Accusation De Crime Rituel Contre Les Juifs

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Accusation De Crime Rituel Contre Les Juifs

Accusation de crime rituel contre les Juifs

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L'accusation de crime rituel √† l'encontre des Juifs (h√©breu : ◊Ę◊ú◊ô◊ú◊™ ◊ď◊Ě 'Alilat dam) est l'une des plus anciennes et plus tenaces all√©gations antijuives et antis√©mites de l'Histoire. En effet, bien que l'accusation de crime de sang ait touch√© d'autres groupes que les Juifs, dont les premiers chr√©tiens, certains d√©tails, parmi lesquels l'all√©gation que les Juifs utilisaient du sang humain pour certains de leurs rituels religieux, principalement la confection de pains azymes (matza) lors de la P√Ęque, leur furent sp√©cifiques.

Walter Laqueur[1] dénombre plus de 150 accusations, et probablement des milliers de rumeurs.

Sommaire

Genèse d'une accusation

Le premier exemple connu d'accusation de ce type pr√©c√®de le christianisme, puisqu'il est fourni, selon Flavius Jos√®phe, par Apion, un √©crivain sophiste √©gyptien hell√©nis√© ayant v√©cu au Ier si√®cle.

Toutefois, et bien que le s√©nateur romain Cassidorius ait recommand√© la traduction des Ňďuvres de Jos√®phe en latin au VIe si√®cle, l'accusation ne fut jamais r√©it√©r√©e avant le XIIe si√®cle, y compris par les plus √Ępres adversaires du juda√Įsme, dont Agobard, l'√©v√™que de Lyon (neuvi√®me si√®cle), le moine Rudolphe de Mayence (qui invectiva les Juifs en 1146, les qualifiant d'ennemis de la religion chr√©tienne), ni par Bernard de Clairvaux (1091-1153)[2].

Après la première affaire à Norwich (Angleterre) en 1144, les accusations se multiplient dans l'Europe catholique. De nombreuses disparitions inexpliquées d'enfants et de nombreux meurtres sont expliqués par ce biais. Une explication théologique est même avancée par Thomas de Cantimpré en 1250, affirmant que le sang des chrétiens, particulièrement celui des enfants, est convoité par les Juifs pour ses propriétés curatives[3].
Les victimes prétendues, voire dans certains cas imaginaires, du sacrifice humain, qu'elles soient enfant ou adulte, font souvent l'objet d'un culte local comme martyr et sont, dans un petit nombre de cas, canonisées.
Les Juifs ont tant à craindre de ces accusations et de leurs retombées, que le Golem de Prague, l'une des grandes figures des légendes juives d'Europe centrale, aurait été créé par le Maharal de Prague, afin de protéger les Juifs des ghettos d'Europe centrale. L'humour juif en garde également quelques traces amères[4].
Les tenants et aboutissants des accusations √©volu√®rent dans le temps, et si les premi√®res √©taient motiv√©es par le z√®le religieux √† ch√Ętier les Juifs qui persistaient dans leur ¬ę perfidie, ¬Ľ les suivantes se doublaient souvent d'une vis√©e sous-jacente d'ordre politique.

Au Moyen Orient, ces accusations étaient largement inconnues, jusqu'à l'affaire de Damas en 1840. Elles se sont fortement répandues ensuite, dans les milieux arabes chrétiens et musulmans.

Bien que largement discréditées, ces accusations persistent de nos jours parmi une certaine frange de croyants chrétiens et musulmans.

Description d'un crime rituel supposé

Les comptes-rendus de crimes rituels suppos√©s comportent des constantes remarquables, au point de constituer une v√©ritable accumulation de st√©r√©otypes :

  • la victime est le plus souvent un jeune enfant, qui n'a pas encore atteint l'√Ęge de la pubert√©. Il est enlev√© (ou quelques fois achet√©), conduit en un endroit secret mais connu de la communaut√© juive (la maison d'un membre important de la communaut√© juive, une synagogue, une cave, etc.), et y demeure s√©questr√© jusqu'√† sa mise √† mort.
  • la mise √† mort survient au terme d'un c√©r√©monial sacrificiel.
  • le rite comprend des pr√©paratifs, dont le rassemblement des diff√©rents participants (certains pouvant venir de tr√®s loin) et la fabrication ou la pr√©paration d'instruments de torture.
  • le meurtre se d√©roule g√©n√©ralement de nuit, assez souvent lors de la P√Ęque juive. La foule se rassemble au lieu du sacrifice et commence un simulacre de jugement. Sur demande du juge, l'enfant est pr√©sent√© nu devant le tribunal et encha√ģn√©. Pendant le "proc√®s", des tortures sont inflig√©es √† l'enfant, dont beaucoup sont identiques √† celles pratiqu√©es par l'Inquisition sur les suspects d'h√©r√©sie. Apr√®s un long supplice, l'enfant √† demi-mort est coiff√© d'une couronne d'√©pines et crucifi√©.
  • le sang s'√©coulant des blessures de l'enfant est recueilli dans des coupes ou des verres. L'enfant est finalement tu√© par un coup de lance, d'√©p√©e ou de poignard dans le cŇďur.
  • le corps de l'enfant est d√©tach√© de la croix et son corps cach√©. Quelques pratiques de magie noire peuvent √™tre pratiqu√©es sur lui.

Genèse d'une accusation

L'histoire de Guillaume de Norwich est le premier cas connu d'accusation de crime rituel lancée par un moine chrétien en 1144. Elle ne décrit que la torture et l'agonie de l'enfant, suggérant en outre que la mort de l'enfant n'a été recherchée que dans un seul but de vengeance. Il n'y est fait nulle mention du recueil du sang de Guillaume pour un dessein quelconque.

En 1250, le moine Thomas de Cantimpr√© fait para√ģtre la premi√®re mention de sang chr√©tien √† vertu curative, et procure un cadre th√©ologique √† la propagation de cette rumeur : Selon lui[3], ¬ę il est tout √† fait certain que les Juifs de chaque province tirent au sort annuellement quelle est la communaut√© ou ville qui enverra le sang chr√©tien aux autres communaut√©s. ¬Ľ
Thomas ajoute qu'il s'entretient fréquemment avec un "Juif très instruit, qui s'est depuis converti à la foi chrétienne", peut-être Nicolas Donin de La Rochelle, qui initia en 1240 une disputation sur le Talmud avec Yehiel de Paris, laquelle aboutit à la crémation en 1242 d'un nombre important de manuscrits du Talmud à Paris.
Ce converti lui laisse entendre qu'¬ę un des leurs, jouissant de la r√©putation de proph√®te, vers la fin de sa vie ¬Ľ leur a pr√©dit que les h√©morragies (dont les Juifs sont cens√©s souffrir depuis le temps o√Ļ ils ont interpell√© Ponce Pilate, ¬ę Que son sang soit sur nous, et sur nos enfants ¬Ľ[5]), ne peut √™tre soulag√© que par le sang chr√©tien (¬ę solo sanguine Christiano ¬Ľ).

