Eucharistie

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Eucharistie
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Le terme Eucharistie (en grec ancien ΔᜐχαρÎčÏƒÏ„ÎŻÎ± / eukharistĂ­a, « action de grĂące Â») dĂ©signe, pour les chrĂ©tiens, la cĂ©lĂ©bration ou le mĂ©morial de la mort et de la rĂ©surrection de JĂ©sus de Nazareth, Ă  travers la proclamation de la Bible et Ă  travers une action de grĂące qui culmine avec le partage des Ă©lĂ©ments eucharistiques - le pain et le vin - qui sont, pour les chrĂ©tiens, le corps et le sang du Christ, offert en sacrifice sur la croix et ressuscitĂ©. L’Eucharistie est, pour les orthodoxes, les catholiques, les Anglicans, et d'autres Églises chrĂ©tiennes qui y reconnaissent un sacrement, l’actualisation de ce sacrifice. Elle se fonde sur la CĂšne, le dernier repas de JĂ©sus avec ses apĂŽtres.

Le premier terme pour dĂ©signer l’eucharistie fut « la fraction du pain Â», terme employĂ© trois fois dans le Nouveau Testament, plus cinq fois comme verbe.

L’Eucharistie est aussi communĂ©ment appelĂ©e communion, mot de mĂȘme signification que le mot cĂšne, mais d’origine latine (cena, le repas du soir, de communis, « commun Â»). Abusivement, le mot « eucharistie Â» est employĂ© pour dĂ©signer les Ă©lĂ©ments eucharistiques ; or l’eucharistie n’est pas une chose, mais une action et un sacrement.[rĂ©f. nĂ©cessaire]

Enfin, l'Eucharistie est aussi appelĂ©e traditionnellement le Saint-Sacrement ; ce terme s'applique essentiellement aux hosties consacrĂ©es (conservĂ©es dans le tabernacle ou exposĂ©es Ă  l'adoration des fidĂšles dans un ostensoir)[1].

Le mĂȘme mot eucharistie recouvre donc plusieurs significations : la Messe (en tant que cĂ©lĂ©bration) ; la communion (le fait de recevoir et consommer une hostie consacrĂ©e) ; le saint-sacrement (les hosties consacrĂ©es elles-mĂȘmes) ; l'action de grĂące (le fait de remercier Dieu, tout particuliĂšrement aprĂšs la communion). L'utilisation de ces diffĂ©rents termes plus spĂ©cifiques diminue les risques de confusions.

Sommaire

Fondements bibliques

La célébration de la Pùque juive

L’origine biblique de l’Eucharistie se place dans le contexte de la PĂąque juive, fĂȘte commĂ©morant la sortie d’Égypte par les HĂ©breux (livre de l’Exode). Cette fĂȘte s’étalait normalement sur 7 jours. Aujourd’hui, ce lien est rappelĂ© chaque annĂ©e Ă  l’occasion de la liturgie pascale : les liens entre ces deux fĂȘtes sont donc forts et actuels.

C’est pendant cette fĂȘte que JĂ©sus va instituer l’eucharistie : Le premier jour des pains sans levain, les disciples vinrent dire Ă  JĂ©sus : OĂč veux–tu que nous te prĂ©parions le repas de la PĂąque ? (Matthieu 26:17 et Marc 14:12 )

La CĂšne

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Pour la tradition chrĂ©tienne, l’Eucharistie fut instituĂ©e par le Christ le soir du Jeudi Saint, dans le cadre d’un repas pascal qui allait prendre un sens nouveau. Les Évangiles synoptiques (Matthieu, Marc, Luc) rapportent le rĂ©cit de l’institution, qui est prononcĂ© par le prĂȘtre ou un pasteur dans toute cĂ©lĂ©bration de l’eucharistie (sauf chez les Assyriens) :

La nuit mĂȘme oĂč il fut livrĂ©, il prit le pain, et en rendant grĂące il le bĂ©nit, il le rompit et le donna Ă  ses disciples, en disant : « Prenez, et mangez-en tous : ceci est mon corps livrĂ© pour vous. Â»
De mĂȘme, Ă  la fin du repas, il prit la coupe (le Saint Calice), et en rendant grĂące il la bĂ©nit, et la donna Ă  ses disciples, en disant : « Prenez, et buvez-en tous, car ceci est la coupe de mon sang, le sang de l’alliance nouvelle et Ă©ternelle qui sera versĂ© pour vous et pour la multitude en rĂ©mission des pĂ©chĂ©s. Vous ferez cela, en mĂ©moire de moi. Â»

Le repas eucharistique est rĂ©pĂ©tĂ© par le Christ ressuscitĂ© devant les pĂšlerins d’EmmaĂŒs et la fraction du pain devient une pratique rĂ©guliĂšre de l’Église primitive.

