Dagobert Ier

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Dagobert Ier
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Dagobert Ier
Dagobert I solidus Marseille 623 629.jpg
Solidus de Dagobert Ier frappé à Marseille. Cabinet des Médailles, Paris.

Titre
Roi des Francs
629 ‚Äď 19 janvier 638 ou 639
Prédécesseur Clotaire II
Caribert II (Unification de l'Aquitaine en 632)
Successeur Sigebert III: Roi d'Austrasie
Clovis II: Roi de Neustrie et des Burgondes
Biographie
Titre complet Roi des Francs
Dynastie Mérovingiens
Date de naissance Vers 602/605
Date de d√©c√®s 19 janvier 638 ou 639
Père Clotaire II
Mère Bertrude
Conjoint Gomatrude
Nanthilde
Ragnetrude: Concubine
Wulfégonde
Berchilde: Concubine
Enfants Sigebert III
Clovis II
Résidence Clichy
Signature Souscription de Dagobert Ier.jpg

Dagobert Ier (n√© vers 602/605 ‚Äď mort le 19 janvier 638 ou 639) √©tait un roi des Francs de la dynastie m√©rovingienne, fils de Clotaire II, roi des Francs, et de Bertrude. Il r√©gna sur l'Austrasie de 622 √† 632, et comme roi des Francs de 629 √† 639. La r√©sidence royale est √† Clichy (Hauts-de-Seine).

Son r√®gne nous est transmis par l'interm√©diaire de la chronique de Fr√©d√©gaire r√©dig√©e au VIIe si√®cle, mais aussi par la Gesta Dagoberti r√©dig√©e au IXe si√®cle[1] aux environs de 835 par Hilduin de Saint-Denis et Hincmar de Reims[2].

Sommaire

Biographie

√Ä l'√Ęge de neuf ans, il est atteint d'une ent√©rite colique. Bertrude l'envoie, avec son demi-fr√®re Caribert, dans la villa royale de Reuilly, √† l'est de Paris. Il est instruit par des clercs qui lui enseignent le latin et l'histoire. √Ä dix ans, il apprend √† monter √† cheval, pratique du sport et le maniement des armes[3]. Il pratique √©galement comme passe-temps certaines activit√©s manuelles comme l'√©b√©nisterie et la menuiserie. En 615, il rejoint la cour du roi son p√®re, avec qui il entretient des relations dict√©es par la raison d'√Čtat[4], pour y suivre l'instruction de l'√Čcole du palais[5] o√Ļ il enrichit ses connaissances politiques et administratives[6].

En 618, quelques mois apr√®s le d√©c√®s de Bertrude, l'√©pouse de Clotaire, ce dernier, p√®re de Dagobert se remarie avec Sichilde, alors gouvernante de Caribert. Dagobert la voit comme une intrigante cherchant √† favoriser Caribert tout en la soup√ßonnant d'avoir √©t√© la ma√ģtresse de son p√®re[7]. Avec son fr√®re Brodulf (ou Brunulf), elle tente de faire obtenir un h√©ritage √©gal entre les deux fils de Clotaire[8], alors que Caribert est mis √† l'√©cart de la succession royale pour cause d'incapacit√© √† r√©gner. En 621, aux quinze ans de Caribert, Sichilde obtient de Clotaire un don de petits domaines disparates et √©loign√©s les uns des autres, formant des comt√©s g√©r√©s par des intendants royaux, √† chacun de ses deux fils. L'√Ęge de la majorit√© est donn√© aux deux princes, supprimant leur gouvernance. En guise de remplacement, un maire du palais est d√©sign√© pour chacun d'eux, bien que ne r√©gnant sur aucun royaume. Harmaire √©choit √† Caribert, quant √† Dagobert, il lui est permis de choisir : il propose le duc Ega, qui, en plus d'avoir bonne r√©putation, participe √† sa formation √† l'√©cole du palais, ce dernier accepte et la proposition est approuv√©e par le roi[9]. Brodulf et Sichilde font en sorte d'√©loigner le plus possible Dagobert de la cour, afin que le roi porte plus d'attention √† Caribert, en incitant Clotaire √† envoyer Dagobert un peu partout √† travers la Gaule : en Austrasie, Burgondie et Neustrie. Ceci permet √† Dagobert de conna√ģtre les r√©gions du royaume avec leurs particularit√©s, de rencontrer des gens de toutes conditions et de visiter toutes sortes de lieux, de lier des relations et d'√™tre per√ßu comme d√©l√©gu√© de la couronne[10].

En 622, il si√®ge au conseil du royaume, o√Ļ il participe aux d√©cisions gouvernementales en √©tant consult√© par son p√®re et ses ministres[11]. Il recommande la prolif√©ration des immunistes, octroyant un dipl√īme royal d'immunit√© aux propri√©taires de domaine, refusant l'acc√®s au domaine √† toute personne ext√©rieure autre que le roi afin de limiter le pouvoir des Grands du royaume qui usurpent le pouvoir du roi pour exercer une juridiction √† ses d√©pens et accaparer des pouvoirs judiciaires ainsi que des biens, taxes, capitations, r√©coltes[12]... Il promeut √©galement des recommandations pour assurer une meilleure hi√©rarchisation seigneuriale[13] : un seigneur re√ßoit l'hommage d'un guerrier ou d'un chef qui pr√™te serment de fid√©lit√© et offre ses services en √©change d'avantages et de la protection du seigneur. Une protection sp√©ciale et des devoirs particuliers sont attribu√©s √† ceux qui se recommandent au roi. Les leudes sont des recommand√©s qui placent leurs terres sous la protection du roi et en √©change de quoi, le roi leur en offre d'autres[14].

Dans le but d'augmenter la production agricole des paysans libres, le concept d'origine romaine des pr√©caires est r√©pandu : un propri√©taire terrien accorde l'exploitation d'un terrain √† un paysan libre pour un certain nombre d'ann√©es qui peut faire ce que bon lui semble de la r√©colte, en √©change le paysan doit am√©nager et entretenir la terre. √Ä l'expiration du d√©lai d'exploitation, le propri√©taire b√©n√©ficie des am√©nagements et constructions r√©alis√©es[15].

Pour fid√©liser les vassaux √† la monarchie, des b√©n√©fices peuvent √™tre accord√©s : l'usufruit d'un domaine, pour une dur√©e d√©termin√©e d'au moins cinq ans et √† vie la plupart du temps, est attribu√© √† un favori du roi en √©change de services rendus[16].

Clotaire II, Dagobert Ier et saint Arnoul. Grandes chroniques de France. Paris, XIVe ou XVe si√®cle.

