Duche de Normandie

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Duche de Normandie

Duché de Normandie

Le duchĂ© de Normandie fait partie, comme l’Aquitaine, la Flandre ou la Catalogne, de ces principautĂ©s qui Ă©mergent au milieu du Moyen Âge, suite Ă  l’affaiblissement du pouvoir royal. En 911, dĂ©bordĂ© par les raids des Vikings, le roi des Francs Charles le Simple confie Ă  l’un de leurs chefs, Rollon, les pays autour de la Basse-Seine. Cette concession est l’embryon du duchĂ© de Normandie. Les Vikings mettent en place un État solide, puissant et prospĂšre qui atteint son apogĂ©e quand en 1066, le duc Guillaume le ConquĂ©rant s’empare du royaume d'Angleterre. Pendant prĂšs de cent cinquante ans, Normandie et Angleterre ont destin liĂ©. AprĂšs le milieu du XIIe siĂšcle et l’installation des PlantagenĂȘts Ă  la tĂȘte du royaume anglo-normand, le duchĂ© n’a plus le rayonnement d’autrefois sur le plan politique. MalgrĂ© tout, il ne cesse de susciter la convoitise des souverains français. En 1204, le roi de France Philippe Auguste conquiert la Normandie qui rejoint ainsi la couronne. Le duchĂ© vit ensuite dans l’ombre du royaume capĂ©tien.

De gueules aux deux lĂ©opards d’or.

Sommaire

CrĂ©ation du duchĂ© (Xe siĂšcle)

Le duché de Normandie au XIIe siÚcle

Le traitĂ© de Saint-Clair-sur-Epte en 911 marque la naissance du duchĂ© de Normandie[1]. DĂ©passĂ© par les raids vikings qui razzient son royaume, le roi des Francs, Charles le Simple, dĂ©cide de nĂ©gocier avec un chef scandinave du nom de Rollon. Un accord entre les deux hommes est donc conclu Ă  Saint-Clair-sur-Epte. Le Viking reçoit les pays voisins de la Basse-Seine Ă  charge pour lui de les dĂ©fendre au nom du roi des Francs. Nous ne savons pas exactement l’extension de ce territoire[2]. En tout cas, il sera Ă  la base de la Normandie, Ă©tymologiquement le "Pays des Hommes du Nord" en vieux norrois[3].

Le roi des Francs, Raoul, agrandit la concession faite au comte Rollon. En 924, il lui octroie la Normandie centrale (Bessin, Pays d'Auge et HiĂ©mois ?). Neuf ans plus tard, en 933, ce mĂȘme roi abandonne au fils de Rollon, Guillaume Longue ÉpĂ©e, le Cotentin et l’Avranchin concĂ©dĂ©s autrefois par les Français aux Bretons. À cette date, le duchĂ© de Normandie recouvre Ă  peu prĂšs la province ecclĂ©siastique de Rouen, autrement dit la quasi-totalitĂ© de la rĂ©gion d’aujourd’hui. Mais il n’est pas sĂ»r que son chef dominait effectivement tout ce territoire. Jusqu’au rĂšgne de Richard Ier (942-996), la moitiĂ© occidentale semble Ă©chapper Ă  l’autoritĂ© des comtes normands installĂ©s Ă  Rouen[4].

Les Normands s’installent dans la durĂ©e (911-1035)

L’histoire des premiers comtes de Normandie reste assez mal connue. Notre principale source est l’Ɠuvre panĂ©gyrique d’un chanoine, Dudon de Saint-Quentin.

La tĂąche premiĂšre des comtes (devenus ducs vers 1010) consiste Ă  s’installer dans la durĂ©e en Normandie. Les rĂ©voltes intĂ©rieures, les invasions des puissants voisins (le comte de Flandre, le comte de Blois), les minoritĂ©s des princes (Richard Ier puis Richard II) manquent d’entraĂźner la disparition de la jeune Normandie. Alors qu’ailleurs les Vikings doivent refluer face Ă  la reprise en main des rois, les Normands parviennent, en recourant parfois Ă  l’aide militaire de troupes scandinaves, Ă  se maintenir au pouvoir et Ă  construire un État solide. Rollon et ses successeurs gouvernent comme de vrais princes, affirmant leur autoritĂ© et reprennent l’hĂ©ritage administratif de Charlemagne. La paix et la sĂ©curitĂ© revenues dans la rĂ©gion, les Ă©vĂȘques retournent dans leur citĂ© Ă©piscopale et les moines dans les abbayes.

Guillaume le ConquĂ©rant, de bĂątard de Normandie Ă  roi d’Angleterre (1035-1087)

Par son destin exceptionnel, Guillaume le ConquĂ©rant est assurĂ©ment le duc de Normandie qui reste le plus dans les mĂ©moires. Pourtant, ses dĂ©buts sont compliquĂ©s. Il se retrouve duc dĂšs l’ñge de 8 ans, suite Ă  la mort de son pĂšre, Robert le Magnifique. Profitant de la jeunesse de l’hĂ©ritier, nombre de barons normands se libĂšrent de la tutelle ducale et mĂšnent leur propre guerre. La Normandie se couvre de chĂąteaux, souvent de simples mottes ou des enceintes de terre. Le jeune Guillaume est le spectateur impuissant de cette anarchie. L’assassinat de quelques membres de son entourage l’incite Ă  se tenir dans un premier temps tranquille.

Les principaux chùteaux du duché de Normandie au XII.

Guillaume se dĂ©cide Ă  rĂ©agir quand un complot de barons vise Ă  l’assassiner Ă  son tour. Il a presque 20 ans. Guillaume rassemble alors ses fidĂšles, obtient l’aide militaire du roi de France Henri Ier pour mater les rebelles. Val-Ăšs-Dunes, au sud-est de Caen, est le lieu de rencontre entre ces derniers et l’armĂ©e ducale. Guillaume remporte ici sa premiĂšre victoire. Nous sommes en 1047. À partir de ce moment, le duc reprend en main son duchĂ©. Il reconquiert ou abat les chĂąteaux Ă©levĂ©s par les barons pendant sa minoritĂ©. Il poursuit les derniers infidĂšles qui refusent de le reconnaĂźtre pour duc.