Mémorial de la rédemption

La longue priĂšre dans l'Ă©vangile de Jean (ch. 17), dite "priĂšre aprĂšs la CĂšne" consacre le lien entre le geste du mĂ©morial, instituĂ© par le Christ lors de la CĂšne, et la mort sur la croix qui va suivre : Il donne Ă  cette mort son sens, un sens cosmique, celui d’un sacrifice rĂ©dempteur pour toute l’humanitĂ©.

Par ce lien, la rĂ©pĂ©tition de la CĂšne devient le support par lequel l’effet du sacrifice est en permanence actualisĂ© et rendu prĂ©sent dans le monde.

Le pain de vie dans l’Évangile

L’Eucharistie est Ă  la fois un sacrement et un sacrifice. Le « Discours du Pain de Vie Â» (Évangile selon Jean, 6, 30-40) indique la signification et l’importance de l’Eucharistie dans la vie chrĂ©tienne :

Ils lui dirent alors : « Quel signe fais-tu donc, pour qu’à sa vue nous te croyions ? Quelle Ɠuvre accomplis-tu ? Nos pĂšres ont mangĂ© la manne dans le dĂ©sert, selon ce qui est Ă©crit : Il leur a donnĂ© Ă  manger du pain venu du ciel. Â»
JĂ©sus leur rĂ©pondit : « En vĂ©ritĂ©, en vĂ©ritĂ©, je vous le dis, non, ce n’est pas MoĂŻse qui vous a donnĂ© le pain qui vient du ciel ; mais c’est mon PĂšre qui vous le donne, le pain qui vient du ciel, le vrai ; car le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et donne la vie au monde. Â»
Ils lui dirent alors : « Seigneur, donne-nous toujours ce pain-lĂ . Â» JĂ©sus leur dit : « Je suis le pain de vie. Qui vient Ă  moi n’aura jamais faim ; qui croit en moi n’aura jamais soif».

Signification

Faisant une lecture littĂ©rale des paroles de l’institution, Ă  la lumiĂšre du Discours du Pain de Vie (cf. ci-dessus), toutes les Églises chrĂ©tiennes, Ă  l’exception des disciples de Zwingli (protestants libĂ©raux et certains Ă©vangĂ©liques) professent la prĂ©sence rĂ©elle du Christ, en son corps et son sang, sous les apparences (« espĂšces Â») du pain et du vin. C’est la doctrine de la transsubstantiation. Cette doctrine a Ă©tĂ© Ă©laborĂ©e au cours du Moyen Âge. Elle a Ă©tĂ© dĂ©clinĂ©e de diffĂ©rentes maniĂšres Ă  partir du XVIe siĂšcle.

L’Eucharistie est Ă  la fois un repas, commĂ©morant la Sainte CĂšne du Jeudi Saint et anticipant le « banquet des noces de l’Agneau Â» promis dans le livre de l’Apocalypse — et, pour les catholiques, les orthodoxes, les anglicans, l'Église de SuĂšde et pour les autres Églises de la Communion de Porvoo, le mĂ©morial ou l’actualisation de l’unique sacrifice du Christ, qui a offert son corps et versĂ© son sang sur la croix.

Articulation sacramentelle

La célébration eucharistique superpose généralement trois aspects importants de la vie spirituelle:

  • Selon la doctrine catholique, le caractĂšre propre de la Messe rĂ©side dans l’actualisation du sacrifice du Christ accomplie par un prĂȘtre. C’est par la Messe que l’Église rĂ©pond Ă  l’ordre du Christ, « faites ceci en mĂ©moire de moi Â», et rend manifestement prĂ©sente dans le monde la prĂ©sence Ă©ternelle de ce sacrifice.
  • Le cadre gĂ©nĂ©ral est celui d’un moment de priĂšre collective, comme le sont les offices de la liturgie des heures. À ce titre, l’assemblĂ©e prie et chante, et entend lectures et commentaires.
  • Enfin, la Messe est l’occasion d’administrer aux fidĂšles qui y assistent un sacrement, le sacrement de communion. C’est au sens strict ce sacrement que dĂ©signe le mot « eucharistie Â».

