Constantin Ier (Empereur Romain)

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Constantin Ier (Empereur Romain)

Constantin Ier (empereur romain)

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Constantin Ier
Empereur romain
Head Constantine Musei Capitolini MC1072.jpg
Buste de Constantin Ier, bronze
IVe si√®cle, mus√©es du Capitole.

Règne
Usurpateur/C√©sar en Occident (25 juillet 306 - 310)
L√©gitime : 310 - 22 mai 337 (~27 ans)
En Occident (310 - 324) puis seul ma√ģtre de l‚ÄôEmpire
Période Constantiniens
Prédécesseur(s) Galère (Orient)
Licinius (Occident)
Co-empereur(s) Galère (Occident j.311)
Maximin II Da√Įa (Orient j.313)
Licinius (Orient j.324)
Usurpateur(s) Maxence (Occident, 306-312)
Successeur(s) Constantin II (Occident)
Constant Ier (Centre)
Constance II (Orient)
Biographie
Naissance 27 février c.272 - Naissus (Mésie)
Nom originel Flavius Valerius
Aurelius Constantinus ?
D√©c√®s 22 mai 337 (~65 ans)
Nicomédie (Bithynie)
Père Constance Chlore
Mère Hélène
Consort(s) (1) Minervina (293 - av.307)
(2) Fausta (307 - 327)
Descendance (1) Constantina (de Minervina)
(2) Helena (de Minervina)
(3) Crispus (de Minervina)
(4) Constantin II (de Fausta)
(5) Constant Ier (de Fausta)
(6) Constance II (de Fausta)

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Liste des empereurs romains
Série Rome antique

Constantin Ier, de son nom complet Flauius Valerius Aurelius Constantinus, n√© √† Naissus (aujourd'hui NiŇ° en Serbie) le 27 f√©vrier 272[1], proclam√© 34e empereur romain en 306 par les l√©gions de Bretagne et mort le 22 mai 337 apr√®s 31 ans de r√®gne, est une figure pr√©pond√©rante du IVe si√®cle.

En rupture avec le r√®gne de Diocl√©tien, il est le premier empereur romain √† se convertir au christianisme ; non seulement il marque la fin d'une √®re de pers√©cution des chr√©tiens, mais il aide l'√Čglise chr√©tienne √† prendre son essor, en √©tablissant la libert√© de culte par le biais de l'√©dit de Milan, et en pla√ßant le Dieu chr√©tien au-dessus de son r√īle d'Empereur √† l'instar du Sol Invictus. Il est consid√©r√© comme saint par l'√Čglise orthodoxe, de m√™me que sa m√®re H√©l√®ne. Par la promotion du christianisme, il favorise l'extinction du culte de Mithra.

Ses noms de références sont Imperator Caesar Flauius Valerius Aurelius Constantinus Pius Felix Inuictus Augustus, Germanicus Maximus, Sarmaticus Maximus, Gothicus Maximus, Medicus Maximus, Britannicus Maximus, Arabicus Maximus, Adiabenicus Maximus, Persicus Maximus, Armeniacus Maximus, Carpicus Maximus.

Sommaire

La conquête du pouvoir (306-324)

Le délitement de la tétrarchie (306-313)

Apr√®s l'abdication conjointe de 305, l'Empire a pour dirigeants Augustes Constance Chlore et Gal√®re et pour C√©sars S√©v√®re et Maximin Da√Įa : on assiste alors √† un conflit entre la filiation adoptive et la filiation r√©elle car les deux Augustes ont chacun un fils en √Ęge de gouverner.

Fils du C√©sar Constance Chlore et de sa premi√®re √©pouse H√©l√®ne, Constantin rejoint son p√®re en Bretagne (l'actuelle Grande-Bretagne) quand celui-ci devient Auguste en 305. Peu apr√®s, √† la mort de son p√®re √† York le 25 juillet 306, il est acclam√© par les troupes et proclam√© C√©sar par Gal√®re.

