Constantin V

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Constantin V
Constantin V
Empereur byzantin
Image illustrative de l'article Constantin V
Portraits de Léon III (à gauche) et Constantin V (à droite) sur une pièce de monnaie
Règne
18 juin 741 - 14 septembre 775
&&&&&&&&&&01250634 ans, 2 mois et 26 jours
Période Isauriens
Prédécesseur(s) Léon III l'Isaurien
Usurpateur(s) Artabasde (742-743)
Successeur(s) Léon IV
Biographie
Naissance 718
Nom originel Constantin
D√©c√®s 14 septembre 775 (~57 ans)
Père Léon III
Mère Marie
√Čpouse(s) Ir√®ne (‚Ć 750)
Marie († 751)
Eudoxie
Descendance L√©on IV (¬į 750 ‚Ć 780)
Nicéphore
Eudoxios
Chistophoros
Anthime
Nicétas
Anthousa
Liste des empereurs byzantins

Constantin V dit traditionnellement ¬ę Copronyme ¬Ľ (őöőŅŌÄŌĀŌéőĹŌÖőľőŅŌā) ou ¬ę Caballinos ¬Ľ (en grec : őöŌČőĹŌÉŌĄőĪőĹŌĄőĮőĹőŅŌā őē‚Ä≤), (n√© en juillet 718, mort le 14 septembre 775) est empereur byzantin de 741 √† 775. Il est le fils de L√©on III l'Isaurien et de son √©pouse Marie, et est proclam√© co-empereur par son p√®re d√®s ao√Ľt 720.

Sommaire

Empereur maudit

Constantin V est l'une des figures les plus noircies par les chroniqueurs et historiens post√©rieurs : principal promoteur de l'iconoclasme, et un temps pers√©cuteur de moines, il a syst√©matiquement √©t√© d√©crit comme un odieux tyran par l'historiographie byzantine post√©rieure, d'origine essentiellement cl√©ricale (et monastique), et de parti-pris iconodoule. Quant √† la litt√©rature contemporaine des iconoclastes, rien n'en a √©t√© conserv√©. Il faut donc d'abord dire qu'il reste une figure mal connue, et qu'une √©valuation objective de sa personnalit√© et de son action ne peut se faire que par une lecture tr√®s critique des sources, lui restituant sa stature, qui est tr√®s importante dans l'histoire de l'Empire byzantin.

Constantin a re√ßu son surnom principal de ¬ę Copronyme ¬Ľ (litt. ¬ę au nom de merde ¬Ľ) √† partir d'une anecdote ridicule colport√©e par des chroniqueurs malveillants : au cours de son bapt√™me par le patriarche Germain Ier, il aurait d√©f√©qu√© dans les fonts baptismaux, r√©pandant une odeur infecte, et le patriarche aurait alors eu ce mot ¬ę proph√©tique ¬Ľ : ¬ę Cet enfant remplira l'√Čglise de sa puanteur  ¬Ľ. Cette lamentable anecdote refl√®te le niveau de certaines attaques port√©es contre lui par des fanatiques. Son autre surnom usuel de ¬ę Caballinos ¬Ľ, gu√®re plus aimable (¬ę le chevalin ¬Ľ), renvoie √† son pr√©tendu go√Ľt effr√©n√© pour les chevaux et les courses de chars dans l'hippodrome. Il est aussi souvent accus√©, dans la litt√©rature monastique, de d√©bauche et d'homosexualit√© (bien qu'il se soit mari√© trois fois et ait eu six enfants de sa troisi√®me femme, mais cela aussi lui est reproch√©, les troisi√®mes mariages √©tant en principe interdits).

