Abd El-Kader

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Abd El-Kader

Abd el-Kader

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Portrait d'Abd el-Kader par Ange Tissier, 1852, Musée de Versailles.

Abd el-Kader ben Muhieddine ou Abd el-Kader el-DjazaĂŻri (arabe : Űčۚۯ Ű§Ù„Ù‚Ű§ŰŻŰ± Ű§Ù„ŰŹŰČŰ§ŰŠŰ±ÙŠ) — nĂ© le 6 mai ou le 6 septembre 1808 prĂšs de Mascara, AlgĂ©rie, dĂ©cĂ©dĂ© le 26 mai 1883 Ă  Damas, Syrie — est un homme politique, chef militaire et chĂ©rif idrisside qui rĂ©sista longtemps Ă  l'armĂ©e coloniale française lors de sa conquĂȘte de l'AlgĂ©rie et fut Ă©galement Ă©crivain, poĂšte, philosophe et thĂ©ologien soufi. Il est considĂ©rĂ© comme le premier crĂ©ateur de la nation algĂ©rienne[1] et le symbole de la rĂ©sistance algĂ©rienne contre le colonialisme et l'oppression française[2]. De plus, son petit-fils Émir Khaled est considĂ©rĂ© comme le premier fondateur de l'identitĂ© et du nationalisme algĂ©rien[3]

Sommaire

Origines et Ă©ducation musulmane

Abd el-Kader est le troisiĂšme fils de Sidi Muhieddine, cheikh de l'ordre soufi Qadiri et auteur d'un "Kitab irshad al-muridin" Ă  destination des novices dans la gnose[4], et de Zohra une femme cultivĂ©e, fille du cheikh Sidi Boudouma, chef d'une zaouĂŻa assez influente de l'Ă©poque situĂ©e Ă  Hammam Bouhadjar (Ouest algĂ©rien). Il est nĂ© probablement le 6 mai ou le 6 septembre 1808 Ă  El-Guetna (« les Tentes Â»), dans la rĂ©gion de Mascara, sur la route d'Oran.

Selon les historiens français, l'émir Abd el-Kader fait remonter ses origines d'une part à la tribu berbÚre des Banou Ifren[5],[6] (ZénÚtes). D'autre part, l'émir serait un des descendants du prophÚte Mahomet[7].

Enfant prĂ©coce, il pouvait lire et Ă©crire dĂ©s l'Ăąge de 5 ans, Ă©tait autorisĂ© Ă  commenter le Coran et les traditions prophĂ©tiques Ă  12 ans, et deux ans plus tard, porta le titre de "HafĂźz", destinĂ© Ă  ceux qui savent le Coran, dans son entiĂšretĂ©, par cƓur.[8] Son Ă©ducation religieuse soufiste, passe, dĂšs huit ans, par le pĂšlerinage avec son pĂšre Ă  la Mecque (le Hajj) puis se poursuivit chez Ahmed Bilhar, son oncle paternel, par l'Ă©tude du Coran, les principes des sciences physiques et morales, de la gĂ©omĂ©trie et de l'astronomie, la gymnastique, l'exercice du cheval et le maniement des armes. Enfin, Muhieddine envoya son fils dix-huit mois Ă  Oran, chez Sidi Ahmed ben-Kodja, qui lui enseigna la politique. Plus tard aussi, sans perdre cette curiositĂ© caractĂ©ristique, il conversera, avec les plus grands esprits de son Ă©poque, de Platon, Pythagore ou Aristote, et se plongera dans l'Ă©tude d'ouvrages traitant "de l'Ăšre des Califes, sur l'histoire ancienne et moderne, la philosophie, la philologie, l'astronomie, la gĂ©ographie, et mĂȘme des ouvrages de mĂ©decine."[9] Il faut aussi signaler sa mĂ©moire phĂ©nomĂ©nale grĂące Ă  laquelle, alors qu'il Ă©tait en captivitĂ©, il pouvait citer les philosophes grecs et de nombreux Ă©crits (dont la Muqaddima de Ibn Khaldun) sans les avoir Ă  proximitĂ©.[10]

Place de l'Émir-Abd-el-Kader (Alger)

Voyages

En 1820 lors d'un second voyage Ă  la Mecque et MĂ©dine, avec des pĂšlerins et son pĂšre Muhieddine, sur le Castor, brick de commerce du capitaine français Jovas, il passa par Alexandrie. Pendant son sĂ©jour en Égypte, Abd el-Kader fut frappĂ© des changements que MĂ©hĂ©met Ali venait de faire Ă  son armĂ©e et des amĂ©liorations de l'administration de ses États ; ce modĂšle (qui avait permis une quasi indĂ©pendance vis-Ă -vis des Ottomans comme des Anglais et des Français) les frappa, lui et son pĂšre.

À leur retour[11], ils racontĂšrent que d'anciennes prophĂ©ties annonçaient qu'Abd el-Kader deviendrait un jour le « sultan des Arabes Â». C'Ă©tait se dresser contre l'institution ottomane des Deys. Les populations arrivĂšrent en foule au douar des Hachem, oĂč ils passaient leurs journĂ©es en priĂšres, dans leurs tentes. Les offrandes Ă©taient du grain, du bĂ©tail, mais aussi des chevaux, de l'or, de l'argent et des armes. Rapidement, cette mobilisation autour de la vĂ©nĂ©ration qu'ils s'Ă©taient acquise, inquiĂ©ta Hassan-Bey, gouverneur d'Oran : pour mettre un terme Ă  l'influence et Ă  ces menĂ©es rĂ©volutionnaires, il prononça la peine de mort contre le pĂšre d'Abd el-Kader.

La colonisation française

Or, cette condamnation arriva au moment de la prise d'Alger par les Français en 1830. C'Ă©tait un coup terrible Ă  l'empire des deys et Ă  la domination ottomane. Mahieddine, le vieux marabout, se mit alors Ă  prĂȘcher la « guerre sainte Â». L'objectif Ă©tait autant l'Ă©limination des Ottomans que la reprise d'Oran. Des milliers de musulmans accoururent et se rangĂšrent sous ses ordres ; le gouverneur d'Oran, Hassan, en fuite, demanda asile Ă  celui dont il avait mis la tĂȘte Ă  prix. Le marabout allait lui offrir l'hospitalitĂ© et ses services, mais Abd el-Kader s'y opposa Ă©nergiquement: le bey d'Oran dut se rendre quelques jours plus tard aux troupes françaises. Mahieddine, choisi comme chef de l'insurrection, marcha avec ses troupes d'abord contre la garnison turque de Mascara, qu'il massacra sans pitiĂ© ; puis il combattit courageusement les Français sous les murs d'Oran avec son fils Abd el-Kader qui s'y attira la rĂ©putation de baraka - il aurait Ă©tĂ© Ă  l'abri des balles et des boulets et aurait eu deux chevaux tuĂ©s sous lui. Son burnous blanc "rougi du sang des siens", fut conservĂ© comme une relique.

