Abbaye d'Aurillac

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Abbaye d'Aurillac
Abbaye d'Aurillac
Image illustrative de l'article Abbaye d'Aurillac
Présentation
Nom local Abbatiale Saint-Géraud
Culte Catholique romain
Type Abbatiale
Rattaché à Saint-Siège (dépendait directement du pape)
Début de la construction 885
Fin des travaux 916
Style(s) dominant(s) Roman
Protection Monument historique (1920)
Géographie
Pays Drapeau de France France
Région Auvergne
Département Cantal
Ville Aurillac
Coordonn√©es 44¬į 55‚Ä≤ 53‚Ä≥ N 2¬į 26‚Ä≤ 54‚Ä≥ E / 44.93138, 2.44820244¬į 55‚Ä≤ 53‚Ä≥ Nord
       2¬į 26‚Ä≤ 54‚Ä≥ Est
/ 44.93138, 2.448202
  

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Abbaye d'Aurillac

L'abbaye Saint-G√©raud d'Aurillac est une des plus anciennes abbayes b√©n√©dictines, √† l'origine de l'ordre de Cluny. Elle a √©t√© fond√©e vers 885[r√©f. n√©cessaire] en Auvergne (actuel d√©partement du Cantal) par le comte G√©raud d'Aurillac.

L'abbaye a √©t√© un centre intellectuel de premier plan au Moyen √āge, ayant par exemple form√© Gerbert d'Aurillac, tandis que la ville est une des premi√®res sauvet√©s.

Sommaire

Histoire

Fa√ßade romane de l'ancienne h√ītellerie de l'abbaye d'Aurillac, avec la vasque romanes en Serpentine.
Clocher de l'église saint-Géraud actuelle.

Fondation

Contexte : la France au d√©but du Xe si√®cle

La r√®gle de saint Beno√ģt n'est plus respect√©e √† la lettre. √Čcrite au VIe si√®cle, la r√®gle b√©n√©dictine pr√©voyait que les moines √©taient dirig√©s par un abb√© et qu'ils partagent leur temps entre la pri√®re et le travail manuel. Au d√©but du IXe si√®cle, Beno√ģt d'Aniane tente de la diffuser dans tous les monast√®res de l'empire carolingien. Mais le travail manuel est d√©laiss√© au profit de la pri√®re. Les la√Įcs nomment des abb√©s qui leur sont fid√®les et contr√īlent par l√† m√™me les domaines fonciers des √©tablissements r√©guliers.

Une abbaye bénédictine indépendante du pouvoir séculier

Géraud considérait que son domaine qui s'étendait entre les Monts-d'Auvergne, le Rouergue, Périgueux et Tulle était allodial et il ne voulut jamais rendre hommage à personne pour ses terres, sauf celle de Talizat parce que, nous explique Odon de Cluny, sa situation dans la Planèze hors des Montagnes d'Auvergne ne lui permettait pas d'en défendre lui-même les habitants. Vainement son cousin Guillaume, duc d'Aquitaine et comte d'Auvergne, lui-proposa-t-il de se recommander à lui et de bénéficier de sa protection.

D√®s qu'il eut donn√© tout son domaine √† l'abbaye qu'il fondait (vers 875), G√©raud se comporta comme s'il √©tait lui-m√™me le premier abb√© et il fit hommage au pape: il d√©clara tenir de lui toutes les terres, ch√Ęteaux et autres possessions, et, en signe de cela, il s'obligea √† payer au Saint-Si√®ge un cens annuel d'une maille d'or.

Géraud obtint aussi une charte de sauvegarde de Charles-le-Simple qui fut confirmée à Bourges en 914.

Il obtint aussi que son domaine soit libre et exempt de toute juridiction épiscopale et qu'il ne relève que du pape, ainsi qu'un évêque, raison pour laquelle l'abbé d'Aurillac était lui-même mitré et crossé.

Cette franchise et cette immunité seront renouvelés par plusieurs papes et plusieurs rois.

Odon de Cluny fut en 920, un bref temps abbé, mais il prit rapidement un co-abbé, Arnuffle. Tous deux installèrent à l'abbaye d'Aurillac les usages de Cluny, fondèrent une école de théologie, de grammaire et de musique qui resta renommées pendant plusieurs siècles. L'abbaye de Saint-Pons de Thomières fut repeuplée en 926 par Arnuffle qui y installa les usages clunisiens au nom d'Odon.

