Adalberon de Reims

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Adalberon de Reims

Adalbéron de Reims

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Denier d'Adalbéron de Reims, archevêque de Reims, fin du Xe s.

Adalb√©ron de Reims, n√© vers 925 et d√©c√©d√© √† Reims le 23 janvier 989, est le trente-neuvi√®me archev√™que de Reims de 969 √† 989. Homme de lettres et de sciences, Adalb√©ron est nomm√© archev√™que de Reims par le roi Lothaire pour y imposer une s√©rie de r√©formes religieuses dans cette province eccl√©siastique. Il commence par appeler √† la t√™te de son √©cole √©piscopale, l'un des plus grands savants de son temps, Gerbert d'Aurillac.

Natif d'une famille lotharingienne, Adalb√©ron r√™ve toute sa vie au retour d'un vaste empire en Occident qui serait dirig√© par les Ottoniens. Apr√®s les attaques r√©p√©t√©es du roi Lothaire contre Otton II pour r√©cup√©rer la Lotharingie, Adalb√©ron se d√©tourne du roi des Francs et se rapproche de l'empereur germanique. Accus√© de trahison par Lothaire puis par son fils Louis V, il est convoqu√© √† Compi√®gne pour y √™tre jug√© (986-987). Sauv√© par les morts successives des deux souverains, le pr√©lat re√ßoit le soutien du duc des Francs Hugues Capet qu'il sacre roi probablement √† Noyon en juillet 987. Pensant √† tort qu'Hugues Capet deviendrait un serviteur de l'Empire, Adalb√©ron est ainsi le principal artisan de l'accession au tr√īne de la famille cap√©tienne. √Ä sa mort en 989, dans un contexte de crise (prise de Laon par Charles de Lorraine), le si√®ge r√©mois √©choit √† Arnoul, un fils ill√©gitime de Lothaire, plut√īt qu'√† Gerbert d'Aurillac, le futur pape Sylvestre II.

Sommaire

Biographie

La politique d’Adalbéron à Reims

Une famille puissante

Possessions de la maison d'Ardennes entre la Francie et l'Empire aux IXe-Xe siècles.

Adalb√©ron appartient √† l'illustre famille lorraine des Wig√©ricides, issue de Wig√©ric. Il est le fils de Gothelon, comte ardennais de Bidgau et Methingau puis abb√© la√Įc de Gorze, et d'Oda de Metz. L'abbaye de Gorze est un des hauts lieux de la r√©forme monastique qui se d√©roule √† cette √©poque en Lotharingie. La famille d'Adalb√©ron est une ancienne famille franco-saxonne qui sait, selon ses int√©r√™ts, se tourner soit vers la Francie soit vers l'Empire. Par ses parents il descend √† la fois des Carolingiens et des Saxons/Ottoniens. Cun√©gonde, la grand-m√®re paternelle d'Adalb√©ron, √©tait la petite-fille du roi Louis II le B√®gue. Quant √† sa grand-m√®re maternelle, Oda de Saxe, elle √©tait la fille de Otton de Saxe le fondateur de la famille ottonienne[1].

Au Xe si√®cle, la Maison d'Ardennes est puissante et bien √©tablie autour de la Meuse avec notamment :

  • F√©rri comte de Bar, oncle d'Adalb√©ron de Reims et mari de B√©atrice la sŇďur d'Hugues Capet, bient√īt duc de Haute Loraine.
  • R√©gnier de Bastogne : comte de Bastogne en 965, il est le p√®re de l'√©v√™que Adalb√©ron de Laon connu aussi sous le nom d'Ascelin.
  • Henri : comte d'Ardenne.
  • Adalb√©ron de Reims (+ 989) : fils cadet, il rentre dans les ordres avant de recevoir en 969 l'archev√™ch√© de Reims. Reims est le plus puissant archev√™ch√© de Francie il a sous sa d√©pendance 10 √©v√™ch√©s : Senlis, Soissons, Beauvais, Amiens, Th√©rouanne, Tournai, Noyon, Laon, Ch√Ęlons-sur-Marne et Cambrai (qui est ville d‚Äôempire)[2].

N√© dans les Ardennes, le jeune Adalb√©ron est √©lev√© au monast√®re de Gorze, pr√®s de Metz, alors contr√īl√© par son oncle Adalb√©ron, √©v√™que de Metz. D'abord chanoine de Metz il est choisi par le roi Lothaire pour succ√©der √† Odalric sur le si√®ge archi√©piscopal de Reims en 969 : il a une quarantaine d'ann√©es[3]. √Ä cette √©poque et depuis une trentaine d'ann√©es, l'archev√™ch√© de Reims revenait √† un pr√©lat lorrain. Ainsi le clan d'Ardennes entend bien pr√©server sa supr√©matie dans cette r√©gion proche de la Lotharingie.

Adalb√©ron est un fid√®le soutien des Ottoniens pour s'opposer aux comtes de Hainaut qui luttent contre le pouvoir imp√©rial depuis le d√©but du Xe si√®cle : R√©gnier III (+ 958) lance de nombreuses r√©voltes et va m√™me jusqu'√† s'allier au roi de France Louis IV d'Outremer[4].

La réforme ecclésiastique

Articles d√©taill√©s : r√©forme clunisienne et Gerbert d'Aurillac.
Scène du Jugement dernier, chapelle Saint-Stéphane, abbaye de Gorze (XIe siècle).

Lui-m√™me grand lettr√©, √† en croire Richer de Reims, Adalb√©ron fait de sa nouvelle cit√© un foyer de vie intellectuelle et de rayonnement artistique en faisant appel en mai 972 √† un des plus grands savants de son temps : Gerbert d'Aurillac. Comme l'a montr√© Jean-Pierre Poly, l'√©col√Ętre Gerbert dirige √† Reims des √©tudes sur le droit romain[5].

¬ę Il [Adalb√©ron] avait une connaissance remarquable des sciences humaines et divines en m√™me temps qu'un grand talent d'√©locution (‚Ķ). Adalb√©ron chercha √† instruire convenablement les enfants de son √©glise dans les sciences lib√©rales. ¬Ľ

‚ÄĒ Richer de Reims, Histoires, IV-7, v. 990., [6]

Reims a une r√©putation telle √† la fin du Xe si√®cle, que le duc des Francs Hugues Capet y envoie son fils Robert vers 984 afin qu'il apprenne les rudiments du savoir de son temps. Lui-m√™me illettr√©, ne ma√ģtrisant pas le latin, Hugues souhaite que son fils devienne aussi instruit que les clercs. Adalb√©ron accueille volontiers Robert, qu'il confie √† l'√©col√Ętre Gerbert, qui s'est install√© √† l'√©cole √©piscopale de l'abbaye Saint-R√©mi[7]. Le niveau intellectuel du jeune Robert s'est d√©velopp√© dans le trivium et le quadrivium, comme le reconna√ģt le biographe du futur souverain :