Quelques mois plus tard, Maxence, fils de Maximien, est proclam√© princeps par les pr√©toriens et le peuple de Rome m√©content de l'imp√īt de capitation. Son p√®re accourt √† ses c√īt√©s et reprend le titre d'Auguste qu'il n'a abandonn√© qu'avec regret. S√©v√®re, envoy√© les combattre, est tu√© en 307.

Gal√®re fait alors appel √† Diocl√©tien qui accepte le consulat et une conf√©rence a lieu √† Carnuntum qui r√©unit Diocl√©tien, Maximien et Gal√®re dans le but de r√©tablir la t√©trachie mais elle se termine par un √©chec :

  • Diocl√©tien refuse de revenir au pouvoir, force Maximien √† abdiquer de nouveau et reforme la t√©trarchie avec en Orient Gal√®re second√© par Maximin Da√Įa et en Occident Constantin et un nouveau venu, Licinius, officier illyrien sorti du rang choisi par Gal√®re
  • Maximien et Maxence, d√©clar√©s usurpateurs, maintiennent leurs pr√©tentions et, en Afrique, Domitius Alexander proclame les siennes.

On a alors sept empereurs, une heptarchie, qui ressemble davantage √† l'anarchie militaire du IIIe si√®cle. Une premi√®re s√©rie de d√©c√®s contribue √† clarifier la situation : Maximien est assi√©g√© dans Marseille par Constantin et se suicide en 310, Domitius Alexander est battu en Afrique par Maxence et est assassin√© en 311, Gal√®re meurt de maladie en 311.

Le rétablissement de l'unité de l'Empire (313-324)

Songe de Constantin et bataille du pont Milvius, illustration des Homélies de Grégoire de Nazianze, 879-882, Bibliothèque nationale de France (Ms grec 510)

En 311, √† la mort de Gal√®re, r√®gnent quatre Augustes : Maximin Da√Įa, Constantin, Licinius et Maxence. Constantin √©limine Maxence le 28 octobre 312 √† la bataille du pont Milvius, ce qui lui permet de s'emparer de l'Italie et de r√©gner en ma√ģtre sur l'Occident. De son c√īt√©, Licinius d√©fait Maximin Da√Įa √† la bataille d'Andrinople et r√®gne sur l'Orient : une nouvelle diarchie se met en place entre Constantin et Licinius scell√©e par un mariage entre Licinius et Constantia, la demi-sŇďur de Constantin.

Les relations entre les vainqueurs ne tardent pas à se dégrader, tous deux faisant montre d'une énorme ambition. À partir de 320, Constantin entre de nouveau en conflit avec Licinius. En 324, Licinius est vaincu à Andrinople, puis à Chrysopolis et fait sa soumission à Nicomédie. Il est peu après exécuté, ainsi que son fils.

Le choix de la succession dynastique

Pour la premi√®re fois depuis quarante ans, l'Empire est gouvern√© par une autorit√© unique : Constantin r√®gne seul pendant treize ans, assist√© de C√©sars qui ne sont plus des collaborateurs mais ses fils d√©sign√©s comme h√©ritiers pr√©somptifs :

Les réformes constantiniennes (324-337)

La fondation d'une nouvelle capitale : Constantinople

Depuis la tétrarchie, Rome n'est plus dans Rome même. Les Augustes et les Césars ont vécu dans des résidences impériales proches des secteurs qu'ils ont la charge de défendre.