MĂ©morial du sacrifice du Christ

Cette liturgie a pour finalitĂ© de manifester, concrĂštement et dans l’instant prĂ©sent, la prĂ©sence Ă©ternelle du sacrifice du Christ. La messe, en tant que cĂ©lĂ©bration liturgique, peut se dĂ©finir comme Ă©tant la participation de l’Église au sacrifice rĂ©dempteur de la nouvelle et Ă©ternelle Alliance, que le Christ offre Ă  son pĂšre, dans la consĂ©cration du pain en son corps et du vin en son sang.

En Ă©voquant cette prĂ©sence du Christ Ă©ternel, la messe catholique est cĂ©lĂ©brĂ©e "Ad laudem et gloriam nominis sui, ad utilitate quoque nostram, totiusque ecclesiae suae sancte" (Pour la louange et la gloire de son nom, pour notre bien, et celui de toute sa sainte Ă©glise) : comme une action de grĂące et de louange Ă  Dieu, qui a sa lĂ©gitimitĂ© propre, mais Ă©galement comme offrande propitiatoire, c’est-Ă -dire qui permet d’introduire les demandes de l’assemblĂ©e auprĂšs de Dieu, d’une maniĂšre qui lui rappelle son engagement Ă  agir favorablement pour le salut spirituel de son peuple.

Consécration

Dans la Messe catholique, l’actualisation du sacrifice se traduit par la consĂ©cration du pain et du vin, qui deviennent le corps et le sang du Christ ; cette transformation porte le terme de transsubstantiation (le pain et le vin changent de substance et non de nature). Sur le plan liturgique, la messe trouve son accomplissement dans le mĂ©morial eucharistique et la priĂšre d’épiclĂšse, son sommet dans la doxologie finale accompagnĂ©e de l’élĂ©vation, et sa conclusion dans la communion sacramentelle du cĂ©lĂ©brant aux deux espĂšces, de sorte que, par cette derniĂšre, l’Église reçoive la communication du Saint-Esprit en vue de l’édification de son unitĂ© par la rĂ©mission des pĂ©chĂ©s.

Communion

La messe catholique est ainsi liĂ©e au sacrement de la Communion, oĂč les fidĂšles sont conviĂ©s Ă  partager le corps et le sang du Christ sous la forme du pain et du vin. Il ne peut pas y avoir de messe sans communion, puisque le prĂȘtre communie nĂ©cessairement, mais la communion des fidĂšles n’est pas obligatoire. Inversement, la communion est possible en dehors de la messe (typiquement, pour la communion des malades), mais les espĂšces sont nĂ©cessairement consacrĂ©es au cours d’une messe.

La communion est un sacrement, c’est-Ă -dire le signe visible d’une rĂ©alitĂ© spirituelle: l’effet que la passion du Christ a produit dans le monde, le sacrement de l’eucharistie le produit dans l’homme. D'aprĂšs la doctrine, l’eucharistie nourrit et fait grandir dans le fidĂšle suffisamment disposĂ© les vertus "thĂ©ologales", c’est-Ă -dire les vertus dont la croissance ne dĂ©pend pas de l’action de l’homme, mais de l’Ɠuvre de Dieu: la Foi, l’EspĂ©rance et la CharitĂ©.

Aspects pratiques

Dans les liturgies d'Occident (et contrairement aux liturgies orientales, qu'elles soient catholiques ou orthodoxes), l’hostie qui est consacrĂ©e est un pain fait de farine de blĂ© sans levain. Aussi, les hosties se conservent bien et prennent peu d’espace. Il est Ă©galement possible d’utiliser du pain levĂ© si l’on manque d’hosties (exceptĂ© Ă  la pĂ©riode de PĂąques). Depuis plusieurs siĂšcles, l’Église catholique utilise du vin blanc, le vin rouge risquant de tacher les linges blancs[2].

La communion est valable sous l’une ou l’autre des espĂšces, ou sous les deux, et peut toujours ĂȘtre effectuĂ©e sous chacune de ces trois formes. ConcrĂštement, pour des raisons pratiques, la communion se limite usuellement au pain, sous forme d’hostie. La communion au sang du Christ, sous forme de vin, est plus compliquĂ©e et soulĂšve des questions d’hygiĂšne (boire avec le calice les uns aprĂšs les autres). Il existe aussi la communion "par intinction", pour laquelle le prĂȘtre trempe une partie de l'hostie dans le "prĂ©cieux sang" et dĂ©pose aussitĂŽt cette hostie sur la langue du communiant. La communion sous l'"espĂšce" (sous la forme,l'apparence) du vin est rĂ©tablie pour les fidĂšles dans certaines cĂ©rĂ©monies Ă  caractĂšre particuliĂšrement exceptionnel (mariage, confirmation, etc.).

