Empereur Romain

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Empereur Romain

Empereur romain

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Monarchie romaine
753 – 509 av. J.-C.
RĂ©publique romaine
509 – 27 av. J.-C.
Empire romain
27 av. J.-C. – 476
Empire byzantin
395 – 1453

Magistratures ordinaires
Consul
Proconsul
Préteur
Propréteur
Censeur
Tribun
Édile
Questeur
Magistratures extraordinaires
Dictateur
MaĂźtre de cavalerie
Tribun consulaire
Interroi
DĂ©cemvir
Triumvir
Titres et honneurs
Empereur romain
Auguste
CĂ©sar
Préfet du prétoire
TĂ©trarque
Dux
Magister militum
Princeps senatus
Pontifex maximus
Préfet de Rome
Imperator
LĂ©gat
Licteur
Institutions et lois
Constitution romaine
SĂ©nat romain
Assemblées
Magistrats
Cursus honorum
Auctoritas
Droit romain
Mos majorum
Citoyenneté
Imperium
Potestas
SĂ©rie Rome antique

Empereur romain désigne les dirigeants de la Rome antique, depuis Auguste jusqu'à l'effondrement de l'Empire romain d'Occident et à la chute de l'Empire byzantin. Ce terme ne définit pas une fonction précise et légale mais plutÎt un conglomérat de pouvoirs qui ont pu s'ajouter, se soustraire ou changer aux cours des siÚcles. Le plus fameux de ces pouvoirs est l'Impérium, le pouvoir militaire.

Comme l'Ă©crit Paul Veyne : « Le rĂŽle d'empereur romain Ă©tait d'une ambiguĂŻtĂ© Ă  rendre fou (...). Un CĂ©sar devait avoir quatre langages : celui d'un chef dont le pouvoir civil est de type militaire et qui donne des ordres ; celui d'un ĂȘtre supĂ©rieur (mais sans ĂȘtre un dieu vivant) vers lequel monte un culte de la personnalitĂ© ; celui d'un membre du grand conseil d'Empire, le SĂ©nat, oĂč il n'est que le premier parmi ses pairs, qui n'en tremblent pas moins pour leur tĂȘte ; celui du premier magistrat de l'Empire qui communique avec ses citoyens et s'explique devant eux. Â»[1]. Il n'est pas propriĂ©taire de son trĂŽne, mais est un simple mandataire de la collectivitĂ©, chargĂ© par elle de diriger la RĂ©publique[2].

