Affaire de Quiberon

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Affaire de Quiberon

Expédition de Quiberon

Bataille de Quiberon
Siège Quiberon.jpg
Un épisode de l'affaire de Quiberon, par Paul-Emile Boutigny
Informations générales
Date Du 23 juin au 21 juillet 1795
Lieu Presqu'√ģle de Quiberon
Issue Victoire républicaine
Belligérants
Drapeau français République française Pavillon LouisXIV.svg Chouans
Flag of Royalist France.svg Armée des émigrés
Union flag 1606 (Kings Colors).svg Royaume de Grande-Bretagne
Commandants
‚ÄĘ Lazare Hoche
‚ÄĘ Louis Lemoine
‚ÄĘ Jean Humbert
‚ÄĘ Jean Valletaux
‚ÄĘ Julien Mermet
‚ÄĘ Jacques Mesnage
‚ÄĘ Andr√© Drut
‚ÄĘ Pierre-Paul Botta ‚Ć
‚ÄĘ Emmanuel de Grouchy
‚ÄĘ Joseph de Puisaye
‚ÄĘ Louis Charles d'Hervilly ‚Ć
‚ÄĘ Charles de Sombreuil ‚Ć
‚ÄĘ Vincent de Tint√©niac ‚Ć
‚ÄĘ Paul du Bois-Berthelot
‚ÄĘ Jacques Le Prestre de Vauban
‚ÄĘ Georges Cadoudal
‚ÄĘ Alexander Hood Bridport
‚ÄĘ John Borlase Warren
Forces en présence
23 000 hommes 20 000 hommes
(15 000 Chouans
5 437 √©migr√©s )
80 canons
9 navires de guerre britanniques
60 navires de transports
Pertes
~ 3 000 morts
300 prisonniers
~ 5 000 morts et
6 332 prisonniers [1]
Guerres de la Révolution française
Batailles
Virée de Galerne

Laval ‚ÄĒ La Gravelle ‚ÄĒ Croix-Bataille ‚ÄĒ Entrammes ‚ÄĒ Ern√©e ‚ÄĒ Foug√®res ‚ÄĒ Granville ‚ÄĒ Pontorson ‚ÄĒ Dol ‚ÄĒ Angers ‚ÄĒ La Fl√®che ‚ÄĒ Le Mans ‚ÄĒ Savenay


Première Chouannerie (1794-1795)

Mangol√©rian ‚ÄĒ Gu√©men√©-sur-Scorff


Deuxième Chouannerie (1795-1796)

Grand-Champ ‚ÄĒ Saint-Bily ‚ÄĒ Floranges ‚ÄĒ Argentr√©

Expédition de Quiberon

1erRocher de La Piochais ‚ÄĒ Tremblay ‚ÄĒ La Vieuxville ‚ÄĒ Bouc√©el ‚ÄĒ 1erSaint-James ‚ÄĒ 2eRocher de La Piochais ‚ÄĒ La Croix-Avranchin ‚ÄĒ Romagn√© ‚ÄĒ Romazy ‚ÄĒ Juvign√© ‚ÄĒ Locmin√© ‚ÄĒ Saint-Hilaire-des-Landes ‚ÄĒ Le Bourgneuf ‚ÄĒ Valennes ‚ÄĒ Maison-neuve ‚ÄĒ Pir√©


Troisième Chouannerie (1799-1800)

Le Mans ‚ÄĒ Nantes ‚ÄĒ Saint-Brieuc ‚ÄĒ Vannes ‚ÄĒ Locmin√© ‚ÄĒ Mont-Gu√©henno ‚ÄĒ Redon ‚ÄĒ La Tour d'Elven ‚ÄĒ 2eSaint-James ‚ÄĒ Pont du Loc'h ‚ÄĒ Les Tombettes


Quatrième Chouannerie (1815)

Sainte-Anne-d'Auray ‚ÄĒ Redon ‚ÄĒ Muzillac ‚ÄĒ Auray


Cinquième Chouannerie (1832)

Touchenault ‚ÄĒ Riaill√©

Le débarquement des émigrés à Quiberon débuta le 23 juin et fut définitivement repoussé le 21 juillet 1795. Organisé afin de prêter main-forte à la Chouannerie et à l'armée catholique et royale en Vendée, il espérait soulever tout l'Ouest de la France afin de mettre fin à la Révolution française et de permettre le retour de la monarchie. Cette opération militaire de contre-révolution eut un grand retentissement, et porta un coup funeste au parti royaliste.

Sommaire

Prélude

L'aide anglaise

Dés le début de la guerre de Vendée et de la chouannerie les insurgés avaient espéré l'aide des Britanniques. Ainsi lors de la Virée de Galerne à l'automne 1793 les Vendéens avaient mis le siège devant Granville avant d'être finalement repoussés. Cette défaite avait provoquée la chute de l'armée catholique et royale dont les débris tentaient désormais de résister par la guérilla.

√Ä cette m√™me √©poque Joseph de Puisaye, ancien g√©n√©ral des girondins de Normandie, battu par les Montagnards √† la bataille de Br√©court, gagna la Bretagne. Cach√© dans la for√™t du Pertre il tenta d'entrer en contact avec les Vend√©ens lors de la Vir√©e de Galerne, puis, suite √† la d√©route de cette exp√©dition, il voulut relancer la lutte au nord de la Loire et se faire reconna√ģtre g√©n√©ral en chef des chouans. Au bout de quelques mois il parvint √† recevoir l'appui de quelques chefs.

C'est ainsi que le 11 septembre 1794, Joseph de Puisaye s'embarqua √† Saint-Enogat, en Dinard, √† destination de l'Angleterre. Il laissait en Bretagne son second, le major-g√©n√©ral Pierre Dezoteux de Cormatin, charg√© de l'int√©rim. Arriv√© √† Londres, Puisaye entra en relation avec le comte Charles d'Artois, oncle de Louis XVII[Note 1], et William Pitt le premier ministre britannique. Son but √©tait de convaincre les Britanniques d'effectuer un d√©barquement sur les c√ītes bretonnes afin de soulever les populations du nord-ouest de la France, majoritairement favorables aux royalistes et ainsi d'ouvrir un nouveau front qui prendrait les r√©publicains √† revers. Puisaye alla m√™me jusqu'√† avancer m√™me qu'il disposait d'or et d√©j√† de 40 000 hommes sous ses ordres en Bretagne alors que son autorit√© √©tait loin d'√™tre unanimement reconnue. N√©anmoins son √©loquence lui permit de convaincre rapidement le comte d'Artois. Le 15 octobre celui-ci nomma Joseph de Puisaye lieutenant g√©n√©ral des royalistes de Bretagne, il fut en outre officiellement reconnu comme le successeur de La Rou√ęrie. Quant √† William Pitt, s'il ne pouvait agir rapidement, promit un d√©barquement en Bretagne pour le printemps.

Le comité de Paris

Mais parallèlement en France la mort de Robespierre le 28 juillet 1794 et la chute de la Terreur laissait entrevoir la possibilité d'ouvrir des négociations entre républicains et royalistes.

Article d√©taill√© : Agence royaliste de Paris.

Rapidement un comit√© clandestin se forma dans la capitale; l'Agence royaliste de Paris compos√©e de conventionnels . Ses principaux membres √©taient l'abb√© Brottier; dit AA ou AG, Lema√ģtre, dit Le Juif ou Castel Blanco, Despomelles, dit Th√©bault, Charles Honor√© Berthelot de La Villeheurnois, dit √Čtienne et Thomas Duverne de Presle, dit Dunan[2]. Le but de ce comit√© soutenu par le comte de Provence √©tait d'instaurer une monarchie constitutionnelle par le biais des √©lections. Cependant ce plan d√©plaisait au conservateur comte d'Artois favorable √† la restauration de la monarchie absolue.

Pour ce comité la première étape était la paix intérieure, aussi en novembre 1794, au nom du régent, le comte de Provence, il lança un appel aux chefs chouans et vendéens leur donnant l'ordre de cesser toute attaque, condition contre laquelle il promettait l'instauration d'une monarchie modérée qui permettrait au différents partis de s'entendre. L'appel fut entendu et la plupart des chefs chouans limitèrent leurs actions à la défensive[3].

