Economie de l'environnement

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Economie de l'environnement

√Čconomie de l'environnement

L’économie de l'environnement est la branche de l'économie qui traite d'un point de vue théorique des relations economiques entre les sociétés humaines, l'environnement humain et l'environnement biophysique, notamment dans le cadre des politiques économiques environnementales.

Sommaire

Contexte et approche économique

L'émergence du concept

Augmentation de l'intensit√© des cyclones tropicaux (ici, Katrina) : une crise climatique ?

De l'effet de serre au recul de la biodiversité en passant par la pollution sous ses formes multiples, la question environnementale a aujourd'hui totalement investi le champ de la discipline économique. Cette révolution culturelle débute dans les années 1970 avec la prise de conscience écologique qui suit la médiatisation des premières grandes pollutions.

Les √©conomies mondiales prennent progressivement la mesure du co√Ľt environnemental de la croissance : il s'agit d'une mutation profonde de la perception de l'environnement jusqu'alors peu concern√© par les impacts environnementaux. L'environnement biophysique par le biais des sciences de l'√©cologie et de l'activit√© terrestre est associ√© √† des syst√®mes et des cycles dans l'habitat. Ceux-ci indiquent des seuils et des limites tant en approvisionnement (sur-exploitation des ressources naturelles comme le p√©trole ou les r√©serves halieutiques) qu'en d√©bouch√©s (pollution des nappes phr√©atiques, par exemple). Des mod√®les de croissance √©conomique, en tant que cons√©quence de l'activit√© humaine, ont manifestement un impact n√©gatif d√©montr√© sur l'environnement.

Cette prise de conscience est r√©cente dans les cultures modernes. L'√©tymologie du terme √©conomie (de oikos, la maison et de nomos, la r√®gle) t√©moigne d'une volont√© de gestion efficace de la maison, c'est-√†-dire l'habitat dans la biosph√®re, et renvoie √† celle de l'√©cologie (de oikos, la maison et de logos, l'√©tude). Si la pens√©e des physiocrates ou des classiques liait sans ambigu√Įt√© l'√©conomie √† la raret√© des ressources naturelles, la th√©orie n√©o-classique n'a retenu de la raret√© que sa dimension financi√®re et a occult√© son possible √©puisement. Ainsi la premi√®re v√©ritable rencontre de l'√©conomie et de l'√©cologie (constitu√©e en science) intervient probablement en 1968 au sein du rapport du Cercle de Rome, intitul√© ¬ę Les limites de la croissance ¬Ľ. Ce texte alarmiste sur les limites des r√©serves √©nerg√©tiques marque la red√©couverte du concept environnement par la th√©orie n√©o-classique.

L'homme, la nature et la technique

Avec le réchauffement climatique, une élévation attendue du niveau de la mer.

Sans entrer dans une √©tude approfondie et certainement philosophique des rapports entre l'homme et la nature, on peut noter une √©volution culturelle qui passe d'une totale d√©pendance de l'homme √† la nature, par les fruits et la crainte des al√©as climatiques pour les tribus de chasseur-cueilleur, √† l'apparente ind√©pendance de l'homme moderne par l'exploitation des ressources. Ce dernier a longtemps cru pouvoir totalement s'affranchir de son milieu en le transformant, en le domestiquant, voire en l'asservissant, gr√Ęce au developpement d'ideologie, a des techniques ou √† la technologie.

De ce point de vue, l'environnement devient ce qui est autour et n√©cessaire √† l'humain, ce qui lui est √©tranger et par un glissement de sens ce sur quoi l'homme ne peut agir. Comme nous l'avons vu, il est faux de croire que l'activit√© humaine n'interagit pas avec l'environnement : source et d√©bouch√© de l'activit√© √©conomique, la nature existe avec l'esp√®ce humaine et non pas malgr√© l'homme. En s'excluant de la nature, l'humain fausse sa perception, sa pens√©e, ses valeurs, son r√īle, son analyse de la situation et perturbe profond√©ment l'habitat.

