Elisabeth Ire d'Angleterre

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Elisabeth Ire d'Angleterre

√Člisabeth Ire d'Angleterre

Page d'aide sur l'homonymie Pour les autres membres de cette famille, voir : Tudor et pour les homonymes, voir √Člisabeth.
√Člisabeth Ire
Reine d'Angleterre
Elizabeth I Darnley Portrait v3.jpg
Portrait d'√Člisabeth Ire vers 1575.

Règne
17 novembre 1558 ‚Äď 24 mars 1603
&&&&&&&&&&01619844 ans, 4 mois et 7 jours
Couronnement 15 janvier 1559
Dynastie Maison Tudor
Titre complet Reine d'Angleterre
Reine de France
Reine d'Irlande
Gouverneur supr√™me de l'√Čglise d'Angleterre
Prédécesseur Marie Ire
Successeur Jacques Ier

Autres fonctions
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Biographie
Naissance 7 septembre 1533
Greenwich, Angleterre
D√©c√®s 24 mars 1603 (√† 69 ans)
Richmond, Angleterre
Père Henri VIII
Mère Anne Boleyn
Consort(s) aucun
Signature
Autograph of Elizabeth I of England.svg

England Arms 1405.svg
Monarques de Grande-Bretagne

√Člisabeth Ire d'Angleterre (7 septembre 1533 √† Greenwich ‚Äď 24 mars 1603 √† Richmond) est l'une des plus c√©l√®bres souveraines d'Angleterre. √Čgalement nomm√©e ¬ę La reine vierge ¬Ľ, ¬ę Gloriana ¬Ľ ou ¬ę Good Queen Bess ¬Ľ par ses partisans, √Člisabeth Ire fut reine d'Angleterre, de France (seulement en titre) et d'Irlande du 17 novembre 1558 jusqu'√† sa mort. Elle parlait l'anglais, le latin, le grec, le fran√ßais et l'italien. Fille du roi Henri VIII d'Angleterre et d'Anne Boleyn, √Člisabeth fut la cinqui√®me[1] et derni√®re repr√©sentante de la dynastie des Tudors.

√Ä la mort d'Henri VIII, le 28 janvier 1547, elle n'√©tait cependant que troisi√®me dans l'ordre de succession √† la Couronne. Seules les morts successives de son demi-fr√®re cadet, √Čdouard VI le 6 juillet 1553, puis de sa demi-sŇďur a√ģn√©e, Marie Ire le 17 novembre 1558, lui permettront d'acc√©der au tr√īne.

Son long règne de 45 ans définit la période élisabéthaine, qui maintient l'Angleterre au rang des grandes puissances.

Sommaire

Biographie

Ascendance

Henri VIII et Anne Boleyn, parents d'√Člisabeth
Ascendance d'√Člisabeth Ire d'Angleterre sur trois g√©n√©rations
√Člisabeth Ire
d'Angleterre
P√®re :
Henri VIII d'Angleterre
Grand-p√®re paternel :
Henri VII d'Angleterre
P√®re du grand-p√®re paternel :
Edmond Tudor
M√®re du grand-p√®re paternel :
Margaret Beaufort
Grand-m√®re paternelle :
√Člisabeth d'York
P√®re de la grand-m√®re paternelle :
√Čdouard IV d'Angleterre
M√®re de la grand-m√®re paternelle :
√Člisabeth Woodville
M√®re :
Anne Boleyn
Grand-p√®re maternel :
Thomas Boleyn
P√®re du grand-p√®re maternel :
William Boleyn
M√®re du grand-p√®re maternel :
Margaret Butler
Grand-m√®re maternelle :
Elizabeth Howard
P√®re de la grand-m√®re maternelle :
Thomas Howard
M√®re de la grand-m√®re maternelle :
Elizabeth Tilney

L'enfance

La princesse √Člisabeth √† l'√Ęge de 13 ans,[2] vers 1559, The Royal Collection, Ch√Ęteau de Windsor, Windsor.