La prise d'Alger et d'Oran par les Français signifiait d'abord la fin de la domination ottomane et donc la fin des provinces turques. . Les tribus musulmanes locales semblaient donc avoir recouvrĂ© leur libertĂ©, mais elles Ă©taient sans unitĂ© : Mahieddine, tout influent qu'il Ă©tait, n'Ă©tait pas souverain et quelques tribus ne lui obĂ©issaient pas. Mais les populations musulmanes s'inquiĂ©taient de l'extension de la conquĂȘte française. La soumission d'Ibrahim, bey de Mostaganem, accĂ©lĂ©ra le processus d'unification des tribus locales: une assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale des chefs se rĂ©unit pour procĂ©der Ă  l'Ă©lection d'un sultan le 21 novembre 1832 dans la plaine de Ghris, Ă  Ersebia. Il fut question de nommer Mahieddine, mais il dit que le marabout Sidi El-Arrach Ă©tait plus digne que lui d'un si grand honneur. Le conseil se retira pour se rĂ©unir le lendemain. D'aprĂšs la lĂ©gende populaire, Sidi El-Arrach, tout juste arrivĂ©, aurait dĂ©clarĂ© en Ă©levant les mains vers le Ciel : « FrĂšres, cette nuit, le cĂ©lĂšbre marabout Mahi Abd el-Kader m'est apparu au milieu de sa gloire, et m'a dit : “Sidi El-Arrach, retiens bien ces paroles d'oĂč dĂ©pend le salut de notre race. Je ne connais qu'un seul homme qui, par ses vertus, son courage et son intelligence -, sois digne de commander aux Arabes : c'est Abd el-Kader, troisiĂšme fils de Mahieddine. Je t'ordonne donc de rĂ©pĂ©ter demain au conseil ce que tu viens d'entendre. Allah et son prophĂšte s'intĂ©ressent Ă  la cause de ses enfants et veulent qu'elle triomphe.” Â». Et Mahieddine d'ajouter : « J'ai entendu les mĂȘmes paroles que Sidi El-Arrach, et j'ai reçu les mĂȘmes ordres, mais je mourrai dans l'annĂ©e qui suivra l'avĂšnement de mon fils. Telle est la prophĂ©tie de mon aĂŻeul. Â»

Sultan

Abd el-Kader

À partir de 1832, le titre de sultan fut donc accordĂ© Ă  Abd el-Kader: les chefs s'inclinĂšrent et lui prĂ©sentĂšrent le burnous violet. Le nouveau sultan se mit Ă  son tour Ă  prĂȘcher la guerre sainte. AprĂšs que l'affaire de la Macta eut consolidĂ© sa puissance, il songea Ă  se crĂ©er une force militaire permanente. Voyant l'armĂ©e française composĂ©e en grande partie d'infanterie, il se forma un corps de cavalerie qui put attaquer, poursuivre ou Ă©viter un combat inĂ©gal. Ce premier corps ne comptait d'abord que 400 hommes. Pour entretenir des bataillons rĂ©guliers, il leva des taxes sur les marchandises et des impĂŽts ; puis il fit bĂątir des magasins de vivres, d'armes et de munitions.
Les premiers coups de main contre les Français dans l'ouest de l'AlgĂ©rie, l'opposĂšrent au gĂ©nĂ©ral Louis Alexis Desmichels, gouverneur de la province d'Oran, indĂ©pendant du gĂ©nĂ©ral en chef. En mai 1833, les français remportĂšrent plusieurs victoires sur Abd el-Kader, et Desmichel s'empara de Mostaganem. L'Ă©mir, indignĂ© de voir les Musulmans venir approvisionner les marchĂ©s français, fit enlever le chef d'Arzew qui venait de se soumettre, et le conduisit Ă  Mascara oĂč il fut condamnĂ© Ă  mort. Au mois d'octobre de la mĂȘme annĂ©e ses troupes attaquĂšrent l'escorte de la commission d'Afrique, forte de 1 800 hommes, mais furent battues prĂšs d'AĂŻn-el-Bidha.

Abd el-Kader, Ă  la mort de son pĂšre (1833), se retira quelque temps Ă  Mascara, revint Ă  la tĂȘte de ses troupes. Il fit bloquer la ville d'Oran par la tribu des Rharaba et couper toute communication avec Mostaganem par la tribu des Hachem. La tactique rĂ©ussit, les arrivages cessĂšrent sur les marchĂ©s français. Les tribus soumises cherchĂšrent Ă  se dĂ©tacher des Français. Abd el-Kader, profitant de l'Ă©tat des esprits, tendit un piĂšge aux Français : quatre furent faits prisonniers et un cinquiĂšme tuĂ©. Le gĂ©nĂ©ral Desmichels lui Ă©crivit pour rĂ©clamer les soldats. Abd el-Kader refusa terminant sa rĂ©ponse par un dĂ©fi. Le gĂ©nĂ©ral Desmichels, aprĂšs le combat, fit renvoyer les femmes et les enfants des douars tombĂ©s aux mains des français.

Fatwa et DĂ©coupage administratif de l’État de l’émir Abd el-Kader

  • fetwa :
    • Abd El Kader qui obtint une fatwa des tribus des Chorafas dans la grande ZaouĂŻa Derkaouia Mahajia dans les environs d’Oran, seules Ă  mĂȘme de pouvoir lui rassembler quarante ImĂąms Ă  la tĂȘte de l’ordre Sidi Amer Lakehal Al Mahaji, dirigea le soulĂšvement contre la conquĂȘte coloniale française. D'oĂč le nom d'Al Mahaja "Les quarante chĂ©chias" ce qui veut dire les quarante (Goubbas).
  • L’Ɠuvre de l’émir :
    • L’Ɠuvre de l’émir Abd el-Kader commence en 1834 avec le traitĂ© signĂ© avec le gĂ©nĂ©ral Desmichels, mais se poursuit plus activement aprĂšs mai 1837, lorsque le TraitĂ© de Tafna reconnaĂźt son titre d’Émir et son autoritĂ© sur la majeure partie des provinces d’Alger et d’Oran. Abd el-Kader ne se borne pas Ă  rassembler des terres, Ă  grouper des territoires pour asseoir sa puissance politique, il va les unifier administrativement dans un sens Ă©galitaire et populaire pour unir les populations contre les Français, Ă  l’automne 1839, l’Ɠuvre de regroupement territorial est achevĂ©e, les Français sont regroupĂ©s dans Oran, Alger et une partie du beylik de Constantine. L’Émir a assis son autoritĂ© sur les 2/3 de l’AlgĂ©rie du nord, de Bougie Ă  Tlemcen, d’Ain El-Mahdi Ă  TĂ©nĂšs. L’émir Abd el-Kader s’appuie sur des villes forteresses, Ă©difiĂ©es comme centre de gouvernement. Les tribus en bordure de la cĂŽte, sortes d’avant-postes, s’appuient sur une premiĂšre ligne de la villes de l’intĂ©rieur, Tlemcen, Mascara, Meliana, MĂ©dĂ©a.
    • Une deuxiĂšme ligne de citadelles, crĂ©Ă©e de toutes piĂšces, et d’anciens bastions fortifiĂ©s Ă  la limite du Tell et des hautes plaines, permettent de contrĂŽler le Sud. Sebdou, Saida, Tagdempt prĂ©s de Tiaret, centre Ă©conomique et stratĂ©gique (fabrique et dĂ©pĂŽts d’armes), Taza, Boghari, Belkheroub et Biskra. La chute des villes en 1841-1842 rompra toute cette forte organisation Ă©tatique pour rĂ©duire l’émir Abd el-Kader Ă  la condition d’un empereur nomade.

