Coup D'√Čtat Du 11 Septembre 1973 Au Chili

ÔĽŅ
Coup D'√Čtat Du 11 Septembre 1973 Au Chili

Coup d'√Čtat du 11 septembre 1973 au Chili

Le coup d‚Äô√Čtat du 11 septembre 1973 au Chili a √©t√© un √©v√®nement historique marquant √† la fois de l'histoire du Chili et de la Guerre froide. Le 11 septembre 1973, le gouvernement du pr√©sident d√©mocratiquement √©lu Salvador Allende (socialiste) √©tait renvers√© par un coup d'Etat militaire.

Celui-ci fut planifi√© par les commandants en chef des trois arm√©es et le chef de la police, et dirig√© par le g√©n√©ral d'arm√©e Augusto Pinochet. Ce coup d'√Čtat eut lieu dans un contexte de crise politique, sociale et √©conomique du Chili, avec une opposition entre le pouvoir ex√©cutif et les pouvoirs l√©gislatif et judiciaire. Il intervenait notamment deux mois apr√®s le Tanquetazo, une premi√®re tentative de coup d'√Čtat (juin 1973).

√Ä la suite du coup d'Etat, qui co√Ľta la vie √† Salvador Allende lors du si√®ge du palais de la Moneda, la junte militaire pronon√ßa la dissolution du Congr√®s national, des conseils municipaux, des syndicats et des partis politiques. La libert√© de la presse fut abolie, le couvre-feu instaur√©. Tout ce qui √©tait litt√©rature de gauche fut interdit et les opposants au r√©gime arr√™t√©s, tortur√©s ou ex√©cut√©s. La dictature militaire dirigea le pays jusqu'en 1990.

Le r√īle exact des √Čtats-Unis a longtemps fait l'objet d'incertitudes. Souvent all√©gu√©s, les appuis qu'ils auraient apport√©s aux militaires le 11 septembre 1973 n'ont jamais √©t√© d√©montr√©s et la commission Church n'en a trouv√© aucune preuve. L'Union sovi√©tique n'intervint pas, consid√©rant le pr√©sident chilien comme ¬ę trop faible ¬Ľ pour avoir refus√© notamment de recourir √† la force contre l'opposition[1].

Sommaire

Circonstances

Le scrutin présidentiel de 1970

Lors de l‚Äô√©lection pr√©sidentielle de 1970, l'Unit√© Populaire - alliance des gauches - pr√©sente le socialiste Salvador Allende comme candidat unique et pr√īne d'importantes r√©formes, ¬ę une r√©volution par voies l√©gales ¬Ľ, telles que l'expropriation des grands propri√©taires terriens et des nationalisations d'entreprises. Se pr√©sentent √©galement Radomiro Tomic pour la d√©mocratie-chr√©tienne et l'ancien pr√©sident de la r√©publique de 1958 √† 1964, Jorge Alessandri, soutenu par le parti national (conservateur).

Les r√©sultats sont serr√©s : 36,3% pour Allende, 34,9% pour Alessandri et 27,9% pour Tomic. Puisqu'il n'y a pas de majorit√© absolue, et comme le veut la constitution, c'est au Congr√®s qu'il revient de choisir celui qui sera √©lu √† la pr√©sidence. Sous l'impulsion des d√©mocrates-chr√©tiens, le parlement adopte alors plusieurs amendements constitutionnels visant √† limiter les pouvoirs du futur gouvernement et, avec le vote des d√©mocrates-chr√©tiens, √©lit Allende pr√©sident de la R√©publique par 153 voix contre 35 voix √† Alessandri.

Le nouveau pr√©sident est investi dans ses fonctions le 4 novembre 1970 et met rapidement en place le programme de l'Unit√© populaire.

