Compagnie Anglaise Des Indes Orientales

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Compagnie Anglaise Des Indes Orientales

Compagnie anglaise des Indes orientales

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Le premier drapeau de la Compagnie avec au coin gauche le croix de Saint Georges

Le 31 dĂ©cembre 1600, la reine Élisabeth Ire d'Angleterre accorde une charte royale confĂ©rant pour 21 ans le monopole du commerce dans l'ocĂ©an Indien Ă  la Compagnie anglaise des Indes orientales (d'abord anglaise, puis britannique sous le nom de British East India Company, B.E.I.C.).

PremiĂšre des Compagnies europĂ©ennes fondĂ©es au XVIIe siĂšcle pour conquĂ©rir « les Indes Â» et dominer les flux commerciaux avec l'Asie, elle trouve sa place face Ă  la compagnie nĂ©erlandaise des Indes orientales, la cĂ©lĂšbre VOC, et prend l'avantage sur la Compagnie française des Indes orientales qu'elle conduit Ă  la ruine en conquĂ©rant toutes ses possessions en Inde. Elle marque profondĂ©ment la crĂ©ation du futur Empire colonial britannique.

SociĂ©tĂ© anonyme, elle allait devenir l'entreprise commerciale la plus puissante de son Ă©poque, jusqu'Ă  acquĂ©rir des fonctions militaires et administratives rĂ©galiennes dans l'administration de l'immense territoire indien. HeurtĂ©e de plein fouet par l'Ă©volution Ă©conomique et politique du XIXe siĂšcle, elle dĂ©cline progressivement, puis disparaĂźt en 1874.

Depuis ses quartiers gĂ©nĂ©raux de Londres, son influence extraordinaire s'est Ă©tendue Ă  tous les continents : elle a, entre autres, prĂ©sidĂ© Ă  la crĂ©ation des Indes britanniques et du Raj, fondĂ© Hong Kong et Singapour, rĂ©pandu la culture du thĂ© en Inde et l'usage de l'opium en Chine, retenu NapolĂ©on captif Ă  Sainte-HĂ©lĂšne, et s'est trouvĂ©e directement impliquĂ©e dans la cĂ©lĂšbre Boston Tea Party qui servit de dĂ©clenchement Ă  la guerre d'indĂ©pendance amĂ©ricaine.

Sommaire

Le contexte historique

À la suite des croisades ouvrant les routes de l’Orient, les activitĂ©s commerciales et financiĂšres favorisent le capitalisme naissant des rĂ©publiques italiennes au long des XIIIe et XIVe siĂšcles avant que le commerce ne profite aussi Ă  l’Angleterre et aux pays de la mer du Nord. Deux grands pĂŽles concentrent le commerce de l’Europe, l’Italie du Nord et les pays de la Baltique oĂč prospĂšre la Ligue HansĂ©atique depuis le Moyen Âge.

La fin du XVe siĂšcle est marquĂ©e par les Grandes dĂ©couvertes : l’AmĂ©rique par Christophe Colomb en 1492, mais surtout l’Asie (nommĂ©e Ă  l'Ă©poque: les Indes orientales) grĂące au contournement du cap de Bonne-EspĂ©rance par le Portugais Vasco de Gama en 1498.

À l’aube du XVIe siĂšcle, la puissante RĂ©publique de Venise domine la mer MĂ©diterranĂ©e, et par lĂ , grĂące Ă  ses relations avec les comptoirs du Moyen-Orient le commerce des produits - essentiellement des Ă©pices - venus du Levant et de l’ocĂ©an Indien. Le contrĂŽle de ces produits venus d’ExtrĂȘme-Orient par caravane ou par navire lui assure la domination des marchĂ©s d’Europe. Cette domination commence toutefois Ă  ĂȘtre contestĂ©e par la ville d’Anvers, devenue l’entrepĂŽt du poivre importĂ© par le Portugal, utilisant la nouvelle route maritime du Sud.

À partir des annĂ©es 1570, le commerce de Venise en MĂ©diterranĂ©e est mis Ă  mal par les marchands nordiques qui inondent les marchĂ©s de produits contrefaits, allant jusqu’à orner leurs tissus du sceau vĂ©nitien afin d’en renforcer l’attrait. L’industrie mĂ©diterranĂ©enne perd alors Ă  la fois ses clients et sa renommĂ©e[1]. Pendant ce temps l’Espagne met en place le commerce de l’or en provenance des nouveaux territoires qu’elle a dĂ©couvert en traversant l’Atlantique. Mais elle connaĂźt Ă  son tour un dĂ©clin important Ă  la fin du XVIe siĂšcle.