Ses successeurs achev√®rent son Ňďuvre : G√©rauld de Sainte-S√®ve termina la construction de la basilique ; Raymond de Vaur fonda une riche biblioth√®que et s'int√©ressa au chant gr√©gorien[1].

Construction de l'abbaye

On peut distinguer six √©tapes de construction de l'√©glise abbatiale :[2]

Aurillac 0

√Čglise Saint-Cl√©ment, ant√©rieure √† la fondation de l'abbaye et soit situ√©e au m√™me emplacement[3], soit situ√©e ailleurs[4].

Aurillac I

Triplet roman du transept de l'église Aurillac III (vers 1045).

C'est G√©raud d'Aurillac qui, en 885, jette les fondements de la nouvelle abbaye, d√©limite l'enceinte de son enclos dans la plaine qui est en contrebas du ch√Ęteau Saint-√Čtienne et de l'ancienne √©glise Saint-Cl√©ment o√Ļ ses parents √©taient enterr√©s, et qui, pendant dix-huit ans, fait b√Ętir la premi√®re √©glise abbatiale d√©dicac√©e en 916 ou 918 sous le vocable de Saint-Pierre et Saint-Paul, soit deux ans avant la mort de G√©raud.


Aurillac II

L'√©glise sera reconstruite plus grande par G√©raud de Saint-C√©r√©, cinqui√®me abb√©, et consacr√©e en 972 par √Čtienne, √©v√™que d'Auvergne, assist√© des √©v√™ques de P√©rigueux et de Cahors.

Aurillac III

Par Pierre de Cizières, treizième abbé de 1077 à 1107, consacrée par le pape Urbain II en 1095. À l'époque romane, le transept est orné de triplets, arcatures aveugles constituées d'un arc en mitre encadré de deux arcs en plein cintre.

Aurillac IV

Reconstruction au XVIe si√®cle. Destruction par les calvinistes.

Aurillac V

Nouvelle reconstruction au XVIIe si√®cle par Charles de Noailles, abb√© d'Aurillac en 1606, puis √©v√™que de Saint-Flour en 1610 (fin des travaux en 1643). La nef de l'√©glise ne comporte qu'une seule trav√©e.

Aurillac VI

La reconstruction de l'√©glise a √©t√© termin√©e dans la deuxi√®me moiti√© du XIXe si√®cle sur des plans de l'architecte Jules Lisch (architecte qui a reconstruit le ch√Ęteau Saint-√Čtienne) ou de Jean-Baptiste Lassus, selon les sources, en compl√©tant la nef avec trois trav√©es et un porche, et en reconstruisant √† neuf le clocher.

La ville : une territoire ind√©pendant du pouvoir politique

Après la consécration de la première église abbatiale en 916, Géraud d'Aurillac affranchit les cent premiers serfs (nombre maximum que permettait le droit romain), et délimite un vaste territoire entre quatre croix qu'il donne à tous ceux qui voudront s'y établir. Ce franc alleu, qui est à l'origine de la ville d'Aurillac, est une des premières sauvetés connues.

Géraud avait voulu l'affranchissement gracieux de tous les serfs de son domaine. Par la suite on ne trouvera jamais aucune trace de servage dans cette région.

Héraldique

Armoiries de l'abbaye.
Armoiries anciennes (jusqu'au XVe si√®cle).
Banni√®re de l'abbaye XIIe si√®cle.
Banni√®re de l'abbaye XIe si√®cle.
Banni√®re de l'abbaye XIe si√®cle.
Armoiries des comtes d'Auvergne XIIIe si√®cle.
Agneau divin portant la bannière de la rédemption, Philippe le Bel.

Le sceau de Jean d'Armagnac, 38e abb√© √©lu en 1465, √©tait un cercle de cuivre et faisait 18 centim√®tres de circonf√©rence. Il repr√©sente un dais gothique sous lequel deux g√©nies soutiennent l'√©cusson de saint G√©raud. Un peu plus bas, un ange aux ailes, entoure de ses bras les armoiries d'Armagnac, que surmonte une crosse dentel√©e. Un cierge allum√© br√Ľle de chaque c√īt√©. Tout autour se lit l'inscription : ¬ę Sigillum Johannis de Armanhaco pro ejus curia abbatiali Aureliaci ¬Ľ. On le tenait au moyen d'un anneau plat et ouvr√© qui, lorsqu'il n'√©tait plus soutenu, se penchait √† droite en roulant sur sa charni√®re[5].