¬ę Sa pieuse m√®re l'envoya aux √©coles de Reims et le confia au ma√ģtre Gerbert, pour √™tre √©lev√© par lui et instruit suffisamment dans les doctrines lib√©rales. ¬Ľ

‚ÄĒ Helgaud de Fleury, Epitoma vitae regis Roberti pii, v. 1033., [8]

Form√© chez les moines r√©guliers √† Gorze, Adalb√©ron fait preuve d'un grand int√©r√™t pour la r√©forme monastique. Il poursuit la r√©forme de l'abbaye de Saint-R√©mi et lui joint celle de Saint-Timoth√©e en obtenant de la part du pape Jean XIII un privil√®ge pour l'ensemble. Quelques temps plus tard, il envoie un moine de Saint-R√©mi restaurer le monast√®re de Saint-Thierry √† quelques kilom√®tres au nord de Reims. En 971, Adalb√©ron fonde l'abbaye fortifi√©e de Mouzon o√Ļ il installe les reliques de saint Arnoul. L'ann√©e suivante, il r√©unit un synode afin de faire relire les canons relatifs √† la discipline pastorale et √† la liturgie. Apr√®s leur avoir demand√© de vivre en communaut√© (alors qu'ils vivaient dans des maisons particuli√®res et s'occupaient uniquement de leurs affaires personnelles) il impose aux chanoines de sa province la r√®gle de saint Beno√ģt[9]. Soucieux de son ¬ę troupeau ¬Ľ, souligne l'Anonyme de Mouzon, Adalb√©ron imite son mod√®le Gr√©goire le Grand dans son Regula Pastoralis √† la mani√®re d'un berger montrant le chemin √† suivre √† ses fid√®les. Voulant le bien de son peuple, il expulse d√©finitivement les clercs s√©culiers dont il juge la science trop faible, la sagesse nulle et la non ma√ģtrise de soi. Durant son archi√©piscopat, la province de Reims voit une nette modification de sa liturgie[10].

L’embellissement de Notre-Dame de Reims

Article d√©taill√© : Cath√©drale de Reims.
Plan de la cathédrale Notre-Dame de Reims au temps de l'archiépiscopat d'Adalbéron (seconde moitié du Xe siècle).

Dernier point de sa politique, l'agrandissement de la cath√©drale de Reims, puisque le changement de la liturgie est aussi d'ordre architectural. Cette construction, comme les autres de cette √©poque, a pour origine la r√©organisation des communaut√©s eccl√©siastiques qui naissent tout au long du Xe si√®cle. Cette requ√™te oblige √† d√©finir une r√®gle mais surtout un lieu de vie commune. Apr√®s plus d'un si√®cle d'existence il fallait embellir Notre-Dame[11]. L'historien Richer de Reims, √©l√®ve d'Adalb√©ron nous donne une description tr√®s pr√©cise des travaux effectu√©s par l'archev√™que √† partir de 976 :

¬ę Dans les premiers temps de sa promotion, il s'occupa beaucoup des b√Ętiments de son √©glise. Il abattit enti√®rement les arcades qui, s'√©tendant depuis l'entr√©e jusqu'√† pr√®s du quart de la basilique, la coupaient jusqu'en haut, en sorte que toute l'√©glise, embellie, acquit plus d'√©tendue et une forme plus convenable. Il pla√ßa, avec les honneurs qui lui √©taient dus, le corps de saint Calixte, pape et martyr, √† l'entr√©e m√™me de l'√©glise, c'est-√†-dire dans un lieu plus apparent, et il y √©leva un autel avec un oratoire tr√®s bien dispos√© pour ceux qui y viendraient prier. Il d√©cora l'autel principal de croix d'or et l'enveloppa d'un treillis resplendissant (‚Ķ). Il √©claira cette m√™me √©glise par des fen√™tres o√Ļ √©taient repr√©sent√©es diverses histoires et la dota de cloches mugissantes √† l'√©gal du tonnerre. ¬Ľ

‚ÄĒ Richer de Reims, Histoires, v. 990., [12]

Façade de l’église Saint-Pantaléon de Cologne, de style ottonien (Xe siècle), semblable à celui de Notre-Dame de Reims à l'époque d'Adalbéron.

Ce t√©moignage sur l'am√©nagement d'un tombeau √† l'ouest de l'√©glise correspond √† ce que l'on sait de la cath√©drale carolingienne de Reims commenc√©e par Ebbon (816-817) au moment du sacre imp√©rial de Louis le Pieux et consacr√©e par Hincmar en 862 avant d'√™tre modifi√©e, notamment en ce qui concerne la crypte par Adalb√©ron. Ce qu'on appelle la crypte ici, c'est le rez-de-chauss√©e vo√Ľt√©, souvent surmont√© d'un √©tage, dot√© d'un autel[13].

¬ę Outre cela, il fit fabriquer un autel portatif d'un travail non moins soign√©. Sur cet autel, o√Ļ le pr√™tre se tient devant Dieu, se trouvaient les figures des quatre √©vang√©listes, fa√ßonn√©es en or et en argent, √©tablies dans chacun des angles. Chacune par ses ailes d√©ploy√©es masquait jusqu'au milieu les faces lat√©rales de l'autel ; elles tendaient leur visage vers l'Agneau immacul√©. Par l√† il avait voulu copier l'arche de Salomon. Il fit aussi un cand√©labre √† sept branches, lesquelles, sortant d'une seule tige, symbolisaient les sept dons de la gr√Ęce √©manant tous d'un seul Esprit. Il d√©cora par un travail non moins √©l√©gant, la ch√Ęsse o√Ļ il enferma la verge et la manne, c'est-√†-dire les reliques des saints. Pour l'honneur de l'√©glise, il suspendit aussi des couronnes dont la ciselure ne fut pas peu co√Ľteuse. ¬Ľ

‚ÄĒ Richer de Reims, Histoires, v. 990., [14]

Les travaux luxueux d'Adalb√©ron semblent g√™ner le moine Richer qui souligne le co√Ľt en or, en argent, en orf√®vrerie, en verrerie (autel portatif, couronnes, vitraux color√©s‚Ķ) pour l'am√©nagement de la maison de Dieu.

Le rêve d’un Empire ottonien en Occident

La concorde familiale

Sceau impérial de Otton Ier, 968.
Article d√©taill√© : Otton Ier du Saint-Empire.

Jusqu'√† la fin du Xe si√®cle, Reims, √©tant le plus important des si√®ges archi√©piscopaux de France, pr√©tend √† la primatie des Gaules et son titulaire a le privil√®ge de sacrer les rois et de diriger leur chancellerie. De fait, l'archev√™ch√© r√©mois est traditionnellement favorable √† la famille r√©gnante et a, depuis longtemps, un r√īle central dans la politique royale (la figure la plus marquante est certainement celle d'Hincmar de Reims, ami du roi Charles le Chauve). Mais l'√©lection d'Adalb√©ron de Reims semble marquer un tournant.

