Coup D'État Du 11 Septembre 1973 Au Chili

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Coup D'État Du 11 Septembre 1973 Au Chili

Coup d'État du 11 septembre 1973 au Chili

Le coup d’État du 11 septembre 1973 au Chili a Ă©tĂ© un Ă©vĂšnement historique marquant Ă  la fois de l'histoire du Chili et de la Guerre froide. Le 11 septembre 1973, le gouvernement du prĂ©sident dĂ©mocratiquement Ă©lu Salvador Allende (socialiste) Ă©tait renversĂ© par un coup d'Etat militaire.

Celui-ci fut planifiĂ© par les commandants en chef des trois armĂ©es et le chef de la police, et dirigĂ© par le gĂ©nĂ©ral d'armĂ©e Augusto Pinochet. Ce coup d'État eut lieu dans un contexte de crise politique, sociale et Ă©conomique du Chili, avec une opposition entre le pouvoir exĂ©cutif et les pouvoirs lĂ©gislatif et judiciaire. Il intervenait notamment deux mois aprĂšs le Tanquetazo, une premiĂšre tentative de coup d'État (juin 1973).

À la suite du coup d'Etat, qui coĂ»ta la vie Ă  Salvador Allende lors du siĂšge du palais de la Moneda, la junte militaire prononça la dissolution du CongrĂšs national, des conseils municipaux, des syndicats et des partis politiques. La libertĂ© de la presse fut abolie, le couvre-feu instaurĂ©. Tout ce qui Ă©tait littĂ©rature de gauche fut interdit et les opposants au rĂ©gime arrĂȘtĂ©s, torturĂ©s ou exĂ©cutĂ©s. La dictature militaire dirigea le pays jusqu'en 1990.

Le rĂŽle exact des États-Unis a longtemps fait l'objet d'incertitudes. Souvent allĂ©guĂ©s, les appuis qu'ils auraient apportĂ©s aux militaires le 11 septembre 1973 n'ont jamais Ă©tĂ© dĂ©montrĂ©s et la commission Church n'en a trouvĂ© aucune preuve. L'Union soviĂ©tique n'intervint pas, considĂ©rant le prĂ©sident chilien comme « trop faible Â» pour avoir refusĂ© notamment de recourir Ă  la force contre l'opposition[1].

Sommaire

Circonstances

Le scrutin présidentiel de 1970

Lors de l’élection prĂ©sidentielle de 1970, l'UnitĂ© Populaire - alliance des gauches - prĂ©sente le socialiste Salvador Allende comme candidat unique et prĂŽne d'importantes rĂ©formes, « une rĂ©volution par voies lĂ©gales Â», telles que l'expropriation des grands propriĂ©taires terriens et des nationalisations d'entreprises. Se prĂ©sentent Ă©galement Radomiro Tomic pour la dĂ©mocratie-chrĂ©tienne et l'ancien prĂ©sident de la rĂ©publique de 1958 Ă  1964, Jorge Alessandri, soutenu par le parti national (conservateur).

Les rĂ©sultats sont serrĂ©s : 36,3% pour Allende, 34,9% pour Alessandri et 27,9% pour Tomic. Puisqu'il n'y a pas de majoritĂ© absolue, et comme le veut la constitution, c'est au CongrĂšs qu'il revient de choisir celui qui sera Ă©lu Ă  la prĂ©sidence. Sous l'impulsion des dĂ©mocrates-chrĂ©tiens, le parlement adopte alors plusieurs amendements constitutionnels visant Ă  limiter les pouvoirs du futur gouvernement et, avec le vote des dĂ©mocrates-chrĂ©tiens, Ă©lit Allende prĂ©sident de la RĂ©publique par 153 voix contre 35 voix Ă  Alessandri.

Le nouveau prĂ©sident est investi dans ses fonctions le 4 novembre 1970 et met rapidement en place le programme de l'UnitĂ© populaire.

