Abbaye Du Thoronet

ï»ż
Abbaye Du Thoronet

Abbaye du Thoronet

Abbaye du Thoronet
Vue générale de l'édifice
Vue générale de l'édifice

Latitude
Longitude
43° 27â€Č 37″ Nord
       6° 15â€Č 50″ Est
/ 43.4603, 6.2639
 
Pays France France
RĂ©gion Provence-Alpes-CĂŽte d'Azur
DĂ©partement Var
Ville Le Thoronet
Culte Catholique romain
Type Ancienne abbaye
Rattaché à Ordre cistercien
Abbaye aujourd'hui sĂ©cularisĂ©e (Ă©vĂȘchĂ© de FrĂ©jus et Toulon)
DĂ©but de la construction XIIe siĂšcle
Fin des travaux XIIIe siĂšcle
Style(s) dominant(s) Roman cistercien
Classé(e) Monument historique (1840)

L'Abbaye du Thoronet est une abbaye cistercienne située sur la commune du Thoronet, dans le Var.

L'architecte Fernand Pouillon a imaginĂ©, dans son roman Les pierres sauvages, un rĂ©cit de la construction de l'abbaye au XIIe siĂšcle, sous la forme du journal du premier pĂšre prieur de l'abbaye.

Le Corbusier visite l’abbaye du Thoronet en 1953 : « chaque Ă©lĂ©ment de la bĂątisse est ici une valeur crĂ©atrice d’architecture
 L’ensemble comme le dĂ©tail sont un. La pierre y est amie d’homme ; sa nettetĂ© assurĂ©e par l’arĂȘte enferme des plans d’une peau rude ; cette rudesse dit : pierre, et non pas marbre ; et pierre est un mot bien plus beau
 A l’heure du « bĂ©ton brut Â», bĂ©nie, bienvenue et saluĂ©e soit, au cours de la route, une telle admirable rencontre Â».[rĂ©f. nĂ©cessaire]

L’harmonie et la puretĂ© de cette abbaye sont frappantes. Elle est construite Ă  partir de la notion mĂȘme de simplicitĂ©. « Il n’est de vertu plus indispensable Ă  nous tous que celle de l’humble simplicitĂ©. Â» (Saint Bernard). L’abbaye du Thoronet est une des « Trois sƓurs provençales Â», les deux autres Ă©tant SĂ©nanque (Vaucluse) et Silvacane (Bouches-du-RhĂŽne). Elle doit probablement beaucoup Ă  l’abbĂ© Foulques, mort en 1231. D’abord troubadour, il a Ă©tĂ© abbĂ© du Thoronet avant d’ĂȘtre Ă©vĂȘque de Toulouse. Or, il Ă©tait proche de saint Louis, protecteur de l’Ordre. L’abbaye a connu beaucoup de restaurations Ă  partir du XIXe siĂšcle, mais qui semblent ĂȘtre assez fidĂšles Ă  la construction originelle.

Sommaire

Historique

L’abbaye du Thoronet est fondĂ©e en 1160 en Provence Ă  une Ă©poque oĂč celle-ci relevait du Saint-Empire romain germanique sous l’autoritĂ© de FrĂ©dĂ©ric Ier Barberousse (1152-1190). L’empire s’étendait alors de la BohĂȘme au RhĂŽne. Le Thoronet constitue la premiĂšre prĂ©sence cistercienne dans cette rĂ©gion. Mais avant de fonder l’abbaye du Thoronet, la premiĂšre communautĂ© s’installe, le 14 avril 1136, sur la commune de Tourtour, Ă  Notre-Dame de Florielle Ă  une journĂ©e de marche au nord-ouest de l’actuel site du Thoronet. Cette premiĂšre implantation eut lieu grĂące au don d’une partie des terres de la famille Castellane. MalgrĂ© d’autres dons en terrain importants, la nouvelle communautĂ© installĂ©e Ă  Notre-Dame de Florielle ne trouve pas les conditions idĂ©ales Ă  son dĂ©veloppement et dĂ©cide alors de se dĂ©placer sur une des terres qu’elle possĂ©dait dĂ©jĂ  et qui leur avait Ă©tĂ© lĂ©guĂ©e par le catalan Raimond BĂ©renger, comte de Provence.

Le premier acte de fondation de 1157 marque l’abandon dĂ©finitif du site de Notre-Dame de Florielle qui devient un simple prieurĂ©, pour le massif de l’Urbac dans la forĂȘt de la DarboussiĂšre au sein de la seigneurie de SĂ©guemagne, lieu d’implantation de la nouvelle abbaye.

L’isolement prescrit par la rĂšgle de saint BenoĂźt est relatif au Thoronet. En effet, l’abbaye se situe Ă  une journĂ©e de marche de l’évĂȘchĂ© de FrĂ©jus (45 kilomĂštre) et on trouve dans un rayon de dix kilomĂštres de nombreux villages prĂ©existants.

De plus les ressources matĂ©rielles de l’abbaye lui assurent une place importante dans le marchĂ© commercial de la rĂ©gion. Ces ressources se situent parfois loin de l’abbaye et les frĂšres convers ont la charge de leur exploitation. L’abbaye du Thoronet possĂšde en effet les marais littoraux de Marignane, au bord de l’étang de Berre oĂč encore ceux de HyĂšres qui permettent la production de sel. L’activitĂ© de pĂȘche se fait Ă  Martigues, HyĂšres et Sainte-Maxime. Ce poisson reprĂ©sente une part plus importante de production que l’abbaye ne peut consommer, il Ă©tait alors vendu directement sur les marchĂ© locaux.