Tr√®s t√īt il se tourne vers la famille imp√©riale que son clan soutient depuis des d√©cennies[15]. Depuis l'√©vincement de Charles le Simple, qui avait souhait√© annexer la Lotharingie ¬ę berceau de sa famille ¬Ľ, les rois carolingiens puis robertiens avaient plus ou moins renonc√© √† ce projet. Cet affaiblissement du pouvoir en Francie occidentale a pour cons√©quence le renforcement du roi de Germanie qui est proclam√© au m√™me moment Empereur germanique (962). Pour avoir un repr√©sentant permanent et asseoir son autorit√©, Otton Ier fait √©lire √† Reims un archev√™que lorrain et place son fr√®re (Brunon de Cologne) comme tuteur du roi Lothaire et du duc Hugues Capet (954-965). Depuis plusieurs d√©cennies, Otton Ier et la papaut√© valident ensemble le candidat du roi √† l'archev√™ch√© de Reims. Ce dernier si√®ge a connu l'√©lection successive de deux Lorrains proches de la cour imp√©riale : d'abord Old√©ric (962) puis Adalb√©ron (969)[16]. Au cours des ann√©es 970, Adalb√©ron poursuit la politique de concorde familiale entam√©e par Brunon. Cependant, la rivalit√© grandissante entre Otton II et Lothaire place Adalb√©ron dans une situation d√©licate[17].

¬ę L‚Äôordre ottonien ¬Ľ

L'archev√™que de Reims, si√®ge frontalier tourn√© vers l'Empire, a pour dessein politique ce que les contemporains appellent ¬ę l'ordre ottonien ¬Ľ. Il souhaite renforcer la concorde familiale entre les Francs et les Saxons par le biais des alliances matrimoniales. Lothaire est le neveu d'Otton Ier puisque son p√®re le d√©funt Louis IV s'√©tait mari√© avec Gerberge de Saxe (939), sŇďur d'Otton Ier. M√™me situation pour Hugues Capet puisque Hugues le Grand avait √©pous√© Hedwige de Saxe, autre sŇďur d'Otton Ier, afin de contrecarrer les vis√©es du carolingien sur la Lotharingie. Durant sa minorit√© Lothaire est mari√© √† Emma d'Italie dont le domaine est √©troitement li√© √† la puissance ottonienne. Au terme de ces multiples alliances entre les trois principales familles d'Occident (carolingiens, robertiens et ottoniens), au Xe si√®cle, on √©voque l'indivisibilit√© du territoire et une certaine unicit√© autour de la couronne imp√©riale. Adalb√©ron et Gerbert parlent m√™me d'une renovatio de la res publica (une renaissance du pouvoir public) sous l'√©gide de l'empereur ottonien[18].

Sous la tutelle de Brunon de Cologne, la Francie devient de plus en plus un royaume satellite d'Aix-la-Chapelle. En 965, Lothaire fait p√Ęle figure au rassemblement des vassaux et parents d'Otton. √Ä Reims, Adalb√©ron et Gerbert ne forment ¬ę qu'un seul corps et qu'une seule √Ęme ¬Ľ (lettre de Gerbert). Apr√®s un bref s√©jour √† Bobbio o√Ļ Gerbert a √©t√© nomm√© abb√© par l'empereur, il revient aupr√®s de son ma√ģtre r√©mois afin de le conseiller dans les manŇďuvres politiques : ¬ę comme un soldat de r√©serve de l'arm√©e imp√©riale ¬Ľ. √Ä la fin de son r√®gne l'empereur a mis la main sur l'ensemble des √©v√™ch√©s frontaliers (Reims, Verdun, Metz). Cependant √† sa mort (973), les choses semblent √©voluer[19].

La révolte de Lothaire

Carte 1 : Le royaume de Francie au temps des derniers Carolingiens. D'apr√®s L. Theis, L'H√©ritage des Charles, Seuil, Paris, 1990, p. 168.
Articles d√©taill√©s : Otton II du Saint-Empire et Otton III du Saint-Empire.

En 969 Adalb√©ron est choisi comme archi-chancelier par Lothaire. Les conflits r√©apparaissent. Apr√®s avoir spoli√© les comtes R√©gnier de leurs possessions pour r√©bellion, Otton II confie le Hainaut √† Godefroi Ier de Verdun. En 976, Charles de Lorraine, Otton de Vermandois et les deux fils de R√©gnier III de Hainaut marchent sur Mons : Godefroi Ier est bless√©. De son c√īt√©, l'archev√™que d√©ploie son arm√©e sur Warcq √† la poursuite d'Otton de Vermandois.

Lothaire reste encore favorable au clan d'Ardennes puisqu'il accepte de nommer Adalb√©ron (le neveu d'Adalb√©ron de Reims) √† l'√©v√™ch√© de Laon (977)[20]. Mais, progressivement, le roi des Francs coupe ses racines saxonnes et se pose en v√©ritable carolingien. En 978, il lance un assaut g√©n√©ral sur Aix-la-Chapelle pour s'emparer de la Lotharingie, terre qui appartient au regnum teutonicum (royaume allemand) depuis 925. Il prend la ville, mais ne peut se maintenir. C'est un √©chec, le souverain doit se r√©fugier chez Hugues Capet qui passe alors pour le sauveur de la royaut√© carolingienne. En outre, les troupes de l'empereur germanique doivent battre en retraite √† leur tour. Il est fort probable, comme le sugg√®re Richer, que l'archev√™que de Reims procura des guides pour traverser les rivi√®res en crue (dont l'Aisne). Sans lui, la manŇďuvre, retard√©e par les lourds √©quipages de l'arri√®re-garde, aurait peut-√™tre tourn√© au d√©sastre[21].

¬ę Comme Otton poss√©dait la Belgique (la Lorraine) et que Lothaire cherchait √† s'en emparer, les deux rois tent√®rent l'un contre l'autre des machinations tr√®s perfides et des coups de force, car tous les deux pr√©tendaient que leur p√®re l'avait poss√©d√©e. ¬Ľ

‚ÄĒ Richer de Reims, Histoires, v. 990., [22]

Appuy√© par Reims, Hugues est d√©sormais le nouvel homme fort du royaume. En 979, Lothaire souhaite assurer sa succession en associant au tr√īne son fils a√ģn√©, en s'inspirant de la tradition ottonienne. La c√©r√©monie se d√©roule √† Compi√®gne en pr√©sence du roi, d'Arnoul (fils ill√©gitime du roi), d'Adalb√©ron de Reims sous la b√©n√©diction d'Hugues. L'assembl√©e acclame Louis V, selon le rite carolingien, et l'archev√™que de Reims le sacre roi des Francs. En 980, au grand dam d'Hugues Capet, Lothaire d√©cide de se r√©concilier avec Otton II : il accepte de renoncer d√©finitivement √† la Lorraine. La tension monte entre Lothaire et Hugues. Le roi des Francs marie son fils Louis √† Ad√©la√Įde d'Anjou qui lui apporte l'Auvergne et le comt√© de Toulouse[23], de quoi prendre en tenaille les territoires du robertien par le sud (982). C'est un √©chec, le couple divorce deux ans plus tard[24].

