Edgar Degas

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Edgar Degas
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Edgar Degas
Edgar Degas
Edgar Degas

Nom de naissance Hilaire-Germain-Edgar de Gas
Naissance 19 juillet 1834
Paris
DĂ©cĂšs 27 septembre 1917 (Ă  83 ans)
Paris
Nationalité Français Drapeau de la France
Activité(s) Artiste-peintre, Sculpteur, Graveur, Photographe
MaĂźtre Louis Lamothe
Mouvement artistique Impressionnisme
ƒuvres rĂ©putĂ©es L'Absinthe, L’Etoile
MĂ©cĂšnes Gustave Caillebotte
Influencé par Walter Sickert, Dominique Ingres, EugÚne Delacroix

Hilaire Germain Edgar de Gas, dit Edgar Degas, nĂ© le 19 juillet 1834 et mort le 27 septembre 1917 Ă  Paris, est un peintre, graveur, sculpteur et photographe français.

La plupart des ouvrages consacrĂ©s Ă  Edgar Degas, lorsqu’ils dĂ©sirent le classer dans l’histoire de l’art, le rattachent au grand mouvement de l’impressionnisme, formĂ© en France dans le dernier tiers du XIXe siĂšcle en rĂ©action Ă  la peinture acadĂ©mique de l’époque. Les artistes qui en font partie, tels Claude Monet, Paul CĂ©zanne, Auguste Renoir, Alfred Sisley, Mary Cassatt, Berthe Morisot ou Camille Pissarro, las d’ĂȘtre rĂ©guliĂšrement refusĂ©s aux Salons officiels, s’étaient constituĂ©s en sociĂ©tĂ© anonyme afin de montrer leurs Ɠuvres au public.

On rĂ©sume souvent l’art impressionniste aux effets de lumiĂšres en plein air. Ces caractĂ©ristiques ne sont toutefois pas applicables Ă  Degas : mĂȘme s’il est un des principaux animateurs des expositions impressionnistes, il ne trouve sa place dans le mouvement qu’au nom de la libertĂ© de peindre prĂŽnĂ©e par le groupe. Au plein air il prĂ©fĂšre, et de loin, « ce que l’on ne voit plus que dans sa mĂ©moire Â». S'adressant Ă  un peintre il dit : « A vous, il faut la vie naturelle, Ă  moi la vie factice. Â»[1].

Signature de Degas

Si Degas fait officiellement partie des impressionnistes, il ne les rejoint pas dans leurs traits les plus connus. Sa situation d’exception n’échappe pas aux critiques d’alors, souvent dĂ©stabilisĂ©es par son avant-gardisme. Plusieurs de ses images ont semĂ© la controverse, et encore aujourd’hui l’Ɠuvre de Degas fait l’objet de nombreux dĂ©bats auprĂšs des historiens d’art.

Edgar Degas repose au cimetiĂšre de Montmartre Ă  Paris, dans le tombeau familial.

Sommaire

Biographie

Degas, un grand bourgeois parisien de Montmartre

Ballet - L’étoile 1876, pastel sur papier

Fils d' Auguste de Gas, banquier et de CĂ©lestine Musson, originaire de La Nouvelle-OrlĂ©ans,[prĂ©cision nĂ©cessaire] Edgar de Gas naĂźt Ă  Paris le 19 juillet 1834 et grandit dans un milieu bourgeois cultivĂ©. Il a quatre frĂšres et sƓurs et jouit d’une enfance dorĂ©e rue Saint-Georges non loin du jardin du Luxembourg[2].