Crise économique

Des difficult√©s d'approvisionnement, l'inflation galopante (508% en 1973 contre 35% en 1970[2]) et les gr√®ves placent le Chili dans une situation difficile. La forte augmentation des salaires (salaire minimum relev√© de 35%) provoque d'abord une hausse de la consommation b√©n√©ficiant √† la production industrielle, mais ensuite relance l'inflation √† partir de 1972 (alors qu'en 1971, la hausse du co√Ľt de la vie n'avait √©t√© que de 20%, soit la moiti√© de l‚Äôaugmentation des ann√©es pr√©c√©dentes). Selon Raymond Aron : ¬ę Les classes atteintes par les r√©formes, les cat√©gories sociales traumatis√©es par la menace des nationalisations se r√©voltent ¬Ľ[3], notamment les grands propri√©taires dont les possessions doivent √™tre nationalis√©es sans contrepartie s√©rieuse. Le 11 juillet 1971, la loi de nationalisation des mines de cuivre (qui repr√©sente 80% des exportations du pays) est adopt√©e √† l'unanimit√© par le parlement.

En ao√Ľt 1972, 150 000 commer√ßants manifestent dans les rues de la capitale chilienne pour protester contre l‚Äôinflation, et le 10 octobre, la conf√©d√©ration chilienne des transports paralyse le pays pour protester contre la nationalisation annonc√©e par le gouvernement de leur secteur d‚Äôactivit√©.

L'opposition institutionnelle à Allende

Entre novembre 1970 et septembre 1973, le pr√©sident Allende forme six gouvernements, notamment √† cause de la d√©mission de ministres ou suite √† leur destitution par le parlement. Le 22 ao√Ľt 1973, les √©lus du parti d√©mocrate-chr√©tien (centre) et ceux du parti national (droite) de la chambre des d√©put√©s estiment qu'ils ne disposent pas en l'√©tat des moyens constitutionnels pour destituer le pr√©sident Allende et votent par 81 voix contre 47 une r√©solution demandant aux institutions civiles (dont le pr√©sident Allende) et militaires de mettre fin √† ce qu'ils appellent des violations de la Constitution et de restaurer le droit et l'ordre constitutionnel[4]. Auparavant, le 26 mai 1973, la Cour supr√™me avait d√©clar√© inconstitutionnelles et ill√©gales de nombreuses dispositions prises par le gouvernement. Le 2 juillet 1973, le contr√īleur g√©n√©ral des comptes dresse le m√™me constat.

Les prémices du putsch

Lors des législatives de 1973, l'Unité Populaire fait campagne sur un programme de transformation révolutionnaire de l'économie et de la société chilienne alors que l'opposition, rassemblée dans la CODE, a pour seul programme la destitution du président Salvador Allende et l'organisation d'une nouvelle élection présidentielle. L'unité populaire obtient 44,09% des suffrages[5], ce qui la dote de 8 députés supplémentaires, contre 54,78% à l'opposition. Celle-ci rate son objectif de faire destituer légalement le président Allende en n'atteignant pas les 60% des voix qui lui auraient permis constitutionnellement de renverser le président chilien. Les partisans d'Allende voient une approbation de la politique gouvernementale dans la progression de la gauche lors de ces élections (la première fois dans l'histoire chilienne que les partis au pouvoir voyaient leurs résultats électoraux progresser lors d'une élection à mi-mandat[6]).

Après avoir sauvé le gouvernement d'un premier putsch en juin 1973 (un régiment de chars s'en était pris au palais présidentiel, la Moneda), le général Carlos Prats doit démissionner suite à de nouvelles grèves dans les professions libérales et chez les camionneurs. Il est remplacé par Augusto Pinochet.

Le 9 ao√Ľt 1973, Allende s‚Äôouvre en direction de l'arm√©e, qu'il fait entrer davantage au gouvernement en nommant le g√©n√©ral C√©sar Ruitz aux Travaux publics (le minist√®re concern√© par les transporteurs priv√©s), et l‚Äôamiral Raoul Montero aux Finances. Ils d√©missionneront dans les jours qui suivent.

Pour débloquer la situation, le président Allende envisageait pour le 12 septembre un discours aux Chiliens annonçant la tenue d’un référendum sur une nouvelle organisation économique du pays.