Le procès d’Adalbéron

Article d√©taill√© : Louis V de France.
Otton III en majest√©. La mort de Otton II en 983 ouvre la lutte pour la tutelle de son fils le jeune Otton III (√Čvang√©liaire d'Otton III, v. 1000, Bayerische Staatsbibliothek, Munich).

Les intrigues de Gerbert et Adalbéron

Otton III a trois ans quand son p√®re meurt (983) : deux partis luttent alors pour assurer la r√©gence, l'un emmen√© par Henri II de Bavi√®re, dit le Querelleur et Lothaire, l'autre par les imp√©ratrices Th√©ophano, sa m√®re, et Ad√©la√Įde de Bourgogne, sa grand-m√®re. Le tandem r√©mois met tout en Ňďuvre pour prot√©ger le jeune Otton. Adalb√©ron, conseille alors √† Lothaire d'assurer la tutelle de l'enfant, en vain, puisque Th√©ophano et l'archev√™que Willigis de Mayence reprennent en main les affaires de l'Empire[25]. Se rapprocher d'Hugues serait finalement faire renoncer la Lotharingie √† la Francie. Gr√Ęce √† la correspondance de Gerbert, beaucoup d'informations sur ces √©volutions politiques ont pu √™tre obtenues :

¬ę Le roi Lothaire n'est le premier en France que par son titre. Hugues l'est, non par le titre, mais par ses faits et gestes. ¬Ľ

‚ÄĒ Gerbert d'Aurillac, Correspondance, v. 985., [26]. Adalb√©ron s'efforce d'entretenir la fid√©lit√© des pr√©lats germaniques au jeune Otton III. Face √† la d√©ception d'un Lothaire irrit√©, son conseiller Gerbert sugg√®re √† l'archev√™que de masser des troupes √† M√©zi√®res et √† Mouzon (deux forteresses qui appartiennent √† la province r√©moise dans l'Empire). Gerbert, comme le souligne une de ses lettres, se r√©jouit de conduire un contingent de l'arm√©e ottonienne. N'ayant pu assurer la tutelle imp√©riale, Lothaire d√©cide de reprendre l'offensive contre Aix-la-Chapelle : en janvier 985 √† la t√™te d'une arm√©e de 10.000 hommes, le roi des Francs traverse le Rhin, prend Verdun en mars et emprisonne le comte Godefroi Ier de Verdun (fr√®re d'Adalb√©ron), Fr√©d√©ric (fils de Godefroi Ier), Sigefroi de Luxembourg (oncle de Godefroi) et Thierry de Haute-Lotharingie (neveu de Hugues Capet)[27]. L'archev√™que de Reims est oblig√© par Lothaire de tenir une garnison √† Verdun et d'√©crire aux archev√™ques de Tr√®ves, Mayence et Cologne qu'il est le fid√®le du roi carolingien. De son c√īt√©, Gerbert se charge de d√©mentir ces informations aupr√®s des eccl√©siastiques[28].

Depuis l'emprisonnement par le roi des Francs de Godefroi de Verdun, Adalb√©ron et Gerbert Ňďuvrent activement mais secr√®tement, contre la famille carolingienne, dont le dessein g√™ne l'ordre ottonien. Le duc des Francs Hugues Capet devient pour eux le candidat id√©al, d'autant qu'il soutient activement la r√©forme monastique dans ses abbayes quand les autres pr√©tendants continuent √† distribuer des charges eccl√©siales et abbatiales √† leur client√®le.

¬ę L'amiti√© de Hugues doit √™tre recherch√©e sans faiblesse. ¬Ľ

‚ÄĒ Gerbert d'Aurillac √† Adalb√©ron de Reims, Correspondance, juillet 985., [29]

Une telle conduite ne pouvait que séduire les Rémois, très proches du mouvement clunisien. Les deux hommes poussent Hugues à se rapprocher des Ottoniens et de l'aristocratie lorraine[30].

Les derniers Carolingiens le traduisent en justice

Lothaire finit par se douter que l'archevêque de Reims joue un double jeu. Lorsqu'il lui demande de détruire les fortifications de Verdun, Adalbéron refuse en prétextant que ses soldats, affamés, ne sont plus en mesure de garder la ville. Furieux, Lothaire convoque une assemblée à Compiègne le 11 mai 985, sous prétexte que l'ecclésiastique avait placé son neveu Adalbéron sur le siège de Verdun sans son consentement[31]. Alerté, le duc Hugues Capet marche sur Compiègne avec 600 hommes et l'assemblée se disperse. Il ordonne au roi de délivrer des Lorrains (captifs depuis la prise de Verdun en 985) mais Godefroi Ier de Verdun refuse d'être libéré, en échange de la cession de Mons, Verdun et du Hainaut à Lothaire.

Ce dernier qui souhaite attaquer Liège et Cambrai tombe subitement malade et décède à Laon en mars 986. Il est inhumé à Saint-Rémi de Reims et les funérailles sont organisées par Adalbéron. Dès lors, la reine mère Emma d'Italie tente de gagner à sa cause l'archevêque afin de réaliser une nouvelle alliance carolingienne-ottonienne mais la détermination opposée de Louis V met fin à ce rapprochement[32].

Le fils de Lothaire, Louis V reprend l'affaire mais, pour lui, il n'est pas question de faire la paix avec Adalb√©ron qu'il traite d'√™tre ¬ę l'homme le plus sc√©l√©rat que la terre porte ¬Ľ (Richer). Il lui reproche d'avoir favoris√© la retraite des arm√©es ottoniennes lors de la campagne militaire de 978. Louis V lance alors une exp√©dition militaire contre Adalb√©ron afin qu'il se soumette une bonne fois pour toute. Pour sauver sa cit√©, l'archev√™que doit livrer des otages, d√©truire les ch√Ęteaux qu'il poss√®de dans son dioc√®se et enfin promettre de venir se justifier √† Compi√®gne en mars 987. Une nouvelle assembl√©e est finalement organis√©e √† Compi√®gne le 18 mai 987 pour entendre les explications de l'archev√™que au sujet de ses trahisons[33].