Biographie

Jeunesse

Constantin na√ģt √† Constantinople en juillet 718, √† la fin du blocus d'un an de la capitale par les Arabes (qui l√®vent le camp √† la mi-ao√Ľt), et l'ann√©e suivant la conqu√™te du tr√īne imp√©rial par son p√®re L√©on l'Isaurien (mars 717). Il est baptis√© √† Sainte-Sophie le jour de No√ęl suivant, en m√™me temps que sa m√®re Marie est couronn√©e imp√©ratrice. L'associ√© de L√©on dans sa prise de pouvoir a √©t√© le g√©n√©ral arm√©nien Artavasde, strat√®ge des Arm√©niaques, √† qui L√©on a donn√© sa fille a√ģn√©e Anne (n√©e vers 705) en mariage, et qu'il nomme curopalate (commandant de la garde du palais) et comte de l'Opsikion. D'embl√©e, un malentendu s'installe pour la succession de L√©on. Constantin est proclam√© co-empereur d√®s ao√Ľt 720. En 732, son p√®re lui fait √©pouser la princesse Tzitzak, fille du khagan des Khazars (dont le nom est sans doute le turc √ßi√ßek, ¬ę fleur ¬Ľ), qui est baptis√©e chr√©tienne sous le nom d'Ir√®ne. Elle doit √™tre encore plus jeune que lui, car ils n'auront pas d'enfant avant 750. Constantin est aupr√®s de son p√®re √† la bataille d'Akroinon en mai 740, et la gloire de cette victoire contre les Arabes rejaillit aussi sur lui.

Conquête du pouvoir

L√©on III meurt le 18 juin 741, alors que Constantin a bient√īt vingt-trois ans. Il se fait couronner empereur par le patriarche Anastase, et une semaine apr√®s d√©cide de partir en campagne en Asie Mineure contre les Arabes. Il confie la capitale au magister Th√©ophane Mon√ītios. Une fois en Bithynie, il doit rencontrer son beau-fr√®re Artavasde, toujours comte de l'Opsikion, mais leurs deux arm√©es s'affrontent imm√©diatement, et celle de Constantin est mise en d√©route. Le jeune empereur s'enfuit vers le sud. Quant √† Artavasde, il se dirige vers Constantinople et y annonce la mort de Constantin. Th√©ophane Mon√ītios lui fait ouvrir les portes. Les fid√®les de Constantin, qui ne croient pas √† sa mort, sont arr√™t√©s, et Artavasde est couronn√© √† son tour par le patriarche Anastase.

Mais Constantin est parvenu √† Amorium o√Ļ il gagne le soutien du th√®me des Anatoliques, et ensuite de celui des Thrac√©siens. A l'automne 741, il conduit son arm√©e jusqu'au Bosphore, mais il n'a pas de flotte pour traverser, et doit retourner √† Amorium pour l'hiver. Artavasde proclame l'un de ses fils, Nic√©phore, co-empereur, et nomme l'autre, Nic√©tas, commandant supr√™me (monostrat√™gos) en Asie Mineure.

Au printemps 742, Artavasde lui-m√™me dirige une arm√©e vers le th√®me des Thrac√©siens. Lui et Constantin s'affrontent pr√®s de Sardes, et cette fois c'est Constantin qui est vainqueur. Artavasde retourne √† Constantinople. Nic√©tas, qui se trouve dans le th√®me des Arm√©niaques, s'avance avec son arm√©e √† la rencontre de Constantin, et les deux s'affrontent en ao√Ľt √† la sanglante bataille de M√īdrin√™ (sans doute l'actuelle Mudurnu); Nic√©tas est battu. En septembre, Constantin franchit le Bosphore tandis que Sisinnios, strat√®ge des Thrac√©siens, franchit l'Hellespont. Les deux se rejoignent pour assi√©ger la capitale, o√Ļ Artavasde est d√©sormais enferm√©.

Le si√®ge de Constantinople dure plus d'un an. Artavasde essaie d'envoyer une flotte √† travers l'Hellespont pour se procurer des ressources, mais elle est captur√©e pr√®s d'Abydos par les Cibyrrh√©otes. Il tente une sortie du c√īt√© de la terre, mais doit se replier dans la ville avec de lourdes pertes, dont Th√©ophane Mon√ītios. Entretemps, Nic√©tas a reconstitu√© son arm√©e en Asie et essaie de porter secours √† son p√®re, mais il est d√©finitivement battu et fait prisonnier pr√®s de Nicom√©die par Constantin. Au printemps 743, la disette s'√©tant install√©e dans la capitale, Artavasde doit laisser une grande partie des habitants sortir. Le 2 novembre, Constantin s'empare de la ville par une attaque-surprise.