La fondation d'une nouvelle capitale est d√©cid√©e pendant la p√©riode aigu√ę du conflit pour la domination de l'Empire. √Ä partir de 324, Constantin transforme la cit√© grecque de Byzance en une ¬ę Nouvelle Rome ¬Ľ, √† laquelle il donne son nom, Constantinople. Il l'inaugure en grande pompe apr√®s douze ans de travaux, en 330. Constantinople est b√Ętie sur un site naturel d√©fensif qui la rend pratiquement imprenable alors que Rome est sans cesse sous la menace des Germains[2]. Elle est √©galement pr√®s des fronti√®res du Danube et de l'Euphrate, l√† o√Ļ les op√©rations militaires pour contenir les Perses et les Goths sont les plus importantes. Elle est enfin situ√©e en bordure des terres de vieille civilisation hell√©nique. Constantin la b√Ętit sur le mod√®le de Rome avec sept collines, quatorze r√©gions urbaines, un Capitole, un forum, un S√©nat. Dans les premiers temps, il permet l'implantation de temples pa√Įens mais tr√®s vite la ville devient presque exclusivement chr√©tienne[3] et ne comporte que des √©difices religieux chr√©tiens. D√®s Constantin, la ville compte 100 000 habitants. Celui-ci y fait construire, le palais imp√©rial, l'hippodrome le nouveau nom donn√© aux cirques romains ainsi que l'√©glise de la Sagesse Sacr√©e (Sainte-Sophie)[4].

L'administration centrale

Constantin transforme l'organisation du pouvoir central qui est demeur√©e sensiblement la m√™me depuis le Haut Empire. Le pr√©fet du pr√©toire est remplac√© par le questeur du Palais sacr√© qui r√©dige les √©dits. Celui-ci dirige le consistoire sacr√©, qui remplace le conseil de l'empereur. Le ma√ģtre des offices dirige le personnel administratif, les fabriques d'armes et les schol√¶ de la garde ; le ma√ģtre des milices, l'infanterie et la cavalerie ; le comte des largesses sacr√©es, le fisc ; le comte de la fortune priv√©e, la res privata, c'est-√†-dire la caisse priv√©e de l'empereur, les revenus personnels de ce dernier √©tant issus essentiellement du revenu de ses immenses domaines. La grande nouveaut√© est cependant la grande augmentation des fonctionnaires travaillant dans les bureaux centraux. Une foule de notaires, d'agents secrets (les agentes in rebus), pr√®s de 1 000 fonctionnaires au Ve si√®cle[5], et d'employ√©s divers font de l'Empire romain une v√©ritable bureaucratie[6].

Constantin vise √† harmoniser au plus haut le rang social des plus hauts serviteurs de l'Empire : le S√©nat reprend la premi√®re place √† partir de 312 en Occident et de 324 en Orient quand Constantin r√®gne sur l'ensemble de l'Empire.

  • L'empreur transf√®re les chevaliers vers le S√©nat dont les effectifs passent de 600 √† 2000 afin de meubler les S√©nats de Rome et surtout de Constantinople et dessine pour ses membres un nouveau type de carri√®re : les plus hautes fonctions de l'√Čtat sont r√©serv√©es aux clarissimes tandis que les fonctions interm√©diaires sont remplies par des perfectissimes (souvent des notables municipaux introduits dans la Haute Assembl√©e par la pratique de l'adlectio).
  • L'empereur ne rend pas au S√©nat la moindre parcelle de pouvoir politique mais il rompt avec le m√©pris et la d√©fiance de nombre de ses pr√©d√©cesseurs : le v√©ritable travail l√©gislatif se fait au sein du Conseil Imp√©rial, le S√©nat ne disposant de l'initiative des lois que pour des questions d'int√©r√™t local.

L'Ňďuvre l√©gislative

Afin de favoriser les chr√©tiens, il abroge les lois d'Auguste sur le c√©libat, impose le repos dominical, autorise l'affranchissement des esclaves par d√©claration dans les √©glises (333), interdit (325) que l'on s√©pare les familles lors des ventes, autorise l'√Čglise √† recevoir des legs et accorde le droit aux plaideurs de choisir entre le tribunal civil et la m√©diation de l'√©v√™que. De plus, il promulgue des lois contre la prostitution des servantes d'auberges, contre les enl√®vements, et sur l'humanisation des prisons (326). Enfin de nombreuses lois sont cr√©√©es afin de lutter contre les relations extra-maritales, l√† encore pour renforcer le poids du mariage et des c√©r√©monies religieuses chr√©tiennes autour de ce sacrement. Ainsi, en 329, une loi punit l'adult√®re d'une femme avec son esclave ; en 331, une autre restreint le droit au divorce. En 336, une loi p√©nalise les naissances ill√©gitimes.