L'hostilit√© des √Čtats-Unis

L'√©lection d'Allende en 1970 prend le gouvernement des √Čtats-Unis par surprise, les services diplomatique pr√©voyaient en effet une victoire d'Alessandri, conform√©ment aux analyses de nombreux sp√©cialistes. En cons√©quence de cette fausse estimation, les √Čtats-Unis n'avaient engag√© des fonds que dans une mesure beaucoup plus faible qu'en 1964. Les √Čtats-Unis s'√©taient refus√©s √† soutenir Alessandri, se contentant de quelques campagnes contre Allende et non en faveur du candidat conservateur. Quand le gouvernement prend la mesure du probl√®me, il est trop tard. Le pr√©sident Richard Nixon est ¬ę hors de lui ¬Ľ et d√©cid√© √† agir[7]. D‚Äôapr√®s une note interne de la CIA : ¬ę Le pr√©sident [Nixon] a demand√© √† l‚Äôagence [la CIA] d‚Äôemp√™cher Allende d‚Äôacc√©der au pouvoir ou de le destituer et a d√©bloqu√© √† cette fin un budget allant jusqu‚Äô√† 10 millions de dollars. ¬Ľ[8].

L'administration Nixon est fondamentalement hostile √† Allende d√®s son √©lection. Cette hostilit√© ressort notamment du memorandum[9] transmis √† Nixon le 5 novembre 1970 par Henry Kissinger, alors Conseiller √† la s√©curit√© national. Peter Kornbluh, chercheur au National Security Archive[10], qui a particip√© √† une campagne pour la d√©classification des archives de la CIA, d√©clare √† Lib√©ration : ¬ę si les √Čtats-Unis n'ont pas directement particip√© au complot du 11 septembre 1973, ils ont tout fait pour pr√©parer le coup d'√Čtat contre Allende ¬Ľ.[11] Deux documents d√©classifi√©s de la CIA montrent qu'en 1970, le pr√©sident Nixon souhaitait que Allende soit renvers√©, en √©tranglant l'√©conomie et en d√©clenchant un coup d'√Čtat[12]. Henry Kissinger explique la virulence de Nixon par sa fureur d'avoir √©t√© tenu √† l'√©cart et n'avoir pas eu l'occasion de prendre la moindre d√©cision pour pr√©venir la victoire du candidat marxiste. L'attitude officielle retenue est cependant ¬ę froide mais correcte ¬Ľ, afin d'√©viter une confrontation qui renforcerait Allende[13].

Le gouvernement des √Čtats-Unis est hostile √† l'expropriation de grandes compagnies am√©ricaines du cuivre[14] et √† ce qu‚Äôil consid√®re √™tre l'instauration d'un deuxi√®me r√©gime marxiste dans sa zone d'influence. Les √Čtats-Unis diminuent l'attribution de cr√©dits mais poursuivent les programmes en cours dont celui de l'arm√©e chilienne (interrompu pendant l'√©lection) et offre par ailleurs des stages aux officiers chiliens.

Selon une retranscription d'√©coutes publi√©e par le National Security Archive, Henry Kissinger, devenu secr√©taire d'√Čtat am√©ricain, dit au pr√©sident Nixon, le 16 septembre 1973, en parlant du coup d‚ÄôEtat : ¬ę Du temps d'Eisenhower, nous aurions √©t√© des h√©ros. ¬Ľ, puis : ¬ę Nous les avons aid√©s √† cr√©er les conditions au mieux ¬Ľ[15].

L'instabilité encouragée

D√®s mars 1970, la commission 40 du Conseil national de s√©curit√© am√©ricain avait mis en place un vaste programme en faveur de Frei, pr√©sident en exercice et adversaire d‚ÄôAllende. Selon William Colby, directeur de la CIA de 1973 √† 1976, la CIA aurait eu pour mission de d√©stabiliser le r√©gime chilien afin ¬ę d'alimenter un climat propice au coup d'√Čtat ¬Ľ[16], affirmant que sept millions de dollars avaient √©t√© d√©pens√©s par la centrale dans ce but. Le mouvement de la gr√®ve des camionneurs qui paralyse le pays en octobre 1972 √©tait soutenu financi√®rement par la centrale de renseignement am√©ricaine. R√©agissant aux nationalisations effectu√©es par le gouvernement d'Allende, plusieurs firmes am√©ricaines dont ITT apportent leur concours √† cette strat√©gie[17].