Sommaire

Fonctions et pouvoirs des empereurs romains

Les origines du pouvoir impérial

Le pouvoir impĂ©rial est une dĂ©lĂ©gation, une mission confiĂ©e Ă  un individu thĂ©oriquement choisi ou acceptĂ© par le peuple romain et le SĂ©nat. Les CĂ©sars successifs sont ainsi prĂ©sentĂ©s comme « une chaĂźne perpĂ©tuelle de dĂ©lĂ©gations Â»[3]. Tout citoyen dĂ©vouĂ©, appartenant Ă  la noblesse sĂ©natoriale des « clarissimes Â» peut prĂ©tendre au pouvoir pour assurer le salut commun. Des lois non-Ă©crites Ă©cartent les Grecs et plus tard les Germains. Aucun empereur romain ne vient de ces deux peuples. Pour l'historien J. BĂ©ranger, les empereurs romains sont de grands patriotes qui assument les affaires publiques, les transmettent tout naturellement Ă  leur hĂ©ritier prĂ©somptif, ou encore les conquiĂšrent de haute lutte[4]. L’empereur n’est donc pas un roi hĂ©rĂ©ditaire. Parfois, les empereurs adoptent la personne destinĂ©e Ă  leur succĂ©der. Parfois, la succession est hĂ©rĂ©ditaire. Mais dans ce cas, le nouvel empereur, ne succĂšde Ă  son pĂšre dans son poste que s’il en a reçu expressĂ©ment l’investiture[5]. En cas de crise, un gĂ©nĂ©ral portĂ© en triomphe par ses soldats peut par les armes accĂ©der au pouvoir suprĂȘme, c'est le cas pendant la crise du troisiĂšme siĂšcle. Jusqu’à la fin de l’empire byzantin, l'idĂ©e que le trĂŽne n’était la propriĂ©tĂ© de personne, ni d’un individu ni d’une dynastie, a survĂ©cu. La consĂ©quence d'un tel systĂšme est le risque de guerre civile Ă  chaque changement de rĂšgne. Les pĂ©riodes oĂč la succession s'est effectuĂ©e de maniĂšre paisible comme sous les Antonins, ont Ă©tĂ© des exceptions[2]. Le SĂ©nat et le peuple sont pĂ©nĂ©trĂ©s par la crainte d’une guerre civile Ă  chaque succession. Ils acceptent donc avec empressement l'idĂ©e qu’un descendant du prince rĂ©gnant prĂźt la suite de son pĂšre. Un des devoirs de tout empereur est de prĂ©parer la transmission pacifique de son trĂŽne. Le choix le plus logique est, mĂȘme aux yeux des Romains, de dĂ©signer son fils ou d’en adopter un. Au Ier siĂšcle, aprĂšs l'assassinat de NĂ©ron, Galba adopte en hĂąte Pison, Othon se prĂ©pare Ă  adopter son neveu et Vitellius prĂ©sente son enfant Ă  ses soldats. Quand l’empereur rĂ©gnant parvient Ă  transmettre sans problĂšme son pouvoir Ă  son successeur, cela est considĂ©rĂ© comme l’achĂšvement d’un rĂšgne rĂ©ussi[6]. En fait, l’hĂ©rĂ©ditĂ© du trĂŽne n’est certes pas un principe de droit public, mais une pratique aristocratique admise par l’opinion romaine.
Aux IIIe et IVe siĂšcles, les empereurs sont crĂ©Ă©s par un nouveau groupe, l’État-major de l’armĂ©e. Il choisit le nouvel empereur, qui est ensuite avalisĂ© par le SĂ©nat. Le rang impĂ©rial est devenu, aux yeux des militaires, le grade le plus Ă©levĂ© dans la hiĂ©rarchie des officiers[2].

Le terme imperator

Le terme français empereur provient du mot latin imperator, lequel mot latin appartient Ă  la famille de imperare (commander) ou imperium (commandement, pouvoir). Le mot imperator dĂ©signe un gĂ©nĂ©ral victorieux ayant Ă©tĂ© acclamĂ© par ses troupes et ayant ainsi eu droit au triomphe, accordĂ© par le SĂ©nat. Cependant, aprĂšs le triomphe, en mĂȘme temps que son imperium (pouvoir de commander les troupes), il devait dĂ©poser Ă©galement son titre.

AprĂšs Auguste, le titre est portĂ© comme praenomen par tous les empereurs romains (voir Ă©pigraphie latine pour plus d'explication sur la titulature impĂ©riale). De lĂ  dĂ©coule le fait que le titre imperator devient essentiellement portĂ© par l'empereur. Les gĂ©nĂ©raux victorieux, mĂȘme acclamĂ©s par leurs soldats, voient souvent cette acclamation ĂȘtre ajoutĂ©e Ă  la liste de celles de l'empereur.

Les Romains abrĂ©viaient le terme imperator en IMP. Suivait gĂ©nĂ©ralement dans la titulature impĂ©riale le nombre de fois oĂč l'empereur avait Ă©tĂ©, personnellement ou par ses gĂ©nĂ©raux, acclamĂ© (l'accession Ă  l'Empire comptant pour une acclamation). En plus de cette prĂ©cision, le mot apparaissait en tant que prĂ©nom de l'empereur.

