, juillet 1856
  20. ‚ÜĎ Soci√©t√© nationale d'horticulture de France, 1854

Bibliographie

Voir aussi

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes

Liens externes

Voir aussi

Précédé par Eugénie de Montijo Suivi par
Marie-Amélie de Bourbon-Siciles
(1830 - 1848)
(reine des Français)
Blason de l'impératrice Eugénie2.svg
Impératrice des Français
1853 - 1870
√Člise Thiers
(1871 - 1873)
(épouse du Président de la République)

Wikimedia Foundation. 2010.

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Eugénie de Montijo de Wikipédia en français (auteurs)

Regardez d'autres dictionnaires:

  • Eug√©nie de Montijo ‚ÄĒ Empress consort of the French Countess of Teba and Marquise of Ardales Portrait by Franz Winterhalter Tenure ‚Ķ   Wikipedia

  • Eugenie de Montijo ‚ÄĒ Eug√©nie de Montijo Pour les articles homonymes, voir Imp√©ratrice Eug√©nie. Imp√©ratrice Eug√©nie, par Franz Xaver Winterhalter ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Eugenie de Montijo ‚ÄĒ Eug√©nie, Kaiserin der Franzosen Eug√©nie de Montijo, in der Langform auch Maria Eug√©nia Ignacia Augustina Palafox de Guzm√°n Portocarrero y Kirkpatrick, (* 5. Mai 1826; ‚Ć 11. Juli 1920) war als Ehefrau Napol√©ons III. von 1853 bis 1871 Kaiserin der… ‚Ķ   Deutsch Wikipedia

  • Eug√©nie de Montijo ‚ÄĒ Eug√©nie, Kaiserin der Franzosen Eug√©nie de Montijo, in der Langform auch Maria Eug√©nia Ignacia Augustina Palafox de Guzm√°n Portocarrero y Kirkpatrick, (* 5. Mai 1826 in Granada; ‚Ć 11. Juli 1920 in Madrid) war als Ehefrau Napol√©ons III. von 1 ‚Ķ   Deutsch Wikipedia

  • Ch√Ęteau de l'imp√©ratrice Eug√©nie de Montijo ‚ÄĒ Le ch√Ęteau de l imp√©ratrice Eug√©nie de Montijo situ√© √† Arteaga (Biscaye, Espagne) est un palais n√©o m√©di√©val, dot√©e d une tour n√©ogothique comme donjon inspir√©e de l architecture ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Montijo, Spain ‚ÄĒ Montijo   City   Spain Square ‚Ķ   Wikipedia

  • Eugenie-les-Bains ‚ÄĒ Eug√©nie les Bains Eug√©nie les Bains Pays      France R√©gion ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Montijo ‚ÄĒ hat folgende Bedeutungen: Montijo (Portugal), eine Stadt in Portugal im Distrikt Set√ļbal Montijo (Spanien), ein Ort in Spanien in der Provinz Badajoz Montijo (Panama), ein Ort in Panama Montijo Moniquir√°, ein Ort in der Provinz Santander,… ‚Ķ   Deutsch Wikipedia

  • Eugenie ‚ÄĒ Eug√©nie Cette page d‚Äôhomonymie r√©pertorie les diff√©rents sujets et articles partageant un m√™me nom. Eug√©nie est un nom propre qui peut d√©signer : Sommaire 1 Pr√©nom et origine 2 Personnages c√©l√®bres ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Eugenie ‚ÄĒ steht f√ľr: einen weiblichen Vorname als Abwandlung des Namens Eugen eine Pflanze aus der Gattung der Eugenien Eugenie oder Eug√©nie ist der Name folgender Personen: Elisabeth Amalie Eugenie (1837‚Äď1898), Kaiserin von √Ėsterreich Victoria Eug√©nie von ‚Ķ   Deutsch Wikipedia


Share the article and excerpts

Direct link
… Do a right-click on the link above
and select ‚ÄúCopy Link‚ÄĚ

We are using cookies for the best presentation of our site. Continuing to use this site, you agree with this.