DeuxiÚme Guerre d'Ossétie du Sud

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DeuxiÚme Guerre d'Ossétie du Sud

41°59â€Č22″N 44°25â€Č04″E / 41.98944, 44.41778

DeuxiÚme Guerre d'Ossétie du Sud
2008 South Ossetia war en.svg
Carte des opérations militaires de la guerre dans l'interprétation des médias géorgiens
Informations générales
Date 7 aoĂ»t - 16 aoĂ»t 20081
Lieu Géorgie, Abkhazie et Ossétie du Sud2
Casus belli Bombardement de Tskhinvali par les troupes gĂ©orgiennes3
Changements territoriaux L'Abkhazie et l'Ossétie du Sud reprennent contrÎle de la totalité de leurs territoires revendiqués.
Issue Plan de paix Sarkozy-Medvedev
Belligérants
Drapeau de GĂ©orgie GĂ©orgie
Military Professional Resources Logo.svg MPRI (en)[1]
Organization of Ukrainian Nationalists (B).gif Mercenaires ukrainiens[2],[3]
UNA-UNSO[4]
Drapeau de Russie Russie
Drapeau d'OssĂ©tie du Sud OssĂ©tie du Sud
Drapeau d'Abkhazie# Abkhazie
Flag of the CIS.svg Forces de maintien de la paix de la CEI
Commandants
Flag of Georgia.svgMikheil Saakachvili
Flag of Georgia.svgDavid Kezarachvili
Flag of Georgia.svgZaza Gogava
Flag of Russia.svgDimitri Medvedev
Flag of Russia.svgAnatoli Serdioukov
Flag of Russia.svgAnatoli Khroulev
Flag of Russia.svgViatcheslav Borisov
Flag of South Ossetia.svgEdouard KokoĂŻty
Flag of South Ossetia.svgVasili Lounev
Flag of Abkhazia.svgSergueĂŻ Bagapch
Flag of Abkhazia.svgMirab Kichmaria
Flag of the CIS.svgMarat Kourakhmetov
Flag of the CIS.svgEvgueni Otchalov
Forces en présence
Flag of Georgia.svg27 000 soldats gĂ©orgiens UNA-UNSO : environ 200 hommes Flag of Russia.svg15 000 de la 58e armĂ©e
Flag of the CIS.svg2 500 hommes issus des missions CICPKF (en Abkhazie) et JPKF (en OssĂ©tie du Sud)
Flag of South Ossetia.svg15 000 miliciens et rĂ©servistes
Flag of Abkhazia.svg3 000 hommes
Pertes
Chiffres officiels :
169 morts militaires (soldats et police)
69 morts civils
env. 1 200 blessĂ©s (dont 800 lĂ©gers)

150 blindés détruits
4 chasseurs Su-25 détruits ou endommagés et 1 Su-24 détruit, 4 hélicoptÚres Mi-8 détruits
11 navires détruits.
Un journaliste néerlandais tué[5]
Chiffres officiels en avril 2009 :
74 soldats russes morts et 323 blessés
2 Su-24, 4 Su-25, 1 Tu-22M3 détruit[6]
162 sud-ossĂštes tuĂ©s et 5 000 blessĂ©s

1 mort militaire abkhaze et 2 blessés
Notes
1.Les attaques durÚrent à proprement parler jusqu'au 12 août. Le cessez-le-feu n'a pas été respecté à maintes reprises dans les mois suivants.
2.Les deux derniÚres régions sont en sécession de la Géorgie depuis le début des années 1990.
3.Cause officielle. Il est possible que d'autres facteurs directs aient provoqué la guerre.
Batailles
Bataille de Tskhinvali â€” Bataille de la VallĂ©e de Kodori â€” Bataille des cĂŽtes d'Abkhazie â€” Raids sur Poti â€” Prise de Gori 

La DeuxiÚme Guerre d'Ossétie du Sud oppose en août 2008 la Géorgie à sa province séparatiste d'Ossétie du Sud et à la Russie. Le conflit s'est étendu à une autre province géorgienne séparatiste, l'Abkhazie.

AprĂšs plusieurs jours d'accrochages frontaliers entre sĂ©paratistes ossĂštes et armĂ©e rĂ©guliĂšre gĂ©orgienne, les hostilitĂ©s ont commencĂ© dans la nuit du 7 au 8 aoĂ»t 2008 par un assaut des troupes gĂ©orgiennes qui a fait 12 morts dans les forces de maintien de la paix de la CEI (Ă  prĂ©pondĂ©rance russe)[7],[8] et 162 victimes sud-ossĂ©tes selon le bilan officiel de la Justice russe donnĂ© en fin d'annĂ©e 2008 (le ministĂšre russe des affaires Ă©trangĂšres avait dĂ©clarĂ©, le lundi 11 aoĂ»t 2008, environ 1 600 victimes civiles[9]).

La tentative géorgienne de reprendre par la force le contrÎle de sa région séparatiste a entraßné une riposte immédiate de l'armée russe, stationnée dans la région en vertu du mandat de maintien de la paix confié à la CEI en 1992. Se fondant sur le fait que la grande majorité des OssÚtes du Sud ont un passeport de la Fédération de Russie, le président russe, Dmitri Medvedev, ordonna à ses troupes d'intervenir afin de protéger la population de l'Ossétie du Sud et de contraindre la Géorgie à la paix[10]. AprÚs quatre jours d'avancée rapide des forces russes et de bombardements sur plusieurs villes géorgiennes, Medvedev annonce que ces objectifs sont atteints et que les troupes russes resteront sur les positions définies par l'accord de 1992 pour garantir la paix dans la région[11],[12].

Le 16 août, est signé un cessez-le-feu qui met, au moins temporairement, fin au conflit, sans régler pour autant les questions ossÚtes et abkhazes.

Le 26 aoĂ»t, la FĂ©dĂ©ration de Russie reconnaĂźt officiellement l'indĂ©pendance de l'OssĂ©tie du Sud et l'Abkhazie[13] et se dit prĂȘte « Ă  assurer la sĂ©curitĂ© de ces deux États[14] Â».

Sommaire

Contexte et Précédents

Conflit osséto-géorgien jusqu'en 2003

Tireur d'Ă©lite gĂ©orgien s'apprĂȘtant Ă  Ă©liminer des miliciens sud-ossĂštes

Les OssĂštes arrivĂšrent dans le Caucase sous le nom d'Alains dans l'AntiquitĂ©. Mais ils ne s'Ă©tablirent pas dans cette rĂ©gion sous une entitĂ© unifiĂ©e stable et durable, alors que le royaume gĂ©orgien d'IbĂ©rie qui Ă©tait au-delĂ  de la Passe de Darial, de l'autre cĂŽtĂ© du Caucase, entrait trĂšs souvent en guerre contre eux (ou bien s'alliait avec cette tribu contre l'ArmĂ©nie, la Perse ou l'Empire romain). Vers la fin du IVe siĂšcle, une partie des Alains migrĂšrent en dehors de la rĂ©gion puis participĂšrent aux Grandes Invasions (vers 375). Ceux demeurĂ©s en Ciscaucasie fondĂšrent au fil des siĂšcles une nation dans les montagnes (correspondant Ă  l'actuelle OssĂ©tie du Nord) qui devint au XIe siĂšcle la vassale du Royaume de GĂ©orgie nouvellement formĂ© (1010). Les alliances se multipliĂšrent entre les deux États et le roi Georges Ier de GĂ©orgie (1014-1027) prit pour femme ou favorite une princesse osse (terme gĂ©orgien pour dĂ©signer les Alains). De cette union naquit par ailleurs un fils considĂ©rĂ© comme illĂ©gitime, DĂ©mĂ©trius, qui, aprĂšs deux tentatives ratĂ©es de prendre le pouvoir en GĂ©orgie, partit s'exiler en OssĂ©tie, oĂč il fonda une lignĂ©e royale, branche de la dynastie armĂ©no-gĂ©orgienne des Bagratides.

Au XIIIe siÚcle, la nation ossÚte fut de facto annexée par le royaume de Géorgie quand la reine Tamar la Grande (1184-1213) prit pour mari le roi bagratide David Soslan, qu'elle associa cependant au trÎne du nouvel ensemble. L'Ossétie resta sous domination géorgienne jusqu'à la division du royaume en 1490. Les Osses furent de jure annexés par l'Empire ottoman au XVIIe siÚcle, ce qui mena à une immigration de masse sur le territoire géorgien, notamment dans la Principauté de Samatchablo. Cette région devint ainsi un lieu de regroupement des OssÚtes caucasiens en Géorgie et y importÚrent leur culture et leur langue, avec l'autorisation de certains monarques géorgiens, dont Héraclius II (1762-1798), qui cherchaient à repeupler le pays aprÚs les terribles ravages causés par les Perses et les Turcs. Quand la Russie impériale annexa la Géorgie orientale en 1802, l'Ossétie à proprement parler et la Principauté de Samatchablo furent inclus au sein de la Géorgie dans la Vice-royauté du Caucase. Au cours du XIXe siÚcle, les nationalismes ossÚtes et géorgiens se développÚrent.

Les premiĂšres manifestations du nationalisme gĂ©orgien, trĂšs intĂ©grateur et trĂšs centralisateur[15], dĂ©clenchĂšrent des heurts violents. Un conflit armĂ© sanglant eut lieu de 1918 Ă  1921, quand l'Ă©phĂ©mĂšre RĂ©publique dĂ©mocratique, dirigĂ©e par les mencheviks en conflit avec les bolcheviks de Moscou, accĂ©da Ă  une indĂ©pendance de facto. Les OssĂštes y furent soutenus logistiquement par les BolchĂ©viks russes mĂȘme s'il faut attendre l'invasion de la GĂ©orgie par l'ArmĂ©e rouge en fĂ©vrier 1921 pour que le conflit s'arrĂȘte. L'ensemble de ce conflit causa la mort d'environ 5 000 personnes. Suite Ă  l'instauration du pouvoir soviĂ©tique dans la rĂ©gion, l'Oblast autonome d'OssĂ©tie du Sud au sein de la RĂ©publique socialiste soviĂ©tique de GĂ©orgie fut proclamĂ© le 20 avril 1922 et jusqu'aux annĂ©es 1990, les relations entre les deux entitĂ©s furent tout Ă  fait pacifiques, malgrĂ© les prĂ©tentions des OssĂštes sur l'enclave ethnique de TrialĂ©tie, en GĂ©orgie centrale. De nombreux mariages mixtes furent enregistrĂ©s entre les deux peuples[15]. Toutefois, les problĂšmes reprirent en 1989 quand le leader nationaliste gĂ©orgien Zviad Gamsakhourdia organisa des manifestations pro-gĂ©orgiennes Ă  Tskhinvali, la capitale de l'oblast, qui furent brutalement rĂ©primĂ©es. Quand Gamsakhourdia accĂ©da Ă  la prĂ©sidence de la RSS gĂ©orgienne Ă  la fin de l'annĂ©e 1990, les autoritĂ©s sud-ossĂštes choisirent de rĂ©pondre aux provocations de Tbilissi en organisant des Ă©lections lĂ©gislatives et parlementaires la mĂȘme annĂ©e. Le 20 dĂ©cembre 1990, le nouveau parlement proclama l'Ă©lĂ©vation de l'OssĂ©tie du Sud au niveau de RĂ©publique socialiste soviĂ©tique, statut toutefois non-reconnu par Moscou et qui mena Ă  la suppression courte de l'autonomie de l'oblast par Tbilissi.