L'objectif de l'économie de l'environnement

C'est dans cette perspective particuli√®re de l'√©volution de la culture de l'esp√®ce que s'est √©labore cette expression que certains qualifient d'oxymore voire d'absurdit√© : l'√©conomie de l'environnement. Son objectif est d'int√©grer les valeurs √©cologiques de l'environnement dans le cadre particulier de l'√©conomie et plus pr√©cis√©ment des sciences √©conomiques et sociales. Ce que les √©conomistes n√©o-classiques avaient rejet√©s hors de leur champ de vision, probablement inconsciemment, l'√©conomie de l'environnement cherche √† l'inclure.

L'√©conomie de l'environnement est la recherche d'une efficacit√© nouvelle et r√©elle qui int√®gre les interactions entre les intervenants mais aussi entre les interventions humaines et l'environnement (au sens large). Cette nouvelle orientation n'est pas exclusive de l'ancienne vision √©conomique : il s'agit au contraire de b√Ętir avec l'√©conomie traditionnelle un √©difice qui tiennent compte de la valeur √©cologique et des variables environnementales.

Cette √©volution n'est pas neutre : elle suppose un certain nombre d'hypoth√®ses de base et surtout elle n√©cessite de red√©finir des notions centrales de l'√©conomie : le bien-√™tre des individus, la production et l'utilisation des ressources. Dans l'√©conomie n√©o-classique, le bien-√™tre tient compte de la consommation de biens marchands. En √©conomie de l'environnement, il faut y ajouter la valeur que les individus conf√®rent √† leur environnement dans un cadre de vie, et finalement sa valeur r√©el et symbolique souvent impossible √† mon√©tiser. La production et l'utilisation globale des ressources biotiques et abiotiques est aussi une corr√©lation √† inclure dans l'√©volution de l'architecture √©conomique b√Ętie.

Théorie économique et environnement

Optimum de Pareto et externalités

L'√©conomie, du moins sa version n√©o-classique, s'int√©resse aux optima (ou optimums), c'est-√†-dire la meilleure allocation des ressources rares √† usages alternatifs, compte tenu des pr√©f√©rences des agents √©conomiques, r√©sum√©es dans une fonction d'utilit√©. Par exemple, l'optimum de Pareto est certainement l'un des outils les plus utilis√©s de la science √©conomique : il consiste √† se trouver dans une situation telle que toute am√©lioration du bien-√™tre d'un individu (ou d'une cat√©gorie d'individus) ne peut se faire qu'au d√©triment d'un autre individu (ou d'une autre cat√©gorie d'individus). Dit autrement, l'optimum de Pareto est une situation o√Ļ toute l'allocation initiale a √©t√© r√©partie. √Ä ce titre, c'est une situation de r√©f√©rence de la th√©orie √©conomique, dans la mesure o√Ļ il est possible de d√©terminer un optimum de Pareto, √† condition de respecter le caract√®re concurrentiel des march√©s et de laisser le syst√®me de prix op√©rer les ajustements.

Pourtant l'√©quilibre marchand n'est pas n√©cessairement optimal d'un point de vue social ou environnemental. La recherche de l'optimum se d√©roulant dans le cadre strict des √©changes marchands, certains effets qui ne sont pas affect√©s d'une valeur, sont compl√®tement √©cart√©s de la recherche d'efficacit√© alors m√™me qu'ils sont susceptibles d'affecter l'utilit√© des agents √©conomiques. C'est pr√©cis√©ment le cas lorsque l'on occulte la dimension particuli√®re que constitue l'environnement : ce sont des effets externes, sous-entendus √† l'√©change marchand, aussi appel√©s externalit√©s. Ces externalit√©s peuvent √™tre positives et am√©liorer le bien-√™tre des agents. Mais elles peuvent aussi avoir une valeur n√©gative si elles r√©duisent le bien-√™tre sans compensation financi√®re (cas des riverains d'un a√©roport: ils souffrent de la pollution sonore et de la baisse de la valeur marchande de leurs biens immobiliers si l'a√©roport enregistre une croissance du trafic qui g√©n√®re des revenus d'exploitation suppl√©mentaires.