Mais la grande spĂ©cialitĂ© du Thoronet, c’est surtout l’élevage. Ces bĂȘtes fournissaient Ă  la fois de la viande qui n’était pas consommĂ©e par les frĂšres puisque ceux-ci avait un rĂ©gime vĂ©gĂ©tarien, et de la peau qui Ă©tait utilisĂ©e pour la confection de parchemin, fait essentiellement en peau de mouton, trĂšs important pour l’abbaye puisque celle-ci possĂ©dait un scriptorium.

Le site d’implantation

L'Ă©glise abbatiale

Sur le lieu mĂȘme d’implantation de l’abbaye, les moines trouvĂšrent tous ce dont ils avaient besoin pour assurer leur subsistance, c’est-Ă -dire un couvert forestier gĂ©nĂ©reux, des sources d’eau abondantes et une roche fĂ©conde.

Le premier bĂątiment Ă  ĂȘtre construit au Thoronet est le cellier ainsi qu’un bĂątiment prĂšs de la porterie qui n’existe plus dans son Ă©tat originel et qui servait sĂ»rement d’hostellerie. Ces choix de constructions sont tout Ă  fait traditionnels d’une abbaye cistercienne et rĂ©pondent aux prĂ©ceptes de la rĂšgle de saint BenoĂźt.

Puis arrive la construction du bĂątiment le plus important de la vie du moine, l’abbatiale. Celle du Thoronet est parfaitement orientĂ©e Ă  l’est, mais ne forme pas un angle droit avec le cellier, expliquant peut-ĂȘtre la forme trapĂ©zoĂŻdale du cloĂźtre construit par la suite qui suit la disposition des bĂątiments.

L’eau dans chacune des abbayes cisterciennes est un Ă©lĂ©ment indispensable de la vie quotidienne. Elle sert Ă  la fois pour le travail manuel et/oĂč l’alimentation des machines, mais aussi Ă  la cuisine et lors de cĂ©rĂ©monies religieuses comme le mandatum qui se dĂ©roulait une fois par semaine. Pour toutes ces tĂąches, une importante quantitĂ© d’eau, potable ou non, Ă©tait nĂ©cessaire. L’abbaye n’en manquait pas et l’ariditĂ© actuelle du vallon n’est pas significative de la situation Ă  l’époque, bien que l’on sache que le dĂ©bit d’eau n’était pas suffisant pour l’alimentation en eau d’un moulin, d’oĂč son absence au Thoronet.

Mais l’ariditĂ© actuelle des lieux rĂ©sulte de l’extraction aprĂšs la Seconde Guerre mondiale de la bauxite provoquant la disparition des ruisseaux et l’assĂšchement des couches gĂ©ologiques. Cela eut Ă©galement pour effet de provoquer des glissements de terrain qui ont emportĂ© avec eux la partie nord de l’aile des moines ainsi que le rĂ©fectoire et ont dĂ©rivĂ© le cours de la TombarĂšu. Les ruisseaux de la TombarĂšu et de la DarboussiĂšre dĂ©limitaient Ă  l’origine l’emplacement du site. Les extrĂ©mitĂ©s nord de l’aile des convers et de celle des moines enjambaient la TombarĂšu, permettant un systĂšme d’évacuation naturelle des latrines.

L’alimentation en eau pour les besoins alimentaires, sanitaires et liturgiques se faisait par la source situĂ©e au sud-ouest de l’enclos. Un dĂ©bit constant du liquide arrivait jusqu’au monastĂšre par un rĂ©seau de canalisations fait d’une maçonnerie de moellons soigneusement appareillĂ©s. Sa redistribution se faisait en diffĂ©rents lieux, dont certains restent hypothĂ©tiques. C’est le cas par exemple des cuisines dont on ignore s’il y eut effectivement un dĂ©bit constant d'eau potable. Toutefois, il est certain que l’alimentation arrivait au moins jusqu’au lavabo du cloĂźtre avant la dĂ©viation de son cours au XXe siĂšcle.

Des glissements de terrains qui ont nécessité des interventions d'urgence

En 1906, les intempĂ©ries et les brĂšches ouvertes dans les murs avaient provoquĂ© l’effondrement de la voĂ»te du dortoir des moines. Jules FormigĂ©, architecte en chef des monuments historiques, a alors fait murer les trouĂ©es pratiquĂ©es anciennement dans le mur oriental du cloĂźtre puis, aprĂšs avoir remontĂ© la voĂ»te, a installĂ© des tirants mĂ©talliques. Pourtant, en 1919, la poussĂ©e des voĂ»tes a provoquĂ© la rupture de trois tirants
 Les derniers travaux ont Ă©tĂ© rendus nĂ©cessaires non seulement en raison des dĂ©sordres dus Ă  un glissement de terrain, mais Ă©galement du fait des problĂšmes constatĂ©s dans les maçonneries : le diagnostic avait montrĂ© que le mortier de blocage Ă©tait dĂ©composĂ© dans le mur de l’aile des moines de l’abbaye.

Ce mur altĂ©rĂ© dans sa cohĂ©sion par dĂ©lavage interne et entraĂźnement gravitaire du mortier de remplissage n’assurait plus la reprise des descentes de charge des voĂ»tes. Il prĂ©sentait des vides importants entre les deux parements ; il convenait donc, par une injection de coulis ternaire chaux / ciment blanc / eau, de combler ces vides et de restituer ainsi une cohĂ©sion entre les parements. Cette opĂ©ration, rĂ©alisĂ©e avec une grande sensibilitĂ© Ă  partir de 1988, a Ă©tĂ© menĂ©e sous la maĂźtrise d'Ɠuvre de Jean-Claude-Ivan Yarmola †, architecte en chef des monuments historiques.