Le 5 janvier 1991, l'armĂ©e gĂ©orgienne pĂ©nĂ©tra dans Tskhinvali pour dĂ©sarmer les sĂ©paratistes mais se heurtĂšrent Ă  une forte opposition et le conflit s'aggrava jusqu'en mars, quand un nouvel assaut sur la capitale sĂ©cessionniste fut opĂ©rĂ©e par la GĂ©orgie. En avril, un blocus fut ouvert par les autoritĂ©s du Conseil SuprĂȘme de la GĂ©orgie sur l'OssĂ©tie du Sud. Les combats continuĂšrent jusqu'Ă  un coup d'État, le 6 janvier 1992, qui amena au pouvoir en GĂ©orgie Edouard Chevardnadze, ancien leader soviĂ©tique. Celui-ci entama des nĂ©gociations avec Tskhinvali et Moscou (qui supportait indirectement les indĂ©pendantistes). Elles dĂ©bouchĂšrent sur un cessez-le-feu signĂ© Ă  Dagomys en juin 1992[15] et sur les accords de Sotchi le 24 juillet, alors que la GĂ©orgie entrait en guerre avec une nouvelle rĂ©gion sĂ©cessionniste, l'Abkhazie. Suite Ă  cet accord, l'essentiel du territoire de l'OssĂ©tie passa sous contrĂŽle des indĂ©pendantistes tandis qu'une petite part restait sous contrĂŽle gĂ©orgien. Cet accord semble cependant prĂ©server les chances d'un rĂ©glement politique du conflit en conservant une sĂ©rie de villages gĂ©orgiens au cƓur de l'OssĂ©tie du Sud[15]. ParallĂšlement, une force d'interposition, sous mandat de l'ONU[16], composĂ©e de troupes gĂ©orgiennes, sud-ossĂštes et russes fut crĂ©Ă©e sous le nom Mission JPKF pour contrĂŽler l'application du cessez-le-feu[15]. Une commission comprenant Russes, Nord-OssĂ©tes, Sud-OssĂ©tes et GĂ©orgiens, sous la prĂ©sidence de la CEI, fut Ă©galement mise sur pied pour discuter du statut de la rĂ©gion. Cette commission sera dĂ©noncĂ©e comme inĂ©galitaire par les GĂ©orgiens car comprenant trois parties supposĂ©s favorables aux Sud-OssĂ©tes[15].

Groupes ethno-linguistiques du Caucase.

Des incidents frontaliers entre les forces gĂ©orgiennes et sud-ossĂštes eurent lieu rĂ©guliĂšrement pendant les annĂ©es 1990 jusqu'Ă  la RĂ©volution des Roses (novembre 2003), qui mit Mikheil Saakachvili, un pro-occidental, Ă  la tĂȘte de la GĂ©orgie. De son cĂŽtĂ©, Moscou crĂ©a une situation inĂ©dite en OssĂ©tie du Sud en proposant aux habitants des passeports russes, en vertu de l'article 14, alinĂ©a 1b de la "Loi sur la nationalitĂ© de la FĂ©dĂ©ration de Russie", qui stipule, entre autres que tout citoyen de l'URSS n'ayant pas acceptĂ© la nationalitĂ© de son nouveau pays et de ce fait se trouvant apatride, peut demander la nationalitĂ© de la FĂ©dĂ©ration de Russie[17],[15]. Le dĂ©part du pouvoir de l'ancienne gĂ©nĂ©ration des apparatchiks soviĂ©tiques et l'arrivĂ©e de dirigeants pro-occidentaux, demandant ouvertement l'adhĂ©sion Ă  l'OTAN[18] et la rĂ©unification du pays[15], augmenta la tension d'un cran entre Tskhinvali et Tbilissi, de mĂȘme qu'entre la GĂ©orgie et la Russie. DĂšs le 18 aoĂ»t 2004, de graves clashs militaires entre les forces indĂ©pendantistes et l'armĂ©e gĂ©orgienne se dĂ©roulĂšrent dans le village de Trianakhana, qui fut briĂšvement rĂ©cupĂ©rĂ© par les troupes de Tbilissi. Le lendemain, les affrontements continuaient, faisant 16 morts du cĂŽtĂ© gĂ©orgien et plusieurs dizaines du cĂŽtĂ© sud-ossĂšte, tandis que Trianakhana revenait dans les mains des sĂ©paratistes aprĂšs un nouveau cessez-le-feu.

La facile récupération de la région sécessionniste d'Abjarie en 2004 conforte le gouvernement de Mikheil Saakachvili dans la possibilité d'unifier de nouveau le pays. Il demande à l'OSCE, à l'OTAN ou à l'ONU de remplacer les casques bleus russes en poste dans la capitale sans exclure l'option militaire[15]. Les puissances européennes s'inquiétÚrent cependant davantage des dépenses militaires croissantes des trois pays caucasiens. Pour la Géorgie, elles passÚrent ainsi de 513 à 957 millions de laris de 2006 à 2007 (sur un revenu total de 3,7 milliards de laris)[18]. L'Union européenne (UE) par la voix de sa Commissaire aux relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner, s'exprima publiquement sur le sujet[19].

Les tensions frontaliĂšres diminuĂšrent un peu par la suite, et en novembre 2006, des Ă©lections lĂ©gislatives furent organisĂ©es dans la province sĂ©paratiste. Edouard KokoĂŻty, leader de la rĂ©publique autoproclamĂ©e depuis 2001, fut rĂ©Ă©lu avec 98,1% des suffrages exprimĂ©s. Tbilissi dĂ©cida de rĂ©pondre en organisant des « Ă©lections alternatives Â» dans les rĂ©gions toujours contrĂŽlĂ©es par le gouvernement central. Dmitiri Sanakoev devint ainsi prĂ©sident des territoires ossĂ©tes sous contrĂŽle gĂ©orgien[15].

Troupes d'Ă©lite gĂ©orgiennes attaquant une colline oĂč se sont retranchĂ©s des miliciens sud-ossĂštes

Depuis 2002, les Sud-OssĂštes possĂšdent des passeports russes, et la sĂ©paration des « communautĂ©s Â» serait telle qu'en OssĂ©tie du Sud, les « OssĂštes Â» et les « GĂ©orgiens Â» auraient dĂ©veloppĂ© certains chemins et axes routiers diffĂ©rents afin de s'Ă©viter et chaque « communautĂ© Â» aurait son propre rĂ©seau de gaz et d'Ă©lectricitĂ©[20]. Ces tensions ethniques exacerbĂ©es sont interprĂ©tĂ©es par certains chercheurs en sciences sociales comme une consĂ©quence de la politique soviĂ©tique des nationalitĂ©s, qui serait utilisĂ©e aujourd'hui encore par le pouvoir russe[21], d'autres avancent que ces conflits ont longtemps Ă©tĂ© Ă©touffĂ©s par la mainmise soviĂ©tique, et qu'ils se sont rĂ©veillĂ©s aux lendemains de la chute de l'URSS[22]. À l'opposĂ©, des tĂ©moignages indiquent une circulation normale de GĂ©orgiens en OssĂ©tie du Sud notamment autour de Tskhinvali jusqu'au dĂ©but du conflit[23].

La Russie d'un cĂŽtĂ© et la GĂ©orgie aidĂ©e par les États-Unis depuis 2002, de l'autre, se seraient prĂ©parĂ©es Ă  une guerre Ă©ventuelle au sujet des deux rĂ©gions sĂ©paratistes gĂ©orgiennes (OssĂ©tie du Sud et Abkhazie), et il semble que tous les protagonistes s'attendaient depuis longtemps Ă  l'Ă©mergence d'un nouvel affrontement armĂ© ; la prĂ©sence de troupes russes du gĂ©nie, dĂ©ployĂ©es au printemps en Abkhazie pour rĂ©parer la voie ferrĂ©e abkhaze (le tronçon entre Otchamtchira, serait un indice de prĂ©paratifs[20]). Cependant, les prĂ©parations gĂ©orgiennes sont tout aussi importantes avec, outre l'augmentation considĂ©rable du budget militaire, la construction de deux nouvelles bases (Ă  Senaki et Ă  Gori) prĂšs des deux rĂ©gions sĂ©cessionnistes[24].

La GĂ©orgie a accueilli quelques soldats amĂ©ricains en 2002 dans le cadre de la "guerre contre le terrorisme", et Ă  l'Ă©poque, Poutine avait dĂ©clarĂ© qu'il n'y voyait « aucune tragĂ©die Â». Depuis l'armĂ©e gĂ©orgienne s'Ă©tait Ă©quipĂ©e en matĂ©riel amĂ©ricain, israĂ©lien, tchĂšque, ukrainien et turc et a fait entraĂźner ses militaires professionnels (37 000 hommes) par l'armĂ©e amĂ©ricaine et des conseillers amĂ©ricains, israĂ©liens, français, polonais, ukrainiens et nĂ©erlandais[25],[26] et pourrait ĂȘtre informĂ©e en continu des concentrations de troupes russes dans le Nord du Caucase par les renseignements amĂ©ricains qui surveillent la rĂ©gion par satellite[20],[27].

Les relations russo-ossÚtes, osséto-géorgiennes et russo-géorgiennes de la Révolution des Roses à la Guerre

Le concert de Valery Gergiev avec l’Orchestre du Theatre Mariinsky Ă  Tskhinvali. Des cierges symbolisent les victimes des bombardements gĂ©orgiens.
Protestation géorgienne contre la politique de Moscou

Depuis l'arrivée d'un pouvoir pro-occidental à Tbilissi en 2004, l'Ossétie du Sud est devenue un enjeu politique entre le président géorgien Saakachvili, qui souhaite la réintégration des régions sécessionnistes au sein du territoire de la Géorgie, et les indépendantistes ossÚtes, majoritaires en Ossétie du Sud (le choix de l'indépendance fut validé par deux référendums, en 1992 et en 2006), qui souhaitent une indépendance non seulement de facto, mais aussi de jure[28].

De son cÎté, la Fédération de Russie, qui joue le rÎle de médiateur en vertu d'un accord international et qui dispose de troupes en Ossétie du Sud, ne fait pas d'avancées pour résoudre la situation, ni dans un sens, ni dans un autre. En avril 2008, Vladimir Poutine signe un décret autorisant l'établissement de relations officielles entre la Russie et les entités sécessionnistes géorgiennes, et ne se laissera pas convaincre de revenir sur sa décision par le président géorgien[20]. Les indépendantistes d'Ossétie du Sud souhaitent également une réunification avec l'Ossétie du Nord, mais ni la Fédération de Russie, ni l'OSCE et encore moins la Géorgie ne soutiennent cette solution[29].

Ordre de bataille

GĂ©orgie

Article principal : ArmĂ©e gĂ©orgienne.

Front osséte

  • 2e, 3e et 4e brigades d'infanterie mĂ©canisĂ©e (10 bataillons et 12 000 hommes Ă  elles trois).
  • Brigade d'artillerie Ă  Gori.
  • Bataillon de chars Ă  Gori.
  • UnitĂ©s des forces spĂ©ciales.

Le plan géorgien est d'envoyer la 4e brigade d'infanterie prendre Tskhinvali tandis que les 2e et 3e brigades sont chargés de la soutenir[30]. La brigade d'artillerie et le bataillon de chars sont placés à Gori pour fournir le soutien nécessaire à l'infanterie[30].

La meilleure unité géorgienne, la 1re brigade est située en Irak lors du début des hostilités. Elle sera transportée via un pont aérien américain mais trop tard pour participer aux combats[31].