Le vainqueur se montre cl√©ment vis-√†-vis des nombreux partisans d'Artavasde : celui-ci, ses deux fils et quelques-uns seulement de leurs proches sont aveugl√©s et enferm√©s dans un monast√®re (Saint-Sauveur-in-Chora pour Artavasde) ; le patriarche Anastase est fouett√© et promen√© en public sur un √Ęne dans un rituel humiliant, mais il conserve son poste ; quelques autres ont simplement leurs biens confisqu√©s. Le trop puissant th√®me de l'Opsikion, qui a √©t√© la base du pouvoir d'Artavasde, est divis√©.

Réforme militaire

Constantin proc√®de d'autre part √† une r√©forme militaire importante : la cr√©ation d'une branche de l'arm√©e distincte des th√®mes, connue sous le nom de tagmata (¬ę les r√©giments ¬Ľ), probablement prise en grande partie sur l'ancien Opsikion. C'est une arm√©e permanente de 18 000 hommes qui sont cantonn√©s √† Constantinople et dans les environs, en Europe et en Asie. Les six divisions qu'on y distingue portent les noms d'anciennes unit√©s de la garde ou de la garnison de la capitale. Les deux principales sont les Scholes et les Excubiteurs, qui deviennent des unit√©s de cavalerie de quatre mille hommes chacune, les soldats des deux √©tant r√©partis de part et d'autre du Bosphore pour rendre plus difficiles les conspirations militaires. Une autre division de quatre mille hommes, les Vigla (du latin vigiliae), est plus sp√©cialement charg√©e de la surveillance du Palais, et pendant les campagnes militaires de la fourniture des sentinelles des camps. Il y a aussi les Optimates, un corps de deux mille muletiers charg√©s du transport des bagages, qui sont √† mi-chemin entre un tagma et un th√®me.

Il s'agit donc d'une arm√©e permanente √† la disposition de l'empereur, tout autour de la capitale, et qui lui sert pour les petites campagnes militaires d√©cid√©es rapidement, et aussi comme colonne vert√©brale pour des exp√©ditions plus importantes. D'autre part, la dispersion des troupes dans la r√©gion de la capitale entre de nombreuses unit√©s relevant, soit des th√®mes, soit des tagmata, rend les complots militaires moins probables. Enfin, la pr√©sence des soldats des tagmata en Thrace permet √† Constantin, d√®s le d√©but de son r√®gne, d'√©largir la zone o√Ļ s'exerce l'autorit√© imp√©riale en Europe au d√©triment des ¬ę sklavinies ¬Ľ.

En 746, Constantin utilise sans doute pour la premi√®re fois les tagmata dans une exp√©dition sur le territoire musulman, profitant des troubles qui accompagnent la fin du califat des Omeyyades de Damas. Il s'empare de Germanic√©e, la ville natale de son p√®re, et des localit√©s voisines de Dolich√™ et de Sozop√©tra. Il ne cherche d'ailleurs pas √† conserver ces villes, mais √©tablit leurs habitants chr√©tiens comme colons en Thrace. Mais toute op√©ration est suspendue en 747 par un retour particuli√®rement virulent de la peste : en Sicile et en Calabre √† l'automne 745, en Gr√®ce et dans les √ģles de la Mer √Čg√©e en 746, elle atteint Constantinople au d√©but 747 et y fait rage pendant un an, avec de tr√®s lourdes pertes. La cour imp√©riale est d√©plac√©e √† Nicom√©die. Le patriarche Nic√©phore, dans son Breviarium, indique que la ville de Constantinople est pendant un moment pratiquement vid√©e de sa population. Quand le fl√©au s'apaise, en 748, Constantin repeuple sa capitale avec d'autres habitants venant de Gr√©ce et des √ģles de la Mer √Čg√©e.