Crise Ă©conomique

Des difficultĂ©s d'approvisionnement, l'inflation galopante (508% en 1973 contre 35% en 1970[2]) et les grĂšves placent le Chili dans une situation difficile. La forte augmentation des salaires (salaire minimum relevĂ© de 35%) provoque d'abord une hausse de la consommation bĂ©nĂ©ficiant Ă  la production industrielle, mais ensuite relance l'inflation Ă  partir de 1972 (alors qu'en 1971, la hausse du coĂ»t de la vie n'avait Ă©tĂ© que de 20%, soit la moitiĂ© de l’augmentation des annĂ©es prĂ©cĂ©dentes). Selon Raymond Aron : « Les classes atteintes par les rĂ©formes, les catĂ©gories sociales traumatisĂ©es par la menace des nationalisations se rĂ©voltent Â»[3], notamment les grands propriĂ©taires dont les possessions doivent ĂȘtre nationalisĂ©es sans contrepartie sĂ©rieuse. Le 11 juillet 1971, la loi de nationalisation des mines de cuivre (qui reprĂ©sente 80% des exportations du pays) est adoptĂ©e Ă  l'unanimitĂ© par le parlement.

En aoĂ»t 1972, 150 000 commerçants manifestent dans les rues de la capitale chilienne pour protester contre l’inflation, et le 10 octobre, la confĂ©dĂ©ration chilienne des transports paralyse le pays pour protester contre la nationalisation annoncĂ©e par le gouvernement de leur secteur d’activitĂ©.

L'opposition institutionnelle Ă  Allende

Entre novembre 1970 et septembre 1973, le prĂ©sident Allende forme six gouvernements, notamment Ă  cause de la dĂ©mission de ministres ou suite Ă  leur destitution par le parlement. Le 22 aoĂ»t 1973, les Ă©lus du parti dĂ©mocrate-chrĂ©tien (centre) et ceux du parti national (droite) de la chambre des dĂ©putĂ©s estiment qu'ils ne disposent pas en l'Ă©tat des moyens constitutionnels pour destituer le prĂ©sident Allende et votent par 81 voix contre 47 une rĂ©solution demandant aux institutions civiles (dont le prĂ©sident Allende) et militaires de mettre fin Ă  ce qu'ils appellent des violations de la Constitution et de restaurer le droit et l'ordre constitutionnel[4]. Auparavant, le 26 mai 1973, la Cour suprĂȘme avait dĂ©clarĂ© inconstitutionnelles et illĂ©gales de nombreuses dispositions prises par le gouvernement. Le 2 juillet 1973, le contrĂŽleur gĂ©nĂ©ral des comptes dresse le mĂȘme constat.

Les prémices du putsch

Lors des législatives de 1973, l'Unité Populaire fait campagne sur un programme de transformation révolutionnaire de l'économie et de la société chilienne alors que l'opposition, rassemblée dans la CODE, a pour seul programme la destitution du président Salvador Allende et l'organisation d'une nouvelle élection présidentielle. L'unité populaire obtient 44,09% des suffrages[5], ce qui la dote de 8 députés supplémentaires, contre 54,78% à l'opposition. Celle-ci rate son objectif de faire destituer légalement le président Allende en n'atteignant pas les 60% des voix qui lui auraient permis constitutionnellement de renverser le président chilien. Les partisans d'Allende voient une approbation de la politique gouvernementale dans la progression de la gauche lors de ces élections (la premiÚre fois dans l'histoire chilienne que les partis au pouvoir voyaient leurs résultats électoraux progresser lors d'une élection à mi-mandat[6]).

AprÚs avoir sauvé le gouvernement d'un premier putsch en juin 1973 (un régiment de chars s'en était pris au palais présidentiel, la Moneda), le général Carlos Prats doit démissionner suite à de nouvelles grÚves dans les professions libérales et chez les camionneurs. Il est remplacé par Augusto Pinochet.

Le 9 aoĂ»t 1973, Allende s’ouvre en direction de l'armĂ©e, qu'il fait entrer davantage au gouvernement en nommant le gĂ©nĂ©ral CĂ©sar Ruitz aux Travaux publics (le ministĂšre concernĂ© par les transporteurs privĂ©s), et l’amiral Raoul Montero aux Finances. Ils dĂ©missionneront dans les jours qui suivent.

Pour dĂ©bloquer la situation, le prĂ©sident Allende envisageait pour le 12 septembre un discours aux Chiliens annonçant la tenue d’un rĂ©fĂ©rendum sur une nouvelle organisation Ă©conomique du pays.