Des pouvoirs immenses

GrĂące Ă  l'imperium l'empereur est tout-puissant. Son pouvoir est absolu, complet et illimitĂ©, sans partage et sans avoir Ă  rendre des comptes. L’imperium est puissance absolue et complĂšte d’un officier sur le champ de bataille. Il a droit de vie et de mort sur ses hommes. Cette puissance qui Ă©tait divisĂ©e entre plusieurs magistrats est avec l'Empire dans les mains d'un seul homme. L'empereur dĂ©cide de la paix et de la guerre, lĂšve les impĂŽts et est le maĂźtre des dĂ©penses publiques. En sa qualitĂ© de Pontifex maximus, il est le maĂźtre des cultes publics et du droit religieux. Aucun autre pouvoir ne limite le sien. Chaque nouveau prince a un rĂŽle aussi indĂ©terminĂ© qu’immense. L’empereur peut lĂ©gifĂ©rer directement par un Ă©dit ou un simple rescrit qui a la mĂȘme force qu’une loi votĂ©e par le SĂ©nat, car tout ce que le prince dĂ©cide est lĂ©gal. Il ne consulte le SĂ©nat qu’à sa propre convenance et en obtient ce qu’il veut[2].
Comme l'empereur peut dĂ©cider de tout, Ă  chaque difficultĂ© on lui demande de s’en mĂȘler. Le prince a droit de vie et de mort sur tous ses sujets. Il peut mĂȘme faire exĂ©cuter un sĂ©nateur sans jugement, car la vie de tout homme, est Ă  sa merci. L'empereur dĂ©tient donc seul le pouvoir vĂ©ritable, tout en affectant d’ĂȘtre un serviteur responsable de l’État. Cette ambivalence Ă©tait l’essence mĂȘme du cĂ©sarisme[7]. De fait, le cĂ©rĂ©monial, le culte impĂ©rial et le caractĂšre sacrĂ© des images impĂ©riales crĂ©ent un fossĂ© entre les empereurs et le reste des hommes. De plus, aux yeux du peuple, le prince n’est pas un mandataire, mais un maĂźtre, un ĂȘtre supĂ©rieur par nature Ă  ses sujets[2]. La cour impĂ©riale ne fait que les pousser vers la mĂ©galomanie.

Un personnage "sacré"

Pour les Orientaux et une partie des populations hellĂ©nisĂ©es, l’empereur est un monarque, un basileus. Le lien de ce roi avec ses sujets se manifeste dans le serment d’attachement Ă  la personne du souverain. Chaque annĂ©e tous les habitants de l’Empire prĂȘtent serment Ă  l’empereur. Chaque sujet jure d’embrasser en toutes choses la cause du prince et de sa famille, de les dĂ©fendre au prix de sa vie et de celle de ses enfants, d’ĂȘtre l’ennemi des ennemis de l'empereur et de dĂ©noncer toute action, volontĂ© ou parole qui leur seraient hostiles[2]. Le culte impĂ©rial renforce encore le sentiment monarchique et le caractĂšre divin du prince.

L'évolution du pouvoir impérial

Article dĂ©taillĂ© : Liste des empereurs romains.