En 751, l'empereur profite du renversement et de la mort de MarwńĀn II, le dernier des Omeyyades de Damas, Al-Saffah, le premier Abbasside, √©tant occup√© √† asseoir son pouvoir, pour mener une autre exp√©dition en territoire musulman. Il assi√®ge la place-forte de M√©lit√®ne et s'en empare, la fait d√©truire compl√®tement, et transporte une nouvelle fois ses habitants chr√©tiens en Thrace. Ces transferts, accompagn√©s de travaux de fortification des villes de la r√©gion, permettent √† l'Empire d'y r√©tablir sa souverainet√©. C'est sans doute dans ces ann√©es que la cit√© d'Andrinople, longtemps perdue, redevient byzantine. En revanche, c'est en 751 que l'Empire byzantin perd d√©finitivement Ravenne, conquise par le roi lombard Aistolf. D√©sormais, l'Empire ne poss√®de plus en Italie p√©ninsulaire que la Calabre et plus ou moins Venise. Constantin, pendant son r√®gne, a de nombreux √©changes diplomatiques avec la papaut√©, les Lombards, et le roi des Francs P√©pin le Bref (avec entre autres la pr√©sence d'ambassadeurs byzantins au plaid de Gentilly √† P√Ęques 767), mais il n'engage jamais aucune op√©ration militaire en Occident. Ses deux champs d'intervention sont les Balkans et l'est de l'Asie Mineure.

Réaffirmation de l'iconoclasme

En 752, Constantin lance une campagne dans tout l'Empire pour r√©affirmer la validit√© de l'interdiction du culte des images, √©dict√©e par L√©on III en janvier 730. Il faut souligner qu'entre ces deux dates, on ne conna√ģt aucun acte des deux empereurs successifs en rapport avec cette question. Tout au plus peut-on signaler quelques allusions au fait qu'Artavasde, dans le souci de s'assurer des soutiens, aurait autoris√© √† nouveau les ic√īnes, mais rien n'indique qu'il ait abrog√© formellement l'√©dit de L√©on III. Pourtant, la question restait certainement pendante, car les √Čglises non contr√īl√©es par l'Empire (notamment la papaut√©) refusaient l'iconoclasme, et des th√©ologiens, comme Jean Damasc√®ne en Palestine, y entretenaient la pol√©mique. Cependant Constantin, depuis le d√©but de son r√®gne, avait eu d'autres pr√©occupations urgentes.

Des √©missaires sont envoy√©s dans tout l'Empire pour inciter les √©v√™ques √† organiser des synodes et des r√©unions publiques sur cette question ; le texte intitul√© Avertissement d'un Ancien sur les Saintes Images (Nouthesia gerontos) montre un de ces synodes convoqu√© par un √©v√™que Cosmas, en Cilicie, et o√Ļ il doit affronter le moine iconodoule Georges de Chypre ; les nombreuses r√©f√©rences scripturaires et patristiques avanc√©es par l'√©v√™que indiquent que les th√©ologiens du Palais ont d√Ľ constituer des argumentaires √† faire circuler. Constantin lui-m√™me, f√©ru de th√©ologie, r√©dige des trait√©s comme les Peuseis (¬ę Questions ¬Ľ) dont nous avons conserv√© en partie le texte dans la r√©futation qu'en a faite le patriarche Nic√©phore Ier (Antirrhetici I et II).