Le roi, Henri Ier de France, constatant la rĂ©ussite de son voisin, retourne sa veste. Par deux fois, il envahit la Normandie, aidĂ© du comte d'Anjou, mais son armĂ©e sombre Ă  Mortemer puis dans les marais de la Dives. Vainqueur, Guillaume passe Ă  l'offensive. Il annexe le Passais (la rĂ©gion de Domfront dans l'Orne), intervient dans les affaires de Bretagne et installe son fils Robert Courteheuse comme comte du Maine (1063). Mais l’Ɠuvre la plus connue et la plus considĂ©rable de Guillaume le ConquĂ©rant, c’est la conquĂȘte de l'Angleterre en 1066.

La tapisserie de Bayeux nous raconte les Ă©tapes de ce succĂšs. Le roi d’Angleterre, Édouard le Confesseur, meurt en 1066. Le chef de l’aristocratie anglo-saxonne, Harold, lui succĂšde. Or, selon la Tapisserie, le feu roi aurait considĂ©rĂ© Guillaume comme son hĂ©ritier. Le duc de Normandie s’estime flouĂ© et ose un dĂ©barquement dans le sud de l’Angleterre pour rĂ©cupĂ©rer son bien. Harold vient Ă  sa rencontre Ă  Hastings mais perd la bataille et meurt. La route de Londres est ouverte. Le 25 dĂ©cembre 1066, Guillaume le ConquĂ©rant reçoit la couronne d’Angleterre. La puissance du duc change alors de dimension. La Normandie n’est plus une simple puissance rĂ©gionale, elle s’installe pour un siĂšcle et demi sur l’échiquier international.

Visages et paysages de la Normandie des XIe ‑ XIIe siĂšcles

Nef romane de l’abbaye aux Dames. Ce monastĂšre fut fondĂ© Ă  Caen par Mathilde, femme de Guillaume le ConquĂ©rant.

Plusieurs signes attestent de la richesse du duchĂ©. C’est d’abord une des rĂ©gions françaises les plus peuplĂ©es. L’historien Lucien Musset a estimĂ© la population, en 1184, Ă  700 000-800 000 habitants (contre plus de trois millions aujourd’hui)[5]. Un tel nombre permet et exige une mise en valeur intensive des terres. Avant tout, les Normands sont donc des paysans. Les plateaux normands sont couverts de cultures cĂ©rĂ©aliĂšres (froment, avoine, orge). Par contre, la production cidricole et l’élevage bovin sont encore loin d’ĂȘtre des spĂ©cialitĂ©s rĂ©gionales. Le niveau technique des campagnes est plutĂŽt avancĂ© avec l’utilisation d’une charrue amĂ©liorĂ©e, l’apparition de la herse et du moulin Ă  vent. Mais combien de paysans normands bĂ©nĂ©ficient de cet Ă©quipement ?

Plus qu’une pĂ©riode de prospĂ©ritĂ©, notion toute relative au Moyen Âge, les XIe et XIIe siĂšcle doivent ĂȘtre vus comme un temps de croissance. Ce mouvement n’a d’ailleurs rien de bien original Ă  cette Ă©poque dans l’Occident chrĂ©tien. Signe de dynamisme, la population ne cesse de croĂźtre. Il faut donc dĂ©fricher des forĂȘts et des landes pour ouvrir de nouvelles terres Ă  la culture. Des villages et des hameaux (dont le nom se termine souvent en -erie ou en -iĂšre accolĂ© au patronyme de leur propriĂ©taire) naissent au milieu de clairiĂšre ou Ă  l’orĂ©e des bois. Les seigneurs construisent des moulins Ă  eau auprĂšs des riviĂšres et augmentent ainsi la productivitĂ© de leur domaine[6].

Les villes forment un monde trĂšs minoritaire par rapport Ă  ce monde rural. Pourtant la Normandie a une capitale trĂšs peuplĂ©e : Rouen (peut-ĂȘtre 40 000 habitants). La citĂ© profite de sa position sur l’un des axes primordiaux du commerce français : la Seine. Des marchands et des artisans s’enrichissent et Ă©mergent peu Ă  peu de la sociĂ©tĂ© urbaine. Ils revendiquent bientĂŽt une place dans la gestion de la ville.

Les autres villes d’origine antique (Lisieux, SĂ©es, Bayeux, Évreux) se relĂšvent aussi aprĂšs les raids vikings. RĂ©cupĂ©rant l’excĂ©dent de la population rurale, elles sortent de leur vieille enceinte romaine. Ce premier rĂ©seau urbain est complĂ©tĂ© par la multiplication de bourgs en campagne. Ces nouveaux lieux de peuplement sont crĂ©Ă©s Ă  l’initiative de seigneurs laĂŻcs ou ecclĂ©siastiques autour d’un marchĂ©, d’un pont ou d’un monastĂšre. Les plus nombreux s’établissent auprĂšs d’un chĂąteau qui garantira aux futurs habitants un refuge en temps de guerre. Ainsi Ă©mergent Saint-LĂŽ, FĂ©camp, Valognes, Cherbourg, Dieppe, Falaise, Alençon, Argentan... Certains de ces bourgs connaissent un tel dĂ©veloppement qu’ils rattrapent les anciennes villes. Caen reprĂ©sente la meilleure rĂ©ussite. DotĂ©e d’un chĂąteau et de deux abbayes par Guillaume le ConquĂ©rant, elle connaĂźt une telle croissance dĂ©mographique et un tel dynamisme qu’elle devient la deuxiĂšme capitale de la Normandie[7].

L’organisation ecclĂ©siastique du duchĂ© de Normandie.

Le rayonnement culturel de la Normandie est Ă  la mesure de la puissance du duchĂ©. Les monastĂšres normands, restaurĂ©s dans leur richesse fonciĂšre, redeviennent des foyers intellectuels. L’abbaye du Bec dispense un enseignement renommĂ© pendant que du Mont-Saint-Michel, sortent de magnifiques manuscrits enluminĂ©s. Bien que les Vikings ne possĂ©daient pas une tradition de bĂątisseurs, les Normands Ă©difient de beaux Ă©difices religieux : les deux abbayes de Caen, celles de Bernay, Cerisy-la-ForĂȘt, Boscherville et JumiĂšges mais aussi les Ă©glises paroissiales de Quillebeuf, Thaon ou Ouistreham sont autant de rĂ©ussites de l’art roman en Normandie[8]. Un art suffisamment remarquable pour qu’il soit exportĂ© en Angleterre aprĂšs 1066. La conquĂȘte de la Sicile et du sud de l’Italie par des chevaliers du Cotentin Ă©largit le rayonnement de la civilisation normande jusqu’en MĂ©diterranĂ©e.