Le film d’Yves Gautier intitulĂ© Pierres en sursis, qui a servi Ă  Ă©tayer une communication au symposium d'AthĂšnes[1], prĂ©sente les mesures de protection de l’abbaye du Thoronet contre le glissement de terrain (retransmis sur FR3 National le 15 mai 1990). Cet exemple illustre bien les dĂ©gradations que l’activitĂ© de l’homme, aux consĂ©quences imprĂ©vues Ă  moyen ou long terme, gĂ©nĂšre sur les monuments.

Le glissement de terrain qui a affectĂ© cette abbaye du XIIe siĂšcle situĂ©e sur la commune du Thoronet (Var), a Ă©tĂ© occasionnĂ© par une exploitation de bauxite Ă  ciel ouvert et souterraine, l’extraction souterraine concernant 80 % de la surface du gisement. La morphologie et le contexte hydrologique de la colline s’en sont trouvĂ©s modifiĂ©s et les poches d’eau rĂ©siduelles de l’ancienne mine ont accentuĂ© ce phĂ©nomĂšne, ainsi que les effondrements des galeries provoquĂ©s aprĂšs exploitation.

Entre 1985 et 1990, des travaux considĂ©rables ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©s : la rĂ©fection de la couverture a permis d’une part d’allĂ©ger les voĂ»tes (en substituant au remblai liĂ© au mortier une forme lĂ©gĂšre et Ă©tanche en bĂ©ton de chaux), le renforcement des reins de voĂ»tes par des injections de coulis de chaux, et enfin la reprise des fondations. Des travaux ont lieux rĂ©guliĂšrement en fonction des urgences (qui sont encore importants notamment pour la grange dimiĂšre) et une surveillance continuelle du niveau de l'eau est fort heureusement assurĂ©e pour prĂ©venir de nouveaux risques de glissements de terrains.

Les Pierres sauvages

Titre d’un roman de Fernand Pouillon, oĂč il restitue le journal d’un maĂźtre d’Ɠuvre de l’abbaye du Thoronet : « La plupart des pierres seront traitĂ©es rudement, grossiĂšrement : nous gagnerons ainsi du temps. Le soleil accrochera les facettes, les Ă©clats, et fera prĂ©cieuse la matiĂšre scintillante. Â»

En vertu des principes de simplicitĂ© et d’autonomie, la carriĂšre Ă©tait autant que possible Ă  l’intĂ©rieur de la clĂŽture. Ici, elle est ouverte au chevet de l’église. L’abbĂ© gĂ©nĂ©ral de CĂźteaux a donnĂ© la directive d’aller vite dans la construction pour ne pas indisposer davantage le comte de Provence, déçu par les tergiversations des moines. L’abbaye occupe un fond de vallĂ©e relativement plat. Les carriĂšres furent ouvertes le plus prĂšs possible de l’abside. Il a fallu 30 Ă  40 000 m3 de pierres. Elle est construite sur un affleurement rocheux et on peut voir dans le cloĂźtre ou dans la salle du chapitre la pierre brute entre ou sous les pierres appareillĂ©es du mur. On a en cela une illustration manifeste du Prologue de la rĂšgle de saint BenoĂźt : « Celui qui Ă©coute mes paroles que voici et les met en pratique, je le comparerai Ă  l’homme qui a bĂąti sa maison sur le rocher
 Â» On peut Ă©galement citer saint Bernard : « Quels avantages ne se trouvent dans la pierre ? C’est sur la pierre que je suis Ă©levĂ©, dans la pierre que je suis en sĂ»retĂ© et dans la pierre que je demeure ferme
 Â» Ce dernier affirme, comme saint JĂ©rĂŽme, que la pierre est le Christ et que les moines vivent dans les trous de la pierre comme dans les plaies du Christ.

C’est le mĂȘme matĂ©riau qui est utilisĂ© dans toute l’abbaye, ce qui contribue Ă  l’unifier. C’est une pierre calcaire assez dure et cassante, aux reflets gris et ocres, difficile Ă  travailler. Le rĂ©sultat prouve Ă  quel point une contrainte peut ĂȘtre transformĂ©e en force. Tandis qu’elle permet les meilleurs effets de son (par les creux, les facettes, les vacuoles, dispersĂ©s dans sa masse) et de lumiĂšre, la pierre crĂ©e un lien entre l’édifice et son site. Les jeux subtils de dĂ©coupe et de superpositions crĂ©ent des volumes intĂ©ressants sans faire pour autant de concession thĂ©ologique Ă  l’esprit cistercien.

Les pierres sont appareillĂ©es en grand ou moyen appareil par assises de hauteurs variables. Les moines se sont livrĂ©s Ă  un jeu de patience subtil : il fallait classer les blocs d’une mĂȘme assise ayant une hauteur similaire. On les laissait parfois en bossage, le parement saillant demeurant brut. Ces types d’appareils sont dans la tradition de l’opus quadratum romain et gallo-romain. Les pierres Ă©taient retouchĂ©es au moment de la pose pour que le joint soit le plus mince possible.