Entre la date de l'√©lection pr√©sidentielle et l'intronisation d'Allende, les √Čtats-Unis cherchent dans la pr√©cipitation un moyen d‚Äôemp√™cher l'accession au pouvoir de celui-ci. Attribuant la victoire d'Allende √† la division du centre-droit, elle-m√™me due √† l'impossibilit√© constitutionnelle pour Frei de se repr√©senter imm√©diatement, les √Čtats-Unis r√©fl√©chissent √† diff√©rentes manŇďuvres √† travers une approche officielle (Track one) et une approche officieuse (Track two) qui court-circuite le minist√®re des affaires √©trang√®res auquel Nixon ne fait plus confiance. Ils cherchent dans un premier temps √† faire d√©signer Alessandri par le Parlement, qui d√©missionnerait imm√©diatement pour que se d√©roulent de nouvelles √©lections auxquelles Frei pourrait cette fois participer, une pr√©sidence interm√©diaire s'√©tant √©coul√©e. La s√©dition au sein de l'arm√©e chilienne est √©galement encourag√©e. Le 22 octobre 1970, le chef d'√©tat-major chilien Ren√© Schneider, susceptible de s'opposer √† un coup d'√Čtat, est tu√© lors d'une tentative d'enl√®vement rat√©e par des √©l√©ments s√©ditieux men√©s par le g√©n√©ral Roberto Viaux, en coordination avec le mouvement d‚Äôextr√™me droite Patrie et Libert√©. Kissinger rapporte que cette action, vou√©e √† l'√©chec, avait pourtant √©t√© d√©command√©e et n'avait pas b√©n√©fici√© d'appui am√©ricain. Un autre groupe, constitu√© d'amateurs, avait agi quelques jours auparavant avec l'accord de la CIA mais sans que la Maison blanche soit avertie : il √©choue au point de n'√™tre jamais en mesure de passer √† l'action[18].

En ce qui concerne le coup d'√Čtat proprement dit du 11 septembre 1973, il n'existe aucun √©l√©ment permettant d'affirmer que les √Čtats-Unis y ont directement particip√©. Si l'administration Nixon fut enchant√©e du coup de 1973, le rapport de la Commission Church, en 1976, a conclu que les √Čtats-Unis n'avaient pas eu de r√īle direct dans l'√©v√©nement.

En f√©vrier 2003 Colin Powell, secr√©taire d'√Čtat des √Čtats-Unis, a d√©clar√© : ¬ę Je ne suis pas tr√®s fier de ce que nous avons fait au Chili dans les ann√©es 1970 et de notre r√īle dans ce qui s'est pass√© avec M. Allende. Cette √©poque ne fait pas partie de l'histoire √©tatsunienne dont nous pouvons nous vanter. ¬Ľ[19]

Le coup d'√Čtat

Septembre 1973

Le passage √† l'acte est pr√©vu le 9 septembre par les chefs de l'arm√©e de terre et de mer pour le 11 septembre 1973.

En septembre 1973, comme chaque ann√©e, l'US Navy et la marine chilienne organisent des manŇďuvres communes. Les troupes d'infanteries de marine passent ainsi la journ√©e du 10 septembre 1973 avec quatre navires de la Navy au large de Valparaiso ce qui leur fournit un alibi afin de ne pas attirer l'attention sur les pr√©paratifs du putsch.

De retour à Valparaiso, les troupes d’infanterie de marine coupent les communications. L'amiral loyaliste Monteiro est placé en état d'arrestation. À 3h du matin, le 11 septembre, Valparaiso est aux mains des putschistes sans coup férir.

À 6h du matin, l'opération militaire s'étend à tout le pays et se réalise sans résistance, à l'exception de Santiago.

Le 11 septembre 1973, √† 9 h du matin, la Moneda (si√®ge de la pr√©sidence chilienne) est assi√©g√©e par l'arm√©e de terre sous le commandement du g√©n√©ral Pinochet. Salvador Allende est retranch√©, depuis 7 heures du matin, dans le palais pr√©sidentiel, avec 42 de ses gardes fortement arm√©s. Le vice-amiral Patricio Carjaval lui propose alors par t√©l√©phone un sauf-conduit pour quitter le Chili sain et sauf avec sa famille. Mais il refuse, arguant que ¬ę le pr√©sident de la R√©publique √©lu par le peuple ne se rend pas ¬Ľ[20], et convaincu qu‚Äôil s‚Äôagit d‚Äôun pi√®ge[21]. Il fait n√©anmoins √©vacuer sa famille et le personnel.