Traité avec les Français

Lorsqu'aprĂšs cette sortie les marchĂ©s d'Oran se furent un peu approvisionnĂ©s, le gĂ©nĂ©ral Desmichels Ă©crivit de nouveau Ă  Abd el-Kader pour lui demander une entrevue que l'Ă©mir refusa pour marquer son rang souverain, au-dessus des gĂ©nĂ©raux français (il ne daigna accorder la faveur d'une entrevue qu'au marĂ©chal Bugeaud, au gĂ©nĂ©ral de LamoriciĂšre et au duc d'Aumale). Abd el-Kader rĂ©pondit Ă  la lettre du gĂ©nĂ©ral Desmichels que l'Islam lui dĂ©fendait de se soumettre aux envahisseurs, mais qu'il lui permettait d'accepter une paix si elle lui Ă©tait proposĂ©e. Il sentait alors le besoin de cesser les hostilitĂ©s contre les Français, et malgrĂ© les revers que ces derniers Ă©prouvĂšrent prĂšs d'Oran, dans un lieu nommĂ© Dar-el-Bidah (« Maison blanche Â»), il continua les nĂ©gociations entamĂ©es, en engageant son agha, Mouloud ben Arrach et le caĂŻd Ouled Mahmoud, pour s'entendre en dehors d'Oran, avec le sĂ©farade MandoukaĂŻ Amar, sur les bases d'un traitĂ© de paix qui allait ĂȘtre passĂ© entre la France et les algĂ©riens. Abd el-Kader insistait pour avoir Mostaganem, mais se voyant refuser sur ce point, il demanda Arzew, oĂč il parvint Ă  Ă©tablir de fait son autoritĂ© sans l'accord des Français.

Ils arrivĂšrent Ă  un accord sur les trois dispositions suivantes du traitĂ© :

  1. Soumission des Arabes Ă  la France ;
  2. LibertĂ© du commerce pleine et entiĂšre ;
  3. Remise immédiate des prisonniers.

Les nĂ©gociateurs d'Abd el-Kader (civils et militaires de la province), amendĂšrent avec habiletĂ© une partie des conditions posĂ©es par les Français Ă  Abd el-Kader et le traitĂ© fut signĂ© le 24 fĂ©vrier 1834.

RĂ©voltes contre Abd el-Kader

  • TraitĂ© du camp des Figuiers Valmy (El Kerma) :
    • L'autoritĂ© d'Abd el-Kader fut alors remise en cause par des tribus liĂ©es au pillage : les aghas Benaouda Mazari, chef des Zmalas, et Mustapha ben Ismael, chef des Douars qui avait Ă©tĂ© agha avant la conquĂȘte, ne voulaient pas se soumettre Ă  quelqu'un qu'elles considĂ©raient comme un usurpateur. Ils se joignirent Ă  un autre chef, l'agha Kadour Ben El-Morsly, placĂ© Ă  la tĂȘte des Bordja et chef des Beni AĂąmer (Nomade), une des plus populeuses tribus de la province qui refusaient de continuer Ă  payer zakĂąt (l’achour), allĂ©guant que la cessation de la guerre rendait cet impĂŽt inutile, et qu'ils ne reconnaissaient pas pour leurs maĂźtres les infidĂšles et leurs alliĂ©s.
    • Abd el-Kader rassembla au plus vite ses cavaliers dans les environs de Mascara et surprit plusieurs villes laissĂ©es sans dĂ©fense. Mais il eut l'imprudence d'Ă©tablir son camp sur la lisiĂšre de la forĂȘt de ZĂ©toul, dans le pays des rebelles. Au milieu de la nuit, les Douars mirent en fuite une partie de ses troupes, enlevĂšrent son camp au galop, et le forcĂšrent Ă  rentrer presque seul Ă  Mascara. À cette nouvelle, Sidi el-Arubi leva l'Ă©tendard de la rĂ©volte, les autres chefs des mĂ©contents imitĂšrent son exemple, et Abd el-Kader se vit entourĂ© d'ennemis.
    • Au lieu de profiter de ces divisions, les Français intervinrent contre les rĂ©voltĂ©s de sorte qu'ils rendirent Abd el-Kader plus puissant aprĂšs cet Ă©chec qu'il ne l'Ă©tait auparavant. Mustapha ben Ismael, Benaouda Mazari et Kadour Ben El-Morsly, instigateurs de l'insurrection, avaient pourtant Ă©crit aux gĂ©nĂ©raux ThĂ©ophile Voirol et Louis Alexis Desmichels qu'ils s'engageaient au nom des tribus insurgĂ©es Ă  se reconnaĂźtre sujets de la Français, Ă  renverser Abd el-Kader et Ă  amener la soumission des troupes de l'Ă©mir. Mais le gĂ©nĂ©ral Louis Alexis Desmichels, prĂ©fĂ©ra protĂ©ger Abd el-Kader.
    • Soutenu par les Français et maĂźtre de la vaste province d'Oran, depuis le Chlef jusqu'Ă  l'empire du Maroc, il suivit l'exemple du pacha d'Égypte, dont il avait Ă©tudiĂ© la politique, et, s'appuyant sur la dĂ©fense faite aux musulmans de traiter directement avec les chrĂ©tiens, il se constitua le nĂ©gociant de ses États puis s'opposa Ă  ce que les Français puissent visiter Tlemcen, sous prĂ©texte que les Arabes et les juifs n'aimaient pas Ă  voir des Ă©trangers chez eux. BientĂŽt, il forma le projet de s'emparer de deux provinces de l'est et du centre, et constituer un État maure sur les hauts plateaux et de laisser aux Français la cĂŽte algĂ©rienne. Il prit un moyen dĂ©tournĂ© pour arriver Ă  son but : il Ă©crivit que, grĂące Ă  lui, toute la province d'Oran Ă©tait maintenant pacifiĂ©e, que l'Est commençait Ă  s'agiter, mais qu'il engageait les gĂ©nĂ©raux Français Ă  ne point s'y rendre, qu'il se chargeait de faire rentrer lui-mĂȘme les tribus insurgĂ©es dans la soumission. Mais le gĂ©nĂ©ral ThĂ©ophile Voirol refusa ces propositions.
    • L'attitude d'Abd el-Kader inquiĂ©ta une secte de fanatiques, qui fit Ă©clater une rĂ©volte contre Abd el-Kader, en prĂȘchant la guerre sainte, avec Ă  leur tĂȘte d'importants personnages, entre autres, le frĂšre d'Abd el-Kader, Sidi Mustapha, ancien caĂŻd des Flittas. Les Français prirent encore parti pour celui-ci et l'armĂ©e de l'Ă©mir parvint Ă  vite mater la rĂ©volte.
    • Abd el-Kader cherchait depuis longtemps Ă  sortir de sa province, un incident lui en donna l'occasion. Un chĂ©liff nommĂ© Hadji Mouça prĂ©tendait avoir trouvĂ© le moyen d'empĂȘcher les canons et les fusils des infidĂšles de partir. Mouça, Ă  la tĂȘte d'importantes troupes, s'empara de MĂ©dĂ©a et de Miliana, mais Abd el-Kader l'attaqua et le dĂ©fit entiĂšrement.
    • L'Ă©mir, en passant le ChĂ©liff, avait violĂ© les conventions. NĂ©anmoins, vu le service qu'il venait de rendre, les Français lui laissĂšrent Ă©tablir Hadj-el-S'ahit khalifet de Medeah, et rĂ©clamer zakĂąt (« dĂźme Â»). Seulement, le comte d'Erlon, gouverneur gĂ©nĂ©ral, envoya auprĂšs de l'Ă©mir un officier d'Ă©tat-major chargĂ© de le tenir au courant de toutes les entreprises. L'officier, ne comprenant pas l'arabe, ne faisait guĂšre de tort Ă  Abd el-Kader, qui lui donnait facilement le change.
    • Le remplacement du gĂ©nĂ©ral Desmichels par le gĂ©nĂ©ral TrĂ©zel fut le commencement des hostilitĂ©s. Le premier soin du nouveau gouverneur fut de travailler Ă  dĂ©tacher les tribus les plus puissantes de la cause de l'Ă©mir. Les Douairs et les Zmala se dĂ©clarĂšrent sujets de la France, sous la condition d'une protection efficace.
    • Le comte d'Erlon refusa de sanctionner cette mesure, et Abd el-Kader, instruit des dissensions qui existaient entre les gĂ©nĂ©raux, persĂ©cuta les tribus soumises : celles-ci s'adressent au gĂ©nĂ©ral TrĂ©zel, qui leur aurait alors rĂ©pondu : « la parole d'un gĂ©nĂ©ral français est sacrĂ©e ; dans une heure, je serai au milieu de vous Â». Et sans hĂ©siter, il sort d'Oran Ă  la tĂȘte de deux mille hommes bien armĂ©s, le 26 juin 1835. Il livre dans la forĂȘt de Mousa-IsmaĂ«l un brillant combat, oĂč le colonel Oudinot trouva la mort. Mais les Français perdirent la bataille et prĂšs de 800 hommes dont 15 officiers.
    • À la fin de 1835, le marĂ©chal Bertrand Clauzel marcha sur Mascara Ă  la tĂȘte de onze mille hommes. Le duc d'OrlĂ©ans se distingua par sa bravoure dans cette expĂ©dition. Les troupes de l'Ă©mir, battues au Sig, Ă  Abra, Ă  Tafna, Ă  Idbar, se dispersĂšrent et le laissĂšrent presque seul.