Cette campagne aboutit √† la tenue, du 10 f√©vrier au 8 ao√Ľt 754, du concile de Hi√©reia. Rassemblant 338 √©v√™ques pendant six mois, c'est un √©v√©nement de grande dimension. Cependant, la pr√©tention de l'empereur de le pr√©senter comme un concile Ňďcum√©nique est tr√®s curieuse : ni la papaut√©, ni les patriarcats orientaux d'Alexandrie, d'Antioche et de J√©rusalem ne sont repr√©sent√©s ; de plus le patriarche de Constantinople, Anastase, est mort en janvier, et Constantin ne pr√©sente son successeur, qu'il a choisi lui-m√™me, qu'√† la s√©ance de cl√īture du concile, le 8 ao√Ľt, si bien qu'aucun des cinq patriarches traditionnels de l'√Čglise n'appara√ģt dans ce concile. Aucun concile Ňďcum√©nique pr√©c√©dent n'a √©t√© √† ce point un pur acte de l'autorit√© imp√©riale. Il semble que le principal gain que Constantin retire de toute cette campagne, c'est une autorit√© renforc√©e sur le clerg√© de l'Empire et sur les questions religieuses. Mais au lendemain du concile de Hi√©reia, il ne lance aucune pers√©cution contre les iconodoules, pensant sans doute les avoir d√©finitivement subjugu√©s.

Nouvelles campagnes militaires

En 755, Constantin fait une nouvelle exp√©dition en territoire musulman, cette fois plus au nord : il s'empare de la forteresse frontali√®re de Camachum, qu'il conserve, puis de la cit√© arm√©nienne de Th√©odosiopolis, pour laquelle il proc√®de comme dans les deux exp√©ditions pr√©c√©dentes : les habitants chr√©tiens sont envoy√©s coloniser la Thrace. L'expansion byzantine en Thrace conduit d'ailleurs √† une attaque des Bulgares en 756. En 757, une campagne faite d'escarmouches non d√©cisives en Cilicie am√®ne l'empereur √† accepter une tr√®ve et un √©change de prisonniers avec les Arabes, ce qui lui permet ensuite de se retourner contre les Bulgares et les Slaves.

En 759, une exp√©dition est organis√©e contre les Slaves de Mac√©doine, dont une partie du territoire est conquis. En 760, une campagne de grande ampleur a lieu contre le khanat bulgare : une flotte est envoy√©e le long de la c√īte de la Mer Noire, et les troupes d√©barquent dans la r√©gion du delta du Danube, qu'elles ravagent ; pendant ce temps, l'empereur lui-m√™me s'avance avec une arm√©e terrestre et rencontre les Bulgares pr√®s de la forteresse de Markellai (√† proximit√© de la ville actuelle de Karnobat, dans le sud de la Bulgarie) ; il oblige les Bulgares √† se retirer, mais au prix de lourdes pertes de chaque c√īt√©. Il accepte finalement une tr√®ve, sans poursuivre plus avant, car une arm√©e arabe a envahi le territoire du th√®me des Arm√©niaques et tu√© son strat√®ge.

En 762, le khan VineŇ°, qui a sign√© la tr√®ve avec l'empereur et envoy√© des otages, est renvers√© et apparemment tu√© par Teletz, d√©cid√© √† reprendre la guerre (mais les √©v√©nements internes √† l'√Čtat bulgare de cette √©poque sont tr√®s incertains, tant pour la chronologie que pour les p√©rip√©ties elles-m√™mes). Ce coup de force entra√ģne la fuite en territoire byzantin d'une partie de l'√©l√©ment slave du khanat bulgare ; les r√©fugi√©s sont install√©s en Bithynie, parmi les Optimates. Au printemps 763, Constantin lance une nouvelle campagne, sur le m√™me principe que la pr√©c√©dente : il envoie une flotte avec neuf mille soldats d√©barquer pr√®s du delta du Danube, et pendant ce temps lui-m√™me, √† partir du 16 juin, marche vers le nord par voie de terre. L'affrontement avec Teletz a lieu le 30 juin pr√®s d'Anchialos ; les Byzantins sont vainqueurs, mais avec de lourdes pertes des deux c√īt√©s. A son retour √† Constantinople, l'empereur c√©l√®bre un triomphe.

En juin 766, Constantin lance √† nouveau une attaque contre les Bulgares en r√©it√©rant le m√™me syst√®me : une flotte envoy√©e le long de la c√īte, et une arm√©e terrestre qu'il commande lui-m√™me. Mais cette fois-ci, il est moins chanceux : en juillet, la flotte est prise dans une temp√™te et en grande partie d√©truite, avec de tr√®s nombreux soldats noy√©s. L'empereur fait r√©cup√©rer les corps et les fait inhumer, et il retourne sur cet √©chec √† Constantinople.

