Elam

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Elam

√Člam

Ic√īne de paronymie Cet article poss√®de un paronyme, voir : Eelam.
Destruction de Suse par Assurbanipal

La civilisation √©lamite s'est d√©velopp√©e durant la Haute-Antiquit√© dans le sud-ouest de l'Iran, en marge de la civilisation m√©sopotamienne. Elle est bien connue par le site de Suse, qui faisait le lien entre l'√Člam et la M√©sopotamie. L'√Člam √† proprement parler est situ√© vers la r√©gion actuelle du Fars, autour de l'ancienne capitale, Anshan.

Sommaire

Histoire

Histoire de l'Iran
Persepolis iran.jpg

La période proto-élamite

La premi√®re p√©riode est dite proto-√©lamite (3100-2600). Cette p√©riode est surtout attest√©e par l'arch√©ologie, aux niveaux 16 √† 10 de Suse (P√©riode Suse III), Banesh moyen √† Tell-e Malyan (Anshan), IV √† Tepe Sialk et IV C √† Tepe Yahya. Ces sites pr√©sentent un contexte arch√©ologique tr√®s proche, qui montre qu'ils formaient √† cette p√©riode un ensemble culturel homog√®ne. La culture proto-√©lamite semble originaire du pays montagneux d'Anshan, le cŇďur de l'√Člam historique, et on peut envisager avec une forte probabilit√© que c'est √† cette p√©riode que le peuple √©lamite commence son expansion. La r√©gion de Suse, auparavant li√©e √† la Basse-M√©sopotamie, tombe alors sans doute sous la coupe des montagnards du Haut-Pays √©lamite, comme le montre le changement culturel qui s'y produit vers 3100, qui l'√©loigne de l'influence m√©sopotamienne pour la faire rentrer dans le contexte proto-√©lamite[1].

La p√©riode proto-√©lamite voit un d√©veloppement artistique particulier, autour de la statuaire notamment. Mais le ph√©nom√®ne le plus notable de cette p√©riode est l'expansion des r√©seaux marchands des proto-√©lamites en direction du Plateau iranien, que l'on peut suivre gr√Ęce √† la d√©couverte dans plusieurs sites iraniens de tablettes portant une √©criture dite proto-√©lamite : √† Suse, Anshan, Tepe Yahya, Tepe-Sialk, Shahdad ou Shahr-i Sokhteh. Cette √©criture, sans doute apparue sous l'influence de celle qui se d√©veloppe alors √† Sumer, est la plus ancienne forme d'√©criture attest√©e apr√®s l'√©criture sum√©rienne et les hi√©roglyphes d'√Čgypte. Sa disparition sans post√©rit√© avec la culture proto-√©lamite nous prive de toute possibilit√© de traduction, et de compr√©hension des textes proto-√©lamites (qui sont selon toute vraisemblance de nature commerciale et comptable).

Les conditions de l'effondrement de la civilisation proto-√©lamite, entre 2800 et 2600, restent encore myst√©rieuses. Quand on obtient les premi√®res attestations historiques sur l'√Člam dans les sources m√©sopotamiennes vers 2600, ce pays est domin√© par la dynastie d'Awan.

La période paléo-élamite

√Ä la p√©riode pal√©o-√©lamite (v. 2500‚Äď1600 av. J.-C.), l'√Člam devient une puissance politique notable, qui entre en lutte avec les empires m√©sopotamiens[2].