Au dĂ©but du XVIIe siĂšcle, les Provinces-Unies sont encore en guerre contre la couronne espagnole pour obtenir leur indĂ©pendance. La situation sociale y est diffĂ©rente de celle du reste de l’Europe. Le commerce y est dĂ©veloppĂ©, la noblesse y a perdu son pouvoir au profit d’une puissante Ă©lite bourgeoise.

À la fin du XVIe siĂšcle, les Hollandais commencent Ă  s’intĂ©resser aux Indes et envoient une premiĂšre expĂ©dition en 1592 avec quatre navires dont trois reviennent Ă  Amsterdam en 1597, sans avoir fait de substantiels profits[2]. Mais l’expĂ©dition n’est qu’un prĂ©cĂ©dent au dĂ©veloppement d’un important commerce que l’Empire portugais dĂ©clinant ne peut contrer. Entre 1598 et 1602, les Hollandais envoient 65 navires divisĂ©s en 14 flottes vers l’ocĂ©an Indien[3]. Les flottes qui rĂ©ussissent Ă  revenir permettent des bĂ©nĂ©fices atteignant jusqu’à 265%, mais ceux ci pourraient ĂȘtre encore accrus, s’il n’y avait une multiplicitĂ© de compagnies se faisant une concurrence effrĂ©nĂ©e en Asie[4].

Création et développement

Création de la compagnie

Élisabeth Ire d'Angleterre autorise la crĂ©ation de la Compagnie
East India House, Londre, par Thomas Shepherd 1828

La Compagnie ou East Indian Company fut fondée en tant que The Company of Merchants of London Trading into the East Indies[5] par un ensemble d'hommes d'affaires entreprenants et influents, qui obtinrent une charte de la couronne d'Angleterre lui octroyant l'exclusivité du commerce avec les Indes orientales pour une période de quinze ans.

Initialement, cette crĂ©ation n’ébranla point le contrĂŽle des Hollandais sur le trafic des Ă©pices et la Compagnie eut des difficultĂ©s Ă  Ă©tablir un premier comptoir durable en Inde. Finalement, des navires lui appartenant accostĂšrent Ă  Surat qui fut Ă©rigĂ© en comptoir commercial en 1608. Les deux annĂ©es suivantes, elle rĂ©ussit Ă  crĂ©er sa premiĂšre factorerie (comme les comptoirs Ă©taient alors nommĂ©s) dans la ville de Machilipatnam sur la cĂŽte de Coromandel dans le Golfe du Bengale.

Les profits trĂšs Ă©levĂ©s rapportĂ©s par la Compagnie aprĂšs son Ă©tablissement en Inde (vraisemblablement en raison de la rĂ©duction des coĂ»ts de trafic dans les comptoirs), poussĂšrent le roi Jacques Ier Ă  accorder des licences Ă  d’autres compagnies commerciales en Angleterre. Mais en 1609, la charte de la Compagnie est renouvelĂ©e : elle se voit octroyer le monopole du commerce avec les Indes Orientales pour une pĂ©riode indĂ©finie, mais incluant une clause stipulant qu'il cesserait si les affaires de la compagnie devenaient non profitables trois annĂ©es de suite.

Organisation de la Compagnie

La BEIC est organisĂ©e comme beaucoup d'autres sociĂ©tĂ©s lancĂ©es Ă  l'Ă©poque comme une "regulated company". Elle rĂ©unit des actionnaires qui renoncent Ă  agir seuls pour le mĂȘme objet. Le capital est rĂ©uni pour le montant que chacun veut verser et tous peuvent reprendre leur part Ă  la fin de chaque expĂ©dition. De ce fait, le capital ("joint-stock") n'est pas fixe: la Compagnie est dotĂ©e d'un capital initial de 68 373 livres sterling partagĂ© entre 125 actionnaires pour le premier voyage, ÂŁ60 450 pour le second...[6]. C'est une situation trĂšs diffĂ©rente du choix fait par la VOC d'immobiliser un capital fixe, dont les parts (actions) sont librement nĂ©gociables en bourse.