En 623, l'√©v√™que de Metz, Arnoul, demande √† √™tre visit√© par le roi, mais celui-ci pr√©f√®re envoyer Dagobert. Arnoul rend compte que les Austrasiens sont jaloux des Neustriens qui b√©n√©ficient de la pr√©sence du monarque et s'estiment l√©s√©s[17]. Aussi, ils souhaitent la pr√©sence du roi en leur contr√©e ce que Clotaire refuse. Mais c√©dant aux revendications autonomistes des nobles d'Austrasie, il nomme Dagobert vice-roi de ce territoire (amput√© n√©anmoins des r√©gions √† l'ouest des Ardennes et des Vosges ; les vall√©es de la Haute-Meuse, de la Haute-Marne, de l'Aisne, de la Champagne[18]. Les villes de Verdun, Toul, Ch√Ęlons et Reims, √©galement exclues, sont d√©clar√©es ¬ę cit√©s royales ¬Ľ et ne d√©pendent que du roi[19]) en tant qu'associ√© √† la couronne avec d√©l√©gation d'autorit√©[20]. Cette d√©cision est approuv√©e par Brodulf qui voit l√† une occasion d'√©loigner Dagobert[18] ainsi que Harmaire, que Brodulf sugg√®re qu'il commande des troupes afin d'apaiser les troubles caus√©s outre-Rhin par le duc saxon Aighina[19]. C'est alternativement √† Metz et √† Tr√®ves qu'il r√©side alors[21]. Ses tuteurs seront le maire du palais P√©pin de Landen, saint Arnoul[22] et Cunibert (ou Chunibert), √©v√™que de Cologne, qui sont d√©j√† les dirigeants effectifs de la contr√©e. Son √©ducation s'oriente de mani√®re √† r√©pondre aux besoins de l'√Čglise, et il ne peut se passer de la compagnie d'Arnoul au point de menacer ses fils de mort si ce dernier ose mener une vie √©r√©mitique.

Il se consacre √† l'am√©lioration du syst√®me judiciaire afin d'√©tendre les comp√©tences du roi par la mise en place de r√©formes. Le wergeld (¬ę prix de l‚Äôhomme ¬Ľ) pour une m√™me cat√©gorie sociale est pratiquement √©quilibr√©, quelle que soit la naissance des hommes, les conditions de l'√©tat civil, de la famille, des successions s'uniformisent[23]. En conformit√© avec l'√©dit de 614, il impose que durant les jugements, un √©v√™que ou un clerc intervienne pendant les d√©bats ou d√©lib√©rations pour r√©duire les injustices. Le comte du palais ou le clerc peuvent demander la reconsid√©ration des sentences et interjeter appel. Il pousse √† la p√©riodicisation r√©guli√®re des sessions, au maintien des jurys populaires, √† la d√©signation de conseillers-auditeurs comp√©tents au mandat de longue dur√©e. Le r√©f√©rendaire sp√©cialise les juristes auxquels le roi fait appel. Il laisse le chancelier-r√©f√©rendaire promouvoir √† la chancellerie des magistrats pour des missions juridiques ou d'inspections. Les accus√©s, d√©fendeurs et demandeurs peuvent s'appuyer sur des t√©moins, des garants ou cautions. Les probl√®mes concernant les veuves, orphelins et d√©sh√©rit√©s sont soumis aux clercs, qui ont mission de repr√©sentant et conseiller. Les conseillers-auditeurs non convoqu√©s √† une session peuvent assister ou repr√©senter en justice des plaideurs[24]. La taille des pagus (unit√© administrative principale des √©tats du royaume[25]), o√Ļ les comtes exercent la juridiction du roi, sont de tailles variables, emp√™chant ainsi le comte d'y assurer la repr√©sentation du roi √† chacune des audiences des diff√©rents centres judiciaires. Les comt√©s sont donc partag√©s en vicairies o√Ļ √† leurs t√™tes sont nomm√©s des vicaires, qui pr√©sident les tribunaux locaux, sous autorit√© du comte. Les affaires importantes sont directement pr√©sid√©es par les comtes. Les comtes et les vicaires doivent d√©signer juristes et clercs de leur entourage pour assistance. Les comtes eux-m√™mes ont appel √† des vicaires pour les affaires courantes et pour les remplacer lors de leurs d√©placements[26].

Chrodoald, un aristocrate bavarois[27] de la famille des Agilolfing propri√©taire d'un domaine √† l'ouest de Tr√®ves, exerce un trafic de marchandises avec les duch√©s alli√©s de l'Est et √©tend son influence au d√©triment de celle du roi, pour constituer un √Čtat ind√©pendant. Il refuse √©galement de payer l'imp√īt √† P√©pin de Landen, dont il a achet√© certains de ses officiers, et ne se soumet gu√®re au ban. Arnoul souhaite sa mise √† l'arr√™t et un jugement par le tribunal royal[28]. Chrodoald se r√©fugie √† Paris aupr√®s de Clotaire qui demande √† Dagobert d'abandonner toute poursuite, et de promettre de le laisser regagner ses terres[27]. Clotaire aurait re√ßu serment de Chrodoald qu'aucun trouble n'interviendrait de sa part. Apr√®s consultation de Pepin, Arnoul, Harmaire, Ans√©gis√®le et l'√©v√™que Clodulf de Metz, √©galement conseiller royal, Dagobert accorde son pardon. √Ä son retour au palais de Metz, il est assassin√©[27] par des hommes du patrice Harmaire sur ordre de Dagobert. Clotaire se rend compte qu'il y a eu accord entre son fils et l'entourage de celui-ci[29]. Il menace de le destituer s'il ne vient pas de lui-m√™me pour repentance et soumission. Dagobert en profite pour √©tendre son autorit√© sur Metz et Tr√®ves[30]. Il envoya Cunibert √† Clichy demander au roi l'Austrasie avec la Champagne, Brie et les cit√©s royales[31]. Un comit√© de douze Grands a lieu pour en d√©lib√©rer[27]. En septembre 626, il rencontre son p√®re et s'installe dans la villa royale de Saint-Denis[32]. C'est peut-√™tre √† cette date ou en 625 qu'il fait embellir son monast√®re[33].

L'assembl√©e accorde l'int√©gralit√© de l'Austrasie √† Dagobert except√© l'Aquitaine et la Provence, habituellement rattach√©es aux rois Austrasiens. Il est convoqu√© par son p√®re √† Clichy en pr√©sence d'Amand et de Caribert, pour reconnaissance officielle du royaume d'Austrasie et pr√™ter serment d'all√©geance. Mais Clotaire impose la condition qu'il √©pouse la sŇďur de la reine Sichilde, Gomatrude et que Caribert √©pouse Fulberte, belle-sŇďur de Brodulf[34] (l'existence de Fulberte serait contest√©e, voir article Faux M√©rovingiens). Ces mariages permettent √† Sichilde et Brodulf que des membres de leur famille soient reines. Le mariage a lieu en d√©cembre 626 √† Clichy, Amand c√©l√®bre l'union. Il unit √©galement Caribert et Fulberte quelques jours apr√®s.