Le traité de la Tafna

Abd el-Kader ne tarda pas Ă  se faire de nouveaux partisans et Ă  rappeler Ă  lui les tribus qui l'avaient abandonnĂ©. Ayant appris le peu de succĂšs de la premiĂšre expĂ©dition de Constantine menĂ©e par les Français, il crut le moment propice pour commencer les hostilitĂ©s dans la province d'Oran. Il sut bientĂŽt que le gĂ©nĂ©ral Bugeaud devait marcher contre lui ; mais ce gĂ©nĂ©ral, Ă©prouvant quelques difficultĂ©s dans les moyens de transport, et voulant restreindre les hostilitĂ©s Ă  la province de Constantine qui allait ĂȘtre le thĂ©Ăątre d'une seconde expĂ©dition, fit en 1837 avec l'Ă©mir le traitĂ© de Tafna, qui sera par la suite source de malentendus. Les critiques experts dirent que cette convention rendait l'Ă©mir maĂźtre de l'ancienne rĂ©gence d'Alger, moins la province de Constantine, que dans chacun des articles on le traite d'Ă©gal Ă  Ă©gal, et on reconnaĂźt sa souverainetĂ© indĂ©pendante, que la convention n'a aucune garantie, puisqu'elle repose uniquement sur le caractĂšre moral et religieux d'Abd el-Kader, etc.

AprĂšs l'Ă©change du traitĂ©, le gĂ©nĂ©ral Bugeaud fit proposer une entrevue Ă  l'Ă©mir pour le lendemain. Le rendez-vous Ă©tait Ă  neuf heures du matin, prĂšs de Tafna. Le gĂ©nĂ©ral y fut Ă  neuf heures, accompagnĂ© de six bataillons d'infanterie, de dix escadrons de cavalerie et de quelques piĂšces de campagne. L'Ă©mir n'y vint pas Ă  l'heure convenue. Vers deux heures, des cavaliers arabes annoncĂšrent qu'il avait Ă©tĂ© malade et marchait lentement. Les Français marchĂšrent sans dĂ©fiance plus d'une heure dans le dĂ©tour d'une gorge Ă©troite, entrecoupĂ©e de collines. Enfin le gĂ©nĂ©ral aperçut l'escorte de l'Ă©mir, rangĂ©e en bon ordre sur des mamelons Ă©pars. La maladie de l'Ă©mir Ă©tait feinte, et le gĂ©nĂ©ral français avait l'air d'ĂȘtre venu pour lui rendre hommage. Les officiers de l'escorte eurent quelques moments d'hĂ©sitation, se croyant dans un guet-apens; Bou-Amedy, chef de la tribu des Oulanahs, qui marchait au milieu d'eux, s'en aperçut et dit au gĂ©nĂ©ral Bugeaud : « Sois tranquille, n'aie pas peur. — Je n'ai peur de rien, rĂ©pondit le gĂ©nĂ©ral, je suis accoutumĂ© Ă  vous voir en face. Seulement je trouve indĂ©cent que ton chef m'ait fait venir de si loin et m'ait fait attendre si longtemps. Â». L'Ă©mir Ă©tait entourĂ© de 150 Ă  200 chefs, qu'il prĂ©cĂ©dait de quelques pas, guidant un cheval noir. DĂšs qu'il fut Ă  portĂ©e de voix, le gĂ©nĂ©ral Bugeaud lance son cheval au galop, et arrive sur l'Ă©mir en lui tendant cavaliĂšrement la main ; celui-ci la pressa fortement et lui demanda des nouvelles de sa santĂ©. « TrĂšs-bonne, et la tienne ? Â» rĂ©pondit le gĂ©nĂ©ral, qui met pied Ă  terre, engageant Abd el-Kader Ă  en faire autant. AprĂšs quelques minutes d'un entretien insignifiant : « As-tu ordonnĂ©, dit-il, de rĂ©tablir les relations commerciales Ă  Alger et autour de toutes nos villes ?

Non, je le ferai dĂšs que tu m'auras rendu Tlemcen.
Je ne puis le faire qu'avec l'approbation de mon roi.
Combien faut-il de temps pour avoir cette approbation ?
Il faut trois semaines.
C'est trop long, interrompit Ben-Arrach, lieutenant de l'Ă©mir, qui s'Ă©tait approchĂ© : dix Ă  quinze jours suffisent.
Est-ce que tu commandes Ă  la mer ? rĂ©pliqua Bugeaud.
Nous attendrons jusqu'Ă  ce jour, dit l'Ă©mir.
Tu ne fais tort qu'aux tiens, rĂ©pliqua Bugeaud, en les privant du commerce dont ils ont besoin. Quant Ă  nous, nous pouvons nous en passer, puisque nous recevons par la mer tout ce qui nous est nĂ©cessaire. Â»

Ainsi se serait terminée cette entrevue qui fut sans résultat, car elle avait été sans but.