Prenons un exemple : une entreprise produit de l'√©lectricit√© √† partir de charbon. Elle fournit son √©lectricit√© √† un certain prix √† ses consommateurs. Si elle peut se fournir en charbon √† un prix inf√©rieur, elle pourra r√©percuter cette baisse sur son prix de vente. Or ce charbon est moins cher car il est de moins bonne qualit√© : il contient en proportion non n√©gligeable du soufre. La combustion de ce charbon de mauvaise qualit√©, s'il permet une am√©lioration du bien-√™tre des consommateurs par la r√©duction du prix, elle se traduit par une baisse de la qualit√© de l'environnement (pluies acides, en l'occurrence) : cette baisse n'est pas naturellement int√©gr√©e √† l'√©change marchand. Il faut la r√©int√©grer c'est-√†-dire internaliser les effets externes, ces derniers cr√©ant des inefficacit√©s. En simplifiant la formulation, il est n√©cessaire d'inclure dans les prix les d√©gradations environnementales (pollution, sur-exploitation) qui, sinon, seraient ignor√©es.

Notons d√®s √† pr√©sent que l'√©conomie de l'environnement fait la part belle √† un √©quilibre particulier : l'optimum de pollution. En effet, que signifie ¬ę internaliser les effets environnementaux ¬Ľ, si ce n'est trouver un √©quilibre tel, qu'en tenant compte de la variable environnementale, on obtient un √©quilibre de Pareto. Dit autrement, en grossissant le trait, je ne peux plus am√©liorer le bien-√™tre des individus sensibles √† la variable environnementale sans l√©ser un autre groupe d'individus. Cet optimum de pollution (qui d√©bouchera, on le verra plus loin, sur les march√©s de droits √† polluer) est souvent la critique la plus importante formul√©e par les √©cologistes contre l'√©conomie de l'environnement.

Principes fondateurs

La notion m√™me d'optima d√©pend de la possibilit√© d'un choix : qui dois-je int√©grer dans ma recherche d'optimum ? qui dois-je d√©fendre et contre quoi ? Comme nous l'avons soulign√© en introduction, l'√©conomie de l'environnement est intimement li√©e aux politiques √©conomiques et au choix qui en d√©coulent. Ces choix doivent se formuler de la fa√ßon la plus objective possible et doivent, √† ce titre, se fonder sur des principes ind√©niables.

Principe pollueur-payeur

Le principe pollueur-payeur est n√© en Allemagne et a √©t√© adopt√© par l'OCDE en 1972 comme principe fondateur de l'√©conomie. Son but est de d√©terminer √† qui imputer le co√Ľt d'une pollution. Sa formulation, sous des couverts d'une na√Įve √©vidence, ne doit pas faire oublier qu'il est √† la fois difficile √† mettre en place et rarement appliqu√©.

Reprenons l'exemple de la production d'√©lectricit√© √† partir du charbon. Si l'entreprise utilise du charbon de mauvaise qualit√©, elle va contribuer √† la d√©gradation de la qualit√© de l'air : c'est √† elle que reviendra de payer le co√Ľt de la pollution (nous verrons dans les prochaines parties, les formes de ce paiement). Toutefois, elle peut reporter ce co√Ľt sur les consommateurs, ce qui revient √† leur faire endosser la charge de la pollution.

Revenons au principe en lui-m√™me : le principe non-pollueur-payeur a-t-il un sens ? La r√©ponse est malheureusement ¬ę oui ¬Ľ. En effet, au-del√† du glissement que nous avons vu dans l'exemple pr√©c√©dant, le principe non-pollueur-payeur revient √† dire que celui qui ne veut pas que son environnement soit pollu√© doit payer pour que le pollueur ne le pollue plus. Cela para√ģt une formulation tr√®s cynique, mais n'oublions pas que c'est pr√©cis√©ment le r√īle, en France, des Agences de l'Eau : le consommateur final paie une taxe sur l'eau pour permettre aux industries polluantes de moderniser leurs installations. Derri√®re ce principe apparemment anodin et allant de soi, se dessine une r√©alit√© fort complexe.