Dans la seconde moitiĂ© du XIIe siĂšcle, la Normandie perd de son Ă©clat par rapport aux rĂ©gions voisines. La cour d’Angleterre, animĂ©e par la reine AliĂ©nor d'Aquitaine, occulte la cour normande tandis que l’Île-de-France voit l’éclosion des premiĂšres Ă©glises gothiques.

La Normandie anglaise ou l’Angleterre normande (1087-1135) ?

Sous le rĂšgne de Guillaume le ConquĂ©rant, la Normandie est avec la Flandre la principautĂ© la mieux tenue et la mieux administrĂ©e de France. Sur son lit de mort, le ConquĂ©rant ĂągĂ© de 60 ans environ, arrange sa difficile succession. Il a trois fils : l’aĂźnĂ©, Robert Courteheuse recueille le duchĂ©, le second, Guillaume le Roux, reçoit la couronne d’Angleterre et le dernier, Henri, ne rĂ©cupĂšre qu’une somme d’argent.

AussitĂŽt le ConquĂ©rant mort (1087), l’anarchie reprend dans le duchĂ© comme au temps de la minoritĂ© du dĂ©funt. Le nouveau duc, le prodigue Robert Courteheuse, n’a pas la mĂȘme autoritĂ© que son pĂšre. Il laisse les barons combattre entre eux et Ă©lever des chĂąteaux sans son autorisation. Le dĂ©sordre est accentuĂ© par la rivalitĂ© entre les trois frĂšres. La situation se clarifie en 1100 quand le roi d’Angleterre Guillaume Le Roux trouve accidentellement la mort. Henri, le cadet, obtient de l’aristocratie anglaise le trĂŽne vacant. Il ne compte pas en rester lĂ . En 1105, il dĂ©barque en Normandie et bat en 1106 son frĂšre aĂźnĂ© Robert Ă  Tinchebray. Henri s’empare alors de la couronne ducale. L’union anglo-normande est ainsi reconstituĂ©e mais cette fois, Ă  partir de l’Angleterre. Avec ce nouveau duc-roi, la Normandie reprend son essor interrompu par vingt ans de troubles.

Comme son pĂšre Guillaume le ConquĂ©rant, Henri Ier d’Angleterre (surnommĂ© Henri Beauclerc pour sa culture) est un grand duc-roi, sage, rusĂ© et Ă©nergique. Pour certains historiens, son rĂšgne correspond Ă  l’apogĂ©e du duchĂ© de Normandie. On retiendra parmi les coups d’éclat du fils du ConquĂ©rant :

  • la mise Ă  bas dĂ©finitive de la seigneurie de BellĂȘme (Orne) dont les titulaires, propriĂ©taires d’une quarantaine de chĂąteaux, narguaient le pouvoir du duc de Normandie depuis la fin du Xe siĂšcle
  • la bataille de BrĂ©mule, une victoire de plus contre le roi de France Louis VI.

Les moyens financiers et militaires fournis par l’Angleterre ne sont pas Ă©trangers au succĂšs d’Henri Beauclerc sur le continent. Par ailleurs, il a le souci de doter son vaste État d’une meilleure administration. Contraint de partager sa prĂ©sence entre les deux rives de la Manche, il Ă©labore en consĂ©quence un systĂšme d’institutions permanentes. Le roi installe une sorte de vice-roi en Normandie, le justicier qui gouverne Ă  sa place lors de ses sĂ©jours en Angleterre. Un corps d’officiers itinĂ©rants rend la justice en appel, fait exĂ©cuter les ordres du roi, supervise l’administration des vicomtes ou se charge de la perception des taxes. L’Échiquier, administration financiĂšre centrale, reçoit les sommes d’argent indispensables pour mener Ă  bien sa politique[9]. Avec ses rĂ©formes, Henri Ier affirme la modernitĂ© de la Normandie.

La Normandie des PlantagenĂȘts (1135-1204)

La mort inopinĂ©e du duc-roi en 1135 ramĂšne le dĂ©mon des querelles de succession car l’hĂ©ritiĂšre dĂ©signĂ©e est une femme, Mathilde, la fille d’Henri Ier. Le royaume anglo-normand Ă©clate. Mathilde, mariĂ©e au comte d'Anjou Geoffroi V d’Anjou dit PlantagenĂȘt, ne parvient pas Ă  dominer le duchĂ© de Normandie tandis que son cousin, Étienne de Blois, lui souffle la couronne d’Angleterre. Les barons normands profitent du conflit entre ces deux prĂ©tendants pour reprendre leur indĂ©pendance. L’anarchie dure jusqu’en 1144.

À cette date, Geoffroi V d’Anjou rĂ©ussit Ă  s’imposer comme duc de Normandie. En 1150, il cĂšde son duchĂ© Ă  son fils Henri, beaucoup plus populaire, car il descend par sa mĂšre Mathilde de Henri Ier Beauclerc. En 1151, en plus du duchĂ©, le fils de Geoffroi et de Mathilde hĂ©rite des comtĂ©s de Touraine, du Maine et d’Anjou.

Son ascension ne s’arrĂȘte pas lĂ  : un an plus tard, le nouveau duc Ă©pouse l’hĂ©ritiĂšre du duchĂ© d'Aquitaine, AliĂ©nor. Il a ainsi la main sur le sud-ouest français. Ensuite, l’infatigable duc Henri dĂ©barque en Angleterre et pousse le roi Étienne de Blois Ă  un accord : ce dernier l’adopte et en fait l’hĂ©ritier de la couronne. Henri II le remplace effectivement Ă  sa mort en 1154. Il n’a alors que 21 ans.

Le roi de France Louis VII (1137-1180) qui voyait avec plaisir se dĂ©liter le royaume anglo-normand aprĂšs la mort d’Henri Ier se rend compte qu’un ennemi gigantesque s’élĂšve en face de lui. Non seulement, l’unitĂ© anglo-normande est refaite comme au temps d’Henri Ier mais cette fois, les possessions continentales ne se limitent pas Ă  la Normandie. Elles vont jusqu’aux PyrĂ©nĂ©es ! En 1156, le PlantagenĂȘt rend hommage au roi de France pour ses fiefs continentaux. Ce geste n’a rien de contraignant pour Henri II. Il sait qu’il reste le seul maĂźtre de ses États. Louis VII de France est en effet incapable de bousculer l’extraordinaire puissance de celui que les contemporains qualifient de " plus grand monarque d’Occident ".