Par cette convention, la France reconnaissait son autoritĂ© sur l'ensemble du beilik de l'ouest (sauf Oran, Arzew, Mostaganem et Mazagran), sur le beilik du Titteri et sur la province d'Alger (Ă  l'exception d'Alger, de Blida ainsi que de la plaine de la Mitidja et du Sahel algĂ©rois). Dans ces territoires, les deux tiers de l'AlgĂ©rie, Abd el-Kader s'efforce d'organiser un État indĂ©pendant et souverain, sur une base religieuse.

Reprise de la guerre avec la France

L'expĂ©dition des « Portes de fer Â», en pays kabyle

Le 5 mai 1839, il demanda et obtint l'appui du sultan du Maroc, ainsi que la concession du territoire situĂ© entre Oujda et Tafna. Il voulut annexer le Constantinois en y nommant un « khalifa Â». En rĂ©action, la France organisa l'expĂ©dition des « Portes de Fer Â» en octobre 1839, expĂ©dition qui fut considĂ©rĂ©e comme une violation du traitĂ© de Tafna. À partir de ce moment, la guerre reprit avec violence. Au mois d'octobre, dans l'ouest de la Mitidja, l'Ă©mir prend en embuscade le commandant Raffet et une centaine de soldats français ; ces derniers marchent contre lui et reprennent Cherchell, Mildah, Miliana, etc.

Gouvernement du maréchal Bugeaud

Le tournant de la guerre fut la nomination du marĂ©chal Bugeaud comme gouverneur gĂ©nĂ©ral de l'AlgĂ©rie en 1842. Celui-ci changea complĂštement de tactique de l'armĂ©e française, aidĂ©e de nombreuses troupes composĂ©es d'AlgĂ©riens : troupes rĂ©guliĂšres (zouaves et spahis) et corps irrĂ©guliers (les goums). Il harcela les troupes d'Abd el-Kader, en cherchant Ă  les couper de leur base. L'Ă©mir fut refoulĂ© sur les hauts plateaux steppiques avec sa smala, capitale ambulante estimĂ©e Ă  30 000 personnes. Abd el-Kader essuya un grave revers le 16 mai 1843, avec la prise de la smala par le duc d'Aumale dans la rĂ©gion de Boghar. Il rassembla le reste de ses troupes, sous le nom de dĂ©ĂŻra, et se tourna vers le sultan du Maroc. Celui-ci, qui avait des visĂ©es sur l'ouest algĂ©rien, intervint mais fut dĂ©fait Ă  la bataille de l'Isly (oued prĂšs d'Oujda) le 14 aoĂ»t 1844. Dans le traitĂ© de Tanger du 10 septembre 1844, il fut convenu qu'Abd el-Kader serait mis hors la loi aussi bien en AlgĂ©rie que dans le Maroc. Il dĂ©limita en outre la frontiĂšre entre les deux pays. Les Français n'avaient pas oubliĂ© le guet-apens de Sidi-Brahim, oĂč leurs soldats, commandĂ©s par le colonel Montagnac, furent Ă©gorgĂ©s sans pitiĂ© par les troupes de l'Ă©mir.

En 1845, beaucoup de tribus des hauts-plateaux s'Ă©taient soumises aux Français. L'Émir tenta de les rĂ©primer ; le Goum des Ouled Nail, sous le commandement de Si ChĂ©rif Bel Lahrech qu'Abd El-kader avait nommĂ© khalifa, prit part Ă  ces opĂ©rations. Cherchant des alliances, il alla ensuite en Kabylie, nouveau bastion de la rĂ©sistance Ă  l'armĂ©e française, oĂč il participa Ă  deux combats contre les Français en fĂ©vrier 1846. L'Émir sillonna ensuite la rĂ©gion de Djelfa, plus au sud, poursuivi par les Français, mais aidĂ© par la population. Des combats eurent lieu Ă  Ain Kahla, Ă  Zenina et Ă  l'oued Boukahil. Abd el-Kader tenta de relancer la rĂ©volte en 1847, mais Ă©chouant finalement Ă  rallier les tribus kabyles pour faire cause commune, il dut se rĂ©fugier au Maroc. Le gĂ©nĂ©ral de LamoriciĂšre apprit qu'Abd el-Kader, refusant de se rendre au sultan du Maroc, s'Ă©tait entendu avec ses principaux officiers, les fonctionnaires de la cour de FĂšs, pour tenter une derniĂšre fois la fortune. Le 13 septembre, un ex-brigadier du 2° chasseurs d'Afrique qui s'Ă©tait Ă©chappĂ© de la DeĂŻra, accourut annoncer au gĂ©nĂ©ral que l'Ă©mir voulait livrer encore un combat avant de se retirer vers le Sud avec ceux qui voudront l'y suivre.

La défaite

Le 21 dĂ©cembre 1847, les troupes de l'Ă©mir Abd el-Kader quittĂšrent le Maroc, en passant la riviĂšre Kiss, sous la direction de l'Ă©mir seul Ă  cheval, et entrĂšrent sur le territoire de l'ex-rĂ©gence. Le gĂ©nĂ©ral LamoriciĂšre, prĂ©venu Ă  temps, envoya sur son passage deux dĂ©tachements de vingt spahis, en burnous blancs, commandĂ©s par les lieutenants Bou-KrauĂŻa et Brahim et se porta sur la frontiĂšre; il y reçut avec Bou-KrauĂŻa des hommes envoyĂ©s d'Abd el-Kader, chargĂ©s de porter sa demande d'aman («assurance/protection/sauf conduit») pour lui et ceux qui l'accompagnaient (une feuille de papier avec son cachet, car le vent, la pluie et la nuit l'avaient empĂȘchĂ© d'y rien Ă©crire). Le gĂ©nĂ©ral remit aux envoyĂ©s son sabre et le cachet du commandant Bazaine, en leur donnant verbalement la promesse de l'aman le plus solennel (il ne pouvait pas Ă©crire non plus). Abd el-Kader renvoya ses deux officiers et le lieutenant Bou-KrauĂŻa avec une lettre dans laquelle il nĂ©gociait la condition d'ĂȘtre conduit Ă  Alexandrie ou Ă  Saint-Jean-d'Acre. Le gĂ©nĂ©ral LamoriciĂšre y consentit par Ă©crit.

Le rendez-vous fut fixĂ© le 23 dĂ©cembre 1847 sous un arbre qui existe toujours (les Français y ont mis une plaque). L’émir fit la priĂšre d’e-Asr Ă  Sidi-Brahim, Ă  5 km de l’endroit oĂč a Ă©tĂ© signĂ© l’armistice (Sidi Tahar), puis passa la nuit Ă  Ghazaouet. Le 24 dĂ©cembre, Abd el-Kader fut reçu par les gĂ©nĂ©raux LamoriciĂšre et Cavaignac et par le colonel Montauban, au marabout de Sidi-Brahim, thĂ©Ăątre de ses victoires. On l'amena ensuite Ă  Nemours (Dgemma-Ghazouat) devant le duc d'Aumale. Le prince ratifia la parole donnĂ©e par le gĂ©nĂ©ral LamoriciĂšre, en exprimant l'espoir que le roi lui donnerait sa sanction. Le gouverneur gĂ©nĂ©ral annonça Ă  l'Ă©mir qu'il le ferait embarquer le lendemain pour Oran, avec sa famille ; l'Ă©mir s'y soumit sans Ă©motion et sans rĂ©pugnance. Avant de quitter le prince, Abd el-Kader lui envoya un cheval de soumission, pour consacrer sa vassalitĂ© et sa reddition.