Complots intérieurs

Pendant l'√©t√© 763, apr√®s sa victoire √† Anchialos, Constantin fait arr√™ter l'ermite √Čtienne le Jeune, qui, install√© sur le mont Saint-Auxence, a acquis un grand rayonnement ; ses motifs sont qu'√Čtienne refuse de signer le d√©cret du concile de Hi√©reia et est le centre d'un mouvement d'agitation √† ce sujet parmi les moines, mais surtout qu'il exerce une influence jug√©e d√©l√©t√®re sur des membres de l'aristocratie, y compris sur des officiers et de hauts dignitaires du Palais, aupr√®s desquels on l'accuse de mener une campagne de d√©nigrement contre l'empereur et de conversion √† la vie monastique. √Čtienne, apr√®s une p√©riode de rel√©gation sur l'√ģle de Proconn√®se, puis d'incarc√©ration √† Constantinople, est lynch√© le 20 novembre 765 par des soldats des tagmata indign√©s de l'attitude jug√©e provocatrice de l'ermite √† l'√©gard de l'empereur.

Cet √©v√©nement va bient√īt r√©v√©ler un malaise dans l'entourage m√™me de Constantin. En ao√Ľt 766, au retour de son exp√©dition manqu√©e en Bulgarie, l'empereur, exasp√©r√© par le comportement sourdement hostile d'une partie du milieu monastique, organise un spectacle de d√©rision dans l'hippodrome : des moines et des nonnes, en habit la√Įc, doivent d√©filer devant le public en se tenant par la main. Quelques jours plus tard, dix-neuf tr√®s proches collaborateurs de l'empereur sont arr√™t√©s et accus√©s de complot ; les deux principaux sont deux fr√®res, Constantin Podopagouros, Logoth√®te du Drome, et Strat√™gios, Domestique des Excubiteurs (donc commandant de l'une des deux principales divisions des tagmata) ; les deux sont notamment accus√©s d'avoir complot√© contre l'empereur avec √Čtienne le Jeune. Parmi les autres conjur√©s figurent Antiochos, strat√®ge de Sicile et ex-Logoth√®te du Drome, Ikoniat√®s, strat√®ge de Thrace, le comte de l'Opsikion, et plusieurs autres personnages √† peine moins importants. Le 25 ao√Ľt a lieu dans l'hippodrome un spectacle d'humiliation des conspirateurs, et le 26 Podopagouros et son fr√®re sont d√©capit√©s tandis que les autres sont aveugl√©s. Dans les jours suivants, l'√©parque de Constantinople, Procope, est arr√™t√© √† son tour et fouett√©, et le 30 ao√Ľt, le patriarche Constantin II, appr√©hend√©, est plac√© en d√©tention dans le palais d'Hi√©reia ; d√©pos√© officiellement en novembre, il sera ex√©cut√© en octobre 767.