Au moment o√Ļ sa ma√ģtresse Anne Boleyn se retrouve enceinte (d√©but 1533[3]), Henri VIII est encore mari√© √† sa premi√®re √©pouse, Catherine d'Aragon : le destin de l'enfant √† na√ģtre aurait donc d√Ľ √™tre celui d'un b√Ętard royal. Mais autour du 25 janvier 1533, Henri √©pouse secr√®tement sa ma√ģtresse[4],[5],[6]. Le Samedi Saint 12 avril 1533, √† l'occasion des c√©r√©monies religieuses de P√Ęques, Anne Boleyn appara√ģt publiquement comme la nouvelle reine[7],[8]. Le 23 mai 1533, l'archev√™que de Cantorb√©ry, Thomas Cranmer proclame l'annulation du mariage d'Henri VIII et de Catherine d'Aragon. Le dimanche de Pentec√īte 1er juin, Anne Boleyn est couronn√©e reine lors d'une fastueuse c√©r√©monie[9]. Le 11 juillet, le pape confirme la validit√© du premier mariage du roi. Le 26 ao√Ľt, la nouvelle reine entre en r√©clusion au palais de Greenwich et le 7 septembre 1533 dans l'apr√®s-midi, elle donne naissance √† une fille, √Člisabeth.

Le 10 septembre, Lady Elizabeth est baptisée à Greenwich selon le rite catholique[10].

En d√©cembre, conform√©ment aux moeurs de l'√©poque, le b√©b√© est retir√© √† sa m√®re et envoy√© √† Hatfield House (Hertfordshire). Parmi l'imposante suite de la princesse, Marie, la fille de Catherine d'Aragon, d√©chue de tous ses titres. Les relations entre elle et la nouvelle reine sont des plus tendues, et toutes les visites d'Anne √† Hatfield sont l'occasion de terribles sc√®nes. Selon les comptes rendus des t√©moins, √Člisabeth ne semble pas avoir particuli√®rement souffert des maladies infantiles courantes √† l'√©poque.

Apr√®s plusieurs fausses couches, Anne Boleyn voit son destin changer subitement √† la fin du mois d'avril 1536. Apr√®s une proc√©dure des plus sommaires, dans laquelle elle est accus√©e d'adult√®re, d'inceste et de haute trahison, elle est d√©capit√©e le 19 mai 1536 √† la tour de Londres. Le deuxi√®me mariage est lui aussi annul√© pour des motifs th√©ologiques non r√©v√©l√©s. Onze jours seulement apr√®s l'ex√©cution d'Anne, Henri VIII convole avec Jeanne Seymour.

D√©clar√©e ill√©gitime apr√®s l'invalidation du mariage de ses g√©niteurs, √Člisabeth perd √† son tour son titre de princesse ; son train de vie conna√ģt une r√©duction drastique. La naissance d'√Čdouard, seul fils l√©gitime d'Henri VIII, le 12 octobre 1537 semble la condamner d√©finitivement, mais on d√©cide que les deux enfants seront √©lev√©s ensemble. C'est semble-t-il par l'influence de la derni√®re √©pouse d'Henri VIII, Catherine Parr, dont les convictions en faveur de la R√©forme sont connues, que les deux enfants baigneront dans un environnement et une id√©ologie protestants qui forgeront leur conviction personnelle en mati√®re religieuse[11].

Cependant, √Člisabeth est r√©tablie dans ses droits au tr√īne par le parlement d'Angleterre en 1544.

Le r√®gne d'√Čdouard VI

√āg√©e de treize ans et demi √† la mort d'Henri VIII, √Člisabeth voit √Čdouard VI, son jeune demi-fr√®re de neuf ans monter sur le tr√īne. L'enfant est de sant√© fragile, et rapidement la perspective d'une disparition prochaine du monarque prend corps. Le pouvoir r√©el est imm√©diatement confisqu√© par le conseil de r√©gence, que dirige le Lord Protecteur Edward Seymour. Un premier complot, men√© par le propre fr√®re du Lord-Protecteur est d√©jou√© en 1549.