La compagnie est gérée à partir de son quartier général de Londres par un gouverneur et 24 directeurs qui forment la Cour des Directeurs. Ils étaient nommés et étaient responsables devant l'Assemblée des propriétaires.

Fichier:Company rule calcutta from ftwilliam.jpg
vue de Calcutta depuis le Fort William - 1802

En Inde, quelques employĂ©s et des soldats furent mis en place. En 1647, la Compagnie disposait de 23 factoreries, chacune placĂ©es sous le contrĂŽle d’un factorier, d’un maĂźtre marchand ou d’un gouverneur selon les cas, et 90 employĂ©s rĂ©sidaient en Inde.

Enfin, dans la premiĂšre moitiĂ© du XVIIe siĂšcle, les principaux comptoirs furent fortifiĂ©s comme Fort William Ă  Calcutta ou Fort St George Ă  Madras, et le chĂąteau de Bombay Ă©rigĂ©.

L'échec contre les Néerlandais en Indonésie

Durant ses premiĂšres annĂ©es, elle aura peu de succĂšs dans le commerce des Ă©pices largement dominĂ© par la compagnie nĂ©erlandaise des Indes orientales et ne pourra Ă©tablir d'avant-poste durable en Insulinde. Ses nĂ©gociants entrĂšrent souvent en conflit avec leurs concurrents NĂ©erlandais, Portugais ainsi que Français dans l’OcĂ©an indien.

La BEIC se heurtait aux intĂ©rĂȘts de la compagnie nĂ©erlandaise des Indes orientales, la VOC, crĂ©Ă©e deux ans aprĂšs elle, et qui supplantait les Portugais dans tout l'archipel indonĂ©sien. Sous la direction de Jan Pieterszoon Coen qui renforçait sa domination sur la rĂ©gion et avait crĂ©Ă© Batavia sur l'Ăźle de Java, elle remporta une importante victoire sur les hommes de la BEIC en 1619, forçant celle-ci Ă  se replier sur le continent indien.

Le début des opérations en Inde

JahĂąngĂźr

RĂ©alisant peut-ĂȘtre la futilitĂ© de mener des guerres de course dans des mers reculĂ©es, les Anglais dĂ©cidĂšrent d’explorer la possibilitĂ© d’obtenir un Ă©tablissement permanent sur le continent indien. La victoire remportĂ©e sur la flotte portugaise Ă  la Bataille de Swally en novembre 1612 fut un Ă©vĂšnement capital qui fournit Ă  la Compagnie les faveurs de l’empereur Moghol Jahangir. Cette conquĂȘte territoriale devait ĂȘtre reconnue par les deux monarchies, aussi la BEIC requit auprĂšs de la Couronne anglaise le lancement d'une mission diplomatique.

En 1615, Sir Thomas Roe est envoyé par le roi Jacques 1er à Agra, à la Cour du grand Moghol qui régnait alors sur la plus grande partie du sous-continent indien. Le but de cette mission était d'obtenir pour la Compagnie le droit d'établir des comptoirs exclusifs dans certaines places comme Surat. En échange elle proposait d'approvisionner l'empereur en produits manufacturés européens.

La mission fut un succÚs complet et un traité fut signé accordant la protection du grand Moghol aux négociants de la Compagnie, leur ouvrant l'ensemble des territoires avec totale liberté de commercer, mais sans toutefois leur accorder d'exclusivité[7].

La conquĂȘte de l'Inde

Malgré cet accord politique avec l'empereur moghol et les premiers succÚs commerciaux, la Compagnie dû affronter plusieurs difficultés avant le début du XVIIIe siÚcle, siÚcle d'une domination incontestée.

La critique du mercantilisme

Les marchĂ©s en Orient n'Ă©tant pas preneur de marchandises europĂ©ennes, comme les draps, principale production anglaise et flamande, la Compagnie devait exporter de plus en plus de mĂ©taux prĂ©cieux. Pour lutter contre les critiques de plus en plus fortes sur cette « hĂ©morragie Â» d’or et d’argent, il fallut que l'un des directeurs de la compagnie, Thomas Mun prenne, en 1621, la dĂ©fense des pratiques de la BEIC, Ă©chafaudant les premiers Ă©lĂ©ments de la thĂ©orie de la balance commerciale, doctrine qu'Adam Smith critiquera ensuite sous le nom de mercantilisme[8].

