Colons de Saint-Domingue, expropriation

Expropriation et indemnisation des colons de Saint-Domingue

Vers la fin de l'Ancien Régime, Saint-Domingue, partie occidentale d'Hispaniola, avait la réputation d'être l'économie de plantation la plus riche du monde. Reposant sur le travail d'un demi-million d'esclaves africains, ses 792 sucreries, 2 810 caféteries, 3 097 indigoteries et 705 cotonneries produisaient, en 1788, des marchandises coloniales d'une valeur de 239 millions de livres destinées aux marchés européens et nord-américains. Entre 1763 et 1789, les exportations de cette colonie française qui dépassaient celles des États-Unis étaient le moteur de la « révolution commerciale » française de la deuxième moitié du XVIIIe siècle et la source principale de la richesse d'une couche de propriétaires originaires avant tout de Nantes, Bordeaux, Paris, La Rochelle, Bayonne et la vallée de la Loire.

En 1791, après une longue série de guerres civiles dans lesquelles les planteurs domingois se disputèrent le pouvoir, Saint-Domingue devint le théâtre d'une insurrection générale des esclaves du nord de la colonie. Peu après le début des guerres de la Révolution, Espagnols et Anglais intervinrent pour soumettre les possessions françaises des Caraïbes. Dès 1794, Toussaint Louverture s'imposa comme chef de la révolution noire de Saint-Domingue. Après avoir chassé les ennemis de la France de la colonie, il réorganisa l'économie domingoise ruinée par la guerre.

En 1802, le premier Consul Napoléon Bonaparte envoya des troupes pour mettre un terme au projet d'indépendance de Louverture et pour rétablir l'esclavage aboli en 1793 par les commissaires envoyés par la métropole pour pacifier la colonie. Après l'échec de cette tentative de reconquête, les vainqueurs noirs de la guerre franco-domingoise déclarèrent l'indépendance de l'ancienne colonie sous le nom d'Haïti.

Pour les anciens propriétaires blancs, la création d'une nation afro-caraïbéenne signifiait la perte de leurs biens qui furent répartis entre les officiers et soldats de l'armée insurrectionnelle. Mais les colons expropriés n'acceptaient pas cet état des choses. Après la chute de Napoléon, ils exigèrent une intervention militaire française pour soumettre Haïti. Cependant, le régime de la Restauration, qui craignait une nouvelle guerre désastreuse et le véto des États-Unis entama des négociations avec le jeune état afro-américain pour obtenir une indemnisation pour les anciens propriétaires blancs chassés de Saint-Domingue entre 1794 et 1803. Après avoir concédé 150 millions de francs destinés à cet objectif, une somme qui correspondait à 10 % de la valeur estimée de toutes les plantations domingoises en 1789, le président haïtien Boyer obtint, en 1825, la reconnaissance de sa république.

Entre 1826 et 1833, une commission royale vérifiait plus de 27 000 demandes de propriétaires domingois et leurs ayants droits, acceptant finalement à peu près 12 000 de ces dossiers. Entre 1828 et 1834, la commission publiait en 6 gros volumes les résultats de ses travaux. C'est le fameux État détaillé des liquidations opérées par la Commission chargée de répartir l'indemnité attribuée aux anciens colons de Saint-Domingue, en exécution de la loi du 30 avril 1826. Source importante de généalogie, d'histoire sociale et économique de Saint-Domingue, l'État détaillé comporte des données concernant environ 7 900 anciens propriétaires de plantations et 1 500 propriétaires d'autres immeubles. Le document fournit ainsi :

  • Les noms et prénoms du/des propriétaire/s ;
  • Les noms et prénoms des héritiers/ayants droits de l'ancien propriétaire ;
  • Le nom, la paroisse et la situation exacte de la plantation ;
  • Le type d'entreprise (sucrerie, caféterie, indigoterie, cotonnerie, guildiverie, etc.)
  • 10% de la valeur estimée de l'entreprise/l'immeuble vers 1789

Dans le cadre de sa thèse sur la révolution de Saint-Domingue soutenue en 2009, l'historien allemand Oliver Gliech a transmis ces informations dans une banque de données, les comparant ensuite avec un grand nombre d'autres sources biographiques complémentaires, notamment l'Index Biographique Français, la Liste définitive des propriétaires de biens situés dans les colonies (1799-1800), les Almanachs généraux de Saint-Domingue de 1779, 1785 et 1789 et les revues coloniales de l'époque comme les Affiches américaines, la Gazette de Saint-Domingue, le Moniteur général de la partie française de Saint-Domingue et les Nouvelles de Saint-Domingue.

Bibliographie

  • Bazile, L.: Le Conseil des colons de Saint-Domingue, de leurs créanciers et ayant-cause, Eugène Renduel/Libraire, Paris, 1826
  • État détaillé des liquidations opérées [de 1827 à 1833] par la Commission chargée de répartir l'indemnité attribuée aux anciens colons de Saint-Domingue, en exécution de la loi du 30 avril 1826, 6 Bde., Imprimerie Royale, Paris, 1828-1834
  • Granger, E.: Guide du colon ou commentaire sur la loi de l'indemnité des colons de Saint-Domingue. 143 S., Delaforest, Paris, 1826
  • Joachim, Benoît: « L'indemnité coloniale et la question des rapatriés », in: Revue historique, Jg. 95, Tome 246, Nr. 500 oct.-déc. 1971, S. 359-376


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