Mais √† la suite de d√©faites militaires, le Lord-Protecteur perd lui aussi et la confiance du roi et sa t√™te. Il est remplac√© en 1550 par un Lord-Pr√©sident, John Dudley. Celui-ci oriente fortement la politique du gouvernement en faveur du protestantisme, puis, arguments religieux √† l'appui, parvient √† persuader le roi de priver Marie la catholique et √Člisabeth de tous leurs droits sur la couronne et transmettre celle-ci √† Jeanne Grey, une fervente protestante, mais aussi - fort opportun√©ment - la bru de Dudley.

Jeanne Grey

Le 10 juillet 1553, Jeanne Grey h√©rite donc de la couronne d'Angleterre. √Ä 16 ans, elle n'est qu'une marionnette manipul√©e par John Dudley. Mais alors qu'on lui ordonne de revenir √† Londres, Marie r√©unit plusieurs milliers de partisans en un temps record et affronte l'usurpatrice qui doit c√©der apr√®s 9 jours de r√®gne. Les candidats au tr√īne se retrouvent √† la tour de Londres. Une inconnue demeure : quel est le r√īle exact d'√Člisabeth dans ce jeu de dupes ?

Le règne de Marie Ire

Marie Tudor, demi-soeur d'√Člisabeth, par Hans Eworth, 1554.

Le r√®gne de Marie Ire inspire un nouveau revirement politico-religieux : Marie est profond√©ment catholique et sa politique papiste et pro-espagnole entra√ģne un changement de cap complet et un renversement des alliances. Mais ce qui soul√®ve le plus d'inqui√©tude est la question matrimoniale. Ainsi, la perspective de son mariage avec le fils unique de Charles Quint, Don Philippe d'Autriche[12] provoque la r√©volte de Thomas Wyatt le Jeune. Une fois la r√©volte mat√©e, Marie se d√©barrasse des Dudley qui ont eu le tort d'√™tre √† nouveau impliqu√©s dans la tentative de coup d'√Čtat.

Or, des lettres compromettantes accusent √Člisabeth, qui, √† 20 ans, devait √™tre la principale b√©n√©ficiaire du complot. Somm√©e de s'expliquer, la jeune femme ne convainc qu'√† moiti√©. Elle est emprisonn√©e au palais de Whitehall, puis du 17 mars 1554 au 19 mai 1554[13], √† la tour de Londres. Malgr√© les pressions exerc√©es sur elle en ce sens, Marie Ire se refuse √† l'ex√©cuter. √Člisabeth √©chappe donc √† la mort et √† la Tour et est rel√©gu√©e √† Woodstock (pr√®s d'Oxford) jusqu'en avril 1555.

Marie √©pouse finalement Philippe. Son mariage est pour elle une vraie r√©ussite sentimentale[14], qui semble couronn√©e par une grossesse prometteuse. Mais apr√®s la r√©v√©lation que ce n'est au mieux qu'une grossesse nerveuse[15] et le d√©part de Philippe pour le continent, la politique anti-protestante de Marie se durcit fortement et les b√Ľchers deviennent le moyen courant de r√©gler les querelles th√©ologiques ou liturgiques[16]. L'opposition au pouvoir papiste se renforce.

En mars 1556, le pouvoir d√©joue un nouveau complot dit ¬ę d'Henri Dudley ¬Ľ ou ¬ę de Kingston ¬Ľ[17], dans lequel √Člisabeth est encore plus gravement impliqu√©e que dans les pr√©c√©dents. Pourtant, m√™me si les √©l√©ments √† charge sont accablants, √Člisabeth est √† peine inqui√©t√©e. Elle est plac√©e en r√©sidence surveill√©e chez Thomas Pope, puis √† Hatfield House. La disgr√Ęce ne dure que jusqu'√† la fin novembre.

