DiocĂšse (Rome antique)

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DiocĂšse (Rome antique)

DiocĂšse (Rome antique)

PiÚce de monnaie représentant l'empereur Dioclétien, de profil, et portant la mention diocletianus augustus.

Un diocĂšse (latin : diƓcesis ou diocesis[N 1], mot fĂ©minin) est une subdivision gĂ©ographique du territoire romain.

Dans son acception la plus connue, c'est une subdivision de l'Empire romain propre à l'Antiquité tardive, qui regroupe plusieurs provinces romaines sous l'autorité d'un vicaire. Le systÚme des diocÚses a été mis en place par l'empereur Dioclétien, dans le cadre des réformes administratives de la Tétrarchie. Constantin Ier ajoute ensuite au-dessus des diocÚses des préfectures du prétoire, qui regroupent plusieurs diocÚses.

Un autre sens, nettement moins usitĂ©, fait du « diocĂšse Â» une subdivision judiciaire d'une province romaine, Ă©quivalent au conventus juridici. Cet article traitera majoritairement de la premiĂšre acception, relĂ©guant la deuxiĂšme Ă  la fin.

Sommaire

Avant DioclĂ©tien : un Empire divisĂ© en provinces de diffĂ©rents types

Carte de l'Empire romain en l'an 120, montrant son découpage en provinces, avec le nom de celles-ci.
Carte de l'Empire en 120 de notre Ăšre.
Article dĂ©taillĂ© : Province romaine.

Depuis -27, l'Empire romain est divisĂ© en provinces (latin : provincia, provinciae au pluriel) dites « impĂ©riales Â» et « sĂ©natoriales Â»[1]. Font exception Ă  cela l'Italie, administrĂ©e Ă  part, et l'Égypte, dĂ©pendante directement de l'empereur qui y dĂ©lĂšgue un chevalier, le prĂ©fet d'Égypte, praefectus Augustalis, « prĂ©fet augustĂ©en Â» en latin. Les sĂ©nateurs dĂ©tiennent la majoritĂ© des postes dans le systĂšme augustĂ©en, tant du point de vue militaire qu'administratif, suivant la tradition romaine « qui voulait qu'un homme bien nĂ© fĂ»t capable d'ĂȘtre aussi bien au cours de sa carriĂšre magistrat, gĂ©nĂ©ral et administrateur[2] Â».

Les provinces impériales

Carte de l'Empire romain qui indique quelles provinces sont sĂ©natoriales et quelles provinces sont impĂ©riales. On se rend compte que les provinces sĂ©natoriales sont beaucoup moins nombreuses, et qu'elles ne concernent que des territoires non stratĂ©giques pour la dĂ©fense : l'Italie, la GrĂšce, l'Ionie, la BĂ©tique (Andalousie actuelle), une partie de l'Afrique du nord.
Carte de l'Empire au milieu du IIe siĂšcle :      Province impĂ©riale      Province sĂ©natoriale

Les provinces impĂ©riales sont le plus souvent frontaliĂšres, comme la Germanie ou la Norique, des troupes y sont stationnĂ©es, et elles sont sous l'autoritĂ© directe de l'empereur, qui y possĂšde un imperium proconsulaire[3]. Il dĂ©lĂšgue son autoritĂ© :

Les provinces sénatoriales

TĂȘte de l'empereur Auguste, vĂȘtu du costume de pontifex maximus
Le premier empereur, Auguste, créateur de l'organisation administrative en vigueur peu ou prou jusqu'en 285.

Les provinces dites « sĂ©natoriales Â» sont officiellement « du peuple romain Â». Elles sont placĂ©es sous l'autoritĂ© du SĂ©nat, qui pourvoie Ă  leur gouvernement par la nomination d'un proconsul, par tirage au sort[4], qui reçoit un traitement[N 2] et dont le mandat dure une annĂ©e, avec parfois des prorogations[7]. Toutefois, l'empereur garde la possibilitĂ© d'intervenir dans ces provinces[3], grĂące Ă  son imperium proconsularis maius (« imperium proconsulaire majeur Â»). Les grandes provinces, comme l'Afrique ou l'Asie ont un proconsul de rang consulaire, les autres, comme la MacĂ©doine ou la Bithynie, ont un proconsul de rang prĂ©torien[7]. Des questeurs proprĂ©teurs assistent les gouverneurs sur le plan financier[7], et des procurateurs de l'empereur s'occupent des biens impĂ©riaux[7]. Aucune troupe n'est stationnĂ©e dans une province sĂ©natoriale — sauf une cohorte urbaine Ă  Carthage[4]. La legio III Augusta, au dĂ©part commandĂ©e par le proconsul d'Afrique passe dĂšs 37 sous le commandement d'un lĂ©gat, indĂ©pendant du gouverneur[4].