Ces √©v√©nements conduisent √† une radicalisation de la politique int√©rieure, notamment religieuse, de Constantin. Il donne une place d√©sormais pr√©pond√©rante √† l'arm√©e dans son gouvernement, s'appuyant particuli√®rement sur la division d'√©lite des Scholes. Il nomme toute une s√©rie de nouveaux responsables en qui il a toute confiance : Antonios, Domestique des Scholes, Michel M√©liss√®ne, strat√®ge des Anatoliques, Michel Lachanodracon, strat√®ge des Thrac√©siens, Man√®s, strat√®ge des Bucellaires. Les mots d'ordre religieux sont radicalis√©s, puisque le culte des reliques et les pri√®res √† la Vierge et aux saints sont aussi condamn√©s, ce √† quoi le concile de Hi√©reia s'√©tait refus√©, et une politique de r√©pression contre les moines hostiles est men√©e. Cette politique ne touche pas tout le monachisme byzantin, et elle est plus ou moins g√©n√©ralis√©e ici et l√† suivant le z√®le des collaborateurs : dans sa province, Michel Lachanodracon donne aux moines et aux nonnes √† choisir entre le mariage ou l'aveuglement et l'exil, et avant 772 il en aurait fait dispara√ģtre le monachisme. Des monast√®res confisqu√©s sont affect√©s au logement de soldats. Mais d'autres exemples montrent que cette politique n'est pas syst√©matique : ainsi sainte Anthousa a fond√© vers 740 un monast√®re double d'hommes et de femmes √† Mantin√©e, en Paphlagonie ; elle re√ßoit la visite de l'empereur et de sa troisi√®me femme Eudocie √† l'occasion d'une grossesse difficile de celle-ci vers 757, et ensuite son √©tablissement est couvert de bienfaits par l'imp√©ratrice, qui lui offre m√™me de vastes terrains ; le monast√®re, tr√®s prosp√®re, compte neuf cents moines vers la fin du r√®gne de Constantin. Ce n'est s√Ľrement pas un cas isol√©, et il faut d'ailleurs se garder de croire que tous les moines √©taient des opposants au concile de Hi√©reia.

Fin du règne

En 770, apr√®s dix ans sans incident notable, les Arabes reprennent leurs raids contre l'Asie Mineure ; ils parviennent jusqu'√† Laodic√©e Combusta, en Lycaonie, mettent la ville √† sac et d√©portent sa population. L'ann√©e suivante, d'autres raids sont organis√©s en territoire grec et les Arabes ram√®nent encore plus de prisonniers, tandis que les Byzantins attaquent leur territoire du c√īt√© de l'Arm√©nie. En 772, ils sont encore de retour, assi√©geant la ville fortifi√©e de Syk√™, en Pamphylie. Constantin ordonne alors √† une arm√©e form√©e par les th√®mes des Anatoliques, des Bucellaires et des Arm√©niaques de leur barrer la retraite, mais cette arm√©e est mise en d√©route, et les Arabes retournent triomphalement chez eux. L'empereur demande alors une tr√®ve au calife al-Mansour, mais il n'obtient aucune r√©ponse positive.

Impuissant contre les musulmans, Constantin se retourne une nouvelle fois contre les Bulgares : au printemps 774, il embarque sur une grande flotte accompagn√© des tagmata en direction du delta du Danube, tandis que la cavalerie des th√®mes s'avance par voie de terre. Les Bulgares demandent rapidement la paix, ce que l'empereur accepte (peut-√™tre en consid√©ration d'un temps mena√ßant en Mer Noire), mais il conserve la cavalerie mobilis√©e en Thrace. A l'automne, apprenant par ses espions que le khan Telerig s'appr√™te √† faire d√©porter loin de la fronti√®re des populations slaves r√©put√©es favorables √† l'Empire byzantin, Constantin saisit ce nouveau pr√©texte, attaque par surprise, et d√©fait les Bulgares √† plates coutures.

Au printemps 775 est mont√©e une nouvelle exp√©dition, toujours selon le m√™me principe, mais cette fois l'empereur a repris le commandement de l'arm√©e de terre. Mais le sc√©nario de 766 se reproduit : la flotte remontant la c√īte de la Mer Noire est d√©truite par une temp√™te en face de M√©sembrie, et Constantin ordonne la retraite. Le khan Telerig fait alors des ouvertures de paix, mais il s'av√®re que c'est une ruse pour d√©couvrir l'identit√© des espions byzantins en Bulgarie, qu'il fait tous ex√©cuter. Au d√©but septembre, Constantin prend la t√™te d'une exp√©dition de repr√©sailles, mais arriv√© √† Arcadiopolis, il est saisi par une forte fi√®vre, accompagn√©e de l'apparition de furoncles sur les jambes. Ramen√© vers Constantinople, il meurt en chemin, √† l'√Ęge de cinquante-sept ans.