Depuis longtemps, le pouvoir cherche √† se d√©barrasser √©l√©gamment du probl√®me que pose √Člisabeth en la mariant. Mais la jeune femme refuse obstin√©ment tous les soupirants anglais ou √©trangers qu'on lui proposera. Dans une lettre √† sa sŇďur, celle qu'on appellera ¬ę la reine Vierge ¬Ľ (The Virgin Queen) d√©clare qu'elle souhaite ¬ę rester en l'√©tat de virginit√©, qui lui plaisait par-dessus tout et auquel elle ne connaissait pas d'autre genre de vie qui lui f√Ľt comparable ¬Ľ[18].

Marie √©tant d√©c√©d√©e sans h√©ritier le 17 novembre 1558, c'est √Člisabeth qui, √† 25 ans, acc√®de au tr√īne. Le 15 janvier 1559, √Člisabeth Ire est couronn√©e par Owen Oglethorpe, √©v√™que de Carlisle en l'abbaye de Westminster √† Londres.

L'accession au tr√īne

√Člisabeth Ire lors de son couronnement. National portrait Gallery, Londres

La p√©riode qui s'√©tend de la mort de son p√®re le 28 janvier 1547 √† son accession au tr√īne le 17 novembre 1558 est marqu√©e par une grande incertitude. √Člisabeth conna√ģt de nombreuses vicissitudes avant le triomphe final. Son statut particulier de fille ill√©gitime du roi, mais d'h√©riti√®re pr√©somptive l√©gitime de la couronne fait d'elle √† la fois un recours pour ceux qui souhaitent le changement et une menace latente pour le pouvoir en place. D'autant plus que la concurrence dynastique de la maison Tudor va √™tre surd√©termin√©e par la crise religieuse de la R√©forme anglaise et la strat√©gie politique fluctuante des puissances europ√©ennes. √Ä chaque crise que rencontre le pouvoir, celui-ci soup√ßonne la fille d'Anne Boleyn de vouloir en profiter. Malgr√© elle, √Člisabeth est entra√ģn√©e dans les jeux diplomatiques complexes et v√©n√©neux qui se trament √† la cour d'Angleterre. Plusieurs fois accus√©e de conspiration, elle doit sa survie √† son art de la dissimulation[19], √† sa capacit√© √† nier effront√©ment l'√©vidence, √† sa volont√© de ne jamais s'engager, mais aussi parce qu'√† des titres divers, sa disparition aurait fait surgir des risques bien plus dangereux pour ceux qui √©taient les ma√ģtres de son destin.

La reine vierge

Robert Dudley qu'√Člisabeth proposa en mariage √† sa cousine Marie Stuart faisant de leurs descendants les √©ventuels h√©ritiers de son tr√īne. 1564, 110 x 80 cm, attribu√© √† Steven van der Meulen.

Une fois couronn√©e, √Člisabeth continuera √† refuser les avances de nombreux candidats, dont celles du roi Philippe II d'Espagne[20] et d'Ivan le Terrible, premier tsar de Russie. La reine de France Catherine de M√©dicis, pour sa part, lui proposa comme √©poux, successivement deux de ses fils : le duc d'Anjou - devenu, par la suite, roi de France sous le nom d'Henri III -, puis le duc d'Alen√ßon, de 22 ans le cadet d'√Člisabeth. On peut √©galement citer parmi ses pr√©tendants le prince h√©ritier √Čric de Su√®de, ou encore l'archiduc Charles de Habsbourg. C√©libataire et sans enfant, la reine d'Angleterre eut n√©anmoins, semble-t-il, une vie amoureuse assez active dans le secret des alc√īves. Les favoris d'√Člisabeth furent notamment Robert Dudley, Robert d'Essex et m√™me l'amiral Thomas Seymour.