Les réformes économiques

Article d√©taill√© : Monnaie romaine.
Solidus de Constantin, Ticinum (actuelle Pavie), 313, Cabinet des médailles (Beistegui 233)

Constantin institue une nouvelle monnaie d'or, le solidus dont la stabilit√© et l'abondance est assur√©e gr√Ęce aux confiscations qu'il fait des importants stocks d'or des temples pa√Įens. Le nom du solidus d√©form√© en sou et fonda un syst√®me mon√©taire qui connut un grand succ√®s, et se maintint en France jusqu'√† la R√©volution fran√ßaise et au Royaume-Uni jusqu'en 1971. Par contre, la d√©valuation des monnaies d'argent et de bronze aggrave l'inflation et l'appauvrissement des couches modestes de la population.

L'empereur chrétien

La victoire du Pont Milvius et la promulgation de l'édit de Milan (313)

La tradition chr√©tienne (selon Lactance dans De la mort des pers√©cuteurs et Eus√®be de C√©sar√©e dans sa Vie de Constantin) font √©tat d'une apparition de la Croix dans le ciel vue par lui m√™me et son arm√©e, ainsi que d'un songe pr√©monitoire qui aurait annonc√© √† Constantin sa victoire contre Maxence au pont Milvius. La nuit m√™me, J√©sus lui serait apparu en r√™ve et lui aurait montr√© un chrisme flamboyant dans le ciel en lui disant : ¬ę Par ce signe, tu vaincras ¬Ľ (In hoc signo uinces). Constantin fit alors apposer sur les boucliers de ses l√©gionnaires le chrisme, form√© des deux lettres grecques Khi (őß) et Rho (ő°), les initiales du mot Christ. Ce signe est depuis un embl√®me de la Chr√©tient√© combattante, notamment dans l'Empire d'Orient. La part de l√©gende dans cette histoire reste cependant forte[7].

En 313, Constantin rencontre Licinius √† Milan et conclut avec lui un accord de partage de l'Empire. Parmi les mesures prises en commun figure un √©dit de tol√©rance religieuse, appel√© habituellement √©dit de Milan qui renouvelle celui pris par Gal√®re en 311. Il ne s'agit pas formellement d'une officialisation du culte chr√©tien, mais plut√īt de sa mise √† √©galit√© avec les autres cultes. Ainsi, les chr√©tiens ne sont plus victimes de discriminations, leur culte est autoris√© et les biens qui leur ont √©t√© confisqu√©s leur sont rendus.

La conversion de Constantin

Le probl√®me qui divise encore les historiens est celui de la conversion de l'empereur ; elle intervient sur son lit de mort en 337. Elle est conforme √† la coutume en vigueur √† l'√©poque, les fid√®les attendant le dernier moment pour recevoir le bapt√™me afin de se faire pardonner les p√©ch√©s ant√©rieurs mais elle peut appara√ģtre aussi comme la r√©v√©lation d'un cheminement int√©rieur remontant √† pr√®s d'un quart de si√®cle.

Son p√®re, Constance Chlore, est un pa√Įen monoth√©iste, probablement attach√© au culte du Sol Invictus comme de nombreux officier illyriens. Diocl√©tien ne l'aurait pas fait C√©sar s'il avait √©t√© chr√©tien mais, si rien ne prouve qu'il le soit devenu par la suite, celui-ci se comporte toutefois prudemment et, lors de la Grande pers√©cution se serait content√© (selon Eus√®be de C√©sar√©e) en Gaule de d√©molir quelques √©difices.