AprĂšs la communion, le prĂȘtre doit finir le vin consacrĂ©, et procĂ©der Ă  une purification des rĂ©cipients vides pour en Ă©liminer les traces de matiĂšre consacrĂ©e. S’il reste des hosties, elles peuvent ĂȘtre placĂ©es dans un ciboire recouvert enfermĂ© dans le tabernacle. ExceptĂ© dans une petite boĂźte (la custode rĂ©alisĂ©e gĂ©nĂ©ralement dans un mĂ©tal prĂ©cieux) spĂ©ciale pour la communion des malades ou le Saint-Sacrement destinĂ© Ă  l’adoration, il est rigoureusement prohibĂ© de faire sortir une hostie consacrĂ©e de l’église oĂč elle se trouve. Si le prĂȘtre ne peut placer les hosties consacrĂ©es dans le tabernacle, il faut qu’il les mange (ou les fasse manger Ă  des fidĂšles).

Controverses

Au Moyen Âge

La question de la rĂ©alitĂ© de l’eucharistie, c’est-Ă -dire de la prĂ©sence physique du corps et du sang du Christ, est soulevĂ©e dĂšs le Moyen Âge. Les rĂ©alistes, qui dĂ©fendent cette idĂ©e (comme Paschase Radbert dans son De partu Virginis) se voient opposer les rĂ©sistances des symbolistes (comme Ratramne de Corbie).

Le dĂ©bat se durcit au XIe siĂšcle. BĂ©renger de Tours affirme, en se rĂ©fĂ©rant Ă  saint Augustin, qu’une prĂ©sence « intellectuelle Â» s’ajoute au pain et au vin sans se substituer Ă  eux[3]. Il trouve l’opposition de thĂ©ologiens comme Lanfranc de Pavie (vers 1010-1089) et Hildebert de Lavardin (1056-1133) [4], qui dĂ©fendent l’idĂ©e d’un changement de substance : la « transsubstantiation Â» telle qu’on l’appelle Ă  partir du XIIe siĂšcle, puis au IVe concile de Latran (1215).

Au XIIIe siĂšcle naĂźt la fĂȘte du "Corps du Christ" ou "Saint-Sacrement", l’office en est composĂ© par Thomas d'Aquin, et alors seulement est gĂ©nĂ©ralisĂ©e la pratique d’élever l’hostie et le calice pour les montrer aux fidĂšles. Cette place croissante se traduit aussi dans les hĂ©rĂ©sies, par l’excĂšs (hosties magiques) comme par la contestation (pĂ©trobusiens, cathares, lollards, hussites).

Au moment de la RĂ©forme

C’est le concile de Trente qui a explicitĂ© et officialisĂ© pour l’Église catholique romaine le dogme de la transsubstantiation, en rĂ©action contre les thĂšses protestantes qui Ă©taient discutĂ©es Ă  cette Ă©poque.

Au moment de la RĂ©forme protestante, l’aspect sacrificiel de la messe a Ă©tĂ© rejetĂ© par certains rĂ©formateurs. Le dogme a Ă©tĂ© contestĂ© et la cĂ©lĂ©bration dominicale a pris un sens plus ou moins diffĂ©rent dans les diverses confessions protestantes. D’autres, comme Laurentius Petri (SuĂšde) et Thomas Cranmer (Angleterre) l’ont bien conservĂ© et enseignĂ©.

Les luthĂ©riens ont gardĂ© l’essentiel de la liturgie catholique mais ont redĂ©fini le dogme, parlant de consubstantiation (sous l’apparence du pain et du vin, il y a simultanĂ©ment la rĂ©alitĂ© du corps du Christ et du pain, respectivement du sang du Christ et du vin).