Les négociations

Le 23 d√©cembre 1794 les autorit√©s r√©publicaines prirent contact avec le g√©n√©ral Charette principal commandant vend√©en qui dirigeait le Pays de Retz breton et le Haut-Poitou. Le 26 du m√™me mois Boishardy colonel chouan des C√ītes d'Armor rencontra le g√©n√©ral r√©publicain Jean Humbert. Cette rencontre permit √† Cormatin d'ouvrir des pourparlers avec les r√©publicains par l'interm√©diaire de Humbert.

Malo Colas de La Baronnais, colonel des chouans de Dinan et Saint-Enogat, s'inquiéta de ces démarches prises sans l'avis du général en chef, écrivit à Puisaye pour l'avertir, mais celui-ci, croyant que seule une trêve était négociée, répondit qu'il approuvait les actions de Cormatin qui selon lui donnerait du répit aux chouans dans l'attente du débarquement.

Cependant certains royalistes souhaitaient bel et bien une paix durable, le 12 f√©vrier 1795, les n√©gociations s'ouvrirent en Vend√©e √† Saint-S√©bastien-sur-Loire entre Charette et le conventionnel Albert Ruelle, en fait proche de l'Agence royaliste de Paris. Elles aboutirent le 17 f√©vrier, le Trait√© de La Jaunaye pr√©voyait que les vend√©ens pouvaient conserver des troupes, la libert√© religieuse √©tait r√©tablie, et la conscription militaire abolie. Un dernier article conclu secr√®tement pr√©voyait √©galement la mise en place d'une monarchie constitutionnelle, la lib√©ration de Louis XVII et de sa sŇďur Marie Th√©r√®se de France qui devaient √™tre confi√©s √† Charette. Le trait√© fut √©galement sign√© par le g√©n√©ral Sapinaud.

De son c√īt√© Nicolas Stofflet, le deuxi√®me chef majeur de la Vend√©e, refusa d'abord de signer par jalousie avec Charette mais finit par c√©der le 2 mai 1795.

Parall√®lement, le 1er avril 1795, chouans et r√©publicains se r√©unirent √† la Mabilais pr√®s de Rennes. Les conditions de paix √©taient les m√™mes qu'√† La Jaunaye mais l'attitude de Cormatin ne suscita pas la confiance des chefs chouans qui s'indign√®rent en apprenant qu'ils devaient reconna√ģtre la R√©publique. Cette condition appar√Ľt comme suspecte et au final seulement 21 chefs chouans, dont Cormatin et Boishardy, sur 125 accept√®rent de signer le trait√© le 20 avril 1795. Les non-signataires s'engag√®rent toutefois √† ne pas reprendre les armes.

Reprise de la guerre

Mais la paix fut de courte dur√©e, lorsque Puisaye apprit qu'un trait√© et non une tr√™ve avait √©t√© sign√© il accusa Cormatin de trahison. De plus le g√©n√©ral Lazare Hoche, commandant en chef des R√©publicains de l'Arm√©e des c√ītes de Brest, s'il fut favorable √† la paix avec les vend√©ens, consid√©rait que les chouans ne repr√©sentaient pas une menace suffisamment s√©rieuse pour que l'on n√©gocie avec eux, de plus il ne faisait pas confiance √† Cormatin qui selon lui avait cherch√© √† gagner du temps.

Les doutes de Hoche se confirme lorsque le 23 mai 1795, un √©missaire royaliste fut saisi pr√®s de Plo√ęrmel, les trois lettres qu'il portait apportaient la preuve du double-jeu du major-g√©n√©ral chouan. Hoche ordonna donc l'arrestation imm√©diate de Cormatin et de tous les chefs chouans non-signataires. Le 26 mai au moment Cormatin √©tait mis aux arr√™ts √† Rennes, le g√©n√©ral en chef √† la t√™te de 2 000 hommes attaqua le camp de la Mabilais, d√©fendu par 250 chouans. 4 r√©publicains et 7 chouans furent tu√©s, un vingtaine d'autre faits prisonniers mais le gros des royalistes √©tait parvenu √† s'enfuir.

Hoche se rendit ensuite √† Foug√®res le 27 mai d'o√Ļ il invita Aim√© du Boisguy, le principal chef chouan de l'Ille-et-Vilaine, √† le rejoindre. Mais la ruse √©choua, Boisguy fut pr√©venu par un officier r√©publicain et regagna sa base. Hoche retourna alors le soir m√™me √† Rennes avec seulement 6 guides √† cheval tandis que plus tard dans la nuit Boisguy avec 400 hommes mettait en d√©route un d√©tachement r√©publicain au combat de la Ch√®ne pensant que le g√©n√©ral r√©publicain le commandait. Les r√©publicains captur√©s par les chouans, au nombre de 14 √† 21, furent ensuite lib√©r√©s et renvoy√©s √† Rennes, portant un message de Boisguy √† Hoche qui accusait ce dernier de perfidie[4].

Quant au Morbihan, le 28 mai, l'adjudant-g√©n√©ral r√©publicain Josnet √† la t√™te de 1 500 hommes attaqua Grand-Champ, base du g√©n√©ral chouan de Silz. Au terme de la bataille de Grand-Champ, 20 r√©publicains et 13 chouans √©taient morts dont le g√©n√©ral de Silz, son second le colonel Georges Cadoudal prit le commandement et organisa la retraite. Josnet continua sa lanc√©e et, le 30 mai avec 4 000 hommes il livra la Bataille de Saint-Bily √† Elven, les 1 000 chouans de Pierre Guillemot, Lantivy et Jean Jan retranch√©s dans un fort dans les bois, furent √©cras√©s et perdirent 250 hommes tu√©s[5]. Josnet re√ßoit des renfort et pousse jusqu'√† Saint-Jean-Br√©velay. Guillemot se replie sur Bignan, d'o√Ļ il lance un appel √† ses capitaines de paroisse et peut ainsi repousser Josnet. De son c√īt√© Jean Jan s'empare de Locmin√© for√ßant les R√©publicains √† battre en retraite vers Vannes. Lors de la retraite, Cadoudal tend une embuscade avec ses 600 hommes √† la bataille de Floranges, les 4 500 r√©publicains perdent 150 hommes, tu√©s ou bless√©s, les chouans ne comptaient que 4 morts et 3 bless√©s. L'offensive r√©publicaine est repouss√©e[6]..

Dans l'attente du débarquement, les Chouans se réarment mais ont besoin de poudre. Début juin l'amiral William Cornwallis débarque de la poudre dans le Morbihan, celle-ci est convoyée de nuit par les Chouans du colonel Pierre Guillemot jusqu'au village de Drénidan dans la commune de Radenac. Mais la poudre est humide, et Guillemot, Le Thiais et 22 hommes décident de la réchaffer à la poêle dans une maison du village. Mais un accident se produit, la poudre s'enflamme et explose. Plusieurs hommes sont tués et Guillemot est grièvement blessé et presque défiguré[7].

De son c√īt√© Boisguy avec 1 300 hommes repoussa les 1 500 soldats du g√©n√©ral Jean Humbert √† la bataille d'Argentr√© le 6 juin. 80 chouans et 300 r√©publicains √©taient morts ou bless√©s.

Aimé Picquet du Boisguy, colonel chouan de la division de Fougères

Suite à la reprise des combats Boishardy finit également par reprendre les armes mais le 17 juin, et ce malgré les ordres de Hoche, il fut assassiné par une colonne de soldats à Moncontour et sa tête promenée sur une pique à Lamballe.

La guerre se généralisa d'autant plus la nouvelle de la mort de Louis XVII le 8 juin se propageait. Sa libération plusieurs fois réclamée par Charette était prévue pour le 13 juin[8], mais elle n'aurait de toute façon probablement pas eu lieu.

D√©s lors le 15 mai les chouans du Morbihan apprirent que le d√©barquement √©tait imminent. Le 17 mai une escadre anglaise levait l'ancre √† Portsmouth et faisait voile vers le Morbihan. Le m√™me jour 500 chouans effectuent un raid √† Pont-de-Buis o√Ļ ils s'empar√®rent de 16 000 livres de poudre.