  • Construction traditionnelle : les pierres reposent sur un lit de mortier Ă©pais qui permet de lier le blocage interne et le parement, au dĂ©triment de l’esthĂ©tique.
  • Ici, le rĂ©trĂ©cissement des joints pose le problĂšme de la dissociation du blocage interne et du parement du mur.
  • Les moines rĂ©solurent ce problĂšme en taillant les pierres en biseau, obtenant en surface un joint mince et en profondeur une Ă©paisseur permettant de lier fortement les pierres du parement et le blocage interne du mur.

La duretĂ© et la compacitĂ© de la pierre contrastent avec la finesse de la taille. L’aspect lisse et poli de la pierre est parfois frappant, surtout au niveau du chevet. La valorisation du sanctuaire se fait par la qualitĂ© de la mise en Ɠuvre des matĂ©riaux. On assiste vraiment Ă  la rencontre entre la rudesse et le raffinement. Rien ne vient perturber l’impression d’égalitĂ© des surfaces ni la puretĂ© des lignes. La suppression de toute distraction visuelle superflue est parfaitement illustrĂ©e.

L’église abbatiale

Ce bĂątiment est le plus grand de l'abbaye.

L’extĂ©rieur

Vue de l'abbatiale depuis le cloĂźtre
Vue de l'abbatiale depuis le nord

L’orientation de la riviĂšre a dĂ©terminĂ© l’emplacement du cloĂźtre par rapport Ă  l’église. Point essentiel = la dĂ©clivitĂ©, dont nous seront amenĂ©es Ă  reparler. L’église est situĂ©e sur le point le plus haut du site, au sud. Ses dimensions sont humbles, incomparables Ă  celles de Clairvaux ou CĂźteaux (prĂšs de 100 mĂštres de long) : environ 40 mĂštres de longueur sur 20 de largeur. Le transept est saillant ; ses bras sont moins Ă©levĂ©s que ceux de la nef. Le plan en croix latine est clairement visible de l’extĂ©rieur car l’abbatiale est faite de volumes gĂ©omĂ©triques imposants, agencĂ©s dans un esprit de gĂ©omĂ©trisme absolu. Nulle saillie ne vient perturber les surfaces planes ; les baies sont quant Ă  elles discrĂštes. Le clocher avec sa flĂšche contrebalance ce jeu d’horizontales et l’hĂ©micycle de l’abside adoucit le jeu des parallĂ©lĂ©pipĂšdes.

La façade occidentale est sobre et fonctionnelle. L’harmonie de ses proportions est saisissante. Les pierres sont dressĂ©es avec soin, les assises inĂ©gales sont pratiquement parallĂšles. Le soin apportĂ© Ă  la construction est aussi visible dans le fait qu’il n’y a pas de joints verticaux dans le prolongement l’un de l’autre des assises contiguĂ«s. On a comme Ă  Mazan, l’abbaye mĂšre, deux fenĂȘtres et un oculus. Toujours comme Ă  Mazan, il n’y a pas de portail monumental ; mais juste deux portes, simplement couvertes d’un arc en plein cintre. Celle du nord Ă©tait rĂ©servĂ©e aux frĂšres convers. Celle du sud Ă©tait la « porte des morts Â» : les moines dĂ©funts Ă©taient sortis par cette porte aprĂšs la messe pour ĂȘtre portĂ©s au cimetiĂšre derriĂšre le chevet, oĂč ils Ă©taient enterrĂ©s en pleine terre. Le long du mur sud, on peut observer un dĂ©positoire, qui recevait les corps avant leur inhumation.

Le clocher primitif date de 1160-1180. La flĂšche de pierre culmine Ă  plus de 30 mĂštres. Or, la seule instruction architecturale formelle que l’on connaisse concerne les clochers. Chapitre gĂ©nĂ©ral de 1157 : « On ne fera pas de tours de pierre pour les cloches. Â». Un siĂšcle plus tard, en 1257, le Chapitre ajoute : « ni des clochers de bois d’une altitude immodĂ©rĂ©e, qui dĂ©shonorent la simplicitĂ© de l’Ordre. Â». En 1274, il les tolĂ©ra, modestes et de pierre quand la violence des vents les rendait nĂ©cessaires, comme en Provence.

Les fenĂȘtres sont rares et Ă©troites, percĂ©es dans des murs de 1,60 Ă  1,80 mĂštre d’épaisseur. Pourtant, pendant la pĂ©riode 1160-1180 les chƓurs des Ă©glises cisterciennes s’ouvrent Ă  la lumiĂšre, sur le modĂšle de celui de Clairvaux. Mais il faut tenir compte des diffĂ©rences de climat et de luminosité  Les fenĂȘtres sont au nombre de quatorze, Ă©troites, fermĂ©es par des vitraux en grisaille. Le dĂ©pouillement est total mais l’architecture est transformĂ©e sous l’effet de la lumiĂšre. On en est parfois venu jusqu’à considĂ©rer Le Thoronet comme un temple manichĂ©en de la lumiĂšre
 Elle donne Ă  l’architecture son mouvement, sa forme et sa vie : elle paraĂźt sculpter la pierre. Elle est exaltĂ©e aux heures extrĂȘmes du soleil, le levant et le couchant, coĂŻncidant avec les heures les plus importantes de l’office du jour : les laudes et les vĂȘpres. Le fait que la lumiĂšre est retenue, mesurĂ©e, afin d’apprĂ©cier pleinement ce don de Dieu, est un point important Ă  souligner.

L’intĂ©rieur

Plan de l'abbaye du Thoronet
1- Église abbatiale, 2- Enfeu, 3- Sacristie, 4- Armarium, 5- Salle capitulaire, 6- Passage, 7- Escalier du dortoir, 8- Cloütre, 9- Lavabo, 10- Cellier, 11- Courette, 12- Bñtiment des convers.