L'hostilitĂ© des États-Unis

L'Ă©lection d'Allende en 1970 prend le gouvernement des États-Unis par surprise, les services diplomatique prĂ©voyaient en effet une victoire d'Alessandri, conformĂ©ment aux analyses de nombreux spĂ©cialistes. En consĂ©quence de cette fausse estimation, les États-Unis n'avaient engagĂ© des fonds que dans une mesure beaucoup plus faible qu'en 1964. Les États-Unis s'Ă©taient refusĂ©s Ă  soutenir Alessandri, se contentant de quelques campagnes contre Allende et non en faveur du candidat conservateur. Quand le gouvernement prend la mesure du problĂšme, il est trop tard. Le prĂ©sident Richard Nixon est « hors de lui Â» et dĂ©cidĂ© Ă  agir[7]. D’aprĂšs une note interne de la CIA : « Le prĂ©sident [Nixon] a demandĂ© Ă  l’agence [la CIA] d’empĂȘcher Allende d’accĂ©der au pouvoir ou de le destituer et a dĂ©bloquĂ© Ă  cette fin un budget allant jusqu’à 10 millions de dollars. Â»[8].

L'administration Nixon est fondamentalement hostile Ă  Allende dĂšs son Ă©lection. Cette hostilitĂ© ressort notamment du memorandum[9] transmis Ă  Nixon le 5 novembre 1970 par Henry Kissinger, alors Conseiller Ă  la sĂ©curitĂ© national. Peter Kornbluh, chercheur au National Security Archive[10], qui a participĂ© Ă  une campagne pour la dĂ©classification des archives de la CIA, dĂ©clare Ă  LibĂ©ration : « si les États-Unis n'ont pas directement participĂ© au complot du 11 septembre 1973, ils ont tout fait pour prĂ©parer le coup d'État contre Allende Â».[11] Deux documents dĂ©classifiĂ©s de la CIA montrent qu'en 1970, le prĂ©sident Nixon souhaitait que Allende soit renversĂ©, en Ă©tranglant l'Ă©conomie et en dĂ©clenchant un coup d'État[12]. Henry Kissinger explique la virulence de Nixon par sa fureur d'avoir Ă©tĂ© tenu Ă  l'Ă©cart et n'avoir pas eu l'occasion de prendre la moindre dĂ©cision pour prĂ©venir la victoire du candidat marxiste. L'attitude officielle retenue est cependant « froide mais correcte Â», afin d'Ă©viter une confrontation qui renforcerait Allende[13].

Le gouvernement des États-Unis est hostile Ă  l'expropriation de grandes compagnies amĂ©ricaines du cuivre[14] et Ă  ce qu’il considĂšre ĂȘtre l'instauration d'un deuxiĂšme rĂ©gime marxiste dans sa zone d'influence. Les États-Unis diminuent l'attribution de crĂ©dits mais poursuivent les programmes en cours dont celui de l'armĂ©e chilienne (interrompu pendant l'Ă©lection) et offre par ailleurs des stages aux officiers chiliens.

Selon une retranscription d'Ă©coutes publiĂ©e par le National Security Archive, Henry Kissinger, devenu secrĂ©taire d'État amĂ©ricain, dit au prĂ©sident Nixon, le 16 septembre 1973, en parlant du coup d’Etat : « Du temps d'Eisenhower, nous aurions Ă©tĂ© des hĂ©ros. Â», puis : « Nous les avons aidĂ©s Ă  crĂ©er les conditions au mieux Â»[15].

L'instabilité encouragée

DĂšs mars 1970, la commission 40 du Conseil national de sĂ©curitĂ© amĂ©ricain avait mis en place un vaste programme en faveur de Frei, prĂ©sident en exercice et adversaire d’Allende. Selon William Colby, directeur de la CIA de 1973 Ă  1976, la CIA aurait eu pour mission de dĂ©stabiliser le rĂ©gime chilien afin « d'alimenter un climat propice au coup d'État Â»[16], affirmant que sept millions de dollars avaient Ă©tĂ© dĂ©pensĂ©s par la centrale dans ce but. Le mouvement de la grĂšve des camionneurs qui paralyse le pays en octobre 1972 Ă©tait soutenu financiĂšrement par la centrale de renseignement amĂ©ricaine. RĂ©agissant aux nationalisations effectuĂ©es par le gouvernement d'Allende, plusieurs firmes amĂ©ricaines dont ITT apportent leur concours Ă  cette stratĂ©gie[17].