Deux cas particuliers : l'Italie et l'Égypte

Italie

L'Italie n'est pas durant le Haut-Empire une province. L'autonomie des municipes, garantie par la lex Julia municipialis de -45, est respectĂ©e : les consuls, les prĂ©teurs et parfois les questeurs ont un « droit de regard[7] Â» sur l'administration des citĂ©s italiennes, mais elles restent largement autonomes[7], condition de leur libertĂ©. Auguste dĂ©coupa toutefois, pour des motifs peu clairs, onze rĂ©gions administratives en Italie.

Égypte

Depuis -30, l'Égypte est la propriĂ©tĂ© personnelle d'Auguste, et par la suite de ses successeurs. L'empereur y est l'hĂ©ritier des pharaons[6]. Grenier Ă  blĂ© de Rome, l'Égypte est une province cruciale pour la paix civile, et Auguste cherche Ă  s'en assurer le contrĂŽle : les sĂ©nateurs sont ainsi interdits de se rendre en Égypte, tout le personnel y est de rang Ă©questre[7] : un prĂ©fet, le praefectus Augustalis la gouverne, assistĂ© de procurateurs, et les lĂ©gions cantonnĂ©es dans la province sont commandĂ©es non par des lĂ©gats mais par des prĂ©fets : « prĂ©fet des camps Â» (praefectus castrorum) ou « prĂ©fet de lĂ©gion Â» (praefectus legionis)[6].

Évolution ultĂ©rieure : vers l'uniformisation et l'exclusion des sĂ©nateurs

Les SĂ©vĂšres

Le systÚme créé par Auguste reste relativement inchangé jusqu'aux SévÚres. L'arrivée au pouvoir de Septime SévÚre et de sa dynastie entame une évolution qui se termine avec les réformes de Constantin Ier. L'ordre sénatorial est petit à petit exclu de l'administration des provinces et des commandements de l'armée[8].

Ainsi, les trois nouvelles lĂ©gions crĂ©Ă©es par Septime SĂ©vĂšre, les I Parthica, II Parthica et III Parthica, sont commandĂ©es non par des lĂ©gats issu de l'ordre sĂ©natorial mais par des prĂ©fets de l'ordre Ă©questre[8]. De mĂȘme, de plus en plus, des provinces impĂ©riales munies de lĂ©gions sont confiĂ©es, par intĂ©rim, Ă  des procurateurs Ă©questre dĂ©jĂ  en poste dans la province, dont on dit qu'ils sont vice praesidis (« Ă  la place du gouverneur Â»)[8]. De mĂȘme, la province de MĂ©sopotamie, rĂ©cemment crĂ©Ă©e, est confiĂ©e Ă  un prĂ©fet et non Ă  un lĂ©gat d'Auguste[8].

L'Italie, jusqu'ici « sous-administrĂ©e[7] Â», se voit affecter de nombreuses procuratĂšles et prĂ©fectures[8] (contrĂŽle des voies, gestion de la res privata, c'est-Ă -dire du patrimoine de l'empereur). Un electus ad corrigendum statum Italiae, CaĂŻus Octavius Suetrius Sabinus, est attestĂ© Ă  l'Ă©poque de Caracalla[9], et, si son rĂŽle est peu clair — lutte contre le brigandage ou surveillance des finances des municipes Ă  une Ă©poque oĂč les impĂŽts sont augmentĂ©s[9] —, il reste que son pouvoir s'applique Ă  toute l'Italie, signe d'une normalisation progressive de la pĂ©ninsule.

Les réformes de Gallien

Buste en marbre de l'empereur Gallien
L'empereur Gallien, vers 260.

Durant la Crise du troisiÚme siÚcle, devant la faible valeur militaire des sénateurs[10], l'empereur Gallien décide de les exclure de l'armée[11] en 262[12] et de les remplacer par des chevaliers, de naissance ou admis à cette distinction aprÚs avoir été centurion primipile. Les légats de légion disparaissent ainsi, et l'on ne trouve plus que des préfets de légion[11].