Le duc Aighina doit s'expliquer devant Dagobert des troubles caus√©s, √† l'ext√©rieur de son duch√©, par ses soldats. Il remet en cause la gestion de ses troupes par le patrice Harmaire et un diff√©rend √©clate entre eux. Aighina doit faire serment de fid√©lit√© et est convi√© √† une assembl√©e de Grands pr√©sid√©e par Clotaire, qui se situe entre d√©cembre 626 et 627. Harmaire se fait assassiner en sortant de la grande salle de la villa royale. Les assassins s'enfuient mais des t√©moins reconnaissent des hommes de la garde personnelle d'Aighina qui s'est r√©fugi√© √† Montmartre. Les fid√®les de Harmaire veulent le venger et assi√®gent le duc. Brodulf demande l'intervention du roi qui convoque Ega pour imposer la ¬ę paix du roi ¬Ľ entre les rivaux. Aighina est destitu√© de son duch√©, remit √† Berthoald, exil√© √† Montmartre avec une petite garde en compagnie et avec l'octroi d'un petit domaine comme r√©sidence forc√©e.

Bataille entre les Francs, command√©s par le roi Clotaire II, et les Saxons. Grandes Chroniques de France de Charles V. XIVe si√®cle

En avril 627, profitant de la mort d'Harmaire, qui n'est pas encore remplac√© dans ses fonctions, les Saxons command√©s par Berthoald attaquent l'Austrasie. Dagobert l√®ve le ban et commande les troupes √† Spa. Durant la bataille, les cavaleries ennemies s'affrontent laissant les deux chefs face-√†-face : Berthoald agrippe la chevelure de Dagobert et la lui coupe.

Dagobert demande de l'aide √† Clotaire qui, avec Ega et l'arm√©e Neustrienne, arrive pr√®s d'Aix-la-Chapelle. Le duc fond avec sa cavalerie sur les troupes de l'arm√©e neustrienne tentant de la prendre √† revers mais Ega et ses hommes, gr√Ęce √† leurs piques et lances, font Berthoal prisonnier et mettent ses troupes en d√©route. Ega convoque le roi et son fils et demande l'application des lois de la guerre concernant les tra√ģtres : Clotaire ordonne l'ex√©cution de Berthoald qui est d√©capit√©.

À la suite des affrontements, Dagobert doit reconstituer les royaumes de Saxe et de Thuringe.

En mati√®re fiscale, il ordonne la restauration du cadastre, le versement annuel d'une redevance par les Grands. Les lev√©es exceptionnelles sont supprim√©es et le droit de g√ģte et d'hospitalit√©, qui permet au roi et son escorte de b√©n√©ficier d'un h√©bergement et de subsistance, n'est plus accablant et des d√©dommagements sont accord√©s aux cit√©s d'accueil. Les zones de stationnement et les relais des arm√©es doivent √™tre d√©dommag√©es par les provinces ou le pays dans son ensemble. Il encourage les comtes √† rendre une justice moins int√©ress√©e en accroissant les inspections, les modifications de sentences. Il accorde des faveurs aux magistrats int√®gres. Il dote les comtes de b√©n√©fices personnels qu'ils tentent de rendre h√©r√©ditaires.

Face √† l'augmentation des biens eccl√©siastiques, Cunibert et Clodulf en informent le roi qui promeut de nouvelles lois : en cas de fraude √©lectorale pour la nomination d'un √©v√™que, ainsi que pour les d√©signations abusives de diacres et de pr√™tres, un appel peut √™tre fait au roi. Il en est de m√™me en cas de manquement d'un √©v√™que pour l'assistance aux d√©sh√©rit√©s. L'enseignement leur revenant de fait, il leur est imparti d'ouvrir des √©coles et de veiller √† la bonne formation des clercs instructeurs, sous peine de voir leurs privil√®ges remis en cause. Les biens de l'√Čglise ont pour objectifs l'am√©lioration des conditions des paysans et l'augmentation de leurs rendements. Les affranchis, esclaves, veuves et orphelins passent sous la juridiction des √©v√™ques tout comme les contrats de mariages et testaments.

Dagobert re√ßoit le royaume Franc par les √©v√™ques et les grands de Burgondie. Biblioth√®que municipale de Castres. XIVe si√®cle

D√®s le d√©c√®s de Clotaire II (18 octobre 629), un messager lui transmet une invitation aux fun√©railles de son p√®re √† Paris. Le roi est enterr√© √† l'√©glise saint-Vincent. Alors que Sichilde s'est rendue dans sa villa de Bonneuil, Brodulf explique qu'avant sa mort, Clotaire aurait l√©gu√© le royaume √† Caribert, second√© par le maire du palais neustrien Landri. Dagobert exigea des t√©moignages et Brodulf dit que Landri et Amand sont t√©moins de la sc√®ne. Tous les deux sont convoqu√©s et le contredisent : Landri dit qu'il n'a pas re√ßu de consignes particuli√®res et Amand n'a entendu qu'un bredouillage de confession sans rapport. Dagobert ordonne √† Brodulf de partir le plus loin et le plus vite possible, ce qui est fait. Face √† toute la cour, il d√©clare son titre royal en se faisant nommer roi de Bourgogne, puis chassa Caribert de la Neustrie, lui faisant jurer de renoncer d√©finitivement √† la Gaule. Caribert devant lui succ√©der en l'absence de descendance. Quelques jours plus tard, Landri meurt et est remplac√© par Ega. Il visite la Neustrie et la Burgondie pour y √©tablir les r√©formes mise en place en Austrasie, puis s'installe dans l'abbaye de saint-Denis.

La division du royaume des Francs (628).

Ega et le tr√©sorier royal Didier, viennent le voir pour lui annoncer que l'Aquitaine se r√©volte du fait de l'absence de visite du roi dans cette province. Le comte de Cahors se fait assi√©ger par un groupement de bandits et de population locale, entrainant la lapidation de l'√©v√™que Rubique, fr√®re de Didier, qui tente de s'interposer. Didier est d√©sign√© comme successeur de Rubique. Afin d'apaiser les tensions, le roi doit se faire repr√©senter en Aquitaine. Pouss√© par son oncle Brodulf, Caribert r√©clame son d√Ľ. Dagobert ne lui laisse pour territoire que le royaume d'Aquitaine, cr√©√© pour l'occasion. Ce royaume a Toulouse pour capitale et englobe l'Aquitaine m√©ridionale jusqu'au Pyr√©n√©es avec comme principales villes Agen, Cahors, P√©rigeux et Saintes. Aid√© par les ducs Bascons et Egina ainsi que par d'autres ducs et comtes, il envoie des troupes sur les principaux lieux de r√©bellion. Il repousse les Vascons ib√©riques ainsi que leurs alli√©s Basques, soumettant √† l'autorit√© royale toute l'Aquitaine. Le duc Egina s'installe avec ses troupes aux bords des Pyr√©n√©es. Lorsque Caribert rejoignit Toulouse, il re√ßoit un l√©gat de Dagobert pour le complimenter de sa victoire.

Saint Amand à la cour de Dagobert. Bibliothèque municipale de Valenciennes.