Ses armes sont un √©cu ¬ę Parti d'or et de sinople, √† la bordure engr√©l√©e de l'un en l'autre. ¬Ľ Support: une mitre et une crosse marquant la souverainet√© spirituelle des abbayes chef d'ordre, une √©p√©e marquant la haute juridiction civile. Cri: ¬ę Orlhac, Orlhac, per Guiral et per l'abbat ! ¬Ľ

La bannière à ses armes serait à l'origine du blason de l'Auvergne.

Histoire de l'abbaye

Article connexe : Liste des abb√©s d'Aurillac.

Avec l'abbatiat d'Odon, Aurillac peut donc s'enorgueillir d'avoir été le prototype de celle de Cluny, et contribuer en même temps qu'elle à toutes les grandes entreprises de la Chrétienté, en particulier à la Reconquista et la Réforme grégorienne.

L'apogée (Xe - XIIIe siècles)

L'abbaye s'enrichit rapidement gr√Ęce aux immenses lib√©ralit√©s de Jean, le deuxi√®me abb√© qui √©tait de la famille de G√©raud, d'une comtesse Aldegarde, de plusieurs comtes de Toulouse et de Poitiers, et de nombreux autres seigneurs. Gr√Ęce aussi aux dons des fid√®les et des P√®lerins puisqu'elle √©tait un lieu de p√®lerinage sur la route de Rome par les Alpes et par Le Puy, et aussi vers la Catalogne et vers Saint-Jacques-de-Compostelle; elle avait b√Ęti le long de ces itin√©raires un r√©seau de prieur√©s qui servaient de relais aux voyageurs comme l'h√īpital Sainte-Marie-du-Mont, au col du Mont-C√©bro en Cerdagne.

D'apr√®s une bulle de Nicolas IV dat√©e de 1289, l'abbaye d'Aurillac poss√©dait plus de cent prieur√©s, devenus par la suite autant de paroisses, puis de commune, situ√©es dans dix-sept dioc√®ses diff√©rents. Leurs domaines produisant √† cette date plus de 80 000 livres de rente. Dans dioc√®se d'Agen, on trouve les prieur√©s de Montsempron, de Montalazat, de L√©dat, d'Almayrac, de Saint-Front, etc.. Dans celui de dioc√®se de Toulouse le prieur√© de Saint-Sulpice, le ch√Ęteau de Soliniac, les √©glises de Cambiac, de Varennes, Saint-Pierre-et-Saint-Paul-de-Toulouse, etc.

Un rayonnement culturel européen

L'abbaye, qui poss√©da tr√®s t√īt une biblioth√®que et un scriptorum, constitua un foyer intellectuel et culturel important d√®s le Xe si√®cle : on sait par la correspondance de Gerbert avec son ancien √©col√Ętre, qu'il procurait des manuscrits antiques √† son ancienne abbaye. On le sait aussi par le t√©moignage de Jean de Saliburry, √©v√™que de Charte qui mourut en 1181 lorsqu'il parle des moines de Luxeuil: ¬ę Ils sont les ma√ģtres, non seulement des hommes √©loquents, mais de l'√©loquence m√™me, car, (ils sont) √©gaux en plusieurs points aux moines d'Aurillac qui ont acquis une grande habilet√© et une longue pratique d'un grand nombre de sciences. ¬Ľ On trouve aussi dans l'Histoire litt√©raire de la France, volume VI, p. 23, que ¬ę Aurillac, monast√®re qui avait √©t√© fond√© √† la fin du si√®cle pr√©c√©dent par saint G√©raud, fut le principal berceau du renouvellement des lettres qui se fit au Xe si√®cle. ¬Ľ

Des h√ītes illustres

Ont s√©journ√© √† Aurillac :

La sécularisation (XVIe - XVIIe

L'abbaye conservait un temporel tr√®s important dont les revenus en nature s'√©taient √©rod√©s. La plupart des prieur√©s avaient √©t√© s√©cularis√©s pour devenir des paroisses. A l'√©poque moderne, √† Aurillac, comme dans beaucoup d'autres √©tablissements b√©n√©dictins, se produit une lente et imperceptible s√©cularisation avec l'abandon du dortoir et de la cl√īture rigoureuse, l'attribution de pr√©bendes.

La stricte application de la R√®gle b√©n√©dictine selon l'observance clunisienne s'att√©nua progressivement durant les derniers si√®cles du Moyen √āge comme chez les autres √©tablissements b√©n√©dictins.