Front abkhaze

Le front abkhaze est relativement dégarni par rapport au front osséte. La cinquiÚme brigade d'infanterie mécanisée (2 500 hommes) y est déployée. Cependant, cette unité est alors en cours de formation.

Flotte

DĂ©but aoĂ»t 2008, la flotte gĂ©orgienne compte 19 navires :

  • Vedette lance-missiles Dioskuria issue d'une vedette grecque de la classe La Combattante IIa.
  • Vedette lance-missiles Tbilisi de la classe soviĂ©tique Matka.
  • Patrouilleur Aeti issu de l'ancien chasseur de mines allemand M-1085 Minden.
  • 16 autres patrouilleurs plus petits qui, comme le Aeti, ne sont pas armĂ©s de missiles mais seulement de canons ou de mitraileuses lourdes.

Abkhazie, Ossétie du Sud et Russie

BMP-2 de la 58e armée russe du District militaire du Nord-Caucase lors de ce conflit.

Front ossĂšte

  • 600 soldats chargĂ©s du maintien du cessez-le-feu du 135e rĂ©giment d'infanterie mĂ©canisĂ©e de la 58e armĂ©e.
  • Deux autres bataillons du 135e rĂ©giment d'infanterie mĂ©canisĂ©e de la 58e armĂ©e.
  • 503e et 699e rĂ©giments d'infanterie mĂ©canisĂ©e de la 19e division d'infanterie mĂ©canisĂ©e.
  • 70e et 71e rĂ©giments d'infanterie mĂ©canisĂ©e de la 42e division d'infanterie mĂ©canisĂ©e.
  • 104e et 234e rĂ©giments parachutistes de la 76e d'assaut aĂ©roportĂ©e de la garde.
  • UnitĂ©s du GRU :
    • 45e rĂ©giment de reconnaissance.
    • 10e et 22e brigades Spetsnaz.
    • Une compagnie du bataillon spĂ©cial Vostok et une autre du bataillon spĂ©cial Zapad de la 42e division d'infanterie mĂ©canisĂ©e.
  • Milice sud-ossĂ©te (environ 2 500 hommes avant la guerre).

Front abkhaze

  • Forces armĂ©es (terrestres et aĂ©riennes) d'Abkhazie.
  • 131e brigade d'infanterie motorisĂ©e.
  • 7e et 76e divisions aĂ©riennes.

Flotte

Article connexe : Flotte de la mer Noire.
  • Croiseur classe Slava RFS Moskova.
  • Destroyer Smetlivy classe Kashin.
  • Navire de transport Saratov classe Alligator.
  • Navire de transport Caesar Kunikov et Yamal classe Ropucha I.
  • Corvettes de lutte anti-sous-marine Kasimov, Povorino et Suzdalets de la classe Grisha V.
  • Corvette Mirazh de la classe Nanuchka III.
  • Quelques autres navires comme des chasseurs de mines.

Chronologie

L'établissement de la chronologie des faits de la DeuxiÚme Guerre d'Ossétie du Sud est difficile et compliqué par les déclarations de propagande des deux cÎtés (faux mouvements de troupes, génocides... etc.). Les témoignages les plus précis n'ont ainsi été recensés que plusieurs semaines aprÚs les événements.

Avant le 7 août

Les tensions nationalistes existent depuis 1989 et une premiĂšre guerre a eu lieu entre janvier 1991 et mi-1992 faisant environ 3 000 morts lors de la sĂ©cession de l'OssĂ©tie du Sud de la GĂ©orgie[32].

Il semble qu'il y ait toujours eu rĂ©guliĂšrement des « incidents Â» entre les sĂ©paratistes ossĂštes et les forces gĂ©orgiennes depuis 1992. De nouveaux incidents Ă©clatent en juillet et surtout le 1er aoĂ»t entre sĂ©paratistes ossĂštes et forces rĂ©guliĂšres gĂ©orgiennes[33]. Les Ă©changes de tirs survenus dans la nuit du 1 au 2 aoĂ»t 2008 Ă  la frontiĂšre ossĂ©to-gĂ©orgienne auraient fait six morts et 15 blessĂ©s cĂŽtĂ© sud-ossĂšte. D'aprĂšs le commandement des Forces mixtes de maintien de la paix dans la rĂ©gion, l'affrontement aurait Ă©tĂ© provoquĂ© par la partie gĂ©orgienne[34]. Au bout du compte les deux parties s'en rejettent mutuellement la responsabilitĂ© dans une sorte de guerre mĂ©diatique. Des combats ont lieu les jours suivants le long de la frontiĂšre : des soldats sont tuĂ©s, des villages pilonnĂ©s Ă  l'arme lourde[20]. Une tentative de nĂ©gociation aurait eu lieu le 6 aoĂ»t entre ces belligĂ©rants et les forces de la mission JPKF de maintien de la paix de la CEI (Ă  prĂ©pondĂ©rance russe)[20], un cessez-le-feu est conclu dans la journĂ©e du 7 aoĂ»t. Dans la soirĂ©e, le gouvernement gĂ©orgien accuse les sĂ©paratistes ossĂštes d'avoir violĂ© le cessez-le-feu[35] et aurait Ă©tĂ© informĂ© qu'une colonne russe de 150 blindĂ©s Ă©tait en train d'entrer dans le tunnel de Roki, information semble-t-il transmise par un satellite amĂ©ricain. Moscou niera l'existence de ce mouvement de troupes[20].

PremiĂšre semaine

Colonne blindée de l'armée russe en Ossétie du Sud.
Membres du bataillon Vostok. Une unité Spetsnaz du GRU habituellement stationné en Tchétchénie lors de leur intervention en Géorgie.

Nuit du 7 au 8 août et vendredi 8 août

Manifestation devant l'ambassade russe à Tbilissi le 8 août 2008.

À 23h10, le gouvernement gĂ©orgien informe le gĂ©nĂ©ral commandant les forces russes de son intention de rĂ©tablir "l'ordre constitutionnel" par la force[36]. Vers 23h40, deux soldats russes de la force de maintien de la paix sont tuĂ©s par une grenade[36]. Plusieurs salves de lance-roquettes multiples[37] dĂ©truisent ensuite et incendient les bĂątiments occupĂ©s par les Russes. 18 soldats russes sont tuĂ©s[36]. Les soldats russes de la force de maintien de la paix, dĂ©pourvus de chars[38], parviennent cependant Ă  rĂ©sister et les GĂ©orgiens ne peuvent s'emparer que des deux tiers de la ville. A 23h56, le ministĂšre gĂ©orgien annonce que l'assaut a commencĂ©[36]. GrĂące aux photos satellite de la ville de Tskhinvali, ville de 20 000 habitants, prise le 19 aoĂ»t 2008, l'UNOSAT, une agence de l'ONU, estime les dĂ©gĂąts (bombardements, prise de la ville) dans l'agglomĂ©ration de celle-ci Ă  346 bĂątiments dĂ©truits et 92 gravement endommagĂ©s ; le village de Tamarasheni, au nord de la capitale de la province sĂ©paratiste ossĂšte, Ă©tant de loin le plus affectĂ©[39].

Les Russes étaient informés d'importants préparatifs géorgiens depuis environ 21h et le président russe, Dmitri Medvedev, fut prévenu vers 22h[36]. Celui-ci ordonna à Grigori Karassine de contacter Mikheil Saakashvili. Il ne parvint qu'à avoir le diplomate américain Dan Fried qui lui assura que les Américains cherchaient à reprendre le contrÎle de la situation[36]. Cependant, à partir de 2h06, les efforts de paix ne sont plus à l'ordre du jour. Le tunnel de Roki, négligé par les Géorgiens, est sécurisé et des renforts estimés entre 5 500 et 10 000 hommes (issus de la 58e armée, stationnée dans le district militaire du Nord-Caucase renforcés par des unités de la 76e division d'assaut aéroportée de la garde et de la 98e division aéroportée) sont mobilisés[40],[41]alors que les premiers raids aériens sont lancés. 7000 à 10 000 autres soldats russes seront aussi envoyés en Abkhazie[36]. L'essentiel des renforts russes de la 58e armée n'arrivera cependant que le 9 août au soir[38]. Des armes à sous-munitions sont utilisées par les Russes au cours de leurs attaques aériennes[36].

La propagande des deux camps se met aussitÎt en marche pour faire accuser l'autre bord d'avoir déclenché les hostilités. Les Russes parlent de plus de 1 500 morts civils dans les bombardements de la capitale sud-osséte[42] alors que les Géorgiens dénoncent le passage des troupes russes dans le tunnel de Roki comme faisant partie d'un plan délibéré. Rapidement, les deux camps s'accusent de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité [43], [44].

Les hackers russes mÚnent une attaque informatique sur les principaux serveurs géorgiens[45],[46].

Dans la nuit du 8 au 9 août, l'aviation russe frappe la base navale et le port commercial de Poti[47].

Samedi 9 août

Réfugiés ossÚtes venant d'Ossétie du Sud au camp de réfugiés prÚs de Alaguir, Ossétie du Nord, Russie.
Carte du dispositif militaire géorgien et des bombardements de l'armée de l'air russe.

Un bombardier Tu-22M, sans doute une version de reconnaissance Tu-22MR[48], et un chasseur Su-25 s'Ă©crasent, selon un bilan de l'armĂ©e russe du 9 aoĂ»t[49] ; un des pilotes est capturĂ©.

Dans Tskhinvali, les combats se poursuivent. Les forces gĂ©orgiennes repoussent dans la matinĂ©e les forces russes et ossĂ©tes vers le nord de la ville. Cependant, leur avance est stoppĂ©e le soir par l'arrivĂ©e des premiers renforts russes[50]. Cette arrivĂ©e de renforts permet de rĂ©Ă©quilibrer les moyens terrestres des deux camps puisque les Russes y disposent dĂ©sormais de chars, d'artillerie, de dĂ©fenses anti-aĂ©riennes et de l'infanterie nĂ©cessaire Ă  l'attaque des batteries sol-air gĂ©orgiennes[50]. En revanche, la situation de l'armĂ©e gĂ©orgienne sur le front ossĂ©te, oĂč elle dispose encore d'une supĂ©rioritĂ© numĂ©rique, se complique sĂ©rieusement Ă  cause des raids aĂ©riens qui la coupent de sa base arriĂšre de Gori et de ses nombreuses pertes de matĂ©riel[50].

Selon les autoritĂ©s russes, environ 30 000 rĂ©fugiĂ©s ont franchi la frontiĂšre russe en 36 heures[51].

L'Abkhazie, autre province séparatiste, entre à son tour en guerre contre la Géorgie, cherchant à reprendre le contrÎle des gorges de Kodori, seul territoire abkhaze resté sous contrÎle de Tbilissi, et détruisant la seule route qui relie la province à la capitale géorgienne. La Géorgie décrÚte alors l'état de guerre, instaure la loi martiale pour quinze jours, et commence à chercher un accord de cessez-le-feu[52]. La mission d'observation des Nations unies en Géorgie a été priée par l'Abkhazie de retirer ses observateurs de la vallée de Kodori[53].

L'aviation russe a bombardé des cibles militaires dans la banlieue de la ville géorgienne de Gori. L'attaque aurait également fait des victimes parmi les civils[54], ce que la Russie dément[55].

Dimanche 10 août

Réfugiée géorgienne venant d'Ossétie du Sud devant le parlement de Tbilissi.