Entre la date de l'Ă©lection prĂ©sidentielle et l'intronisation d'Allende, les États-Unis cherchent dans la prĂ©cipitation un moyen d’empĂȘcher l'accession au pouvoir de celui-ci. Attribuant la victoire d'Allende Ă  la division du centre-droit, elle-mĂȘme due Ă  l'impossibilitĂ© constitutionnelle pour Frei de se reprĂ©senter immĂ©diatement, les États-Unis rĂ©flĂ©chissent Ă  diffĂ©rentes manƓuvres Ă  travers une approche officielle (Track one) et une approche officieuse (Track two) qui court-circuite le ministĂšre des affaires Ă©trangĂšres auquel Nixon ne fait plus confiance. Ils cherchent dans un premier temps Ă  faire dĂ©signer Alessandri par le Parlement, qui dĂ©missionnerait immĂ©diatement pour que se dĂ©roulent de nouvelles Ă©lections auxquelles Frei pourrait cette fois participer, une prĂ©sidence intermĂ©diaire s'Ă©tant Ă©coulĂ©e. La sĂ©dition au sein de l'armĂ©e chilienne est Ă©galement encouragĂ©e. Le 22 octobre 1970, le chef d'Ă©tat-major chilien RenĂ© Schneider, susceptible de s'opposer Ă  un coup d'État, est tuĂ© lors d'une tentative d'enlĂšvement ratĂ©e par des Ă©lĂ©ments sĂ©ditieux menĂ©s par le gĂ©nĂ©ral Roberto Viaux, en coordination avec le mouvement d’extrĂȘme droite Patrie et LibertĂ©. Kissinger rapporte que cette action, vouĂ©e Ă  l'Ă©chec, avait pourtant Ă©tĂ© dĂ©commandĂ©e et n'avait pas bĂ©nĂ©ficiĂ© d'appui amĂ©ricain. Un autre groupe, constituĂ© d'amateurs, avait agi quelques jours auparavant avec l'accord de la CIA mais sans que la Maison blanche soit avertie : il Ă©choue au point de n'ĂȘtre jamais en mesure de passer Ă  l'action[18].

En ce qui concerne le coup d'État proprement dit du 11 septembre 1973, il n'existe aucun Ă©lĂ©ment permettant d'affirmer que les États-Unis y ont directement participĂ©. Si l'administration Nixon fut enchantĂ©e du coup de 1973, le rapport de la Commission Church, en 1976, a conclu que les États-Unis n'avaient pas eu de rĂŽle direct dans l'Ă©vĂ©nement.

En fĂ©vrier 2003 Colin Powell, secrĂ©taire d'État des États-Unis, a dĂ©clarĂ© : « Je ne suis pas trĂšs fier de ce que nous avons fait au Chili dans les annĂ©es 1970 et de notre rĂŽle dans ce qui s'est passĂ© avec M. Allende. Cette Ă©poque ne fait pas partie de l'histoire Ă©tatsunienne dont nous pouvons nous vanter. Â»[19]

Le coup d'État

Septembre 1973

Le passage Ă  l'acte est prĂ©vu le 9 septembre par les chefs de l'armĂ©e de terre et de mer pour le 11 septembre 1973.

En septembre 1973, comme chaque annĂ©e, l'US Navy et la marine chilienne organisent des manƓuvres communes. Les troupes d'infanteries de marine passent ainsi la journĂ©e du 10 septembre 1973 avec quatre navires de la Navy au large de Valparaiso ce qui leur fournit un alibi afin de ne pas attirer l'attention sur les prĂ©paratifs du putsch.

De retour Ă  Valparaiso, les troupes d’infanterie de marine coupent les communications. L'amiral loyaliste Monteiro est placĂ© en Ă©tat d'arrestation. À 3h du matin, le 11 septembre, Valparaiso est aux mains des putschistes sans coup fĂ©rir.

À 6h du matin, l'opĂ©ration militaire s'Ă©tend Ă  tout le pays et se rĂ©alise sans rĂ©sistance, Ă  l'exception de Santiago.