Charette avait √©t√© pr√©venu du d√©barquement le 15 mai, il protesta contre le choix de d√©barquer en Bretagne, pr√©f√©rant Saint-Gilles-Croix-de-Vie en Vend√©e, mais il √©tait trop tard pour discuter le plan. D√©s lors apr√®s avoir tent√© de se r√©concilier avec Stofflet le 20 mai, Charette attendit que les r√©publicains lui fournissent un pr√©texte pour reprendre les armes, ce qui arriva le 24 juin, o√Ļ il justifia la reprise de la guerre par la volont√© de r√©publicains de lui confisquer ses armes[9]. Le 27 les combat reprirent, Pagot, lieutenant de Charette, prit d'assaut le camp des Essarts avec 1 800 hommes. Les 300 soldats r√©publicains faits prisonniers furent lib√©r√©s et envoy√©s aux Sables-d'Olonne sur ordre de Charette qui esp√©rait un √©change de prisonniers mais le repr√©sentant en mission Martin Gaudin refusa d'en lib√©rer aucun[10].

La guerre recommençait donc également en Vendée même si ni Stofflet, ni Sapinaud n'avaient repris les armes. Peu de temps après le comte de Provence, devenu depuis Louis XVIII, nomma Charette lieutenant général de l'armée catholique et royale de Vendée

Expédition de Quiberon

Préparation de l'expédition

Pendant cette p√©riode √† Londres, le cabinet de Saint-James planifiait l'exp√©dition. Soutenu par Puisaye la Bretagne fut choisie aux d√©pens de la Vend√©e. Cette derni√®re √©tait affaiblie par deux ann√©es de guerre et les troupes r√©publicaines y √©taient plus nombreuses tandis qu'en Bretagne l'insurrection devenait de plus en plus importante. Les C√ītes d'Armor furent d'abord retenues comme lieu de d√©barquement, puis rejet√©es suite √† l'annonce de la signature du trait√© de la Mabilais par Boishardy. Le Morbihan fut donc choisit.

Cependant si Puisaye était parvenu à obtenir de William Pitt la promesse d'un débarquement de troupes, les Britanniques rechignaient à engager leurs hommes, bien que depuis l'invasion des Provinces-Unies par la France, ils n'avaient plus de soldats engagés sur le continent. On fit donc appel à l'Armée des émigrés. Ces royalistes français avaient intégré les armées prussiennes, autrichiennes et hollandaises au début de la première coalition mais en querelle constante avec l'état-major des alliés, ils s'étaient finalement tournés vers l'Angleterre.

Avides de retourner combattre sur le sol fran√ßais, les √©migr√©s accept√®rent avec enthousiasme le plan de Quiberon. Cependant les forces √©migr√©es √©tant √† ce moment tr√®s faibles, 2 848[11] soldats r√©publicains prisonniers des anglais furent recrut√©s et incorpor√©s aux divisions royalistes dont les forces s'√©lev√®rent ensuite √† 5 437 hommes r√©partis en 2 divisions. La premi√®re division command√©e par le mar√©chal de camp Louis Charles d'Hervilly et forte 3 600 hommes devait accoster la premi√®re, la deuxi√®me division, compos√©e de pr√®s de 2 000 sous les ordres du mar√©chal de camp Charles Eug√®ne Gabriel de Virot de Sombreuil devait suivre une semaine plus tard suivie √† son tour par le comte d'Artois et 10 000 soldats britanniques qui devaient d√©barquer en Ille-et-Vilaine en vue de prendre Saint-Malo. En attendant l'arriv√©e du fr√®re du roi le commandement de l'exp√©dition √©tait √©chut √† Joseph de Puisaye.

Le comodore britannique Sir John Borlase Warren

La Royal Navy rassembla ses navires dans la baie de Spithead pr√®s de Portsmouth. 60 navires de transports avaient √©t√© rassembl√©s pour transporter les troupes et les approvisionnements, cette flotte devait √™tre escort√©e par 9 navires de guerre dont, outre les troupes, ces derniers transportaient une grande quantit√© d'√©quipements pour les Chouans: 17 610 uniformes d'infanterie complets, 5 000 uniformes de cavalerie, 60 000 paires de souliers, 35 000 fusils, 8 canons de 4, 2 canons de 8, 600 barils de poudre de 120 livres chacun, 600 caisses de munitions, des vivres pour trois mois, 2 millions de livres en pi√®ces d'or et pour 10 milliards de faux assignats[12].

Le comte d'Artois n'avait même pas été consulté sur le choix ni sur la date de l'expédition. C'était cependant en son nom que Joseph de Puisaye agissait puisque le comte d'Artois assumait théoriquement la responsabilité des opérations dans l'Ouest de la France.

Cependant avant même le départ de la flotte l'autorité du lieutenant général était discutée. Charles Brottier, le chef de l'Agence royaliste de Paris s'était opposé aux projets d'expédition et avait de nombreux soupçons à propos de Puisaye. Ces soupçons étaient nés du fait des relations de Puisaye qui semblait davantage traiter avec William Pitt et William Windham qu'avec le comte d'Artois. Puisaye était également connu pour être un admirateur de la monarchie parlementaire anglaise et ses relations n'étaient pas très bonnes avec plusieurs émigrés qui n'oubliaient pas qu'il avait été proche des républicains. Ces éléments firent penser à Brottier que Puisaye était, non pas au service des Bourbons, mais au service des Britanniques. Aussi il écrivit une lettre au comte d'Artois qui la reçut le 5 juin[13].

La première division émigrée

Soldats émigrés de la première division:
1) Régiment du Dresnay ou de Léon.
2) Loyal Emigrant.
3) Régiment d'Hervilly.
4) Royal Artillerie.
5) Régiment d'Hector ou Marine-Royale.

La premi√®re division du corps exp√©ditionnaire √©tait form√©e de 5 r√©giments √©migr√©s, la plupart des effectifs √©taient constitu√©s d'insurg√©s royalistes rescap√©s du si√®ge de Toulon et surtout de prisonniers de guerre r√©publicains enr√īl√©s:

  • Le Royal Artillerie ou Rotalier, 600 hommes, 10 canons.
    Colonel: Comte de Rotalier
    Majoritairement composé de Toulonnais mais comportait également des prisonniers républicains[14].
  • Le Loyal-Emigrant, 250 hommes.
    Major: d'Haize (remplace le colonel Vicomte de La Ch√Ętre, malade).
    Entièrement composé de nobles vétérans de plusieurs batailles, divisés en deux compagnies, dont la première, forte de 120 hommes, était intégralement composée de vieux soldats décorés de l'Ordre de Saint-Louis[14].

La traversée

Le mercredi 17 juin 1795, l'escadre britannique command√©e par le commodore John Borlase Warren leva l'ancre pour Quiberon. Avant le d√©part l'Amiraut√© avait remis trois lettres √† Puisaye avec instruction de ne les ouvrir qu'une fois en mer. La premi√®re lettre √©tait de Henry Dundas, le secr√©taire d'√Čtat √† la guerre, elle chargeait le comte du commandement de l'exp√©dition, de la distribution des armes et de l'approvisionnement. La deuxi√®me lettre √©tait de William Windham, ministre de la guerre, et confirmait la pr√©c√©dente. La derni√®re, √©galement de Windham, informait que le g√©n√©ral d'Hervilly aurait autorit√© sur les troupes tant que celles-ci seraient en mer[15]. Cette instruction √©tait peut-√™tre une cons√©quence de la lettre de Brottier.

La flotte

La Pomone, ancien navire français, avait été capturé par les Britanniques le 23 avril 1794

Outre les 60 navires de transport, la flotte était accompagnée du HMS Lark, sloop de 22 canons, de 2 cotres, 6 canonnières, et 2 lougres[16].

La bataille de Groix

Article d√©taill√© : Bataille de Groix.
L'amiral britannique Alexander Hood Bridport

Jusqu'au 21 juin le voyage se fit sans incident pour la flotte britannique, mais √† Penmarch le commodore Warren aper√ßut derri√®re lui les premi√®res voiles de la flotte r√©publicaine fran√ßaise. Celle-ci forte de 13 navires sous le commandement de l'amiral Louis Thomas Villaret de Joyeuse √©tait sortie de Brest et avait prit en chasse la flotte anglaise apr√®s son passage. Warren n'avait que 9 navires de guerre, il envoya donc une de ses fr√©gates avertir l'escadre de l'amiral Bridport qui croisait √† proximit√©. Celle-ci, forte de 15 navires, put intervenir avant que la flotte fran√ßaise n'eut rattrap√© le convoi. Villaret √©tait √† son tour en position d√©favorable mais il ne put √©viter l'affrontement au large de l'√ģle de Groix. Le 23 juin la flotte fran√ßaise fut √©cras√©e et dut se r√©fugier √† Lorient. 670 fran√ßais contre seulement 31 anglais avaient √©t√© tu√©s en outre les Britanniques s'√©tait empar√©s de 3 vaisseaux. Le capitaine fran√ßais Charles Alexandre L√©on Durand de Linois faisait partie des prisonniers, bless√©, il avait perdu son Ňďil gauche. Gr√Ęce √† cette victoire les Britanniques √©taient d√©sormais ma√ģtres de la mer.