Prisonnier en France

L'Ă©mir insista pour quitter Oran le plus tĂŽt possible. On lui offrit de partir immĂ©diatement sur la frĂ©gate Ă  vapeur l'AsmodĂ©e, ce qu'il accepta. Le navire quitta Oran en emportant l'Ă©mir et sa suite, composĂ©e de 61 hommes, de 21 femmes et de 15 enfants des deux sexes, en tout 97 personnes dont sa famille (sa mĂšre, ĂągĂ©e, deux de ses beaux-frĂšres, ses trois femmes et ses deux fils, dont le plus jeune avait huit ans). La traversĂ©e fut mauvaise et les captifs furent trĂšs fatiguĂ©s. ArrivĂ© Ă  Toulon, Abd el-Kader fut dĂ©posĂ© au Lazaret, puis transfĂ©rĂ© au fort Lamalgue. Dans la diligence qui le conduisait de SĂšte Ă  Pau, l'Ă©mir vit: « ces plaines verdoyantes, ces vergers, ces forĂȘts, ces fleuves et ces riviĂšres ; tant d'abondance ! Quel besoin ont les Français d'occuper mon Pays, de sable et de rochers ? Â»[12]. Il sĂ©journa au chĂąteau de Pau, sans sortir de ses appartements d'un chĂąteau fraĂźchement rĂ©novĂ©, refusant la promenade et ne quittant sa Smala que le soir pour aller dormir dans le donjon FĂ©bus. « Je suis en deuil et un Arabe en deuil ne quitte pas sa tente ; je suis en deuil de ma LibertĂ©, je ne quitterai donc pas ma chambre Â». L'image romanesque du grand chef vaincu, du patriote inflexible, attirait les curieux en quĂȘte d'un frisson romanesque. Abd el-Kader ne refusait pas les visites, bien au contraire. Au cours de ces entretiens, il ne cesse de rappeler Ă  la France son manque de parole et d'en souligner la gravitĂ©. TrĂšs vite, l'image du chef de guerre exotique cĂšde le pas Ă  celle d'un hĂŽte aimĂ©, rĂ©vĂ©rĂ©. Au moment de partir pour Amboise, le 3 novembre 1848, l'Ă©mir se retourne et dĂ©clare : « En quittant Pau, je laisse un morceau de mon cƓur Â».

La parole de la France n'est pas tenue par les régimes et les gouvernements successifs. L'émir est retenu en captivité pendant cinq années. DÚs son accession à la Présidence de la République, Louis-Napoléon Bonaparte songe à le libérer. En janvier 1849 il organise une réunion au Palais de Saint-Cloud, le maréchal Bugeaud est présent, mais les difficultés du nouveau président avec la Chambre et son Ministre de la Guerre lui font remettre à plus tard ce qu'il considÚre comme une affaire d'honneur.

Selon Michel Levallois, l’InterprĂšte militaire Ismayl Urbain fut « l'inspirateur de la politique du Royaume arabe de NapolĂ©on III, [sa route] a croisĂ© et accompagnĂ© celle de l'Ă©mir Abd el-Kader. Il fut de la Prise de la smala d'Abd el-Kader par le duc d'Aumale (16 mai 1843), il eut la responsabilitĂ© de la dĂ©tention de l'Ă©mir en France, il lui rendit visite Ă  Amboise, il l'accompagna Ă  Paris lors de ses visites de 1853 et 1865 Â»[13].

La libération

Abd-El-Kader Ă  Damas, portant le grand cordon de la LĂ©gion d'honneur, 1860.


Au retour d'une tournĂ©e en France 16 octobre 1852, le futur NapolĂ©on III vient annoncer solennellement sa libertĂ© Ă  l'Ă©mir. AprĂšs avoir fait serment, de ne plus perturber les opĂ©rations françaises en AlgĂ©rie (dĂ©cembre 1852), Abd El Kader part pour Brousse puis Damas. Il y enseigne la thĂ©ologie Ă  la mosquĂ©e des Omeyyades. En juillet 1860, les troubles confessionnels du Mont Liban se sont Ă©tendues Ă  Damas. Des musulmans et des druzes attaquent les quartiers chrĂ©tiens, tuant plus de trois mille habitants. L'Ă©mir intervient pour arrĂȘter le massacre et protĂšge au pĂ©ril de sa vie la communautĂ© des quinze mille chrĂ©tiens de Damas et les EuropĂ©ens qui y vivaient, grĂące Ă  son influence auprĂšs des dignitaires de la ville. Il reçut la grand-croix de la LĂ©gion d'honneur et d'autres marques de reconnaissance venant du monde entier (notamment du pape, du tsar de Russie, etc.). En 1869, il participa aux festivitĂ©s de l'inauguration du canal de Suez aux cĂŽtĂ©s de l'impĂ©ratrice EugĂ©nie.

L'émir au centre lors du conflit entre chrétiens et musulmans en 1860

Il consacre le reste de sa vie Ă  des Ɠuvres de bienfaisances, Ă  l'Ă©tude des textes scientifiques et sacrĂ©s et Ă  la mĂ©ditation jusqu'Ă  sa mort Ă  Damas. Il respecta toujours la parole qu'il a donnĂ© de ne pas revenir en AlgĂ©rie. Son fils et surtout son petit-fils, l'Ă©mir Khaled revint en AlgĂ©rie. Khaled commença une carriĂšre de soldat français, puis entama une carriĂšre politique et milita activement pour l'indĂ©pendance de son pays, parmi les premiers opposants politiques. Les cendres d'Abdel El-Kader furent rĂ©cupĂ©rĂ©es en 1965 et se trouvent aujourd'hui au cimetiĂšre d'El-Alia Ă  Alger. Ce transfert des cendres Ă  Alger a Ă©tĂ© discutĂ©, car Abd el-Kader avait clairement souhaitĂ© ĂȘtre inhumĂ© Ă  Damas auprĂšs de son maĂźtre Ibn Arabi[14].

Une mémoire controversée

Vu de France, un chef indigÚne modÚle et tolérant

Pour la France coloniale de Louis-Philippe et surtout NapolĂ©on III, l'« Ami des Français Â», comme aimaient Ă  le qualifier les EuropĂ©ens, fut le modĂšle de « l'indigĂšne Â» Ă©clairĂ© et cultivĂ©. Pour l'avoir combattu avec honneur, il fut respectĂ© mĂȘme par ses propres ennemis. Il a Ă©changĂ© une trĂšs prolifique correspondance avec des Français, dont la contribution apportĂ©e au livre du gĂ©nĂ©ral Daumas sur le cheval. UltĂ©rieurement, on souligna son intervention en faveur des chrĂ©tiens du Proche Orient.