Nuançons tout de mĂȘme la puissance d’Henri II. À territoire immense, problĂšmes et thĂ©Ăątres d’opĂ©rations nombreux. Au sud, offensive contre le comte de Toulouse, Ă  l’ouest, installation d’un des fils d’Henri II, Geoffroy, comme duc de Bretagne ; au nord, combats contre les Écossais et les Irlandais ; Ă  l’intĂ©rieur, querelles avec l’Église anglaise recherchant une certaine indĂ©pendance vis-Ă -vis du roi.

Dans cet ensemble, la Normandie joue le rĂŽle de pivot du vaste empire PlantagenĂȘt. C’est le lieu de passage principal pour le roi traversant la Manche, la liaison entre les deux parties de son Empire. La Normandie, c’est enfin l’enjeu du combat entre les PlantagenĂȘts et le roi de France. Louis VII ne peut se rĂ©soudre Ă  voir son domaine royal encerclĂ©, les voies de la Seine et de la Loire contrĂŽlĂ©es par son ennemi. Le roi de France exploite alors toutes les possibilitĂ©s qui pourraient affaiblir Henri II. Louis VII de France, puis son fils Philippe Auguste (1180-1223), attisent notamment la rivalitĂ© entre Henri II et ses fils. Cette rivalitĂ© se transforme en rĂ©volte en 1173 mais le duc-roi parvient finalement Ă  contraindre Ă  la paix sa descendance.

En 1189, une nouvelle fronde des fils d’Henri II a raison du vieux roi. Deux jours avant sa mort, il cĂšde ses couronnes Ă  son fils aĂźnĂ© Richard, alliĂ© de Philippe Auguste. Mais leur ennemi commun mort, cette alliance n’a plus de raison d’ĂȘtre.

La conquĂȘte du duchĂ© par le roi de France (1194-1204)

L’affrontement entre le roi de France Philippe Auguste et le nouveau roi d’Angleterre Richard (surnommĂ© CƓur de Lion) commence en 1194. La Normandie est le principal thĂ©Ăątre d’affrontement. Si le champ de bataille donne souvent raison Ă  Richard (victoires de Courcelles-sur-Seine et de FrĂ©teval), Philippe Auguste se rĂ©vĂšle particuliĂšrement habile dans les nĂ©gociations et dans les intrigues. RĂ©sultat, le Français rĂ©ussit Ă  obtenir lors de traitĂ©s de paix quelques places fortes normandes : Gisors, Pacy-sur-Eure, Vernon, Gaillon, Ivry, Nonancourt. La ligne de dĂ©fense sur l’Eure, l’Avre et l’Epte, Ă©difiĂ©e et renforcĂ©e progressivement par les ducs de Normandie, est entamĂ©e. Pour compenser ces pertes, Richard Ă©rige prĂšs des Andelys une forteresse qui reprend les derniĂšres amĂ©liorations militaires de l’Orient : ChĂąteau-Gaillard sort de terre en un an seulement (1196-1197).

La mort accidentelle de Richard CƓur de Lion en 1199 bouleverse ce statu-quo. Son successeur, son frĂšre cadet, Jean sans Terre (surnommĂ© ainsi parce que son pĂšre n’a jamais pu lui donner des terres en hĂ©ritage) n’a pas la stature au sens propre comme au sens figurĂ© de Richard : c’est un faible, peu attachĂ© Ă  accomplir les devoirs de sa charge. Philippe Auguste sait en tirer profit. L’armĂ©e française entre en Normandie en 1202. ChĂąteau-Gaillard tombe au bout de six mois de siĂšge. Rouen capitule le 24 juin 1204. En deux ans seulement, le duchĂ© est conquis.

Comment expliquer cet Ă©croulement ? Il semble que les Normands n’aient pas soutenu de tout leur cƓur les PlantagenĂȘts. Peut-ĂȘtre parce que ces derniers conservaient moins d’attaches avec la Normandie que les premiers ducs. Ajoutons aussi la lassitude des Normands face Ă  la guerre et ses consĂ©quences (augmentation des impĂŽts, rupture commerciale avec Paris). La facilitĂ© de la conquĂȘte doit Ă©galement Ă  l’existence d’un parti francophile parmi les barons normands[10].

La Normandie des PlantagenĂȘts laisse place Ă  la Normandie des CapĂ©tiens.

Quelques problématiques

Le duchĂ© de Normandie, un État viking ?

Depuis le XIXe siĂšcle, plusieurs historiens normands se sont plu Ă  vanter l’origine viking de la rĂ©gion. Ce rĂ©current renvoi au peuple scandinave a servi de support Ă  la construction d’une identitĂ© normande quelque peu affaiblie. Mais la marque des Vikings fut-elle si importante sur le duchĂ© ?[11].

Dans la premiĂšre moitiĂ© du XIe siĂšcle, la Normandie offre l’image d’un pays francisĂ©. L’empreinte viking apparaĂźt somme toute assez limitĂ©e. Certaines pratiques tĂ©moignent d’une survivance des origines. Le duc Richard II a deux Ă©pouses : Judith Ă©pousĂ©e selon le rite chrĂ©tien et Papia, Ă©pousĂ©e Ă  la mode danoise (more danico). Il n’hĂ©site pas Ă  accueillir Ă  Rouen mĂȘme une flotte de pillards vikings.

Dans le domaine institutionnel, les nouveaux chefs de la Normandie moulent leur État sur l’organisation carolingienne. Ils s’autoproclament comte, parfois marquis ou duc. Autant de titulatures d’origine romaine ou franque. Le duc a des droits rĂ©galiens, dans la lignĂ©e des rois carolingiens : droit de battre monnaie, droit de haute justice, droit sur les forĂȘts
 L’ancien droit scandinave subsiste seulement Ă  travers des Ă©lĂ©ments comme l'ullac (droit de bannissement) ou la hamfara (rĂ©pression des assauts Ă  main armĂ©e contre les maisons).

Les alliances matrimoniales contractĂ©es par les ducs au Xe et XIe siĂšcles renforcent la thĂšse d’une coupure avec le milieu d’origine. Les maĂźtres de la Normandie n’épousent pas les filles ou les sƓurs des rois danois ou norvĂ©giens. Ils prĂ©fĂšrent prendre femme (du moins celles Ă©pousĂ©es selon le rite chrĂ©tien) auprĂšs de leurs voisins : Bretagne, France, Flandre.