Le 11 septembre 1973, Ă  9 h du matin, la Moneda (siĂšge de la prĂ©sidence chilienne) est assiĂ©gĂ©e par l'armĂ©e de terre sous le commandement du gĂ©nĂ©ral Pinochet. Salvador Allende est retranchĂ©, depuis 7 heures du matin, dans le palais prĂ©sidentiel, avec 42 de ses gardes fortement armĂ©s. Le vice-amiral Patricio Carjaval lui propose alors par tĂ©lĂ©phone un sauf-conduit pour quitter le Chili sain et sauf avec sa famille. Mais il refuse, arguant que « le prĂ©sident de la RĂ©publique Ă©lu par le peuple ne se rend pas Â»[20], et convaincu qu’il s’agit d’un piĂšge[21]. Il fait nĂ©anmoins Ă©vacuer sa famille et le personnel.

Peu avant midi, deux chasseurs de l’armĂ©e bombardent la Moneda Ă  coups de roquettes. Les chars suivent peu aprĂšs. À 14h, le palais est envahi mais Salvador Allende est dĂ©jĂ  mort. Il s’est suicidĂ© Ă  l'aide d'une arme automatique.

La junte militaire est dirigĂ©e par un conseil de quatre officiers :

À sa prise de pouvoir, Pinochet fait en sorte d'ĂȘtre seul Ă  la tĂȘte du conseil. Il s'attache aussitĂŽt Ă  consolider son pouvoir.

Destruction de la littérature de gauche par les soldats de l'armée chilienne

Le 13 septembre, la junte dissout le congrĂšs, suspend la constitution et interdit les partis politiques, y compris ceux qui ont acclamĂ© le coup d'État deux jours plus tĂŽt. Les libertĂ©s publiques sont supprimĂ©es, l’Etat d’urgence proclamĂ©e et le couvre-feu instaurĂ©. La libertĂ© de la presse est abolie. La rĂ©pression est particuliĂšrement violente : « Pendant des jours, on voyait des cadavres joncher les bords des routes ou flotter sur le fleuve Mapocho qui traverse Santiago. Â» [22]. Pour la junte, il s'agit d'une « guerre intĂ©rieure Â»[23].

Le stade national est temporairement transformĂ© en une immense prison ; 130 000 personnes sont arrĂȘtĂ©es en trois ans, dont des dizaines de milliers dans les premiers mois. Les exĂ©cutions qui suivent le coup d'État sont alors trĂšs nombreuses. Une note interne Ă  la junte militaire Ă©tablit Ă  320 le nombre des exĂ©cutions ayant eu lieu dans la pĂ©riode du 11 au 30 septembre. Le dĂ©partement amĂ©ricain lui-mĂȘme intervient pour demander que les exactions cessent mais celles-ci se poursuivent durant la fin de l'annĂ©e 1973, puis pendant toute la durĂ©e de la dictature.

En faisant du gĂ©nĂ©ral Pinochet le chef suprĂȘme de la nation en 1974, la junte n'envisage pas de rendre Ă  brĂšve Ă©chĂ©ance le pouvoir aux civils, et ne souhaite pas rĂ©tablir la constitution de 1925.

Le CongrÚs dissout, les syndicats interdits, la presse censurée, l'armée concentre dorénavant tous les pouvoirs. Gouvernant à l'aide de décrets, le régime se constitutionnalise en 1980 et reste autoritaire avec un président qui nomme les ministres, contrÎle l'appareil judiciaire et commande les armées.

Aprùs le coup d'État

RĂ©gime militaire d'Augusto Pinochet

Article dĂ©taillĂ© : RĂ©gime militaire d'Augusto Pinochet.

Rapports sur le régime Pinochet

Selon le rapport Rettig de 1991, la dictature aurait fait 2 279 morts et disparus dont 641 morts « dans des conditions non Ă©lucidĂ©es Â» et 957 « dĂ©tenus disparus. Cette estimation aurait Ă©tĂ© portĂ©e Ă  3 197.

PrÚs de 150 000 personnes ont été emprisonnées pour des motifs politiques, et dix-neuf l'étaient encore à la fin de 1993. Selon un rapport remis au président Ricardo Lagos dans les années 2000, prÚs de 27.255 personnes ont été torturées.