Débarquement à Carnac

Le HMS Galatea

Le 23 juin au soir, peu apr√®s la victoire des Britanniques, la fr√©gate HMS Galatea avec √† son bord Vincent de Tint√©niac et Paul Alexandre du Bois-Berthelot fut d√©tach√©e du convoi et envoy√©e en √©claireur. Les deux hommes avaient pour mission de de pr√©venir les Chouans du d√©barquement et de s'assurer que la c√īte √©tait bien libre.

Le 25 juin toute l'escadre mouillait dans la baie de Quiberon, Tint√©niac avait donn√© le signal convenu. Men√©s par Georges Cadoudal, 5 000 Chouans s'√©taient empar√©s de Carnac, la c√īte entre Lorient et Vannes √©tait d√©gag√©e. Cependant le 26 juin √† bord de la Pomone une premi√®re dispute √©clata entre Joseph de Puisaye et Louis Charles d'Hervilly. Le premier voulait effectuer une action rapide, un d√©barquement imm√©diat afin de profiter de la d√©sorganisation des r√©publicains. Mais d'Hervilly s'y opposa, car le jour m√™me il avait re√ßut une lettre de Charles Brottier, celle-ci accusait purement et simplement Puisaye d'√™tre un agent de l'Angleterre et affirmait que ses plans √©taient hostiles au retour des Bourbons, Brottier encourageait d'Hervilly √† la prudence et √† n'ob√©ir qu'apr√®s avoir m√Ľrement r√©fl√©chit aux ordres. Le mar√©chal de camp tint compte de l'avis de Brottier et il exigea d'effectuer au pr√©alable des missions de reconnaissances sur les c√ītes environnantes.

Une journ√©e fut ainsi perdue, apr√®s s'√™tre assur√©s que la c√īte √©tait bel et bien d√©gag√©e, les √©migr√©s, r√©giment d'Hervilly et Loyal-Emigrant en t√™te, mirent pieds √† terre sur la plage de Carnac, le 27 juin. Cependant le m√™me jour les chouans durent s'opposer √† la premi√®re r√©action r√©publicaine, un d√©tachement de 200 hommes command√©s par l'adjudant-g√©n√©ral Balthazar Romand tenta de s'opposer aux chouans mais ses forces √©taient trop faibles. Vincent de Tint√©niac avec 700 hommes s'empara du tumulus Saint-Michel dit ¬ę Mont-Saint-Michel ¬Ľ et y planta sa chemise blanche fix√©e √† un m√Ęt en guise de drapeau[17]. Romand fut ensuite chass√© de la c√īte et se replia sur Auray.

Le tumulus Saint-Michel

Armement des Chouans

Suite √† ce premier combat les Britanniques d√©barqu√®rent les armes et les munitions. Celle-ci furent remises aux chouans dans la plus grande pagaille, plusieurs jeunes chouans √† peine arm√©s s'exerc√®rent au tir sans la moindre prudence, il y e√Ľt m√™me quelques bless√©s . Le g√©n√©ral d'Hervilly, particuli√®rement strict sur la discipline, fut scandalis√© par ce spectacle, d√©sormais il ne t√©moigna plus que du m√©pris envers les chouans, qui avec une telle absence de discipline √©taient incapables de combattre efficacement selon lui.

La nouvelle du d√©barquement provoqua un afflux de renforts vers Carnac, au bout de quelques jours les forces chouannes furent bient√īt port√©es √† 15 000 hommes. Du 27 au 29 juin on s'employa √† enr√©gimenter les chouans. 6 divisions furent cr√©√©es, dirig√©es par les colonels, et chaque groupe de 2 divisions √©tait sous les ordres d'un mar√©chal de camp. Les colonels Georges Cadoudal et Lantivy √©taient sous les ordres de Vincent de Tint√©niac, mar√©chal de camp, les l√©gions de Jean Jan et Jean Rohu furent plac√©es sous la direction de Jacques Anne Joseph Le Prestre de Vauban, arri√®re petit-neveu du mar√©chal S√©bastien Le Prestre de Vauban, quant √† Pierre-Mathurin Mercier, dit la Vend√©e et d'All√®gre, il furent plac√©s sous les ordres de Paul Alexandre du Bois-Berthelot.

Urbain-René de Hercé, évêque de Dol-de-Bretagne, portrait exécuté en 1767.

Le 28 mai, une messe est célébrée sur la plage de Carnac par Urbain-René de Hercé, évêque de Dol-de-Bretagne, accompagné de 40 prêtres, en hommage à Louis XVII. Cependant d'Hervilly refusa de se mêler aux chouans et les émigrés allèrent entendre une messe à part dans l'église de Carnac[18]. Cet acte provoqua une coupure entre les émigrés et les chouans.

Division des royalistes

Le soir du 28 mai, un conseil de guerre se tint √† Carnac, Puisaye soutenu par Tint√©niac, Bois-Berthelot et Vauban voulait se mettre en marche le plus t√īt possible. Cadoudal proposa √©galement d'attaquer le fort Sans-culotte qui bloquait le passage de la Presqu'√ģle de Quiberon mais d'Hervilly refusa de bouger, il contesta m√™me le titre de g√©n√©ral en chef √† Puisaye.

La division était également d'ordre politique, Puisaye, ancien girondin, était un monarchiste constitutionnel, alors que d'Hervilly, était partisan de l'Ancien Régime[19]. Une journée de plus fut perdue en discussions orageuses, en négociation entre les deux chefs. Puisaye dut envoyer un cotre porteur d'un courrier à Londres afin de confirmer le commandant en chef. Finalement la réunion se termina par un partage du commandement, en attendant les réponses de Londres le commandement était échu à d'Hervilly, Puisaye n'avait plus autorité que sur les chouans.

Les combats

Contre-attaque des Républicains

Lazare Hoche, g√©n√©ralissime des r√©publicains de l'Arm√©e des c√ītes de Brest

Dans l'attente de l'offensive les chouans se d√©ploy√®rent et s'empar√®rent de quelques villes et villages abandonn√©s par les r√©publicains. Tint√©niac occupa Land√©vant, Vauban prit Locoal-Mendon et Bois-Berthelot contr√īlait Auray. Mais les chouans ne purent aller plus loin et durent se r√©soudre √† camper sur leurs positions.

La division des royalistes profitait grandement aux R√©publicains, lors du d√©barquement l'arm√©e √©tait totalement dispers√©e et Hoche, alors √† Vannes, ne commandait qu'√† 2 000 hommes. Il √©crivit alors √† tous les g√©n√©raux de l'Arm√©e de l'Ouest auxquels il r√©clama des renforts d'urgence et principalement de la cavalerie et de l'artillerie, il s'adressa particuli√®rement au g√©n√©raux Jean Baptiste de Canclaux √† Nantes, Louis Chabot √† Brest et Louis Ch√©rin √† Rennes, exigeant qu'ils lui fournissent chacun 4 000 hommes[20].

D√©s le 28 mai Hoche avec 400 fantassins et 30 cavaliers avait lanc√© une premi√®re mission de reconnaissance. Le 30 juin les R√©publicains pass√®rent √† l'attaque Josnet de Laviolais √† la t√™te de 1 000 soldats attaqua Land√©vant pendant que Hoche avec 2 000 hommes assaillait Auray. Les chouans n'avaient pas la discipline des soldats r√©publicains et n'√©taient pas √† l'aise dans les batailles rang√©es, n√©anmoins l'avantage du nombre leur permit de repousser les bleus lors de la premi√®re journ√©e.

Cependant malgré leur victoire les chouans restèrent inactifs car les émigrés refusaient toujours de bouger de Carnac. Pendant ce temps chez les républicains les renforts affluaient des autres départements.