Les Juifs, ¬ę toujours aveugles et impies ¬Ľ, ont donc pris les paroles de leur "proph√®te" √† la lettre et institu√© la coutume de r√©pandre chaque ann√©e du sang chr√©tien dans chaque province afin de gu√©rir de leur maladie. Cependant, ajoute Thomas, ils ont mal compris son propos: par "solo sanguine Christiano", le "proph√®te" n'entendait pas le sang de chaque chr√©tien, mais de celui de J√©sus le Christ; le seul vrai rem√®de pour toutes les souffrances physiques et spirituelles des Juifs serait donc la conversion au christianisme.

Cinq ans plus tard, en 1255, le chroniqueur du meurtre rituel du Petit saint Hugues de Lincoln fait mention de rites de magie noire pratiqués sur le cadavre post mortem.

En 1475, le rituel sacrificiel de Simon de Trente comporte l'ensemble de ces éléments, décrits de façon précise.

Les faits derrière les fantasmes

√Ä la question de savoir quel √©v√®nement a marqu√© les esprits chr√©tiens au point de ressortir une vieille fable qui n'avait jusque l√† trouv√© aucun √©cho y compris parmi les d√©tracteurs les plus incisifs du juda√Įsme, le professeur Israel Jacob Yuval de l'universit√© h√©bra√Įque de J√©rusalem r√©pond dans un article publi√© en 1993, sugg√©rant que les chr√©tiens pourraient avoir vu au XIIe si√®cle des Juifs √©gorger des enfants: les leurs propres, avant de mourir eux-m√™mes en martyres, en sanctifiant le Nom divin lors des massacres des communaut√©s rh√©nanes suite √† l'appel √† la premi√®re croisade. Cependant, si cette fa√ßon d'agir n'√©tait pas inconnue de la tradition juive, les Z√©lotes s'√©tant suicid√©s en masse √† Massada en 74 EC, et Rabbi Akiva ayant lui aussi choisi la voie du kiddoush hashem en 135 EC, tel que le per√ßoit le chroniqueur chr√©tien, ¬ę les Juifs, voyant les chr√©tiens s'armer en ennemis contre eux et leurs enfants, sans aucun respect pour la faiblesse de l'√Ęge, s'arm√®rent de leur c√īt√© contre eux-m√™mes, contre leurs coreligionnaires, contre leurs femmes et leurs enfants, leurs m√®res et leurs sŇďurs, et se massacr√®rent entre eux. [...] Les m√®res [...] coupaient la gorge aux enfants qu'elles allaitaient, aimant mieux se d√©truire de leurs propres mains que de succomber sous les coups des incirconcis[6]. ¬Ľ Cependant, le professeur Yuval a estim√©, en analysant les rapports chr√©tiens de ces √©v√®nements, qu'ils √©taient d√©form√©s, et de nature √† sugg√©rer que si les Juifs peuvent tuer leurs propres enfants, ils peuvent aussi sans probl√®me tuer des enfants chr√©tiens. Il rejette quant √† lui la possibilit√© des histoires de crime rituel, en raison de la nature pr√©caire de l'existence de la minorit√© juive dans l'Europe chr√©tienne, comme un pur fantasme chr√©tien[7],[8].

Le Shevet yehuda, une chronique du XVIe si√®cle r√©dig√©e en Italie par Salomon ibn Verga raconte une histoire permettant de comprendre les m√©canismes d'accusation. Un jour, le roi de France re√ßut une plainte au sujet d'un juif accus√© de crime rituel. On l'a tortur√©, il a avou√©, tout est en ordre. Demandant √† un ambassadeur musulman "si de telles choses arrivent dans son royaume", le roi s'attire alors une cinglante r√©plique : de "tels enfantillages sont d√©pourvus de tout fondement rationnel ou religieux". Le souverain s'emporte : "Mais quelle importance que ce soit irrationnel puisqu'il a avou√© ?" Un t√©moin avance alors une autre explication au fait que les juifs ne s'adonnent pas aux crimes rituels en islam, explication dont la logique perverse est caract√©ristique de la passion antis√©mite : "Honorable seigneur, si cela n'arrive pas dans votre royaume, c'est que les juifs n'ont aucune raison d'en vouloir aux musulmans. Mais ils en ont pour en vouloir aux chr√©tiens, √† cause de J√©sus.[9]"

Pratiques r√©elles du juda√Įsme concernant le sang et les sacrifices

Les descriptions de torture et de sacrifice humain dans les accusations antis√©mites de rituel sanglant vont √† l'encontre de l'enseignement r√©el du juda√Įsme.

De la façon la plus évidente, les Dix Commandements dans la Torah interdisent le meurtre. De plus, l'utilisation du sang (humain ou autre) dans la cuisine est interdite par les règles alimentaires de la cacheroute. Le sang des animaux abattus ne doit pas être consommé. Il doit être vidé de l'animal et jeté aux ordures ou recouvert de sable (Lévitique 17:12-13). Selon Vayiqra, le Livre du Pentateuque qui décrit en détail les rituels sacrificiels, le sang obtenu des animaux sacrifiés peut uniquement être placé sur l'autel du Grand Temple de Jérusalem (qui n'existait déjà plus à l'époque des premières accusations de crimes rituels par les chrétiens). De plus, l'homme n'est pas considéré comme un animal cacher.

Alors que le sacrifice animal √©tait une pratique du juda√Įsme ancien, le Tanakh (l'Ancien Testament) et l'Halakha (l'ensemble des lois et prescriptions religieuses) interdisent formellement le sacrifice humain et le consid√®re comme l'un des p√©ch√©s qui diff√©rencient les pa√Įens de Canaan des H√©breux (Deut√©ronome 12:31), (Rois 16:3). Les Juifs avaient l'interdiction de pratiquer de tels rituels et √©taient punis en cas de transgression (Exode 34:15), (L√©vitique 20:2), (Deut√©ronome 18:12), (J√©r√©mie 7:31). En plus, la puret√© rituelle interdisait √† un pr√™tre de se trouver dans la m√™me pi√®ce qu'un cadavre humain (L√©vitique 21:11).