AprĂšs son baccalaurĂ©at, il s'inscrit Ă  la facultĂ© de droit, pour satisfaire les ambitions de son pĂšre et obtient son diplĂŽme universitaire le 27 mars 1853. Il commence Ă  frĂ©quenter le Cabinet des estampes de la BibliothĂšque nationale. Dessinateur inlassable, il y copie des Ɠuvres de Albrecht DĂŒrer, Andrea Mantegna, Paul VĂ©ronĂšse, Francisco Goya, Rembrandt. Il passe ses journĂ©es au Louvre, oĂč il est admis comme "copiste", le 7 avril 1853, fascinĂ© par les peintres italiens, hollandais et français. Il s’inscrit Ă  l’atelier de FĂ©lix-Joseph Barrias, alors assez cĂ©lĂšbre puis Ă©tudie la peinture avec Louis Lamothe, qui avait Ă©tĂ© un disciple de Ingres et des frĂšres Flandrin. De son cĂŽtĂ©, son pĂšre, amateur raffinĂ© d’art et de musique, lui prĂ©sente quelques-uns des plus grands collectionneurs de Paris, comme Lacaze, Marcille, et Valpinçon.

En 1855, il commence Ă  suivre des cours Ă  l’École des Beaux-Arts de Paris ; cependant, prĂ©fĂ©rant approcher directement l’art des grands maĂźtres classiques tels Luca Signorelli, Sandro Botticelli et RaphaĂ«l, il entreprend de 1856 Ă  1860 de nombreux voyages en Italie[3], d’abord dans sa famille Ă  Naples, puis Ă  Rome et Florence, oĂč il se lie d’amitiĂ© avec le peintre Gustave Moreau.

Ses Ɠuvres de jeunesse comptent quelques peintures d’inspiration nĂ©oclassique, mais surtout de nombreux portraits des membres de sa famille. De 1865 Ă  1870, il propose au Salon son Ɠuvre en cours, comme le portrait de Madame Camus Ă  l'Ă©ventail. Il s'enrĂŽle dans l'infanterie lorsque la guerre Ă©clate avec la Prusse en 1870. Entre octobre 1872 et mars 1873, il sĂ©journe chez son frĂšre RenĂ© Ă  La Nouvelle-OrlĂ©ans.

De 1874 Ă  1886, Degas confie des Ɠuvres aux expositions impressionnistes Ă  l’organisation desquelles il participe trĂšs activement. Il a alors de trĂšs nombreux contacts avec des peintres de sa gĂ©nĂ©ration, notamment Camille Pissarro, mais aussi avec des artistes d’avant-garde plus jeunes.

MalgrĂ© ses voyages en province et Ă  l’étranger, c’est Paris qui compte essentiellement pour Degas — et Ă  Paris, Montmartre. Il frĂ©quente certains cĂ©nacles, ateliers, cafĂ©s littĂ©raires, la famille de l'ingĂ©nieur (et artiste peintre) Henri Rouart, la famille Manet, Berthe Morisot, et MallarmĂ©. Il mĂšne avec quelques bourgeois, ses intimes, une vie conformiste de cĂ©libataire hautain. De son milieu familial, il conserve la rĂ©serve et le respect des principes. Sa dĂ©licatesse de cƓur, son intransigeance morale lui valent l’estime de tous, mais ses rĂ©pliques cinglantes bien connues en font fuir quelques uns. Il participe activement aux discussions qui rĂ©unissent les jeunes artistes d’avant-garde et son ami Édouard Manet au cafĂ© Guerbois.

À partir de 1875, en proie Ă  de nombreuses difficultĂ©s matĂ©rielles, la peinture devient sa source de revenu. Dans les annĂ©es 1880, alors que sa vue commence Ă  dĂ©cliner, Degas privilĂ©gie le pastel, auquel il mĂȘle parfois l'aquarelle et la gouache. Les tableaux de cette pĂ©riode tĂ©moignent d’un travail trĂšs moderne sur l’expressivitĂ© de la couleur et de la ligne. À la fin des annĂ©es 1890, presque aveugle, il se consacre quasi exclusivement Ă  la sculpture, qu’il pratique dĂ©jĂ  depuis une dizaine d’annĂ©es, transposant ses sujets favoris dans la cire. L’exposition de vingt-six paysages qu’il prĂ©sente en octobre 1892 Ă  la galerie Durand-Ruel est sa premiĂšre et derniĂšre exposition personnelle. À partir de 1905, le peintre se retranche de plus en plus dans son atelier, aigri par la cĂ©citĂ© qui le gagne. Presque aveugle depuis quelques annĂ©es, Degas meurt d’un anĂ©vrisme cĂ©rĂ©brale Ă  Paris le 27 septembre 1917, ĂągĂ© de 83 ans. Il est inhumĂ© dans le caveau familial au cimetiĂšre de Montmartre. L’annĂ©e suivante, les Ɠuvres accumulĂ©es dans son atelier et son importante collection sont dispersĂ©es aux enchĂšres.