Toujours soucieux de l'efficacitĂ© du haut-commandement, Gallien refuse que les lĂ©gions continuent Ă  dĂ©pendre des lĂ©gats d'Auguste, gouverneurs des provinces impĂ©riales, issus de l'ordre sĂ©natorial. Il n'ose pas toutefois dissocier totalement carriĂšre militaire et civile[13], mais il multiplie les nominations de chevaliers Ă  la tĂȘte des provinces impĂ©riales[13],[12] — le plus ancien apparaĂźt en 262 en Arabie[13]. Ces nouveaux gouverneurs ne sont plus intĂ©rimaires comme les procuratores vice praesidi de l'Ă©poque sĂ©vĂ©rienne, ils sont permanents, et ce ne sont plus des procurateurs de la province agissant en remplacement du lĂ©gat[13]. Ils sont le plus souvent appelĂ©s « agens vice praesidi Â», « agissant Ă  la place du gouverneur Â».

Certaines grandes provinces impériales, comme la Tarraconaise, ont toutefois des légats d'Auguste jusqu'à Dioclétien[14]. Les provinces sénatoriales voient leurs proconsuls remplacés aprÚs Gallien, mais les plus importantes, comme l'Afrique, sont restées contrÎlées par des sénateurs[14].

Gallien établit aussi un corrector totius Italiae[15] dont le rÎle est mal connu, mais qui semble supérieur aux juridices[15] établis par Marc-AurÚle[16]. Là encore, on voit que le statut de l'Italie tend à se normaliser[15].

Le rĂšgne de DioclĂ©tien : crĂ©ation des diocĂšses

TĂȘte d'une statue de l'empereur DioclĂ©tien, vue de face.
L'empereur Dioclétien, réformateur de l'Empire.

L'instauration de la TĂ©trarchie

Article dĂ©taillĂ© : TĂ©trarchie.

DioclĂ©tien devient le seul empereur au printemps 285[17]. Il s'adjoint peu de temps aprĂšs Maximien comme cĂ©sar, Ă©levĂ© en 286 au rang d'auguste[17]. En 293, Constance et GalĂšre deviennent cĂ©sars[17]. Le systĂšme tĂ©trarchique, appelĂ© « quattuor principes mundi Â», « les quatre maĂźtres du monde Â» par les Anciens[18], construction empirique[19], est alors fixĂ© : DioclĂ©tien conserve la prĂ©Ă©minence sur son collĂšgue Maximien[19], il assure l'unitĂ© de l'Empire. Les deux cĂ©sars se voient attribuer des secteurs d'opĂ©rations, non des domaines fixes[20]. L'unitĂ© de l'État demeure, manifestĂ© par le fait qu'il n'y a qu'une seule prĂ©fecture du prĂ©toire, comme sous le Haut-Empire[19].

RĂ©forme de l'administration territoriale

« Et ut omnia terrore complerentur, provinciae quoque in frusta concisae; multi praesides et plura officia singulis regionibus ac paene iam civitatibus incubare.
Et pour mettre un comble Ă  la terreur, les provinces elles aussi furent morcelĂ©es : beaucoup de gouverneurs et davantage de charges pesĂšrent sur chaque rĂ©gion, voire sur chaque citĂ©[21]. Â»

— Lactance, Sur la mort des persĂ©cuteurs, ch. 7.

Lactance est certes hostile Ă  DioclĂ©tien, mais son propos, fondamentalement, est juste. DioclĂ©tien a en effet modifiĂ© en profondeur l'organisation territoriale de l'Empire romain, lui donnant le visage qu'il aura, avec des modifications ultĂ©rieures, durant tout le IVe siĂšcle, et au dĂ©but du Ve siĂšcle.

Deux rĂ©formes principalement ont Ă©tĂ© menĂ©es petit Ă  petit[22] :

  • la multiplication des provinces (de 48 initialement Ă  une centaine Ă  l'abdication de DioclĂ©tien[23]) ;
  • la crĂ©ation d'entitĂ©s supĂ©rieures aux provinces, les diocĂšses.

Elles entraĂźnent un accroissement important du nombre de fonctionnaires impĂ©riaux[24], et, en consĂ©quence, des dĂ©penses de l'État. Dans le mĂȘme temps, ces rĂ©formes amĂ©liorent la situation d'un empire « sous-administrĂ©[25] Â» jusque-lĂ .

Des provinces « morcelĂ©es Â»

Pour des raisons probablement militaires[26],[23], financiĂšres — rapprocher le gouverneur de la citĂ©, qui est responsable de la collecte des impĂŽts[27] — et politiques — limiter les pouvoirs des gouverneurs[27], rapprocher l'administration des habitants[27] ou limiter l'autonomie des citĂ©s[27] —, DioclĂ©tien divise les provinces hĂ©ritĂ©es pour la plupart de l'Ă©poque augustĂ©enne (ou, plus rarement, les regroupe dans une seule[26]).

