Colonie (Rome)

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Colonie (Rome)
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Les colonies romaines Ă©taient des Ă©tablissements crĂ©Ă©s par l’État romain et destinĂ©s au contrĂŽle d’un territoire rĂ©cemment conquis, Ă  la diffĂ©rence des colonies puniques, comptoirs commerciaux, ou des colonies grecques, colonies de peuplement. Elles mĂȘlent dans le mĂȘme cadre urbain, religieux et institutionnel les citoyens romains et les autochtones vaincus, esclaves, affranchis et pĂ©rĂ©grins. D’abord garnisons militaires au IVe siĂšcle av. J.‑C., elles deviennent des colonies de peuplement offrant des terres aux prolĂ©taires Ă  partir du IIIe siĂšcle av. J.‑C., et aux vĂ©tĂ©rans dĂ©mobilisĂ©s Ă  partir de Sylla, qui leur offre les terres confisquĂ©es aux proscrits.

L'action de fonder une colonie ou d'Ă©tablir une garnison de colons Ă©tait la deductio :

  • deductio oppidorum : fondation de villes[1]
  • in oppida militum deductio : Ă©tablissement de garnisons dans les villes[2]

Sommaire

Statut politique de la colonie

Les colonies connaissent deux statuts possibles :

  • la colonie romaine (colonia ciuium Romanorum), peuplĂ©e de citoyens romains, s’organise comme municipe de droit romain, sorte de Rome en miniature, avec ses magistrats (duumuiri) et ses notables (dĂ©curions), rĂ©unis en conseil municipal (Ă©quivalent du sĂ©nat romain). Ses habitants libres des gĂ©nĂ©rations suivantes sont automatiquement citoyens romains[3] ;
  • la colonie latine (colonia juris latini), fondĂ©e par la Ligue latine jusqu'Ă  sa dissolution en 338 av. J.-C., par Rome ensuite, avec une population mĂ©langeant des citoyens romains et des citoyens latins. Elle forme un municipe de droit latin, ses gĂ©nĂ©rations suivantes hĂ©ritent de la citoyennetĂ© latine, mĂȘme si elles sont d’origine romaine, et disposent donc de droits civiques infĂ©rieurs Ă  ceux des habitants d’une colonie romaine.

DĂ©veloppement des colonies

L’implantation des colonies suit l’extension de la domination romaine : d’abord en Italie (Ostie la plus ancienne, fondĂ©e en 350 av. J.-C.), puis en Sicile, en Sardaigne, en Hispanie et en Afrique. Les colonies sont soit des fondations entiĂšrement nouvelles soit des refondations sur des citĂ©s plus anciennes.

Sous la RĂ©publique

Les premiĂšres colonies en Italie relaient les fondations de la Ligue latine, et sont avant tout des garnisons placĂ©es en des points stratĂ©giques, sur le front ou les axes de la conquĂȘte romaine. Ensuite, des colonies agraires comme Ă  Ariminum offrent de nouvelles terres aux citoyens [4].

La premiĂšre moitiĂ© du IIe siĂšcle av. J.-C. vit une pause dans le mouvement de colonisation. Mais il revient, comme enjeu des luttes politiques entre conservateurs (les optimates) et rĂ©formateurs romains (les populares) : l’apparition du problĂšme agraire et la paupĂ©risation des petits agriculteurs causĂ©e par la mobilisation sur les guerres lointaines, la concurrence des biens importĂ©s et la production des grands propriĂ©taires amĂšne Ă  considĂ©rer parmi d’autres solutions la reprise des lotissements agraires et la crĂ©ation de nouvelles colonies au profit des citoyens pauvres. Le consul Laelius l’envisage en 140 av. J.-C., puis renonce. Les Gracques font passer en 133 av. J.-C. des lois pour le lotissement de l’ager publicus, puis en 123 av. J.-C. pour la colonisation de Carthage, Corinthe, Tarente[5].

La multiplication des guerres au IIe siĂšcle crĂ©e aussi des problĂšmes de mobilisation, et lĂ  encore la solution va concourir au mouvement de colonisation : Scipion Emilien doit faire appel Ă  des volontaires pour complĂ©ter ses troupes pour la guerre de Numance, et en 123 av. J.-C. et en 107 av. J.-C. avec Marius, le cens minimum pour servir dans l'armĂ©e est abaissĂ© et l’engagement des volontaires systĂ©matisĂ©. À l’armĂ©e de citoyens de classe aisĂ©e ou moyenne se substitue une armĂ©e de volontaires prolĂ©taires et ruraux, qui attend tout de son chef : solde, butin, cadeaux lors des triomphes et Ă  la dĂ©mobilisation, des terres lors d’assignations coloniales[6].