La premi√®re dynastie √©lamite attest√©e historiquement est celle originaire d'Awan, une ville encore non identifi√©e se trouvant sans doute dans l'actuel Lorestan. Ses souverains dominent le reste des principaut√©s √©lamites. Ils sont plusieurs fois rentr√©s en conflits avec les souverains de Sumer et d'Akkad, et la Liste royale sum√©rienne rapporte m√™me qu'ils auraient domin√© √† un moment la Basse-M√©sopotamie. Les souverains d'Awan sont n√©anmoins vaincus par les souverains de l'Empire d'Akkad, √† commencer par Sargon, malgr√© l'aide r√©currente de leur alli√©s de Marhashi. Ils conservent cependant leur ind√©pendance, et restent une menace pour les Akkadiens jusqu'√† l'√©poque de Naram-S√ģn, qui signe un trait√© de paix avec le roi d'Awan, sans doute Khita, vers 2250. Quand l'Empire d'Akkad s'effondre √† la mort de ce roi, le nouveau roi d'Awan, Puzur-Inshushinak, r√©ussit √† constituer un royaume puissant depuis Suse, qu'il a reprise. Son Ňďuvre reste n√©anmoins √©ph√©m√®re, et son r√®gne s'ach√®ve sans doute dans le chaos, face aux barbares Gutis, qui emportent la dynastie d'Awan.

Apr√®s quelques d√©cennies qui nous sont inconnues, une nouvelle dynastie domine l'Elam, celle de Simashki, une ville situ√©e soit dans le Lorestan, soit dans le Kerman. La partie occidentale de l'Elam, Suse comprise, est depuis la fin du XXIIe si√®cle av. J.-C. sous la coupe des rois d'Ur, qui ont r√©ussi tant bien que mal √† soumettre les rois d'Anshan, de Marhashi, et de Zabshali. Mais lorsque cette dynastie s'affaiblit √† la fin du XXIe si√®cle av. J.-C., le roi Kindattu de Simashki prend la direction de l'Elam, et il r√©ussit √† s'emparer d'Ur en 2004, capturant son roi Ibbi-S√ģn. Mais il ne parvient pas √† maintenir sa domination sur la Basse-M√©sopotamie. L'apog√©e de Simashki dure quelques ann√©es, avant que les souverains amorrites d'Isin, puis de Larsa, nouveaux ma√ģtres de Sumer et d'Akkad, ne lui infligent plusieurs d√©faites s√©v√®res.

Alors que les rois de Simashki s'affaiblissent inexorablement, une nouvelle dynastie √©merge depuis Anshan, celle dite des Epartides, du nom de son fondateur Ebarat, ou des sukkalmah, d'apr√®s le titre que se donnaient ses souverains. L'Elam acquiert sous leur direction une grande puissance. Shiruktuh r√©ussit √† se faire consid√©rer comme un roi sup√©rieur √† ses contemporains les rois de Babylone, d'Eshnunna, de Mari ou de Larsa[3]. Son successeur Siwepalarhuhpak tente de rendre r√©elle cette domination th√©orique en s'attaquant √† Eshnunna. Il l'emporte gr√Ęce √† l'appui de Zimri-Lim de Mari et Hammourabi de Babylone, mais il continue ensuite ses attaques en direction de ses deux alli√©s, qui r√©ussissent √† le repousser tant bien que mal en se faisant aider par les autres rois amorrites. L'√Člam n'est pas affaibli pour autant, et quelques ann√©es plus tard le roi Kutir-Nahhunte Ier pille la ville d'Ur, en plein territoire babylonien. Mais la dynastie s'effondre par la suite, dans le courant du XVIIe si√®cle av. J.-C..

La période médio-élamite

La p√©riode m√©dio-√©lamite (1500-1100) d√©bute par une ¬ę dynastie ¬Ľ mal connue, celle dite des Kidinuides, dont les rois ne sont sans doute pas les membres d'une m√™me famille royale. Le souverain le mieux connu de cette p√©riode est Tepti-ahar, qui se construit un complexe fun√©raire √† Kabnak (Haft-Tappeh), en Susiane.

Hache portant une inscription au nom d'Untash-Napirisha.

Vers 1400, une nouvelle dynastie est fond√©e par Ige-halki (d'o√Ļ son nom de dynastie Igehalkide), sans doute intr√īnis√© par le roi kassite de Babylone, Kurigalzu II, qui soumet Kabnak et tout l'√Člam occidental au cours de plusieurs campagnes. √Ä sa suite, et pour la premi√®re fois, les √Člamites entretiennent des relations cordiales avec les rois de Babylone, dont ils √©pousent des filles. Les principaux rois de cette p√©riode sont Humban-numena (c. 1355-1345), grand conqu√©rant, et son successeur Untash-Napirisha (c. 1345‚Äď1305), qui fonde la ville de Dur-Untash (Choga-Zambil). Apr√®s le r√®gne de celui-ci, les √Člamites se heurtent aux attaques du roi assyrien Tukulti-Ninurta Ier, qui r√©ussit √† vaincre les Kassites. Kidin-Hutran III (c. 1245‚Äď1215) lance plusieurs raids victorieux en Babylonie, affaiblissant les positions assyriennes dans ce pays, mais aussi celles des Kassites.