Voulant r√©pudier Gomatrude qui lui a √©t√© impos√© par son p√®re, il convoque le r√©f√©rendaire Dadon, l'√©v√™que Amand et un officier de sa garde. L'officier est charg√© d'avertir la reine qu'elle ne doit plus que se contenter de vivre dans une aile de sa villa de Romilly et d'y rester. Puis le roi accompagn√© de Dadon, Amand et de hauts dignitaires, signe l'acte de r√©pudiation ne laissant √† la reine que la libert√© de choisir son lieu de r√©sidence, l'accompagnement de serviteurs et la possibilit√© de percevoir une pension de la part du comt√© de son lieu de r√©sidence. Amand s'oppose √† cette d√©cision et est destitu√© de ses fonctions √† la cour pour √™tre envoy√© aupr√®s de Caribert, qui accepte de l'h√©berger. Mais devant son refus, Dagobert nomme Amand √©v√™que sans si√®ge fixe, en lui donnant pour mission l'√©vang√©lisation des pa√Įens du pays basque. Avec l'aide de clercs qui l'accompagnent et des seigneurs chr√©tiens locaux, il fonde des paroisses, cr√©e des s√©minaires d'enseignement de langue romane et de formation des diacres. Sa mission achev√©, Caribert fait de Amand son aum√īnier. Gomatrude est finalement r√©pudi√©e et se r√©fugie dans le domaine de se belle-sŇďur Bru√®re[35].

En 630, afin de rendre justice et secourir les pauvres, il voyage en Burgondie, se rendant dans plusieurs villes dont Saint-Jean-de-Losne, o√Ļ il fait assassiner Brodulf[27]. Il r√©pudie Gomatrude √† Reuilly et √©pouse Nanthilde. Il prend ensuite comme concubine Ragnetrude qui enfante de Sigebert.

Saint Amand et Dagobert Ier. Vincentius Bellovacensis, speculum historiale (traduite par Jean De Vignay), 1463. Paris.

En décembre 630 ou en janvier 631, Dagobert parraine Chilpéric, le nouveau-né de Caribert II et de Fulberte. Caribert est malade de dysenterie ou de tuberculose, ce qui engendre des troubles causés par les seigneurs aquitains ainsi qu'une crainte de rébellion vasconne ou d'offensive wisigothe.

En 631, accompagn√© √† Orl√©ans par P√©pin de Landen, son fils Sigebert est baptis√© par l'√©v√™que Amand et Caribert II. Il signe un trait√© de ¬ę Paix Perp√©tuelle ¬Ľ avec l'empereur byzantin H√©raclius. Sur les conseils de ce dernier, il fait baptiser tous les juifs de son royaume.

Les Wendes ou V√©n√®des, ethnie Slave, agressent une caravane de n√©gociants Francs, provoquant un conflit diplomatique entre Dagobert et Samo, roi des Wendes. Les Francs d‚ÄôAustrasie s‚Äôunissent avec les Lombards et les Alamans pour battre les Wendes. Dans la bataille, qui a lieu √† Kaaden-sur-l'Oder (Wogatisburg)[36], les Austrasiens sont vaincus. On attribue cette d√©faite par un manque de motivation, d√Ľ √† une politique pro-neustrienne et au fait ¬ę qu'ils se voyaient ha√Įs de Dagobert et continuellement d√©pouill√©s par lui ¬Ľ.
En mars 631, Sisenand, aristocrate Wisigoth, demande l'appui de Dagobert pour d√©tr√īner son rival[37]. Dagobert l√®ve des troupes en Bourgogne et envoie les ducs Abondance et V√©n√©rande qui marchent jusqu'√† Saragosse. Sisenand monte alors sur le tr√īne et offre au envoy√©s de Dagobert 200 000 sous d'or, qui b√©n√©ficient √† l'abbaye de Saint-Denis[38].

En janvier 632, Caribert II meurt. La volonté d'autonomie en Aquitaine est ébranlée par la mort du roi. Il est décidé que le duc Egina et l'évêque de Toulouse assurent la gouvernance de l'Aquitaine accompagné par l'évêque Didier de Cahors, qui dispense des conseils en cas de problème, pendant la minorité de Chilpéric. Cependant, celui-ci meurt quelque temps après, peut-être assassiné sur ordre de Dagobert. Le 8 avril 632, il récupère l'Aquitaine, reconstituant ainsi le royaume franc tel qu'il était sous le règne de son père[37]. Dès lors, il choisit de quitter l'Austrasie, et de prendre Paris pour capitale, de par sa position géographique au centre du royaume.

Il se s√©pare ensuite de P√©pin de Landen, tentant de recouvrer un peu du pouvoir que son p√®re avait laiss√© aller aux maires du palais. Il choisit alors d'excellents conseillers tels que le chancelier Didier, le r√©f√©rendaire (gardien du sceau royal) Dadon (canonis√© sous le nom de Saint Ouen) et l'orf√®vre Eligius (futur saint √Čloi). Avec leur aide, il s'occupe en priorit√© des affaires int√©rieures du grand royaume des Francs et son r√®gne constitue une tr√™ve heureuse dans l'anarchie m√©rovingienne et apporte une paix relative, gr√Ęce √† sa volont√© d'unifier le gouvernement du pays. Il entreprend un certain nombre de r√©formes essentielles :

  • Il lutte contre les revendications autonomistes de certaines parties de la noblesse, et continuant l'Ňďuvre entreprise par Clotaire II, il parvient √† supprimer la pratique successorale dite de la ¬ę patrimonialit√© ¬Ľ qui fut, √† cause des m√©sententes de partage, g√©n√©ratrice de nombreux conflits.
  • Il parvient aussi √† r√©organiser l'administration et la justice du royaume, et prend l'initiative, sur les conseils de l'ancien orf√®vre √Čloi, d'√©liminer toute la fraude mon√©taire, en centralisant au palais la frappe de la monnaie.
Construction de Saint-Denis. Campagne de Dagobert Ier en Poitou. Robinet Testard, Poitiers XVe si√®cle. Grandes Chroniques de France. Biblioth√®que nationale de France.
  • Il d√©veloppe √©galement l'√©ducation et les arts, et fait de nombreux dons importants au clerg√© (il fonde entre autres l'abbaye de Saint-Denis qui accueille son tombeau quelques ann√©es plus tard) : il lui accorde un droit de foire o√Ļ tous les ans √† partir du 9 octobre, jour de la saint Denis, le clerg√© peut organiser une foire pour effectuer du commerce et pr√©lever des taxes √† la place du pouvoir royal[33]. Il aide √Čloi √† la fondation du monast√®re de Solignac, pr√®s de Limoges, et celui de saint Martial, dans l'√ģle de la cit√© √† Paris[39]. Il accorde des privil√®ges d'immunit√© √† Dadon, favorise le monast√®re de Rebais et choisit Didier au si√®ge √©piscopal de Cahors. Il est en fait le dernier roi m√©rovingien √† diriger personnellement le regnum francorum.