Il y a eu des centaines de milliers d’exilĂ©s politiques[24].

CitĂ©s par une dĂ©pĂȘche de l'AFP le 11 dĂ©cembre 2006, voici le profil des victimes dressĂ© par les rapports de deux commissions officielles, celle de la VĂ©ritĂ© et RĂ©conciliation (1991) et celle sur la prison politique et la torture (2004), Ă©galement connus sous le nom des prĂ©sidents des commissions, respectivement Raul Rettig et Mgr Sergio Valech :

  • Total des morts et disparus de la dictature militaire : 2.279
  • 94,5% Ă©taient des hommes (2.153) (rapport Rettig)
  • 97,76% Ă©taient Chiliens (2.228) (rapport Rettig)
  • 17,8% (405) appartenaient au Parti socialiste, 16,9% (384) au Mouvement de la gauche rĂ©volutionnaire (MIR, extrĂȘme gauche) et 15,5% (353) au Parti communiste. Quelque 46% d'entre eux n'avaient pas de passĂ© militant connu (rapport Valech)
  • Sur 33.221 personnes arrĂȘtĂ©es entre 1973 et 1990, 27.255 ont Ă©tĂ© reconnues comme victimes de prison politique et de torture par la Commission sur la prison politique et la torture (rapport Valech).
  • 68,7% d'entre elles (22 824) ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©es en 1973
  • 87,5% (23 856) Ă©taient des hommes
  • 44,2% (12 060) avaient entre 21 et 30 ans et 25,4% (6.913) entre 31 et 40 ans

Le Chili aujourd'hui

Depuis 1990, le Chili est redevenu une dĂ©mocratie. Mais les Chiliens restent divisĂ©s dans leur rapport au coup d'État et au gĂ©nĂ©ral Pinochet[25].

Cependant, des personnes accusĂ©es de crimes restent libres et des corps de disparus enlevĂ©s par les « caravanes de la Mort Â» n'ont pas encore Ă©tĂ© retrouvĂ©s. Ainsi, des femmes de disparus se sont regroupĂ©es, demandent justice et rĂ©clament du gouvernement des enquĂȘtes approfondies.

Bien qu’inculpĂ© de « gĂ©nocide, terrorisme et tortures Â»[26], Augusto Pinochet est mort en dĂ©cembre 2006 Ă  l'Ăąge de 91 ans, sans jamais avoir Ă©tĂ© jugĂ© pour les exactions commises sous son rĂ©gime. Il reste l'une des personnalitĂ©s les plus controversĂ©es du Chili. Si la politique Ă©conomique qu'il a engagĂ©e serait, selon un sondage, saluĂ©e par la majoritĂ© de la population chilienne[27], les violations des droits de l'homme pendant les 17 annĂ©es de son rĂšgne ont fait de lui un symbole des dictatures d'AmĂ©rique du Sud, bien que son rĂ©gime ne fut sur ce continent ni le plus long (Paraguay, BrĂ©sil, Cuba), ni le plus rĂ©pressif (Argentine).