La christianisation de l'Empire

T√™te colossale de Constantin Ier, IVe si√®cle, mus√©es du Capitole

Les chr√©tiens ne constituent alors qu'une minorit√© des sujets de Constantin, r√©partis tr√®s in√©galement √† travers l'Empire, essentiellement en Orient et en Afrique du Nord. Constantin est un empereur pa√Įen monoth√©iste qui honore Sol Invictus mais s'int√©resse depuis longtemps au christianisme qu'il finira par adopter comme religion personnelle en 312.

La progressive conversion de Constantin au christianisme s'accompagne d'une politique imp√©riale favorable aux chr√©tiens mais le paganisme n'est jamais pers√©cut√©. Plusieurs indices t√©moignent de cette √©volution : Constantin abandonne progressivement le monnayage au type de Soleil et fait fr√©quemment repr√©senter sur ses monnaies des symboles chr√©tiens. Il reconna√ģt les tribunaux √©piscopaux et fait du dimanche un jour f√©ri√© obligatoire en 321, √† l'exception des travaux des champs. L'Empereur accorde √©galement des dons en argent et en terrains √† l'√Čglise, soutenant la construction de grandes basiliques.

Le processus de christianisation de l'Empire à partir de Constantin demeure un phénomène discuté quant à ses modalités concrètes comme en témoignent les travaux des historiens Ramsay McMullen et de Paul Veyne, cités en bibliographie, qui esquissent pour l'un une christianisation paisible et insensible (Veyne) et pour l'autre un processus forcé et accompagné - par un effet boomerang - d'une paganisation du christianisme (McMullen).

Le maintien de l'unit√© de l'√Čglise

Constantin montre son d√©sir d'assurer √† tout prix, par la conciliation ou la condamnation, l'unit√© de l'√Čglise qu'il consid√®re d√®s ce moment comme un rouage de l'√Čtat et l'un des principaux soutiens du pouvoir, et devient, ce faisant le v√©ritable ¬ę pr√©sident de l'√Čglise ¬Ľ[8]. Au d√©but du IVe si√®cle, ce projet est contrari√© par des crises dont les plus importantes sont la s√©cession donatiste et la crise arienne.

Le donatisme na√ģt √† propos d'une crise concernant la l√©gitimit√© de l'√©v√™que de Carthage, C√©cilius, ordonn√© en 312 : l'un des cons√©crateurs a livr√© des objets sacr√©s lors d'une pers√©cution. Certains chr√©tiens consid√®rent que la c√©r√©monie n'a aucune valeur et √©lisent un autre √©v√™que, Donatus. Ses partisans nient toute validit√© aux sacrements conf√©r√©s par C√©cilianus et provoquent des affrontements pour la possession des √©glises. Constantin tente en vain d'apaiser le schisme par des lettres aux adversaires, puis, devant l'intransigeance des donatistes, convoque lui m√™me les synodes du Latran (313) et d'Arles (314) qui condamnent le donatisme. Au d√©but de 317, l'empereur promulgue un d√©cret qui ordonne aux donatistes de restituer les lieux de culte qu'ils occupent. Devant leur refus, Cecilianus demande l'intervention de l'√Čtat pour le faire ex√©cuter mais il y a plusieurs morts. Constantin finit par c√©der et promulgue en 321 un √©dit de tol√©rance laissant aux donatistes les √©glises qu'ils poss√®dent tout en maintenant sa condamnation de principe.

√Ä la diff√©rence du schisme donatiste qui reste confin√© √† l'Afrique, l'arianisme se r√©pand dans tout l'Orient. Voulant mettre fin √† la querelle qui divise les chr√©tiens √† propos du rapport entre le Fils et le P√®re, Constantin convoque et pr√©side, sous l'impulsion de son conseiller Ossius de Cordoue - l'un des rares th√©ologiens chr√©tiens occidentaux de l'√©poque ‚ÄĒ d'un concile Ňďcum√©nique le 20 mai 325 dans la ville de Nic√©e, en Bithynie. La conception inspir√©e par les th√®ses du pr√™tre Arius (subordination du Fils au P√®re) y est condamn√©e.