Le Principat

Une fois au pouvoir seul, Octave Ă©vite les titres de roi et de dictateur, fatals Ă  CĂ©sar ; cependant, tout en conservant les apparences de la RĂ©publique, il concentre dans ses mains de plus en plus de fonctions rĂ©publicaines : il fut treize fois consul, et reçoit les pouvoirs de censeur et de tribun de la plĂšbe sans avoir Ă©tĂ© Ă©lu Ă  ces magistratures. De 31 Ă  27, il prĂ©pare la stabilisation du rĂ©gime nouveau dont il est le fondateur : le principat. Lors de la sĂ©ance du SĂ©nat de janvier -27, la res publica, est en apparence restaurĂ©e par ses soins et rendue au SĂ©nat et au peuple. En fait, le SĂ©nat ne conserve que l'administration de quelques provinces sans lĂ©gion. Octave, qui reçoit peu aprĂšs le titre d'Auguste, garde ses immenses pouvoirs et se voit confier l'administration des provinces frontiĂšres et donc le commandement des armĂ©es[8]. Le nom d'Augustus souligne son caractĂšre sacrĂ© et divin, et confĂšre Ă  ses dĂ©cisions un poids considĂ©rable quoique sans fondement institutionnel. En 23, il reçoit la puissance tribunicienne complĂšte et Ă  vie, base civile de son pouvoir, et un imperium proconsulaire majus (plus grand que celui des proconsuls des provinces sĂ©natoriales). En - 2, il reçoit le titre de PĂšre de la patrie, qui place sous sa protection l'ensemble du peuple romain. Partout il est le « premier Â», le princeps. Ce nom reste au rĂ©gime qu'il a fondĂ© : le principat. Auguste intervient dans l'Ă©lection des magistrats grĂące au droit de recommandation. Il peut faire entrer au SĂ©nat qui il veut et nommer Ă  tous les Ă©chelons des fonctionnaires qui sont ses lĂ©gats (dĂ©lĂ©guĂ©s) dans les lĂ©gions, les provinces. Il dirige la diplomatie et la politique extĂ©rieure. enfin, l'empereur dispose de moyens financiers considĂ©rables, grĂące Ă  sa fortune personnelle, hĂ©ritĂ©e en partie de CĂ©sar, aux revenus de l'Égypte, son domaine privĂ©, et Ă  certains impĂŽts qui alimentent les caisses impĂ©riales[8]. En mĂȘme temps, il crĂ©a d’autres fonctions (prĂ©fets, lĂ©gats des provinces impĂ©riales, ...) dont les titulaires dĂ©pendaient entiĂšrement de lui.

De plus, Octave se fit dĂ©cerner par le SĂ©nat romain les titres d' Imperator, d' Auguste et de Princeps senatus (le premier Ă  parler au SĂ©nat). Ce dernier titre, devenu « Prince Â» au fil du temps, fit dĂ©signer sous le nom de Principat la forme de pouvoir Ă©laborĂ©e par Auguste.

Les premiers successeurs d’Auguste (Julio-Claudiens, Flaviens, Antonins) reprirent cette fiction d’un gouvernement au nom du SĂ©nat et du peuple romain ( SPQR = Senatus PopulusQue Romanus), tout en concentrant de plus en plus de pouvoir personnel. Les mots « Imperator Â» et « Augustus Â» devinrent des titres portĂ©s par chaque empereur.

La RĂ©publique romaine continuait fictivement, avec ses magistrats, mais ceux-ci Ă©taient tous dĂ©signĂ©s par l’empereur au lieu d'ĂȘtre Ă©lus. Le SĂ©nat, composĂ© de membres eux aussi choisis par les empereurs, confirmait le titre des nouveaux empereurs, qui provenaient d’ailleurs de ses rangs, et accordait l’apothĂ©ose aux « bons Â» empereurs ; ces derniers accĂ©daient alors au rang de dieu et devenaient l'objet d'un culte officiel. Inversement, le SĂ©nat vouait Ă  l'oubli les empereurs dĂ©testĂ©s, en dĂ©crĂ©tant leur damnatio memoriae.

Les empereurs gardaient un cĂŽtĂ© populaire, en s’immergeant parfois dans le peuple romain : Auguste interpellait des spectateurs du cirque depuis sa loge impĂ©riale ; NĂ©ron, Trajan, Hadrien frĂ©quentaient les bains publics (cf. SuĂ©tone).

Le principat connaĂźt son apogĂ©e sous les rĂšgnes de Trajan et d'Hadrien . Cette pĂ©riode restera gravĂ©e dans les mĂ©moires pendant le reste de l'AntiquitĂ© et mĂȘme aprĂšs comme celle d'un Ăąge d'or, oĂč rĂšgnent la paix et la prospĂ©ritĂ© : c'est la fameuse Pax Romana.

La dictature militaire

Cependant, cette paix est plus fragile qu'il n'y parait : l'un des derniers Antonins, l'empereur Marc-AurĂšle, dit l'empereur-philosophe car c'est effectivement un grand philosophe dans la lignĂ©e des stoĂŻciens grecs, passe la plus grande partie de sa vie Ă  guerroyer aux frontiĂšres. Son fils et successeur, Commode, devient assez rapidement fou. Son assassinat en 192 provoque la crise qui couvait depuis longtemps dĂ©jĂ . Le principat n'y survit pas.