Sont présents les suffragants de l'archevêque, les officiers du palais et l'entourage immédiat de Louis V. Cependant, ce dernier décède accidentellement d'une chute de cheval en forêt de Senlis lors d'une partie de chasse (21 ou 22 mai 987). Le temps presse, Hugues Capet écarte alors l'accusation qui pèse sur Adalbéron, et Louis V, qui avait souhaité son inhumation à l'abbaye Saint-Rémi de Reims, est enterré sur place à Saint-Corneille de Compiègne.

Le prélat fait part de l'intérêt qu'il porte au royaume de Francie. Une dernière assemblée est organisée à Senlis (dans le palais de Hugues Capet) le 29 mai afin qu'Adalbéron ait le temps de regagner Reims pour reprendre son siège épiscopal. Charles de Lorraine se précipite auprès de lui pour lui faire valoir ses droits à la succession mais l'archevêque l'éconduit et rejoint Senlis[34].

Hugues Capet roi des Francs

Article d√©taill√© : Hugues Capet.

L’éviction de Charles de Lorraine

En mai 987, les chroniqueurs, notamment Richer de Reims et Gerbert d'Aurillac, √©crivent qu'√† Senlis, ¬ę s'√©teignit la race des Charles ¬Ľ. Or, m√™me si Louis V est mort sans enfant, il reste un Carolingien susceptible de monter sur le tr√īne. Il s'agit de Charles de Lorraine, fils de Louis IV et fr√®re de Lothaire. Cela n‚Äôa rien d'extraordinaire : ce n'est pas la premi√®re fois qu'un Carolingien est en concurrence avec un Robertien[35]. En fait, du temps du p√®re d'Hugues Capet, on ne concevait pas de rompre avec les Carolingiens tant qu‚Äôil en existerait, et Louis IV √©tait per√ßu comme jeune et pur[36]. En 987, les temps ont chang√©. Depuis une dizaine d'ann√©es, Hugues Capet concurrence ouvertement le roi, il semble avoir soumis les grands vassaux, mais, surtout, son adversaire Charles de Lorraine est accus√© de tous les maux : il a voulu usurper la couronne (978), il est l'alli√© d'Otton II puis il a accus√© d'adult√®re la reine Emma d'Italie, femme de son fr√®re[37]. Adalb√©ron de Reims convoque les plus hauts seigneurs de la Francie √† Senlis et leur dit :

¬ę Nous n'ignorons pas que Charles [de Lorraine] a des partisans : ils soutiennent qu'il a des droits √† la couronne, transmis par ses parents. Mais on ne doit porter sur le tr√īne qu'un homme exceptionnel par la noblesse du sang et la vertu de l'√Ęme. Or, Charles n'ob√©it pas √† l'honneur, il a perdu la t√™te au point de s'√™tre remis au service d'un roi √©tranger Otton II et d'avoir pris femme dans une classe inf√©rieure de la noblesse. ¬Ľ

‚ÄĒ Richer de Reims, Histoire, IV, v. 990., [38]

Adalb√©ron de Reims se d√©marque de l'opinion de son temps en refusant la r√®gle de l'h√©r√©dit√© royale. Ceci va √† l'encontre de l'interdiction pontificale qui affirme ¬ę d'oser jamais √©lire √† l'avenir un roi d'autres reins ¬Ľ que ceux des Carolingiens. L'archev√™que sait aussi que par deux fois, les papes du Xe si√®cle ont soutenu le carolingien Louis IV contre Hugues le Grand. La th√®se d'Adalb√©ron est la suivante : ¬ę Des empereurs de race illustre furent d√©pos√©s √† cause de leur absence de vertu (virtus), ils eurent des successeurs tant√īt √©gaux, tant√īt inf√©rieurs par leurs origines ¬Ľ (allusion √† Charles le Gros (887) et √† Charles le Simple (922)). En bref, si le pr√©tendant est un Carolingien, mais manque de virtus le tr√īne doit revenir √† quelqu'un de plus illustre[39]. Adalb√©ron plaide une derni√®re fois en faveur d'Hugues :

¬ę Le tr√īne ne s'acquiert point par droit h√©r√©ditaire, et l'on ne doit mettre √† la t√™te du royaume que celui qui se distingue par ses qualit√©s. Donnez-vous donc pour chef le duc Hugues, recommandable par ses actions, par sa noblesse et par ses troupes, en qui vous trouverez un d√©fenseur, non seulement de l'int√©r√™t public mais aussi des int√©r√™ts priv√©s. ¬Ľ

‚ÄĒ Richer de Reims, Histoire, IV, v. 990., [40]

Hugues consolide sa dynastie

Couronnement de Charlemagne à Rome (Grandes Chroniques de France, XVe siècle).

Aujourd'hui on ne sait toujours pas, avec certitude, o√Ļ et quand Hugues Capet a √©t√© couronn√© et sacr√© par Adalb√©ron de Reims. Richer √©crit qu'Hugues est couronn√© et sacr√© le 1er juin mais Yves Sassier n'imagine pas qu'on puisse √† l'√©poque sacrer le nouveau souverain dix jours seulement apr√®s la mort du Carolingien. Il semble plut√īt qu'Hugues ait √©t√© acclam√© roi par l'assembl√©e de Senlis (peut-√™tre le 3 juin) puis couronn√© et sacr√© roi le 3 juillet √† Noyon[41].

¬ę Le duc fut port√© au tr√īne et reconnu roi par les Gaulois, les Bretons, les Normands, les Aquitains, les Goths, les Espagnols (du comt√© de Barcelone) et les Gascons. ¬Ľ

‚ÄĒ Richer de Reims, Histoire, IV, v. 990., [40]

Mais les sources font √©galement mention d'une c√©r√©monie √† Reims, d'o√Ļ l'id√©e √©mise de deux c√©r√©monies : une √† Noyon (la√Įque) et l'autre √† Reims (religieuse). Il semblerait que le choix de Noyon fasse r√©f√©rence au couronnement de Charlemagne en 768 afin de l√©gitimer le nouveau roi aux yeux des partisans des carolingiens. Quant √† la seconde c√©r√©monie, √† Reims, il s'agirait d'une marque de reconnaissance envers Adalb√©ron puisque la tradition du sacre √† Reims n'est pas encore √©tablie. On ne sait rien du d√©roulement du sacre et du couronnement d'Hugues ; en revanche il est √† peu pr√®s certain qu'il portait un manteau de pourpre tiss√© d'or (et peut-√™tre brod√© de sujets pieux), des bas rouges, des chaussures violettes, une couronne √† arche orn√©e de quatre fleurons et un sceptre[42].