La faillite de sa famille (mort de son pĂšre, problĂšmes financiers de son frĂšre Achille), son caractĂšre difficile, son esprit mordant, ses boutades fĂ©roces, son antisĂ©mitisme[4], ses positions souvent intransigeantes, la progression inexorable de ses troubles oculaires, ont pu contribuer Ă  accentuer la misanthropie si souvent dĂ©noncĂ©e de ce vieux cĂ©libataire. AgĂ©, il continuait Ă  s’intĂ©resser Ă  la crĂ©ation, recevant des artistes dans son atelier jusqu’à son dĂ©mĂ©nagement boulevard de Clichy en 1912.

Collectionneur passionné

L'ampleur de l'Ɠuvre de Degas a fait passer sous silence son activitĂ© de collectionneur. Si l'on ignore la date Ă  laquelle Degas commence Ă  collectionner, on sait que son pĂšre et son grand-pĂšre Ă©taient eux aussi des collectionneurs passionnĂ©s. Le premier achat attestĂ© date de 1873 et il s'agit des Champs labourĂ©s[5] de Pissarro. Mais dans la deuxiĂšme moitiĂ© des annĂ©es 1870, il n'y a plus de trace d'achat et il semble mĂȘme vendre des pastels de La Tour pour faire face aux difficultĂ©s financiĂšres familiales[6]. Ses achats reprennent en 1881 une fois les difficultĂ©s surmontĂ©es. Les achats de Degas des annĂ©es 1870-1880 sont principalement tournĂ©s vers les artistes participant Ă  l'avant-garde de son Ă©poque notamment les futurs impressionnistes. Mais il s'intĂ©resse aussi aux grands maĂźtres de la premiĂšre moitiĂ© du siĂšcle. En 1885, il acquiert une petite version d'OEdipe et le Sphinx d'Ingres variante rĂ©duite de celle du Louvre. Ce genre d'achat ne devait pas ĂȘtre unique pendant les annĂ©es 1880 car, au moment de l'un de ses dĂ©mĂ©nagements, en avril 1890, ses collections Ă©taient suffisamment importantes pour que Degas annonce ironiquement sa nouvelle adresse ainsi : l' « HĂŽtel Ingres change de place et est transfĂ©rĂ© 23, rue Ballu Â»[7].

Pendant les années 1890, Degas poursuit ses achats d'artistes modernes. Il va notamment acheter aux différentes ventes organisées par Gauguin.

En 1899, ses amis le consacrent « le PhĂ©nix des collectionneurs Â». À partir de 1900 ses achats se ralentissent ; la vente ChenneviĂšre est l'occasion d'acquĂ©rir des Ɠuvres d'Aligny, GĂ©ricault et Ingres. Sa derniĂšre acquisition repĂ©rĂ©e est sans doute en 1903, La Poissarde, femme assise Ă  sa fenĂȘtre, qu'il se procura chez Durand-Ruel en souvenir de Destouches chez lequel il est allĂ© poser avec sa mĂšre, rue du Bac, un portrait prĂ©sent dans sa collection.

Cette collection a pu ĂȘtre rĂ©unie tout d'abord parce que certaines Ɠuvres sont des dons, de Manet, BartholomĂ©, Caillebotte et mĂȘme presque des legs. Sa collection englobe tout une part de la peinture française du XIXe siĂšcle, son centre de gravitĂ© Ă©tant Ingres et Delacroix. Elle contient un nombre important de portraits ; la majoritĂ© des Ɠuvres sont du XIXe siĂšcle français. L'artiste le mieux reprĂ©sentĂ© est Ingres avec vingt peintures, quatre-vingt huit dessins ; l'ensemble consacrĂ© Ă  Delacroix comprend treize tableaux et cent-vingt neuf dessins. Ce sont ces deux peintres et Daumier que Degas considĂ©rait comme les plus grands dessinateurs du XIXe siĂšcle. Il conservait dix-huit cents lithographies de Daumier et deux mille estampes de Gavarni. Degas possĂ©dait aussi presque toutes les gravures de Manet. Il a Ă©galement amassĂ© des estampes japonaises, comme beaucoup d'artistes contemporains, de Kiyonaga, Sukenobu, Utamaro et HokusaĂŻ. Les paysages sont trĂšs peu reprĂ©sentĂ©s dans sa collection : sept Corot, un Sisley et trois Pissarro.

