Enluminure

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Enluminure
Enluminure d'une lettrine.

L'enluminure est une peinture ou un dessin ex√©cut√© √† la main, qui d√©core ou illustre un texte, la plupart du temps un manuscrit. Les techniques de l'imprimerie et de la gravure feront presque dispara√ģtre l'enluminure. Toutefois, il existe quelques livres imprim√©s qui en sont orn√©s.

Sommaire

Enluminure ou miniature

Le terme ¬ę enluminure ¬Ľ est souvent associ√© √† celui de ¬ę miniature ¬Ľ, qui vient du latin minium, d√©signant un rouge vermillon. Jadis, le terme s'appliquait, de pr√©f√©rence, aux lettres ornementales majuscules (lettrines) dessin√©es en rouge sur les manuscrits ; puis le rapprochement (sans fondement √©tymologique) avec les mots ¬ę minimum ¬Ľ, ¬ę minuscule ¬Ľ, s'est op√©r√©, et la miniature a d√©sign√© les images peintes, de petite taille, compar√©es aux tableaux et aux peintures murales (fresques). S'appliquant √† toute repr√©sentation de format r√©duit, le terme a donc d√©sign√© √©galement les petites sc√®nes peintes sur d'autres objets que les manuscrits.

On peut donc parler de ¬ę manuscrits enlumin√©s ¬Ľ, de ¬ę manuscrits √† miniatures ¬Ľ, et m√™me de ¬ę manuscrits √† peintures ¬Ľ, comme le font certains sp√©cialistes, puisque l'artiste charg√© de cette part de l'Ňďuvre √©tait nomm√© pictor au Moyen √āge, pour le distinguer du scriptor (√©tymologiquement ce terme a donn√© scribe c'est-√†-dire¬ę celui qui √©crit ¬Ľ mais copiste est plus adapt√© pour le Moyen √āge) charg√© de la seule copie du texte.

Les types d'enluminure

L'enluminure n'est pas, comme le veut une idée reçue, que la simple lettrine (la lettre mise en couleur) par les copistes) en début de chapitre ou de paragraphe, permettant ainsi de saisir facilement la structure du texte.

Sur le plan mat√©riel, un ouvrage √©crit comporte un texte dont les caract√®res ont une forme : lorsque l'√©criture a une fin esth√©tique, on parle de calligraphie. L'√©tude des √©critures anciennes est l'objet de la pal√©ographie.

L'enluminure tant√īt se m√™le au texte et tant√īt s'en √©loigne, au point m√™me, parfois, de ne plus entretenir aucune relation avec lui. On peut √©tablir les distinctions suivantes, tout en notant leur caract√®re arbitraire, les artistes m√™lant volontiers les genres.

Bible de Jan de Selmberk, 1440. Exposée à la bibliothèque du couvent de Strahov, Prague.
  • Sc√®nes figur√©es (histori√©es)
  • Pleines pages (ex. les Beatus)
  • Ins√©r√©es entre deux paragraphes ou chapitres
  • En marge
  • Compositions d√©coratives
Ce sont des ornements en forme de parchemin dont les extrémités sont enroulées (généralement en sens inverse) destinés à recevoir, dans la partie centrale une inscription.
  • Frontispices
Composition placée en première page.
  • Fins de lignes
Motif plus ou moins allongé, ayant la hauteur du corps des lettres, et destiné à combler le vide entre le dernier mot écrit et la marge de droite.
Lorsque le texte est copié en continu, un motif peint, assez simple et stéréotypé, marquait la séparation entre deux paragraphes ou entre deux versets du texte original.
Dans les marges, en-t√™tes et pieds de pages des manuscrits gothiques tardifs, on voit, parmi les entrelacs v√©g√©taux des cr√©atures oniriques plus ou moins monstrueuses et comiques. Le terme grotesque vient de l'italien pittura grottesca, qui d√©signait des images peintes d√©couvertes √† partir du XVe si√®cle √† Tivoli dans la Villa Hadriana, le mot grottes d√©signant jadis les monuments enfouis.
Pontifical (Liber Pontificalis) d'Albert de Sternberg, 1376. Exposé au monastère de Strahov.
  • Lettres peintes ou rubriqu√©es (du latin ruber, rouge)
  • Lettres simples (leur √©tude se partage entre l'esth√©tique et la pal√©ographie)
  • Lettres champies
Ce sont des lettres, la plupart du temps dorées, placées sur un fond peint, rehaussées de motifs stéréotypés.
  • Lettres filigran√©es
Ce sont des lettres décorées d'un motif d'inspiration végétal dessiné à la plume fine
  • Lettres orn√©es (lettres cadres)
Elles sont constituées par le dessin de la majuscule auquel s'ajoutent des entrelacs, des plantes, des animaux et même des personnages, sans qu'il s'agisse d'une scène proprement dite.
  • Lettrines synth√©tiques
Le décor seul dessine la lettre (moines en train de couper du bois, par exemple).
  • Lettres histori√©es
Des scènes narratives sont représentées dans les espaces libres de la lettre.
  • Signes divers
Il ne s'agit pas d'enluminures proprement dites, mais certains de ces signes ont une valeur esthétique qui leur ouvre une place dans cette nomenclature.
  • Signes de pagination
  • Signes d'oublis et de fautes dans les marges
  • Signes d'annotations
Dans les marges, la manicule destinée à appeler l'attention du lecteur sur un passage particulier du texte
  • On trouve √©galement des esquisses de la future enluminure, r√©alis√©es √† l'encre p√Ęle ou, √† partir du XIIIe si√®cle, √† la mine de plomb, et destin√©es au peintre.