Les partisans des accusations de crimes rituels, comme le fasciste britannique Arnold Leese (auteur de : "Jewish Ritual Murder" 1938) et ses sympathisants contemporains, pr√©tendent que la preuve des crimes rituels est contenue dans les textes sacr√©s. Le site n√©onazi www.JRBooksOnline.com mentionne le Psaume 137 comme preuve que les Juifs pratiquaient le meurtre rituel de jeunes enfants en citant de fa√ßon isol√© le vers : ¬ę Heureux qui saisit tes petits enfants, et les √©crase sur le roc ! ¬Ľ. Cependant, en se basant sur le contexte du reste du psaume 137, ce vers exprime un d√©sir de vengeance √† la suite des massacres babyloniens de Juifs. Si on reprend le vers dans son contexte, on comprend alors la v√©ritable signification : ¬ę Fille de Babylone, la d√©vast√©e, heureux qui te rend la pareille, le mal que tu nous as fait ! Heureux qui saisit tes enfants, et les √©crase sur le roc ! ¬Ľ (Psaumes 137:8).

Les accusations de crime rituel au cours de l'Histoire

Selon Walter Laqueur,

"En tout, environ 150 cas d'accusations de crimes rituels ont √©t√© r√©pertori√©s (sans compter les milliers de rumeurs) qui ont conduit √† l'arrestation et au meurtre de Juifs, la plupart durant le Moyen √āge. Dans la majorit√© des cas, des Juifs √©taient tu√©s soit par la foule, soit apr√®s un proc√®s pr√©c√©d√© de tortures."[1]

Les exemples présentés ci-dessous ne reprennent que les accusations les plus connues, qui ont contribué à forger le mythe.

Premières mentions

On apprend de la polémique de Flavius Josèphe contre Apion[10] que celui-ci aurait accusé les Juifs d'engraisser chaque année un Grec dans leur temple, avant de le tuer afin de l'offrir en sacrifice, de manger ses organes internes et de prononcer un serment d'inimitié contre tous les Grecs. Cette accusation dans la Grèce ancienne, avant l'arrivée du christianisme, est généralement considérée comme un acte d'antisémitisme. Elle est peut-être la base de l'assertion d'un certain Démocrite selon laquelle les Juifs capturent un étranger tous les sept ans et l'offrent en sacrifice en lacérant sa chair[2].

Socrate le Scolastique rapporte dans son Historia Ecclesiastica (Constantinople, 415) que des Juifs ivres auraient accidentellement tué un enfant chrétien en le pendant à Pourim en dérision de Haman[2]. Selon une autre version, ils auraient attaché l'enfant sur une croix et flagellé à mort[11].

XIIe si√®cle

La premi√®re accusation de crime rituel contre les Juifs a lieu en Angleterre le 20 mars 1144, jour de la P√Ęque juive. Les Juifs de Norwich sont accus√©s √† la fois de meurtre rituel et d'avoir saign√© le jeune Guillaume apr√®s la d√©couverte de son corps cribl√© de coups de couteau.
La l√©gende se transforme en culte, Guillaume obtient le statut de martyr et des foules de p√®lerins se pressent apportant richesse √† l'√©glise locale. En 1189, la d√©putation juive venue pour le couronnement de Richard cŇďur de Lion est attaqu√©e par la foule. Un pogrom s'ensuit √† Londres et s'√©tend √† travers toute l'Angleterre. Le 6 f√©vrier 1190, tous les Juifs de Norwich sont massacr√©s dans leurs maisons, sauf quelques-uns qui r√©ussissent √† trouver refuge au ch√Ęteau.
Un siècle plus tard (en 1290), les Juifs sont ensuite expulsés de toute l'Angleterre. Ils ne seront autorisés à y revenir qu'après 1655.

En 1171, la ville de Blois en France, un valet chr√©tien affirme avoir vu un juif jeter le corps d'un enfant dans la Loire. Les autorit√©s ne retrouvent aucun corps. Ceci n'emp√™che pas les quelques dizaines de juifs de Blois furent emprisonn√©s. Trente-huit juifs, dont dix-sept femmes, sont br√Ľl√©s vifs (40 selon d'autres √©crits)[12],[13].

XIIIe si√®cle

En 1250, un enfant de Saragosse, en Espagne, Dominique del Val, ou Dominguito, aurait √©t√© enlev√© et crucifi√© par des Juifs. Son cŇďur arrach√© et jet√© dans la rivi√®re avec une hostie consacr√©e aurait permis d'empoisonner tous les chr√©tiens qui boiraient de son eau. Le Juif qui tentait de voler l'hostie fut trahi par les rayons lumineux qui s'√©chappaient du livre o√Ļ il tentait de la cacher. Il d√©non√ßa ses complices, qui furent tous ex√©cut√©s, et lui fut encha√ģn√© √† vie. Dominguito, canonis√©, est f√™t√© le 31 ao√Ľt.

En 1255 se produit le cas du Petit Saint-Hugues de Lincoln, qui nous est parvenu par la mention qu'en fait Chaucer: un enfant de 8 ans, d√©nomm√© Hugues, fils d'une femme nomm√©e B√©atrice, dispara√ģt le 31 juillet √† Lincoln. Son corps est retrouv√© le 29 ao√Ľt, couvert d'immondices, dans une fosse ou un puits appartenant √† un Juif d√©nomm√© Copin ou Koppin.
Suite √† la promesse faite √† Copin par le juge Jean de Lexington, de lui laisser la vie sauve, Copin confesse que le gar√ßon a √©t√© crucifi√© par les Juifs, qui se sont rassembl√©s √† Lincoln dans ce but. Le roi Henri III, arriv√© √† Lincoln 5 semaines plus tard, refuse de respecter la promesse faite par Jean de Lexington, et fait ex√©cuter Copin. 99 juifs de Lincoln sont arr√™t√©s et envoy√©s √† Londres, o√Ļ 18 d'entre eux sont ex√©cut√©s. Les autres doivent leur pardon √† l'intercession des franciscains[14].

En 1267, le corps d'une fillette de sept ans est découvert à Pforzheim, pays de Bade, dans une rivière par un pécheur. Les Juifs sont suspectés. Lorsqu'ils sont conduits devant le corps de la fillette, on raconte que le sang commence à couler des blessures; conduits une seconde fois devant le corps, le visage de l'enfant se met à rougir, et ses deux bras s'élèvent. Outre ces "miracles", la fille d'une "méchante femme" témoigne que sa mère aurait vendu l'enfant aux Juifs.
Il n'y a pas eu de procès équitable et il est fort probable que la "méchante femme" ait été la meurtrière. Il est évident qu'un meurtre judiciaire a alors été commis à l'encontre des Juifs suite à cette accusation, de la façon dont est relaté cet évènement dans le "Memorbuch" de Nuremberg et les poèmes de la synagogue.[15].