Cette vision insistant sur la tolĂ©rance est sensible dans la relation entre l'Ă©mir et Monseigneur Dupuch, Ă©vĂȘque d'Alger. Leur relation montre un esprit ouvert et tolĂ©rant dans une Ă©poque pourtant difficile. Monseigneur Dupuch lui rendit visite lors de son emprisonnement Ă  Pau et Ă  Amboise et fit de nombreuses dĂ©marches pour le faire libĂ©rer, conformĂ©ment aux engagements de la France.[rĂ©f. nĂ©cessaire] Le roman publiĂ© par un Ă©crivain algĂ©rien, Waciny Laredj[15] Ă©voque cet aspect.

Se pose aussi la question de son appartenance à la franc-maçonnerie. Il semble, en effet, qu'il ait adhéré à la loge Henri IV du Grand Orient. Il existe un échange de correspondances qui paraissent établir cette adhésion, dont le Grand Orient actuel se réclame[16]. Certains Algériens contestent le fait et estiment que les lettres de l'émir doivent s'analyser comme l'expression de la curiosité intellectuelle de l'émir, et non pas comme la preuve d'une adhésion.

Vu d'Algérie, un mystique et un combattant inflexible et trahi

L'Ă©mir est aussi considĂ©rĂ© en AlgĂ©rie comme le pĂšre de la nation, hĂ©ros trahi qui ne s'est rendu que pour prĂ©server les AlgĂ©riens d'un combat inĂ©gal et perdu d'avance. En AlgĂ©rie, depuis quelques annĂ©es, la figure du hĂ©ros national s'est enrichie et les AlgĂ©riens, grĂące Ă  toute une littĂ©rature mystique dĂ©couvrent la dimension soufie du rĂ©sistant Ă  la conquĂȘte française. Chef militaire et communautaire, Abd el-Kader est dĂ©crit comme le concepteur de la capitale mobile : la Smala et surtout comme l'un des plus grands mystiques du XIXe siĂšcle, qui a laissĂ© un ouvrage d'une profondeur rare sur son propre cheminement intĂ©rieur : le livre des Haltes, Kitab al-Mawaqif. RenĂ© GuĂ©non reconnait en lui bien plus qu'un simple chef de guerre, mĂ» par des principes d'un tout autre ordre, et un personnage d'une Ă©minente stature akbharienne dans l'ordre du Tassawuf.

Le professeur Boutaleb Chamyl[17] conteste l'image d'un accord et dĂ©nonce "la trahison par l'occupant français". La nĂ©gociation antĂ©rieure Ă  l'armistice [18] avec le gĂ©nĂ©ral LamoriciĂšre montre que les quatre conditions posĂ©es par l'Émir pour l’arrĂȘt des hostilitĂ©s Ă©taient acceptĂ©es (dĂ©part Ă  Alexandrie ou Ă  Saint-Jean-d'Acre, sort rĂ©servĂ© Ă  son lieutenant et bras droit Bouhmidi, possibilitĂ© pour ses partisans de le suivre, enfin possibilitĂ© pour les expatriĂ©s d'emporter leurs biens). La disproportion des forces faisait convenir aux hommes de l'Ă©mir qu'ils ne pouvaient pas battre la France, premiĂšre puissance militaire du moment: le Maroc avait massĂ© 155 000 hommes contre eux, en plus des 125 000 français. Abd El Kader n'avait que 1 200 hommes pour continuer une lutte qui visait Ă  provoquer dans la mĂ©moire collective un esprit de rĂ©sistance. Le gĂ©nĂ©ral de Neveu informa ses chefs que la tactique de l'Ă©mir Ă©tait d’aller vers l’usure, et Ă©crivit au duc d'Aumale, gouverneur d'AlgĂ©rie, fils du roi des Français, qu'il avait acceptĂ© les conditions posĂ©es par l'Ă©mir et donc qu'il lui avait promis qu'il pouvait partir Ă  Saint-Jean-d'Acre. La rĂ©action de louis Philippe, heureux de la fin de la guerre, contrasta avec celle de son ministre de la guerre le marĂ©chal Guizot qui lui aurait rĂ©pondu : « Sire, vous ne l’avez pas tuĂ©, vous ne l’avez pas capturĂ© et il vient de remporter un armistice. C’est une dĂ©faite pour la France. Il faut le dĂ©tourner pour le faire venir en France et qu'on annonce qu’il s’est rendu Â». La lettre aurait alors Ă©tĂ© falsifiĂ©e: on aurait laissĂ© l'expression « s’est rendu Â» et effacĂ© « au rendez-vous Â» alors que « par Â» y aurait Ă©tĂ© remplacĂ© par « Ă  Â». Son bateau (le Solon, un caboteur pour Alexandrie) dĂ©tournĂ© Ă  Mers el-Kebir sous le fallacieux prĂ©texte d'un problĂšme technique, aurait Ă©tĂ© remplacĂ© par l’AsmodĂ©e, un transatlantique qui pouvait donc dĂ©barquer l'Ă©mir en France, Ă  Toulon. L'Ă©mir aurait compris qu’il venait d’ĂȘtre trahi : la France, pays des droits de l’Homme, aurait commis un parjure en l'emprisonnant et pour l’histoire, l’émir Abd el-Kader aurait fait l’objet d’une falsification.[19].

ƒuvre

  • L'Ă©mir a Ă©crit un livre dont le titre est Écrits spirituels, traduit de l’arabe au français par Michel Chodkiewicz, Ă©ditions du Seuil (Paris, 1982).
  • Selon la PrĂ©sidence algĂ©rienne, DhikrĂą al-ĂąqiI, traduit deux fois en 1856 et en 1977 par R. KhawAm et a pour titre lettre aux français rĂ©Ă©ditĂ© par Rahma, Alger.
  • AI-miqrĂ dh aI-hĂądd, Ă©dition Rahma, Alger. [20]
  • D'aprĂšs la PrĂ©sidence algĂ©rienne, AI-Sayra aI-dhĂ tiyya (autobiographie en arabe), Ă©dition Dar-al-Umma, Alger.
  • Selon la PrĂ©sidence, AI-mawĂąqif (mĂ©diations mystiques) Ă©dit, ENAG. 1996, Damas et Alger, 3 volumes

Les correspondances non éditées, selon El Mouradia.

Postérité

  • L'Ă©mir est considĂ©rĂ© par le FLN depuis 1962, comme le fondateur de l’État algĂ©rien moderne[21]. Il a dĂ©signĂ© un homme de couleur pour diriger les finances de l'État.
  • L'UniversitĂ© islamique et la mosquĂ©e de Constantine portent le nom de l'Ă©mir.
  • Une ville des États-Unis d'AmĂ©rique porte le nom de l'Ă©mir : Elkader dans l'Iowa.
  • La Maison de l’émir sera construite Ă  Alger [22].
  • Les billets des Dinar algĂ©rien sont gravĂ©s de l'image de l'Ă©mir.
  • Le film l'Émir Abdelkader est rĂ©alisĂ© par Mohamed Latreche [23].
  • La ZaouĂŻa de l’Émir Abdelkader Ă  El Guetna[24].
  • En France Ă  Paris, Ă  Lyon et au Mexique Ă  Mexico , des places portent son nom[25] , ActualitĂ© Annabi, source quotideint d'Oran .
  • Un timbre cĂ©lĂ©brant le bicentenaire de la naissance de l’émir Abdelkader, Ă©mis par la poste française, a fait une crise diplomatique entre l'AlgĂ©rie et la France Ă  cause de l'origine de l'Ă©mir[26].
  • Un colloque international s'est tenu sur la vie de l'Ă©mir en AlgĂ©rie dans le mois de mai 2008. Les chercheurs lui attribuent une contribution Ă  la conception des droits humains[27].
  • Un paquebot porta son nom.