La l√©gende veut que Sir Walter Raleigh, autre soupirant d'√Člisabeth, ait pos√© son somptueux manteau sur une flaque d'eau sur laquelle la reine s'appr√™tait √† marcher, afin qu'elle ne se mouille pas les pieds. √Ä partir de 1588, les relations d'√Člisabeth avec Essex se d√©t√©riorent et font les d√©lices des ragots de la cour. L'√Ęge n'alt√®re en rien la coquetterie de la reine, m√™me si elle perd ses dents. N√©anmoins, son caract√®re empire, notamment envers ses dames d'honneur. Le jour o√Ļ une demoiselle de la cour se d√©clare enceinte de Raleigh, la reine punit cette infid√©lit√© en envoyant son ancien favori √† la tour de Londres.

La confirmation de l'Angleterre anglicane

Le pape Pie V, années 1600, Paris, collection particulière.

Les convictions religieuses r√©form√©es d'√Člisabeth ne sont pas un secret et Marie n'avait m√©nag√© ni ses efforts, ni les pressions pour pousser sa demi-sŇďur √† un catholicisme au moins de fa√ßade. La difficile situation personnelle d'√Člisabeth l'avait alors contrainte √† se plier, sans enthousiasme aucun, aux exigences du pouvoir. L'intransigeance de la papaut√©, qui persiste √† ne voir en elle qu'une enfant ill√©gitime sans aucun droit √† la couronne, va conduire √Člisabeth √† soutenir l'anglicanisme de son p√®re, avec cependant un certain souci de mod√©ration.

Souveraine √©nergique et autoritaire, elle dote l'Angleterre d'une religion d'√Čtat par l'Acte de Supr√©matie d√®s 1559, qui exige des √©v√™ques un serment de fid√©lit√© √† la reine, ¬ę gouverneur supr√™me ¬Ľ de l'√Čglise.

Avec le bill des Trente-Neuf Articles en 1563, elle constitue une v√©ritable charte de l'anglicanisme : la hi√©rarchie √©piscopale et une partie du c√©r√©monial catholique sont maintenues, tout en abandonnant l'usage du latin et l'obligation du c√©libat des pr√™tres.

Mais elle se heurte à l'opposition des puritains, qu'elle pourchasse. Les calvinistes stricts, proches du réformateur John Knox et du mouvement presbytérien écossais qu'il a fondé, désirent purifier l'anglicanisme du papisme.

√Člisabeth doit √©galement affronter les catholiques, qui protestent contre la rupture avec Rome. Les √©v√™ques mis en place par Marie Tudor sont catholiques, et de ce fait, refusent de pr√™ter serment √† une reine qu'ils jugent h√©r√©tique. Ils sont alors plac√©s en r√©sidence surveill√©es et remplac√©s par un clerg√© anglican.

En 1570, √Člisabeth est officiellement excommuni√©e par le pape Pie V, qui ne reconna√ģt comme seule souveraine que Marie Stuart, la reine d'√Čcosse. Les catholiques sont alors jug√©s comme tra√ģtres √† la Couronne et une violente r√©pression s'engage. Jusqu'en 1603, 200 catholiques, pr√™tres ou la√Įques, sont ex√©cut√©s.

Relation avec l'Irlande

Par la rupture avec le pape, la reine aggrave la situation diplomatique de l'Angleterre avec l'Irlande, o√Ļ le catholicisme est tr√®s majoritaire. Lorsque Henri VIII s'√©tait fait proclamer roi d'Irlande en 1541, l'√ģle √©tait encore loin d'√™tre conquise. L'Irlande, alli√©e de l'Espagne, r√©siste √† la domination anglaise, mais ses tentatives de soul√®vement sont √©cras√©es. Les r√©pressions violentes qui ont lieu entre 1594 et 1603 marquent le d√©but d'une domination assez cruelle dans un contexte d'hostilit√©, d√©favorable √† toute tentative de conciliation.