La technique

Les moines enlumineurs enluminaient les livres rédigés par des moines copistes. La technique de l'enluminure comporte trois activités: l'esquisse, le mélange des pigments de couleurs avec la colle animal et le coloriage par couche.

Le volumen et le codex

Les premiers manuscrits enlumin√©s sont les ouvrages de l'√Čgypte pharaonique, constitu√©s de papyrus et en forme de rouleaux plus ou moins longs. Le Livre des morts d'Ani (British Museum) mesure 24 m√®tres, et le manuscrit de Turin environ 58 m√®tres.

Ici, il ne sera question que de l'enluminure occidentale, telle qu'on la trouve principalement sur le parchemin.

On appelle volumen le livre form√© d'une feuille unique faite de plusieurs feuillets cousus √† la suite les uns des autres, et enroul√©e sur elle-m√™me ou sur un b√Ętonnet de bois. Le mot vient du latin volvere, rouler, enrouler.

Le codex [1] est un livre √† pages cousues, qui appara√ģt au IIe si√®cle [2]. Il repr√©sente un progr√®s remarquable par rapport au volumen.

  • Le codex contient deux fois plus de texte puisqu'on peut √©crire sur le recto et le verso.
  • Il est plus facilement transportable, maniable et entreposable.
  • Sur le plan intellectuel, le codex pr√©sente d'√©normes avantages dans la mesure o√Ļ il facilite la ¬ę navigation ¬Ľ du lecteur dans le texte: le volumen rend difficile le retour en arri√®re, la recherche d'un passage, ce qui permet √† la lecture s√©lective de se r√©pandre. Le texte devient donc plus pr√©cis, les citations plus exactes.
  • On voit appara√ģtre de nouvelles techniques de mise en relation, comme les tables de concordances, les gloses et les notes.
  • Le codex permet le regroupement de textes dans une m√™me reliure.
  • L'enluminure se d√©veloppe mieux dans le codex en parchemin que sur le volumen en papyrus.

N√©anmoins, le codex ne fait pas dispara√ģtre le volumen enlumin√©. Ainsi, dans l'abbaye de Saint-Bavon √† Gand, un volumen datant de 1406 et comportant une belle enluminure histori√©e est conserv√©. Mais g√©n√©ralement les rouleaux tardifs ne sont pas enlumin√©s: ils sont utilis√©s pour des g√©n√©alogies, des chroniques, des inventaires, des pi√®ces de proc√©dure, etc.[3]

Le parchemin, support par excellence de l'enluminure

Le papyrus est très fragile et boit facilement l'encre et les couleurs. Le parchemin est beaucoup plus résistant et offre plus de possibilités à la création artistique du fait qu'il supporte mieux l'action chimique des encres et des couleurs[4].

Le parchemin le plus apte à recevoir un texte calligraphié et enluminé, est préparé à partir de peaux d'animaux maigres, comme le mouton et la chèvre. Dans les périodes de grande production, liée à l'essor des universités dans les villes, les différentes étapes de la fabrication seront confiées à des corps de métiers spécifiques: mégisserie, chamoiserie, et parcheminerie.

Le plus beau parchemin est le vélin[5] qui désigne les peaux des animaux mort-nés (veau, agneau, chevreau). Les manuscrits sur vélin étaient les plus rares et les plus chers. De nos jours encore, le vélin de veau est le seul support utilisé par les Juifs pour copier la Torah. Le mot désigne aussi un papier à lettre de haute qualité (par exemple le vélin d'Angoulême).

Dans le codex, les lignes étaient ensuite tracées au stylet à espaces réguliers, sur toute la page. La trace en reste visible. Le texte était ensuite copié en réservant des espaces pour les titres, les initiales et les images. On trouve encore dans les marges de légères ébauches de lettrines ou d'images destinées aux artistes.