Peu avant midi, deux chasseurs de l’armée bombardent la Moneda à coups de roquettes. Les chars suivent peu après. À 14h, le palais est envahi mais Salvador Allende est déjà mort. Il s’est suicidé à l'aide d'une arme automatique.

La junte militaire est dirig√©e par un conseil de quatre officiers :

√Ä sa prise de pouvoir, Pinochet fait en sorte d'√™tre seul √† la t√™te du conseil. Il s'attache aussit√īt √† consolider son pouvoir.

Destruction de la littérature de gauche par les soldats de l'armée chilienne

Le 13 septembre, la junte dissout le congr√®s, suspend la constitution et interdit les partis politiques, y compris ceux qui ont acclam√© le coup d'√Čtat deux jours plus t√īt. Les libert√©s publiques sont supprim√©es, l‚ÄôEtat d‚Äôurgence proclam√©e et le couvre-feu instaur√©. La libert√© de la presse est abolie. La r√©pression est particuli√®rement violente : ¬ę Pendant des jours, on voyait des cadavres joncher les bords des routes ou flotter sur le fleuve Mapocho qui traverse Santiago. ¬Ľ [22]. Pour la junte, il s'agit d'une ¬ę guerre int√©rieure ¬Ľ[23].

Le stade national est temporairement transform√© en une immense prison ; 130 000 personnes sont arr√™t√©es en trois ans, dont des dizaines de milliers dans les premiers mois. Les ex√©cutions qui suivent le coup d'√Čtat sont alors tr√®s nombreuses. Une note interne √† la junte militaire √©tablit √† 320 le nombre des ex√©cutions ayant eu lieu dans la p√©riode du 11 au 30 septembre. Le d√©partement am√©ricain lui-m√™me intervient pour demander que les exactions cessent mais celles-ci se poursuivent durant la fin de l'ann√©e 1973, puis pendant toute la dur√©e de la dictature.

En faisant du général Pinochet le chef suprême de la nation en 1974, la junte n'envisage pas de rendre à brève échéance le pouvoir aux civils, et ne souhaite pas rétablir la constitution de 1925.

Le Congr√®s dissout, les syndicats interdits, la presse censur√©e, l'arm√©e concentre dor√©navant tous les pouvoirs. Gouvernant √† l'aide de d√©crets, le r√©gime se constitutionnalise en 1980 et reste autoritaire avec un pr√©sident qui nomme les ministres, contr√īle l'appareil judiciaire et commande les arm√©es.

Apr√®s le coup d'√Čtat

Régime militaire d'Augusto Pinochet

Article d√©taill√© : R√©gime militaire d'Augusto Pinochet.

Rapports sur le régime Pinochet

Selon le rapport Rettig de 1991, la dictature aurait fait 2 279 morts et disparus dont 641 morts ¬ę dans des conditions non √©lucid√©es ¬Ľ et 957 ¬ę d√©tenus disparus. Cette estimation aurait √©t√© port√©e √† 3 197.

Près de 150 000 personnes ont été emprisonnées pour des motifs politiques, et dix-neuf l'étaient encore à la fin de 1993. Selon un rapport remis au président Ricardo Lagos dans les années 2000, près de 27.255 personnes ont été torturées.

Il y a eu des centaines de milliers d’exilés politiques[24].