Au niveau politique, Dagobert d√©veloppe les relations diplomatiques avec les pays voisins : un accord en 633 avec les Saxons pour qu'ils l'aident √† prot√©ger ses fronti√®res des Slaves de Samo. Les Saxons proposent √† Dagobert de prot√©ger le royaume en √©change de r√©mission de leur tribut de cinq cents vaches. Il m√®ne √©galement des campagnes militaires, notamment contre les Gascons (638), les Bretons, et surtout les Slaves qui lui r√©sisteront en 632.

Mais en 634, la noblesse d'Austrasie se révolte. Pour apaiser les esprits, Dagobert est contraint d'abandonner le royaume d'Austrasie à son fils Sigebert III qui n'a alors que deux ans (il réussit néanmoins à écarter cette fois Pépin de Landen du poste de maire du palais). Il lui donne comme tuteurs l'évêque de Cologne et le duc Andalgésil.

En 635, il a de Nanthilde un fils nomm√© Clovis. Ce sont ensuite les nobles de Neustrie qui revendiquent leur rattachement √† la Burgondie ; ils exigent et obtiennent que Dagobert rassemble les deux r√©gions, et qu'il place son fils Clovis II √† la t√™te de ce nouveau royaume.

Un traité fut conclu avec Sigebert, afin qu’à la mort de Dagobert la Neustrie et la Bourgogne reviennent à Clovis, l’Austrasie restant à Sigebert et à sa descendance.

En 637, une révolte de gascons éclate. Une armée est envoyé de Bourgogne, avec à sa tête Chadoinde et dix ducs, qui ravagent leurs vallées. Lors du retour, un duc est piégé dans la vallée de la Soule et sa troupe est vaincue.

Hommage de saint Judica√ęl √† Dagobert Ier et Bataille entre Dagobert Ier et les Gascons. Guillaume Cr√©tin, chroniques fran√ßaises. XVIe si√®cle, Rouen. Biblioth√®que Nationale de France.

√Ä la mort, en 612, du duc de Domnon√©e Ho√ęl III, qui d√©tient √©galement le titre de roi des Bretons, ses deux fils Judica√ęl et Gazlun sont d√©sign√©s pour gouverner conjointement[40]. N√©anmoins, Gazlun refuse de partager le pouvoir et obtenir le titre de roi. Apr√®s une bataille partisane, Gazlun avec l'appui du duc-roi du Bro-Waroch, prend le dessus sur Judica√ęl et ses partisans cornouaillais. Celui-ci se consacre alors √† la vie monastique du monast√®re de Saint-M√©en-de-Gh√©. Par l'interm√©diaire d'antrusions, Gazlun d√©poss√®de alors des leudes partisans de son fr√®re, en enferme certains en prison, en assigne √† r√©sidence et fait saccager des domaines et chantiers de construction. Il tente m√™me d'imposer en culte des saints de son choix. Par crainte de voir cette pagaille d√©border sur le royaume des Francs, les villes de Nantes et Rennes qui constituent ses d√©fenses et ont √©t√© ravag√©es[36], sont renforc√©es[41]. Afin de savoir ce qui se passe, un notable est envoy√© aupr√®s de l‚Äôentourage de Gazlun qui d√©c√®de en fin d‚Äôann√©e 632.

Une d√©l√©gation bretonne se rend au monast√®re de Saint-M√©en-de-Gh√© pour inciter √† Judica√ęl √† devenir roi. Celui-ci a pris go√Ľt √† la vie monastique et pr√©f√®re que son fils de douze ans, Ala√ľs, prenne sa place. La d√©l√©gation lui demande d‚Äôau moins r√©gner jusqu‚Äô√† la majorit√© de son fils. Finalement, Judica√ęl accepte de devenir duc de Domnon√©e. Les nouvelles de Bretagne parviennent difficilement √† la cour de Dagobert, qui d√©cide de voyager en Poitou, dans l‚ÄôOrl√©anais, la Touraine et le Maine pour enrichir ses informations[42]. Il rencontre sans doute Berthilde dans un grand domaine des environs d‚ÄôOrl√©ans[43]. Il apprend la mort de Gazlun et la prise de pouvoir de Bretagne par Judica√ęl[44]. Eloi a pour mission d‚Äôobtenir la soumission de Judica√ęl et la r√©paration de tous les pr√©judices subis par ses leudes. Durant l‚Äôabsence d‚ÄôEloi, le duc Ega assure sa fonction au gouvernement. Eloi s‚Äôinstalle alors dans le palais du gouverneur de Vannes[45]. Avec l‚Äôaide de clercs qui l‚Äôaccompagnent et qui se d√©placent dans le Bro-Waroch, la Cornouaille et la Domnon√©e, il apprend que Judica√ęl n‚Äôa pas demand√© audience √† Dagobert pour se consacrer au redressement de la Bretagne, apr√®s les troubles caus√©s par Gazlun. Des officiers la√Įcs de la d√©l√©gation d‚Äô√Čloi apprennent que les leudes ont √©t√© lib√©r√©s et d√©dommag√©s[46]. √Čloi rencontre l‚Äôabb√© du monast√®re de Saint-M√©en-de-Gh√© pour √©tablir un accord en vue de faire rencontrer Judica√ęl et Dagobert. Une ambassade est alors accueillie au palais de l‚Äô√©v√™que √† Vannes, o√Ļ √Čloi accueille des la√Įcs et eccl√©siastiques. Il leur demande s‚Äôils peuvent exprimer ¬ę les intentions du roi Judica√ęl ¬Ľ et celui-ci qui fait partie du groupe r√©pond ¬ę Je suis Judica√ęl et je ne suis pas roi ¬Ľ[47]. Apr√®s cette d√©l√©gation, plusieurs n√©gociations ont lieu tant√īt √† Vannes tant√īt √† Saint-M√©en-de-Gh√©. Judica√ęl y explique qu‚Äôil a accept√© le titre de duc de Domnon√©e, que son p√®re lui a attribu√© √† lui et son fr√®re, mais qu‚Äôil refuse tout titre royal. Il ajoute que tous les seigneurs bretons reconnaissent la suzerainet√© de Dagobert, qu‚Äôil n‚Äôa jamais failli √† sa parole, et refuse de se soumettre, ce qui serait reconna√ģtre une faute qu‚Äôil n‚Äôa pas faite[48]. Judica√ęl reproche aux Francs leur indiff√©rence et de n‚Äô√™tre pas intervenus contre Gazlun, ce √† quoi √Čloi r√©pond que la situation bretonne est mal connue de la cour franque et que l‚Äôenvoi d‚Äôun l√©gat aupr√®s de Gazlun signifie la reconnaissance de son pouvoir. L‚Äôinsistance d‚Äô√Čloi pour que Judica√ęl rencontre le roi des Francs est vou√©e √† l‚Äô√©chec, Judica√ęl affirmant que ¬ę Je ne suis qu‚Äôun duc, non un roi. Je n‚Äôai nulle raison de solliciter une faveur particuli√®re, et nulle raison non plus de r√©it√©rer un acte d‚Äôall√©geance auquel mon pays est fid√®le ¬Ľ. Il accepte n√©anmoins d‚Äô√™tre re√ßu par un haut repr√©sentant du roi comme le serait n‚Äôimporte quel duc plut√īt que de d√ģner avec Dagobert[49]. √Čloi accepte de le faire recevoir par le r√©f√©rendaire Dadon. Judica√ęl accorde une audience aux repr√©sentants de Cornouaille et du Bro-Waroch, qui le saluent comme roi[50], pour exprimer aux repr√©sentant du roi des Francs la fid√©lit√© de la Bretagne. Judica√ęl rencontre alors Dadon √† Creil[36] pendant deux jours, en tant que duc des Bretons. Celui-ci enregistre les d√©clarations et renouvelle l‚Äôamiti√© et l‚Äôappui du roi. Le jour du d√©part de Judica√ęl, alors qu‚Äôil vient pr√©venir son h√īte, Dagobert appara√ģt derri√®re une tenture qui se soul√®ve, et donne l‚Äôaccolade au duc pris de court, puis se retire. √Ä la fin de l‚Äôann√©e 634, Judica√ęl c√®de sa place √† son fils Ala√ľs (Alain II), qui sera trait√© en souverain de toute la Bretagne, pour se retirer au couvent de Saint-M√©en-de-Gh√© [51]. Cette relation entre la Bretagne et le royaume des Francs permet d‚Äôaccro√ģtre les liens entre seigneurs bretons pouvant devenir leudes du roi des Francs, et les autres leudes. De plus, de riches Francs peuvent s‚Äôinstaller en Bretagne et contribuer √† faire vivre la r√©gion [52]. Des liens commerciaux s‚Äôinstallent notamment avec le d√©veloppement des manufactures de toiles de Vitr√© et de Locronan, des salines de Gu√©rande et de Bourgneuf-en-Retz. Par l‚Äôinterm√©diaire des transports rapides dits de cache-mar√©e, la Bretagne approvisionne de grandes villes telles que Paris en poisson frais. Les grandes villes bretonnes se d√©veloppent : Brest devient un centre de construction navale et port de commerce. Le Mans devient un centre d‚Äô√©change entre la Bretagne et la Neustrie et des populations bretonnes s‚Äôinstallent dans l‚ÄôAlen√ßonnais et dans l‚Äôouest sarthois[53].