Il uniformise Ă©galement le statut des provinces : l'Égypte perd son statut unique, et est divisĂ©e en trois provinces[26], et l'Italie se « provincialise Â». Les regiones dĂ©finies par Auguste, simplement numĂ©rotĂ©es, prennent un nom[26], et sont gouvernĂ©es par un corrector[23]. L'immunitĂ© d'impĂŽts des habitants de l'Italie disparait Ă©galement[27].

Enfin, la vieille distinction entre les provinces sénatoriales et les provinces impériales disparaßt[24], et tous les gouverneurs sont nommés par l'empereur[24].

L'apparition des « diocĂšses Â»

Carte de l'Empire avec les différents diocÚses
Les diocĂšses de l'Empire en 300.

Afin de compenser l'affaiblissement des provinces, et de maintenir un lien entre l'État et la province[24],[28] DioclĂ©tien multiplie les « vice-prĂ©fets du prĂ©toire Â» (vice praefectus praetorio), qui Ă©taient auparavant des assistants extraordinaires du prĂ©fet du prĂ©toire[24]. Il les rend permanents, et leur assigne un domaine gĂ©ographique[24] oĂč ils sont des « remplaçants Â» du prĂ©fet du prĂ©toire[29], ce qui permet du mĂȘme coup d'affaiblir ces derniers[29]. On les appelle plus couramment « vicaire Â» (vicarius).

Cette nouvelle circonscription territoriale est appelĂ©e « diocĂšse Â» (diocesis ou diƓcesis en latin). Paul Petit date sa crĂ©ation des annĂ©es 296-297[29].

Il faut noter que ces nouveaux diocĂšses ne comprennent pas les provinces d'Afrique et d'Asie, proconsulaires, qui sont en-dehors de ce systĂšme[30].

Description du diocĂšse

GĂ©ographie des diocĂšses

À la fin du rĂšgne de DioclĂ©tien, l'Empire romain compte douze diocĂšses[24],[27] :

En Occident
  • des Bretagnes (diocesis Britanniarum) ;
  • des Gaules (diocesis Galliarum) ;
  • de Vienne (diocesis Viennensis) ;
  • des Hispanies (diocesis Hispaniarum) ;
  • d'Afrique (diocesis Africae) ;
  • d'Italie[N 3] (diocesis Italiciana)[N 4] ;
  • des Pannonies (diocesis Pannoniarum) ;
En Orient
  • des MĂ©sies (diocesis Moesiarum) ;
  • de Thrace (diocesis Thraciae) ;
  • d'Asie[N 5] (diocesis Asiana) ;
  • du Pont[N 6] (diocesis Pontica) ;
  • d'Orient (diocesis Orientis).

AndrĂ© Piganiol rappelle que ces diocĂšses annoncent dĂ©jĂ  les futures nationalitĂ©s[31] : une Angleterre, une Espagne, une Afrique du Nord, deux France, sĂ©parĂ©es Ă  peu prĂšs par la Loire, qui annoncent la sĂ©paration entre pays de langue d'oĂŻl et de langue d'oc.

En moyenne, les diocĂšses comprennent huit provinces[29]. Le plut petit est le diocĂšse des Bretagnes, qui comporte quatre provinces ; le plus grand, celui d'Orient, avec dix-huit provinces[29]. Ceux de Vienne et d'Asie seuls ne sont pas frontaliers.

La fonction de « vicaire Â»

Le vicaire est un haut fonctionnaire nommĂ© par l'empereur[32], qui ne rend de comptes qu'Ă  lui[29]. C'est un chevalier dit « perfectissime Â»[24] (titre honorifique accordĂ© aux dĂ©tenteurs de certains postes, qui vient avant les egregii mais aprĂšs les eminentissimi[N 7]).

Le fait de confier d'aussi grand ressorts territoriaux Ă  des chevaliers et non Ă  des sĂ©nateurs est trĂšs nouveau, et montre que DioclĂ©tien souhaite continuer la politique d'affaiblissement de l'aristocratie sĂ©natoriale au profit d'hommes qui ne doivent leur avancement qu'au prince[33]. En dignitĂ©, ces vicaires sont infĂ©rieurs aux gouverneurs de province sĂ©natoriaux (les consulares[N 8])[29], ce qui pose un problĂšme : des chevaliers peuvent-ils avoir autoritĂ© sur des sĂ©nateurs ? Pour RenĂ© RĂ©mond, « [il est possible], quand ils ont Ă  commander Ă  des gouverneurs de classe sĂ©natoriale, qu'ils soient promus au clarissimat[N 9],[33] Â».