En 1270, un autre "miracle" sera retenu comme preuve de la culpabilit√© des Juifs √† Wissembourg (Alsace) : selon l'accusation, les Juifs auraient suspendu par les pieds un enfant (dont le corps a √©t√© retrouv√© dans la Lauter), et ouvert chacune des ses art√®res afin de recueillir tout son sang. Les blessures de l'enfant auraient cependant continu√© √† saigner pendant cinq jours.

En 1286, √† Oberwesel (Allemagne), d'autres "miracles" accusent les Juifs: le corps du petit Werner, √Ęg√© de onze ans, aurait flott√© sur le Rhin √† contre-courant jusqu'√† Bacharach, √©mettant un rayonnement, et dou√© de pouvoirs de gu√©rison. Pour cette raison, les Juifs d'Oberwesel et de nombreuses autres localit√©s voisines sont s√©v√®rement pers√©cut√©s pendant les ann√©es 1286-1289. L'empereur Rodolphe Ier √† qui les Juifs ont fait appel pour leur protection, publie une proclamation publique affirmant qu'un grand tort a √©t√© commis √† l'encontre des Juifs, et que le corps de Werner doit √™tre br√Ľl√© et ses cendres dispers√©es au vent.

√Ä Troyes, en Champagne, en 1288, les juifs sont accus√©s d'un crime rituel, pour sauver les juifs de la cit√© 15 membres d‚Äôune famille juive se sacrifient en s‚Äôaccusant d‚Äôun d√©lit qu‚Äôils n‚Äôont pas commis, ils sont br√Ľl√©s[16].

Konrad Justinger dans sa "Chronique" de 1423 affirme qu'à Berne en 1294, les Juifs ont torturé et assassiné un enfant appelé Rodolphe. L'impossibilité historique de cette histoire largement accréditée fut démontrée par Jakob Stammler, un pasteur de Berne, en 1888.[17]

Les accusations de meurtres rituels semblent avoir été si nombreuses au XIIIe siècle dans l'Europe chrétienne, bien que peu d'informations ne nous soient parvenues, que le Duc Boleslas V le Pudique en 1264, dans la Charte de Kalisz, chargée de protéger les Juifs de Pologne, ait été obligé de mentionner texto dans l'article 31 de cette charte::

Le Memorbuch de Nuremberg est √©crit √† la fin du XIIIe si√®cle. Il raconte entre autres qu'en 1285, la communaut√© juive de Munich a √©t√© accus√©e de crime rituel. 180 juifs, hommes, femmes, enfants furent alors enferm√©s dans la synagogue et br√Ľl√©s avec[18]

¬ę Il est strictement interdit d'accuser les Juifs de boire du sang humain. Cependant, si un Juif est accus√© du meurtre d'un enfant chr√©tien, cette accusation devra √™tre prouv√©e par le t√©moignage de trois Chr√©tiens et de trois Juifs avant que la condamnation du Juif puisse √™tre prononc√©e. N√©anmoins, si ces t√©moins prouvent l'innocence du Juif, le d√©nonciateur subira le ch√Ętiment qu'eut subi le Juif. ¬Ľ
Représentation du meurtre rituel supposé de Simon de Trente dans la Weltchronik d'Hartmann Schedel en 1493

XVe et XVIe si√®cles

√Ä Rinn, pr√®s d'Innsbruck dans le Tyrol, un gar√ßon du nom d'Andreas Oxner (connu aussi sous le nom d'Anderl von Rinn) aurait √©t√© achet√© par des marchands juifs et assassin√© avec cruaut√© dans une for√™t proche de la cit√© en 1462; son sang aurait √©t√© soigneusement recueilli dans des bassines (l'accusation d'avoir vid√© l'enfant de son sang n'est faite qu'au d√©but du XVIIe si√®cle, lors de l'√©tablissement du culte). L'inscription la plus ancienne dans l'√©glise de Rinn, datant de 1575, est alt√©r√©e par des embellissements fabuleux; comme, par exemple, que l'argent qui servit √† acheter le gar√ßon √† son parrain s'√©tait transform√© en feuilles, ou qu'un lis avait fleuri sur sa tombe. Le culte continua jusqu'√† ce qu'il soit officiellement interdit en 1994 par l'√©v√™que d'Innsbruck.[19]

En 1470, √† Endingen en Alsace, les paroissiens d√©couvrent lors de travaux dans l'ossuaire de l'√©glise, le corps d'un homme et d'une femme ainsi que les restes de deux enfants d√©capit√©s. Aussit√īt, ils sont identifi√©s par la rumeur publique √† une famille pauvre, disparue huit ans plus t√īt apr√®s avoir √©t√© vue pour la derni√®re fois entrant dans la maison d'un Juif. Un proc√®s pour crime rituel s'en suit. Malgr√© l'absence de preuves, les Juifs de la ville sont condamn√©s et ex√©cut√©s[20].

En 1475, Simon de Trente, √Ęg√© de deux ans, dispara√ģt. Son p√®re affirme qu'il a √©t√© enlev√© et assassin√© par la communaut√© juive locale. Quinze Juifs sont condamn√©s √† mort et br√Ľl√©s. Simon fut canonis√© par le pape Sixte V en 1588. Il est d√©chu de son statut de saint en 1965 par le pape Paul VI. Son meurtre est cependant toujours consid√©r√© par certains comme le fait d'une poign√©e d'extr√©mistes.

En 1491, Christophe ou Cristóbal de Tolède, un enfant chrétien de quatre ans dont deux Juifs et trois conversos (Juifs convertis au christianisme) sont accusées du meurtre. Au total, huit personnes sont exécutées. L'affaire du Saint Enfant de La Guardia est une première dans l'Inquisition espagnole, qui ne s'en prend plus uniquement à des convertis, mais aux Juifs eux-mêmes. On sait de nos jours qu'elle forgea ce procès de toute pièce afin de faciliter l'expulsion des Juifs d'Espagne en 1492. Quant à l'enfant, il fut canonisé par le pape Pie VII en 1805, puis retiré du canon, bien que, là aussi, une poignée d'individus revendique la validité du procès.

En 1494, il se produisit une autre accusation de meurtre rituel à Tyrnau (Nagyszombat, aujourd'hui Trnava, Slovaquie) dont on ne sait pas grand-chose. Cependant, l'absurdité, et même l'impossibilité, des aveux obtenus sous la torture de femmes et d'enfants démontrent que les accusés préfèrent la mort comme moyen d'échapper à la torture, et admettent tout ce qu'on veut leur faire dire. Ils ont entre autres confirmé que les hommes juifs ont des règles, et qu'ils doivent boire du sang de chrétiens comme remède.