Principe de précaution

Le principe de pr√©caution a largement fait la une des m√©dias au travers de trois cas o√Ļ il a √©t√© invoqu√©, parfois abusivement : l'affaire du sang contamin√© (il aurait fallu faire preuve de pr√©caution), l'affaire de la vache folle et les OGM (il faut √™tre extr√™mement prudent et faire preuve de pr√©caution). Sans entrer dans le d√©tail des m√©canismes √† l'Ňďuvre derri√®re ce principe, observons ses cons√©quences en √©conomie de l'environnement.

Ce principe vise avant tout √† √©carter tout risque de dommage irr√©versible √† l'environnement. Si je lib√®re des OGM dans la nature et que ceux-ci s'hybrident avec des mauvaises herbes naturelles, comment pourrais-je me d√©barrasser de ces mauvaises herbes r√©sistantes ? Le mod√®le √©conomique pourra prendre le probl√®me dans tous les sens, si une telle √©ventualit√© survient, le mal sera fait.

Temps et développement durable

Voir aussi développement durable pour un aperçu plus complet sur cette question

Le d√©veloppement durable est, en quelque sorte, l'aboutissement de la d√©marche de l'√©conomie de l'environnement : il vise √† trouver une solution √† la fois √©conomiquement et √©cologiquement viable. Sans trop approfondir cette notion, notons qu'elle donne une place importante √† la notion de dur√©e, c'est-√†-dire au temps. Car l'optimum qui doit √™tre recherch√© dans le cadre pr√©sent√© jusqu'√† pr√©sent ne doit pas √™tre efficace √† un instant donn√©, mais dans la dur√©e.

On voit se dessiner ici la notion d'un principe interg√©n√©rationnel : les d√©cisions d'aujourd'hui ne doivent pas menacer l'environnement de demain. La notion de d√©veloppement durable va donc bien au-del√† du simple principe de pr√©caution. Les difficult√©s li√©es au d√©veloppement durable, notamment sur le flou entourant sa d√©finition, sont √©voqu√©es dans l'article lui √©tant consacr√©.

√Čvaluation mon√©taire : la valeur de l'environnement

La notion de valeur est centrale en √©conomie. Affecter une valeur √† l'environnement est donc indispensable pour sa parfaite prise en compte dans les √©quations. Pour autant cette affectation n'est pas ais√©e : quelle valeur mon√©taire donner √† une esp√®ce de scarab√©e menac√©e de disparition par la construction d'une autoroute ? Cette valeur pourrait √™tre soit :

  • infinie : dans ce cas, il faut arr√™ter la construction de l'autoroute,
  • nulle : ici, il faut poursuivre, co√Ľte que co√Ľte, la construction de l'autoroute,
  • interm√©diaire : le choix final sera d√©termin√© par la confrontation entre la valeur donn√©e √† cette autoroute et celle donn√©e √† cette esp√®ce particuli√®re de scarab√©e ?

L'attribution d'une valeur √† la construction de l'autoroute est relativement facile (combien de personnes vont-elles l'emprunter ? quel est le temps qui va √™tre √©conomis√© ?) ; on peut m√™me y inclure une composante environnementale (combien de CO2 va-t-il √™tre √©conomis√© en supprimant les bouchons le long de la Route Nationale √† proximit√© ?). On imagine ais√©ment que la valeur √©conomique de l'esp√®ce de scarab√©e soit moins facile √† d√©terminer. Qui serait pr√™t √† payer pour sauver cette esp√®ce ? Et, surtout combien ? Avec un tel raisonnement, on ne donne pas cher de la peau de ces scarab√©es face aux sommes mises en jeu... Il faut donc d√©placer l'interrogation sur un plan symbolique : sommes-nous pr√™ts √† r√©duire la biodiversit√© pour la construction d'une autoroute ? Formul√© de cette mani√®re, les scarab√©es ont toutes leurs chances de menacer le projet d'autoroute.