Notes et références

  1. ↑ How 'weak' Allende was left out in the cold by the KGB, The Times, 19 septembre 2005. Extrait des Mitrokhin Archive', Volume II: the KGB and the World par l'historien Christopher Andrew et l'ex-agent du KGB, Vasili Mitrokhin
  2. ↑ "Chili", sur MEMO - Le site de l'Histoire
  3. ↑ Raymond Aron, in MĂ©moires, p. 832.
  4. ↑ Texte complet de la rĂ©solution de la Chambre des DĂ©putĂ©s du 22 aoĂ»t 1973, sur Wikisource.
  5. ↑ Soit 43,85% pour l'UP et 0,24% pour l'Unión Socialista Popular.
  6. ↑ The Chicago Boys in Chile: Economic Freedom's Awfull Toll, article de Orlando Letelier, The Nation, 28 aoĂ»t 1976.
  7. ↑ Henry Kissinger, À la Maison blanche 1968-1973, Fayard, p. 694 et 695
  8. ↑ John Dinges, Les AnnĂ©es Condor, comment Pinochet et ses alliĂ©s ont propagĂ© le terrorisme sur trois continents, La DĂ©couverte, 2005, p. 32.
  9. ↑ Memorandum du 5 novembre 1970
  10. ↑ Institution de recherche dĂ©pendant de l'UniversitĂ© George Washington Ă  Washington DC.
  11. ↑ [1]
  12. ↑ Le Monde, "Quand Nixon voulait Ă©trangler le Chili" 11.12.1998. Voir aussi Le Monde, "Des archives confirment le rĂŽle de la CIA dans le renversement de Salvador Allende" 16.11.2000.
  13. ↑ Henry Kissinger, À la Maison blanche 1968-1973, Fayard, p703
  14. ↑ Memorandum of Conversation with Anaconda Copper Executives, 17 August 1971
  15. ↑ National Security Archive The Kissinger Telcons , retranscription complĂšte de cette Ă©coute
  16. ↑ William Colby, 30 ans de CIA, 1978
  17. ↑ Peter Kornbluh, The Pinochet file
  18. ↑ Henry Kissinger, À la Maison blanche 1968-1973, Fayard, p700
  19. ↑ Marc Fernandez et Jean-Christophe Rampal, Pinochet : Un dictateur modĂšle, Hachette, 2003, p. 223.
  20. ↑ Marc Fernandez et Jean-Christophe Rampal, "Pinochet : Un dictateur modĂšle", Hachette, 2003, p. 25.
  21. ↑ Pinochet veut en effet tendre un piĂšge Ă  Allende pour le tuer : « Nous maintenons l’offre de lui faire quitter le pays
 mais l’avion tombera en plein vol ! Â» (Marc Fernandez et Jean-Christophe Rampal, Pinochet : Un dictateur modĂšle, Hachette, 2003, p. 25.)
  22. ↑ John Dinges, Les AnnĂ©es Condor, comment Pinochet et ses alliĂ©s ont propagĂ© le terrorisme sur trois continents, La DĂ©couverte, 2005, p. 57.
  23. ↑ Marie-NoĂ«lle Sarget, Histoire du Chili, L'Harmattan, 1996, p. 235.
  24. ↑ Fanny Jedlicki, Les exilĂ©s chiliens et l’affaire Pinochet. Retour et transmission de la mĂ©moire, in Cahiers de l'Urmis, N°7, juin 2001, article en ligne
  25. ↑ Article du Monde du 13 dĂ©cembre 2006 intitulĂ© La disparition du gĂ©nĂ©ral Augusto Pinochet ravive les divisions entre les Chiliens.
  26. ↑ Marc Fernandez et Jean-Christophe Rampal, Pinochet : Un dictateur modĂšle, Hachette, 2003, p. 185.
  27. ↑ Sondage rĂ©alisĂ© du 14 au 15 dĂ©cembre 2006 et paru dans le journal la Tercera selon lequel 63% des chiliens considĂ©raient que les gouvernements du GĂ©nĂ©ral Pinochet Ă©taient les initiateurs du dĂ©veloppement Ă©conomique actuel du Pays. Selon le mĂȘme sondage, 33% le considĂ©rait comme le principal responsable des violations des droits de l'homme durant le rĂ©gime militaire, 36% le considĂ©rait comme en partie responsable, 28% le considĂ©rait comme vaguement impliquĂ© et 3% le considĂ©rait comme totalement innocent.

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

  • Eduardo Castillo, Chili, 11 septembre 1973, la dĂ©mocratie assassinĂ©e, Serpent Ă  plumes, 2003.
  • Marc Fernandez et Jean-Christophe Rampal, Pinochet : Un dictateur modĂšle, Hachette, 2003.
  • Hector Pavon, 11 septembre... 1973, FĂ©lin, 2003.

Documentaires

  • La Bataille du Chili, documentaire de Patricio GuzmĂĄn en trois parties, 1975-1979.
  • Salvador Allende, documentaire de Patricio GuzmĂĄn, 2004.
  • HĂ©ros fragiles, documentaire d'Emilio Pacull (beau-fils de Augusto Olivares, directeur de la tĂ©lĂ©vision nationale lors du coup de 1973), 2007
  • Coup d'État Ă  Santiago - Les derniers jours de Salvador Allende, film documentaire de TRABITZSCH Michael

Liens externes

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