Fin des combats Ă  Tskhinvali avec l'arrivĂ©e de tous les renforts russes. Les forces gĂ©orgiennes prĂ©sentes dans la ville, durement Ă©prouvĂ©es, s'enfuient prĂ©cipitamment en abandonnant armes et munitions[38]. La GĂ©orgie redouble alors ses efforts pour obtenir un cessez-le-feu. Le ministĂšre gĂ©orgien de l'IntĂ©rieur annonce que l'armĂ©e gĂ©orgienne s'est retirĂ©e de l'OssĂ©tie du Sud[56], mais le MinistĂšre des Affaires Ă©trangĂšres de la Russie ne confirme pas cette information[57]. La marine russe entre dans les eaux gĂ©orgiennes pour instaurer un blocus des ports gĂ©orgiens et empĂȘcher la livraison d'armes aux GĂ©orgiens, notamment en provenance d'Ukraine. La marine gĂ©orgienne tente de s'opposer au mouvement en lançant un petit groupe de quatre navires Ă  la rencontre de la flotte russe. Celle-ci s'impose facilement en coulant un navire gĂ©orgien (qui sera annoncĂ© Ă  tort comme la vedette lance-missile Dioskuria) et en endommageant un autre[58],[59].

Les belligĂ©rants poursuivent leur guerre de l'information, s'accusant mutuellement de « gĂ©nocide Â», « crimes de guerre Â», « destructions Â», et prĂ©tendant l'un et l'autre maĂźtriser le terrain[60].

Lundi 11 août

Soldats russes du bataillon Vostok en Ossétie du Sud

La Russie continue son opĂ©ration militaire, en contestant le cessez-le-feu et le retrait des troupes gĂ©orgiennes. La Russie a en outre renforcĂ© sa prĂ©sence militaire en Abkhazie, et compterait plus de 9 000 hommes et 350 blindĂ©s dans cette rĂ©gion, d'aprĂšs l'agence de presse Interfax. La perte de deux autres Su-25 russes a Ă©tĂ© confirmĂ©e[61]. Le prĂ©sident amĂ©ricain George Bush condamne « fermement Â» les bombardements hors de l'OssĂ©tie du sud, et Dick Cheney a dĂ©clarĂ© que les États-Unis « Ă©taient solidaires de la GĂ©orgie et que l'agression russe, non seulement contre des soldats mais aussi contre des civils, ne resterait pas sans rĂ©ponse[62] Â». Le port de Poti, siĂšge de la marine gĂ©orgienne, est pris sans combat par l'armĂ©e russe alors que les principales unitĂ©s gĂ©orgiennes sont en pleine dĂ©route. Sur le front abkhaze, la base militaire de Senaki est prise presque sans combats par les parachutistes russes. Deux hĂ©licoptĂšres gĂ©orgiens sont abattus dans l'offensive[63]. Ce mouvement permet de menacer les arriĂšres des forces gĂ©orgiennes qui occupent encore la vallĂ©e de Kodori.

En fin de journée, la Géorgie accuse la Russie d'envahir son territoire[64].

Selon le porte-parole de la diplomatie russe Boris Malakhov, « la prĂ©sence militaire russe en OssĂ©tie du Sud ne sera pas rĂ©duite avant le retrait intĂ©gral des troupes gĂ©orgiennes du territoire sud-ossĂšte[65] Â». À l'ONU, un plan de paix prĂ©parĂ© par les États-Unis et l'Europe a Ă©tĂ© rejetĂ© par la Russie, celle-ci expliquant « Nous avons des exigences : le retrait des GĂ©orgiens d'OssĂ©tie du Sud, et l'engagement de non-recours Ă  la force de la part de Tbilissi en OssĂ©tie du Sud ou en Abkhazie[66] Â».

Mardi 12 août

Soldats géorgiens quittant l'Ossétie du Sud lors de la retraite

Moscou annonça un chiffre de 1 600 victimes civiles en OssĂ©tie du Sud. Des observateurs confirmeront ce chiffre[38]. Plus de 34 000 Sud-OssĂštes auraient quittĂ© la rĂ©gion, et 74 soldats de la paix russes ont trouvĂ© la mort[67].

Les combats du jour voient la désintégration de l'armée géorgienne. Le matin, les troupes qui défendaient la vallée de Kodori, coupée de leur base de Senaki depuis la veille, sont rapidement et facilement submergés par les Russes et les Abkhazes[68]. Enfin, vers 17h, les troupes géorgiennes encore en état de combattre devant Gori s'enfuient en désordre et abandonnent le reste de leur matériel[68].

En fin de matinĂ©e, le prĂ©sident de la Russie annonce la dĂ©cision de terminer l'opĂ©ration militaire comme ayant atteint tous ses objectifs. Les « forces de maintien de la paix Â» resteront sur le territoire d'OssĂ©tie du Sud pour garantir un cessez-le-feu[69].

Cependant, dans l'aprÚs-midi, le gouvernement géorgien affirme que des bombardements continuent en Géorgie et annonce le retrait de son pays de la CEI[70].

La FĂ©dĂ©ration de Russie a arrĂȘtĂ© son avancĂ©e en GĂ©orgie, sur ordre de son prĂ©sident, lequel dĂ©clare que son armĂ©e a atteint tous ses objectifs. Mais, pour protĂ©ger l'OssĂ©tie du sud et l'Abkhazie (toujours selon le prĂ©sident russe), les troupes resteront oĂč elles sont jusqu'Ă  la stabilisation de la situation[71], tandis que la mĂ©diation du prĂ©sident français Sarkozy pour un plan de paix de l'UE est acceptĂ©e par les deux parties[72].

Sarkozy et Medvedev arrivent Ă  formuler un plan de paix en 6 points[73],[74] :

  1. le non-recours Ă  la force armĂ©e ;
  2. la cessation des opĂ©rations militaires ;
  3. le libre accĂšs Ă  l'aide humanitaire ;
  4. le retour des troupes géorgiennes dans leur lieu de cantonnement habituel
  5. le retrait des troupes russes sur les lignes antĂ©rieures au dĂ©clenchement des hostilitĂ©s ; dans l'attente d'un mĂ©canisme international, les forces de paix russes mettront en Ɠuvre des mesures additionnelles de sĂ©curitĂ©.
  6. le lancement de discussions internationales sur le statut de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie et leur sécurité.

Dans la nuit du 12 au 13 août, le point n° 6 a été rejeté par le président géorgien, cette modification ayant été acceptée par le président russe[75]. Des phrases de ce plan de paix aux formulations assez ambiguës sont interprétées de maniÚres différentes par les deux parties[76].

Cinq villages en OssĂ©tie du Sud peuplĂ© de GĂ©orgiens autour de Tskhinvali ont Ă©tĂ© dĂ©truits Ă  50 % par des milices ossĂštes entre le 10 et 22 aoĂ»t[77],[78].

Mercredi 13 août

En fin de matinĂ©e, les prĂ©sidents de cinq pays d'Europe de l'Est — la Pologne, l'Ukraine et les trois États baltes — se rendent Ă  Tbilissi pour soutenir la GĂ©orgie[79].

Dans l'aprÚs-midi, une rumeur fait état d'une colonne de chars russes faisant route vers la capitale de la Géorgie, Tbilissi, en dépit du cessez-le-feu conclu sous l'égide de Sarkozy et de la présence d'unités de l'armée russe à Gori. L'avancée vers Tbilissi n'est cependant qu'une rumeur car les troupes russes cessent leurs avances peu aprÚs la prise de Gori et de sa base militaire[80].

La dizaine de navires militaires géorgiens présents à Poti, surtout de petits patrouilleurs, furent sabordés par les forces russes le 13 août. Quatre ont totalement coulé, les autres à moitié. De nombreux équipements furent pris par les Russes[47].

Pour éviter les conflits ultérieurs, Moscou a proposé de rediscuter le statut de ce territoire séparatiste géorgien au niveau international. Mais Tbilissi exclut toute discussion à ce sujet[81].

Les dirigeants d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud signent le plan de paix de six points élaboré par Sarkozy et Medvedev.

Jeudi 14 août

Les républiques séparatistes d'Ossétie du Sud et d'Abkhazie approuvent le plan de paix de l'UE[82]. Les forces russes neutralisent le matériel militaire géorgien sur plusieurs sites et bases militaires. Le Parlement géorgien a voté en ce jour la sortie unilatérale de la CEI, qui a pris effet immédiatement.

DeuxiĂšme semaine

Carte des zones occupées par l'armée russe le 15 août
Vendredi 15 août

Le plan de cessez-le-feu est signĂ© par la GĂ©orgie. Cependant, la question de l'OssĂ©tie et celle de l'Abkhazie demeurent ouvertes. Le prĂ©sident gĂ©orgien, Saakachvili, s'opposant toujours Ă  ce qu'une « part significative Â» de son pays reste occupĂ©e par la Russie[83].

Samedi 16 août

L'armĂ©e russe affirme avoir mis la main sur plus de cent blindĂ©s gĂ©orgiens, dont 65 chars et cinq vĂ©hicules armĂ©s de missiles sol-air, dans la « zone de conflit entre la GĂ©orgie et l'OssĂ©tie du Sud Â». Elle reste dĂ©ployĂ©e entre Gori et Tbilissi[84].

Dimitri Medvedev signe l'accord de cessez-le-feu[85].

Un pont ferroviaire stratĂ©gique a Ă©tĂ© dĂ©truit Ă  Kaspi Ă  12 h 20, Ă  environ 45 km Ă  l'Ouest de Tbilissi. La GĂ©orgie accuse la Russie de cet acte coupant les liaisons ferroviaires entre l'est et l'ouest de son territoire, l'armĂ©e russe dĂ©ment[86]. En rĂ©action, l'AzerbaĂŻdjan a suspendu ses exportations de pĂ©trole via des ports de la GĂ©orgie[87].

Dimanche 17 août

D'aprÚs le quotidien américain The New York Times, l'armée russe aurait déployé des missiles SS-21 en Ossétie du Sud, ce que l'administration américaine interpréterait plus comme une démonstration de force que comme un indice d'une volonté d'invasion[88].

Les diplomaties amĂ©ricaine et europĂ©ennes argumentent, menacent et « haussent le ton[89] Â» afin d'obtenir un retrait rapide des forces russes du territoire gĂ©orgien, et le prĂ©sident russe a annoncĂ© Ă  Sarkozy que lundi 18 aoĂ»t marquera le dĂ©but du « retrait du contingent militaire envoyĂ© en renfort aux forces de maintien de la paix russes Ă  la suite de l'agression gĂ©orgienne contre l'OssĂ©tie du Sud[90]. Â»

Lundi 18 août

D'aprÚs les autorités russes, le contingent se replie mais des témoins géorgiens et les autorités américaines prétendent le contraire.

Mardi 19 août

Les vingt-six ministres des affaires étrangÚres des pays membres de l'OTAN se retrouvent à Bruxelles, pour une réunion convoquée à la demande de Washington.

La secrĂ©taire d'État amĂ©ricaine, Condoleezza Rice, souhaiterait que les pays de l'OTAN rĂ©affirment les perspectives d'adhĂ©sion Ă  l'Alliance de la GĂ©orgie et de l'Ukraine, afin d'empĂȘcher Moscou d'atteindre son « objectif stratĂ©gique Â», Ă  savoir l'arrĂȘt de l'Ă©largissement de l'OTAN dans « sa zone d'influence[91] Â». Moscou et l'OTAN se menacent de « consĂ©quences Â».