Devenu roi, Hugues souhaite ancrer le destin des Cap√©tiens afin que sa famille ne perde plus la couronne, comme ce fut le cas en 898 avec Eudes et en 923 avec Robert Ier. C'est ainsi, qu'il propose √† Adalb√©ron l'association de Robert au tr√īne. L'archev√™que de Reims est hostile √† cette proposition et selon Richer, il aurait r√©pondu au roi, ¬ę on n'a pas le droit de cr√©er deux rois la m√™me ann√©e ¬Ľ. On pense que Gerbert d'Aurillac (qui est lui-m√™me proche de Borell II qui fut un temps son protecteur), serait alors venu au secours d'Hugues pour convaincre le pr√©lat d'√©voquer l'appel du comte Borell II, comte de Barcelone, demandant l'aide du nouveau roi pour lutter contre Al-Mansur. Si Hugues venait √† mourir, qui lui succ√©derait ? Sous la contrainte, Adalb√©ron c√®de[43]. Le jeune prince de 15 ans est acclam√©, couronn√© puis sacr√© par l'archev√™que de Reims le 25 d√©cembre 987 dans la cath√©drale Sainte-Croix d'Orl√©ans[44].

Les dernières années (988-989)

Article d√©taill√© : Charles de Basse-Lotharingie.
¬ę La Citadelle assi√©g√©e ¬Ľ, Commentaire d'Ez√©chiel (Manuscrit carolingien, IXesi√®cle, Biblioth√®que Nationale de France, Paris.)

Charles de Lorraine contacte Adalbéron et Gerbert

Une fois √©lu, Hugues Capet rend la cit√© de Verdun √† la maison d'Ardennes, dont le chef Godefroi vient d'√™tre lib√©r√© (√©t√© 987). Le nouveau monarque esp√®re ainsi renforcer son alliance avec Adalb√©ron et montrer √† Otton III que la Lotharingie ne l'int√©resse pas. Mais le Cap√©tien doit aussi faire face √† de nombreux opposants, en particulier Charles de Lorraine (le fr√®re du roi d√©funt Lothaire). Ce dernier r√©appara√ģt en 988 lorsqu'il s'empare de la ville de Laon, un des derniers bastions carolingiens[45]. Le duc de Lorraine sait qu'il ne peut s'emparer du pouvoir sans l'aval de Reims. Il se d√©cide √† contacter Gerbert puis son ma√ģtre Adalb√©ron. Gerbert r√©pond √† sa missive :

¬ę Si mon service peut √™tre profitable √† Votre Excellence, je m'en r√©jouirais. Et si je ne suis pas venu √† vous selon vos ordres c'est √† cause du climat de terreur entretenu par vos soldats et r√©pandu dans toute la contr√©e. ¬Ľ

‚ÄĒ Gerbert d'Aurillac √† Charles de Lorraine, Correspondance, juin 988., [46]

Gerbert n'est pas indiff√©rent aux appels de Charles. Ancien partisan de la mutatio regni, il est soudain pris d'√©tat d'√Ęme. Cette volte-face est-elle due √† l'association de Robert le Pieux √† son p√®re mettant √† n√©ant le projet ottonien ? Gerbert dira par la suite : ¬ę Le fr√®re du divin Auguste Lothaire, h√©ritier du tr√īne, en a √©t√© chass√© ; ses rivaux [Hugues Capet et Robert le Pieux] ont √©t√© faits inter-rois, comme c'est l'opinion de beaucoup. De quel droit l'h√©ritier l√©gitime a-t-il √©t√© ex-h√©r√©d√© ? ¬Ľ. Les contemporains sont d√©cid√©ment incapables d'abandonner un principe h√©r√©ditaire enracin√© dans la tradition franque[47].

Adalb√©ron, lui, est convoqu√© au synode des √©v√™ques r√©unit par Hugues Capet et Robert le Pieux pour savoir de quelle mani√®re ils vont d√©loger le duc Charles de Lorraine. On y d√©cide coll√©gialement d'assi√©ger la cit√© laonnoise : √† la fin du mois de juin 988, Hugues marche vers la ville √† la t√™te de 6 000 guerriers. D'apr√®s les sources, l'archev√™que de Reims serait pr√©sent au second si√®ge : c'est un v√©ritable √©chec (automne-hiver 988). Recevant √† son tour une lettre de l'usurpateur, le pr√©lat lui r√©pond :

¬ę Comment pouvez-vous me demander conseil, √† moi que vous consid√©riez comme un de vos pires ennemis ? Comment pouvez-vous donner le nom de ¬ę p√®re ¬Ľ √† celui auquel vous vouliez √īter la vie ? (‚Ķ) Qui √©tais-je en effet pour imposer √† moi seul un roi des Francs ? Ce sont l√† des affaires d'ordre public et non d'ordre priv√©. (‚Ķ) Je ne puis oublier, le bienfait que vous m'avez rendu lorsque vous m'avez soustrait de l'ennemi [probablement lors du si√®ge de Louis V √† Reims] (‚Ķ). Je pourrais vous dire davantage et vous montrer que vos partisans sont des imposteurs et cherchent √† r√©aliser leurs ambitions √† travers vous. ¬Ľ

‚ÄĒ Adalb√©ron de Reims √† Charles de Lorraine, Correspondance, ao√Ľt 988., [48]

Comme Gerbert, Adalbéron ne se montre pas vraiment opposé à une négociation avec Charles. À la fin de sa missive, il dit que leurs relations futures dépendront du sort de son neveu Adalbéron de Verdun, prisonnier de Eudes de Blois et de Herbert de Vermandois, alliés du duc Charles[49].

La mort d’Adalbéron

Pr√©occup√© par ces √©checs, Hugues contacte plusieurs souverains afin d'obtenir leur aide. Nous avons connaissance d'une lettre r√©dig√©e en juillet 988, sous la plume de Gerbert, dans laquelle le premier Cap√©tien ne se contente pas d'informer l'imp√©ratrice Th√©ophano (r√©gente de son fils Otton III) des actions de Charles de Lorraine. En effet, il lui propose une rencontre. Or, √©tant √† Meersburg (pr√®s du lac de Constance) au cours du mois d'ao√Ľt, il semble que Th√©ophano ne se soit pas d√©plac√©e[50]. Afin d'√©pauler Hugues Capet, Adalb√©ron essaie de convaincre ses coll√®gues d'aider le roi des Francs √† lutter contre l'usurpation du duc de Lorraine. Ainsi il conjure Adalb√©ron de Metz de donner suite :

¬ę (‚Ķ) √† ce que contient la lettre royale que je vous ai envoy√©e, √† la fois √† cause de votre amiti√© √† notre √©gard et parce que la paix de l'√Čglise de Dieu a tout √† gagner de la paix des princes (‚Ķ) Si nous sommes priv√©s de votre pr√©sence, nous risquons d'√™tre tenu pour infid√®le et suspect. ¬Ľ

‚ÄĒ Adalb√©ron de Reims √† Adalb√©ron de Metz, Correspondance, d√©cembre 988., [51]

Enferm√© dans sa cit√© √©piscopale, sans nouvelle de l'action de Hugues et de Robert √† Laon, Adalb√©ron est affaibli physiquement. Son arm√©e est incapable d'emp√™cher les bandes ennemies de ravager les environs de Reims. Il tombe gravement malade au cours du mois de janvier de l'an 989. Se sentant mourir, l'archev√™que envoie des messagers aupr√®s du roi pour le prier de se h√Ęter vers Reims. Selon Richer, le pr√©lat craint que le Lorrain ne s'empare d'autres places que celle de Laon. Avertis, Hugues et Robert se mettent aussit√īt en route mais lorsqu'ils arrivent √† Reims le 23 janvier, Adalb√©ron vient d'expirer.