À la suite de Zwingli notamment, les premiers rĂ©formĂ©s ont contestĂ© plus radicalement la messe, l’eucharistie, n’y voyant qu’un geste symbolique ; dĂšs lors, la lecture et l’explication de la Parole de Dieu (la Bible) prit une place beaucoup plus centrale dans la cĂ©lĂ©bration dominicale. La « Sainte CĂšne Â» (du grec ÎșÎżÎčΜός / koinos, « commun Â», d’oĂč : repas pris en commun ou du latin cena, repas du soir) n’est pas cĂ©lĂ©brĂ©e tous les jours, ni mĂȘme tous les dimanches.

Jean Calvin, pour sa part, et les Églises rĂ©formĂ©es et Ă©vangĂ©liques qui le suivent, confessent dans le sacrement la prĂ©sence rĂ©elle du Christ qui le prĂ©side, mais sur un monde spirituel (par l’action du Saint-Esprit) et non pas matĂ©riel. Les Églises rĂ©formĂ©es, de nos jours, tendent vers une cĂ©lĂ©bration hebdomadaire de la CĂšne.

Eucharistie et ƓcumĂ©nisme aujourd’hui

Dans toutes les confessions chrĂ©tiennes, on perçoit mieux aujourd’hui le lien avec les traditions juives de reconnaissance envers les Ɠuvres de Dieu, et particuliĂšrement dans les bĂ©nĂ©dictions pendant le repas, notamment celle du shabbat (pain et vin). Cette origine commune et d'intenses discussions thĂ©ologiques ont permis de remettre en perspective les pratiques de chacun. Un document essentiel fut publiĂ© en 1982, par la commission thĂ©ologique du Conseil oecumĂ©nique des Églises (Foi et Constitution), Ă  laquelle toutes les Églises et communautĂ©s chrĂ©tiennes participent ; le document s'intitule BaptĂȘme, Eucharistie, MinistĂšre[5].

Catholicisme et orthodoxie

Catholiques et orthodoxes partagent la mĂȘme doctrine au sujet de l’Eucharistie et reconnaissent mutuellement la validitĂ© de sa cĂ©lĂ©bration dans l’une et l’autre Église. Il y a des diffĂ©rences dans la liturgie (communion sous une ou sous deux espĂšces, etc.) et dans les formes de dĂ©votion (processions du Saint-Sacrement : pratique courante dans le catholicisme, non dans l’orthodoxie), ainsi que dans le vocabulaire (les catholiques parlent plutĂŽt de « sacrement Â», les orthodoxes de « mystĂšre Â»). L’intercommunion est possible dans les cas de nĂ©cessitĂ© exprimĂ©s dans le canon 844 du Droit Canon de l’Église romaine.

RĂ©forme

De mĂȘme chez les protestants, et malgrĂ© des divergences secondaires, les rĂ©formĂ©s et les luthĂ©riens sont, en Europe du moins, en pleine communion, et partagent sans problĂšme l’Eucharistie et leurs pasteurs.

En revanche, le dĂ©saccord est profond entre les catholiques et orthodoxes d'une part, et les protestants d'autre part, et les termes utilisĂ©s n’ont pas toujours la mĂȘme signification.

Les points de désaccord

La question de la PrĂ©sence rĂ©elle (dans le sens, oĂč la cĂ©lĂ©bration affecte la substance du pain et du vin) demeure un point d’achoppement majeur, avec des consĂ©quences multiples qui rendent inenvisageable pour l’Église catholique romaine l’intercommunion entre protestants d’une part et catholiques et orthodoxes de l’autre. MĂȘme si la recherche actuelle des thĂ©ologiens permet d'envisager de nouvelles maniĂšres de rendre compte d'un mystĂšre[6], on bute sur des difficultĂ©s quasi insurmontables en raison des formulations mĂ©diĂ©vales hĂ©ritiĂšres de la mĂ©taphysique classique. Dans plusieurs pays, les divergences n'empĂȘchent pas des actions communes, ainsi que des priĂšres communes, sans cĂ©lĂ©bration du sacrement de l'eucharistie. La semaine de l'unitĂ© en janvier permet chaque annĂ©e des Ă©changes de chaire entre communautĂ©s, des moments de priĂšre en commun, et des rapprochements.

De plus, des divergences au sujet du sacerdoce (sacerdoce ministĂ©riel rĂ©servĂ© aux hommes ou non, qui doivent ĂȘtre prĂȘtres ordonnĂ©s ou non) et de l'organisation ecclĂ©siastique (succession apostolique) Ă©largissent le fossĂ© sur la question de la prĂ©sidence du sacrement.