Les attributions initiales des vicaires sont considĂ©rables : ils contrĂŽlent et surveillent les gouverneurs[30] — sauf les proconsuls —, rĂ©partissent les impĂŽts[30], les rĂ©unissent et les transmettent Ă  qui de droit[31], interviennent dans les affaires militaires par la fortification des frontiĂšres[30], jugent en appel[30],[31]. Ils ne dĂ©pendent pas des prĂ©fets du prĂ©toire mais directement de l'empereur, et l'on fait appel de leurs dĂ©cisions judiciaires Ă  l'empereur[31].

NouveautĂ© Ă©galement par rapport au systĂšme augustĂ©en : les vicaires n'ont aucun rĂŽle militaire rĂ©el, ils ne commandent pas de troupes. DioclĂ©tien rĂ©alise ainsi en grande partie la sĂ©paration des carriĂšres militaires et civiles[33], afin d'Ă©viter les rĂ©voltes et les sĂ©cessions.

Évolution ultĂ©rieure

Les réformes constantiniennes

TĂȘte d'une statue en marbre colossale de Constantin Ier
L'empereur Constantin Ier.

À partir de 310, Constantin Ier est l'un des augustes lĂ©gitimes de l'Empire romain, puis, Ă  partir de 324, il est le seul maĂźtre de l'État. Durant son rĂšgne, il a accompli plusieurs rĂ©formes cruciales qui donnent son visage dĂ©finitif Ă  l'organisation administrative et militaire de l'Empire jusqu'Ă  sa chute.

Régionalisation de la préfecture du prétoire

La principale rĂ©forme territoriale, menĂ©e par tĂątonnements[34], est la « rĂ©gionalisation Â» de la prĂ©fecture du prĂ©toire. Auparavant, un ou deux prĂ©fets du prĂ©toire servaient pour tout l'Empire de premier ministre et de chef d'Ă©tat-major[34],[35]. Ils avaient des compĂ©tences militaires, judiciaires, administratives et fiscales[35].

La centralisation politique de plus importante autour de Constantin, qui culmine dans la rĂ©union de tout l'Empire entre ses mains, impose une « dĂ©concentration administrative[34] Â». Un seul empereur ne peut tout contrĂŽler ; pour cette raison, Constantin transforme progressivement, entre 326 et 337[34], le prĂ©fet « ministĂ©riel Â» en un prĂ©fet « rĂ©gionalisĂ© Â»[34], placĂ© Ă  la tĂȘte d'une circonscription territoriale englobant plusieurs diocĂšses, qui prendra le nom de « prĂ©fecture du prĂ©toire Â» (praefectura praetorio).

Ces nouveaux prĂ©fets ont autoritĂ© sur les vicaire[36], et sur les gouverneurs provinciaux[37]. Ce lien direct, qui outrepasse les vicaires, condamnent ces derniers Ă  dĂ©cliner — d'autant plus qu'ils deviennent des agents d'exĂ©cution des prĂ©fets du prĂ©toire[37].

Comme le souligne Paul Petit, « [les diocĂšses] prĂ©figurent eux-mĂȘmes en une certaine mesure [les prĂ©fectures du prĂ©toire rĂ©gionales][30] Â». La crĂ©ation de ces derniĂšres rĂ©duit ainsi l'utilitĂ© des premiers. Toutefois, malgrĂ© cet affaiblissement, les vicaires prennent de l'importance dans la noblesse : Constantin les Ă©lĂšve au rang de clarissimes, entre les consulares et les proconsuls[31].

Création de missi dominici

L'autre raison de l'affaiblissement du vicariat est l'envoi régulier de comites[N 10], qui sont supérieurs aux vicaires[31], et qui jouent probablement un rÎle d'inspection.

Le cas particulier du diocĂšse d'Orient

Tous les diocĂšses sont dirigĂ©s par des vicaires, sauf, Ă  partir de 334 ou 335[31], celui d'Orient, placĂ© sous l'autoritĂ© du « comte d'Orient Â», comes Orientis. Selon certains spĂ©cialistes, cette particularitĂ© est Ă  mettre en relation avec la prĂ©paration de la guerre contre les Perses[31] ; selon d'autres, comme AndrĂ© Piganiol, c'est une survivance d'un de ces comites auxquels Constantin Ier confĂ©rait des missions d'inspection[31].