√Ä B√∂sing en Hongrie (Bazin, aujourd'hui Pezinok, Slovaquie), les Juifs sont accus√©s en 1529 d'avoir inflig√© des tortures atroces et saign√© √† mort un jeune gar√ßon de neuf ans. Trente Juifs avouent leur crime et sont br√Ľl√©s en place publique. La v√©rit√© sera connue plus tard, lorsqu'on retrouve le jeune gar√ßon, vivant, √† Vienne. Son rapt avait √©t√© organis√© par l'accusateur, le comte Wolf de Bazin, afin de se d√©barrasser de ses cr√©anciers juifs. En 1543, √† Wurtzbourg, cinq Juifs accus√©s de meurtre rituel ont √©t√© emprisonn√©s et tortur√©s. Apr√®s avoir personnellement interc√©d√© en faveur de ces prisonniers, Josel de Rosheim √† la fin obtient leur pardon de l'empereur Charles Quint.

XVIIe si√®cle

Dans la R√©publique des Deux Nations en 1690, Gavriil Belostoksky, le seul enfant saint de l'√Čglise orthodoxe russe √Ęg√© de six ans est, selon la l√©gende soutenue par l'√©glise, kidnapp√© chez lui pendant la P√Ęque juive, alors que ses parents sont absents.
Shutko, un Juif de BiaŇāystok, est accus√© d'avoir emmen√© l'enfant √† BiaŇāystok, de l'avoir transperc√© avec des objets pointus, de l'avoir saign√© pendant neuf jours, puis d'avoir ramen√© le corps √† Zverki et l'avoir jet√© dans un champ du village. Un culte se d√©veloppe encourag√© par l'√©glise, et l'enfant est canonis√© en 1820. Ses reliques font encore l'objet de p√®lerinages. Le 27 juillet 1997, la t√©l√©vision √©tatique bi√©lorusse a diffus√© un film all√©guant que l'histoire est v√©ridique[21]. La relance de ce culte en Bi√©lorussie est consid√©r√©e comme une dangereuse expression d'antis√©mitisme dans les rapports internationaux sur les droits de l'homme et les libert√©s religieuses.[22],[23],[24],[25],[26] qui ont √©t√© transmis au HCR.[27]

Le mercredi 25 septembre 1669, Rapha√ęl Levy, un paisible marchand de bestiaux de Boulay, se rend √† Metz acheter un shofar. Ce m√™me jour, le fils de Mangeotte Villemin, habitant un village entre Boulay et Metz, disparait. Rapha√ęl Levy est rapidement accus√© d'avoir enlev√© l'enfant. Lors de son proc√®s √† Metz, de nombreux t√©moins d√©filent. si la plupart t√©moignent √† charge, certains mettent en avant les incoh√©rence des accusations. Le petit gar√ßon √©tait encore vivant √† 15 heures alors que Levy avait d√©j√† entam√© le chemin de retour. La couleur de son cheval n'est pas celle d√©crite par les accus√©s. Rien n'y fait. Des villages alentours, des gens viennent d√©noncer d'autres crimes rituels, des profanations d'osties. D'autre Juifs sont ainsi jet√©s en prison. Malgr√© les effroyables tortures auxquelles il est soumis, Rapha√ęl Levy continue de proclamer son innocence et la fid√©lit√© √† sa foi. Il est brul√© vif le 17 janvier 1670[28]. Ceci n'emp√™che pas Louis XIV d'accorder √† 96 familles juives l'autorisation de s'installer √† Metz[29].

XIXe si√®cle

La première accusation de crime rituel au Moyen-Orient fut également le fait d'un chrétien d'Europe. En 1840, lorsque le frère Tomasso et de son serviteur sont retrouvés assassinés, le consul de France à Damas en accuse les Juifs. Les confessions sont, là aussi, obtenues sous la torture des suspects, qui seront libérés suite à l'intercession de Méhémet Ali, par l'entregent d'une délégation juive. Cette affaire, ainsi que l'affaire Mortara sont à l'origine de la création de l'Alliance israélite universelle.

En 1840 également, mais à Rhodes, alors partie de l'empire ottoman, les Juifs sont accusés du meurtre d'un garçon chrétien. Les accusations sont soutenues par le gouverneur local et par les consuls européens en poste à Rhodes.
Plusieurs Juifs sont arrêtés et torturés. Le quartier juif est bouclé pendant douze jours.
Une enquête menée par le gouvernement central ottoman démontre l'innocence des Juifs

La jeune Eszter Solymosi telle que représentée par la presse de l'époque

En 1882, à Tiszaeszlár (Hongrie), suite à la disparition d'Eszter Solymosi, une jeune chrétienne de 14 ans, des Juifs sont accusés et jugés pour crime rituel. L'affaire de Tiszaeszlár provoque une vague d'agitation antisémite dans tout le pays, qui redoublera après l'annonce du verdict d'acquittement. Le héros national Lajos Kossuth, exilé à Turin, critique violemment le gouvernement hongrois pour son implication dans ces troubles antisémites, les considérant comme indigne d'une nation civilisée.

En Boh√™me, en 1899 , L√©opold Hilsner, un vagabond juif est accus√© d'avoir tu√© une jeune femme chr√©tienne de dix-neuf ans, AneŇĺka HrŇĮzov√°, en lui tailladant la gorge. En d√©pit de l'absurdit√© de l'accusation et de la nature relativement progressiste de la soci√©t√© austro-hongroise, Hilsner est d√©clar√© coupable et condamn√© √† mort. Il est m√™me reconnu coupable ult√©rieurement du meurtre jusqu'alors non √©lucid√©, d'une autre femme chr√©tienne. En 1901, sa sentence est commu√©e en prison √† vie. Tom√°Ň° Masaryk, c√©l√®bre professeur de philosophie austro-tch√®que et futur pr√©sident de la Tch√©coslovaquie, organise la d√©fense d'Hilsner. Les m√©dias lui en feront plus tard le reproche.
En mars 1918, Hilsner est gracié par l'empereur d'Autriche Charles Ier. Il n'a cependant jamais été disculpé, et les véritables coupables n'ont jamais été découverts.

En 2007, le professeur Ariel Toaff de l'université Bar Ilan, a publié une nouvelle étude sur ce sujet.

XXe si√®cle

En 1910, le pogrom de Chiraz en Iran contre les Juifs de la ville, fait suite à une première accusation de crime rituel, dont les accusateurs et la victime supposée sont musulmans. Tout le quartier juif est pillé et le pogrom fait 12 morts et plus de 50 blessés parmi la population juive.