La dynastie des Igehalkides est peu apr√®s remplac√©e par celle des Shutrukides. Une √©tude r√©cente a cependant mis en avant le fait que ces deux dynasties ne pourraient en fait n'en constituer qu'une seule. √Ä cette p√©riode, l'Assyrie et Babylone sont en recul, ce dont profitent les rois √©lamites. Shutruk-Nahhunte (c. 1190‚Äď1155) et son fils Kutir-Nahhunte III (c.1155‚Äď1150) s'emparent apr√®s plusieurs ann√©es de campagne de Babylone, √©liminant la dynastie kassite. Shilhak-Inshushinak (c. 1150‚Äď1125), autre fils de Shutruk-Nahhunte, poursuit sur la lanc√©e de ses pr√©d√©cesseurs, en soumettant une grande partie du Zagros oriental, poussant jusqu'en territoire assyrien. Le royaume √©lamite est alors √† son apog√©e, mais cela ne dure pas : une r√©volte en Babylonie chasse les occupants. Le roi suivant, Hutelutush-Inshushinak (c. 1125‚Äď1105) est vaincu par le roi de Babylone Nabuchodonosor Ier, et il se r√©fugie √† Anshan. La dynastie shutrukide dispara√ģt vers le d√©but du XIe si√®cle , p√©riode de grands bouleversements dans tout le Moyen-Orient.

La période néo-élamite

La p√©riode n√©o-√©lamite (1000-539) est divis√©e en trois grandes parties, seule la deuxi√®me, marqu√©e par la lutte avec l'Empire assyrien, est bien connue. Pour la premi√®re partie (N√©o-√©lamite I), qui va de 1000 √† 753, on ne conna√ģt aucun roi √©lamite. On sait que c'est √† cette √©poque que les peuples iraniens, en premier lieu les M√®des et les Perses, s'installent en Iran occidental. Ces derniers prennent possession de la r√©gion d'Anshan aux VIIIe‚ÄČ‚ÄĎ‚ÄČVIIe si√®cle av. J.-C., fondant une dynastie dans cette ville, d'o√Ļ les Elamites sont chass√©s. Quand il r√©appara√ģt dans l'histoire vers le milieu du VIIIe si√®cle av. J.-C., le royaume d'√Člam est centr√© sur la Susiane, ses rois r√©gnant depuis Suse.

La p√©riode N√©o-√©lamite II (743-646), voit un si√®cle de luttes contre l'Assyrie[4]. Sous Teglat-Phalasar III, les Assyriens parviennent √† dominer la Babylonie, et se trouvent donc aux portes de l'√Člam. Les rois de ce royaume vont alors s'allier aux Babyloniens qui tentent de secouer le joug des occupants. En d√©pit de quelques succ√®s √©ph√©m√®re, les Assyriens r√©ussissent √† l'emporter sur les √Člamites, et maintiennent leur domination sur la Babylonie. Apr√®s une grande r√©volte men√©e par le roi babylonien Shamash-shum-ukin sous le r√®gne de son fr√®re Assurbanipal, soutenue par l'√Člam, le roi assyrien d√©cide d'en finir avec ce royaume en 646. Le roi √©lamite Humban-haltash III est vaincu dans son propre pays, et Suse est prise et pill√©e. La puissance √©lamite est abattue, mais l'Assyrie s'est √©puis√©e √† r√©primer les r√©voltes en Babylonie, et c'est finalement de l√† que vient sa fin quelques ann√©es plus tard, quand le roi chald√©en de Babylone, Nabopolassar, s'allie au roi m√®de Cyaxare pour en finir avec le royaume assyrien.