Le comte d'Orient est tout de suite rangé parmi les clarissimes. Il possÚde des attributions militaires, et réside à Antioche[38]. Il dirige par ailleurs le plus étendu des diocÚses de l'Empire romain.

État des lieux Ă  la fin du IVe siĂšcle

Carte de l'Empire romain avec les différents diocÚses en 400 aprÚs Jésus-Christ. Les capitales des diocÚses sont aussi mentionnées.
Les diocÚses de l'Empire en 400, avec leur capitale et les préfectures du prétoire.

À la fin du IVe siĂšcle, le nombre de diocĂšses a augmentĂ©, passant de douze Ă  quatorze selon la Notitia dignitatum, et le nom de certains diocĂšses a changĂ©. Il faut, par ailleurs, noter que l'ancienne province d'AchaĂŻe est devenue, sous Licinius, proconsulaire (entre 312 et 315)[30]. Elle est donc dĂ©tachĂ©e du diocĂšse des MĂ©sies, futur diocĂšse de MacĂ©doine.

Création de nouveaux diocÚses

Le diocĂšse d'Italie est, Ă  la fin du siĂšcle, sous l'autoritĂ© de deux vicaires diffĂ©rents : celui de « l'Italie annonaire Â», Ă  Milan, et celui de « l'Italie suburbicaire Â», Ă  Rome[39]. Par ailleurs, le vicaire qui gĂšre l'Italie suburbicaire, qui Ă©tait avant 357 tantĂŽt un vicaire du prĂ©fet du prĂ©toire, tantĂŽt un vicaire du prĂ©fet de la Ville, est, aprĂšs cette date, vicarius Urbis Romae, « vicaire de la ville de Rome Â», c'est-Ă -dire vicaire du prĂ©fet de la Ville[39].

En Orient, le diocĂšse des MĂ©sies a Ă©tĂ© divisĂ© en deux entitĂ©s nouvelles : le diocĂšse de Dacie et le diocĂšse de MacĂ©doine[24]. Par ailleurs, sous ThĂ©odose Ier en 382, les provinces Ă©gyptiennes du diocĂšse d'Orient sont Ă©rigĂ©es en un diocĂšse indĂ©pendant, le diocĂšse d'Égypte, et le responsable de cette nouvelle entitĂ© prend le nom de praefectus Augustalis, « prĂ©fet augustĂ©en, prĂ©fet Augustal Â», comme sous le Haut-Empire[40].

Changement de noms

La Notitia dignitatum donne des noms diffĂ©rents pour certains diocĂšses, mais cela est relativement anedoctique. Ainsi :

  • le diocĂšse de Vienne est devenu le diocĂšse des Sept Provinces (diocesis Septem provinciarum) ;
  • le diocĂšse des Pannonies est devenu le diocĂšse d'Illyrie (diocesis Illyrici).

Statut des vicaires

À l'Ă©poque de la Notitia dignitatum, tous les vicaires sont devenus des spectabiles[N 11],[36]. Ils ont autoritĂ© sur les gouverneurs de province, et, s'il est recommandĂ© aux gouverneurs de passer par eux pour atteindre les prĂ©fets du prĂ©toire, la puissance de ces derniers souvent fait qu'on les contacte directement[36].

Le « diocĂšse Â» judiciaire

Un « diocĂšse Â» peut aussi ĂȘtre chez les Romains le ressort d'un magistrat chargĂ© de rendre la justice[41]. Le mot est surtout employĂ© au dĂ©but pour les provinces grecques[42]. Il aurait pris naissance dans la province d'Asie[42].

Il dĂ©signe une subdivision d'une province, qui porte le nom de son chef-lieu, oĂč le gouverneur se rend durant l'annĂ©e pour juger les affaires du district[42]. Cette subdivision existait au moins Ă  l'Ă©poque de CicĂ©ron, qui la mentionne dans une lettre[43]. Plus tard, le mot de « diocĂšse Â» fut aussi employĂ© dans les provinces occidentales de l'Empire romain — comme en Afrique[42]. Dans cette province, le diocĂšse est sous la responsabilitĂ© d'un lĂ©gat du proconsul d'Afrique[42].

Parfois, le mot « diocĂšse Â» dĂ©signe aussi « le territoire d'une citĂ©, autrement dit le district des juges municipaux. Le grec ÎŽÎčοίÎșησÎčς correspond dans ce cas Ă  l'expression latine regio[42] Â».