L’abbatiale est constituĂ©e d’une nef Ă  quatre travĂ©es dont trois s’ouvrent sur les bas-cĂŽtĂ©s par des grandes arcades. La derniĂšre travĂ©e est flanquĂ©e des bras du transept dont chacun s’ouvrent sur deux chapelles absidiales. A l’extrĂ©mitĂ© est, se situe le chƓur liturgique de l’église composĂ© d’une abside semi-circulaire voĂ»tĂ©e en cul-de-four. Les absidioles formant les chapelles du transept s’alignent avec l’abside du sanctuaire principal, comme c’est le cas dans les Ă©glises de CĂźteaux et Clairvaux, inscrivant ainsi le plan de l’abbatiale du Thoronet dans le continuitĂ© des abbayes fondatrices et non dans celui d’églises aux formules plus complexes et plus novatrices et qui Ă©taient en vogue Ă  cette Ă©poque.

La nef de cette Ă©glise est couverte d’une voĂ»te en berceau brisĂ©, marquĂ©e par un simple joint d’assise horizontal en quart de rond, ponctuĂ©e Ă  chaque travĂ©e d’un arc doubleau. La retombĂ©e des arcs se fait sur des demi-colonnes engagĂ©es reposant elles-mĂȘmes sur des culots. Outre un aspect technique (le positionnement des stalles contre le mur), la base des demi-colonnes engagĂ©es marque la hauteur des chapelles du transept, donnant ainsi une unitĂ© Ă  l’ensemble de l’édifice. L’idĂ©e d’unitĂ© est Ă©galement transmise par la lumiĂšre qui se diffuse Ă  flot par les verriĂšres translucides et dont la voĂ»te romane en berceau est le vĂ©hicule parfait pour sa diffusion Ă  travers la nef. « La lumiĂšre et l’ombre sont les haut-parleurs de cette architecture de vĂ©ritĂ© Â». Cette citation du Corbusier Ă  propos du Thoronet prend toute son ampleur dans la nef de cette Ă©glise puisque la lumiĂšre apporte des changements de coloration Ă  la surface de la pierre, rendant plus visible la profondeur des embrasures et avec elles, le passage du temps, qui dans ce monde clos, prend une signification riche de sens.

Pour sa part, le chevet de l’abbatiale est exempt de tout dĂ©cor, correspondant bien Ă  l’idĂ©al de simplicitĂ© prĂŽnĂ© par Saint Bernard, mais le raffinement de sa rĂ©alisation ainsi que sa forme en cul-de-four, parfaitement arrondie, semble s’écarter de l’idĂ©al cistercien. Cependant, cette forme porte une fonction symbolique forte, puisque le cercle se rapproche de la perfection du divin, au contraire du carrĂ©, rattachĂ© au monde sĂ©culier. L’abside est le lieu le plus sacrĂ© de l’abbaye, l’emplacement de la consĂ©cration, donc il peut se parer de la forme la plus reprĂ©sentative de la divinitĂ©, que l’on retrouve Ă©galement dans les chapelles du transept qui sont d’autres lieux de culte.

Par sa simplicitĂ©, toute la structure de cette abbatiale est une mise en scĂšne parfaite des idĂ©aux cisterciens, mais elle est Ă©galement un parcours conduisant le regard de façon puissante vers l’autel principal (qui est celui d’origine), ainsi que vers la petite fenĂȘtre en plein cintre en surplomb de l’autel, qui est parfaitement orientĂ©e Ă  l’est, direction de laquelle le Christ reviendrait Ă  la fin des Temps.

La sacristie

Le sacristain avait son logement au-dessus d’un massif de 2 mĂštres de hauteur, sur 3 de large et 4 de long, appuyĂ© contre le mur du transept. Ce logement contenait la salle du TrĂ©sor, dont il avait la charge. Il accĂ©dait Ă  son logement par un escalier et manƓuvrait Ă  matines la cloche du dortoir. En accĂ©dant au toit, il observait les Ă©toiles, comme GrĂ©goire de Tours, pour dĂ©terminer l’heure exacte de l’office selon la saison.

La sacristie est une petite piĂšce basse voĂ»tĂ©e en plein cintre avec un seul doubleau, dont la nervure repose sur deux culots. Elle est Ă©clairĂ©e par une seule fenĂȘtre Ă  l’est dont la base se trouve Ă  l’extĂ©rieur presque au niveau du sol. Le sol de la sacristie est en effet Ă  peu prĂšs un mĂštre en-dessous du niveau du sol de l’église, Ă  laquelle elle accĂšde par un escalier et une porte percĂ©e dans le mur du transept Nord.

La salle capitulaire

Elle date de 1170 pour les murs et les colonnes, de 1200-1240 pour les voĂ»tes d’ogives. L’importance du lieu est reflĂ©tĂ©e par la qualitĂ© de son architecture et de son dĂ©cor. Elle est voĂ»tĂ©e par six croisĂ©es d’ogives retombant sur deux colonnes dans l’axe central de la salle. Le procĂ©dĂ© utilisĂ© est celui – typiquement cistercien – de l’ogive se terminant dans le mur en fuseau, frĂ©quent dans les abbayes mĂ©ridionales et espagnoles. Le profil « en amande Â» de la voĂ»te la rend encore plus lĂ©gĂšre et raffinĂ©e. Dans tous les monastĂšres de l’Ordre, la salle capitulaire devait avoir au moins trois fenĂȘtres Ă  l’Est et trois baies Ă  l’Ouest, sur le cloĂźtre, l’une servant d’accĂšs, ce qui est bien respectĂ© au Thoronet. Le pupitre du lecteur Ă©tait au milieu, entre les deux colonnes. Des bancs de bois Ă©taient amĂ©nagĂ©s sur et entre les affleurements du rocher. [Les bancs en pierre que l’on peut voir aujourd’hui sont dus aux restaurations.] L’abbĂ© Ă©tait assis Ă  l’Est, face Ă  l’entrĂ©e.