À partir de 193, les lĂ©gions, qui avaient dĂ©jĂ  jouĂ© un rĂŽle crucial lors de la premiĂšre annĂ©e des quatre empereurs (69), deviennent toutes-puissantes dans la dĂ©signation des empereurs. L’empereur prend toutefois soin de faire ratifier son Ă©lĂ©vation par le SĂ©nat, et maintient ainsi la fiction du rĂ©gime d’Auguste. Mais aprĂšs cette crise, l'empire est devenu un empire militaire. Dans un cĂ©lĂšbre portrait, Caracalla n’a plus le visage serein d’un membre de la bonne sociĂ©tĂ©. On lit sur son visage une mission, celle d’un gardien aux aguets qui veille sur l’Empire. L’Empire comprend dĂ©sormais un empereur, le berger, des soldats, les chiens de garde, et le troupeau, dont les deux prĂ©cĂ©dents ont la garde. Le SĂ©nat est lui oubliĂ©[2].

AprĂšs 268, les empereurs n’appartiennent plus Ă  l’ancien ordre sĂ©natorial (Ă  l’exception de Tacite entre 275 et 276). Ils sont pour la plupart des militaires montĂ©s en grade (empereurs illyriens) qui n’ont pratiquement pas frĂ©quentĂ© la ville de Rome et son SĂ©nat. C'est nĂ©cessaire car ils sont toujours sur la brĂšche, toujours aux frontiĂšres pour rĂ©primer un soulĂšvement ou une incursion barbare. Ils sauvent l’Empire pendant la crise du troisiĂšme siĂšcle. Les fonctions de gĂ©nĂ©ral en chef et de chef de guerre victorieux que tient traditionnellement l'empereur sont renforcĂ©s dans ces pĂ©riodes de guerres incessantes. À cĂŽtĂ© des qualificatifs habituels comme felix, on associe de plus en plus le terme invictus. En effet, un empereur vainqueur peut espĂ©rer la fidĂ©litĂ© de ses sujets et de ses troupes. En cas de dĂ©faite militaire, des concurrents apparaissent parmi les autres gĂ©nĂ©raux. Les empereurs essaient cependant de trouver une lĂ©gitimitĂ© en transformant le culte impĂ©rial. AurĂ©lien est considĂ©rĂ© comme un dieu sur terre. Sur ses monnaies, on peut trouver l'inscription deus et dominus natus. L'empereur est donc divinisĂ© de son vivant.

Le Dominat

Pour faire face, l’Empire romain a besoin d’un pouvoir efficace, donc fort et dĂ©multipliĂ©. DioclĂ©tien (rĂšgne de 283 Ă  305) achĂšve de transformer le principat moribond en une monarchie Ă  l’orientale. L’empereur se sacralise, prend les titres de Dominus et Deus (Seigneur et Dieu). Une construction idĂ©ologique a peu Ă  peu assimilĂ© les empereurs Ă  des divinitĂ©s vivantes et justifie ainsi leur pouvoir absolu. Ce rĂ©gime impĂ©rial nouveau est appelĂ© Dominat.