La période Néo-élamite III (646-539) est seulement connue dans les grandes lignes. L'Elam est divisé en plusieurs petits royaumes de faible importance (Suse, Malamir, Zamir, Samati, etc.). Ceux-ci se révèlent incapables de faire face à la progression des rois perses achéménides, qui assimilent l'héritage élamite pour fonder un puissant royaume. Cyrus II, constitue un Empire en prenant successivement possession des royaumes mède, lydien et babylonien. C'est sans doute quand ce dernier tombe en 539 que l'on doit considérer que les dernières principautés élamites sont elles aussi intégrées dans l'Empire achéménide.

Organisation politique

Pour le peu que l'on sache, le royaume √©lamite appara√ģt comme une sorte de conf√©d√©ration r√©unissant un ensemble de principaut√©s sous la coupe d'un roi. Anshan et Suse sont les villes-pivot du royaume √©lamite, comme le montre le titre royal de ¬ę Roi d'Anshan et de Suse ¬Ľ que portent ses rois √† partir de l'√©poque pal√©o-√©lamite. Les autres entit√©s politiques √©lamites sont, selon les √©poques : Awan, Simashki, Sherihum (l'actuel Bushehr), Bashime, Huhnur (Malamir), Kabnak (Haft-Tappeh), Hidalu, Madaktu pour les plus importantes. L'√Člam est donc un territoire h√©t√©rog√®ne, ce qui est compr√©hensible du fait de sa situation topographique dans un espace montagneux. Cela explique sans doute pourquoi son histoire est faites de nombreuses p√©riodes sur lesquelles on ne sait rien de lui, et aussi pourquoi il n'a jamais √©t√© homog√®ne culturellement (comme l'atteste la religion).

Le roi (√©lamite sunki-) est le personnage principal du royaume. Il est le repr√©sentant des dieux sur Terre, et c'est en leur nom qu'il dirige l'√Člam. Les dieux pourvoyeurs de la royaut√© varient selon l'√©poque : ce peut-√™tre Humban, Pinikir ou Napirisha, et Inshushinak √† Suse. La r√®gle successorale √©lamite est sujet √† d√©bats. Dans les textes, les rois √©lamites se disent souvent ¬ę fils de la sŇďur ¬Ľ (ruhu-shak) de leur pr√©d√©cesseur. Ceci a √©t√© interpr√©t√© √† la suite de G. Cameron comme le fait que les rois se succ√®dent d'oncle en neveu par la sŇďur. Mais r√©cemment F. Vallat a mis en avant qu'il pourrait s'agir de la pratique de l'inceste dans la famille royale, les fils n√©s de l'union du roi avec sa sŇďur ayant la priorit√© sur les autres dans la succession[5]. Quoi qu'il en soit, on sait que le successeur du roi √©tait d√©sign√© du vivant de son pr√©d√©cesseur et qu'il participait aux affaires du royaume. Cela se retrouve dans la titulature de la dynastie des sukkalmah, inspir√©e par celle des gouverneurs du royaume d'Ur III : le roi porte le titre de ¬ę sukkal.mah d'√Člam ¬Ľ (¬ę Grand R√©gent ¬Ľ en sum√©rien), alors que son successeur d√©sign√© √©tait le ¬ę sukkal de Suse ¬ę (¬ę R√©gent ¬Ľ). Il exer√ßait donc le pouvoir en Susiane au nom de son sup√©rieur. √Ä l'√©poque n√©o-√©lamite, les r√®gles de succession deviennent plus classiques : on se succ√®de de p√®re en fils a√ģn√©.

Religion

Article d√©taill√© : Religion √©lamite.