La seule sculpture de rĂšgle Ă©tait la simple croix du chapiteau de la colonne Sud, devant laquelle les moines s’inclinaient briĂšvement. Les pommes de pin entrecroisĂ©es, dont le grain est serrĂ© dans l’austĂ©ritĂ© de la RĂšgle, sont les symboles de la recherche de la sagesse. Selon l’abbĂ© cistercien Gilbert de Hoiland, la multiplicitĂ© et l’humilitĂ© des grains cachĂ©s, les monades, les moines, sont contenues dans l’unitĂ© maternelle du fruit / du monastĂšre. Fruit dur comme la RĂšgle, qui ne s’ouvre qu’à la chaleur du soleil de vĂ©ritĂ©, et alors les graines / les moines, emportĂ©s par le vent, vont essaimer ailleurs filles et petites-filles. Ces pommes de pin ne sont pleinement illuminĂ©es qu’au couchant, alors que le soleil n’atteint la croix qu’à l’aurore. La main tenant une crosse du chapiteau Nord est le symbole de l’autoritĂ© de l’abbĂ©. Il fut souvent enterrĂ© dans cette salle, afin que mort, sa mĂ©moire ajoute Ă  l’autoritĂ© de l’abbĂ© vivant.

Les bĂątiments des convers

Ceux-ci datent du XIIIe siĂšcle. Cette date pour la construction de bĂątiments rĂ©servĂ©s aux convers est Ă©tonnante dans le contexte cistercien. A cette Ă©poque, la chute des dons en terre, en argent et en homme est patente. De plus, le paysan, mieux nourri et moins pauvre peut espĂ©rer vivre en dehors de la protection de l’abbaye. Face Ă  cette construction tardive, on peut se demander si la Provence est en dĂ©calage par rapport Ă  cette dĂ©saffection.

Une autre thĂ©orie voudrait que la construction de cette aile ait Ă©tĂ© rendue nĂ©cessaire par la transformation de l’ancienne aile des convers en cellier. Donc celle-ci entrerait dans la continuitĂ© d’un programme architectural.

Il est Ă©galement remarquable que la construction du bĂątiment des convers soit de la mĂȘme qualitĂ© que celui des moines. Celui-ci est construit sur deux niveaux comprenant en bas un rĂ©fectoire voĂ»tĂ© d’ogives et en haut un dortoir Ă©clairĂ© par de nombreuses baies. Il mesure actuellement 36 mĂštres de long et enjambe le TombarĂšu dans sa partie nord. Dans ce puissant contrefort Ă©taient placĂ©es les latrines Ă  deux niveaux.

Pour rattraper la forte dĂ©clivitĂ© du terrain, on Ă©difie une piĂšce au rez-de-chaussĂ©e qui a peut-ĂȘtre servi de remise. Cette piĂšce sert actuellement d’oratoire.

Le Cellier et les granges

Le cellier se prĂ©sente actuellement sous la forme d’une longue piĂšce rectangulaire accolĂ©e Ă  la galerie ouest du cloĂźtre, ce qui est une disposition habituelle. La forme du bĂątiment n’est plus d’origine car celui-ci a connu de nombreux remaniements architecturaux. Une Ă©tude archĂ©ologique permettrait de dĂ©terminer les diffĂ©rentes pĂ©riodes de transformations. Au XVIe siĂšcle le cellier est transformĂ© en cave Ă  vin. Il reste actuellement des pressoirs, souvenir de cette Ă©poque.

Au sein mĂȘme de l’enclos monastique, on trouve deux lieux probables de stockage. Le premier se situe prĂšs de la porte dit de Lorgues. Le second est au Nord Ouest de l’enclos et est nommĂ© aujourd’hui hĂŽtellerie peut-ĂȘtre Ă  tort, puisque sa facture se rapproche bien plus de celle d’une grange que de celle d’un lieu d’accueil.

Le lavabo et le réfectoire

Le lavabo est considĂ©rĂ© comme l’un des plus purs exemples de lavabo cistercien. On peut en observer un comparable par exemple Ă  Poblet, en Catalogne. Il fait saillie sur le prĂ©au du cloĂźtre avec lequel il communique. La disposition hexagonale du pavillon avait une signification symbolique en rapport avec la tradition gallo-romaine de construire ainsi le baptistĂšre, peut-ĂȘtre en mĂ©moire des six jarres d’eau transformĂ©es en vin Ă  Cana. Le toit est une coupole de pierre Ă  cinq pans, soutenue par six ogives.