Encres, couleurs et liants

Encres

Couleurs

Les couleurs sont obtenues √† partir de produits v√©g√©taux, animaux et min√©raux : fleur de safran, racine de garance et de curcuma, cochenilles, coquillages, foies d‚Äôanimaux, urine, lapis-lazuli et parfois, les peintres peuvent utiliser de la graisse animale. Cela permettait d‚Äôobtenir un m√©lange flasque et visqueux. C‚Äô√©tait la meilleure fa√ßon pour eux d‚Äôobtenir un m√©lange qui r√©sistait au grand froid. La graisse animale √©tait surtout de la graisse de mouton ou d‚Äôagneau car c‚Äô√©tait celle qui √©tait la plus dense. Les √©tapes :

  1. On remuait la graisse de manière à ce qu'elle soit totalement homogène,
  2. On ajoutait quelques produits chimiques qui permettaient de lui donner la couleur désirée,
  3. La graisse était ensuite un peu conservée dans un endroit frais (une cave par exemple),
  4. Ensuite elle était à nouveau malaxée puis étalée sur un grand plateau afin qu'elle forme une plaque fine,
  5. On l'ajoutait ensuite dans la p√Ęte qui sera plus tard le parchemin.

Liants

On utilisait des liants et des colles pour permettre √† la couleur d'adh√©rer sur le parchemin: colles de poissons, blanc d'Ňďuf (auquel on ajoute de la poudre de clou de girofle pour assurer la conservation), r√©sines, gommes (surtout la gomme arabique), etc.

Les couleurs se m√©langent tr√®s mal, et souvent ne se m√©langent pas du tout. L'artiste travaille ¬ę ton sur ton ¬Ľ apr√®s s√©chage, et joue avec les liants pour obtenir les nuances √† partir d'un m√™me pigment.

Jusqu'au XIVe si√®cle, avec l'apparition de la gouache, la peinture est obligatoirement cern√©e d'un trait d'encre dessin√© √† la plume.

Voir aussi

Notes et références

  1. ‚ÜĎ La langue espagnole a conserv√© le terme de c√≥dice pour d√©signer un manuscrit ancien.
  2. ‚ÜĎ √Ä son apparition, il est adopt√© principalement par les Chr√©tiens. Ce n'est qu'au d√©but du IVe si√®cle qu'il se g√©n√©ralise dans le monde romain. Il est adopt√© au Ve si√®cle dans l'Empire byzantin. Notons qu'√† l'√©poque le codex √©tait consid√©r√© comme plus pratique, mais l'on tenait le volumen pour plus s√©rieux.
  3. ‚ÜĎ Le r√īle d'un acteur se trouve sur le rouleau contenant la pi√®ce de th√©√Ętre. Enr√īler un soldat, c'est inscrire son nom sur une liste en rouleau.
  4. ‚ÜĎ Selon une l√©gende, Ptol√©m√©e V (vers 210 av. J.-C. - vers 181 av. J.-C.) aurait interdit l'exportation de papyrus √† Pergame, dont la biblioth√®que rivalisait avec celle d'Alexandrie. C'est ce qui aurait permis l'essor du support en peau pour l'√©criture. Le mot parchemin vient du latin pergamena, qui signifie ¬ę de Pergame ¬Ľ.
  5. ‚ÜĎ de l'ancien fran√ßais veelin, form√© √† partir du mot veel, veau.
  6. ‚ÜĎ Du latin auripigmentum, couleur d'or.
  7. ‚ÜĎ De l'arabe rejh-al-ghar, poudre de cave ou mort-aux-rats

Articles connexes

Sur les techniques mises en Ňďuvre

Sur les écoles

Sur les ma√ģtres et les chefs d'Ňďuvre

Bibliographie

  • Fr. Avril, L'enluminure √† la cour de France au XIVe si√®cle. Paris, 1978.
  • Marcel Thomas, L'√Ęge d'or de l'enluminure. Jean de France, duc de Berry, et son temps. √Čditions Vilo, Paris, 1979.

Filmographie

  • L‚Äôenluminure au Moyen Age, documentaire de Georges Combe, film vid√©o de 26‚Äô, coproduction Delta-Image et Vision Age, 1re diffusion France 3 √éle-de-France / Centre, 24 mai 1997.
  • Jardins de parchemin, par Gabriel Peynichou, Sylvie Germain et Pierre-Gilles Girault, film vid√©o 26‚Äô, Chamaerops productions (co-auteur avec premi√®re diffusion France 3, 7 novembre 2003).

Liens externes

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