Comme nous venons de le voir, l'attribution d'une valeur aux composantes environnementales est fondamentale mais complexe. Plusieurs m√©thodes sont utilis√©es pour le faire :

m√©thode des co√Ľts de transport ou de d√©placement 
quelle distance sont pr√™ts √† parcourir les individus pour profiter d'un paysage, ou d'un objet (les scarab√©es, par exemple) ? On mesure le co√Ľt de transport r√©ellement d√©pens√© par des individus pour venir √† tel ou tel endroit.
m√©thode des prix h√©donistes 
on observe les sommes que consacrent les individus pour obtenir tel ou tel avantage environnemental ; cette m√©thode s'applique surtout sur les biens immobiliers o√Ļ elle revient √† calculer le sur-co√Ľt que repr√©sente un beau paysage ou un air ¬ę pur ¬Ľ
m√©thode d'√©valuation des d√©penses de protection 
combien sont pr√™ts √† payer les individus pour ne plus subir une atteinte environnementale (exemple : co√Ľt d'un d√©m√©nagement pour ne plus subir une pollution, un bruit par exemple) ?
m√©thode de valuation contingente 
√† la diff√©rence, des m√©thodes pr√©c√©dentes, l'√©valuation consiste √† questionner plus qu'√† observer. Dans les trois m√©thodes pr√©c√©dentes, on observe le co√Ľt de transport, le surco√Ľt environnemental ou les d√©penses de protection : ce sont des sommes d'argent que les individus d√©pensent effectivement. L'√©valuation contingente consiste √† questionner les individus dans le cadre d'enqu√™te.

PIB vert

Depuis déjà quelques années, les économistes ont pensé à un PIB vert. Par ce dernier, on entend une mesure qui soustrait du PIB conventionnel la baisse du stock de ressources naturelles. Une telle méthode de comptabilisation permettrait de mieux savoir si une activité économique accroit ou fait baisser la richesse nationale lorsqu'elle utilise des ressources naturelles[1]. Cependant, les économistes estiment qu'il serait difficile, sans doute, pour mettre sur pied ce nouvel indicateur.

Outils de l'économie de l'environnement

L'exemple du protocole de Kyoto

Le protocole de Kyoto est une illustration caract√©ristique du r√īle de l'√©conomie de l'environnement : il s'agit en effet de concilier le d√©veloppement √©conomique avec les contraintes environnementales. La r√©daction du protocole a fait intervenir un ensemble de sp√©cialistes de diff√©rents champs disciplinaires : des m√©t√©orologues, des industriels, des juristes, etc. Et il a fallu concilier l'ensemble des visions. √Ä partir des donn√©es scientifiques (l'impact d'une tonne de CO2 rel√Ęch√© dans l'air) et des donn√©es √©conomiques (impact sur la croissance), dans un cadre juridique donn√© (un accord international), l'√©conomie de l'environnement cherche √† d√©finir une situation optimale (optimum de pollution) √† atteindre et √† b√Ętir un certain nombre d'outils qui permettront d'atteindre cet objectif.

L'optimum de pollution ainsi d√©fini sera, par d√©finition, √©loign√© de deux autres positions : de celle des partisans d'une √©cologie dure (ou profonde selon la traduction litt√©rale de deep ecology) qui viseront √† annuler les √©missions de carbone, et de celle des tenants de l'√©cologie de march√© qui pensent que l'action publique est inutile car l'environnement s'inclura naturellement dans les prix. La position de l'√©conomie de l'environnement est par nature un compromis.

Ainsi, l'objectif de revenir en 2012 à un niveau d'émission de CO2 inférieur de 5,2% en dessous de celui de 1990, se traduira différemment selon les pays. Certains pays en développement comme le Brésil pourront augmenter leur émission de CO2, la plupart des pays développés devant la réduire. Le cas de la France est particulier puisque ce pays doit maintenir son niveau de production et non pas le baisser.