Degas vit au milieu de ses tableaux, comme en témoignent les photographies anciennes. Ses copies et ses collections sont une sorte de musée imaginaire qui lui permet d'avoir tout ce qu'il aime et admire. Sa collection était composée à sa mort de cinq cents peintures et dessins et plus de cinq mille lithographies.

De l’admirateur d’Ingres au passionnĂ© de Delacroix

La collection personnelle de Degas Ă©tait principalement dĂ©diĂ©e Ă  l’art français du XIXe siĂšcle, et en particulier Ă  Ingres et Delacroix, deux artistes merveilleusement reprĂ©sentĂ©s tant en quantitĂ© qu’en qualitĂ©. À plusieurs reprises, Degas a d’ailleurs reconnu l’admiration qu’il portait Ă  l’art des deux grands maĂźtres, Ă  leurs techniques mais aussi Ă  leur culture artistique. À travers leurs Ɠuvres, Degas renouait avec les maĂźtres du passĂ© et consolidait sa culture classique.

Ingres : la tradition du dessin

Femme nue Ă©tendue

L’influence d’Ingres fut certainement prĂ©pondĂ©rante dans sa jeunesse. À vingt et un ans, le jeune Degas obtient de rencontrer le vieux maĂźtre dans son atelier. La mĂȘme annĂ©e, il copie avec passion des Ɠuvres prĂ©sentĂ©es dans la rĂ©trospective consacrĂ©e Ă  Ingres. Peint Ă  cette Ă©poque, le premier grand autoportrait de Degas fait clairement rĂ©fĂ©rence Ă  celui d’Ingres datant de 1804. Le jeune artiste ne s’est cependant pas reprĂ©sentĂ© en peintre mais en dessinateur, un porte-fusain Ă  la main, se remĂ©morant peut-ĂȘtre les conseils qu’Ingres venait de lui prodiguer : « Faites des lignes, beaucoup de lignes, et vous deviendrez un bon artiste. Â»

MĂȘme Ă  la fin de sa carriĂšre, Degas n’abandonna pas l’approche acadĂ©mique qui consiste Ă  mettre en place une composition Ă  l’aide de dessins prĂ©paratoires, et notamment d’études d’aprĂšs modĂšle vivant. De la mĂȘme façon qu’il prĂ©parait ses tableaux d’histoire, il a souvent recours au dessin pour ses derniĂšres scĂšnes de la vie moderne. Il continue Ă  appliquer les prĂ©ceptes d’Ingres. Se souvenant des nus fĂ©minins d’Ingres comme la « Baigneuse Valpinçon Â», il dessine ses femmes Ă  leur toilette, en cernant d’un trait sombre et sensuel les contours de leur corps.

Delacroix : la couleur et le mouvement

Degas admire les Ɠuvres qu’EugĂšne Delacroix prĂ©sente au Salon de 1859 et Ă©tudie sa peinture, entreprenant notamment une copie Ă  l’huile de « l’EntrĂ©e des CroisĂ©s Ă  Constantinople Â». DĂ©sormais, Degas s’attache Ă  rĂ©concilier couleur et dessin, mouvement et structure, en rĂ©alisant la synthĂšse des diverses influences qu’il continue Ă  recueillir.

Dans sa derniĂšre pĂ©riode, Degas fait en effet de plus en plus appel Ă  des coloris Ă©clatants, voire criards, et Ă  des harmonies de couleurs complĂ©mentaires. En digne successeur de Delacroix, il libĂšre sa palette de toutes contraintes pour peindre selon ses propres termes des « orgies de couleur Â». En 1889, Degas voyage Ă  Tanger sur les pas de son illustre prĂ©dĂ©cesseur.