Rivalité avec Marie Stuart

Portrait de Marie Stuart, par Nicholas Hilliard, Londres, National Portrait Gallery.

Les partisans de sa cousine et h√©riti√®re, la catholique Marie Stuart, reine d'√Čcosse, sont √† l'origine d'une lutte de pouvoir entre les deux souveraines. Marie Stuart est reine d'√Čcosse d√®s sa naissance en 1542, mais est √©lev√©e en France apr√®s son mariage avec le dauphin devenu Fran√ßois II de France. De retour en √Čcosse en 1560, elle gouverne un pays tr√®s ancr√© dans le presbyt√©rianisme. Apr√®s un temps de compromis, elle multiplie les erreurs comme son mariage avec James Hepburn pr√©c√©d√© de l'assassinat de son deuxi√®me mari Henry Stuart. √Člisabeth finance en secret la r√©volte des barons √©cossais men√©s par le demi-fr√®re de celle qu'elle appelle avec hypocrisie politique "sa bonne soeur Marie". En 1567, Marie est contrainte d'abdiquer en faveur de son fils Jacques. R√©fugi√©e en Angleterre, elle est soup√ßonn√©e de comploter contre √Člisabeth. Arr√™t√©e, jug√©e en 1587, elle est finalement condamn√©e par le parlement et d√©capit√©e. Cette querelle avec Marie Stuart sera par la suite exploit√©e comme symbole de la duret√© et de la cruaut√© √©lisab√©thaine.

Naissance du colonialisme britannique et de la suprématie maritime

Trajet emprunté par l'Armada espagnole

L'exécution de Marie Stuart déclencha les hostilités entre l'Angleterre et l'Espagne, dont le roi supporte mal les incursions et les répressions envers son allié, l'Irlande.

Lors de son tour du monde en 1577-1580, Francis Drake intercepte un convoi espagnol et s'empare de son or. Il sera par la suite arm√© chevalier par la reine. Devant cette offense politique, le roi d'Espagne d√©cide de rassembler une flotte consid√©rable pour l'√©poque : l'Invincible Armada. Le 20 mai 1588, 10 300 marins et 19 000 soldats entass√©s sur 130 b√Ętiments quittent le port de Lisbonne. Cette formidable arm√©e navale est cependant vaincue par l'Angleterre. Les Espagnols connaissent une d√©route sans pr√©c√©dent : seuls 63 navires reviennent en Espagne. Cette victoire eut pour effet de consacrer la supr√©matie maritime de l'Angleterre et d'encourager son expansionnisme. L'ann√©e 1600 voit la cr√©ation de la Compagnie des Indes orientales, la colonisation de l'Am√©rique du Nord entam√©e par sir Walter Raleigh, qui fonde la Virginie, appel√©e ainsi en hommage √† la ¬ę Reine Vierge ¬Ľ.

Les marins anglais commencent alors une exploration syst√©matique √† l'instar des Espagnols au d√©but du si√®cle. D√®s 1562, le corsaire John Hawkins attaquait les navires portugais et espagnols. Cherchant √† atteindre la Chine par le Nord-Est, John Davis parvient au cŇďur de la Russie par les voies fluviales, ouvrant ainsi la route aux explorateurs. Ralph Ficht va jusqu'√† l'Euphrate, atteint l'Inde et est re√ßu chez le grand Moghol. De 1591 √† 1594, Jacques Lancaster r√©it√®re l'exploit de Vasco de Gama en faisant le tour de l'Afrique.

L'ère élisabéthaine

√Člisabeth Ire, repr√©sent√©e avec un rameau d'olivier. Elle est ici garante de la paix. Marcus Gheeraerts l'ancien, 1580 ou 1585.

Essor culturel

La période élisabéthaine est marquée par un essor culturel et artistique de premier ordre qui voit s'affirmer la renaissance anglaise.

L'architecture se caractérise par les manoirs de style Tudor, avec de grandes fenêtres à croisillons, associant au style gothique des éléments Renaissance.