Les moines entraient par groupes par une porte et ressortaient par l’autre. Seize robinets sont branchĂ©s Ă  la vasque supĂ©rieure de 1,35 mĂštre de diamĂštre, reconstituĂ©e par Roustan Page d'aide sur l'homonymie et FormigĂ© aprĂšs 1900. Seule la vasque infĂ©rieure est authentique. A la fin du XIX° siĂšcle, l’architecte Revoil, chargĂ© de la restauration du lavabo, a dĂ©couvert des Ă©lĂ©ments de canalisation. On sait que la technique employĂ©e Ă  Silvacane (Ă©lĂ©ments de conduite d’eau creusĂ©s dans des blocs de calcaire, longs d’environ 90 centimĂštres et pouvant s’emboĂźter les uns dans les autres) nĂ©cessitait une taille que la qualitĂ© de la pierre du Thoronet ne permettait pas. Du rĂ©fectoire, il ne reste que des ruines. Cela s’explique par le fait que la partie Nord de l’abbaye est construite sur un sol plus argileux, moins stable. Comme Ă  Fontfroide, Silvacane et SĂ©nanque, il est parallĂšle Ă  la galerie du cloĂźtre. Mais l’arrachement visible d’un mur tĂ©moigne qu’à l’origine il Ă©tait certainement prĂ©vu qu’il soit perpendiculaire Ă  la galerie Nord. Cela aurait cependant Ă©tĂ© plus problĂ©matique en raison de la forte dĂ©clivitĂ© du terrain suivant l’axe Nord-Sud. D’autres traces visibles restent assez Ă©nigmatiques : celles de trois portes en plein cintre percĂ©es dans le mur extĂ©rieur de la galerie Nord du cloĂźtre, ce qui est une disposition inhabituelle


La salle des moines

Celle-ci se trouve tout au Nord de l’aile des moines. Suite aux glissements de terrain, trĂšs peu d’élĂ©ments en sont conservĂ©s. La restitution de cette salle peut se faire en comparaison des abbayes de SĂ©nanque et de Silvacane qui sont elles-mĂȘmes voĂ»tĂ©es de croisĂ©es d’ogives et munies d’une cheminĂ©e. Les fonctions de cette salle sont multiples : coutures, artisanat, formation des novices
. Mais au Thoronet, elle a aussi accueilli un scriptorium, puisqu’elle Ă©tait la seule piĂšce chauffĂ©e de l’abbaye.

L’armarium

Il est grand (environ 3 mĂštres sur 3), puisqu’il occupe une piĂšce entiĂšre. Les livres devaient donc ĂȘtre nombreux. Il jouxte l’église Ă  la hauteur de l’arcade Est du cloĂźtre, Ă  l’extrĂ©mitĂ© Sud de la salle capitulaire. C’est une piĂšce voĂ»tĂ©e, se distinguant par son entrĂ©e marquĂ©e par une fine colonnette soutenant un linteau monolithique en bĂątiĂšre (c’est-Ă -dire ayant une forme triangulaire). L’armarium abritait les livres utilisĂ©s par les moines pour leur propre utilisation. Il semblerait qu’il contenait des livres de mĂ©decine, de gĂ©omĂ©trie, de musique, d’astrologie, et des classiques tels Aristote, Ovide, Horace ou Platon.

Le cloĂźtre

CloĂźtre de l'abbaye cistercienne du Thoronet (Var)
Le cloĂźtre

Le cloĂźtre forme le centre du monastĂšre. Il mesure en moyenne 30 mĂštres de cĂŽtĂ©, comme la plupart des cloĂźtres cisterciens. Il est en forme de trapĂšze allongĂ©, suivant deux axes : celui du cellier (dĂ©calĂ© de quelques degrĂ©s d’un axe Nord-Sud), et celui de l’abbatiale, parfaitement orientĂ©e. MalgrĂ© cela, le plan reste trĂšs unitaire. L’architecture est en osmose avec son environnement naturel. Les galeries sont construites dans et sur le rocher omniprĂ©sent qui jaillit spontanĂ©ment par endroits. La galerie Sud est plus courte que la Nord, qui est situĂ©e plus bas, en raison de la dĂ©nivellation accusĂ©e du terrain vers le lit du torrent. Elle est rattrapĂ©e par sept marches dans la galerie du chapitre. Les degrĂ©s allaient toujours par nombre symbolique : sept, huit (chiffre de la RĂ©surrection) ou douze (rĂ©alitĂ© du peuple de Dieu). Ils constituent des images lumineuses des degrĂ©s de l’humilitĂ© et de la saintetĂ© dans l’obĂ©issance Ă  la RĂšgle.

La construction commença en 1175, ce qui en fait un des plus anciens cloĂźtres cisterciens conservĂ©s. Elle a commencĂ© par la galerie Sud – la plus Ă©levĂ©e – , couverte d’une voĂ»te en berceau continu. Elle correspond Ă  la galerie du collatio, reconnaissable par les bancs disposĂ©s sur les deux cĂŽtĂ©s. On y faisait aussi le mandatum. La galerie Est, celle du chapitre, aurait suivi, sa voĂ»te en berceau lĂ©gĂšrement brisĂ© tĂ©moignant de cette postĂ©rioritĂ©. La simplicitĂ© et la force de la voĂ»te de cette galerie avaient impressionnĂ© Viollet-le-Duc en 1860 par « son absence complĂšte de moulures, de profils, seulement quelques bandeaux indispensables, taillĂ©s en biseau, pour garantir les parements extĂ©rieurs et pour recevoir les cintres ayant servi Ă  bander les arcs Â» (Dictionnaire d’architecture mĂ©diĂ©vale). Enfin, la construction s’est poursuivie par les galeries Nord – du rĂ©fectoire – et Ouest, couvertes de berceaux plus franchement brisĂ©s.