Les fondations directes de colonies latines se rarĂ©fiĂšrent, avec l’octroi de la citoyennetĂ© romaine Ă  tous les citoyens latins d’Italie.

À la fin de la RĂ©publique et sous l’Empire

Inscription sur bronze dite lex Ursonensis (Espagne). Il s'agit du rÚglement municipal attribué à la colonie d'Urso lors de sa fondation sous Jules César. La lex Ursonensis est un des principaux documents nous permettant de saisir l'organisation politique des colonies romaines

Les crĂ©ations de colonies romaines s’accĂ©lĂšrent et s’étendent lors des derniĂšres annĂ©es de la rĂ©publique et au dĂ©but de l’Empire romain, sous Jules CĂ©sar et Auguste, avec la dĂ©mobilisation massive des lĂ©gions romaines : 80 000 citoyens sont installĂ©s par Jules CĂ©sar dans les colonies[7]; les 500 000 soldats mobilisĂ©s au dĂ©but du rĂšgne d’Auguste forment une masse de vĂ©tĂ©rans candidats Ă  la colonisation.

La conquĂȘte de la Bretagne et l’organisation des limes sur le Rhin et le Danube sous les Flaviens et au dĂ©but des Antonins s’accompagne de la fondation de nouvelles colonies aux emplacements stratĂ©giques.

Ces colonies impĂ©riales sont nommĂ©es par le nom de famille de l’empereur (Augusta, Claudia, Flavia, Ulpia) souvent complĂ©tĂ© d’une appellation locale (gĂ©ographique ou ethnique), et avec parfois un titre honorifique (Copia = riche, Emerita = Ă©mĂ©rite - MĂ©rida en Espagne).

ParallĂšlement, le statut de colonie latine est accordĂ© Ă  des citĂ©s indigĂšnes anciennes, il faut toutefois distinguer ce statut de la concession du droit latin qui peut ĂȘtre donnĂ© Ă  toutes les citĂ©s d’une province : Vespasien accorda ainsi le droit latin Ă  toutes les citĂ©s d’Espagne.

Le succĂšs des colonies

Les colonies romaines furent au fil du temps un puissant facteur de romanisation, grĂące aux colons italiens ou originaires de provinces bien romanisĂ©es parlant le latin. Leur rĂŽle de modĂšle de civilisation urbaine et leur activitĂ© Ă©conomique facilitĂšrent l’intĂ©gration des populations soumises. Des colonies furent aussi crĂ©Ă©es dans les territoires orientaux, sur des citĂ©s existantes, qui dans ce cas conservĂšrent leur civilisation grecque.

Sur une pĂ©riode de plusieurs siĂšcles, la politique romaine de fondation de colonies ne connut qu’exceptionnellement des problĂšmes, ce qui traduit son succĂšs d’ensemble :

  • en 123 av. J.-C., projet des Gracques de fondation d’une colonie sur les ruines de Carthage. Impie en raison de la malĂ©diction de 146 av. J.-C. prononcĂ©e sur ces ruines, le projet coĂ»ta la vie Ă  son auteur, et fut interrompu par dĂ©cret en 121 av. J.-C.. Jules CĂ©sar le rĂ©alisa au siĂšcle suivant en fondant la Colonia Julia Carthago, dont la prospĂ©ritĂ© fut grande.
  • en 132, le projet d'Hadrien de relever les ruines de JĂ©rusalem par une colonie ""Colonia Aelia Capitolina"" suscita une nouvelle rĂ©volte des Juifs.

Notes

  1. ↑ Pline l'Ancien, Histoire naturelle, 2, 52, 53, § 139
  2. ↑ CicĂ©ron, Philippiques, 2, 25, 62
  3. ↑ George Hacquard, Jean Dautry, O Maisani, Guide romain antique, Hachette, 1952, 50° Ă©dition en 2005 (ISBN 2010004884), p. 56
  4. ↑ Michel Christol, Daniel Nony, Rome et son empire, des origines aux invasions barbares, p 46
  5. ↑ Michel Christol, Daniel Nony, Rome et son empire, des origines aux invasions barbares, pp 88-90
  6. ↑ Marcel Le Glay, Rome, Grandeur et DĂ©clin de la RĂ©publique, Ed Perrin, 1990, rĂ©Ă©ditĂ© en 2005, (ISBN 2262018979), pp 229-230
  7. ↑ SuĂ©tone, Vie des douze cĂ©sars, CĂ©sar, 42

Voir aussi

Bibliographie

  • Michel Christol, Daniel Nony, Rome et son empire, des origines aux invasions barbares, Hachette, collection HU, 2003, (ISBN 2011455421)

Articles connexes

Liens externes


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