Les abbés commendataires

√Ä partir du XVIe si√®cle, l'abbaye d'Aurillac entre dans un processus de s√©cularisation: √† partir d'une bulle du pape Pie IV dat√©e du 13 mai 1561, sous l'abbatiat de Martin de Beaune, chancelier de la reine Catherine de M√©dicis qui l'avait nomm√© contre l'avis des moines. Son fr√®re, qui √©tait un usurier devenu ministre des finances, sera destitu√© et condamn√© √† mort pour concussion. Les abb√©s commendataires, cessent d'√™tre √©lus par le chapitre et de r√©sider dans l'abbaye.

L'introduction de la commende c'est-à-dire la nomination d'un supérieur étranger à la communauté monastique et non résident, constitua une étape importante; le prieur commendataire, souvent nommé par le roi, touchait les revenus du monastère, mais n'était pas tenu d'y résider.

Destruction par les calvinistes

Peu apr√®s, sous l'abbatiat du cardinal Alo√Įsius Pisani, noble v√©nitien qui ne vint que pour son investiture, la ville d'Aurillac est attaqu√©e et prise le mardi 6 septembre 1569 par une bande calviniste qui instaure un v√©ritable r√©gime de terreur. √Čglise, couvent, palais abbatial, sculptures, tombes, tout fut impitoyablement d√©truit et incendi√©. Tous les m√©taux pr√©cieux sont fondus et emport√©s vers la Gen√®ve, tous les livres, manuscrits, archives de l'abbaye sont entass√©s sur la place et br√Ľl√©s. Au nom des princes de Navarre et de Cond√©, toutes les propri√©t√©s de l'abbaye : terres, b√Ętiments, droits, meubles, sont vendus √† l'encan pendant plusieurs jours au cours d'ench√®re publiques o√Ļ l'on voit des acheteurs √©trangers venir de partout. Pendant quatorze mois, les habitants de la ville sont ran√ßonn√©s, tortur√©s, voir assassin√©s, pour leur extorquer leur argent.

Aujourd'hui, il ne reste pas grand chose de l'ancien monast√®re : quelques pans de l'√©glise Saint-Pierre et Saint Paul incorpor√©s dans l'√©glise Saint-G√©raud, la fa√ßade romane de l'ancien h√īpital, quelques tours carr√©es qui participaient √† son syst√®me de d√©fense pour signaler par des feux l'arriv√©e d'ennemis.

Sources et références

Bibliographie

  • Chanoine Edouard Joubert, L'Abbaye b√©n√©dictine de Saint G√©raud d'Aurillac (894-1561), 1981, Aurillac, Imprimerie moderne,
  • Mgr Guillaume-Marie-Fr√©d√©ric Bouange, Histoire de l'abbaye d'Aurillac, pr√©c√©d√©e de la vie de saint G√©raud, son fondateur 894-1789. Suivi de notes et pi√®ces justificatives,
  • Revue de La Haute-Auvergne : 972-1972 - Aurillac (1er fascicule) juil-d√©c. 1972
  • Revue de La Haute-Auvergne : 972-1972 - Aurillac (2√®me fascicule) janv-juin 1973
  • Ren√© Monboisse, L'ordre f√©odal des Montagnes d'Auvergne du XII√® au XV√® si√®cle, Aurillac, 1966

Notes

  1. ‚ÜĎ J. Henri Pignot, Histoire de l'Ordre de Cluny depuis la fondation de l'abbaye jusqu'√† la mort de Pierre le V√©n√©rable, tome I, Autun, 1868, consultable sur Gallica
  2. ‚ÜĎ Pierre Moulier, Pascale Moulier, √Čglises romanes de Haute-Auvergne. II - La r√©gion d'Aurillac., Nonette, √Čditions Cr√©er, 2000,
  3. ‚ÜĎ Selon Pierre Moulier qui mentionne des fouilles faites dans le chevet en 1944 par Abel Beaufr√®re, √Čglises romanes de Haute-Auvergne. II - La r√©gion d'Aurillac., Nonette, √Čditions Cr√©er, 2000,
  4. ‚ÜĎ Odon de Cluny mentionne que l'√©glise fut implant√©e dans un premier endroit qui ne convenait pas, puis d√©plac√©e.
  5. ‚ÜĎ Cette description est d'Henri Durif qui poss√©dait ce sceau. II 318

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