Les dieux

Pour autant que l'on puisse le voir dans des sources souvent peu claires sur la religion √©lamite, celle-ci √©tait peu structur√©e au niveau du royaume, et il existait un ensemble de divinit√©s provenant des diff√©rentes r√©gions de ce pays[6]. Les principales divinit√©s de la royaut√© au IIe mill√©naire av. J.-C. √©taient Napirisha, le dieu d'Anshan, la capitale traditionnelle de l'√Člam, et Inshushinak, le dieu de la ville de Suse. Le caract√®re de l'√Člam, partag√© entre ces deux cit√©s √©tait marqu√© par le titre que se donnaient ses rois, qui se disaient ¬ę rois d'Anshan et de Suse ¬Ľ.

Les autres divinit√©s varient selon la p√©riode et le lieu. Sous la dynastie d'Awan, Humban est le grand dieu de l'Elam. Plus tard, il est assimil√© √† Napirisha. Une divinit√© importante a toutes les p√©riodes est Nahhunte, dieu du soleil, divinit√© de la justice, protecteurs des contrats et des serments. Les d√©esses occupent une place importance : parmi elles on compte Pinikir, Kiririsha, peut-√™tre la d√©esse de la ville de Liyan (actuellement au Bushehr), parfois consid√©r√©e comme la par√®dre de Napirisha, et Narundi. Les √Člamites v√©n√©raient aussi des dieux d'origine m√©sopotamienne, comme Ishtar, Adad, Ninhursag ou Nushku.

Les lieux de culte

La ziggurat de Chogha Zanbil

Les √Člamites v√©n√©raient leurs dieux dans des temples, comme la plupart des peuples de l'Orient Ancien. Peu de temples √©lamites ont √©t√© d√©gag√©s (√† Suse, Chogha Zanbil, Haft Tappeh). Les textes √©lamites et assyriens nous informent d'une particularit√© des temples √©lamites, la pr√©sence de bosquets sacr√©s (husa), peut-√™tre li√©s au culte des morts.

Comme les M√©sopotamiens, les √Člamites ont b√Ęti des ziggurats, h√©riti√®res des hautes terrasses b√Ęties depuis le IVe mill√©naire av. J.-C. sur divers sites du Plateau iranien (dont Suse). Deux sont connues : celle de Suse, attest√©e par les sources √©crites, et celle de Chogha Zanbil, qui est actuellement la ziggurat la mieux conserv√©e de tout le Proche-Orient.

Les dieux élamites étaient aussi adorés dans des lieux de culte en plein air, comme ceux retrouvés dans le Fars à Izeh, Kurangun ou Naqsh-e Rostam. Des grands bas-reliefs représentants des dieux et des scènes de culte y avaient été sculptés. Il devait s'y dérouler des cérémonies religieuses. Certains de ces lieux ont été utilisés sur une très longue période, comme Naqsh-e Rostam qui est encore un lieu de culte sous les Sassanides.

Art

Article d√©taill√© : Art √©lamite.
Panneau de briques moulées représentant un homme-taureau protégeant un palmier, Suse, période shutrukide

L'art √©lamite[7] est surtout connu par les fouilles r√©alis√©es sur le site de Suse, qui ont livr√© une grande quantit√© d'objets, √† d√©faut de monuments, du fait des techniques des premiers fouilleurs du site qui ne se pr√©occupaient pas des b√Ętiments. Les fouilles de l'autre capitale √©lamite, Anshan, ont √©t√© biens moins fructueuses. Un autre site important est celui de Chogha Zanbil, ainsi que Haft Tepe, tous deux dat√©s de la p√©riode m√©dio-√©lamite.

L'art proto-√©lamite pr√©sente plusieurs traits originaux. Les artistes ont d√©velopp√© un art animalier, qui se retrouve dans la glyptique, la statuaire, la m√©tallurgie, la peinture sur c√©ramique ; ils ont aussi utilis√© des motifs g√©om√©triques.

√Ä la fin du IIIe mill√©naire av. J.-C., le r√®gne de Puzur-Inshushinak semble avoir √©t√© une p√©riode faste pour l'art √©lamite, comme en t√©moignent les nombreuses Ňďuvres d'art de cette p√©riode retrouv√©es √† Suse, notamment des sculptures en ronde-bosse repr√©sentant des animaux fantastiques et des celle de la d√©esse Narundi.