Notes et références

Références

  1. ↑ P. Petit, Histoire gĂ©nĂ©rale de l'Empire romain, t. 1, Le Haut-Empire, 27 avant J.-C.-161 aprĂšs J.-C., Ă©d. du Seuil, « Points Histoire Â», Paris, 1974, p. 48.
  2. ↑ P. Petit, Histoire gĂ©nĂ©rale de l'Empire romain, t. 2, La crise de l'Empire, des derniers Antonins Ă  DioclĂ©tien, Ă©d. du Seuil, « Points Histoire Â», Paris, 1974, p. 197.
  3. ↑ a  et b  Petit (t. 1), op. cit., p. 28.
  4. ↑ a , b , c , d  et e  Petit (t. 1), op. cit., p. 185.
  5. ↑ a  et b  Petit (t. 1), op. cit., p. 186.
  6. ↑ a , b  et c  Petit (t. 1), op. cit., p. 49.
  7. ↑ a , b , c , d , e , f , g  et h  Petit (t. 1), op. cit., p. 50.
  8. ↑ a , b , c , d  et e  Petit (t. 2), p. 62.
  9. ↑ a  et b  (en) E. lo Cascio, « The government and administration in the empire in the central decades of the third century Â», The Cambridge Ancient History, t. XII, The Crisis of Empire, A.D. 193-337, Ă©d. Cambridge University Press, Cambridge, 2005, p. 168, [sur Google Books].
  10. ↑ J.-P. Martin, « Le Haut-Empire Â», Histoire romaine, Ă©d. Armand, « collection U Â», Paris, 2003, p. 326.
  11. ↑ a  et b  Petit (t. 2), op. cit., p. 196.
  12. ↑ a  et b  Martin, op. cit., p. 326.
  13. ↑ a , b , c  et d  Petit (t. 2), op. cit., p. 197.
  14. ↑ a  et b  Petit (t. 2), op. cit., p. 198.
  15. ↑ a , b  et c  Martin, op. cit., p. 327.
  16. ↑ « Vie de Marc Antonin le Philosophe Â», Histoire Auguste (trad. A. Chastagnol), Ă©d. Robert Laffont, « Bouquins Â», Paris, 1994, p. 134-135.
  17. ↑ a , b  et c  P. Petit, Histoire gĂ©nĂ©rale de l'Empire romain, t. 3, Le Bas-Empire (284-395), Ă©d. du Seuil, « Points Histoire Â», Paris, 1974, p. 11.
  18. ↑ Petit (t. 3), op. cit., p. 12.
  19. ↑ a , b  et c  Petit (t. 3), op. cit., p. 18.
  20. ↑ Petit (t. 3), op. cit., p. 19.
  21. ↑ Traduction de l'Atelier de Saint-JĂ©rĂŽme du Centre d'Ă©tudes thĂ©ologiques de Caen, [lire en ligne].
  22. ↑ R. RĂ©mond, La Crise de l'Empire romain, Ă©d. Presses Universitaires de France, « Nouvelle Clio Â», Paris, 1997, 3e Ă©d., p. 124.
  23. ↑ a , b  et c  Cascio, op. cit., p. 179.
  24. ↑ a , b , c , d , e , f , g , h  et i  RĂ©mond, op. cit., p. 124.
  25. ↑ RĂ©mond, op. cit., p. 123.
  26. ↑ a , b , c  et d  Petit (t. 3), op. cit., p. 26.
  27. ↑ a , b , c , d , e  et f  Cascio, op. cit., p. 180.
  28. ↑ A. Piganiol, L'Empire chrĂ©tien, Ă©d. Presses Universitaires de France, « Hier Â», Paris, 1972, 2e Ă©d., p. 353.
  29. ↑ a , b , c , d , e , f  et g  Petit (t. 3), op. cit., p. 27.
  30. ↑ a , b , c , d , e , f  et g  Petit (t. 3), op. cit., p. 28.
  31. ↑ a , b , c , d , e , f , g , h  et i  Piganiol, op. cit., p. 354.
  32. ↑ Piganiol, op. cit., p. 353.
  33. ↑ a , b  et c  RĂ©mond, op. cit., p. 125.
  34. ↑ a , b , c , d  et e  Petit (t. 3), op. cit., p. 70.
  35. ↑ a  et b  Piganiol, op. cit., p. 356.
  36. ↑ a , b  et c  Petit (t. 3), op. cit., p. 155.
  37. ↑ a  et b  RĂ©mond, op. cit., p. 142.
  38. ↑ Piganiol, op. cit., p. 355.
  39. ↑ a  et b  Petit (t. 3), op. cit., p. 193.
  40. ↑ Petit (t. 3), op. cit., p. 200.
  41. ↑ Ch. Daremberg et Edm. Saglio, Dictionnaire des AntiquitĂ©s grecques et romaine, t. 2, Ă©d. Hachette, Paris, 1877-1919, p. 226, [image] [Page 226 en ligne].
  42. ↑ a , b , c , d , e  et f  Ch. Daremberg et al. (t. 2), op. cit., p. 226.
  43. ↑ CicĂ©ron, Ad familiares, XIII, 67, 1.