Taxes, primes et marchés de droits à polluer

L'√Čtat peut intervenir en r√©glementant par la fixation d'une norme ou d'une taxe. Les deux doivent aboutir au m√™me r√©sultat en termes de pollution si les co√Ľts de d√©pollution de la firme sont connus. Dans le cas de la taxe, le pollueur paie une taxe qui visera √† compenser le pr√©judice subit par le pollu√©. Apparemment, la taxe respecte le principe pollueur payeur. Notons qu'en France, une taxe ne pouvant √™tre affect√©e dans un but pr√©cis, les taxes environnementales (√† l'exception de la TIPP) se perdent dans l'oc√©an que constitue le budget de l'√Čtat.

Le second instrument est la prime : soit une prime √† la modernisation de l'appareil de production, soit une prime au non-pollueur. Dans le premier cas, le pollu√© est invit√© √† payer une prime qui doit aider le pollueur √† am√©liorer ses installations et donc √† moins polluer : c'est le fonctionnement du PMPOA en France. Dans le second cas, on f√©licite les entreprises qui ne polluent pas, ou moins que les autres, en leur versant une prime. Lorsque le m√©canisme de la prime est coupl√© √† celui de la taxe, le principe pollueur-payeur est globalement respect√© : ceux qui polluent paie une taxe qui leur est revers√© sous forme d'une prime qui va permettre au pouvoir public d'orienter la modernisation. En revanche, si c'est le contribuable qui paie, le principe pollueur-payeur n'est absolument pas respect√© ; c'est pourtant ce dispositif que l'on retrouve fr√©quemment.

La derni√®re solution de ce type est la mise en place d'un march√© de droits √† polluer ou plus g√©n√©ralement d'un march√© d'externalit√©s. Cette solution s'appuie sur le th√©or√®me de Coase : pour Coase, les externalit√©s ne marquent pas l'√©chec de la th√©orie √©conomique, mais uniquement l'absence d'un droit de propri√©t√© sur l'environnement : la nature n'appartient √† personne et c'est bien l√† le probl√®me. Une premi√®re solution consiste √† r√©introduire un droit de propri√©t√© sur l'environnement lui-m√™me : cela peut √™tre le cas d'une ressource mat√©rielle identifiable comme un cours d'eau. La propri√©t√© peut √™tre attribu√©e soit au pollu√©, soit au pollueur. La seconde solution est v√©ritablement le march√© de droit √† polluer ou, plus pudiquement, le march√© de permis n√©gociables. Les entreprises s'√©changent, c'est-√†-dire se vendent et s'ach√®tent, des permis qui leurs donnent droit d'√©mettre par exemple du soufre (cf. notre exemple de production d'√©lectricit√©). D'ann√©es en ann√©es, les pouvoirs publics r√©duisent le nombre de permis : leur raret√© entra√ģne une hausse des prix, incitant de plus en plus d'entreprises √† moderniser leur installation. L'avantage notable de cette solution par rapport aux pr√©c√©dentes est que la fiscalit√©, et donc les contribuables n'interviennent pas. N√©anmoins, le th√©or√®me de Coase a pour hypoth√®se fondamentale l'absence de co√Ľts de transaction (hypoth√®se qui ne tient pas lorsqu'il y a un grand nombre de parties en pr√©sence). L'analyse de ces situations exc√©dant le cadre de cet article nous renvoyons le lecteur sur celui concernant le th√©or√®me de Coase et sur celui sur les march√©s de permis n√©gociable (voir aussi Bourse du carbone).

Instruments réglementaires

La deuxième grande catégorie d'instruments est la voie réglementaire. Il s'agit pour le législateur d'édicter des lois qui interdisent tel ou tel type de pollution ou du moins, en fixe une norme maximale d'émission.