Mendel Beilis arrêté par la police tsariste

En 1911, le surintendant juif d'une fabrique de briques de Kiev en Ukraine, Mendel Beilis, est accusé du meurtre d'un enfant chrétien et de l'avoir saigné pour préparer des matzot (pains azymes) avec son sang. Il est acquitté en 1913 par un jury entièrement composé de chrétiens, après un procès à sensation.

Lynchage de Leo Frank par la foule.

Deux ans plus tard, en 1913, Leo Frank, le directeur juif d'une fabrique de crayons d'Atlanta (en G√©orgie, √Čtats-Unis) est accus√© de viol et de meurtre sur la jeune Mary Phagan √Ęg√©e de 12 ans. Bien que l'aspect rituel soit absent de l'accusation, y compris dans la presse √† scandale, une violente campagne le d√©crit comme pervers et sadique. Lorsque Frank est graci√© par le gouverneur en 1915, c'est aux cris de ¬ę Hang the Jew ¬Ľ qu'il est lynch√© par un groupe se faisant appeler les Chevaliers de Mary Phagan, qui deviendra plus tard le noyau central du second Ku Klux Klan, le premier ayant √©t√© dissous par le gouvernement f√©d√©ral depuis les ann√©es 1870. Le lynchage de Leo Frank est aussi li√© aux tensions racistes et politiques en G√©orgie, o√Ļ de nombreuses autres personnes ont √©t√© lynch√©es.
Cette affaire, r√©v√©latrice du climat d'antis√©mitisme qui r√©gnait alors aux √Čtats-Unis, mena √† la cr√©ation de l'Anti-Defamation League.[30]

En 1946, des Juifs de Kielce, en Pologne, ayant surv√©cu √† la Shoah demandent √† leurs voisins non-Juifs de leur restituer leurs terres et leurs biens spoli√©s au cours de la guerre. La r√©ponse ne se fait pas attendre : sur base d'une accusation de meurtre rituel lanc√©e pour le principe, les Polonais d√©clenchent le pogrom de Kielce afin de r√©gler la question √† leur fa√ßon.

Accusations contemporaines de crime rituel

Dans les pays arabes et musulmans

Les accusations de crime rituel apparaissent souvent dans certains m√©dias arabes et musulmans contr√īl√©s par les √©tats, dans leurs programmes t√©l√©vis√©s et sur leurs sites internet. Les livres relatant des meurtres rituels par les Juifs ne sont pas rares.

  • "La Matza de Sion" a √©t√© √©crit par le ministre syrien de la d√©fense, Moustafa Tlas en 1986. Le livre se concentre sur deux sujets : rappeler les accusations de meurtre rituel contre les Juifs dans l'affaire de Damas de 1840, et les Protocoles des Sages de Sion.[31]
    • Le 21 octobre 2002, le journal en langue arabe bas√© √† Londres, Al-Hayat rapporte que le livre a fait l'objet de huit r√©impressions et est en train d'√™tre traduit en anglais, fran√ßais et italien.
    • En 2001 un studio de production √©gyptien produit et diffuse un film appel√© Un cavalier sans cheval, bas√© en partie sur le livre de Tlas.
    • Le livre est cit√© √† une conf√©rence des Nations unies par le d√©l√©gu√© syrien en 1991.
  • Plusieurs administrations syriennes, y compris les services de police de Damas, le d√©partement des antiquit√©s et des mus√©es, le minist√®re de la s√©curit√©, le minist√®re de la culture ont particip√© √† la cr√©ation d'une s√©rie t√©l√©vis√©e antis√©mite appel√©e Ash-Shatat ("La Diaspora"). Cette s√©rie a √©t√© initialement diffus√©e en Syrie et au Liban fin 2003 par la cha√ģne satellitaire Al-Manar, propri√©t√© du Hezbollah. Cette s√©rie t√©l√©, bas√©e sur le faux antis√©mite les Protocoles des Sages de Sion, montre le peuple juif se lan√ßant dans une conspiration afin de dominer le monde, et pr√©sente les Juifs comme des gens qui tuent les enfants chr√©tiens, les saignent et utilisent leur sang pour cuire la matza[32],[33],[34]
  • Le 20 d√©cembre 2005, lors d'une discussion t√©l√©vis√©e entre analystes politiques iraniens diffus√©e par la cha√ģne iranienne Jaam-e Jam 2, le collaborateur du Times de T√©h√©ran et auteur du livre "L'histoire des Juifs", le Dr. Hasan Hanizadeh pr√©tend que les Juifs sont coupables de deux "faits horribles" en Europe au XIXe si√®cle:

"En 1883, environ 150 enfants fran√ßais sont assassin√©s de fa√ßon horrible dans les faubourgs de Paris, avant la P√Ęque juive. L'enqu√™te a montr√© que les Juifs avaient tu√© les enfants pour recueillir leur sang‚Ķ Un fait similaire s'est d√©roul√© √† Londres o√Ļ beaucoup d'enfants ont √©t√© √©gorg√©s par des rabbins juifs‚Ķ"[35],[36]

  • Dans une variante par rapport √† l'accusation que les Juifs utilisent du sang pour la confection de la matza, le pain azyme de Pessa'h, un journal saoudien affirme en 2002[38] que les Juifs utilisent du sang pour pr√©parer les oreilles d'Aman, un biscuit triangulaire mang√© lors de la f√™te juive de Pourim. L'histoire c√©l√©br√©e √† Pourim, relat√©e dans le Livre d'Esther, se passe dans l'ancienne Perse (de nos jours l'Iran).
  • Une histoire publi√©e en Iran en 2004 raconte que les docteurs juifs pr√©l√®vent les organes des enfants palestiniens dans les h√īpitaux isra√©liens.[39]

Quelques écrivains arabes ont condamné ces accusations de meurtre rituel. Le journal égyptien Al-Ahram a publié une série d'articles de Osam Al-Baz, un conseiller du président égyptien Hosni Moubarak. Osam Al-Baz explique entre autres les origines de ces accusations portées contre les Juifs. Il dit que les Arabes et les Musulmans n'ont jamais été antisémites, en tant que groupe, mais ont accepté que quelques écrivains et personnalités des médias attaquent les Juifs "sur la base des raisonnements et des mythes racistes originaires d'Europe". Il conseille vivement de ne pas succomber à des mythes comme ceux des crimes rituels[40].

En Russie

Un tract antis√©mite distribu√© √† Kiev avant le proc√®s de Mendel Beilis, recommandant aux parents chr√©tiens de veiller sur leurs enfants durant la P√Ęque juive.