La Russie a rejeté le projet de résolution de l'ONU au motif qu'il ne mentionne pas spécifiquement les six points de l'accord de paix accepté par Tbilissi et Moscou. Le président russe a annoncé que le retrait des troupes russes (conforme à l'accord de paix) sera achevé jeudi 21 ou vendredi 22 août[92].

Un premier échange de prisonniers, 15 Géorgiens contre 5 Russes, a eu lieu à une quarantaine de kilomÚtres de Tbilissi sous la médiation de l'ambassadeur de France[93].

Mercredi 20 août

La propagande de guerre continue. Moscou annonce que ses troupes se replient, mais d'aprĂšs le ministĂšre gĂ©orgien de l'IntĂ©rieur « aucun char, aucun soldat russe n'a quittĂ© la GĂ©orgie Â», et d'aprĂšs une dĂ©pĂȘche de l'AFP, les militaires russes fortifient leurs positions Ă  l'aide de blocs en bĂ©ton sur les points de contrĂŽle autour de la ville de Gori[94]. Les Russes quant Ă  eux reprochent Ă  la GĂ©orgie de poursuivre la consolidation de ses forces armĂ©es autour de l'OssĂ©tie du Sud[95].

Jeudi 21 août

Un meeting est organisĂ© Ă  Tskhinvali par le prĂ©sident actuel de l'OssĂ©tie du Sud, Edouard KokoĂŻty. Celui-ci y rĂ©affirme sa volontĂ© d'une OssĂ©tie indĂ©pendante qui comprendrait et l'OssĂ©tie du Sud (gĂ©orgienne, 70000 habitants) et l'OssĂ©tie du Nord (russe, 300000 habitants), et demande l'accord de Moscou[96]. Par ailleurs, les Russes ont suspendu leur coopĂ©ration militaire avec l'OTAN[97], l'accusant d'avoir « provoquĂ© Â» le conflit[98].

TroisiĂšme semaine

Vendredi 22 août

Moscou affirme avoir retirĂ© ses troupes ainsi que le spĂ©cifiait le plan de paix, Washington et Paris affirment le contraire. Le porte-parole du ministĂšre de l'intĂ©rieur gĂ©orgien a dĂ©clarĂ© « En ce qui concerne le district de Gori, je peux confirmer que les forces russes ont accĂ©lĂ©rĂ© le rythme de leur retrait. Malheureusement je ne peux pas dire la mĂȘme chose au sujet de la GĂ©orgie occidentale, oĂč nous ne voyons aucun repli Â». Les forces russes entendraient garder le contrĂŽle « permanent Â» de certaines « zones tampons Â» entre l'OssĂ©tie du Sud et la GĂ©orgie, « permanence Â» qui ne serait pas acceptĂ©e par des gouvernements europĂ©ens[99].

Le vice-ministre géorgien de la défense, Batu Kutelia, a reconnu dans une interview, publiée vendredi par le quotidien londonien Financial Times, que son pays ne s'attendait pas à la réplique militaire de la Russie[100].

Samedi 23 août

Moscou d'un cÎté, Washington, Paris et Londres de l'autre, s'opposent toujours sur la conformité du retrait russe avec le plan de paix[101]. L'OTAN proteste officiellement auprÚs de la Russie[102].

Dimanche 24 août

La mĂȘme opposition persiste entre les capitales occidentales et Moscou au sujet du retrait des troupes russes, notamment autour du port de Poti[103]. Moscou accuse la GĂ©orgie de masser des troupes Ă  la frontiĂšre de l'OssĂ©tie du Sud, la GĂ©orgie accuse la Russie d'avoir sabotĂ© des infrastructures civiles et militaires gĂ©orgiennes avant le dĂ©part de ses troupes. ArrivĂ©e, dans le port gĂ©orgien de Batoumi (au sud-ouest), d'un destroyer amĂ©ricain « chargĂ© de matĂ©riel humanitaire Â», ainsi que d'une dizaine d'avions militaires amĂ©ricains acheminant de « l'aide humanitaire[104] Â».

Lundi 25 août

Les parlements de l'OssĂ©tie du Sud et de l'Abkhazie ont officiellement demandĂ© Ă  Moscou de reconnaĂźtre leur indĂ©pendance. RĂ©unis lundi en session extraordinaire, le Conseil de la FĂ©dĂ©ration et la Douma ont approuvĂ© la demande de reconnaissance adressĂ©e au prĂ©sident Medvedev[105]. La Douma a appelĂ© les pays de l'ONU et les organisations internationales Ă  reconnaĂźtre l'indĂ©pendance de l'Abkhazie et de l'OssĂ©tie du Sud vis-Ă -vis de la GĂ©orgie[106]. Les États-Unis ont qualifiĂ© ce vote d'« inacceptable Â», et le prĂ©sident Bush a dĂ©clarĂ© « J'appelle les dirigeants de la Russie Ă  ĂȘtre fidĂšles Ă  leurs engagements de ne pas reconnaĂźtre ces rĂ©gions sĂ©paratistes[107] Â».

Mardi 26 août

Le prĂ©sident russe signe les dĂ©crets sur la reconnaissance de l'indĂ©pendance de l'OssĂ©tie du Sud et de l'Abkhazie. La GĂ©orgie dĂ©nonce une « annexion[108] Â». Durant son discours, Dmitri Medvedev a dĂ©clarĂ© « Tbilissi [capitale de la GĂ©orgie] a fait son choix dans la nuit du 7 au 8 aoĂ»t. Saakachvili a choisi le gĂ©nocide pour atteindre ses objectifs politiques Â», puis « Il a ainsi fait une croix sur tous les espoirs de cohabitation pacifique des OssĂštes, Abkhazes et GĂ©orgiens dans un mĂȘme État Â», ainsi que « Nous comprenons qu'aprĂšs ce qui s'est passĂ© Ă  Tskhinvali et ce qui Ă©tait planifiĂ© en Abkhazie, les peuples d'OssĂ©tie du Sud et d'Abkhazie ont le droit de dĂ©cider eux-mĂȘmes de leur sort Â». Plus tard, aprĂšs que de nombreuses capitales occidentales (de l'UE et des États-Unis), l'OTAN et l'OSCE eurent condamnĂ© cette dĂ©cision, le prĂ©sident russe a dĂ©clarĂ© « Nous n'avons peur de rien, y compris d'une guerre froide. Bien sĂ»r, nous ne la voulons pas. Si les Occidentaux veulent conserver de bonnes relations avec la Russie, ils comprendront les raisons de notre dĂ©cision[109],[13]. Â».

Mercredi 27 août

Dans le Financial Times, Dmitri Medvedev publie une tribune dans laquelle il estime que la reconnaissance de cette indĂ©pendance est « fondĂ©e sur le droit international[110],[111] Â».

Jeudi 28 août

Suite au dĂ©cret prĂ©sidentiel russe reconnaissant l'indĂ©pendance de l'OssĂ©tie du Sud et de l'Abkhazie, et Ă  l'article publiĂ© la veille par le prĂ©sident russe, Dmitri Medvedev, le prĂ©sident gĂ©orgien fait paraĂźtre une tribune dans le Financial Times, oĂč il dĂ©nonce la tentative russe de « redessiner la carte de l'Europe par la force[112] Â».

Les pays membres l'OCS — la Chine, la Russie et quatre des cinq ex-rĂ©publiques soviĂ©tiques d'Asie centrale : Kazakhstan, Kirghizistan, OuzbĂ©kistan, Tadjikistan — ont apportĂ© leur soutien Ă  la Russie dans un communiquĂ© signĂ© par leurs prĂ©sidents au cours d'un sommet rĂ©gional, en soulignant le « rĂŽle actif Â» de la Russie dans la « rĂ©solution Â» du conflit avec la GĂ©orgie[113].

QuatriĂšme semaine

Vendredi 29 août

La décision russe, outre les protestations et inquiétudes des pays occidentaux[114],[115], semble embarrasser nombre de pays et aucun membre de l'ONU n'a encore reconnu l'indépendance de l'Ossétie du Sud ni de l'Abkhazie[116], certains y verraient un dangereux précédent de scission de leur propre territoire[117].

La GĂ©orgie dĂ©cide de rompre ses relations diplomatiques avec la Russie, ce que cette derniĂšre dĂ©clare regretter, disant qu'alors « il sera difficile de nous informer mutuellement de nos points de vue[118] Â».

Dimanche 31 août

Dans une interview diffusĂ©e dimanche par les chaĂźnes russes de tĂ©lĂ©vision, le prĂ©sident russe Medvedev a dĂ©taillĂ© les « cinq principes Â» fondateurs de la politique Ă©trangĂšre russe[119] :

  1. « primautĂ© Â» du droit international;
  2. « multipolaritĂ© Â» du monde;
  3. dĂ©sir « d'Ă©viter les conflits et l'isolement Â»;
  4. « dĂ©fense de la vie et de la dignitĂ© des citoyens russes oĂč qu'ils se trouvent ; protection des entrepreneurs Ă  l'Ă©tranger Â»;
  5. reconnaissance pour la Russie de « zones de ses intĂ©rĂȘts privilĂ©giĂ©s Â».
Lundi 1er septembre

À l'approche de la rĂ©union des dirigeants europĂ©ens dans l'aprĂšs-midi, Ă  Bruxelles, appelĂ©s Ă  se prononcer sur l'avenir des relations de la Russie et de l'Union europĂ©enne (UE) Ă  la lumiĂšre de la crise gĂ©orgienne, Vladimir Poutine, a dĂ©clarĂ© « Si les États europĂ©ens veulent servir les intĂ©rĂȘts de politique Ă©trangĂšre des États-Unis, ils n'y gagneront rien Â» et a soulignĂ© que l'Europe a beaucoup Ă  perdre, soit « le pĂ©trole, le gaz, la pĂ©trochimie, le bois, divers mĂ©taux, les engrais chimiques (
) Â» et que la Russie est un marchĂ© « fiable et important Â» pour les exportateurs europĂ©ens. Et il a laissĂ© entendre que la Russie pourrait cesser sa coopĂ©ration sur le dossier du nuclĂ©aire iranien. Le chef de la diplomatie russe, SergueĂŻ Lavrov, aurait Ă©crit dans le journal allemand Handelsblatt : « Nous tiendrons tous les engagements prĂ©vus par le plan Medvedev-Sarkozy, dans la forme oĂč ils ont Ă©tĂ© approuvĂ©s, et non pas selon l'interprĂ©tation qu'en fait Saakachvili, qui a dĂ©clenchĂ© cette guerre[119].

Le prĂ©sident russe dĂ©clare le soir dans un entretien tĂ©lĂ©visĂ© ne plus considĂ©rer MikheĂŻl Saakachvili comme le prĂ©sident gĂ©orgien en le qualifiant de « cadavre politique[120] Â».