Pour DioclĂ©tien, l’autoritĂ© impĂ©riale est de nature divine[9]. DioclĂ©tien et GalĂšre, son fils adoptif, se prĂ©tendent descendants de Jupiter. Ils prennent le surnom de Jovien, son collĂšgue Maximien ainsi que son co-cĂ©sar Constance celui d'Herculien. Cette sacralisation du pouvoir impĂ©rial a aussi pour but d’enlever toute lĂ©gitimitĂ© aux usurpateurs Ă©ventuels puisque seul l’empereur est Ă©lu des dieux, et que seul son successeur est lĂ©gitime. DioclĂ©tien conserve aussi la notion de pouvoir impĂ©rial collĂ©gial hĂ©ritĂ©e des heures sombres de l'anarchie militaire, et la systĂ©matise sous le nom de TĂ©trarchie. Dans ce rĂ©gime, le pouvoir Ă©tait partagĂ© d'une part entre deux pĂŽles gĂ©ographiques, Orient et Occident, et d'autre part au sein de chaque pĂŽle, entre un empereur titulaire dit Auguste et un adjoint et successeur dĂ©signĂ© dit CĂ©sar. Cette organisation, trop thĂ©orique car elle supposait implicitement une bonne entente entre les diffĂ©rents co-empereurs, ne dura guĂšre au-delĂ  de DioclĂ©tien lui-mĂȘme (les autres tĂ©trarques n'avaient pas son sens du devoir —- il est le seul empereur Ă  avoir abdiquĂ© volontairement).

Constantin Ier reprend le titre de Dominus. Du fait de sa conversion[10], il ne cherche pas Ă  affirmer une filiation divine.Il prĂ©tend plutĂŽt avoir Ă©tĂ© investi par le Dieu des chrĂ©tiens pour gouverner l’Empire. Constantin affirme qu’il est le reprĂ©sentant de Dieu sur la terre. En son intelligence se reflĂšte l’intelligence suprĂȘme[11]. Il s’entoure d’un faste incroyable pour exalter la grandeur de la fonction impĂ©riale. Le principe dynastique mis en place par Constantin a pour consĂ©quence un affaiblissement du pouvoir impĂ©rial. En effet, Ă  plusieurs reprises, des enfants sont arrivĂ©s au pouvoir Ă  la mort de leur pĂšre. C’est le cas de Gratien et de Valentinien II, d’Arcadius et d’Honorius, de ThĂ©odose II et de Valentinien III en 423. Les mĂšres de ces jeunes empereurs occupent alors un rĂŽle politique important ainsi que certains prĂ©fets du prĂ©toire.

En Occident, le pouvoir spirituel s’engage vers une autonomie plus grande face au pouvoir politique. Ambroise pose les bases de la thĂ©orie mĂ©diĂ©vale de la sĂ©paration des deux pouvoirs[12] esquissant mĂȘme l’idĂ©e d’une subordination du pouvoir politique au pouvoir spirituel. Il contraint ainsi ThĂ©odose Ă  faire pĂ©nitence et Ă  marcher pieds nus dans la cendre pour expier le massacre de dix mille personnes aprĂšs la rĂ©volte de Thessalonique en 390[13]. En Orient, les empereurs naviguent entre cĂ©saropapisme et subordination au pouvoir spirituel. Ainsi, en 450, l’empereur Marcien est couronnĂ© empereur par l’évĂȘque de Constantinople Anatolius. Son successeur LĂ©on fait de mĂȘme. C’est donc l’évĂȘque qui au nom de Dieu fait le souverain.

Les successeurs des empereurs romains

Le Basileus

Article dĂ©taillĂ© : Liste des empereurs byzantins.

En 476, Odoacre, roi des HĂ©rules, dĂ©pose Romulus Augustule, l'empereur de la partie occidentale de l'Empire. Mais loin de dĂ©sirer s'emparer du trĂŽne impĂ©rial, il envoie Ă  ZĂ©non, l'empereur de l'Orient, les insignes de la charge, ainsi qu'une soumission Ă  l'autoritĂ© du seul Auguste restant. Cela tĂ©moigne de l'immense prestige que conservait encore l'Empire romain, mĂȘme amputĂ© de sa partie occidentale. Non seulement Odoacre se plaça sous l'autoritĂ© symbolique de ZĂ©non, mais on retrouve ce phĂ©nomĂšne ailleurs : chez les Francs, pourtant Ă©galement de ceux qui mirent Rome Ă  bas, Clovis voulut aussi se rattacher au souvenir de l'Urbs, et fut ainsi trĂšs honorĂ© de se voir confier les insignes consulaires, terme dĂ©suet recouvrant une fonction disparue, mais qui gardait par sa simple romanitĂ© un immense prestige.