Voir aussi

Khaled el-Hassani ben el-Hachemi (dit Ă©mir Khaled, petit-fils de l'Ă©mir Abd el Kader)

Notes et références

  1. ↑ L'Ă©mir Abd-el-Kader et la formation de la nation algĂ©rienne, Abdelkader Boutaleb, p. 283
  2. ↑ ÉlĂ©ments d'histoire culturelle algĂ©rienne, Abdelkader Djeghloul, p. 43
  3. ↑ AlgĂ©rie, Jacques Simon, p. 256
  4. ↑ Abd el-Kader, Écrits spirituels, textes traduits et commentĂ©s par Michel Chodkiewicz, Paris, Le Seuil, 2000, p. 23
  5. ↑ Rozet et Carette, L'Univers ou histoire et description de tous les peuples, Firmin Didot, 1850, p.193
  6. ↑ ComplĂ©ment de l'EncyclopĂ©die moderne, Firmin Didot, 1857, t.5, p.722
  7. ↑ SociĂ©tĂ© languedocienne de gĂ©ographie, UniversitĂ© de Montpellier. Institut de gĂ©ographie, Centre national de la recherche scientifique (France), publiĂ© par le secrĂ©tariat de la SociĂ©tĂ© languedocienne de gĂ©ographie, 1881. Notes sur l'article: v. 4, page 517
  8. ↑ Extraits de La vie d'Abd el-Kader de Charles-Henry Churchill (1re Ă©dition 1867), introduction, traduction et notes de Michel Habart, seconde Ă©dition, Alger, SNED, 1974. Chapitre I, 1807-1828
  9. ↑ ƒuvre de l'Ă©mir
  10. ↑ PrĂ©sentation
  11. ↑ AprĂšs la Mecque ils Ă©taient passĂ©s par Bagdad, au tombeau d'un cĂ©lĂšbre marabout Sidi Abd el-Kader el-Djilani (nommĂ© aussi el-Djilali en AlgĂ©rie), qui a des chapelles (koubbah) Ă  Alger et Ă  travers toute l'AlgĂ©rie
  12. ↑ « Abd el-Kader Â», Pau.fr, 22 mars 2007.
  13. ↑ Michel Levallois, IsmaĂżl Urbain (1812-1884): une autre conquĂȘte de l'AlgĂ©rie, Ă©d. Maisonneuve & Larose, 2001 ISBN 2-7068-1533-7
  14. ↑ Lire Ă  ce titre Le blanc de l'AlgĂ©rie d'Assia Djebar, Ă©d. Albin Michel, 1995.
  15. ↑ Le livre de l'Émir aux Ă©ditions Actes Sud en 2006 qui prend appui sur cette relation
  16. ↑ On peut se rĂ©fĂ©rer sur ce point aux annexes du petit livre publiĂ© par Bruno Étienne et François Pouillon: " Abd el-Kader : le Magnanime." Gallimard DĂ©couvertes 2003.
  17. ↑ prĂ©sident de la Fondation Émir-Abd-el-Kader et arriĂšre-petit-fils de l'Ă©mir, lors d'une confĂ©rence Ă  Hammam Bou Hadjar (AlgĂ©rie),
  18. ↑ 23 dĂ©cembre 1847 du cĂŽtĂ© de Ghazaouet Ă  Sidi Tahar Ă  5 km du lieu de la bataille de Sidi Brahim (23 au 26 septembre 1845)
  19. ↑ rJournal LibertĂ© AlgĂ©rie, 12 mars 2009
  20. ↑ El Mouradia
  21. ↑ FĂ©lix HouphouĂ«t et la CĂŽte-d'Ivoire : l'envers d'une lĂ©gende. Par Marcel Amondji. PubliĂ© par KARTHALA Editions, 1984 (ISBN 2-86537-104-2), pp. 252
  22. ↑ L'expression, R.C
  23. ↑ Les film d'ici
  24. ↑ El Waten, Par A. Souag
  25. ↑ Winrak, source El Moudjahid, 11-09-2008
  26. ↑ fdesouche, El Waten, Phil’Info
  27. ↑ La Tribune, journal presse algĂ©rienne

Source partielle

« Abd el-Kader Â», dans Charles MulliĂ©, Biographie des cĂ©lĂ©britĂ©s militaires des armĂ©es de terre et de mer de 1789 Ă  1850, 1852 [dĂ©tail de l’édition] (Wikisource)

Bibliographie

  • Abd el-Kader, Livre des haltes, traduction d'Abdallah Penot, Éditions Dervy, coll. L'ĂȘtre et l'esprit, mai 2008, (ISBN 2-84-454543-2)
  • Abd el-Kader, Écrits spirituels, textes traduits et commentĂ©s par Michel Chodkiewicz, Paris, Le Seuil, 1982 ; rĂ©Ă©d., Le Seuil, 2000, (ISBN 2-02-021882-8)
  • Abd el-Kader, Lettre aux français, traduction intĂ©grale sur les manuscrits originaux par RenĂ© R. Khawam, Paris, Édition PhĂ©bus, 1977, (ISBN 2-85940-007-9)
  • Ahmed Bouyerdene, Abd el-Kader, l'harmonie des contraires, Seuil, septembre 2008, (ISBN 2020965917)
  • Bruno Étienne, Abd el-Kader, Paris, Hachette, 1994, (ISBN 2-01-015833-4)
  • Bruno Étienne, Abd el-Kader : isthme des isthmes (Barzakh al-barazikh), Paris, Hachette LittĂ©ratures, 2004, (ISBN 2-01-279117-4)
  • Alexandre Bellemare, Abd el-Kader : sa vie politique et militaire, Paris, Hachette, 1863 ; rĂ©Ă©dition : Paris, Éditions BouchĂšne, 2003, BibliothĂšque d’histoire du Maghreb, (ISBN 2-912946-51-4)
  • Collectif, L'Ă©mir Abd el-Kader : L'Ă©popĂ©e de la sagesse, Éditions Zaki Bouzid, 2007, (ISBN 9-96-177107-9)

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  • Abd al-Kader — Saltar a navegaciĂłn, bĂșsqueda Abd al Qadir Obtenido de Abd al Kader 
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  • Abd el Kader — (ĂŒber die Bedeutung des Namens s. Abd), Sidi el Hadschi Abdel Ka der Uled Mahiddin, AraberhĂ€uptling, geb. 1807 in der Ghetna bei Mascara, gest. 26. Mai 1883 zu Damaskus. Als SprĂ¶ĂŸling einer Priesterfamilie (Marabuts), die ihren Stamm bis zu den… 
   Meyers Großes Konversations-Lexikon


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