La période des sukkalmah voit la réalisation des bas-reliefs rupestres de Kurangun, représentant un souverain élamite en présence du grand dieu Napirisha, figure qui s'affirme dans l'iconographie de cette époque.

La p√©riode m√©dio-√©lamite peut √™tre consid√©r√©e comme l'apog√©e artistique de l'√Člam. De grandes fondations royales sont faites par Tepti-ahar √† Kabnak (Haft Tepe) et surtout Untash-Napirisha √† Dur-Untash (Chogha Zanbil), centre cultuel poss√©dant la seule ziggurat √©lamite dont les ruines soient toujours conserv√©es. Le r√®gne de ce souverain fut particuli√®rement brillant sur le plan artistique, et la statue en bronze grandeur nature de son √©pouse Napir-asu est l'un des chefs-d'Ňďuvres de l'art √©lamite.

À sa suite, les rois Shutrukides entreprennent de nombreuses reconstructions de temples à Suse, et un remarquable bas-relief sur briques moulées d'inspiration mésopotamienne placé dans le temple d'Inshushinak à Suse nous est parvenu, représentant des hommes-taureaux et des déesses-lama protégeant des palmiers. Les plus anciens bas-reliefs du sanctuaire rupestre d'Izeh remontent sans doute à cette période.

Les sceaux de la période néo-élamite montrent la montée de l'interpénétration entre l'art élamite et celui des Perses, qui va aboutir au style dit "élamo-perse". Peu de réalisations artistiques nous sont parvenues de cette période.

Langue et écriture

La langue élamite n'a pu être rapprochée avec certitude d'aucune langue connue. C'est une langue agglutinante. Sa traduction est encore incomplète. Cette langue est connue depuis les débuts de l'assyriologie, puisque l'élamite est une des trois langues écrites en cunéiforme sur l'inscription du roi perse Darius Ier à Behistun, qui a servi de base au déchiffrement du cunéiforme et de l'akkadien et du vieux perse, même si la partie élamite est restée au second plan, cette langue étant un isolat linguistique bien plus complexe à comprendre que les deux autres, qui peuvent être compris à l'aide de langues encore parlées.

La langue √©lamite est divis√©e en trois grandes p√©riodes, les m√™mes que les p√©riodes historiques : pal√©o-√©lamite, m√©dio-√©lamite et n√©o-√©lamite, auxquelles on peut rajouter l'√©lamite tardif des tablettes de Pers√©polis[8].

Il y a eu trois types d'√©critures attest√©s en √Člam[9]. Le plus ancien, le proto-√©lamite, se d√©veloppe √† la fin du IVe mill√©naire av. J.-C., et est attest√© surtout √† Suse, mais aussi √† Anshan et dans d'autres sites iraniens. Il s'agit d'une des plus anciennes formes d'√©criture connues, avec l'√©criture m√©sopotamienne et les hi√©roglyphes √©gyptiens. Elle n'a toujours pas √©t√© traduite, mais on sait que les exemplaires connus sont relatifs √† des op√©rations administratives ou commerciales.

L'√©lamite lin√©aire n'est attest√© qu'√† la fin du IIIe mill√©naire av. J.-C., durant le r√®gne de Puzur-Inshushinak. On a suppos√© qu'il s'agissait d'un d√©riv√© du proto-√©lamite, mais cela n'est pas s√Ľr. Il n'a pas √©t√© traduit non plus. Il est cependant fort probable que cette √©criture et la pr√©c√©dente ont servi √† noter la langue √©lamite.

Les tablettes écrites retrouvée récemment à Konar Sandal (Jiroft) pourraient bien être d'une forme d'écriture d'élamite, il faut cependant attendre que les découvertes progressent et que l'on établisse les liens de celle-ci avec le proto-élamite et l'élamite linéaire.