De même, l’aristocratie gasconne se soumet à Clichy[49].

Mort de Dagobert (639). Chronique des empereurs, XVe siècle, Paris, bibliothèque de l'Arsenal.

En 638 ou 639, Dagobert tombe malade d‚Äôun flux au ventre √† √Čpinay-sur-Seine; il recommande alors la reine Nanthilde et son fils Clovis au maire du palais de Neustrie Aega[49]. Il meurt quelques jours apr√®s, un 19 janvier.

√Ä sa mort, ses deux h√©ritiers sont encore tr√®s jeunes : Sigebert a huit ans et Clovis quatre ; l'unit√© de commandement dispara√ģt et les luttes et l'anarchie reprennent. Le pouvoir des maires du palais va s'accro√ģtre au d√©triment des rois, car ils en profitent pour manipuler les jeunes souverains et s'accaparer d√©finitivement du pouvoir : c'est le d√©but de l'√©poque dite des Rois fain√©ants qui marquera la fin de la dynastie m√©rovingienne.

Avant de mourir, le roi Dagobert a choisi d'√™tre enterr√©, non √† l'abbaye de Saint-Germain-des-Pr√©s, comme ses pr√©d√©cesseurs depuis Childebert Ier en 558, mais √† la nouvelle basilique Saint-Denis dont il a fait construire l'enceinte, sur le lieu o√Ļ reposait d√©j√† depuis 570 Ar√©gonde, la quatri√®me √©pouse de Clotaire Ier. De Dagobert, dernier roi unique du regnum Francorum, il subsiste le tombeau que fait installer au XIIIe si√®cle le roi Louis IX.

Au XIIIe si√®cle, les moines de Saint-Denis voulurent rendre hommage au roi Dagobert en r√©alisant, pour sa d√©pouille, un tombeau exceptionnel. Mais la sulfureuse r√©putation du bon roi les f√ģt trembler. Ils imagin√®renet donc une sculpture un peu ambigu√ę et qui se lit dans la pierre comme une bande dessin√©e... L'√Ęme du roi, figur√©e en enfant nu et couronn√©, est emport√©e en Enfer par les griffes des d√©mons. Heureusement, saint-Denis, saint Martin et saint Maurice d√©livrent cette √Ęme, la pr√©sentent au Ciel et lui premettent d'acc√©der au Paradis. Le message est clair: Dagobert aurait m√©rit√© l'Enfer, mais l'intercession des saints lui a miraculeusement ouvert les portes de la bienheureuse √©ternit√©.

Etymologie du prénom

Les pr√©noms de la descendance royale du haut Moyen Age reposait sur des r√®gles strictes et √©taient choisis avec soin. D'origine germanique, les pr√©noms f√©minins finissent souvent par "gotha" ; plus tard, cette d√©clinaison deviendra gutha, puis gud, en anglais good. Cf. Ultragotha, etc. L'√©pouse de Jean II le Bon se pr√©nommait Gutta, apr√®s son mariage son pr√©nom fut traduit par bonne pour √™tre accessible √† ses sujets fran√ßais. Les pr√©noms masculins se terminent le plus souvent par bert qui signifie brave ou fort en haut germanique, cf. Robert, Childebert, Caribert, etc.

Dag signifie jour en haut germanique, en allemand et en nordique.

Dagobert signifie grand jour, la symbolique du pr√©nom indique l'importance de la naissance de cet h√©ritier pour Clotaire II, rest√© sans h√©ritier apr√®s le d√©c√®s de son fils a√ģn√© M√©rov√©e √† la bataille d'Ar√®le.

Culture populaire

Dagobert Ier chassant le cerf. Vie de saint Denis, XIIIe si√®cle, Paris. Biblioth√®que Nationale de France.

Alors qu'il était adolescent, Dagobert partit à la chasse au cerf. Ses chiens en poursuivirent un qui se réfugia dans une chapelle édifiée, à Catulliacum, sur le tombeau des Saints Denis, Rustique et Eleuthère, évêques de Paris. Un miracle empêcha les chiens d'entrer, impressionnant Dagobert qui conçut pour les saints une grande vénération[54].

Chassant un cerf avec saint Ouen dans la for√™t de Cuise, il aper√ßoit dans l'air une croix d'une blancheur lumineuse. Saint Ouen d√©cida de b√Ętir une √©glise √† cet endroit, qui devint le prieur√© de Lacroix[55].

Peu de jours après son entrée à Metz pour y exercer la délégation d'autorité de la couronne de son père, Dagobert eut reçu la visite d'un prince d'Arabie attiré en Francie et en Alémanie par des perspectives d'échanges commerciaux. Ce prince l'aurait averti de la fuite de Mahomet, l'hégire, et de son retrait à Médine[21].