D√©but janvier 2005, quelques 20 membres de la Douma d'√Čtat russe accusent publiquement les Juifs de crimes rituels. Ils demandent au procureur g√©n√©ral "d'interdire toutes les organisations juives". Ils accusent les groupes juifs d'√™tre extr√©mistes et d'√™tre "anti-chr√©tiens et inhumains avec des pratiques allant jusqu'au meurtre rituel".

En faisant allusion √† des d√©crets antis√©mites anciens des tribunaux russes qui accusaient les Juifs de meurtre rituel, ils √©crivent que : ¬ę de nombreux faits de cet extr√©misme religieux ont √©t√© prouv√©s devant la cour ¬Ľ. Les accusations reprennent les traditionnelles rengaines antis√©mites telles que ¬ę la totalit√© du monde d√©mocratique actuel est sous la domination politique et financi√®re de la Juiverie internationale. Et nous ne voulons pas que la Russie fasse partie de ces pays asservis ¬Ľ.

Cette demande est publiée en tant que lettre ouverte au procureur général dans Rus Pravoslavnaya, ("Russie orthodoxe"), un journal conservateur d'extrême droite. Ce groupe de députés se compose de membres du Parti démocratique libéral ultranationaliste, de membres du Parti communiste de la Fédération de Russie et de membres du parti nationaliste Rodina (Patrie), avec quelques 500 supporters. Parmi leurs supporteurs, plusieurs éditeurs et journalistes de journaux nationalistes. Fin janvier, devant les nombreuses critiques virulentes contre leur démarche, le groupe retire sa demande.

En mars 2008, "des centaines de posters antisémites ont été placardés dans la ville de Novosibirsk dans le sud-ouest de la Sibérie (Russie). Ils mettent en garde les parents contre les Juifs qui trempent les matzot dans le sang d’enfants".[41]

Position de l‚Äô√Čglise catholique

La position de l'√Čglise catholique envers ces accusations et les cultes v√©n√©rant des enfants suppos√©ment tu√©s par des Juifs, varie selon le lieu et l'√©poque. Le pape Gr√©goire X publia une lettre rejetant les accusations de crime rituel port√©es contre les Juifs.[42]. Le pape Beno√ģt XIV a permis dans la bulle Beatus Andreas la poursuite du culte d'Anderl von Rinn en tant que culte local, mais refusa sa canonisation.

√Čtudes r√©centes

En 2007, le professeur Ariel Toaff, fils de l'ancien Grand Rabbin de Rome, publie en Italie une nouvelle √©tude historique sur ce sujet, Pasque di sangue: Ebrei d'Europa e omicidi rituali (P√Ęques sanglantes : Juifs d'Europe et meurtres rituels). Dans ce livre, il avance la th√®se que la communaut√© juive de Trente aurait pu r√©ellement commettre le crime rituel contre Simon de Trente dont elle √©tait accus√©e, revenant ainsi sur les conclusions de tous les historiens du XXe si√®cle pour qui les meurtres rituels attribu√©s aux Juifs √©taient sans fondement.

Toaff ne pense pas que le crime rituel √©tait une pratique g√©n√©ralis√©e mais que, dans les communaut√©s ashk√©nazes hant√©es par le souvenir des massacres des croisades et de la peste noire, des Juifs auraient pu pratiquer ce genre de crime comme une vengeance antichr√©tienne au moment de la P√Ęque[43]. √Ä l'appui de sa th√®se, il pr√©sente les r√©ponses des suspects telles que les minutes des proc√®s les rapportent : selon lui, m√™me si le plus gros des d√©clarations √©tait dict√© par des juges instruisant √† charge, ce qui reste (le discours "autonome" des inculp√©s) suffit √† √©tablir une forte pr√©somption de culpabilit√©. Le probl√®me est alors de savoir ce qui est librement exprim√©... question que Toaff oublie de poser.

Le livre soul√®ve un tel √©moi aussi bien dans le monde des historiens, qui mettent en √©vidence de graves erreurs de m√©thode et d'analyse, que dans la communaut√© juive, qu'il est rapidement retir√© de la vente. En f√©vrier 2008, une nouvelle version en est enfin disponible. Dans certaines parties, le conditionnel remplace l'indicatif ; certaines pages sont purement et simplement supprim√©es. Dans la postface, l'auteur affirme que : "L'homicide rituel est et demeure un st√©r√©otype relevant de la calomnie"[44].