La technique et les sujets de Degas

1853-1873 : l’invention d’une « nouvelle peinture Â»

Le cadrage serré, la vue en plongée, l'étagÚre en premier plan révÚlent l'influence des premiers clichés photographiques. le tub, 1886, Musée d'Orsay, Paris

Pendant les vingt premiĂšres annĂ©es de sa carriĂšre, Degas expĂ©rimente tous les genres. Il a tout d’abord une prĂ©dilection pour les portraits. Dans ceux-ci, les accessoires prennent parfois tant d’importance que les Ɠuvres sont Ă  mi-chemin entre portrait et nature morte. Il apparaĂźt trĂšs tĂŽt capable de composer de grandes toiles ambitieuses comme « La famille Belleli Â». Au dĂ©but des annĂ©es 1860, Degas aborde le genre des peintures historiques, en ayant recours de maniĂšre trĂšs personnelle Ă  diverses sources d’inspirations. Il ne dĂ©laisse pas pour autant la peinture de genre, se passionnant trĂšs tĂŽt pour les courses de chevaux, puis pour la danse, l’opĂ©ra, les cafĂ©s-concerts et la vie quotidienne. La danse est un sujet qui marquera la carriĂšre de Degas. Il Ă©tait en admiration devant ces danseuses qui rayonnaient sur la scĂšne. Elles Ă©taient comme des Ă©toiles dont notre regard ne pouvait se dĂ©tacher. Il les montrait en prĂ©paration, derriĂšre la scĂšne et lors de leur prestation. Degas allait sur place pour reprĂ©senter du mieux qu’il pouvait les moindres dĂ©tails, c’est pour cette raison que ces tableaux nous touchaient tant.

Pour ces scĂšnes de la vie moderne, il a parfois recours Ă  des effets lumineux expressifs et invente des mises en page trĂšs audacieuses. Le genre du paysage est certainement celui que Degas a le moins travaillĂ©, mĂȘme s’il a exĂ©cutĂ© une sĂ©rie ponctuelle de paysages au pastel. Enfin, les premiĂšres tentatives de sculptures demeurent quant Ă  elles marginales par rapport aux huiles sur toiles, avec lesquelles Degas met progressivement en place une « Nouvelle peinture Â» qui s’épanouira au cours de la dĂ©cennie suivante.

1874-1886 : le temps des expositions impressionnistes

En 1874, de retour Ă  Paris aprĂšs un voyage Ă  la Nouvelle-OrlĂ©ans, Degas commence Ă  se faire connaĂźtre. Il Ă©tait jusqu’alors relativement mĂ©connu, malgrĂ© le rĂŽle de chef de file qu’il occupait avec Manet parmi les artistes du cafĂ© Guerbois. DĂšs la deuxiĂšme exposition, Degas est remarquĂ© par les critiques, qui louent ou dĂ©nigrent le rĂ©alisme de son travail. La dĂ©fense du « mouvement rĂ©aliste Â», pour reprendre sa propre expression, est d’ailleurs au cƓur de sa dĂ©marche dans ces annĂ©es-lĂ .

C’est vers cette Ă©poque qu’il commence Ă  explorer certains thĂšmes nouveaux, comme les repasseuses, les modistes ou les femmes Ă  leur toilette. Cultivant son goĂ»t des expĂ©rimentations techniques, il recherche des moyens picturaux inĂ©dits. Ainsi, en 1877, il prĂ©sente une sĂ©rie de monotypes, parfois rehaussĂ©s de pastels, qui tĂ©moignent d’une Ă©conomie de moyens et d’une libertĂ© de facture trĂšs novatrices.