Unions et descendance

Constantin V se marie trois fois :

  • en 732 avec la princesse khazare Tzitzak, baptis√©e sous le nom d'Ir√®ne, morte sans doute en donnant naissance √†:
  • avec Marie, qui est sa femme en 751, mais doit d√©c√©der la m√™me ann√©e, sans enfant ;
  • avec Eudocie, sa compagne apr√®s la mort de Marie, √©pous√©e √† une date incertaine (avant 768) malgr√© la prohibition des troisi√®mes mariages, couronn√©e Augusta le Ier avril 768, morte √† une date inconnue, dont il eut :
    • Christophe (n√© vers 755)
    • Nic√©phore (n√© vers 757)
    • Anthousa (sans doute jumelle de Nic√©phore)
    • Nic√©tas
    • Eudokimos
    • Anthime

Bibliographie

  • Louis Br√©hier, Vie et mort de Byzance, Albin Michel, coll. L'√©volution de l'humanit√©, Paris, 1946, (ISBN 2-226-05719-6)
  • John Julius Norwich (trad. Dominique Peters), Histoire de Byzance (330-1453) [d√©tail des √©ditions] 
  • I. Barbe, Ir√®ne de Byzance, Perrin
Précédé par Constantin V Suivi par
Léon III
Justinien small.png
Empereur byzantin
741-775
Léon IV

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  • Constantin X ‚ÄĒ Empereur byzantin Histam√©non de Constantin X R√®gne 24  ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Constantin VI ‚ÄĒ Empereur byzantin L√©on IV et son fils Constantin VI R√®gne 8 septembre  ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Constantin ‚ÄĒ bezeichnet den m√§nnlichen Vornamen und Familiennamen lateinischen Ursprungs sowie deren Tr√§ger, siehe Konstantin ein Steinkohlen Bergwerk in Bochum und Herne, die Zeche Vereinigte Constantin der Gro√üe die deutsche Film Aktiengesellschaft… ‚Ķ   Deutsch Wikipedia

  • Constantin XI ‚ÄĒ Pal√©ologue Constantin XI Constantin XI (ou XII) Pal√©ologue, dit Dragas√©s, ( en grec: őöŌČőĹŌÉŌĄőĪőĹŌĄőĮőĹőŅŌā őôőĎ őĒŌĀőĪő≥ő¨ŌÉő∑Ōā ő†őĪőĽőĪőĻőŅőĽŌĆő≥őŅŌā, KŇćnstantinos XI Dragasńďs Palaiologos, en serbe: Konstantin XI DragaŇ° Paleolog ) n√© en 1405 √† Constantinople, mort le 29 mai ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Constantin ‚ÄĒ (–ź—Ä–Ľ—Ć,–§—Ä–į–Ĺ—Ü–ł—Ź) –ö–į—ā–Ķ–≥–ĺ—Ä–ł—Ź –ĺ—ā–Ķ–Ľ—Ź: 2 –∑–≤–Ķ–∑–ī–ĺ—á–Ĺ—č–Ļ –ĺ—ā–Ķ–Ľ—Ć –ź–ī—Ä–Ķ—Ā: 59 Boulevard de Craponne, 13200 –ź—Ä–Ľ—Ć, –§—Ä–į ‚Ķ   –ö–į—ā–į–Ľ–ĺ–≥ –ĺ—ā–Ķ–Ľ–Ķ–Ļ

  • Constantin ‚ÄĒ (Constantinus, lat., der Best√§ndige). I. F√ľrsten. A) R√∂mische Kaiser: 1) Cajus Flavius Valerius Aurelius Claudius C., der Gro√üe genannt, Sohn des Constantius Chlorus u. der Helena, geb. 28. Febr. 274 n. Chr. in Na√Įssus in M√∂sien od. in Drepanum… ‚Ķ   Pierer's Universal-Lexikon

  • Constantin ‚ÄĒ (1711 1769) petit fils du pr√©c., hospodar de la Porte en Moldavie et en Valachie. Il affranchit les paysans en 1746. Les Mavrocordato furent des lettr√©s inspir√©s par le mouvement des Lumi√®res fran√ßais. Constantin (XVIIe s.) gouverna la Moldavie… ‚Ķ   Encyclop√©die Universelle


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