Notes

  1. ↑ Le mot latin diocesis vient du grec ancien ÎŽÎčοίÎșησÎčς / dioĂ­kĂȘsis, « administration, gouvernement Â».
  2. ↑ Ce qui, rappelle Paul Petit, les Ă©loigne des magistrats traditionnels qu'ils sont censĂ©s ĂȘtre.
  3. ↑ On peut aussi traduire par « diocĂšse italien Â».
  4. ↑ Cas particulier, le diocĂšse d'Italie a deux vicaires : un pour le nord de la pĂ©ninsule, appelĂ© par la suite « Italie annonaire Â» et un pour le sud, « l'Italie suburbicaire Â».
  5. ↑ Ou « diocĂšse asiatique Â».
  6. ↑ Ou « diocĂšse pontique Â».
  7. ↑ Pour plus d'informations, voir G. Bloc, L'Empire romain. Évolution et dĂ©cadence, Ă©d. Flammarion, Paris, 1922, 2e partie, chapitre II, [lire en ligne].
  8. ↑ Un des nouveaux titres pour les gouverneurs qui apparaĂźt Ă  l'Ă©poque de DioclĂ©tien. Il ne veut pas dire que son titulaire ait dĂ©tenu un consulat.
  9. ↑ DignitĂ© de vir clarissimus, propre aux sĂ©nateurs.
  10. ↑ Au singulier, comes.
  11. ↑ DignitĂ© de sĂ©nateur supĂ©rieure Ă  celle de vir clarissimus, mais infĂ©rieure Ă  celle de illustris.

Voir aussi

Bibliographie

Sources

  • (en) A. Bowman et al. (Ă©d.), The Cambridge Ancient History, vol. 12, The Crisis of Empire, AD 193-337, 2005, Ă©d. Cambridge University Press, 2005, 2e Ă©d., 965 p., (ISBN 0521301998), [Extraits sur Google Books].
  • J.-P. Martin et al., Histoire romaine, Ă©d. Armand, « collection U Â», Paris, 2003, 471 p., (ISBN 2200265875).
  • P. Petit, Histoire gĂ©nĂ©rale de l'Empire romain,
    • t. 1, Le Haut-Empire, 27 avant J.-C.-161 aprĂšs J.-C., Ă©d. du Seuil, « Points Histoire Â», Paris, 1974, 307 p., (ISBN 2020049694) ;
    • t. 2, La crise de l'empire, des derniers Antonins Ă  DioclĂ©tien, Ă©d. du Seuil, « Points Histoire Â», Paris, 1974, 248 p., (ISBN 2020049708) ;
    • t. 3, Le Bas-Empire (284-395), Ă©d. du Seuil, « Point Histoire Â», Paris, 1974, 285 p., (ISBN 2020049716).
  • A. Piganiol, L'Empire chrĂ©tien, Ă©d. Presses Universitaires de France, « hier Â», Paris, 1972, 2e Ă©d., 495 p., (ISBN 2130321259).
  • R. RĂ©mond, La Crise de l'Empire romain, Ă©d. Presses Universitaires de France, « Nouvelle Clio Â», Paris, 1997, 3e Ă©d., 363 p., (ISBN 2130310869).

Autres ouvrages

  • A. Chastagnol, Le Bas-Empire, Paris, 1996.
  • J.-M. CarriĂ© et al., Nouvelle Histoire de l'AntiquitĂ©, t. 10, L'Empire romain en mutation. Des SĂ©vĂšres Ă  Constantin, Paris, 1999.
  • J. Gaudement, Les institutions de l'AntiquitĂ©, Paris, 2002.
  • (en) A. H. M. Jones, The Later Roman Empire, 284-602, a Social, Economie and Administrative Survey, 3 vol., Oxford, 1964.
  • W. Seston, DioclĂ©tien et la tĂ©trarchie, t. 1, Guerres et RĂ©formes, Paris, 1946.

Liens internes

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