Cette Ă©poque de la vie de Degas est donc marquĂ©e par des innovations techniques qui vont de pair avec des innovations formelles : Degas multiplie les points de vue audacieux, en plongĂ©e ou en contre-plongĂ©e (voir « Miss Lala au cirque Fernando Â»). Jouissant de la spontanĂ©itĂ© que lui permet le travail du pastel, il recherche des effets lumineux et colorĂ©s trĂšs originaux, s’attachant par exemple avec ses nus trĂšs rĂ©alistes de 1886 Ă  traduire les vibrations de la lumiĂšre sur le corps des femmes. Il dit d’ailleurs Ă  propos de ses nus : « Jusqu’à prĂ©sent, le nu avait toujours Ă©tĂ© reprĂ©sentĂ© dans des poses qui supposent un public. Mais mes femmes sont des gens simples... Je les montre sans coquetterie, Ă  l’état de bĂȘtes qui se nettoient. Â» C’est souvent pour de tels propos qu’il fut traitĂ© expĂ©ditivement de misogyne : c’est pourtant moins la volontĂ© dĂ©libĂ©rĂ©e d’insulter la beautĂ© des femmes que l’extrĂȘme souci d’une implacable vĂ©racitĂ© anatomique qui transparaĂźt dans son approche.

1887-1912 : au-delĂ  de l’impressionnisme

La Petite Danseuse de quatorze ans (dit aussi La grande danseuse), (1879-1881). Musée d'Orsay.

Pendant prĂšs de trente ans, dĂ©jĂ  ĂągĂ©, Degas ne cesse de renouveler son art. Travaillant de plus en plus par sĂ©ries, il dĂ©cline des thĂšmes familiers. Ne s’intĂ©ressant que de maniĂšre ponctuelle au paysage, il est toujours fascinĂ© par les danseuses et de plus en plus par les femmes Ă  leur toilette, qui se lavent, se coiffent ou sortent du bain.

Pour peindre ces figures fĂ©minines, Degas tend Ă  privilĂ©gier les coloris vifs et intenses qu’il juxtapose sans craindre d’aboutir Ă  des harmonies criardes (« La coiffure Â»).

On a souvent expliquĂ© l’évolution de la palette de l’artiste par l’aggravation de ses troubles oculaires. L’usage de ces couleurs audacieuses est pourtant indissociable d’une affirmation de la puissance expressive de la ligne. Degas ne nĂ©glige en effet jamais la structure formelle : pour mettre en place ses compositions, il a parfois recours Ă  un dessin sous-jacent au fusain et utilise rĂ©guliĂšrement des dessins prĂ©paratoires. L’usage intensif qu’il fait de la sculpture participe Ă©galement de cette volontĂ© de ne pas nĂ©gliger la structure formelle, recherchant pour chaque figure la justesse des mouvements et l’équilibre des volumes.

À partir des annĂ©es 1880, Degas va aussi poser la question d'une sculpture « impressionniste Â». RĂ©alisant des modĂšles en cire peint au naturel qu'il « accessoirise Â» ensuite, ces sculptures frappĂšrent ses contemporains par leur rĂ©alisme. Sur les dizaines de modĂšles conservĂ©s de nos jours un seul fut prĂ©sentĂ© de son vivant, lors de l'exposition impressionniste de 1881 : La Petite Danseuse de quatorze ans. Cette sculpture (dont un tirage en bronze, datĂ© entre 1921 et 1931, est conservĂ© au MusĂ©e d'Orsay) reprĂ©sente, en grande taille, une jeune danseuse de 14 ans. A l'origine en cire peinte, elle Ă©tait agrĂ©mentĂ©e de cheveux, chaussons et robe de danse, illustrant ainsi, dans la sculpture, les recherches de Degas sur la rĂ©alitĂ©[8]. Ces sculptures n'Ă©taient toutefois pas destinĂ©es Ă  ĂȘtre montrĂ©es mais permettaient Ă  Degas de fixer le mouvement pour ensuite servir de modĂšles Ă  ses peintures. Les thĂšmes traitĂ©s en sculpture sont donc trĂšs proches des Ɠuvres peintes, comme les sĂ©ries de danseuses ou de nus fĂ©minins (Le tub, 1880, bronze, MusĂ©e d'Orsay[9]). A la mort de l'artiste, les Ɠuvres seront dĂ©couvertes dans son atelier, restaurĂ©es puis moulĂ©es afin de permettre les tirages en bronze que l'on connait aujourd'hui.