Vers le monopole

Les comptoirs Européens en Inde

La Compagnie avec un tel patronage politique rĂ©ussit rapidement Ă  Ă©clipser l'Estado da India portugais, qui avait Ă©tabli des bases Ă  Goa, Chittagong et Bombay (qui fut plus tard cĂ©dĂ©e Ă  l’Angleterre, comme un Ă©lĂ©ment de la dot de Catherine de Bragance). Elle rĂ©ussit Ă  crĂ©er des places fortes Ă  Surat, Madras (1639), Bombay (1668) puis Calcutta en (1690).

En 1634, l’empereur Moghol augmenta l'ouverture de ses territoires aux nĂ©gociants anglais avec la rĂ©gion du Bengale (et en 1717, il supprima complĂštement les droits de douanes).

Les principaux revenus de la Compagnie devenaient l'exportation du coton, de la soie, de l'indigo, du salpĂȘtre et du thĂ©.

Navire de la BEIC Ă  Bombay - tableau de 1732

En 1657, Oliver Cromwell renouvela la charte de 1609, tout en apportant quelques retouches mineures Ă  son organisation capitalistique.

Mais, la situation de la Compagnie fut encore améliorée par la restauration de la monarchie en Angleterre. En 1670, le roi Charles II accorde par cinq décrets à la Compagnie le droit d'acquérir de nouveaux territoires autonomes, de frapper de la monnaie, de commander des troupes armées d'avoir une activité diplomatique et d'exercer la justice sur ses territoires. Elle va alors devenir une formidable machine de pouvoir, en Inde mais aussi en Angleterre.

La remise en cause de la suprématie

La prospérité des employés de la compagnie leur permit de revenir dans leur pays, établir des affaires et obtenir un pouvoir politique, par un efficace lobbying au Parlement. Cependant, en raison de la pression d'ambitieux hommes d'affaires qui souhaitaient établir leurs firmes privées de négoce en Inde, une loi de dérégulation fut votée en 1694. Cela ouvrit la possibilité de créer des entreprises concurrentes en mettant fin à prÚs de cent ans de privilÚge. Par une loi de 1698, une compagnie rivale, l'"English Company Trading to the East Indies", fut lancée avec une subvention garantie par l'Etat de 2 millions de livres.

Les deux compagnies s'opposĂšrent pendant quelques annĂ©es, mais il devint rapidement Ă©vident que la BEIC remporterait la compĂ©tition. Les deux compagnies se rapprochĂšrent sous l'Ă©gide de l'État et fusionnĂšrent en 1708, par un accord tripartite par lequel la Compagnie prĂȘta une somme de 3 200 000 livres au TrĂ©sor britannique en Ă©change d'un nouveau privilĂšge exclusif de trois annĂ©es.

Pendant les décennies suivantes, une lutte constante s'engagea entre les lobbies de la Compagnie qui souhaitait une solution définitive et le Parlement qui ne souhaitait pas renoncer à la possibilité de capter une source importante de revenus. En 1712, une nouvelle loi renouvela le statut de la compagnie, bien que la dette du Trésor fut remboursée. En 1720, 15% des importations britanniques provenaient d'Inde, quasi essentiellement par l'intermédiaire de la BEIC.

En 1730, la licence fut prolongĂ©e jusqu'Ă  1766. Cependant, la rivalitĂ© entre la France et l'Angleterre s'intensifiait et des escarmouches frĂ©quentes se produisaient pour le contrĂŽle de territoires. En 1742, craignant les consĂ©quences monĂ©taires d'une guerre, le gouvernement britannique accepta de prolonger la durĂ©e de l'exclusivitĂ© en Inde jusqu'Ă  1783 en Ă©change d'un nouveau prĂȘt d'un million de livres. Lorsque la guerre de Sept ans Ă©clata, de nombreux affrontements se dĂ©roulĂšrent en Inde entre les troupes de la Compagnie et les forces françaises. A la fin de la guerre en 1757, les Conseils juridiques de la Couronne britannique Ă©mirent la Pratt-Yorke opinion qui diffĂ©renciait les territoires acquis par conquĂȘte de ceux acquis par des arrangements privĂ©s. L'opinion concluait que, bien que la Couronne exerçait la souverainetĂ© sur tous les territoires, elle n'en dĂ©tenait la propriĂ©tĂ© que des seuls territoires conquis[9]

L'éviction des Français en 1760

Lord Clive rencontre Mir Jafar aprĂšs la bataille de Plassey -peinture de 1762.