Cit√©s par une d√©p√™che de l'AFP le 11 d√©cembre 2006, voici le profil des victimes dress√© par les rapports de deux commissions officielles, celle de la V√©rit√© et R√©conciliation (1991) et celle sur la prison politique et la torture (2004), √©galement connus sous le nom des pr√©sidents des commissions, respectivement Raul Rettig et Mgr Sergio Valech :

  • Total des morts et disparus de la dictature militaire : 2.279
  • 94,5% √©taient des hommes (2.153) (rapport Rettig)
  • 97,76% √©taient Chiliens (2.228) (rapport Rettig)
  • 17,8% (405) appartenaient au Parti socialiste, 16,9% (384) au Mouvement de la gauche r√©volutionnaire (MIR, extr√™me gauche) et 15,5% (353) au Parti communiste. Quelque 46% d'entre eux n'avaient pas de pass√© militant connu (rapport Valech)
  • Sur 33.221 personnes arr√™t√©es entre 1973 et 1990, 27.255 ont √©t√© reconnues comme victimes de prison politique et de torture par la Commission sur la prison politique et la torture (rapport Valech).
  • 68,7% d'entre elles (22 824) ont √©t√© arr√™t√©es en 1973
  • 87,5% (23 856) √©taient des hommes
  • 44,2% (12 060) avaient entre 21 et 30 ans et 25,4% (6.913) entre 31 et 40 ans

Le Chili aujourd'hui

Depuis 1990, le Chili est redevenu une d√©mocratie. Mais les Chiliens restent divis√©s dans leur rapport au coup d'√Čtat et au g√©n√©ral Pinochet[25].

Cependant, des personnes accus√©es de crimes restent libres et des corps de disparus enlev√©s par les ¬ę caravanes de la Mort ¬Ľ n'ont pas encore √©t√© retrouv√©s. Ainsi, des femmes de disparus se sont regroup√©es, demandent justice et r√©clament du gouvernement des enqu√™tes approfondies.

Bien qu‚Äôinculp√© de ¬ę g√©nocide, terrorisme et tortures ¬Ľ[26], Augusto Pinochet est mort en d√©cembre 2006 √† l'√Ęge de 91 ans, sans jamais avoir √©t√© jug√© pour les exactions commises sous son r√©gime. Il reste l'une des personnalit√©s les plus controvers√©es du Chili. Si la politique √©conomique qu'il a engag√©e serait, selon un sondage, salu√©e par la majorit√© de la population chilienne[27], les violations des droits de l'homme pendant les 17 ann√©es de son r√®gne ont fait de lui un symbole des dictatures d'Am√©rique du Sud, bien que son r√©gime ne fut sur ce continent ni le plus long (Paraguay, Br√©sil, Cuba), ni le plus r√©pressif (Argentine).