Postérité

Degas maĂźtrise les raccourcis elliptiques, la pratique des gros plans, le goĂ»t du regard ascendant ou plongeant, les oppositions heurtĂ©es, les variations sur le thĂšme du contre-jour ; il invente un rĂŽle dans la suggestion de l’espace Ă  de splendides planchers Ă©claboussĂ©s de lumiĂšre, agence subtilement les rapports de reflets, les sources de lumiĂšre, attentif aux Ă©clairages imprĂ©vus de la rampe qui jettent des taches colorĂ©es sur les visages. L’artiste ose couper, sectionner. Il sait faire la synthĂšse d’une suite de mouvements, les gestes qu’il suggĂšre par un dessin de plus en plus cursif ont une surprenante valeur expressive.

En rĂ©fĂ©rence Ă  sa fidĂ©litĂ© pour quantitĂ© de rĂšgles classiques mais aussi Ă  ses nombreuses innovations, on a pu Ă©crire Ă  son sujet en 1919 : « Il a jetĂ© un pont entre deux Ă©poques ; il relie le passĂ© au plus immĂ©diat prĂ©sent. Â»

Bien que cĂ©lĂšbre aujourd’hui, Degas reste encore un « mal aimĂ© Â» par rapport Ă  Vincent Van Gogh, Ă  Paul Gauguin et mĂȘme Ă  Henri de Toulouse-Lautrec, et on lui refuse l’importance qu’on accorde Ă  Paul CĂ©zanne. MĂȘme si la postĂ©ritĂ© exauce ainsi son vƓu : « Je voudrais ĂȘtre illustre et inconnu Â», la cote de ses Ɠuvres peut atteindre des sommets.

Principales Ɠuvres

Femme s'essuyant le cou, (1895-1898), Pastel, 62,5x65cm, Paris, musée d'Orsay

Peintures

N.B. Sauf spĂ©cification particuliĂšre (huile sur papier marouflĂ© sur toile par ex.) les Ɠuvres de Degas sont exĂ©cutĂ©es Ă  la peinture Ă  l'huile sur toile.

Pastels

Sculptures

  • La Petite danseuse de quatorze ans (1879-1881), hauteur 99,1 cm, New York, The Metropolitan Museum Of Art.
  • Grande arabesque (1892-1896), bronze, hauteur 44 cm, MusĂ©e d'Orsay, Paris.
  • Danseuse regardant la plante de son pied droit (1895-1910), hauteur 46,4 cm, MusĂ©e d'Orsay, Paris.

Galerie

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Marché de l'art

  • Danseuse au repos, 1879, pastel et gouache sur papier vendu 37,042,500 $ le 3 novembre 2008, Sotheby's, New York[11]
  • Danseuses Ă  la barre, 1880, pastel, gouache et fusain sur papier vendu 13,481,250 ÂŁ le 24 juin 2008, Christie's Londres[11]
  • Petite danseuse de quatorze ans, 1897/1891, bronze, mousseline, satin vendu 13,257,250 ÂŁ le 3 fĂ©vrier 2009, Sotheby's Londres[11]

Voir aussi

Bibliographie

  • Marcel GuĂ©rin, Edgar Degas (prĂ©f. Daniel HalĂ©vy), Lettres de Degas, recueillies et annotĂ©es par Marcel GuĂ©rin et prĂ©cĂ©dĂ©es d'un prĂ©face de Daniel HalĂ©vy, Bernard Grasset, Paris, 1931.
  • Fiorella Minervino (prĂ©f. Jacques Lassaigne), Tout l'Ɠuvre peint de Degas, Flammarion, coll. « Les Classiques de L'Art Â», Paris, 2008 (ISBN 978-2-08-010262-1)
  • Marina Robbiani, Degas, CELIV, Paris, 1988 (ISBN 2-86535-074-6)
  • Elio Capriati, I segreti di Degas, Mjm Ed, Milano, 2009, (ISBN 978-88-95682-68-6)
  • Dictionnaire BĂ©nĂ©zit, Dictionnaire critique et documentaire des peintres,sculpteurs, dessinateurs et graveurs de tous les temps et de tous les pays, vol. 4, Paris, Ă©ditions GrĂŒnd, janvier 1999, 13440 p. (ISBN 978-2-7000-3014-3) (LCCN 2001442437), p. 344-351 