DĂ©positaire de l'autoritĂ© de Rome, et de son prestige, l'Empire romain dans sa partie orientale eut toujours un immense prestige au fil des siĂšcles. Chez les Grecs, l'empereur a toujours Ă©tĂ© appelĂ© Basileus, c’est-Ă -dire roi, car pour les Grecs la royautĂ© n'avait pas la connotation pĂ©jorative qu'elle revĂȘtait chez les Romains. En 629, l’empereur HĂ©raclius prit le titre de Basileus, abandonnant les prĂ©cĂ©dents titres latins, mais se considĂ©rant toujours comme empereur des Romains.

Le titre de Basileus disparaĂźt dĂ©finitivement avec la chute de Constantinople en 1453, mĂȘme si les Russes se sont parfois considĂ©rĂ©s comme hĂ©ritiers de Byzance (Sophie PalĂ©ologue Ă©pousa Ivan III, Grand Prince de Moscou, et quelques annĂ©es plus tard Ivan IV de Russie prend le titre de Tsar, ce qui marque clairement la filiation avec Constantinople).

La résurgence du titre impérial en Occident

Il fallut attendre plus de trois siĂšcles avant qu’un prince en Occident ne reprenne le titre d'empereur : Charlemagne en l'an 800 fut couronnĂ© par le Pape LĂ©on III. Ce couronnement fut considĂ©rĂ© comme une usurpation par le pouvoir de Byzance.

Sa couronne se transmettra dans le Saint-Empire romain germanique, héritier de l'Empire franc.

Voir aussi

Bibliographie

  • Gilbert Dagron, Empereur et prĂȘtre, Ă©tude sur le « cĂ©saropapisme Â» byzantin, Paris, Gallimard, 1997.
  • Christian Goudineau, Les Empereurs de Rome d'Auguste Ă  la TĂ©trarchie, Errance, 2004.
  • Jean-Paul Thuillier, Les empereur de la Rome Antique, Ă©ditions Errance, 1996.
  • Paul Veyne, « Qu’était-ce qu’un empereur romain ?. Dieu parce qu’empereur Â», DiogĂšne, 2002/3 - N° 199, p. 3 Ă  25. [lire en ligne]

Articles connexes

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Liens externes

Notes et références

  1. ↑ Paul Veyne, Quand notre monde est devenu chrĂ©tien, Albin Michel, 2007, p 24.
  2. ↑ a , b , c , d , e , f  et g  Paul Veyne, « Qu'Ă©tait-ce qu'un empereur romain Â», DiogĂšne, n°199, 2002/3. [lire en ligne]
  3. ↑ Gilbert Dagron, Empereur et prĂȘtre, Ă©tude sur le « cĂ©saropapisme Â» byzantin, Paris, Gallimard 1996, p. 72.
  4. ↑ J. BĂ©ranger, Recherches sur l’aspect idĂ©ologique du principat, BĂąle, 1953, p. 72.
  5. ↑ Dagron, p. 70
  6. ↑ Dagron, p. 42-43.
  7. ↑ A. Wallace-Hadrill, « Civilis princeps : between citizen and king Â», dans Journal of Roman Studies, 72, 1982, p. 32-48.
  8. ↑ a  et b  Paul Petit, Yann Le Bohec, Le Haut Empire, Encyclopaedia Universalis, DVD, 2007
  9. ↑ Christol et Nony, Michel Christol et Daniel Nony, Des origines de Rome aux invasions barbares, Hachette, 1974, rĂ©Ă©dition 2003, p 212.
  10. ↑ Yves ModĂ©ran, « La conversion de Constantin et la christianisation de l’empire romain Â», Association des professeurs d’histoire et de gĂ©ographie Caen.
  11. ↑ Charles Diehl, Histoire de l’Empire Byzantin, P., Picard, 1920,1;2 dans [1].
  12. ↑ Christol et Nony, p. 233.
  13. ↑ Christianisme et stoïcisme, X-Passion, 2001 dans [2]
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