Soldats républicains:
1) Canonnier garde-c√īte
2) Carabinier, infanterie légère
3) Fusilier, infanterie de ligne
4) Sapeur
5) Artilleur

Les chouans d'Ille-et-Vilaine et du Maine avaient les moyens de s'opposer √† ces renforts mais des instructions venues de Brottier leur ordonn√®rent de ne pas se soulever avant d'en avoir re√ßu l'ordre. Quant √† Aim√© du Boisguy en Ille-et-Vilaine il n'apprit le d√©barquement que le 2 juillet, il regretta am√®rement de ne pas avoir √©t√© pr√©venu assez t√īt pour pouvoir se rendre dans le Morbihan avec ses 5 000 hommes afin d'appuyer Puisaye. D√©s lors Boisguy et d'autres chefs s'employ√®rent √† d√©truire les ponts et √† harceler les colonnes de renforts mais il √©tait bien tard.

Le 3 juillet, Hoche disposait d√©sormais de 13 000 hommes sous ses ordres et une nouvelle offensive fut lanc√©e contre les 15 000 chouans de Puisaye. Le bourg de Land√©vant fut attaqu√© le premier, il fut pris par les r√©publicains puis repris par les chouans qui finirent par en √™tre d√©finitivement expuls√©s le 5 juillet. Tint√©niac se replia ensuite √† Locoal-Mendon tandis que Auray tombait √† son tour. Risquant d'√™tre pris √† revers, Vauban dut abandonner Locoal-Mendon. √Ä la fin de la journ√©e les chouans s'√©taient repli√©s sur Ploemel, Erdeven et Carnac.

Cependant le même jour le fort Sans-culotte attaqué par les émigrés et la flotte britannique avait capitulé.

Prise du fort Sans-culotte

Le fort Penthièvre

Le fort Sans-culotte était défendu par Délise et 700 hommes du 41e régiment d'infanterie de ligne.

Attaqu√©s le 30 juin par les troupes √©migr√©es et 1 500 chouans, les d√©fenseurs du fort, √† court de vivres, se rendirent le 3 juillet. Les √©migr√©s propos√®rent aux 700 soldats r√©publicains de s'enr√īler dans les forces royalistes, 400 accept√®rent les 300 autres furent embarqu√©s sur les navires britanniques. Le fort Sans-culotte reprit ensuite son ancien nom de fort Penthi√®vre.

Retraite sur la Presqu'√ģle

Le 6 juillet les généraux républicains Jean Humbert, Jean Valletaux et Louis Lemoine lancèrent l'attaque respectivement sur Erdeven, Ploemel et Carnac. Les chouans demandèrent de l'aide aux émigrés, d'Hervilly envoya alors son régiment ainsi que le Loyal Emigrant mais il lança rapidement un contre-ordre et les émigrés se replièrent[21].

La bataille sombra dans le chaos, 30 000 civils, habitants du pays ou famille des chouans, se trouvaient entre les lignes r√©publicains et royalistes. Certains cherch√®rent √† franchir les lignes r√©publicains, d'autres, plus nombreux, fuyaient vers la presqu'√ģle au sud chercher la protection du fort Penthi√®vre. La bataille fut acharn√©e et aucun des deux camp ne prit l'avantage; la tomb√©e de la nuit mit fin aux affrontements.

Le 7 juillet au matin les royalistes prirent la d√©cision d'entamer une retraite progressive sur la presqu'√ģle de Quiberon afin de s'abriter vers le fort Penthi√®vre. Les r√©publicains ne leur laiss√®rent pas le temps de l'effectuer cette manŇďuvre en bon ordre; cette fois-ci les d√©fenses des chouans c√©d√®rent dans la matin√©e et leurs lignes furent perc√©es √† l'est, Carnac fut pris, puis le bourg de Plouharnel. Les chouans √† Erdeven et Ploemel √©taient en passe d'√™tre encercl√©s. Le sort de la bataille se jouait alors √† Sainte-Barbe, petit village situ√© dans la commune de Plouharnel. Pendant que les troupes de Tint√©niac et Vauban retraitaient sur Quiberon sur une fine bande de terre, Cadoudal et Rohu tentaient de retenir l'offensive r√©publicaine. Le temps √©tait d'autant plus compt√© que la mar√©e montait. Les r√©publicains avaient l'opportunit√© d'encercler les chouans et de les √©craser mais Cadoudal et Rohu parvinrent √† r√©sister suffisamment longtemps pour permettre l'√©vacuation, puis ils se repli√®rent √† leur tour et se mirent √† l'abri dans la fort Penthi√®vre.

Puisaye cependant, ne voulut pas en rester l√†, il parvint √† convaincre d'Hervilly de lancer une contre-attaque pour reprendre Sainte-Barbe. Le 8 juillet, √† deux heures du matin, les Chouans de Tint√©niac et Cadoudal, √©paul√©s par 2 000 √©migr√©s pass√®rent √† l'attaque. Les premiers s'empar√®rent des avants-postes. Les r√©publicains de Humbert, d'abord surpris, r√©pliqu√®rent avec l'artillerie, les transfuges r√©publicains du Royal Louis prirent alors la fuite et jet√®rent la confusion dans leurs rangs. D'Hervilly ordonna alors √† ses troupes de faire retraite, Puisaye dut faire de m√™me. Peu d'hommes avaient √©t√© tu√©s lors de l'affrontement mais Sainte-Barbe √©tait d√©finitivement aux mains des R√©publicains. Le g√©n√©ral Louis Lemoine se chargea de l'occuper avec les 5 000 hommes de la division de Rennes[22]

Quelques heures plus tard, le général Hoche pouvait écrire au général Chérin:

¬ę Mon cher ami, les anglo-√©migr√©s-chouans sont, ainsi que des rats, enferm√©s dans Quiberon o√Ļ l'arm√©e les tient bloqu√©s. J'ai l'espoir que dans quelques jours nous en seront quittes[23]... ¬Ľ

Offensive émigrée

Le 9 juillet, l'√©tat-major royaliste tint conseil. Cadoudal proposa un plan pour tenter de briser les lignes r√©publicaines, le but √©tant de profiter de leur domination sur la mer pour d√©barquer des troupes au-del√† des lignes r√©publicaines afin de pouvoir les attaquer de dos. Ce plan soutenu par Tint√©niac, Bois-Berthelot et Vanban fut approuv√© par le conseil. Le 10 juillet, deux colonnes chouannes, l'une de 2 000 hommes command√©e par Lantivy et Jean Jan, l'autre de 3 500 hommes, command√©e par Tint√©niac et Cadoudal, renforc√©s de la deuxi√®me compagnie du Loyal-√Čmigrant, s'embarqu√®rent √† Port Haliguen sur les navires britanniques et furent d√©barqu√©s, la premi√®re √† l'ouest au Pouldu en Clohars-Carno√ęt, la seconde √† l'est √† Sarzeau. Les Chouans, v√™tus d'uniformes britanniques, avaient pour mission de lever un maximum de troupes et de prendre les lignes r√©publicaines √† revers pour le 16 juillet afin de lancer une attaque combin√©e avec l'arm√©e des √©migr√©s[24].

Pendant ce temps le nombre des troupes r√©publicaines augmente, au moment du d√©barquement 9 200 soldats occupaient d√©j√† le Morbihan sans compter la garnison de Belle-√éle, entretemps Hoche a re√ßut en refort 4 000 des C√ītes-du-Nord ayant pass√©s par Plo√ęrmel, ils furent plac√©s sous les ordres du g√©n√©ral Valletaux. La division de la Loire-inf√©rieure, forte de 5 000 hommes command√©s par le g√©n√©ral Lemoine est arriv√©e de Nantes en passant par La Roche-Bernard. √Ä Rennes le g√©n√©ral Ch√©rin a envoy√© le g√©n√©ral Drut avec 3 600 hommes. Ainsi √† partir de la mi-juillet, Hoche put compter sur pr√®s de 23 000 hommes dans le Morbihan concentr√©s essentiellement sur Quiberon entre Lorient et Vannes[25].

En revanche les g√©n√©ral Chabot √† Brest, et le g√©n√©ral Aubert du Bayet, commandant de l'arm√©e des c√ītes de Cherbourg en poste √† Saint-Malo, craignant de nouveaux d√©barquement britanniques, n'envoy√®rent que peu de troupes. Aubert du Bayet n'envoya que 500 hommes √† Quiberon.