Articles connexes

Liens externes

Notes et références

  1. ↑ Jean Clay (1971) L'impressionnisme p. 62, l'interlocuteur est quelquefois identifiĂ© comme Ă©tant Camille Pissaro
  2. ↑ Marina Robbiani, Degas, CELIV, Paris, 1988 (ISBN 2-86535-074-6) p. 3
  3. ↑ Marina Robbiani, Degas, CELIV, Paris, 1988 (ISBN 2-86535-074-6) p.3-4
  4. ↑ Lettres de Degas, recueillies et annotĂ©es par Marcel GuĂ©rin, page 226.
  5. ↑ Paris, archives Durand-Ruel : Champs labourĂ©s ou Terrains labourĂ©s prĂšs d'Osny, de Pissarro, stock n°3150, acquis le 16 dĂ©cembre 1873 pour 400 F.
  6. ↑ John Rewald, « Degas and his family in New Orleans Â», Gazette des Beaux-Arts, XXX, aoĂ»t 1946, p. 121-122.
  7. ↑ Denys Sutton et Jean AdhĂ©mar, « Lettres inĂ©dites de Degas Ă  Paul Lafond et autres documents Â», Gazette des Beaux-Arts, 6e sĂ©rie, CIX : 1419, avril 1987, p. 168.
  8. ↑ Notice du catalogue en ligne
  9. ↑ Notice du catalogue en ligne
  10. ↑ Le Bureau de coton de Degas, collection Une Ɠuvre, une histoire, par Philippe ArtiĂšres, Armand Collin, 2008 (ISBN 978-2-200-35367-4)
  11. ↑ a, b et c RĂ©sultats de ventes aux enchĂšres en ligne


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  • Edgar Degas — SelbstportrĂ€t mit Bleistifthalter (ca. 1855), Öl auf Leinwand, 81 × 64,5 cm Edgar Degas, eigentlich Hilaire Germain Edgar de Gas (* 19. Juli 1834 in Paris; † 27. September 1917 ebenda), war ein französischer Maler und Bildhauer. Er wird… 
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  • Edgar Degas — noun French impressionist painter (1834 1917) ‱ Syn: ↑Degas, ↑Hilaire Germain Edgar Degas ‱ Instance Hypernyms: ↑painter 
   Useful english dictionary

  • Edgar Degas — (1834 1917) French Impressionist painter 
   English contemporary dictionary

  • Edgar Degas House Historic Home and Museum — (ĐĐŸĐČыĐč ĐžŃ€Đ»Đ”Đ°Đœ,ХКА) ĐšĐ°Ń‚Đ”ĐłĐŸŃ€ĐžŃ ĐŸŃ‚Đ”Đ»Ń: 4 Đ·ĐČĐ”Đ·ĐŽĐŸŃ‡ĐœŃ‹Đč ĐŸŃ‚Đ”Đ»ŃŒ АЎрДс 
   ĐšĐ°Ń‚Đ°Đ»ĐŸĐł ĐŸŃ‚Đ”Đ»Đ”Đč

  • Hilaire Germain Edgar Degas — noun French impressionist painter (1834 1917) ‱ Syn: ↑Degas, ↑Edgar Degas ‱ Instance Hypernyms: ↑painter 
   Useful english dictionary

  • Degas: Ballett und Pferderennen —   Edgar Degas wurde als Maler der BalletttĂ€nzerinnen berĂŒhmt. Er stellte siebenmal mit den Impressionisten aus, obwohl er sich nicht zu ihnen zĂ€hlte. Degas hinterließ auch ein umfangreiches bildhauerisches Werk.   Sohn einer wohlhabenden… 
   Universal-Lexikon

  • Degas (crater) — Degas crater, MESSENGER spacecraft image, 2011. Inset is Mariner 10 image from 1974. Planet Mercury 
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