L'√©lamite a √©t√© not√© avec l'√©criture cun√©iforme m√©sopotamienne √† partir de la seconde moiti√© du IIIe mill√©naire av. J.-C.. Le plus ancien texte en √©lamite cun√©iforme attest√© est un trait√© de paix conclu entre un roi d'Awan et le roi Naram-Sin d'Akkad. L'√©lamite cun√©iforme est √©crit jusqu'√† l'√©poque ach√©m√©nide, le dernier lot de tablette de cette √©criture qui nous soit connu est celui du palais de Pers√©polis. La forme de cun√©iforme employ√©e par les √Člamites a tendance √† faire un usage restreint des id√©ogrammes, pour privil√©gier une √©criture plus phon√©tique qu'en M√©sopotamie[10].

Les rois √©lamites ont √©galement souvent √©crit en akkadien, et les archives priv√©es de Suse connues pour la p√©riode pal√©o-√©lamite sont dans cette langue (qui √©tait probablement parl√©e dans cette ville) ; d'autres tablettes akkadiennes ont √©t√© retrouv√©es √† Haft Tepe[11].

Notes et références

  1. ‚ÜĎ P. Amiet, L'√Ęge des √©changes inter-iraniens, 3500-1700 av. J.-C., R√©union des mus√©es nationaux, Paris, 1986
  2. ‚ÜĎ Synth√®ses historiques r√©centes sur l'√Člam : (en) B.Brentjes, ‚ÄúThe History of Elam and Achaemenid Persia: An Overview‚ÄĚ, in J. M. Sasson, Civilizations of the Ancient Near East II, Scribner, 1995, p. 1001-1019 ; (es) E.Quintana Cifuentes, Historia de Elam, el vecino mesopot√°mico, Universidad de Murcia : Servicio de Publicaciones, 1997 ; (en) F. Vallat, "The History of Elam", in F. Vallat et al., "Elam", in Encyclopaedia Iranica, 1998
  3. ‚ÜĎ D. Charpin et J.-M. Durand, "La suzerainet√© de l'empereur (sukkalmah) d'√Člam sur la M√©sopotamie et le 'nationalisme' amorrite", in M√©sopotamie et Elam : Actes de la 36√®me rencontre assyriologique internationale, 1991, p. 59-66
  4. ‚ÜĎ Pour les d√©tails sur cette p√©riode mouvement√©e : [1]
  5. ‚ÜĎ Voir notamment F. Vallat, "Succession royale en Elam au IIe mill√©naire av. J.-C.", dans H. Gasche (dir.), Cinquante-deux r√©flexions sur le Proche-Orient ancien : offertes en hommage √† L√©on De Meyer, Louvain, 1994, p. 1-14 ; et id., "R√©flexions sur l'√©poque des sukkalmah", dans id. (dir.), Contribution √† l'histoire de l'Iran : m√©langes offerts √† Jean Perrot, Paris, 1990, p. 119-127
  6. ‚ÜĎ (en) H. Koch, ¬ę Theology and Worship in Elam and Achaemenid Iran ¬Ľ, dans J. M. Sasson (dir.), Civilizations of the Ancient Near East III, New York, 1995, p. 1050-69 ; (en) F. Vallat, ¬ę Elam, vi, Elamite religion ¬Ľ, dans E. Yarshater (dir.), Encyclopaedia Iranica, 1998, p. 335-341
  7. ‚ÜĎ P. Amiet, Elam, Paris, 1966
  8. ‚ÜĎ F.Grillot-Susini, √Čl√©ments de grammaire √©lamite, √Čditions Recherches sur les Civilisations, Paris, 1987
  9. ‚ÜĎ G√©n√©ralit√©s dans C.Herrenschmidt, "La civilisation √©lamite et l'√©criture", in J.Bott√©ro, C.Herrenschmidt, J.-P.Vernant, L'Orient Ancien et nous, Paris, 1998, p. 95-117
  10. ‚ÜĎ M.-J. St√®ve, Le syllabaire √©lamite, Histoire et pal√©ographie, Neuch√Ętel-Paris, Recherches et publications, 1992
  11. ‚ÜĎ (en) S. Lackenbacher, "Non-Elamite Texts in Elam", in F. Vallat et al., "Elam", in Encyclopaedia Iranica, 1998, p. 343-344