Quelle meilleure preuve d’acculturation que la perte de la langue d’origine, le norrois ? Le latin dans les actes Ă©crits et le parler local l’emportent. Seul le vocabulaire marin et maritime emprunte beaucoup aux Vikings.

Croix romane prĂšs de Saint-Pierre-sur-Dives

Du point de vue matĂ©riel, l’invasion scandinave donne l’impression de n’avoir presque rien bousculĂ© : les archĂ©ologues cherchent en vain les traces d’un art viking ; mĂȘme au niveau des types de cĂ©ramique ou des objets produits. Les dĂ©dicaces de paroisses restent les mĂȘmes. On ne connaĂźt pas d’exemple de dĂ©sertion de village Ă  cet Ă©poque. Bref, il y a une continuitĂ© avec la Neustrie carolingienne[12].

Comment expliquer cette francisation ? La christianisation, condition incluse dans le traitĂ© de Saint-Clair-sur-Epte, n’est sĂ»rement pas Ă©trangĂšre Ă  ce phĂ©nomĂšne. Elle a jouĂ© un rĂŽle intĂ©grateur indĂ©niable quand on sait qu’au Moyen Âge l’essence de la culture, de la civilisation en Europe occidentale tient beaucoup au christianisme. Le faible nombre d’immigrants scandinaves en Normandie peut former une deuxiĂšme explication[13]. Mais c’est une hypothĂšse car nous n’avons pas d’estimation dĂ©mographique. Certaines rĂ©gions normandes (Pays de Caux, Roumois, Nord du Cotentin) affiche une forte densitĂ© de toponymes d’origine scandinave : les communes dont le nom se termine en -beuf (dĂ©rivĂ© du mot scandinave buth) ou en -tot (dĂ©rivĂ© du mot scandinave topt) y sont particuliĂšrement nombreux. Cette abondance pourrait laisser croire Ă  une colonisation viking dense. Cependant, elle s'explique plutĂŽt par le fait que le duchĂ© a dĂ» faire face Ă  un afflux de colons d'origines diverses, fermiers pour la plupart, qui pouvaient ĂȘtre danois, norvĂ©giens, anglo-scandinaves, anglo-saxons, voire mĂȘme celtes de Grande-Bretagne et d'Irlande. Ce qui d'une part explique la forte densitĂ© des toponymes anglo-scandinaves et d'autre part l'absence de dĂ©couvertes archĂ©ologiques proprement « viking Â».

L’ouverture du duchĂ© Ă  des influences autres que scandinaves ne laisse pas de doute. L’élite religieuse appartient Ă  l’extĂ©rieur. Les invasions vikings avaient fait fuir presque tous les moines de Normandie. Les premiers ducs font appel Ă  des abbĂ©s et Ă  des communautĂ©s Ă©trangĂšres pour relever les abbayes normandes abandonnĂ©es. Richard II rĂ©ussit Ă  accueillir dans son État l’Italien Guillaume de Volpiano, abbĂ© de Saint-BĂ©nigne de Dijon, pour restaurer le monastĂšre de FĂ©camp. Quant Ă  l’aristocratie laĂŻque, l’apport extĂ©rieur est moins Ă©vident. Sauf exception, comme les Tosny, les BellĂȘme ou la famille Giroie, les plus grands aristocrates descendent des compagnons de Rollon ou directement du duc. Par contre, au niveau subalterne, l’origine de la noblesse normande est plus hĂ©tĂ©roclite : Bretagne, Île-de-France, Anjou.

En somme, le particularisme viking du duchĂ© semble rapidement s’évanouir. Au dĂ©but du XIe siĂšcle, un siĂšcle aprĂšs le traitĂ© de Saint-Clair-sur-Epte, la Normandie est une principautĂ© francisĂ©e. Les regards normands ne se tournent plus vers la terre de leur ancĂȘtres.

Un État modĂšle ?

L’historien François Neveux prĂ©sente la Normandie comme " un vĂ©ritable État, oĂč l’autoritĂ© publique l’emporte sans conteste sur les intĂ©rĂȘts privĂ©s ". Il met en avant la " structure administrative particuliĂšrement efficace " du duchĂ© dĂšs le XIe siĂšcle et " ses institutions solides " au XIIe siĂšcle[14]. Ce modĂšle normand sera exportĂ© en Angleterre, suite Ă  la conquĂȘte de 1066, et dans une bonne partie du royaume de France.

À premiĂšre vue, la conclusion de François Neveux trouve en effet plusieurs appuis. Les premiers ducs parviennent Ă  rĂ©cupĂ©rer ou Ă  conserver les droits des anciens rois carolingiens : ils sont les protecteurs de l’Église, ils nomment les Ă©vĂȘques et nombre d’abbĂ©s, ils perçoivent un impĂŽt direct, ils font rĂ©gner la paix et la sĂ©curitĂ©. Quiconque attaque un pĂšlerin, un marchand, un chevalier se rendant Ă  l’ost a affaire Ă  la justice ducale. En rĂ©sumĂ©, Rollon et ses successeurs sont des monarques sans en avoir le titre. Le duc Richard II (996-1026) Ă©tablit des comtes dans les rĂ©gions frontaliĂšres et des vicomtes Ă  l’intĂ©rieur. RĂ©vocables, ces hauts fonctionnaires exercent un pouvoir que le duc leur a dĂ©lĂ©guĂ©.

En 1066, la conquĂȘte de l’Angleterre permet aux ducs d’obtenir le titre de roi. Elle oblige aussi Ă  perfectionner l’administration car les nouveaux souverains anglo-normands peuvent difficilement tenir leur État partagĂ© par la Manche. Des institutions permanentes voient le jour. Henri Ier d’Angleterre crĂ©Ă© l’office de justicier, celui-ci Ă©tant chargĂ© d’administrer la Normandie quand le roi est sur l’üle. Des justiciers itinĂ©rants sont mis en place sous ce mĂȘme rĂšgne. Leur rĂŽle rappelle celui des missi dominici de Charlemagne. Le trĂ©sor ducal est installĂ© en permanence dans le chĂąteau de Caen. Dans ce lieu, se tient au XIIe siĂšcle l’Échiquier qui assure le contrĂŽle des dĂ©penses en tant que chambre des Comptes.