Cette voie est apparemment plus facile √† mettre en Ňďuvre, puisqu'il suffit de promulguer des lois. Cette apparence de facilit√© peut rencontrer plusieurs √©cueils : les lois seront-elles pertinentes (question de s√©curit√© juridique) ? Pourra-t-on en contr√īler l'application ? Dans certains cas, l'√Čtat n'est pas en mesure de supporter ces co√Ľts de contr√īle. La taxe est √† ce titre plus facile √† mettre en Ňďuvre. L'intervention r√©glementaire rencontre la d√©sapprobation des lib√©raux qui refusent la pr√©sence de la main de l'√Čtat.

Le moyen de d√©finir de bonnes lois et d'en contr√īler l'application est de fournir des donn√©es environnementales pour l'√©laboration des politiques publiques.

L'Union européenne emprunte en grande partie cette voie, puisque le traité d'Amsterdam inclut dans ses objectifs l'efficacité environnementale et la recherche et développement. De même, la stratégie de Lisbonne, revue au Conseil européen de Göteborg en 2001 en fonction d'objectifs de développement durable, pousse à des réglementations accrues en matière d'environnement, à travers les livres blancs, les directives européennes (directives cadre sur l'eau, l'énergie, autres directives relatives aux politiques sectorielles...).

La voie r√©glementaire suppose que les √Čtats se dotent des outils qui fournissent les donn√©es de r√©f√©rence n√©cessaires aux politiques publiques. C'est ainsi que l'agence europ√©enne de l'environnement, situ√©e √† Copenhague, tient un registre de donn√©es environnementales en appui des d√©cisions. La directive 2003/98/CE fournit un cadre pour que les √Čtats membres mettent √† disposition les donn√©es des services publics, dans la mesure o√Ļ les l√©gislations nationales le permettent. Le Danemark et le Royaume-Uni ont initi√© le projet MIReG visant √† fournir les donn√©es de r√©f√©rence sous forme √©lectronique pour l'√©laboration d'une politique globale.

Aujourd'hui, les deux tiers des nouveaux textes législatifs en Europe proviennent des règlements et des directives européennes, qui sont élaborés en fonction de critères de développement durable.

√Čvaluation des politiques publiques

Article d√©taill√© : Pression-√Čtat-R√©ponse.

Au-delà de leur simple mise en place et du choix de l'une ou l'autre de ces politiques, l'économie de l'environnement se doit aussi d'offrir des instruments d'évaluation de ces mêmes politiques. De nombreuses études ont montré que la combinaison d'instrument conduit rarement à une situation optimale.

Cette √©valuation doit avoir lieu r√©guli√®rement et dans la mesure du possible, les associations de d√©fense de l'environnement doivent y participer. Malgr√© les oppositions que rencontre l'antinomique √©conomie de l'environnement, ces associations doivent pouvoir parler sur un pied d'√©galit√© avec les entreprises, les pouvoirs publics et les experts : l'int√©gration d'√©conomistes de l'environnement au sein de leur √©quipe devient indispensable.

L'une des m√©thodes employ√©es pour le suivi environnemental est le mod√®le Pression-√Čtat-R√©ponse de l'OCDE, ou des mod√®les d√©riv√©s employ√©s √† l'ONU ou √† l'Agence europ√©enne de l'environnement.

Annexes

Bibliographie

  • Entreprises et environnement. Rapport √† la commission des comptes et de l'√©conomie de l'environnement. Minist√®re de l'√©cologie et du d√©veloppement durable. La documentation fran√ßaise. 2004.
  • Olivier Beaumais et Mireille Chiroleu-Assouline, √Čconomie de l'environnement, Amphi Br√©al, 2002
  • Gilles Rotillon, L'√©conomie des ressources naturelles, Rep√®res La D√©couverte, 2005
  • Annie Vall√©e, L'√©conomie de l'environnement, Points Le Seuil, 2002

Articles connexes

Notes et références

  1. ‚ÜĎ Joseph E. Stiglitz - carl E. Walsh (2004), Principes d'√©conomie moderne, 2e √©dition, Ed. de boeck, Bruxelles.


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