Notburge, fille de Dagobert, se vit proposer en mariage par son p√®re, qui s√©journait dans la vall√©e du Neckar pr√®s du royaume Wende, au roi Samo. Horrifi√©e par un mariage pa√Įen, Notburge se r√©fugia dans une grotte de l'autre c√īt√© de la rivi√®re. Irrit√©, le roi la retrouva et la saisit par le bras qui lui resta dans la main. Reprenant ses esprits, Notburge ¬ę entend le bruit d'un √™tre rampant, un serpent s'avance et la remplit d'effroi. Cependant, jetant les yeux sur le reptile, elle lui voit la t√™te surmont√©e d'une couronne, une herbe dans la bouche, et fixant ses regards sur la plaie. Serpent divin, blessure gu√©rie ¬Ľ. Pieuse, Notburge obtint la conversion des habitants du lieu. La grotte devint un lieu de p√®lerinage, et on √©leva une √©glise sur sa tombe √† Hochhausen. Elle fut sanctifi√©e sainte Notburge[56].

Dagobert tomba malade d'une fi√®vre que les m√©decins ne savaient gu√©rir. Au bout de six mois, son p√®re envoya en Sarthe √† saint Longis, fondateur du monast√®re du m√™me nom ¬ę un calice et une pat√®ne en argent, que l'on voit encore aujourd'hui dans ce monast√®re. Le messager qui s'y rendait n'√©tait pas encore √† la moiti√© du chemin que la fi√®vre quittait le prince. ¬Ľ[57].

Dagobert fut atteint de l√®pre. Il confia son royaume √† son fils et partit en p√®lerinage avec son √©pouse. En Alsace, ils s'√©tablirent √† Atenborg. Au cours d'une chasse, le roi s'√©tendit sur un pr√© fleuri pour y dormir. Au r√©veil, le contact de sa peau avec la ros√©e rendit saine une partie de son corps. Sur conseil de sa femme, il s'immergea compl√®tement et gu√©rit de m√™me. ¬ę Le roi rendit pieusement gr√Ęce √† Dieu, et dit dans un √©lan joyeux : Il est s√Ľr que des saints se trouvent ici, ou que ce lieu m√™me est sanctifi√©. Ainsi, je veux que cet endroit soit appel√© d√©sormais Lieu-Saint, ou Lieu-des-Saints ¬Ľ (Heiligenstadt). Les saints √©taient les martyrs Aureus et Justin, une √©glise fut construite en leur honneur[58].

La sŇďur de Dagobert, √Čnimie, se vit offerte en mariage. Or, elle √©tait vou√©e au Christ. Elle demanda au seigneur d'emp√™cher cela, et fut atteinte de l√®pre. Une vision lui intima de partir gu√©rir √† la fontaine de Burle, en G√©vaudan. Ainsi, elle put gu√©rir. De retour dans le royaume franc, la l√®pre frappa √† nouveau. Elle retourna √† Burle et compris qu'elle devait rester en G√©vaudan. Elle y accomplit de grands miracles, o√Ļ tel saint Romain, elle an√©antit le Drac, accompagn√©e partout de sa filleule √©galement nomm√©e √Čnimie. Elles moururent quasiment en m√™me temps et furent ensevelies l'une au-dessus de l'autre, en sorte que seul le tombeau de la filleule, plac√© en haut, portait mention d'√Čnimie. ¬ę Dagobert se rendit jusque dans le G√©vaudan qu'en explorateur z√©l√© il se mit √† parcourir pour chercher l'endroit o√Ļ se trouvait enseveli le corps de sa sŇďur la bienheureuse √Čnimie, tant il avait le d√©sir de l'emporter dans son pays, pour glorifier sa sŇďur d'innombrables louanges et pour qu'honneur lui soit rendu. ¬Ľ Mais tromp√© par la disposition des tombeaux, il s'empara d'√Čnimie la jeune. Ainsi, les reliques de la sainte rest√®rent en son abbaye[59].

Dagobert Ier, réfugié à Saint-Denis. Enluminure des Grandes Chroniques de France par Jean Fouquet, Tours, (circa 1455-1460)

Clotaire II fit de Sadrag√©sile duc d‚ÄôAquitaine. Celui-ci n‚Äôappr√©ciait pas Dagobert, et lorsque ce dernier l‚Äôinvita √† sa table, en l‚Äôabsence de Clotaire II, Sadrag√©sile refusa de boire √† trois reprises avec Dagobert en plus de se montrer impoli. Dagobert le ridiculisa en lui faisant couper la barbe et en le faisant battre avec des verges. Au retour de Clotaire II, son ministre raconta les faits. Le roi mena√ßa son fils qui se r√©fugia en la chapelle de Saint-Denis o√Ļ les hommes de son p√®re ne purent entrer. Durant cette captivit√©, Dagobert fit un songe o√Ļ les saints lui seraient apparus. Dagobert s‚Äôengagea √† les honorer en √©change de leur protection. Clotaire II s‚Äôinclina devant le pouvoir des saints et se r√©concilia avec son fils. Il offrit, en plus, des dons au tombeau des saints[54].

Dagobert, ¬ę ayant rassembl√© une arm√©e aussi nombreuse qu'il le put, passa le Rhin en personne, et n'h√©sita point √† aller attaquer les saxons. ¬Ľ Durant la bataille, Dagobert fut bless√© √† la t√™te et son p√®re vint √† son secours. Ils combattirent ¬ę ne laissant vivant aucun homme dont la taille surpass√Ęt la longueur de son √©p√©e[60]. ¬Ľ Ce serait apr√®s la mort de son p√®re que Dagobert aurait fait reconstruire l'√©glise de saint-Denis en remerciement de la protection des saints.

Chanson

Dans la culture populaire fran√ßaise, Dagobert est surtout connu au travers de la chanson Bon Roi Dagobert. Celle-ci semble dater de la R√©volution fran√ßaise. Selon la l√©gende, Dagobert √©tait tellement distrait qu'il avait l'habitude de mettre ses culottes (ses braies, pantalons) √† l'envers. Myope, Dagobert avait l'habitude, selon Wulfram de Strasbourg (VIIIe si√®cle), de se prendre les pieds dans les tapis et de chuter, sous les regards m√©dus√©s des t√©moins. Bon vivant et populaire, il riait bien souvent de sa propre personne. Le respect d√Ľ au roi a fait passer sa l√©gendaire distraction pour une simple l√©gende.

Cette chanson √©crite sur un air de danse dit Fanfare du Cerf n'a pas pour but de transcrire une v√©rit√© historique mais plut√īt de se moquer du roi Louis XVI, connu entre autres pour sa personnalit√© distraite, et de la reine Marie-Antoinette, √† travers ce roi ancien et mal connu[61].

Dagobert Ier, roi d'Austrasie, de Neustrie et de Bourgogne, (mort en 638) peint par √Čmile Signol (1804-1892). Peinture conserv√©e au mus√©e national du ch√Ęteau et des Trianons de Versailles.