  • La plupart des 250 ou 300 √©v√™ques pr√©sents signent un ¬ę symbole ¬Ľ (un accord) comportant le credo encore en usage aujourd'hui dans la plupart des √Čglises.
  • Constantin se charge d'appliquer les d√©cisions du concile de Nic√©e en faisant chasser de leurs si√®ges les √©v√™ques ¬ę ariens ¬Ľ (on dit aussi ¬ę hom√©ens ¬Ľ ; ceux qui ont accept√© le credo sont appel√©s ¬ę orthodoxes ¬Ľ, ¬ę nic√©ens ¬Ľ ou ¬ę homoousiens ¬Ľ). Mais, √† la fin de sa vie, Constantin se rapproche des ariens et c'est leur chef, Eus√®be de Nicom√©die, qui organise son bapt√™me, sur son lit de mort. La crise arienne durera encore plusieurs d√©cennies.

La monarchie constantinienne : une conception dynastique et th√©ocratique du pouvoir

Mosa√Įque dans l'√©glise Sainte-Sophie √† Constantinople

Tout comme Diocl√©tien, Constantin ne rompt pas pleinement avec la tradition du Haut-Empire (l'empereur demeure un magistrat qui porte les titres romains traditionnels) ni avec les apports orientaux de la t√©trarchie :

  • Il porte d'abord la couronne de lauriers puis adopte r√©guli√®rement √† partir de 326-327 le diad√®me orn√© de pierres pr√©cieuses.
  • il est personnellement tr√®s port√© sur le faste et l'ostentation et d√©sire donner √† la fonction imp√©riale, par le c√©r√©monial, le costume et l'apparat une dimension supra-humaine. Eus√®be de C√©sar√©e affirme dans sa Vie de Constantin que l'empereur si√®ge sur son tr√īne dans une attitude hi√©ratique et fig√©e, ses yeux lev√©s vers le ciel.

Il abandonne n√©anmoins les formes religieuses √©labor√©es sous la t√©trarchie, d'abord par un retour au mod√®le solaire des empereurs pr√©t√©trarchiques puis par l'abandon de la protection des dieux tut√©laires de Rome et de l'Empire pour un dieu nouveau, le dieu des chr√©tiens. Le monoth√©isme devient le fondement id√©ologique de la monarchie constantinienne, ses id√©es politiques √©tant inspir√©es de principes unitaires, alors que le polyth√©isme convenait mieux √† l'id√©al de la t√©trarchie : il n'existe qu'un seul Dieu, il ne doit y avoir qu'un seul monarque qui gouverne selon la volont√© divine.

Son principal th√©oricien, Eus√®be de C√©sar√©e, affirme, dans le Discours des Tricennales, que le royaume terrestre de Constantin est √† l'image du royaume de Dieu et que l'empereur est entour√© de ses C√©sars comme Dieu l'est de ses anges : il se peut qu'√† la fin de sa vie, Constantin ait jug√© que l'arianisme correspondait mieux √† l'id√©e qu'il se faisait d'une monarchie divine, avec le Fils subordonn√© au P√®re, sur laquelle se mod√®le sa propre monarchie, avec des C√©sars √©troitement mis sous tutelle.

En fait, la christianisation du pouvoir imp√©rial est lente car Constantin est oblig√© de tenir compte du poids des traditions, surtout chez les √©lites :

  • Aucune √©pith√®te explicitement chr√©tienne ne figure dans la titulature officielle de l'empereur qui continue de rev√™tir le grand pontificat.
  • Le culte imp√©rial survit sous une forme √©pur√©e : √† la mort du prince survient la divinisation accord√©e par le S√©nat attest√©e pour la derni√®re fois en 364 avec la mort de Jovien.

La défense de l'Empire contre ses ennemis extérieurs

Constantin ne néglige pas la défense de l'Empire facilitée par les mesures prises par ses prédécesseur de la tétrarchie.