Voir aussi

Bibliographie

  • (en) B.Brentjes, ‚ÄúThe History of Elam and Achaemenid Persia: An Overview‚ÄĚ, in J. M. Sasson, Civilizations of the Ancient Near East, Scribner, 1995, p. 1001-1019 ;
  • (en) D. T. Potts, The Archaeology of Elam: Formation and Transformation of an Ancient Iranian State, Cambridge University Press, 2004 ;
  • (en) Fran√ßois Vallat, Elizabeth Carter, R. K. Englund, Mirjo Salvini, Fran√ßoise Grillot-Susini, Sylvie Lackenbacher, ¬ę Elam ¬Ľ, in Encyclop√¶dia Iranica en ligne ;
  • (en) E. Carter et M. W. Stolper, Elam. Surveys of Political History and Archaeology, Near Eastern Studies 25, Berkeley et Los Angeles, 1984 ;
  • (es) E.Quintana Cifuentes, Historia de Elam, el vecino mesopot√°mico, Universidad de Murcia : Servicio de Publicaciones, 1997 lire en ligne ;
  • M√©sopotamie et √Člam. Actes de la 36√®me rencontre assyriologique internationale, University of Ghent, Gand, 1991.

Articles connexes

Liens externes



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Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Elam de Wikipédia en français (auteurs)

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  • √ČLAM ‚ÄĒ Pays voisin de la Babylonie situ√© le long de la rive droite du golfe Persique. Bien que le ¬ętableau des peuples¬Ľ √©num√©r√©s dans la Gen√®se (X, 22) les range parmi les descendants de Sem, les √Člamites √©taient un peuple asianique qui parlait une… ‚Ķ   Encyclop√©die Universelle

  • ELAM ‚ÄĒ (Heb. ◊Ę◊ô◊ú◊Ě, eylam; Elamite halhatamti; Akk. Elamtu), region on the edge of the southwestern part of the Iranian plateau, modern Khuzistan, including the river valley around Susa and the highlands beyond. In Elamite Elam may mean the lord country ‚Ķ   Encyclopedia of Judaism

  • Elam ‚ÄĒ (gr√§zisiert Elymais, babylonisch assyr. Elamtu) hie√ü das Land und Reich √∂stlich vom untern Tigris, s√ľdlich von Medien, n√∂rdlich vom Persischen Meerbusen, mit Einschlu√ü der diese Ebene umgebenden n√∂rdlichen und √∂stlichen Gebirgsl√§nder, welche die… ‚Ķ   Meyers Gro√ües Konversations-Lexikon

  • elam ‚ÄĒ elam¬∑ite; elam¬∑it¬∑ic; ‚Ķ   English syllables

  • Elam ‚ÄĒ (a. Geogr.), 1) semitisches Volk im s√ľd√∂stlichen Asien, den Persern unterworfen; wahrscheinlich die Bewohner der Provinz Elymais im s√ľdlichen Medien; 2) zuweilen Persien √ľberhaupt ‚Ķ   Pierer's Universal-Lexikon

  • Elam ‚ÄĒ (grch. Elyma√Įs), in der Bibel das Land √∂stl. von Babylonien und dem untern Tigris ‚Ķ   Kleines Konversations-Lexikon

  • ELAM ‚ÄĒ Fil. Semi. Vide Elamitae ‚Ķ   Hofmann J. Lexicon universale

  • Elam ‚ÄĒ √ąlńĀm m DEFINICIJA pov. antińćka drŇĺava na tlu JZ Irana, osnovana o. 2500 pr. Kr ‚Ķ   Hrvatski jezińćni portal

  • Elam ‚ÄĒ [ńď‚Ä≤l…ôm] ancient kingdom of SW Asia, at the head of the Persian Gulf (fl. 13th & 12th cent. B.C. ) ‚Ķ   English World dictionary

  • √Člam ‚ÄĒ Cet article poss√®de un paronyme, voir : Eelam. L √Člam est un ancien pays occupant la partie sud ouest du plateau Iranien, entre les actuelles provinces du Khuzistan et du Fars, qui correspondent √† ses deux principales r√©gions, celle de Suse… ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais


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