À la suite de leur rĂ©union, les chefs d'État et de gouvernement de l'UE ont dĂ©cidĂ© de reporter les prochaines rĂ©unions prĂ©vues pour nĂ©gocier un accord de partenariat renforcĂ© avec la Russie « tant que le retrait des troupes [russes dĂ©ployĂ©es en GĂ©orgie] n'aura pas Ă©tĂ© respectĂ© Â». JosĂ© Barroso et Sarkozy, accompagnĂ©s du diplomate en chef de l'UE, Javier Solana, ont annoncĂ© qu'ils se rendraient le 8 septembre Ă  Moscou et Tbilissi pour tenter de progresser vers un rĂšglement du conflit, et tenter notamment d'obtenir un retrait des troupes russes, et ont dĂ©clarĂ© : « Il faut donner sa chance Ă  la diplomatie le 8 septembre. Si ça marche, l'UE aura prouvĂ© son efficacitĂ©; si cela ne marche pas, on se rĂ©unira et on prendra d'autres dĂ©cisions, mais il faut graduer les choses[121] Â». L'UE s'est dite prĂȘte Ă  apporter Ă  la GĂ©orgie une « aide Ă  la reconstruction Â» qui passerait par une confĂ©rence internationale de donateurs, le « renforcement Â» des relations UE-GĂ©orgie, Ă  travers la facilitation de visas et « la mise en place d'une Ă©ventuelle zone de libre-Ă©change Â». Le fait que le prĂ©sident en exercice du Conseil europĂ©en (Sarkozy) ait estimĂ© que la Russie Ă©tait « dans son droit d'exprimer Â» le choix d'une reconnaissance des deux rĂ©gions sĂ©paratistes peut ĂȘtre interprĂ©tĂ© comme un indice qu'il a fait son deuil d'une marche arriĂšre de Moscou[122].

L'ambassadeur de Russie Ă  Bruxelles, Vladimir Tchijov, a dĂ©clarĂ© qu'il ne fallait pas « dramatiser Â» puis a indiquĂ© : « nous n'avons pas besoin de ces nĂ©gociations et de ce nouveau traitĂ© Â» de coopĂ©ration renforcĂ©e avec l'UE[123],[124].

Mardi 2 septembre

À la suite du sommet de l'UE, la Russie et la GĂ©orgie affichent leur satisfaction. Vladimir Poutine a affirmĂ© que la Russie va rĂ©agir avec « calme, sans aucune hystĂ©rie Â» au renforcement de la prĂ©sence navale de l'OTAN en mer Noire[124].

Mercredi 3 septembre

Le parlement géorgien lÚve la loi martiale en Géorgie et décrÚte l'état d'urgence dans les zones occupées par l'armée russe[125].

George Bush annonce une aide humanitaire d'un milliard de dollars pour la GĂ©orgie[126].

Le Nicaragua reconnaßt l'indépendance des républiques séparatistes d'Ossétie du Sud et d'Abkhazie[127].

Jeudi 4 septembre

Le vice-président américain, Dick Cheney, aprÚs une étape en Azerbaïdjan la veille, vient soutenir à Tbilissi le président géorgien Mikhaïl Saakachvili[126].

Bilan humain et financier et suites

Miliciens sud-ossÚtes tués par les forces géorgiennes

Le bilan des combats n'est pas Ă©tabli avec certitude. Au 14 aoĂ»t 2008, selon des sources contradictoires, on compterait entre quelques centaines et 1 600 tuĂ©s parmi les civils ossĂštes suite Ă  l'invasion de l'armĂ©e gĂ©orgienne[128]. Un dernier chiffre en date du 23 dĂ©cembre 2008, selon une commission d'enquĂȘte de la justice russe annonce 162 morts, celui est restĂ© inchangĂ© en mai 2010. Selon le quotidien Ă©conomique Vedomosti, la guerre et les subventions accordĂ©es ensuite Ă  l’OssĂ©tie du Sud ont coĂ»tĂ© Ă  la mĂȘme date 19,5 milliards d’euros Ă  la Russie. Le journal estime que pour chaque OssĂšte, il y a plus de 13 600 dollars d’aide russe[129].

On compterait 158 600 personnes dĂ©placĂ©es : 30 000 personnes ont fui l'OssĂ©tie du Sud vers l'OssĂ©tie du Nord en Russie[130], plus de 12 000 autres se sont dĂ©placĂ©es Ă  l'intĂ©rieur mĂȘme de la rĂ©gion autonome ossĂšte, environ 15 000 ont fui les combats vers le sud, en GĂ©orgie, tandis qu'environ 68 000 personnes se sont dĂ©placĂ©es en GĂ©orgie mĂȘme, dont 56 000 habitants de Gori, la plus grande ville gĂ©orgienne proche de l'OssĂ©tie du Sud, qui ont quittĂ© la ville[131],[132].

La GĂ©orgie introduit devant la Cour internationale de justice une instance contre la Russie pour « violations de la convention sur l'Ă©limination de toutes les formes de discrimination raciale[43] Â», en prenant prĂ©texte des expulsions et prĂ©tendues exactions commises Ă  l'encontre des GĂ©orgiens vivant en OssĂ©tie du Sud. De son cĂŽtĂ©, Moscou lance une enquĂȘte judiciaire pour prouver le gĂ©nocide du peuple ossĂšte par l'armĂ©e gĂ©orgienne[44].

Le 24 juin 2010, Irakli Porchkhidze, le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral adjoint du Conseil national de sĂ©curitĂ© de GĂ©orgie, dĂ©clare que la Russie ne respecte pas ses engagements. Environ 10 000 militaires russes sont toujours en GĂ©orgie et bloquent le retour des rĂ©fugiĂ©s ainsi que la mission des observateurs de l'Union EuropĂ©enne sur place[133].

RĂ©actions internationales

RĂ©action des États-Unis

Embarquement d'aide humanitaire à destination de la Géorgie sur la Ramstein Air Base à bord d'avions-cargos de l'USAF le 13 août 2008.
  • Le 9 aoĂ»t, le prĂ©sident des États-Unis, George W. Bush, soutien de Saakachvili, rĂ©clame l'arrĂȘt immĂ©diat des combats et le retour au status quo ante bellum[134].
  • Le vice-prĂ©sident des États-Unis a dĂ©clarĂ© que « la rĂ©action disproportionnĂ©e de la Russie ne resterait pas impunie Â».
  • Le Premier ministre russe, Vladimir Poutine, a dĂ©clarĂ© lundi Ă  Moscou que les États-Unis font obstacle Ă  l'opĂ©ration de maintien de la paix en OssĂ©tie du Sud, en transfĂ©rant par voie aĂ©rienne le contingent gĂ©orgien de 2 000 hommes en provenance d'Irak[135].
  • Le prĂ©sident de la Douma, Boris Gryzlov, estime que la situation en OssĂ©tie du Sud est Ă©troitement liĂ©e Ă  la prĂ©sidentielle amĂ©ricaine et que John McCain utilise l'aggravation du conflit ossĂ©to-gĂ©orgien pour prendre de l'avance sur son adversaire dans la course Ă©lectorale[136].
  • Un pont aĂ©rien humanitaire de l'USAF se met en place.
  • Le 15 aoĂ»t, George Bush a dĂ©pĂȘchĂ© son secrĂ©taire d'État, Condoleezza Rice, afin de clarifier l'article 5 du cessez-le-feu proposĂ© par Sarkozy ; cet article, jugĂ© trop ambigu par Washington, permettant de justifier des opĂ©rations militaires russes en territoire gĂ©orgien[137].
  • Le 24 aoĂ»t, les États-Unis envoient en GĂ©orgie deux navires contenant de l'aide humanitaire[138].
  • Le 3 septembre, le gouvernement amĂ©ricain prĂ©voit de donner un milliard de dollars Ă  la GĂ©orgie pour l'aide humanitaire et la reconstruction[139].
  • La Maison Blanche a ensuite annoncĂ© qu'elle ne soumettrait pas au CongrĂšs l'accord de coopĂ©ration civile nuclĂ©aire signĂ© avec la Russie quatre mois plus tĂŽt, au bout de deux ans de nĂ©gociations[140].

Réactions européennes

  • Le 10 aoĂ»t 2008, la prĂ©sidence de l'UE « appelle toutes les parties Ă  la cessation immĂ©diate des hostilitĂ©s et Ă  la reprise sans dĂ©lai des nĂ©gociations, afin de permettre une solution politique Ă  la crise, dans le respect de la souverainetĂ© et de l'intĂ©gritĂ© territoriale de la GĂ©orgie[141] Â».
  • Fin aoĂ»t-dĂ©but septembre, l'UE dĂ©cide de geler les pourparlers sur le nouveau partenariat stratĂ©gique avec Moscou[142],[143]. Les Vingt-Sept, et en particulier la Grande-Bretagne, la Pologne et les pays baltes, ont condamnĂ© « fermement Â» la dĂ©cision du prĂ©sident Medvedev de reconnaĂźtre unilatĂ©ralement l'indĂ©pendance de l'Abkhazie et de l'OssĂ©tie du Sud[142],[143].
  • Le ministre des Affaires Ă©trangĂšres suĂ©dois Bildt dĂ©clare le 9 aoĂ»t que la Russie commet une « agression incompatible avec le droit international. Nous avons des raisons de nous rappeler comment Hitler, il y a un peu plus d'un demi-siĂšcle, a utilisĂ© une telle doctrine pour saper et attaquer des zones considĂ©rables d'Europe centrale[144] Â».
  • L'OSCE dĂ©clare, le 9 aoĂ»t, que la Russie n'est plus un mĂ©diateur dans le conflit[145].
  • Le prĂ©sident de la RĂ©publique française, Sarkozy, a demandĂ© la « cessation immĂ©diate des hostilitĂ©s Â» dans un communiquĂ© diffusĂ© le 14 aoĂ»t 2008[146]. La France a rĂ©itĂ©rĂ© son attachement Ă  la souverainetĂ© et Ă  l’intĂ©gritĂ© territoriale de la GĂ©orgie dans ses frontiĂšres internationalement reconnues[147].
  • Les trois pays baltes et la Pologne, traditionnellement peu enclins Ă  la sympathie envers Moscou, appellent l'UE et l'OTAN Ă  s'opposer Ă  la « politique impĂ©rialiste Â» de la Russie[148].
  • L'Ukraine, soutenue par les États-Unis et en hostilitĂ© avec Moscou, dĂ©clare le 10 aoĂ»t que si le conflit continue, les Russes ne pourront pas rentrer dans leur base navale de SĂ©bastopol et menace d'une rĂ©action armĂ©e. Le 13 aoĂ»t, la prĂ©sidence ukrainienne a imposĂ© par dĂ©cret des restrictions sur les mouvements de la flotte russe de la mer Noire basĂ©e en Ukraine[149]. Le 14 aoĂ»t, une proposition de loi dĂ©nonçant l'accord de crĂ©ation de la CEI est dĂ©posĂ©e[150].
  • La Russie, qui s’est impliquĂ©e dans le rĂšglement du conflit en OssĂ©tie du Sud, a fait preuve de « calme Â», de « sagesse Â» et d’« Ă©lĂ©gance Â», a dĂ©clarĂ© le 19 aoĂ»t le prĂ©sident biĂ©lorusse Loukachenko lors d'un entretien avec son homologue russe Medvedev.
  • Dans un entretien publiĂ© par La Stampa le 11 aoĂ»t, le ministre des Affaires Ă©trangĂšres italien Frattini met en garde contre la constitution d'une « coalition europĂ©enne anti-russe[151] Â».
  • Les prĂ©sidents des conseils de coordination des amicales russes de la diaspora dans les pays membres de l'UE ont adressĂ© une lettre ouverte aux responsables de l'Union europĂ©enne et du Parlement europĂ©en, dĂ©nonçant la couverture partiale des mĂ©dias europĂ©ens, accusĂ©s de prĂ©senter Ă  tort la situation comme une agression de la Russie contre la GĂ©orgie[152].
  • La Russie et l'OTAN ont dĂ©cidĂ© de geler leur coopĂ©ration militaire jusqu'Ă  ce que la crise en GĂ©orgie soit « rĂ©solue[153],[154] Â».
  • Les pays membres de la CEI ont manifestĂ© un soutien mesurĂ© envers la Russie et, Ă  la date du 3 septembre 2008, n'ont pas reconnu les deux provinces sĂ©cessionnistes de la GĂ©orgie. Cette prudence peut ĂȘtre interprĂ©tĂ©e comme une crainte qu'ainsi qu'en GĂ©orgie, il y ait un accroissement de l'interventionnisme de la Russie sur leur territoire[155].
  • L'Ukraine utilise cette guerre comme argument pour appuyer sa demande d'intĂ©gration Ă  l'UE : « Avec ce qui se passe en GĂ©orgie, ce sommet [UE-Ukraine prĂ©vu le 9 septembre Ă  Évian] se doit d'ĂȘtre un succĂšs Â» et donner « le signal politique que l'avenir de l'Ukraine est dans l'UE Â», a dĂ©clarĂ©, jeudi 28 aoĂ»t, le vice-ministre ukrainien des affaires Ă©trangĂšres, Konstiantyn Yeliseyev[156],[157].
  • Une mission d'enquĂȘte internationale indĂ©pendante sur le conflit en GĂ©orgie a Ă©tĂ© mise en place par l'Union europĂ©enne, dirigĂ©e par la diplomate suisse Heidi Tagliavini, qui fut reprĂ©sentante du secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l'ONU pour la GĂ©orgie et l'Abkhazie de 2002 Ă  2006, secondĂ©e par Uwe Schramm, un ancien ambassadeur allemand auprĂšs de la GĂ©orgie. L'ancien ministre des affaires Ă©trangĂšres allemand Joschka Fischer est un conseiller de cette commission. Cette mission devait initialement rendre son rapport en juillet 2009 mais la date a Ă©tĂ© repoussĂ©e Ă  septembre 2009. Selon l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, le rapport en cours d'Ă©criture en mars 2009 montrerait que M. Saakashvili aurait planifiĂ© l'attaque avant le 7 aoĂ»t, infirmant sa ligne de dĂ©fense avancĂ©e Ă  partir du 9 aoĂ»t, selon laquelle la GĂ©orgie n'aurait que rĂ©agi Ă  une agression russe[158]. Ceci est confirmĂ© Ă  la sortie du rapport qui accuse la GĂ©orgie d'avoir dĂ©clenchĂ© un violent conflit pour le contrĂŽle de l'OssĂ©tie du Sud, sans pour autant exempter la Russie, accusĂ©e d'avoir soufflĂ© sur les braises dans les semaines prĂ©cĂ©dentes et d'ĂȘtre intervenus au-delĂ  de l'OssĂ©tie du Sud[159],[160].