Le 15 juillet, une nouvelle flottes de navires de transport britannique commandée par Francis Rawdon-Hastings, lord Moira fit son apparition dans la baie de Quiberon, elle transportait la deuxième division émigrée sous les ordres du marquis Charles Eugène Gabriel de Virot de Sombreuil ainsi que la réponse du gouvernement britannique à la lettre de Puisaye envoyée le 27 juin. Cette lettre, écrite par William Windham, mit fin à la discorde entre d'Hervilly et Puisaye en confirmant ce dernier comme chef de l'expédition. Afin de clarifier la situation, le gouvernement promut Puisaye au grade de Lieutenant-général au sein de l'armée britannique[26].

Sombreuil demanda √† Puisaye de diff√©rer l'attaque d'une journ√©e afin d'avoir le temps de d√©barquer et d'armer ses hommes pour qu'ils puissent eux aussi prendre part au combat. Mais Puisaye dut refuser afin de pouvoir agir de concert avec Tint√©niac. Dans la nuit du 15 au 16 juillet, Vauban s'embarqua avec 1 500 Chouans sur les navires de Warren, il fut d√©barqu√© √† Carnac avec ses troupes afin de tenter une diversion. Un code avait √©t√© convenu avec Puisaye, losque Vauban aurait engag√© le combat, il devait envoyer une premi√®re fus√©e, si il √©tait repouss√©, il devait en envoyer une deuxi√®me. Le 16 juillet, √† trois heures trente du matin, le combat s'engagea √† Carnac et Vauban fit tirer sa premi√®re fus√©e.

Au fort Penthi√®vre, Puisaye, croyant entendre une clameur dans le camp r√©publicain, crut √† une attaque de Tint√©niac et ordonna une offensive g√©n√©rale. 2 500 √©migr√©s et 1 600 Chouans men√©s par le g√©n√©ral d'Hervilly se mirent en mouvement. Le r√©giment du Dresnay et 600 Chouans command√©s par le duc de L√©vis occupaient le flanc droit, le r√©giment d'Hector √©tait plac√© au centre-droit, la premi√®re compagnie du Loyal-√Čmigrant au centre, elle formait l'avant-garde, le Royal Artillerie derri√®re elle avec 8 pi√®ces d'artillerie, Le R√©giment d'Hervilly occupait le centre-gauche et les Chouans le flanc gauche. Face √† cette arm√©e se trouvaient 18 000 soldats r√©publicains. Vauban avait √©t√© forc√© de r√©embarquer et avait lanc√© sa deuxi√®me fus√©e, mais Puisaye ne l'avait pas vue.

Les émigrés arrivèrent au contact avec l'avant-garde républicaine commandée par Jean Humbert, celui-ci se replia rapidement sur ses lignes.

La deuxième division émigrée

Soldats émigrés de la deuxième division:
1) Légion du Périgord.
2) Légion de Béon.
3) Régiment de Damas.
4) Régiment de Rohan.
5) Légion de Salm-Kiburg.
  • La L√©gion de B√©on, Colonel: Comte d'Anceau.
  • La L√©gion du P√©rigord, Lieutenant-colonel: Comte Bozon de Talleyrand-P√©rigord.
  • La L√©gion de Salm-Kiburg, Lieutenant-colonel: Comte de Bailly.

Chacun de ces régiments était fort de 300 à 400 hommes[27].

Assaut des Républicains sur Quiberon

Prise du fort Penthièvre

Les √©migr√©s repouss√©, le g√©n√©ral Hoche tint un conseil de guerre avec ses officiers et les repr√©sentants en mission pour savoir s'il convenait d'attaquer le fort Penti√®vre qui barrait le passage vers la presqu'√ģle. Les officiers du g√©nie √©taient d'avis de mettre de un si√®ge en r√®gle devant le fort, ce n'√©tait pas l'opinion de Hoche, celui-ci voulait en finir au plus t√īt, son plan √©tait de prendre le fort par surprise[28].

Mais le m√™me jour, trois soldats du 41e r√©giment d'infanterie de ligne se pr√©sent√®rent √† l'√©tat-major. Il s'agissait des sergents-majors Antoine Mauvage et Nicolas Litt√© et du canonnier David Goujou. Ces soldats faisaient partie de la garnison r√©publicaine du fort au moment de sa prise par les √©migr√©s, ils avaient ensuite accept√©s de s'enr√īler dans l'arm√©e royaliste et √©taient toujours affect√©s √† la d√©fense du fort qu'ils avaient discr√®tement d√©sert√©s afin de rejoindre les R√©publicains. Les trois hommes affirmaient que la majorit√© des soldats de la garnison √©taient pr√®s √† se retourner contre les Royalistes et se proposaient de guider les troupes r√©publicaines afin de prendre le fort par surprise[28].

Hoche h√©sitait, il craignait un pi√®ge et interrogea longuement les trois hommes. Finalement le canonnier Goujon se proposa de retourner au fort, puis de revenir afin de rapporter lui-m√™me le mot d'ordre, ces d√©clarations finirent par convaincre Hoche qui d√©cida de tenter l'attaque surprise. Cependant la longue et fine bande de sable qui s√©parait le village de Sainte-Barbe du fort Penthi√®vre √©tait gard√©e par la flotte britannique du commodore Warren. Hoche d√©cida d'attendre qu'un vent fort et une mer agit√©e ne pousse les navires √† s'√©loigner de la c√īte, afin de pouvoir lancer de nuit une attaque discr√®te et de passer au nez et √† la barbe des Anglais. Les trois d√©serteurs regagn√®rent le fort Penthi√®vre afin de pr√©venir leur compagnons et l'attaque fut fix√©e pour la nuit du 19 au 20 juillet[29].

À Vannes, le 19 juillet, Lazare Hoche adressa ses instructions à ses officiers:

¬ę La presqu'√ģle de Quiberon sera attaqu√©e aujourd'hui, 1er thermidor, √† onze heures du soir.
Le g√©n√©ral Humbert, √† la t√™te de 500 hommes d'√©lite de son avant-garde, et conduit par un guide que je lui enverrait, se portera sur le village de Kerostin, en passant par la laisse de la basse mer, laissant le fort Penthi√®vre √† droite et la flotte anglaise √† gauche. Il fera marcher sur deux files, avec le moins de bruit et √† la moindre distance possibles. Arriv√© pr√®s du village, il tournera brusquement √† droite et fera courir jusqu'au fort, dont il s'emparera en franchissant la palissade; il √©gorgera tout ce qui s'y trouvera, √† moins que les fusiliers ne viennent se joindre √† sa troupe. Les officiers, sergents d'infanterie et canonniers n'auront point de gr√Ęce.
Le général de brigade Botta suivra Humbert dans le même ordre avec le reste de l'avant-garde. Il s'emparera de Kerostin, et fera fusiller tous les individus armés qui voudraient sortir des maisons. Les soldats sans armes qui viendront le joindre seront accueillis; les officiers et sous-officiers seront fusillés sur-le-champ.
En arrivant dans la presqu'√ģle, ces deux officiers g√©n√©raux feront crier par leur troupe: ¬ę Bas les armes !  √Ä nous les patriotes ! ¬Ľ
L'adjudant-général Mesnage favorisera l'attaque d'Humbert en attaquant lui-même les grand'gardes ennemies; il les culbutera, leur passera sur le corps et les poussera jusqu'au fort. La palissade franchie, il suivra par sa gauche le fossé jusqu'à la gorge.
Mesnage ne fera pas tirer un coup de fusil; il fera passer √† la ba√Įonnette tout ce qu'il trouvera d'ennemis. La troupe qui doit faire cette attaque sera l'√©lite du g√©n√©ral Valletaux.
Valletaux soutiendra l'attaque de Mesnage avec le reste de sa brigade; il fera en sorte de se précipiter au fort en se rapprochant le plus possible pour éviter son feu.
Humbert se mettra en marche par la gauche à minuit précis; Ménage par la droite un quart d'heure après. Les deux colonnes suivront la marée, dussent-elles marcher un peu dans la mer.
Le général Lemoine portera sa brigade à la hauteur de l'avant-garde. Il y laissera un bataillon avec deux-pièces de quatre, marchera en bataille à la hauteur de la colonne Valletaux qu'il doit soutenir.
Garde du camp: deux bataillons de la r√©serve et la troisi√®me de la demi-brigade, command√©e par le g√©n√©ral Drut, qui fera tirer √† boulets rouges sur les b√Ętiment qui voudront nous inqui√©ter[30]. ¬Ľ

Lazare Hoche put alors ordonner l'assaut décisif, dans la nuit du 20 juillet, malgré un violent orage, il attaqua le fort de Penthièvre, défendu par 4 000 hommes et couvert par les tirs des navires britanniques. Mais des transfuges républicains désertèrent et livrèrent le fort à Hoche par trahison, de nombreux défenseurs furent massacrés [31].