Symbolisme biblique de l’Eucharistie

Signification de l’agneau (1)

JĂ©sus est l’Agneau dĂ©crit par le chapitre 53 du prophĂšte IsaĂŻe (verset 5 Ă  7) : Mais il Ă©tait transpercĂ© Ă  cause de nos crimes, ÉcrasĂ© Ă  cause de nos fautes ; Le chĂątiment qui nous donne la paix est (tombĂ©) sur lui, Et c’est par ses meurtrissures que nous sommes guĂ©ris. Nous Ă©tions tous errants comme des brebis, Chacun suivait sa propre voie ; Et l’Éternel a fait retomber sur lui la faute de nous tous. Il a Ă©tĂ© maltraitĂ©, il s’est humiliĂ© Et n’a pas ouvert la bouche, Semblable Ă  l’agneau qu’on mĂšne Ă  la boucherie, A une brebis muette devant ceux qui la tondent ; Il n’a pas ouvert la bouche.

Ces versets recouvrent de nombreux parallĂšles avec la vie de JĂ©sus :

  • Mais un des soldats lui perça le cĂŽtĂ© avec une lance, et aussitĂŽt, il sortit de l’eau et du sang. (Jean 19:34)
  • Il nous donne la paix : Car il a plu (Ă  Dieu) de faire habiter en lui toute plĂ©nitude et de tout rĂ©concilier avec lui–mĂȘme, aussi bien ce qui est sur la terre que ce qui est dans les cieux, en faisant la paix par lui, par le sang de sa croix. (Colossiens 1:19-20)
  • Nous Ă©tions errant comme des brebis : Moi, je suis le bon berger. Le bon berger donne sa vie pour ses brebis. (Jean 10:11) et Quand il sortit de la barque, JĂ©sus vit une grande foule et en eut compassion, parce qu’ils Ă©taient comme des brebis qui n’ont pas de berger ; et il se mit Ă  les enseigner longuement. (Marc 6:34 )
  • Semblable Ă  l’agneau  : Le lendemain, il vit JĂ©sus venir Ă  lui et dit : Voici l’Agneau de Dieu, qui ĂŽte le pĂ©chĂ© du monde. (Jean 1:29)

Signification de l'agneau (2)

Le second passage le plus connu est l'association faite avec le sacrifice du fils d'Abraham : Dieu dit : Prends donc ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac ; va–t’en dans le pays de Moriya et lĂ , offre–le en holocauste sur l’une des montagnes que je t’indiquerai. 
 L’ange dit : N’étends pas ta main sur le jeune homme et ne lui fais rien ; car j’ai reconnu maintenant que tu crains Dieu et que tu ne m’as pas refusĂ© ton fils, ton unique. Abraham leva les yeux et vit par derriĂšre un bĂ©lier retenu dans un buisson par les cornes ; alors Abraham alla prendre le bĂ©lier et l’offrit en holocauste Ă  la place de son fils. (GenĂšse 22:2, 12-13)

  • Le fils d'Abraham est l'image du fils de Dieu : Voici : tu deviendras enceinte, tu enfanteras un fils, et tu l’appelleras du nom de JĂ©sus. Il sera grand et sera appelĂ© Fils du TrĂšs–Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trĂŽne de David, son pĂšre. (Luc chapitre 1, verset 31 et 32). C'est d'ailleurs Ă  cause de cette seule affirmation qu'il sera crucifiĂ© : Les Juifs lui rĂ©pondirent : Nous avons une loi, et selon la loi, il doit mourir, parce qu’il s’est fait Fils de Dieu. - (Jean 19:7).
  • Le bĂ©lier que trouve Abraham devient l'Agneau de Dieu : Le lendemain, il vit JĂ©sus venir Ă  lui et dit : Voici l’Agneau de Dieu, qui ĂŽte le pĂ©chĂ© du monde. (Jean 1:29)
  • Mais cette mort mĂšne Ă  la rĂ©surrection : JĂ©sus commença dĂšs lors Ă  montrer Ă  ses disciples qu’il lui fallait aller Ă  JĂ©rusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des principaux sacrificateurs et des scribes, ĂȘtre mis Ă  mort et ressusciter le troisiĂšme jour. (Matthieu 16:21) mais que l'on retrouve aussi dans (Matthieu 20:19 - Luc 9:22 - Luc 13:32 - Luc 18:33 - Luc 24:46).