RĂ©actions du reste du monde

  • Le ministĂšre des Affaires Ă©trangĂšres de l'Iran dĂ©clare le 10 aoĂ»t ĂȘtre prĂ©occupĂ© par ces tensions et demande aux deux parties un cessez-le-feu immĂ©diat pour Ă©viter les victimes innocentes, le ministĂšre affirme qu'il est prĂȘt Ă  donner toute aide possible qui pourra relancer le dialogue[161].
  • Au cours de sa visite rendue le 21 aoĂ»t en Russie, le prĂ©sident syrien Bachar el-Assad a soutenu fermement l'opĂ©ration militaire russe en GĂ©orgie: il a notamment estimĂ© que « la rĂ©action militaire russe Ă©tait une rĂ©ponse Ă  la provocation gĂ©orgienne Â» et a ajoutĂ© qu'il a apprĂ©ciĂ© « le courage de la Russie, qui a acceptĂ© les initiatives internationales et a dĂ©cidĂ© de retirer ses troupes de la zone du conflit[162] Â» en GĂ©orgie.

Analyses des médias

Les oléoducs traversant la Géorgie.

Le prĂ©sident de l'Association nationale russe des travailleurs de la tĂ©lĂ©vision, Edouard SagalaĂŻev, a dĂ©clarĂ© lundi 11 aoĂ»t Ă  l'agence de presse russe Ria Novosti ĂȘtre choquĂ© par la maniĂšre dont les mĂ©dias occidentaux couvraient les Ă©vĂ©nements dans la zone du conflit ossĂ©to-gĂ©orgien, les accusant de propagande[163].

Laure Mandeville, journaliste au quotidien français Le Figaro, met en parallĂšle le conflit entre la GĂ©orgie et la Russie avec les rĂ©centes tensions dans les ex-rĂ©publiques soviĂ©tiques d'Ukraine (« guerre du gaz Â» en janvier 2006) ou de Moldavie (statut de la Transnistrie), accusant la Russie de punir les ex-rĂ©publiques qui chercheraient Ă  se rapprocher de l'Occident[164].

Marie JĂ©go, correspondante Ă  Moscou du quotidien Le Monde, a proposĂ© une analyse avançant qu'il s'agissait pour Moscou de reconquĂ©rir une rĂ©gion importante Ă  trois titres : Ă©nergĂ©tique, politique et gĂ©ostratĂ©gique. Elle souligne que la GĂ©orgie, traversĂ©e par plusieurs olĂ©oducs et gazoducs (dont l'olĂ©oduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan) est devenue le point de passage obligĂ© des hydrocarbures en provenance de la mer Caspienne et Ă  destination de l'Europe. Plus largement, la rĂ©gion est selon elle devenue une zone de fracture entre deux axes opposĂ©s : Moscou-Erevan-TĂ©hĂ©ran et Washington-Ankara-Tbilissi-Bakou[165]. Jean-Michel Bezat, journaliste dans ce mĂȘme quotidien, a publiĂ© une analyse similaire deux semaines plus tard, « nuancĂ©e Â» par l'avis de « certains experts jugeant la diplomatie europĂ©enne trop agressive[166] Â».

Dans son Ă©ditorial du 27 aoĂ»t, Le Monde Ă©crit, entre autres, « Aujourd'hui, le gaz et le pĂ©trole nourrissent un nationalisme russe revanchard, qui n'a qu'un objet : refaire l'empire dĂ©fait[167]. Â»

Selon Jacques Hubert-Rodier, Ă©ditorialiste dans Les Échos, la Russie verrait dans une Ă©ventuelle adhĂ©sion de la GĂ©orgie (et de l'Ukraine) Ă  l'OTAN, une tentative d'« encerclement Â» de la Russie dans une sorte de « cordon sanitaire Â», en considĂ©rant le rĂ©gime de Saakachvili comme « marionnette Â» des États-Unis. Mais malgrĂ© les leviers d'influence que la Russie peut dĂ©ployer, sa politique extĂ©rieure, serait avant tout rĂ©active face aux avancĂ©es de l'OTAN, face encore Ă  la reconnaissance de la souverainetĂ© du Kosovo par la plupart des puissances occidentales[168].

Elena Petrova, dans l'hebdomadaire russe Itogui (traduit dans Courrier international), souligne que pour les États-Unis la rĂ©gion du Caucase est un « corridor essentiel pour le passage du pĂ©trole de la mer Caspienne Â» et une « parfaite base arriĂšre pour de futures opĂ©rations militaires contre la Syrie et l'Iran Â». La journaliste estime ensuite que la situation de « conflit gelĂ© Â» convenait trĂšs bien au Kremlin, mais qu'il « ne s'est pas donnĂ© le choix Â» dans cette affaire pour avoir dĂ©livrĂ©, « au cours des derniĂšres annĂ©es, des passeports russes aux habitants des rĂ©publiques sĂ©paratistes du Caucase, s'engageant ainsi Ă  assurer leur sĂ©curitĂ© Â», elle estime Ă©galement que Moscou ne pouvait pas ne pas rĂ©agir au « massacre de soldats de maintien de la paix russes Â», et que la « grande majoritĂ© des Russes Â» ayant le sentiment d'appartenir Ă  un « grand et puissant pays Â», ils n'auraient pas compris l'inaction de leur pays. La journaliste Ă©crit que « le vrai problĂšme est que la dĂ©termination de la Russie peut attiser de nombreux conflits larvĂ©s dans son propre espace caucasien[169] Â».

Vlaadislav Inozemtsev, dans le quotidien russe NezavissimaĂŻa Gazeta (ĐĐ”Đ·Đ°ĐČĐžŃĐžĐŒĐ°Ń газДта, traduit dans Courrier international), estime que « nous avons assistĂ© cette fois Ă  une intervention humanitaire russe bien menĂ©e, lĂ©gitimĂ©e par une rĂ©fĂ©rence au mandat des forces de maintien de la paix accordĂ© en son temps par l'ONU Â» et que « la Russie a repris Ă  son compte la thĂ©orie prĂ©fĂ©rĂ©e des États-Unis concernant les frappes prĂ©ventives Â» car « la plupart Â» des sites militaires gĂ©orgiens visĂ©s « auraient pu servir Ă  agresser les forces russes Â», puis il Ă©crit que « pareille logique est calquĂ©e sur celle des IsraĂ©liens, qui avaient dĂ©truit en 1981 un rĂ©acteur nuclĂ©aire irakien, ou des AmĂ©ricains, qui ont optĂ© pour cette tactique en Irak en 2003[170] Â».