Les Britanniques firent alors feu depuis leurs navires, mais leurs tirs touch√®rent aussi bien les royalistes, que les r√©publicains ou m√™me encore les civils. Joseph de Puisaye, jugeant la situation d√©sesp√©r√©e, ordonna √† ses hommes de r√©embarquer et se rendit √† bord du vaisseau amiral afin de limiter la d√©faite : on l'accusa par la suite d'avoir d√©sert√© pour sauver sa vie, toutefois 2 500 √©migr√©s et chouans purent √™tre √©vacu√©s gr√Ęce √† l'aide des chaloupes britanniques.

Plus rien n'arrêtait la progression des républicains, seul Sombreuil et ses hommes, acculés, tentèrent une ultime résistance. Le 21 juillet, au matin Hoche et Sombreuil entamèrent des négociations, les royalistes capitulèrent peu de temps après, sous promesse, semble-t-il, de la vie sauve pour tous les soldats royalistes.

Combats sur la Presqu'√ģle

Capitulation des Royalistes

Combat de Quiberon en 1795, peinture de Jean Sorieul

Marche de l'¬ę arm√©e rouge ¬Ľ

Les instructions de l'agence de Paris

Chouans de l'¬ę arm√©e rouge ¬Ľ, en uniforme britannique

Le 11 juillet, la deuxi√®me division chouanne command√©e par Vincent de Tint√©niac, forte de 3 600 hommes, avait √©t√© d√©barqu√©e comme convenu pr√®s de Sarzeau dans la la Presqu'√ģle de Rhuys qui avait √©t√© d√©sert√©e par les troupes r√©publicaines. La route √©tant libre les Chouans camp√®rent le soir au moulin de Callac, pr√®s du bois de Saint-Bily, dans la commune de Plumelec. Tint√©niac r√©organisa ses troupes et chercha √† rallier de nouvelle troupe, l'objectif √©tait toujours de prendre les lignes r√©publicaines √† revers pour le 16 juillet. Mais √† Plumelec, les Chouans furent rejoints par le chevalier Charles de Margadel, porteur d'un courrier de l'Agence royaliste de Paris. Ce message donnait l'ordre au g√©n√©ral de Tint√©niac, au nom du Roi Louis XVIII, de se porter au ch√Ęteau de Co√ętlogon afin d'y recevoir de nouvelles instuctions. Hors marcher sur Co√ętlogon, c'√©tait tourner le dos √† Quiberon. Tint√©niac h√©sita, les officiers √©migr√©s, en particulier le Vicomte de Pontbellanger dont la femme, qu'il n'avait pas vue depuis plusieurs ann√©es, r√©sidait √† Co√ętlogon, √©taient d'avis d'ob√©ir aux ordres. Les officiers chouans en revanche √©mirent un avis contraire, en particulier Georges Cadoudal qui avan√ßa que Louis XVIII se trouvant √† V√©rone en Italie n'√©tait pas en mesure de modifier les op√©rations. Tint√©niac finit par se ranger √† ce dernier avis et se porta vers Quiberon[32].

Le 13 juillet, Tint√©niac prit position entre Colpo et Locqueltas, le lendemain il re√ßut plusieurs Chouans de la division de Bignan en renfort. L'¬ę arm√©e rouge ¬Ľ, surnomm√©e ainsi en raison de la couleur des ses uniformes, √©tait d√©sormais forte de 5 000 hommes. Mais un nouveau courrier, envoy√© par l'abb√© Bourtillic, se pr√©senta au g√©n√©ral de Tint√©niac, il lui r√©it√©ra l'ordre de se porter √† Co√ętlogon pour recevoir de nouveaux ordres. Malgr√© l'avis toujours d√©favorable des officiers chouans, Tint√©niac finit par ob√©ir, il rassembla son arm√©e et se mit en route vers le nord-est √† Co√ętlogon[33].

Le 16 juillet, alors que l'arm√©e √©migr√©e se faisait battre √† Quiberon, l'arm√©e chouanne dut attaquer Josselin d√©fendue par 300 √† 400 soldats r√©publicains. Les Chouans culbut√®rent un premier d√©tachement devant la ville puis entr√®rent dans la place par la porte Saint Nicolas. Les R√©publicains abandonn√®rent la ville aux Chouans pour se retrancher dans le ch√Ęteau. D√©pourvus d'artillerie, les Chouans renonc√®rent √† s'emparer du ch√Ęteau. Apprenant l'arriv√©e de renforts de deux colonnes r√©publicaines, la premi√®re sur la route de Plo√ęrmel, la seconde sur celle de Loud√©ac, il d√©cid√®rent d'√©vacuer Josselin et se port√®rent sur Mohon. Les pertes √©taient de 5 morts et 15 bless√©s pour les R√©publicains et de 8 hommes tu√©s pour les Chouans, ainsi que plusieurs bless√©s[34].

Marche sur la baie de Saint-Brieuc

Antoine-Henry d'Amphernet, Vicomte de Pontbellanger

Le lendemain de la bataille, les Chouans de la division de Loud√©ac command√©s par Pierre Robinault de Saint-R√©geant se joignirent √† l'arm√©e rouge. Le 18 juillet, apr√®s quelques escarmouches face √† la division r√©publicaine du g√©n√©ral Champeaux, les Chouans entraient dans Co√ętlogon. Au ch√Ęteau, dans la soir√©e, mesdames de Guernissac et de Pont-Bellanger invit√®rent les officiers √† d√ģner, Tint√©niac et les √©migr√©s accept√®rent, en revanche les officiers chouans pr√©f√©r√®rent rester avec leurs hommes qui campaient dans les jardins du ch√Ęteau. Lors du d√ģner, Tint√©niac re√ßut les nouvelles instructions, elles lui ordonnaient de se rendre √† Ch√Ętelaudren afin d'assurer un nouveau d√©barquement de soldat britanniques. Mais au m√™me moment, un d√©tachement de soldats r√©publicains lan√ßait une attaque surprise sur le ch√Ęteau de Co√ętlogon et bousculait les Chouans d√©sorganis√©s. Les R√©publicains en nette inf√©riorit√© num√©rique battirent rapidement en retraite, mais Tint√©niac qui, d√®s les premiers coups fusils √©tait sortit prendre la t√™te de ses hommes, fut frapp√© au cŇďur par une balle r√©publicaine et tu√© sur le coup[35].

Tinténiac mort, les officiers royalistes se réunirent en conseil pour désigner un nouveau général. Les chouans, officiers et soldats, réclamèrent unanimement Cadoudal, mais les officiers émigrés choisirent l'un des leurs, le vicomte de Pontbellanger. Les émigrés étant majoritaires au conseil, ce fut ce dernier qui fut élu général, Pontbellanger ordonna alors de continuer la marche en direction de la baie de Saint-Brieuc[36].

Peu apr√®s, les Chouans re√ßurent encore en renfort la division de Plo√ęrmel et de Malestroit command√©e par C√©sar du Bouays et celle de La Trinit√©-Porho√ęt sous les ordres de Troussier. N√©anmoins si certains soldats venaient renforcer l'arm√©e, d'autres d√©sertaient, l'Arm√©e rouge ne comptait plus que 3 000 hommes[37]. Le 19 juillet les Chouans arriv√®rent pr√®s de Loud√©ac, la ville √©tait faiblement d√©fendue, mais les Chouans, press√©s d'atteindre la c√īte, ne l'attaqu√®rent pas et se content√®rent de la contourner. Le 20 juillet, les Chouans √©taient √† PlŇďuc-sur-Li√©. Apr√®s avoir bouscul√© un nouveau d√©tachement r√©publicain, ils p√©n√©tr√®rent dans la for√™t de Lorge d'o√Ļ ils d√©bouch√®rent le 21 juillet √† Quintin[38].

Quintin était faiblement défendue, la petite garnison avait évacué la ville pour se retrancher près de la porte de l'ouest, elle fut aisément battue et mise en fuite par Jean Rohu.

Le colonel chouan Georges Cadoudal
Jean Humbert, général de brigade républicain

Exécution des royalistes

Les fusillés de Vannes, peinture de R. de Coueson, 1895.