La langue anglaise conna√ģt ses lettres de noblesses avec des po√®tes comme Edmund Spenser, qui publie la Reine des f√©es entre 1590 et 1596, en hommage √† la reine. Le th√©√Ętre est √©galement une grande r√©ussite de l'√®re √©lisab√©thaine. En 1598, le fameux th√©√Ętre du Globe ouvre ses portes √† Londres, sur la rive sud de la Tamise. Les pi√®ces de Christopher Marlowe (Docteur Faust) et de Ben Jonson (Volpone) sont un vrai succ√®s. Mais c'est Shakespeare qui s'affirme comme le ma√ģtre incontest√© de la litt√©rature anglaise.

Les connaissances scientifiques, tir√©es par les besoins de la navigation, particuli√®rement en cartographie et en astronomie, commencent √† se d√©velopper sous l'impulsion de John Dee, suivi de Thomas Digges, Thomas Harriot, Edward Wright et William Gilbert. Les connaissances de g√©ographie se perfectionnent √©galement gr√Ęce aux recueils et aux traductions de Richard Hakluyt. Tous ces savants sont subventionn√©s par des aristocrates et des courtisans clairvoyants comme Walter Raleigh, Henri Percy et Robert Cecil.

Essor économique et financier

Souverain (en or) frapp√© √† Londres en 1585 montrant la reine √Člisabeth assise en majest√© sur son tr√īne.

Le grand dynamisme d√©mographique de l'Angleterre sous √Člisabeth Ire ainsi que la confirmation de sa supr√©matie militaire ont pour cons√©quence de relancer l'√©conomie.

Sur le plan industriel, les manufactures drapi√®res se d√©veloppent et l'exploitation de la houille et du fer progresse de fa√ßon spectaculaire, ce qui am√®ne √† une multiplication des mines. Le commerce avec les pays √©trangers est favoris√© par une meilleure ma√ģtrise de la navigation et par l'ouverture de nombreux chantiers navals.

Les finances de la couronne tendent √† afficher des exc√©dents : le domaine royal, les confiscations, les douanes, dont le produit cro√ģt avec l'essor du commerce, assurent √† la Couronne des recettes confortables. C'est d'ailleurs sous √Člisabeth Ire que Thomas Gresham fonde une Bourse √† Londres.

Une société en mutation

L'aristocratie terrienne, dont les principaux revenus proviennent de l'agriculture et de l'√©levage, est contrainte de s'adapter face √† la concurrence du commerce maritime. C'est ainsi que na√ģt le mouvement des enclosures (cl√ītures des champs), qui substitue √† l'exploitation collective du sol un syst√®me de grandes propri√©t√©s individuelles. La gentry (petite noblesse), se distingue par un bon fonctionnement de ses capitaux sans pour autant ma√ģtriser l'industrie. La bourgeoisie, qui prosp√®re dans les villes et les ports, s'enrichit gr√Ęce √† l'industrialisation et √† l'√©volution du commerce, ce qui lui permet de participer activement √† la politique locale.

Le sort des classes populaires est plus difficile. En 1563, le statut des artisans constitue un v√©ritable code de travail. √Ä la campagne, les yeomen (petits et moyens propri√©taires et agriculteurs), forment une paysannerie plut√īt ais√©e, mais les enclosures chassent les plus pauvres qui doivent se r√©fugier en villes. Les lois sur les indigents de 1572 et de 1601 tentent de r√©soudre cette situation nouvelle.

Succession

Les fun√©railles d'√Člisabeth Ire, 1603, Londres, British Library.

√Člisabeth meurt le jeudi 24 mars 1603 au palais de Richmond[21] pr√®s de Londres. Avec elle s'√©teint la Maison Tudor.