Notes et références

  1. ‚ÜĎ How 'weak' Allende was left out in the cold by the KGB, The Times, 19 septembre 2005. Extrait des Mitrokhin Archive', Volume II: the KGB and the World par l'historien Christopher Andrew et l'ex-agent du KGB, Vasili Mitrokhin
  2. ‚ÜĎ "Chili", sur MEMO - Le site de l'Histoire
  3. ‚ÜĎ Raymond Aron, in M√©moires, p. 832.
  4. ‚ÜĎ Texte complet de la r√©solution de la Chambre des D√©put√©s du 22 ao√Ľt 1973, sur Wikisource.
  5. ‚ÜĎ Soit 43,85% pour l'UP et 0,24% pour l'Uni√≥n Socialista Popular.
  6. ‚ÜĎ The Chicago Boys in Chile: Economic Freedom's Awfull Toll, article de Orlando Letelier, The Nation, 28 ao√Ľt 1976.
  7. ‚ÜĎ Henry Kissinger, √Ä la Maison blanche 1968-1973, Fayard, p. 694 et 695
  8. ‚ÜĎ John Dinges, Les Ann√©es Condor, comment Pinochet et ses alli√©s ont propag√© le terrorisme sur trois continents, La D√©couverte, 2005, p. 32.
  9. ‚ÜĎ Memorandum du 5 novembre 1970
  10. ‚ÜĎ Institution de recherche d√©pendant de l'Universit√© George Washington √† Washington DC.
  11. ‚ÜĎ [1]
  12. ‚ÜĎ Le Monde, "Quand Nixon voulait √©trangler le Chili" 11.12.1998. Voir aussi Le Monde, "Des archives confirment le r√īle de la CIA dans le renversement de Salvador Allende" 16.11.2000.
  13. ‚ÜĎ Henry Kissinger, √Ä la Maison blanche 1968-1973, Fayard, p703
  14. ‚ÜĎ Memorandum of Conversation with Anaconda Copper Executives, 17 August 1971
  15. ‚ÜĎ National Security Archive The Kissinger Telcons , retranscription compl√®te de cette √©coute
  16. ‚ÜĎ William Colby, 30 ans de CIA, 1978
  17. ‚ÜĎ Peter Kornbluh, The Pinochet file
  18. ‚ÜĎ Henry Kissinger, √Ä la Maison blanche 1968-1973, Fayard, p700
  19. ‚ÜĎ Marc Fernandez et Jean-Christophe Rampal, Pinochet : Un dictateur mod√®le, Hachette, 2003, p. 223.
  20. ‚ÜĎ Marc Fernandez et Jean-Christophe Rampal, "Pinochet : Un dictateur mod√®le", Hachette, 2003, p. 25.
  21. ‚ÜĎ Pinochet veut en effet tendre un pi√®ge √† Allende pour le tuer : ¬ę Nous maintenons l‚Äôoffre de lui faire quitter le pays‚Ķ mais l‚Äôavion tombera en plein vol ! ¬Ľ (Marc Fernandez et Jean-Christophe Rampal, Pinochet : Un dictateur mod√®le, Hachette, 2003, p. 25.)
  22. ‚ÜĎ John Dinges, Les Ann√©es Condor, comment Pinochet et ses alli√©s ont propag√© le terrorisme sur trois continents, La D√©couverte, 2005, p. 57.
  23. ‚ÜĎ Marie-No√ęlle Sarget, Histoire du Chili, L'Harmattan, 1996, p. 235.
  24. ‚ÜĎ Fanny Jedlicki, Les exil√©s chiliens et l‚Äôaffaire Pinochet. Retour et transmission de la m√©moire, in Cahiers de l'Urmis, N¬į7, juin 2001, article en ligne
  25. ‚ÜĎ Article du Monde du 13 d√©cembre 2006 intitul√© La disparition du g√©n√©ral Augusto Pinochet ravive les divisions entre les Chiliens.
  26. ‚ÜĎ Marc Fernandez et Jean-Christophe Rampal, Pinochet : Un dictateur mod√®le, Hachette, 2003, p. 185.
  27. ‚ÜĎ Sondage r√©alis√© du 14 au 15 d√©cembre 2006 et paru dans le journal la Tercera selon lequel 63% des chiliens consid√©raient que les gouvernements du G√©n√©ral Pinochet √©taient les initiateurs du d√©veloppement √©conomique actuel du Pays. Selon le m√™me sondage, 33% le consid√©rait comme le principal responsable des violations des droits de l'homme durant le r√©gime militaire, 36% le consid√©rait comme en partie responsable, 28% le consid√©rait comme vaguement impliqu√© et 3% le consid√©rait comme totalement innocent.

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

  • Eduardo Castillo, Chili, 11 septembre 1973, la d√©mocratie assassin√©e, Serpent √† plumes, 2003.
  • Marc Fernandez et Jean-Christophe Rampal, Pinochet : Un dictateur mod√®le, Hachette, 2003.
  • Hector Pavon, 11 septembre... 1973, F√©lin, 2003.

Documentaires

  • La Bataille du Chili, documentaire de Patricio Guzm√°n en trois parties, 1975-1979.
  • Salvador Allende, documentaire de Patricio Guzm√°n, 2004.
  • H√©ros fragiles, documentaire d'Emilio Pacull (beau-fils de Augusto Olivares, directeur de la t√©l√©vision nationale lors du coup de 1973), 2007
  • Coup d'√Čtat √† Santiago - Les derniers jours de Salvador Allende, film documentaire de TRABITZSCH Michael

Liens externes

  • Portail du Chili Portail du Chili
Ce document provient de ¬ę Coup d%27%C3%89tat du 11 septembre 1973 au Chili ¬Ľ.

Wikimedia Foundation. 2010.

Contenu soumis √† la licence CC-BY-SA. Source : Article Coup D'√Čtat Du 11 Septembre 1973 Au Chili de Wikip√©dia en fran√ßais (auteurs)


Share the article and excerpts

Direct link
… Do a right-click on the link above
and select ‚ÄúCopy Link‚ÄĚ

We are using cookies for the best presentation of our site. Continuing to use this site, you agree with this.