6 332 chouans et √©migr√©s avaient √©t√© faits prisonniers ainsi que des membres de leurs familles. Lazare Hoche aurait promis verbalement que les royalistes seraient consid√©r√©s comme prisonniers de guerre. Cette promesse ne fut pas tenue. Les femmes et les enfants furent lib√©r√©s quelques jours apr√®s la bataille, mais les soldats furent mis en accusation par le commissaire Jean-Lambert Tallien. Charles de Virot, marquis de Sombreuil et 750 de ses compagnons furent jug√©s par des commissions militaires et fusill√©s √† Auray, les chefs dont Sombreuil et Mgr de Herc√© √† Vannes dans le jardin de la Garenne. 430 √©taient nobles : beaucoup d'entre eux avaient servi dans la marine de Louis XVI.

À l'endroit des exécutions, un pré le long du marais de Kerzo en Brech sur la rive ouest du Loch en amont d'Auray, appelé depuis le Champ des martyrs, leurs dépouilles demeurèrent enfouies sur place jusqu'en 1814. En 1829, on édifia une chapelle expiatoire en forme de temple. Les ossements exhumés sont aujourd'hui conservés dans le mémorial construit sur le domaine de la Chartreuse d'Auray.

La Charteuse d'Auray conserve la liste grav√©e en h√Ęte et un caveau contenant les restes de 952 prisonniers de l'arm√©e royale pass√©s par les armes du 1er au 25 ao√Ľt 1795 apr√®s la d√©faite du d√©barquement de Quiberon.

Statue du général Hoche à Quiberon

Dans la littérature

L'exp√©dition de Quiberon figure dans l'un des romans de C. S. Forester, Mr Midshipman Hornblower[39]. Cet √©pisode figure √©galement dans la s√©rie t√©l√©vis√©e britannique bas√©e sur la s√©rie des ¬ę Hornblower ¬Ľ.

Sources

Bibliographie

√Čtudes historiques
  • Abb√© Angot, Quiberon, du 6 juin au 25 juillet 1795, dans Revue historique et arch√©ologique du Maine, t. XLI (1897), p. 335-347. [1]
  • Jacques-Philippe Champagnac, Quiberon, la r√©pression et la vengeance, Perrin, 1989 
  • Jean-Fran√ßois Chiappe, Georges Cadoudal ou la Libert√©, Perrin, 1971 
  • Jacques Cr√©tineau-Joly, Histoire de la Vend√©e militaire, 1840 
  • Roger Dupuy, La Bretagne sous la R√©volution et l‚ÄôEmpire, 1789-1815, √©ditions Ouest-France universit√©, Rennes, 2004 
  • Roger Garnier, Hoche, Payot, 1986 
  • Yves Gras, La Guerre de Vend√©e, Economica, 1994 
  • Pierre Lecuyer, Jean Jan, lieutenant de Cadoudal, Yves Salomon, 1985 
  • Jean-Cl√©ment Martin, Blancs et Bleus dans la Vend√©e d√©chir√©e, D√©couvertes/Gallimard, 1986 
  • Nathalie Meyer-Sabl√© et Christian Le Corre, La chouannerie et les guerres de Vend√©e, √©ditions Ouest-France, 2007 
  • Jean Sibenaler, Quiberon, pour le Roi et l'Autel, √©ditions Cheminements, 2007 
  • Jean Tabeur, Paris contre la Province! Les guerres de l'Ouest, 1792-1796, Economica, 2008 
Mémoires
  • Joseph de Puisaye, M√©moires du comte J. de Puisaye, etc., qui pourront servir √† l‚Äôhistoire du parti royaliste fran√ßais durant la derni√®re r√©volution, 1803 
  • Julien Guillemot, Lettre √† mes neveux, 1859 
  • Toussaint Du Breil de Pontbriand, M√©moires du colonel de Pontbriand sur les guerres de la chouannerie, √©dition Plon, Paris, 1897 (r√©impr. Y. Salmon, 1988) 
  • Claude-Augustin de Tercier, M√©moires politiques et militaires du G√©n√©ral Tercier (1770-1816), √©dition Paris, Plon, 1891 

Références

  1. ‚ÜĎ Parmi lesquels 751 seront fusill√©s et environ 2 500 qui parviendront √† s'√©vader.
  2. ‚ÜĎ Jacques-Philippe Champagnac, p.228
  3. ‚ÜĎ M√©moires du colonel de Pontbriand, Tome I, p.102
  4. ‚ÜĎ M√©moires du colonel de Pontbriand, Tome I, p.132-133
  5. ‚ÜĎ Pierre Lecuyer, Jean Jan, lieutenant de Cadoudal, p.146-147
  6. ‚ÜĎ Pierre Lecuyer, Jean Jan, lieutenant de Cadoudal, p.148
  7. ‚ÜĎ Jean-Fran√ßois Chiappe, Georges Cadoudal, ou la libert√©, p.117
  8. ‚ÜĎ Jean Sibenaler, p.12-13
  9. ‚ÜĎ Yves Gras, p.151-152
  10. ‚ÜĎ Yves Gras, p.152
  11. ‚ÜĎ Chroniques de la R√©volution, √©ditions Larousse, 1988, p.488.
  12. ‚ÜĎ Jean-Philippe Champagnac, p.13
  13. ‚ÜĎ Jean-Philippe Champaignac, p.229
  14. ‚ÜĎ a‚ÄČ, b‚ÄČ, c‚ÄČ, d‚ÄČ et e‚ÄČ Jean Sibenaler p. 16-17.
  15. ‚ÜĎ Jean Sibenhaler, p.23
  16. ‚ÜĎ Jean Sibenhaler, p.24
  17. ‚ÜĎ Jean-Philippe Champagnac, p.11
  18. ‚ÜĎ Roger Dupuy, p.175
  19. ‚ÜĎ Roger Dupuy, p.174
  20. ‚ÜĎ Roger Dupuy, p.176
  21. ‚ÜĎ Jean-Fran√ßois Chiappe, Georges Cadoudal, ou la libert√©, p.134-135
  22. ‚ÜĎ Jacques-Philippe Champagnac, Quiberon, la r√©pression et la vengeance, p.45
  23. ‚ÜĎ Robert Garnier, Hoche, p.227
  24. ‚ÜĎ Jean-Fran√ßois Chiappe, Georges Cadoudal, ou la libert√©, p.139-140
  25. ‚ÜĎ Jacques-Philippe Champagnac, Quiberon, la r√©pression et la vengeance, p.40
  26. ‚ÜĎ Jean Sibenhaler, p.73
  27. ‚ÜĎ Jean-Philippe Champagnac, p.14.
  28. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ Robert Garnier, Hoche, p.230
  29. ‚ÜĎ Robert Garnier, Hoche, p.231
  30. ‚ÜĎ Jean Sibenhaler, p.80-82
  31. ‚ÜĎ Le g√©n√©ral Claude-Augustin Tercier, qui eut le bonheur d'√©chapper au massacre, avait la garde du fort avec 400 hommes le 19, Il fut remplac√© dans ce poste le 20 juillet √† midi par Charles du Val de Beaumetz, jeune homme d'une famille noble d'Artois, qui fut fusill√© √† Vannes le 21 septembre 1795.
  32. ‚ÜĎ Jean-Fran√ßois Chiappe, Georges Cadoudal, ou la libert√©, p.21-23
  33. ‚ÜĎ Jean-Fran√ßois Chiappe, Georges Cadoudal, ou la libert√©, p.23
  34. ‚ÜĎ Istorhabreiz, l‚Äôarm√©e rouge en Bretagne
  35. ‚ÜĎ Jean-Fran√ßois Chiappe, Georges Cadoudal, ou la libert√©, p.24-27
  36. ‚ÜĎ Fran√ßois Cadic, Histoire populaire de la Chouannerie, Tome 2, p.11.
  37. ‚ÜĎ Jean-Fran√ßois Chiappe, Georges Cadoudal, ou la libert√©, p.28
  38. ‚ÜĎ Fran√ßois Cadic, Histoire populaire de la Chouannerie, Tome 2, p.12.
  39. ‚ÜĎ C.S. Forester, Mr Midshipman Hornblower, Michael Joseph Ldt., Londres, 1950, 253 p. (ISBN 0316290602) 

Notes

  1. ‚ÜĎ Le comte Louis de Provence et et le comte Charles d'Artois s‚Äô√©taient partag√©s les affaires et les zones d‚Äô‚Äôactivit√©s contre-r√©volutionnaires :

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