Le fils de Marie Stuart, le roi Jacques VI d'√Čcosse lui succ√©da sous le nom de Jacques Ier d'Angleterre. √Člisabeth repose dans le caveau des rois d'Angleterre √† l'abbaye de Westminster, √† c√īt√© de sa demi-sŇďur et ancienne rivale Marie Tudor. Apr√®s son accession au tr√īne d'Angleterre en 1603, Jacques fit fixer sur le tombeau une plaque en marbre sur laquelle est grav√©e en latin : ¬ę Des partenaires sur notre tr√īne et dans notre tombe, ici nous reposons, deux sŇďurs, √Člisabeth et Marie, dans l‚Äôespoir d‚Äôune seule r√©surrection ¬Ľ.

Notes et références

  1. ‚ÜĎ Sixi√®me, si l'on compte le tr√®s √©ph√©m√®re r√®gne de Jeanne Grey, la ¬ę reine de 9 jours ¬Ľ du 10 juillet 1553 au 19 juillet 1553
  2. ‚ÜĎ Eric Ives, Anne Boleyn, p.203
  3. ‚ÜĎ Ou fin d√©cembre 1532 selon John Guy, p. 132)
  4. ‚ÜĎ Ives, p.162
  5. ‚ÜĎ Duchein, p.21 et 767
  6. ‚ÜĎ John Guy p. 132 est le plus affirmatif quant √† la date du 25 janvier.
  7. ‚ÜĎ Ives, p. 164
  8. ‚ÜĎ Duchein, p.21
  9. ‚ÜĎ √Ä laquelle Thomas More refuse cependant d'assister (John Guy p.134
  10. ‚ÜĎ Duchein, p.33
  11. ‚ÜĎ Encore que la nature exacte des convictions religieuses d'√Člisabeth est assez floue. Elle √©tait anti-papiste, mais n'√©tait pas une fanatique protestante. Pour reprendre l'expression de Duchein : ¬ę elle n'√©tait pas de l'√©toffe dont on fait les martyrs ¬Ľ √Člisabeth, p. 57
  12. ‚ÜĎ Philippe, opportun√©ment sacr√© roi de Naples, ne deviendra Philippe II d'Espagne que deux ans plus tard, au moment o√Ļ il h√©ritera de la couronne espagnole
  13. ‚ÜĎ Duchein p. 100. Selon Duchein, son emprisonnement √† la tour de Londres √©tait motiv√© davantage par des raisons pratiques (l'installation de la cour au ch√Ęteau de Windsor) que par une aggravation des charges retenues contre elle.
  14. ‚ÜĎ Duchein
  15. ‚ÜĎ Certains historiens modernes sugg√®rent qu'elle souffrait en r√©alit√© d'un cancer de l'ut√©rus.
  16. ‚ÜĎ D'o√Ļ le surnom de Marie la Sanglante (Bloody Mary) que la tradition populaire protestante lui a attribu√©. Voir John Foxe.
  17. ‚ÜĎ Duchein, p. 122
  18. ‚ÜĎ Duchein, p. 127
  19. ‚ÜĎ Duchein, p. 134 et 154
  20. ‚ÜĎ Le mari de Marie Ire d'Angleterre, la demi-soeur d'√Člisabeth.
  21. ‚ÜĎ (en) √Člisabeth Ire et Richmond

Bibliographie

  • Jacques Chastenet, √Člisabeth Ire, Marabout Universit√©, 1953.
  • Bernard Cottret, La royaut√© au f√©minin. √Člisabeth Ire d‚ÄôAngleterre, Paris, Fayard, 2009.
  • Michel Duchein, √Člisabeth Ire d'Angleterre, Fayard, Paris 1992. 885 p.
  • (en) John Guy, Tudor England, Oxford University Press, 1988
  • (en) Eric Ives, The Life and Death of Anne Boleyn, Blackwell Publishing, 2004

Voir aussi

Filmographie

Plusieurs films et t√©l√©films ont √©t√© inspir√©s par la vie d'√Člisabeth I ou √©voquent son r√®gne :

Liens internes

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Voir aussi

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Jacques Ier
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