Pour les Cap√©tiens, sa mort est un √©v√©nement grave puisque l'eccl√©siastique avait bien servi leur cause et il cimentait la coh√©sion des √©v√™ques de Francie. Selon Richer toujours, le souverain aurait dit √† l'aristocratie r√©moise de choisir l'archev√™que qu'elle souhaitait, avant de pencher pour Arnoul, un b√Ętard de Lothaire[52]. Les fun√©railles se d√©roulent dans la cath√©drale de Reims et sont pr√©sid√©es par Hugues Capet. Gerbert d'Aurillac est effondr√© :

¬ę Mon p√®re Adalb√©ron, de sainte m√©moire, avait dans les affaires d√©pendant de l'√©ternit√©, un tel √©quilibre et une telle force qu'apr√®s sa dissolution dans le principe des choses, le monde a-t-on pens√©, est tomb√© dans le chaos initial. ¬Ľ

‚ÄĒ Gerbert d'Aurillac √† R√©mi de Mettlach, Correspondance, janvier 989., [53]

Finalement, pour des raisons obscures (peut-√™tre pour d√©samorcer la crise carolingienne), le roi √©lit comme nouvel archev√™que Arnoul, le fils ill√©gitime du roi Lothaire plut√īt que Gerbert d'Aurillac.

Annexes

Bibliographie

Sources

  • Anonyme de Mouzon, Liber fundationis, √©dition et traduction R. Wattenbach, ?
  • Gerbert d'Aurillac, Correspondance, √©dition Julien Havet, Picard, Paris, 1889.
  • Richer de Reims, Histoires, √©dition Robert Latouche, Belles-Lettres, Paris, 1937.

Ouvrages

  • Ouvrage utilis√© pour la r√©daction de l'article Robert Delort (dir.), La France de l'an Mil, Seuil, Paris, 1990. (ISBN 978-2020115247)
  • Dominique Iogna-Prat (dir.), Religion et culture autour de l'an Mil, Picard, Paris, 1990. (ISBN 978-2708403925)
  • Ouvrage utilis√© pour la r√©daction de l'article Fran√ßois Menant (et alii), Les Cap√©tiens. Histoire et dictionnaire. 987-1328, Robert Laffont, Paris, 1999. (ISBN 978-2221056875)
  • Ouvrage utilis√© pour la r√©daction de l'article Michel Parisse (dir.), Le roi de France et son royaume autour de l'an mil, Picard, Paris, 1992. (ISBN 978-2708404205)
  • Ouvrage utilis√© pour la r√©daction de l'article Pierre Rich√©, Gerbert d'Aurillac. Le pape de l'an Mil, Fayard, Paris, 1987. (ISBN 978-2213019581)
  • Richer de Reims, Le Coup d'√Čtat cap√©tien, 888-997, Pal√©o √Čditions, Paris, 2002. (ISBN 978-2913944664)
  • Ouvrage utilis√© pour la r√©daction de l'article Yves Sassier, Hugues Capet, Fayard, Paris, 1987. (ISBN 978-2213019192)
  • Ouvrage utilis√© pour la r√©daction de l'article Yves Sassier, Royaut√© et id√©ologie au Moyen √āge, Colin, Paris, 2000. (ISBN 978-2200016562)
  • Laurent Theis, L'av√®nement d'Hugues Capet, 3 juillet 987, Gallimard, Paris, 1984. (ISBN 978-2070700530)
  • Ouvrage utilis√© pour la r√©daction de l'article Laurent Theis, L'H√©ritage des Charles, De la mort de Charlemagne aux environs de l'an mil, Seuil, Paris, 1990. (ISBN 978-2020115537)
  • Ouvrage utilis√© pour la r√©daction de l'article Laurent Theis, Robert le Pieux. Le roi de l'an Mil, Perrin, Paris, 1999. (ISBN 978-2262013752)

Articles

  • Xavier Barral i Altet, ¬ę Le paysage architectural de l'an Mil ¬Ľ, La France de l'an Mil, Seuil, Paris, 1990 (a), p. 169-183.
  • Xavier Barral i Altet, ¬ę Reliques, tr√©sors d'√©glises et cr√©ation artistique ¬Ľ, La France de l'an Mil, Seuil, Paris, 1990 (b), p. 184-213.
  • Robert-Henri Bautier, ¬ę L'av√®nement d'Hugues Capet ¬Ľ, Le roi de France et son royaume autour de l'an mil, Picard, Paris, 1992, p. 27-37.
  • Michel Bur, ¬ę Adalb√©ron, archev√™que de Reims, reconsid√©r√© ¬Ľ, Le roi de France et son royaume autour de l'an mil, Picard, Paris, 1992, p. 55-63.
  • Michel Bur, ¬ę √Ä propos de la Chronique de Mouzon. Architecture et liturgie √† Reims au temps d'Adalb√©ron (vers 976) ¬Ľ, Cahiers de civilisation m√©di√©vale, 27, 1984, p. 297-302.
  • Robert Delort, ¬ę France, Occident, monde √† la charni√®re de l'an Mil ¬Ľ, La France de l'an Mil, Seuil, Paris, 1990, p. 7-26.
  • Joachim Ehlers, ¬ę Carolingiens, Robertiens, Ottoniens : politique familiale ou relations franco-allemandes ¬Ľ, Le roi de France et son royaume en l'an Mil, Picard, Paris, 1992, p. 39-45.
  • Olivier Guyotjeannin, ¬ę Les √©v√™ques dans l'entourage royal sous les premiers Cap√©tiens ¬Ľ, Le roi de France et son royaume autour de l'an mil, Picard, Paris, 1992, p. 91-98.
  • Michel Parisse, ¬ę Qu'est-ce que la France de l'an Mil? ¬Ľ, La France de l'an Mil, Seuil, Paris, 1990, p. 29-48.