En 1154, le duc de Normandie, Henri II PlantagenĂȘt, devient roi d’Angleterre alors qu’il Ă©tait dĂ©jĂ  comte d’Anjou et duc d’Aquitaine. La Normandie se retrouve incluse dans un vaste État s’étendant de l’Écosse aux PyrĂ©nĂ©es. NoyĂ© dans cet ensemble, le duchĂ© n’en perd pas pour autant toute influence. Les institutions normandes servent d’exemples et la Coutume de Normandie de rĂ©fĂ©rence dans le grand État PlantagenĂȘt. MĂȘme le roi de France s’inspire du modĂšle normand en reprenant notamment l’idĂ©e de mise en place de baillis comme administrateurs locaux.

Si l’administration de la Normandie sert de modĂšle, il faut cependant concĂ©der qu’elle-mĂȘme trouve inspiration ailleurs. Notons par exemple que le dĂ©veloppement de l’Échiquier doit beaucoup Ă  l’exemple du comtĂ© de Flandre. Quant aux justiciers itinĂ©rants, le duc Henri Ier Beauclerc a ici repris une institution anglaise.

Une des principales forteresses ducales : le chĂąteau de Falaise, Guillaume le ConquĂ©rant y est nĂ©.

L’image d’une Normandie puissante, bien gĂ©rĂ©e et dirigĂ©e mĂ©rite encore davantage de nuances. La Normandie plonge rĂ©guliĂšrement dans plusieurs annĂ©es d’anarchie. La cause : les successions ducales, qui se passent gĂ©nĂ©ralement mal, soit parce que l’hĂ©ritier est trop jeune, soit parce qu’il est contestĂ©. À tel point que l’historien A. Debord constate que les pĂ©riodes de crise de l’autoritĂ© ducale reprĂ©sentent, dans la Normandie du XIe siĂšcle, presque autant de temps que ses pĂ©riodes d’assurance[15]. La minoritĂ© de Guillaume le ConquĂ©rant (1035-1047) est un exemple de ces pĂ©riodes difficiles.

L’affaiblissement du pouvoir ducal profite aux barons, en particulier ceux installĂ©s sur les marges, comme l’ont analysĂ© Pierre Bauduin ou GĂ©rard Louise[16]. Ces seigneurs dĂ©veloppent des stratĂ©gies conformes Ă  leurs intĂ©rĂȘts et construisent des chĂąteaux sans l’autorisation du duc. Le nombre actuel de mottes entourĂ©es de fossĂ©s rĂ©vĂšle l’importance du phĂ©nomĂšne. Les barons s’octroient la propriĂ©tĂ© des grandes forteresses ducales alors qu’ils n’en avaient que la garde. À la pĂ©riphĂ©rie mĂ©ridionale, les seigneurs de BellĂȘme sont parmi les plus indĂ©pendants.

En somme, comme l’ensemble de la France, la Normandie est confrontĂ©e au XIe siĂšcle Ă  la crise chĂątelaine[17]. Mais cette crise se produit par intermittence. L’hĂ©ritier du duchĂ© finit par s’imposer. Il mate les aristocrates rebelles, rĂ©cupĂšre les chĂąteaux confisquĂ©s et renoue par des mariages politiques des liens distendus. La paix ducale retrouve alors toute sa signification.

Dans la seconde moitiĂ© du XIIe siĂšcle, il n’y a presque plus de crise. L’autoritĂ© des ducs-rois Henri II PlantagenĂȘt (1154-1189), Richard CƓur de Lion (1189-1199) et Jean sans Terre (1199-1204) est incontestĂ©e. Les princes se sont dĂ©finitivement imposĂ©s face aux barons.

Entre 911 et 1204, le duchĂ© de Normandie montre donc deux visages. D’un cĂŽtĂ©, celui d’un État gouvernĂ© par des ducs capables et respectĂ©s. De l’autre, celui d’un État en proie Ă  l’anarchie dĂšs qu’un duc meurt.

1204 : la fin du duchĂ© de Normandie ?

ConfisquĂ© (commis) en 1202, le duchĂ© est dans les faits conquis par le roi de France Philippe Auguste deux ans plus tard[18]. Il entre dans le domaine royal. Les souverains anglais continuent d’y prĂ©tendre jusqu’au traitĂ© de Paris en 1259 mais ne conservent en fait que les Ăźles Anglo-Normandes comme ancienne part du duchĂ©.

Peu confiant dans la fidĂ©litĂ© des Normands, le roi de France installe des administrateurs français dans sa nouvelle possession et construit une puissante forteresse symbole du pouvoir royal, le ChĂąteau de Rouen. La page glorieuse de l’histoire normande est tournĂ©e. Le duchĂ© n’est pourtant pas mort.

Au sein du domaine royal, la Normandie conserve une certaine spĂ©cificitĂ©. Tout d’abord, la Coutume de Normandie sert toujours de base pour les dĂ©cisions de justice. En 1315, face aux empiĂ©tements constants du pouvoir royal sur les libertĂ©s normandes, les barons et villes arrachent au roi de France un texte : la charte aux Normands. Ce document n’offre pas l’autonomie Ă  la province mais la protĂšge de l’arbitraire royal. Les jugements de l’Échiquier, principale cour de justice normande, sont dĂ©clarĂ©s sans appel. Ce qui signifie que Paris ne pourra pas casser un jugement de Rouen. Autre concession importante : le roi de France ne pourra lever un nouvel impĂŽt sans le consentement des Normands. Il faut toutefois avouer que cette charte, concĂ©dĂ©e Ă  un moment oĂč l’autoritĂ© royale flĂ©chit, sera plusieurs fois violĂ©e par la suite, quand la royautĂ© aura retrouvĂ© sa puissance.

Le duchĂ© de Normandie survit surtout par l’installation intermittente d’un duc Ă  sa tĂȘte. En effet, le roi de France confie parfois cette portion de son royaume Ă  un membre proche de sa famille. Celui-ci prĂȘte ensuite hommage au roi. Philippe VI plaça ainsi son fils aĂźnĂ©, l’hĂ©ritier du trĂŽne Jean II, duc de Normandie. À son tour, Jean II y nomma son fils l’hĂ©ritier du trĂŽne Charles V qui Ă©tait aussi connu par son titre de dauphin.