En 1757, la victoire de Robert Clive Ă  la bataille de Plassey pour le compte de la Compagnie pendant la guerre de Sept Ans met un coup d'arrĂȘt aux prĂ©tentions françaises en Inde, assure la suprĂ©matie britannique sur la pĂ©ninsule indienne et offre Ă  la Compagnie le contrĂŽle du Bengale, la province la plus peuplĂ©e et la plus profitable. AurĂ©olĂ© de ses nombreuses victoires militaires, et aprĂšs un retour de 5 ans en Angleterre, Clive est nommĂ© gouverneur du Bengale en 1765.

Puissance

L'expansion en Asie

En mĂȘme temps, elle entamait le monopole hollandais du commerce des Ă©pices dans le dĂ©troit de Malacca, que ceux-ci avait acquis en Ă©vinçant les Portugais en 1640-41. En 1711, la BEIC Ă©tablit un comptoir Ă  Canton (Guangzhou), en Chine, pour Ă©changer du thĂ© contre de l'argent.

Le rĂšgne de la Compagnie en Inde

Article dĂ©taillĂ© : PrĂ©sidence de l'Inde britannique.

Le dĂ©but de l’Inde britannique peut ĂȘtre date des lendemains de la victoire de Robert Clive en 1764 Ă  la Bataille de Buxar (au Bihar), sur l’empereur Shah Alam II et de sa dĂ©cision forcĂ©e de dĂ©signer la compagnie pour ĂȘtre le « diwan Â» dans les rĂ©gions du Bengale, du Bihar, et de l’Orissa. La BEIC devenait de ce fait le suprĂȘme pouvoir dans la grande majoritĂ© des plaines du Gange. Elle poursuivit son expansion depuis ses bases de Bombay vers le nord-ouest de Madras vers le centre et le Sud en menant les guerres anglo-mysore de 1766 Ă  1799 et anglo-maratha de 1772 Ă  1818.

La domination de la Compagnie en Inde prit deux formes. La premiĂšre reposait sur la mise en place d’alliances de subordination entre elle et les dirigeants locaux. Ces accords, d’essence fĂ©odale, dĂ©possĂ©daient ceux-ci de tout rĂ©el contrĂŽle sur leurs affaires Ă©trangĂšres en Ă©change de la garantie de leur “indĂ©pendance”. Ce dĂ©veloppement crĂ©a les États indigĂšnes, ou les “PrincipautĂ©s”, des maharajas hindous et des nawabs musulmans. La seconde mĂ©thode, moins recherchĂ©e, Ă©tait le gouvernement direct de rĂ©gions ; ces zones du subcontinent constituĂšrent vraiment l’Inde britannique.

SĂ©paration des pouvoirs

En 1773 le Parlement vote le Regulating Act qui impose à la Compagnie une série de réformes économiques et administratives. Il nomme Warren Hastings au poste de Gouverneur Général des Indes britanniques créé pour l'occasion. La Compagnie est autorisée à conserver le monopole du commerce sous certaines conditions, notamment financiÚres, ce qui l'entraßnera peu à peu vers son déclin.

En 1784 une nouvelle loi est votĂ©e afin de sĂ©parer clairement la gouvernance des territoires des Indes Orientales (qui revient Ă  la Couronne) et l'activitĂ© commerciale (qui revient Ă  la Compagnie). Cette derniĂšre doit donc dĂ©sormais rendre des comptes Ă  la Couronne ce qui ne l'empĂȘche pas de continuer Ă  se dĂ©velopper.

L'apogée commerciale

Le dernier drapeau entre 1801 et 1858

Vers le milieu du XIXe siĂšcle, la domination de la Compagnie s'Ă©tend sur la majeure partie de l'Inde, la Birmanie, Singapour et Hong Kong, un cinquiĂšme de la population mondiale passant ainsi sous son autoritĂ©. La Compagnie occupe les Philippines, fait la conquĂȘte de Java.

Les Indiamen

Article dĂ©taillĂ© : Indiaman.

Le déclin

les guerres de l'opium

Article dĂ©taillĂ© : PremiĂšre guerre de l'opium.