Trois fronts retiennent tour √† tour l'attention de Constantin. D'abord celui du Rhin o√Ļ son p√®re Constance Chlore s'est illustr√© et o√Ļ Constantin a longtemps s√©journ√©, faisant de Tr√®ves sa capitale. Il combat les Francs et les Alamans en 306, 309 et 313. Les op√©rations sont momentan√©ment interrompues au moment de l'affrontement avec Licinius. Une fois seul ma√ģtre de l'Empire, il envoie ses fils Crispus et Constantin II combattre les Francs et les Alamans. Le gand nombre de monnaies constantiniennes retrouv√©es en pays barbare atteste la reprise des relations commerciales une fois le calme revenu.

Les guerres danubiennes sont moins bien connues. En 322, il remporte une grande victoire sur les Sarmates à Campona puis, la même année ou en 324, il refoule les Goths qui ont franchi le Rhin. En 332, le César Constantin II leur inflige une grave défaite.

Depuis la paix de 297 conclue sous la t√©trarchie, la Perse est demeur√©e relativement tranquille. Les relations se d√©gradent √† nouveau √† partir de 333, ann√©e o√Ļ les Perses tentent de dominer l'Am√©nie et suite aux pers√©cutions contre les chr√©tiens dont Constantin pr√©tend √™tre partout le protecteur. La guerre est de nouveau d√©clar√©e, peut-√™tre par les Perses, en 337. Selon Eus√®be de C√©sare dans sa Vie de Constantin, l'empereur romain l'envisage comme une croisade et des √©v√™ques doivent l'accompagner dans son Conseil. L'empereur meurt en mai 337 au milieu des pr√©paratifs de la campagne.

La réorganisation des unités militaires

Constantin, tout comme ses pr√©d√©cesseurs de la t√©trarchie, est pr√©occup√© par la d√©fense de l'Empire. La nouvelle strat√©gie politico-militaire de Constantin admet que l'arm√©e des fronti√®res peut-√™tre battue sur certains fronts et le limes enfonc√© et que les combats d√©cisifs peuvent se d√©rouler √† l'int√©rieur des fronti√®res de l'Empire. L'empereur poursuit la politique de Gallien et de Diocl√©tien sur le front danubien en introduisant des barbares sur le territoire romain : en √©change de la protection des fronti√®res et de la fourniture d'un contingent militaire, ces derniers re√ßoivent des subsides de l'√Čtat, des rations alimentaires et des tentes destin√©es √† les s√©dentariser. L'aboutissement logique de cette √©volution est, d√®s le r√®gne de Constance II (337-361), l'accession de barbares aux plus hauts postes de l'√©tat-major.

Un nouvel encadrement

De nouvelles unit√©s appellent un nouvel encadrement. Les carri√®res militaires et civiles sont d√©finitivement s√©par√©es : les pr√©fets du pr√©toire et les vicaires sont confin√©s dans des fonctions purement administratives et les gouverneurs sont d√©charg√©s de toute pr√©occupation militaire au profgit de professionnels de la guerre :

  • Le maitre des offices re√ßoit le commandement de la garde imp√©riale.
  • Les deux-chefs d'√©tat-major, les ma√ģtres des soldats (magistri), sup√©rieurs aux duces, sont s√©par√©s entre ma√ģtre de l'infanterie et ma√ģtre de la cavalerie, rel√®vent de l'autorit√© directe de l'empereur.
  • L'arm√©e territorial est subordonn√©e au d√©coupage provincial : √† chaque division administrative correspond un commandement militaire distinct de l'autorit√© civile (un comes au niveau du dioc√®se et un dux au niveau des provinces.

Le renforcement du pouvoir impérial est renforcé par le morcellement des compétences mais une telle décision risque à terme d'affaiblir la valeur de l'armée et de ses chefs.