En 1465, aprĂšs la bataille de MonthlĂ©ry, Louis XI est contraint par les Grands de son royaume de cĂ©der en apanage le duchĂ© Ă  son frĂšre Charles. Cette concession est un problĂšme pour le roi de France car Charles est le pantin de ses ennemis. La Normandie risque donc de servir de base Ă  une rĂ©bellion contre le pouvoir royal. Louis XI nĂ©gocie alors avec son frĂšre l’échange de la Normandie contre la Guyenne. Enfin, pour bien signifier que la Normandie ne sera plus cĂ©dĂ©e, l’anneau ducal est placĂ© le 9 novembre 1469 sur une enclume et brisĂ© d’un coup de masse. C’est la fin dĂ©finitive du duchĂ© sur le continent[19].

Toutefois, le dauphin Louis Charles, second fils de Louis XVI, est aussi connu comme duc de Normandie avant la mort de son frÚre aßné en 1789. Mais son titre est purement honorifique.

Le duchĂ© de Normandie aujourd’hui

Le duchĂ© de Normandie subsiste de nos jours ; il est toutefois rĂ©duit Ă  sa portion congrue sur les Îles Anglo-Normandes, Jersey et Guernesey, dont les bailliages sont sous l’autoritĂ© de la reine Élisabeth II du Royaume-Uni, duc de Normandie.

Ducs de Normandie

Alors que ses prédécesseurs sont qualifiés de jarl des Normands ou de comte de Rouen, Richard II de Normandie, qui succÚde à Richard Ier de Normandie est le premier à se donner le titre de duc de Normandie[20].

Le duc de Normandie Ă©tait l’un des six pairs laĂŻcs primitifs.

Divisions territoriales

Comtés

L’administration du duchĂ© reposait sur des comtes et des vicomtes. Les premiers apparaissent sous le principat de Richard II (996-1026). Leur rĂŽle consiste Ă  la dĂ©fense du pays (d’oĂč la localisation des comtĂ©s sur les frontiĂšres), Ă  la garde des chĂąteaux ducaux, Ă  l’administration des droits du duc et notamment la perception des revenus ducaux. Les comtes sont nommĂ©s et rĂ©vocables par le duc ; plusieurs ont ainsi perdu leur fonction Ă  la suite d’une mauvaise gestion ou d’un complot (par exemple Guillaume Guerlenc entre 1049 et 1055). À l’inverse, certains comtes ont rĂ©ussi Ă  imposer l’hĂ©rĂ©ditĂ© de leur charge sur plusieurs gĂ©nĂ©rations (les comtes d’Évreux).

Vicomtés

Les vicomtĂ©s ne sont toujours des subdivisions des comtĂ©s. Certaines vicomtĂ©s correspondent en effet Ă  d’anciens comtĂ©s dĂ©classĂ©s (HiĂ©mois, Avranchin). Les vicomtes ont les mĂȘmes fonctions que les comtes. Toutefois, Ă  la diffĂ©rence de ces derniers, ils ne prenaient pas pour eux une partie des revenus ducaux mais les envoyaient Ă  la cour ducale. Si la charge vicomtale Ă©tait Ă©galement rĂ©vocable, quelques dynasties se sont formĂ©es (les NĂ©el, vicomte de Cotentin).

  • VicomtĂ© d'Arques
  • VicomtĂ© d'Auge
  • VicomtĂ© d'Avranches
  • VicomtĂ© de Bayeux
  • VicomtĂ© de Bonneville-sur-Touques
  • VicomtĂ© de Caux
  • VicomtĂ© de Conteville
  • VicomtĂ© du Cotentin
  • VicomtĂ© d'Évreux
  • VicomtĂ© de Falaise
  • VicomtĂ© de FĂ©camp
  • VicomtĂ© de Gavray
  • VicomtĂ© d'HiĂ©mois ou d'Exmes
  • VicomtĂ© de Lieuvin
  • VicomtĂ© de Lillebonne
  • VicomtĂ© de Lisieux
  • VicomtĂ© de Montfort
  • VicomtĂ© de Mortain
  • VicomtĂ© d'Orbec
  • VicomtĂ© de Rouen
  • VicomtĂ© de Vexin

Divisions ecclésiastiques

Les sept diocÚses historiques de la province ecclésiastique de Rouen

Le duchĂ© de Normandie correspond grosso modo Ă  la province ecclĂ©siastique de Rouen, qui comprend :

Le Passais (rĂ©gion de Domfront) relevait toutefois du diocĂšse du Mans et l'exemption de Saint-Samson, situĂ©e au sud de l'estuaire de la Seine, relevait de l'Ă©vĂȘchĂ© de Dol