Voir aussi

Liens externes

Bibliographie

  • Jean Verseuil, Les rois fain√©ants : de Dagobert √† P√©pin le Bref 629-751, √©dition Crit√©rion, Paris, 1946 (ISBN 2-7493-0136-0).
  • Laurent Theis, Dagobert : un roi pour un peuple, √©ditions Fayard, 1987 (Ire √©d. 1982 chez Complexe) (ISBN 2-213-01114-1)
  • Maurice Bouvier-Ajam, Dagobert Roi des Francs. ¬ę Figures de proue ¬Ľ, √©ditions Tallandier, 2000 (ISBN 2-235-02253-7)
  • Fr√©d√©gaire (trad. par O. Devilliers et J. Meyers), Chronique des Temps M√©rovingiens, √©dition Brepols, 2001 (ISBN 2503511511)
  • Gaston Duchet-Suchaux et Patrick P√©rin, Clovis et les M√©rovingiens, √Čditions Tallandier, collection ¬ę La France au fil de ses rois ¬Ľ, 2002 (ISBN 2-235-02321-5)
  • Chroniques du temps du Roi Dagobert (592-639) (traduites du latin par Fran√ßois Guizot et Romain Foug√®re). 2e √©dition. Clermont-Ferrand : Paleo, coll. ¬ę Sources de l'histoire de France ¬Ľ, 2004. 169 p., 21 cm. (ISBN 2-913944-38-8)

Notes et références

  1. ‚ÜĎ Fr√©d√©ric Armand, Chilp√©ric Ier, La Louve √©dition, 2008, p. 191.
  2. ‚ÜĎ Georges Tessier, Le bapt√™me de Clovis, √©ditions Gallimard, 1964, p. 233.
  3. ‚ÜĎ Bouvier-Ajam (2000), p. 47.
  4. ‚ÜĎ Bouvier-Ajam (2000), p. 48.
  5. ‚ÜĎ Bouvier-Ajam (2000), p. 69.
  6. ‚ÜĎ Bouvier-Ajam (2000), p. 70.
  7. ‚ÜĎ Bouvier-Ajam (2000), p. 76.
  8. ‚ÜĎ Bouvier-Ajam (2000), p. 92.
  9. ‚ÜĎ Bouvier-Ajam (2000), p. 93.
  10. ‚ÜĎ Bouvier-Ajam (2000), p. 94.
  11. ‚ÜĎ Bouvier-Ajam (2000), p. 112.
  12. ‚ÜĎ Bouvier-Ajam (2000), p. 115.
  13. ‚ÜĎ Bouvier-Ajam (2000), p. 114.
  14. ‚ÜĎ Bouvier-Ajam (2000), p. 116.
  15. ‚ÜĎ Bouvier-Ajam (2000), p. 117.
  16. ‚ÜĎ Bouvier-Ajam (2000), p. 119.
  17. ‚ÜĎ Bouvier-Ajam (2000), p. 120.
  18. ‚ÜĎ a et b Bouvier-Ajam (2000), p. 122.
  19. ‚ÜĎ a et b Bouvier-Ajam (2000), p. 123.
  20. ‚ÜĎ Bouvier-Ajam (2000), p. 121.
  21. ‚ÜĎ a et b Bouvier-Ajam (2000), p. 124.
  22. ‚ÜĎ P√©rin et Duchet-Suchaux (2002), p. 118.
  23. ‚ÜĎ Bouvier-Ajam (2000), p. 135.
  24. ‚ÜĎ Bouvier-Ajam (2000), p. 136.
  25. ‚ÜĎ Bouvier-Ajam (2000), p. 127.
  26. ‚ÜĎ Bouvier-Ajam (2000), p. 137.
  27. ‚ÜĎ a, b, c, d et e Theis (1982), p. 12.
  28. ‚ÜĎ Bouvier-Ajam (2000), p. 142.
  29. ‚ÜĎ Bouvier-Ajam (2000), p. 143.
  30. ‚ÜĎ Bouvier-Ajam (2000), p. 144.
  31. ‚ÜĎ Bouvier-Ajam (2000), p. 145.
  32. ‚ÜĎ Bouvier-Ajam (2000), p. 147.
  33. ‚ÜĎ a et b P√©rin et Duchet-Suchaux (2002), p. 121.
  34. ‚ÜĎ Bouvier-Ajam (2000), pp. 148-149.
  35. ‚ÜĎ Bouvier-Ajam (2000), p. 182.
  36. ‚ÜĎ a, b et c P√©rin et Duchet-Suchaux (2002), p. 119.
  37. ‚ÜĎ a et b Theis (1982), p. 14.
  38. ‚ÜĎ Bouvier-Ajam (2000), pp. 252-253.
  39. ‚ÜĎ P√©rin et Duchet-Suchaux (2002), p. 120.
  40. ‚ÜĎ Bouvier-Ajam (2000), p. 306.
  41. ‚ÜĎ Bouvier-Ajam (2000), p. 307.
  42. ‚ÜĎ Bouvier-Ajam (2000), p. 308.
  43. ‚ÜĎ Bouvier-Ajam (2000), pp. 308-309.
  44. ‚ÜĎ Bouvier-Ajam (2000), p. 310.
  45. ‚ÜĎ Bouvier-Ajam (2000), p. 311.
  46. ‚ÜĎ Bouvier-Ajam (2000), p. 312.
  47. ‚ÜĎ Bouvier-Ajam (2000), p. 313.
  48. ‚ÜĎ Bouvier-Ajam (2000), p. 314.
  49. ‚ÜĎ a, b et c Theis (1982), p. 15.
  50. ‚ÜĎ Bouvier-Ajam (2000), p. 315.
  51. ‚ÜĎ Bouvier-Ajam (2000), p. 316.
  52. ‚ÜĎ Bouvier-Ajam (2000), p. 317.
  53. ‚ÜĎ Bouvier-Ajam (2000), p. 318.
  54. ‚ÜĎ a et b D'apr√®s les Gesta Dagoberti.
  55. ‚ÜĎ Abb√© Delettre, Histoire du dioc√®se de Beauvais. Beauvais, 1842, p. 237.
  56. ‚ÜĎ Schreiber, Traditions populaires du Rhin, Heidelberg, 1830.
  57. ‚ÜĎ Vita Lonoghylii abbatis Buxiancensis, MGH, SRM 7, p. 436.
  58. ‚ÜĎ D'apr√®s De Sanctis martyribus Moguntinis Aureo episcopo et Justino diacono.
  59. ‚ÜĎ Vita, inventio et miracula sanctae Enimiae, √©ditions C. Brunel, 1939. Une version en langue vulgaire fut compos√©e par le troubadour Bertran de Marseille, sans doute au XIIIe si√®cle (Bertran de Marseille, Vie de sainte √Čnimie, √©ditions Clovis Brunel, Paris, 1916).
  60. ‚ÜĎ D'apr√®s le Liber Histori√¶ Francorum.
  61. ‚ÜĎ D'apr√®s Aux sources des chansons populaires de Martine David et Anne-Marie Delrieu.



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