Mort et succession

En 326, Constantin fait p√©rir son fils a√ģn√© Crispus, puis son √©pouse Fausta. On ignore les raisons de ces ex√©cutions, qui ne sont peut-√™tre pas li√©es entre elles, mais on a √©voqu√© un adult√®re ou une d√©nonciation calomnieuse de la part de Fausta.

En 337, il vient de d√©clencher un conflit avec la Perse Sassanide de Shapur II et s'appr√™te √† mener une exp√©dition contre cet empire, quand il meurt subitement pr√®s de Nicom√©die. Il est baptis√© sur son lit de mort. Il est enterr√© dans l'√©glise des Saints-Ap√ītres qu'il a fait construire √† Constantinople.

Quand Constantin meurt, il n'a pas réglé sa succession. Ses trois fils se proclament Augustes, tandis que les autres membres de la famille impériale sont assassinés, sauf les jeunes Julien et Gallus. Ils se partagent l'Empire mais Constantin II et Constant Ier entrent en conflit. Après les décès de ses deux frères, l'Empire est réuni sous l'autorité du seul fils survivant de Constantin, Constance II qui nomme deux césars aux pouvoirs très réduits.

Le nouvel empereur poursuit la politique de son père, autant dans les domaine religieux -il favorise l'arianisme- que militaires -en luttant à la fois sur les fronts rhéno-danubien et perse..

Canonisation

D'apr√®s Eus√®be de C√©sar√©e, Constantin est mort le dimanche de Pentec√īte 22 mai 337. Il est inscrit dans la plupart des calendriers byzantins le 21 mai avec sa m√®re H√©l√®ne, parfois le 22 (comme dans le lectionnaire de J√©rusalem).

Contemporains

Bibliographie

  • Ouvrages d'historiens :
    • Jean-Michel Carri√© et Aline Roussel, L'Empire romain en mutation, des S√©v√®res √† Constantin, 192-337, 1999 (Point-Seuil, Nouvelle histoire de l'Antiquit√©). Ouvrage r√©cent √† recommander.
    • Andr√© Chastagnol, L'√©volution politique, sociale et √©conomique du monde romain, 284-363, 1994 (SEDES).
    • Guy Gauthier, "Constantin, le triomphe de la Croix", France-Empire, 1999.
    • Ramsay MacMullen, Christianisme et paganisme du IV au VIII si√®cle, Les Belles Lettres, Paris,1998.
    • Pierre Maraval, Le christianisme de Constantin √† la conqu√™te arabe, 1997 (PUF).
    • Paul Veyne, Quand notre monde est devenu chr√©tien (312-394), √©ditions Albin Michel, collection Id√©es, 2007 (ISBN 978-2-226-17609-7).
  • Autres points de vue :

Notes et références

  1. ‚ÜĎ La date retenue pour sa naissance varie selon les historiens. 272 est l'ann√©e la plus ancienne.
  2. ‚ÜĎ Alain Ducellier, Michel Kaplan et Bernadette Martin, Le Proche-Orient m√©di√©val, Hachette, 1978, p.24
  3. ‚ÜĎ Alain Ducellier, Michel Kaplan et Bernadette Martin, Le Proche-Orient m√©di√©val, Hachette, 1978, p.25
  4. ‚ÜĎ Bertrand Lan√ßon, L'Antiquit√© tardive, PUF, ¬ę Que sais-je ? ¬Ľ, n¬į1455, 1997, p.97
  5. ‚ÜĎ Alain Ducellier, Michel Kaplan et Bernadette Martin, Le Proche-Orient m√©di√©val, Hachette, 1978, p.22
  6. ‚ÜĎ Michel Christol et Daniel Nony, Des Origines de Rome aux invasions barbares, Hachette, 1974, p.214
  7. ‚ÜĎ Paul Matagne, revue Histoire antique, Constantin, n¬į26 juillet-ao√Ľt 2006, p.64-69
  8. ‚ÜĎ Paul Veyne, Quand notre monde est devenu chr√©tien, √©d. Albin Michel, 2007, pp 141 et suiv.

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