Notes et références

  1. ↑ (en) The Destiny of Croatian Serbs Awaited Ossetians
  2. ↑ (fr) OssĂ©tie du Sud: premiĂšre guerre ukraino-russe (gĂ©nĂ©ral russe).
  3. ↑ (en) Ukrainian Mercenaries against South Ossetia
  4. ↑ http://rt.com/Top_News/2009-08-24/ukraine-army-south-ossetia.html
  5. ↑ (en) Cameraman killed by Russian bomb, 21 octobre 2008
  6. ↑ (en) The August War between Russia and Georgia, Moscow Defense Brief
  7. ↑ http://www.operationspaix.net/-CISPKF-
  8. ↑ http://www.operationspaix.net/-JPKO-
  9. ↑ « La GĂ©orgie porte plainte devant la CPI pour nettoyage ethnique Â», Le Monde, 12 aoĂ»t 2008.
  10. ↑ Le conflit en GĂ©orgie, jour aprĂšs jour. Vendredi 8 aoĂ»t : la Russie entre dans le conflit aprĂšs l'intervention gĂ©orgienne .
  11. ↑ « Sarkozy Ă  Moscou appelle Ă  “donner corps Ă  un cessez-le-feu” Â», dĂ©pĂȘche AFP, 12 aoĂ»t 2008
  12. ↑ « Sarkozy et Medvedev s'accordent sur un plan de sortie de crise en six points Â», Le Nouvel Observateur, 12 aoĂ»t 2008.
  13. ↑ a et b « Dmitri Medvedev : "Les peuples d'OssĂ©tie du Sud et d'Abkhazie ont le droit de dĂ©cider eux-mĂȘmes de leur sort" Â», Le Monde, 26 aoĂ»t 2008.
  14. ↑ « Le tour de force de Dmitri Medvedev Â», Le Monde, 26 aoĂ»t 2008.
  15. ↑ a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Quand les « grands Â» jouent en OssĂ©tie, Le Monde Diplomatique, septembre 2008.
  16. ↑ Cinq jours qui ont fait trembler le Caucase, Le Monde Diplomatique, avril 2009.
  17. ↑ (ru) « Đ€Đ•Đ”Đ•Đ ĐĐ›ĐŹĐĐ«Đ™ ЗАКОН О ГРАЖДАНСбВЕ РОССИЙСКОЙ Đ€Đ•Đ”Đ•Đ ĐĐŠĐ˜Đ˜ Â»
  18. ↑ a et b Escalade militaire dans le Caucase, Le Monde Diplomatique, juillet 2007.
  19. ↑ http://www.caucaz.com, 1er septembre 2006. CitĂ© par Quand les « grands Â» jouent en OssĂ©tie, Le Monde Diplomatique, septembre 2008.
  20. ↑ a, b, c, d, e, f et g « Autopsie d'un conflit Â», Le Monde, 30 aoĂ»t 2008.
  21. ↑ « ThornikĂ© GordadzĂ© "Un effet de la politique soviĂ©tique des nationalitĂ©s" Â», Le Monde, 31 aoĂ»t 2008.
  22. ↑ « Pour comprendre les enjeux des conflits du Caucase Â», Le Monde, 31 aoĂ»t 2008.
  23. ↑ Cinq jours qui ont fait trembler le Caucase, Le Monde Diplomatique, avril 2009
  24. ↑ Escalade militaire dans le Caucase, Le Monde Diplomatique, juillet 2007
  25. ↑ (en) « Georgia Army Â», Global Security.
  26. ↑ « L'ambassadeur de France en GĂ©orgie bloquĂ© par les Russes Â», Le Figaro, 22 aoĂ»t 2008.
  27. ↑ « Des contrats de vente d'armes et de formation liaient l'État juif Ă  la GĂ©orgie Â», Le Monde, 30 aoĂ»t 2008.
  28. ↑ « L'OssĂ©tie du Sud demande Ă  la Russie de reconnaĂźtre son indĂ©pendance Â», RIA Novosti, 29 novembre 2007.
  29. ↑ « L'OssĂ©tie du Sud cherche Ă  se rĂ©unifier avec l'OssĂ©tie du Nord Â», RIA Novosti, 12 aoĂ»t 2008.
  30. ↑ a et b Russia's rapid reaction International Institute for Strategic Studies
  31. ↑ Michael Hoffman, « U.S. takes Georgian troops home from Iraq Â», 2008-08-12. ConsultĂ© le 2008-08-12
  32. ↑ « Chronologie des Ă©vĂ©nements depuis 1989 Â», Le Monde.
  33. ↑ « Heurts entre GĂ©orgiens et sĂ©paratistes ossĂštes, six morts Â», L'Express, 2 aoĂ»t 2008.
  34. ↑ L'OssĂ©tie du Sud prĂȘte Ă  lancer une mobilisation gĂ©nĂ©rale RIA Novosti. Le 02/08/2008
  35. ↑ « Cessez-le-feu vite rompu entre GĂ©orgie et OssĂ©tie du Sud Â», L'Express, 7 aoĂ»t 2008.
  36. ↑ a, b, c, d, e, f, g et h Voir l’article de la rĂ©daction de Der Spiegel du 25 aoĂ»t 2008 qui confirme cette information, « The Chronicle of a Caucasian Tragedy, Part 3 : a disastrous dĂ©cision Â», consultable sur http://www.spiegel.de/international/world/0,1518,574812-3,00.html.
  37. ↑ (ru) « Đ„Ń€ĐŸĐœĐžĐșĐ° ĐČĐŸĐčĐœŃ‹ ĐČ ĐźĐ¶ĐœĐŸĐč ОсДтОО: ĐŽĐ”ĐœŃŒ пДрĐČыĐč Â», Lenta, 8 aoĂ»t 2008.
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  39. ↑ (en) [PDF] Satellite Damage Assessment for Tskhinvali, South Ossetia, Georgia, UNOSAT, 22 aoĂ»t 2008.
  40. ↑ (ru) « ĐĐ° ĐŠŃ…ĐžĐœĐČалО ĐŽĐČĐžĐ¶Đ”Ń‚ŃŃ ĐșĐŸĐ»ĐŸĐœĐœĐ° Ń€ĐŸŃŃĐžĐčсĐșох Ń‚Đ°ĐœĐșĐŸĐȠ», Lenta, 8 aoĂ»t 2008.
  41. ↑ (ru) « Đ’ ĐŠŃ…ĐžĐœĐČалО ĐČĐŸŃˆĐ»Đž ĐżĐŸĐŽŃ€Đ°Đ·ĐŽĐ”Đ»Đ”ĐœĐžŃ Đ’ĐŸĐ·ĐŽŃƒŃˆĐœĐŸ-ĐŽĐ”ŃĐ°ĐœŃ‚ĐœŃ‹Ń… ĐČĐŸĐčсĐș Â», ministĂšre russe de la DĂ©fense, 9 aoĂ»t 2008.
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  51. ↑ « Plus de 30.000 rĂ©fugiĂ©s ont quittĂ© l'OssĂ©tie du Sud (Moscou) Â», rtbf.be, 9 aoĂ»t 2008.
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  65. ↑ « L'armĂ©e russe restera en OssĂ©tie du Sud jusqu'au retrait des troupes gĂ©orgiennes (Moscou) Â», Ria Novosti, 11 aoĂ»t 2008.
  66. ↑ « La Russie rejette le plan de paix proposĂ© par l'ONU Â», Le Monde, 11 aoĂ»t 2008.
  67. ↑ « L'Ukraine pourrait mettre ses soldats de la paix Ă  disposition de la GĂ©orgie Â», Ria Novosti, 13 aoĂ»t 2008.
  68. ↑ a et b 12 aoĂ»t 2008 - Les Russes entrent en GĂ©orgie, Courier International. Article en ligne.
  69. ↑ (ru) « Đ„ĐŸŃ€ĐŸŃˆĐ°Ń ĐœĐŸĐČĐŸŃŃ‚ŃŒ ĐŽĐ»Ń СарĐșĐŸĐ·Đž Đž ĐČŃĐ”ĐłĐŸ ĐŒĐžŃ€Đ° Â», Interfax, 12 aoĂ»t 2008.
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  72. ↑ « Comment la France a arrachĂ© l'amorce d'une nĂ©gociation Â», Le Monde, 13 aoĂ»t 2008.
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  75. ↑ « Comment la France a arrachĂ© l'amorce d'une nĂ©gociation Â», Le Monde, 13 aoĂ»t 2008.
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  90. ↑ « La Russie aurait dĂ©ployĂ© des missiles en OssĂ©tie du Sud Â», Le Monde, 18 aoĂ»t 2008.
  91. ↑ « Les membres de l'OTAN se rĂ©unissent pour rĂ©affirmer leur solidaritĂ© avec la GĂ©orgie Â», Le Monde, 19 aoĂ»t 2008.
  92. ↑ « Moscou promet de retirer ses troupes d'ici vendredi Â», Le Monde, 19-20 aoĂ»t 2008.
  93. ↑ « La Russie et la GĂ©orgie Ă©changent des prisonniers de guerre Â», Le Point, 19 aoĂ»t 2008.
  94. ↑ « La Russie tarde Ă  se retirer de GĂ©orgie, menaces rĂ©ciproques Moscou-Otan Â», dĂ©pĂȘche AFP, 19 aoĂ»t 2008.
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  96. ↑ « GĂ©orgie : quand les OssĂštes s'imaginent indĂ©pendants Â», Le Monde, 22 aoĂ»t 2008.
  97. ↑ « Les Russes gĂšlent leur coopĂ©ration militaire avec l'Otan Â», dĂ©pĂȘche AFP, 21 aoĂ»t 2008.
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  113. ↑ « Les partenaires asiatiques de la Russie, dont la Chine, affichent leur soutien Â», Le Monde, 28 aoĂ»t 2008.
  114. ↑ « AprĂšs la GĂ©orgie, l'Europe s'inquiĂšte pour l'Ukraine Â», Le Monde, 29 aoĂ»t 2008.
  115. ↑ « Pour le prĂ©sident estonien, "il faut repenser l'idĂ©e mĂȘme de sĂ©curitĂ© en Europe" Â», Le Monde, 28 aoĂ»t 2008.
  116. ↑ « GĂ©orgie : la Russie plus que jamais isolĂ©e au Conseil de sĂ©curitĂ© Â», Le Monde, 29 aoĂ»t 2008.
  117. ↑ « La Chine, embarrassĂ©e, se dit prĂ©occupĂ©e Â», Le Monde, 29 aoĂ»t 2008.
  118. ↑ « La GĂ©orgie dĂ©cide de rompre ses relations diplomatiques avec la Russie Â», Le Monde, 29 aoĂ»t 2008.
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  135. ↑ « OssĂ©tie du Sud : Washington fait obstacle aux opĂ©rations russes (Poutine) Â», Ria Novosti, 11 aoĂ»t 2008.
  136. ↑ « OssĂ©tie du Sud : McCain exploite le conflit dans sa campagne prĂ©sidentielle (prĂ©sident de la Douma) Â», Ria Novosti, 11 aoĂ»t 2008.
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  148. ↑ « Kouchner Ă  Saakachvili : "trouver des moyens pour un cessez-le-feu immĂ©diat" Â», Le Point, 10 aoĂ»t 2008.
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  155. ↑ « L'isolement diplomatique de la Russie apparaĂźt mĂȘme dans sa zone d'influence traditionnelle, sensible aux questions de souverainetĂ© Â», Le Monde, 3 septembre 2008.
  156. ↑ « L'Ukraine demande Ă  l'UE de lui offrir une perspective d'adhĂ©sion Â», Le Monde, 30 aoĂ»t 2008.
  157. ↑ « Les EuropĂ©ens divisĂ©s sur un accord d'association avec l'Ukraine Â», Le Monde, 4 septembre 2008.
  158. ↑ (en) Saakashvili under Pressure from EU Probe, Der Spiegel, 23 mars 2009.
  159. ↑ (fr)Erreur dans la syntaxe du modĂšle ArticleAgence France-Presse, «  Â», dans [Le Monde], 30 septembre 2009 [texte intĂ©gral (page consultĂ©e le 30 septembre 2009)] 
  160. ↑ (en) Site de la mission d'enquĂȘte internationale indĂ©pendante sur le conflit en GĂ©orgie. ConsultĂ© le 30 septembre 2009
  161. ↑ « L'Iran appelle Ă  un cessez-le-feu immĂ©diat en OssĂ©tie du Sud Â», Xinhua, 10 aoĂ»t 2008.
  162. ↑ Les rĂ©actions au conflit entre la GĂ©orgie et l'OssĂ©tie, Le Nouvel Observateur, 23 aoĂ»t 2008.
  163. ↑ « Conflit ossĂ©to-gĂ©orgien : la couverture des Ă©vĂ©nements en Occident est choquante (journaliste russe) Â», Ria Novosti, 11 aoĂ»t 2008.
  164. ↑ « Moscou cherche Ă  mettre au pas un ancien satellite Â», Le Figaro, 11 aoĂ»t 2008.
  165. ↑ « OssĂ©tie du Sud : un confetti de l'empire devenu une enclave sĂ©paratiste pro-russe en GĂ©orgie Â», Le Monde, 9 aoĂ»t 2008.
  166. ↑ « Moscou veut garder le contrĂŽle du pĂ©trole et du gaz d'Asie centrale Â», Le Monde, 26 aoĂ»t 2008.
  167. ↑ « Refaire l'empire Â», Le Monde, Ă©ditorial, 27 aoĂ»t 2008.
  168. ↑ « La rĂ©sistible superpuissance russe Â», Les Échos, 19 aoĂ»t 2008.
  169. ↑ « Pourquoi la Russie se devait d’intervenir Â», Courrier international, 21-27 aoĂ»t 2008.
  170. ↑ « Moscou joue la carte de l’ingĂ©rence humanitaire Â», Courrier international, 21-27 aoĂ»t 2008.

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