Liens internes

Notes et références

  1. ‚ÜĎ P. Rich√©, Les Carolingiens : une famille qui fit l'Europe, Hachette, Paris, 1997, p. 301-302 et 423.
  2. ‚ÜĎ Pierre Rich√©, Gerbert d'Aurillac, le pape de l'an mil, Fayard Paris 1987, p. 36.
  3. ‚ÜĎ F. Menant (et alii), Les Cap√©tiens. Histoire et dictionnaire (987-1328), Robert Laffont, Paris, 1999, p. 660.
  4. ‚ÜĎ M. Bur, ¬ę Adalb√©ron, archev√™que de Reims, reconsid√©r√© ¬Ľ, Le roi de France et son royaume autour de l'an mil, Picard, Paris, 1992, p. 57.
  5. ‚ÜĎ Y. Sassier, Royaut√© et id√©ologie au Moyen √āge, Colin, Paris, 2000, p. 198-199.
  6. ‚ÜĎ P. Rich√©, Gerbert d'Aurillac. La pape de l'an mil, Fayard, Paris, 1987, p. 39.
  7. ‚ÜĎ L. Theis, Robert le Pieux. Le roi de l'an Mil, Perrin, Paris, 1999, p. 25. P. Rich√© (1987), p. 37-38.
  8. ‚ÜĎ H. de Fleury, Vie du roi Robert, 1824, √©d. par F. Guizot, p. 366.Corpus Etampois.
  9. ‚ÜĎ . ¬ę Il ajouta √† leur monast√®re un clo√ģtre o√Ļ ils devaient demeurer et habiter ensemble pendant la journ√©e, un dortoir pour reposer la nuit en silence, un r√©fectoire enfin pour se restaurer (‚Ķ). ¬Ľ (Richer de Reims, Histoires, III, 24). P. Rich√© (1987), p. 36-37. X. Barral i Altet, ¬ę Le paysage architectural de l'an Mil ¬Ľ, La France de l'an Mil, Seuil, Paris, 1990 (a), p. 178. M. Bur p. 58 et 62.
  10. ‚ÜĎ M. Bur (1992), p. 62.
  11. ‚ÜĎ X. Barral i Altet (1990 a), p. 178-179.
  12. ‚ÜĎ X. Barral i Altet (1990 a), p. 182.
  13. ‚ÜĎ X. Barral i Altet, ¬ę Reliques, tr√©sors d'√©glises et cr√©ation artistique ¬Ľ, La France de l'an Mil, Seuil, Paris, 1990 (b), p. 190.
  14. ‚ÜĎ X. Barral i Altet (1990 b), p. 206.
  15. ‚ÜĎ F. Menant (1999), p. 21-22.
  16. ‚ÜĎ Jusqu'en 978, le roi des Francs, Lothaire, ne s'inqui√®te pas de l'ing√©rence ottonienne sur son territoire puisque la puissance germanique permet d'imposer le calme dans le royaume. L'intervention forte d'Otton Ier dans les nominations ne l'irrite donc pas et il y r√©pond positivement. Y. Sassier, Hugues Capet, Fayard, Paris, 1987, p. 152-153. Y. Sassier (2000), p. 191.
  17. ‚ÜĎ F. Menant (1999), p. 660. M. Bur (1992), p. 62.
  18. ‚ÜĎ M. Parisse, ¬ę Qu'est-ce que la France de l'an Mil ? ¬Ľ, La France de l'an Mil, Seuil, Paris, 1990, p. 38. M. Bur (1992), p. 57. Y. Sassier (2000), p. 198.
  19. ‚ÜĎ L. Theis, L'h√©ritage des Charles. De la mort de Charlemagne aux environs de l'an mil, Seuil, Paris, 1990, p. 178-179. M. Bur (1992), p. 56.
  20. ‚ÜĎ Y. Sassier (1987), p. 161-162.
  21. ‚ÜĎ M. Bur (1992), p. 57. L. Theis (1990), p. 186. Y. Sassier (1987), p. 164.
  22. ‚ÜĎ L. Theis (1990), p. 184.
  23. ‚ÜĎ L. Theis (1990), p. 187-188.
  24. ‚ÜĎ L. Theis (1990), p. 187-190.
  25. ‚ÜĎ F. Menant (1999), p. 22. P. Rich√© (1997), p. 303.
  26. ‚ÜĎ R.-H. Bautier, ¬ę L'av√®nement d'Hugues Capet ¬Ľ, Le roi de France et son royaume autour de l'an Mil, Picard, Paris, 1992, p. 28.
  27. ‚ÜĎ Y. Sassier (1987), p. 180.
  28. ‚ÜĎ M. Bur (1992), p. 56. P. Rich√© (1987), p. 89-91.
  29. ‚ÜĎ Y. Sassier (1987), p. 181.
  30. ‚ÜĎ P. Rich√© (1997), p. 304.
  31. ‚ÜĎ P. Rich√© (1987), p. 92.
  32. ‚ÜĎ P. Rich√© (1987), p. 90-94. P. Rich√© (1997), p. 304. J. Ehlers, ¬ę Carolingiens, Robertiens, Ottoniens : politique familiale ou relations franco-allemandes ¬Ľ, Le roi de France et son royaume en l'an Mil, Picard, Paris, 1992, p. 45.
  33. ‚ÜĎ P. Rich√© (1987), p. 98-99.
  34. ‚ÜĎ R.-H. Bautier (1992), p. 28-29.
  35. ‚ÜĎ En 888, Charles III et Eudes ; en 936, Louis IV et Hugues le Grand.
  36. ‚ÜĎ M. Parisse (1990), p. 30-31.
  37. ‚ÜĎ M. Parisse (1990), p. 31-32.
  38. ‚ÜĎ J.-M. Lambin, Histoire-G√©ographie, 5e, Hachette Coll√®ges, Paris, 1992, p. 69.
  39. ‚ÜĎ Y. Sassier (2000), p. 206-207.
  40. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ J.-M. Lambin (1992), p. 69.
  41. ‚ÜĎ M. Parisse (1990), p. 32-33.
  42. ‚ÜĎ F. Menant (1999), p. 23-25. H. Pinoteau, ¬ę Les insignes du roi vers l'an mil ¬Ľ, Le roi de France et son royaume autour de l'an Mil, Picard, Paris, 1990, p. 78-81.
  43. ‚ÜĎ L. Theis (1999), p. 52-53.
  44. ‚ÜĎ M. Parisse (1990), p. 32-33. Pour certains historiens, Robert aurait √©t√© sacr√© le 30 d√©cembre 987 un jour non-religieux puisque Adalb√©ron aurait r√©fl√©chi longuement avant de c√©der. R.-H. Bautier (1992), p. 35.
  45. ‚ÜĎ Y. Sassier (1987), p. 207-212.
  46. ‚ÜĎ Y. Sassier (1987), p. 213.
  47. ‚ÜĎ Y. Sassier (2000), p. 207-208.
  48. ‚ÜĎ Y. Sassier (1987), p. 216.
  49. ‚ÜĎ Y. Sassier (1987), p. 216-218.
  50. ‚ÜĎ Y. Sassier (1987), p. 218-220.
  51. ‚ÜĎ Y. Sassier (1987), p. 219.
  52. ‚ÜĎ Y. Sassier (1987), p. 220-221.
  53. ‚ÜĎ P. Rich√© (1987), p. 111-112.


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