Notes et références

  1. ↑ François Neveux, L'Aventure des Normands (VIIIe-XIIIe siùcle), Perrin, 2006, p. 67-72.
  2. ↑ Pierre Bauduin a tentĂ© rĂ©cemment une dĂ©limitation Ă  partir des rĂ©cits de Dudon de Saint-Quentin et de Flodoard et de quelques chartes. À l’est la limite de l’Epte paraĂźt assurĂ©e. À l’ouest, la Normandie devait atteindre le pays d'Auge. Au sud, Bauduin doute de l’incorporation de l’Évrecin. Le territoire confiĂ© Ă  Rollon devait donc ĂȘtre rĂ©duit. Pierre Bauduin, La PremiĂšre Normandie, Xe ‑ XIe siĂšcle, Caen, Presses Universitaires de Caen, 2004, p.135-141.
  3. ↑ La premiĂšre Normandie devait correspondre Ă  peu prĂšs Ă  la Haute-Normandie actuelle ; c’est donc la Normandie la plus ancienne, par opposition aux territoires rattachĂ©s au duchĂ© par la suite, qui formeront la Basse-Normandie.
  4. ↑ Lucien Musset, « ConsidĂ©rations sur la genĂšse et le tracĂ© des frontiĂšres de la Normandie Â» in Media in France..., p.309-18. Dans la mĂȘme idĂ©e, Pierre Bauduin rejette l’idĂ©e d'une construction rapide fixĂ©e dans des limites sĂ»res dĂšs le premier tiers du Xe siĂšcle. Pierre Bauduin, La PremiĂšre Normandie, Xe ‑ XIe siĂšcle, Caen, Presses Universitaires de Caen, 2004.
  5. ↑ Lucien Musset, « Essai sur le peuplement de la Normandie (VIe-XIIe siĂšcles Â», les Mondes Normands (VIIIe ‑ XII siĂšclee), Actes du IIe congrĂšs international d’archĂ©ologie mĂ©diĂ©vale (Caen, 1987), Caen, SociĂ©tĂ© d’archĂ©ologie mĂ©diĂ©vale, 1989, p.97-102. Les historiens Mathieu Arnoux et Christophe Maneuvrier jugent l’estimation de Musset sous-Ă©valuĂ©e. Mathieu Arnoux et Christophe Maneuvrier, Le pays normand. Paysages et peuplement (IXe- XIIIe siĂšcles), article sur la revue en ligne Tabularia
  6. ↑ François Neveux, La Normandie des ducs aux rois, Rennes, Ouest France, 2002, p.206-212 et p.229-234.
  7. ↑ François Neveux, La Normandie des ducs aux rois, Rennes, Ouest France, 2002, p.245-270.
  8. ↑ Maylis BaylĂ©, « L’architecture romane en Normandie Â», L’Architecture normande au Moyen Âge, Actes du colloque de Cerisy-la-Salle (28 septembre-2 octobre 1994), Presses Universitaires de Caen, Charles Corlet, Caen-CondĂ©-sur-Noireau, 1997, p.13-35.
  9. ↑ Michel de BoĂŒard, « l’État normand : croissance et apogĂ©e Â», in Michel de BouĂ€rd (dir.), Histoire de la Normandie, Privat, Toulouse, 1970, p.145-147.
  10. ↑ D. Crouch, « Normans and Anglo Normans : a divided Aristocracy ? Â», England and Normandy in the Middle Ages, p.51-67.
  11. ↑ La question de l’importance respective de l’hĂ©ritage franc et scandinave a traversĂ© nombre d’études historiques depuis la fin du XIXe siĂšcle. ContinuitĂ© ou discontinuitĂ© entre la Neustrie franque et la Normandie ducale ? Le dĂ©bat, encore ouvert aujourd’hui, est rĂ©sumĂ© par Pierre Bauduin dans La PremiĂšre Normandie, Xe ‑ XIe siĂšcle, Caen, Presses Universitaires de Caen, 2004, p.25-28.
  12. ↑ Mathieu Arnoux et Christophe Maneuvrier, Le pays normand. Paysages et peuplement (IXe- XIIIe siùcles), article sur la revue en ligne Tabularia
  13. ↑ « Nulle part la colonisation nordique n’a Ă©tĂ© un phĂ©nomĂšne de masse. Certes, il n’est pas exclu, vu la densitĂ© de microtoponymes nordiques qu’à un moment donnĂ© la population de petits territoires, comme la Hague ait Ă©tĂ© en majoritĂ© formĂ©e d’immigrĂ©s. Mais ce ne fut qu’une situation exceptionnelle Â». Lucien Musset, « Naissance de la Normandie Â», in Michel de BouĂ€rd (dir.), Histoire de la Normandie, Privat, Toulouse, 1970, p.103.
  14. ↑ F. Neveux, La Normandie des ducs aux rois, Ouest France, 2002, p.202.
  15. ↑ CitĂ© par Dominique BarthĂ©lemy, dans L’ordre seigneurial XIe-XIIe siĂšcle, Nouvelle histoire de la France mĂ©diĂ©vale, Le Seuil, Paris, p.48.
  16. ↑ Pierre Bauduin, La PremiĂšre Normandie, Xe ‑ XIe siĂšcle, Caen, Presses Universitaires de Caen, 2004 et GĂ©rard Louise, « La seigneurie de BellĂȘme Xe-XIIe siĂšcle Â», Le Pays bas-normand, 1990-1991, 2 vol.
  17. ↑ Dominique BarthĂ©lemy, L’Ordre seigneurial XIe-XIIe siĂšcle, Nouvelle histoire de la France mĂ©diĂ©vale, Le Seuil, Paris, p.13.
  18. ↑ François Neveux, La Normandie des ducs aux rois, p.563-568.
  19. ↑ Michel de BouĂ€rd (dir.), Histoire de la Normandie, Privat, Toulouse, 1970, p. 258.
  20. ↑ Karl-Ferdinand Werner, « Quelques observations au sujets des dĂ©buts du duchĂ© de Normandie. Droit privĂ© et institutions rĂ©gionales Â», in Études historiques offertes Ă  Jean Yver, PUF, Paris, 1976, p.691-709.

Voir aussi

Bibliographie

  • David Bates, Normandy before 1066, Longman, Londres-New York, 1982 (ISBN 0-582-48492-8)
  • Pierre Bauduin, La PremiĂšre Normandie, Xe ‑ XIe siĂšcle, Caen, Presses Universitaires de Caen, 2004 (ISBN 2841331458)
  • Michel de BoĂŒard, « l’État normand : croissance et apogĂ©e Â» et « la Normandie ducale : Ă©conomies et civilisations Â», in Michel de BouĂ€rd (dir.), Histoire de la Normandie, Privat, Toulouse, 1970, p.131-193 (ISBN 2-7089-1707-2)
  • Pierre Bouet et VĂ©ronique Gazeau, La Normandie et l’Angleterre au Moyen Âge, Caen, CRAHM, 2003 (ISBN 2902685149)
  • Anne-Marie Flambard HĂ©richer et VĂ©ronique Gazeau, 1204, La Normandie entre PlantagenĂȘts et CapĂ©tiens, Caen, CRAHM, 2007 (ISBN 9782902685356)
  • Lucien Musset, « Naissance de la Normandie Â», in Michel de BouĂ€rd (dir.), Histoire de la Normandie, Privat, Toulouse, 1970, p.75-129 (ISBN 2-7089-1707-2)
  • François Neveux, La Normandie des ducs aux rois, Rennes, Ouest France, 1998 (ISBN 2737309859)

Sources

  • Marie Fauroux, « Recueil des actes des ducs de Normandie (911-1066) Â», MĂ©moires de la SociĂ©tĂ© des Antiquaires de Normandie, tome XXXVI, 1961
  • Guillaume de JumiĂšges, Gesta Normannorum Ducum, J. Marx (Ă©d.), SociĂ©tĂ© de l’histoire de la Normandie, Rouen-Paris, 1914 (une Ă©dition plus ancienne sur Gallica)
  • Orderic Vital, The Ecclesiastical History of Orderic Vitalis, M. Chibnall (Ă©d.), Clarendon Press, Oxford, 1969-1980, 6 volumes. (une Ă©dition plus ancienne sur gallica)
  • H. W. C. Davis, Regesta regnum anglo-normannorum, 1066-1154, Clarendon Press, Oxford, 1913

Articles connexes

Liens externes

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