Signification du sang

Le sang des bĂ©liers servait de signe pour Ă©pargner les hĂ©breux lors de la dĂ©livrance et de la sortie d'Égypte : Quand l’Éternel traversera l’Égypte pour frapper et qu’il verra le sang sur le linteau et sur les deux poteaux, l’Éternel passera par–dessus la porte et ne laissera pas le destructeur entrer dans vos maisons pour (vous) frapper. (Exode 12:23).

Ce mĂȘme sang permet la relation avec Dieu via le Christ : C’est pourquoi JĂ©sus aussi, pour sanctifier le peuple par son propre sang, a souffert hors de la porte. (HĂ©breux 13:12)

On pourra rapprocher 'hors de la porte' avec l'injonction de Dieu pour la pĂąque : Car les corps des animaux dont le sang a Ă©tĂ© offert pour les pĂ©chĂ©s dans le sanctuaire par le souverain sacrificateur, sont brĂ»lĂ©s hors du camp. C’est pourquoi JĂ©sus aussi, pour sanctifier le peuple par son propre sang, a souffert hors de la porte. Sortons donc hors du camp pour aller Ă  lui, en portant son opprobre. (HĂ©breux 13:11-13)

Signification de l'Égypte

JĂ©sus et ses disciples (tous juifs) ont donc naturellement fĂȘtĂ© cet Ă©vĂ©nement tout en lui donnant un sens plus profond (pour les chrĂ©tiens), car assimilant la sortie d'Égypte Ă  la dĂ©livrance dĂ©finitive de la dĂ©sobĂ©issance Ă  Dieu (une des significations du mot pĂ©chĂ©) : Et leurs cadavres (resteront) sur la place de la grande ville, qui est appelĂ©e dans un sens spirituel Sodome et Égypte, lĂ  mĂȘme oĂč leur Seigneur a Ă©tĂ© crucifiĂ©. (Apocalypse, chapitre 11, verset 8)

Bibliographie

  • Eucharistia. EncyclopĂ©die de l’Eucharistie. Sous la dir. de Maurice BROUARD. Paris, Cerf, 2002.
  • Robert CabiĂ©, L’Eucharistie. Paris 1983 (collection L’Église en priĂšre 2).
  • Arnaud Join-Lambert, Guide pour comprendre la messe, 250 p. Paris, Mame 2002.
  • Josef Andreas Jungmann, Missarum Sollemnia. Explication gĂ©nĂ©tique de la messe romaine. Trad. revue et mise Ă  jour d’aprĂšs la 3e Ă©d. allemande. Paris 1952–1956 (collection ThĂ©ologie 19-21).
  • Pierre Jounel, La messe hier et aujourd’hui. Paris 1986.
  • Ghislain Lafont, Eucharistie. Le repas et la parole. Paris 2001.
  • Enrico Mazza, L’Action eucharistique. Origine, dĂ©veloppement, interprĂ©tation. Paris, Cerf, 1999 (collection Liturgie 10).
  • RenĂ© ProphĂšte, MĂ©moire, Sacrifice, PrĂ©sence rĂ©elle, langages eucharistiques, 276p., Ed. Profac Lyon, 2000.
  • Max Thurian, Le MystĂšre de l’eucharistie. Une approche ƓcumĂ©nique. Paris 1981 (collection Foi chrĂ©tienne).
  • Maurice Vloberg, L’Eucharistie dans l’art, 2 vol, tome 1 ill. 142p., tome 2 ill. 317p., Ed. Arthaud, 1946.

Notes et références

  1. ↑ Saint-Sacrement sur Liturgie catholique
  2. ↑ Pierre-Marie Gy, Le vin rouge est-il prĂ©fĂ©rable pour l’Eucharistie ?, dans : Liturgia et Unitas. Études liturgiques et ƓcumĂ©niques sur l’Eucharistie et la vie liturgique en Suisse. In honorem Bruno BĂŒrki. Ed. par M. KLÖCKENER – A. JOIN-LAMBERT. Fribourg – GenĂšve 2001, p. 178-184.
  3. ↑ Dominique Poirel, article "Eucharistie" du Dictionnaire du Moyen Âge, Paris, PUF, 2002
  4. ↑ Hildebert aurait Ă©tĂ© le premier Ă  utiliser ce terme. cf Oxford Dictionary of the Christian Church (Oxford University Press 2005 ISBN 978-0-19-280290-3)
  5. ↑ BaptĂȘme, Eucharistie, MinistĂšre sur le site du Conseil oecumĂ©nique des Églises
  6. ↑ Par exemple les catĂ©gories de signes et symboles, cf. Arnaud Join-Lambert, CĂ©lĂ©brer les sacrements : action et langage prophĂ©tique, in : PrĂ©cis de thĂ©ologie pratique. Éd. Gilles Routhier – Marcel Viau. Bruxelles – QuĂ©bec – Paris, 2e Ă©d. augmentĂ©e, 2007 (collection ThĂ©ologies pratiques) p. 551-562