Tout au long du XVIIIe siĂšcle, l'Angleterre eut Ă  subir un Ă©norme dĂ©ficit commercial avec la Chine des Qing dĂ» aux achats massifs de thĂ© qui occasionnaient d'importantes sorties de capitaux. La BEIC imagina alors d'y exporter de l'opium indien. En 1773, elle crĂ©a un monopole sur l'achat d'opium au Bengale. Comme le commerce de l'opium Ă©tait illĂ©gal en Chine, les navires de la Compagnie ne pouvaient y exporter leur cargaison. Aussi, l'opium produit au Bengale Ă©tait vendu Ă  Calcutta Ă  la condition qu'il soit convoyĂ© en Chine[10].

En dépit de l'interdiction de trafic et d'importation de drogue en Chine, réaffirmé en 1799, l'opium passait en contrebande depuis le Bengale, acheminé par des trafiquants et des sociétés privées (comme la société Jardine, Matheson) pour à peu prÚs 900 tonnes par an. Les rÚglements des passeurs étaient payés dans les établissements de la BEIC à Canton et, en 1825, la plus grande part des achats de thé était couverte par le trafic de drogue.

En 1838, la contrebande atteignant 1 400 tonnes par an, les Chinois dĂ©cidĂšrent d'appliquer la peine de mort aux trafiquants arrĂȘtĂ©s et envoyĂšrent un nouveau gouverneur, Lin Zexu pour stopper la contrebande. Tout cela finit par la premiĂšre guerre de l'opium, la saisie par les Britanniques du site de Hong Kong et l'ouverture du marchĂ© chinois de la drogue aux trafiquants anglais.

Fin de parcours

Article dĂ©taillĂ© : RĂ©volte des Cipayes.

Privée de son monopole commercial en 1813 et du commerce du thé de Chine vingt ans plus tard, la compagnie perdra finalement ses fonctions administratives en 1858 à la suite de la révolte des Cipayes.

Au début des années 1860, toutes les possessions de la Compagnie passent sous le contrÎle de la Couronne.

Le 1er janvier 1874, la Compagnie des Indes orientales est dissoute par dĂ©cret.

Notes et références

  1. ↑ Fernand Braudel, La Dynamique du capitalisme, 1985.
  2. ↑ Fernand Braudel, Civilisation matĂ©rielle, Ă©conomie et capitalisme XVe-XVIIe, t. 3 Le Temps du monde, Armand Colin, 1993 (1979), p. 254.
  3. ↑ Braudel, op. cit., p. 247.
  4. ↑ FrĂ©dĂ©ric Mauro, L’expansion europĂ©enne (1600-1870), Puf, 1967 p. 131.
  5. ↑ (en) John Keay, The Honourable Company - A History of the English East India Company, HarperCollins, Londres, 1991, ISBN 0-00-217515-0 (page 9)
  6. ↑ Michel Morineau, les grandes Compagnies des Indes Orientales, PUF, 1999, p. 11
  7. ↑ Jahangir confia Ă  Thomas Roe une lettre au roi Jacques : « Upon which assurance of your royal love I have given my general command to all the kingdoms and ports of my dominions to receive all the merchants of the English nation as the subjects of my friend; that in what place soever they choose to live, they may have free liberty without any restraint; and at what port soever they shall arrive, that neither Portugal nor any other shall dare to molest their quiet; and in what city soever they shall have residence, I have commanded all my governors and captains to give them freedom answerable to their own desires; to sell, buy, and to transport into their country at their pleasure. For confirmation of our love and friendship, I desire your Majesty to command your merchants to bring in their ships of all sorts of rarities and rich goods fit for my palace; and that you be pleased to send me your royal letters by every opportunity, that I may rejoice in your health and prosperous affairs; that our friendship may be interchanged and eternal. Â» (Indian History Sourcebook: England, India, and The East Indies, 1617 A.D.).
  8. ↑ Michel Morineau, op. cit., p.19
  9. ↑ (en)Thomas, P. D. G. (2008) "Pratt, Charles, first Earl Camden (1714–1794)", Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press
  10. ↑ EAST INDIA COMPANY FACTORY RECORDS

Annexes

  • (en) Cet article est partiellement ou en totalitĂ© issu d’une traduction de l’article de WikipĂ©dia en anglais intitulĂ© « Honourable East India Company Â».

Bibliographie

  • Michel Morineau, Les grandes compagnies des Indes orientales (XVIe-XIXe siĂšcles), PUF, 1999

Articles connexes

Pour consulter un article plus gĂ©nĂ©ral, voir : Compagnie des Indes.

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