Notes et références

  1. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ (en): Walter Laqueur (2006): The Changing Face of Antisemitism: From Ancient Times to the Present Day (La face changeante de l'antis√©mitisme: des temps anciens au jour pr√©sent), Oxford University Press, ISBN 0-19-530429-2. p.56
  2. ‚ÜĎ a‚ÄČ, b‚ÄČ et c‚ÄČ (en): Jewish Encyclopedia ‚Äď Blood accusation, par Richard Gottheil, Hermann L. Strack, Joseph Jacobs
  3. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ Thomas de Cantimpr√©, Bonum universale de apibus, liber II, cap. xxix, ¬ß¬ß 22-23 (De puella a Iudeis crudelissimie occisa / Cur Iudaei Christianum sanguinem effundant quotannis sur le site de l'Universit√© de Tr√®ves)
  4. ‚ÜĎ ¬ę Grand √©moi dans ce village, une jeune fille a √©t√© d√©couverte assassin√©e, les Juifs seront surement suspect√©s de l'avoir assassin√©e. Soudain, le rabbin sort radieux : "Bonne nouvelle, la victime est juive !" ¬Ľ - Jewish Humor.
  5. ‚ÜĎ Mt 27:25
  6. ‚ÜĎ Cit√© par Josy Eisenberg, Une histoire des Juifs, p. 292, √©d. Le Livre de Poche
  7. ‚ÜĎ (en): Et si ce n'√©tait pas bon pour les Juifs? by Lily Galili; Ha'aretz du 18 f√©vrier 2007
  8. ‚ÜĎ (en): Deux nations dans votre sein: Perceptions des Juifs et des Chr√©tiens dans l'antiquit√© tardive et le Moyen=√āge by Israel J. Yuval; traduit en anglais par Barbara Harshav et Jonathan Chipman, University of California Press, 2006)
  9. ‚ÜĎ Patrick Boucheron, "Sous le croissant et sous la croix. Les juifs au Moyen Age", de Mark R. Cohen : destins juifs au Moyen Age, Le Monde, 3 octobre 2008
  10. ‚ÜĎ "Contra Ap.," ed. Niese, ii. 8, ¬ß 95
  11. ‚ÜĎ (en): Accusation de crime rituel en Syrie
  12. ‚ÜĎ (en): Les martyrs de Blois
  13. ‚ÜĎ Ren√© Gutman, Le memorbuch, m√©morial de la d√©portation et de la r√©sistance des juifs du Bas-Rhin, La Nu√©e Bleue, mai 2005 disponible sur [1]
  14. ‚ÜĎ Jacobs, "Jewish Ideals," pp. 192-224
  15. ‚ÜĎ (de): Siegmund Salfeld, das Martyrologus du N√ľrnberger Memorbuches (1898), pp. 15, 128-130
  16. ‚ÜĎ Martyrologe des Juifs et martyrs d'Israel
  17. ‚ÜĎ (de): Katholische Schweizer-Bl√§tter," Lucerne, 1888
  18. ‚ÜĎ Recording a Lost World, janvier 2001
  19. ‚ÜĎ (en): Internet Medieval Source Bookl
  20. ‚ÜĎ Giovanni Miccoli, Contre-enqu√™te sur les meurtres rituels des Juifs, L'Histoire n¬į334, septembre 2008, p. 14
  21. ‚ÜĎ (en): Le neuf n'est-il que du vieux oubli√© dans l'espace post-sovi√©tique? par Leonid Stonov, directeur international du Bureau des Droits de l'Homme et de l'Observation des Lois dans l'ancienne Union sovi√©tique, le pr√©sident de l'Association am√©ricaine des Juifs de l'ancienne URSS)
  22. ‚ÜĎ (en): Bi√©lorussie. Rapport international sur la libert√© religieuse 2003 Publi√© par le Bureau de la D√©mocratie, des Droits de l'Homme et du Travail
  23. ‚ÜĎ (en): Bi√©lorussie. Rapport International sur la Libert√© Religieuse 2004 Publi√© par le Bureau de la D√©mocratie, des Droits de l'Homme et du Travail
  24. ‚ÜĎ (en): Bi√©lorussie. Rapport International sur la Libert√© Religieuse 2005 Publi√© par le Bureau de la D√©mocratie, des Droits de l'Homme et du Travail
  25. ‚ÜĎ (en): Bi√©lorussie. Rapport International sur la Libert√© Religieuse 2006 Publi√© par le Bureau de la D√©mocratie, des Droits de l'Homme et du Travail
  26. ‚ÜĎ (en): Rapport International annuel sur la Libert√© Religieuse 2004
  27. ‚ÜĎ UNHCR - U.S. Department of State Annual Report on International Religious Freedom for 2006 - Belarus
  28. ‚ÜĎ Pierre Birnbaum, En France encore au XVIIe si√®cle, L'Histoire n¬į334, septembre 2008, p. 15
  29. ‚ÜĎ Metz sur le site Juifs fran√ßais
  30. ‚ÜĎ (en) ¬ę Hang the Jew, Hang the Jew ¬Ľ (¬ę Pendez le juif‚Ķ ¬Ľ), Anti-Defamation League.
  31. ‚ÜĎ (en): Frankel, Jonathan. L‚ÄôAffaire de Damas: "Meurtre rituel," Politique et les Juifs en 1840, pp. 418, 421. Cambridge University Press, 1997. ISBN 978-0-521-48396-4
  32. ‚ÜĎ (en): U.S. Department of State Country Report on Human Rights Practices 2004 - Syria F√©vrier 2005
  33. ‚ÜĎ L'antis√©mitisme dans la r√©gion du Proche-Orient et de l'Afrique du Nord (US Embassy in Morrocco)
  34. ‚ÜĎ (en): Rapport √©crit r√©dig√© par l'Association pour une √Čducation mondiale, une organisation non gouvernementale Racisme, discrimination raciale, x√©nophobie et toute forme de discrimination. Question de violation des droits de l'homme et des libert√©s fondamentales dans n'importe quelle partie du monde. Promotion et protection des droits de l'homme. Commission sur les droit de l'homme:. 60th session. E/CN.4/2004/NGO/5. 10 February 2004
  35. ‚ÜĎ (en): Iranian TV Blood Libel
  36. ‚ÜĎ (en): Steven Stalinsky : Pessa'h et les accusations de crime rituel, The New York Sun, The New York Sun, One SL, LLC (2006-04-12), p. Foreign, page 6. Consult√© le 2007-01-14.
  37. ‚ÜĎ (en): (en) Gane S. Gerber, Histoire et haine: les dimensions de l'antis√©mitisme, Jewish Publication Society, Philadelphie, PA, 1986 (ISBN 0827602677) (OCLC 13327957), ¬ę L'antis√©mitisme et le monde musulman ¬Ľ, p. pg. 88 
  38. ‚ÜĎ (en): Saudi Government Daily: Les Juifs utilisent du sang d'adolescent pour les biscuits de Pourim (Saudi Government Daily) March 13, 2002 (Translated my MEM-RI. Special Dispatch No. 354)
  39. ‚ÜĎ (en): Isra√ęl vole les yeux des enfants palestiniens, suivant une s√©rie de la t√©l√© iranienne par Susan Jones (CNSNews) 23 d√©cembre 2004
  40. ‚ÜĎ (en): Al-Ahram Weekly Online, 2-8 janvier 2003 (Issue No. 619)
  41. ‚ÜĎ Forum de coordination pour la lutte contre l'antis√©mitisme : ¬ę Russie ‚Äď poster en Russie : les Juifs trempent les matzot dans le sang d‚Äôenfants ¬Ľ (page consult√©e le 27 mars 2008), qui reproduit le tract en question.
  42. ‚ÜĎ (en): Gr√©goire X, ¬ę Medieval Sourcebook: Gr√©goire X: Lettre sur les Juifs, (1271-76) ‚Äď Contre les accusations de crime rituel ¬Ľ. Consult√© le 07 mai 2007
  43. ‚ÜĎ Giovanni Miccoli, p. 8
  44. ‚ÜĎ Giovanni Miccoli, p. 10


  • (en) Cet article est partiellement ou en totalit√© issu d‚Äôune traduction de l‚Äôarticle de Wikip√©dia en anglais intitul√© ¬ę Blood libel against Jews ¬Ľ.

Voir aussi

bibliographie

  • Mark Cohen, Sous le croissant et sous la croix. Les juifs au Moyen Age, Seuil, 2008
  • (en): R. Po-chia Hsia, "Le mythe des meurtres rituels: les Juifs et la magie dans l'Allemagne r√©form√©e" (New Haven: Yale UP, 1988). ISBN 0-300-04120-9 (cloth), ISBN 0-300-04746-0 (pbk.).
  • (en) Alan (en): Dundes, L√©gende de crime rituel: un dossier dans le folklore antis√©mite, University of Wisconsin Press, 1991 
  • (en): Ezekiel Leikin, Les documents Beilis. Le proc√®s antis√©mite qui choqua le monde, ISBN 0-87668-179-8

Liens internes

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