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Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Eucharistie de Wikipédia en français (auteurs)

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  • EUCHARISTIE — À l’origine, un Ă©vĂ©nement: selon un usage juif, JĂ©sus a partagĂ© avant de mourir un repas avec ses disciples, rompant avec eux le pain «qui Ă©tait son corps», et il les a invitĂ©s Ă  «faire cela en mĂ©moire de lui». Ce repas religieux aux multiples… 
   EncyclopĂ©die Universelle

  • eucharistie — EUCHARISTIE. s. f. Le S. Sacrement du Corps & du Sang de Jesus Christ contenus sous les especes du pain & du vin. Le Mystere de l Eucharistie. la sainte Eucharistie. recevoir, adorer nostre Seigneur Jesus Christ dans l Eucharistie 
   Dictionnaire de l'AcadĂ©mie française

  • Eucharistie — »das Abendmahl als Altarsakrament, Messopfer, Opfergottesdienst«: UrsprĂŒnglich bezeichnete das Wort das die Abendmahlsfeier eröffnende »Dankgebet«. Das vorausliegende Substantiv griech. lat. eucharistĂ­a »Dankbarkeit, Danksagung« ist eine Bildung… 
   Das Herkunftswörterbuch

  • Eucharistie — (v. gr.), 1) dankbare Anerkennung empfangener Wohlthaten im Gebete; daher 2) in der Christlichen Kirche das Abendmahl, weil man vor Genuß desselben zur Weihung des Brodes u. Weines Lob u. Dankgebete sprach. Daher EucharistÄ­ae judicÄ­um (Purgatio… 
   Pierer's Universal-Lexikon

  • EucharistÄ«e — (griech.), in der Liturgie der alten Kirche das »Dankgebet«, das der Konsekration des Brotes und Weines im Abendmahl (s.d.) voranging; im weitern Sinn die gesamte Abendmahlsfeier; in der katholischen Kirche auch die Monstranz mit der Hostie 
   Meyers Großes Konversations-Lexikon

  • Eucharistie — EucharistÄ«e (grch.), Dankgebet; in der alten christl. Kirche das dem Abendmahl vorhergehende Dankgebet; auch die ganze Abendmahlsfeier; in der kath. Kirche die Monstranz mit der Hostie. EucharĂ­stik, Lehre vom Abendmahl; eucharistisch, auf das… 
   Kleines Konversations-Lexikon

  • Eucharistie — Eucharistie, griech., Dankgebet, Dankpsalm, die Monstranz, besonders das Abendmahl (s.d.A.); Eucharistik, die Abendmahlslehre; eucharistisch, was auf eine E., besonders auf das Abendmahl Bezug hat 
   Herders Conversations-Lexikon

  • Eucharistie — Jesus Christus und die eucharistischen Gestalten, Joan de Joanes, 16. Jh. Die Eucharistie („Danksagung“, von griech. ΔᜐχαρÎčστέω eucharisteo „Dank sagen“), auch Abendmahl, Herrenmahl, heilige Kommunion, Altarssakrament, allerheiligstes Sakrament,… 
   Deutsch Wikipedia

  • eucharistie — (eu ka ri stie) s. f. Le sacrement du corps et du sang de JĂ©sus Christ sous les espĂšces du pain et du vin. Le sacrement, le mystĂšre de l eucharistie. Adorer l eucharistie. Exposer, porter l eucharistie. ‱   Ainsi l eucharistie est parfaitement… 
   Dictionnaire de la Langue Française d'Émile LittrĂ©

  • Eucharistie — Eu|cha|ris|tie 〈[ ça ] f. 19âŒȘ 1. Dankgebet vor dem Abendmahl 2. dieses selbst 3. Altarsakrament [<grch. eu „gut“ + charis „Huld, Dank“] * * * Eu|cha|ris|tie , die; , n [kirchenlat. eucharistia < griech. eucharisti̓a, eigtl. = Dankbarkeit,… 
   Universal-Lexikon


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