Les ouvertures adoptent un rythme trĂšs rĂ©gulier. Cette structure est frĂ©quemment rencontrĂ©e dans les cloĂźtres cisterciens : des baies gĂ©minĂ©es sont percĂ©es dans un mur d’1,5O mĂštre d’épaisseur, couvertes de deux arcs en plein cintre qui retombent sur des piliers massifs et une colonne centrale Ă©paisse. Les baies sont surmontĂ©es d’un arc de dĂ©charge en plein cintre, permettant le percement d’un oculus au-dessus de chaque colonne centrale s’élargissant vers l’extĂ©rieur, comme pour recueillir la lumiĂšre et la disposer. Les arcades diffĂšrent entre elles par la forme des chapiteaux et des piĂ©destaux dont la hauteur varie de pilier Ă  pilier. La sculpture des chapiteaux est rĂ©duite Ă  de simples feuilles d’acanthe, sauf dans la galerie Ouest, oĂč elles sont plus Ă©laborĂ©es, s’achevant en boules, cette galerie ayant Ă©tĂ© construite en dernier, peut-ĂȘtre au XIII° siĂšcle.

Les tracĂ©s simples, gĂ©omĂ©triques, rĂ©guliers, mettent en scĂšne la lumiĂšre pĂ©nĂ©trant dans les galeries. Elle est feutrĂ©e et diffuse, rĂ©flĂ©chie par les parois plus ou moins lisses des murs et des voĂ»tes. Selon l’heure du jour et la saison, elle peut aussi ĂȘtre dĂ©coupĂ©e et gĂ©omĂ©trique, se projetant sur les surfaces comme une brĂ»lure.

Des relevĂ©s de l’architecte Questel effectuĂ©s en 1845 (avant la restauration) indiquent les vestiges d’une galerie supĂ©rieure Ă  la galerie du cloĂźtre. Ces vestiges ont disparu lors de la premiĂšre campagne de restauration. Viollet-le-Duc en propose une restitution dessinĂ©e dans l’architecture française du XI° au XVI°. Cette restitution montre des portiques dont les arcs reprennent le schĂ©ma des galeries infĂ©rieures et qui sont couverts d’un toit de tuile. Cette galerie serait accessible depuis le dortoir des moines. L’hypothĂšse de Viollet-le-Duc d’un cloĂźtre supĂ©rieur bĂąti sur trois cĂŽtĂ©s du cloĂźtre ne peut ĂȘtre valide.

Ce cloĂźtre supĂ©rieur reste largement Ă©nigmatique quant Ă  sa forme, sa datation ainsi que son usage. On trouve un exemple de ce type de construction dans une seule autre abbaye cistercienne, Ă  Saint-Ghileim-le-DĂ©sert. Plus proche du Thoronet, le cloĂźtre canonial gothique de la cathĂ©drale de FrĂ©jus datant du XIV°offre ce mĂȘme type de cloĂźtre.

Le dortoir des moines

Il occupe l’intĂ©gralitĂ© de l’étage de l’aile des moines. C’est une grande piĂšce possĂ©dant un accĂšs de jour depuis la galerie orientale du cloĂźtre et un accĂšs de nuit menant directement Ă  l’abbatiale. Il est couvert d’une longue voĂ»te en berceau, scandĂ©e par des arcs doubleaux, rappelant le couvrement de l’abbatiale. Dans l’angle Sud Ouest, quelques marches mĂšnent au dortoir de l’abbĂ©, qui est une petite piĂšce sĂ©parĂ©e du dortoir principal et qui est construit ultĂ©rieurement suite au relĂąchement dans l’application de la rĂšgle.

MalgrĂ© sa proximitĂ© avec les lieux spirituels, c’est un endroit consacrĂ© aux besoins corporels. Ceci explique une qualitĂ© de lumiĂšre trĂšs diffĂ©rente de l’abbatiale. Dans le dortoir, la lumiĂšre coule Ă  flot Ă  travers deux rangs de fenĂȘtre en plein cintre pour une efficacitĂ© plus pratique que spirituelle.

Conclusion

L’abbaye du Thoronet est l’une des plus conformes Ă  l’esprit primitif de l’Ordre. Cela se reflĂšte jusque dans l’acoustique, qui, avec son Ă©cho forcĂ©ment prolongĂ©, impose au chant un style particulier et une discipline : les chanteurs doivent chanter lentement et Ă  l’unisson. L’abbaye est fondamentalement liĂ©e Ă  son site. Elle constitue un exemple extraordinaire de transformation de la spiritualitĂ© et de la philosophie en architecture, oĂč la prise en compte de la lumiĂšre, mesurĂ©e, est capitale.

Le Thoronet a Ă©tĂ© source d’inspiration pour le poĂšte belge Henry Bauchau, nĂ© en 1913, qui publie en 1966 La pierre sans chagrin. L’architecte Fernand Pouillon publie quant Ă  lui en 1964 Les Pierres sauvages, roman oĂč il restitue le journal d’un maĂźtre d’Ɠuvre de l’abbaye. Un autre architecte s’en est directement inspirĂ© : Le Corbusier. C’est aprĂšs la seconde Guerre Mondiale que le pĂšre Couturier Page d'aide sur l'homonymie, dominicain lui-mĂȘme artiste ayant eu beaucoup de contacts avec les artistes contemporains (Chagall, LĂ©ger, Matisse, Bonnard
), fait appel Ă  Le Corbusier pour la construction d’un couvent Ă  la Tourette, prĂšs de Lyon. Alors que les correspondances formelles avec l’abbaye provençale sont nettement visibles (clocher, volumes simples
), l’alternance des pleins et des vides est marquĂ©e par des rayons de lumiĂšre vive projetĂ©s sur les murs. Dans une lettre du 28 juillet 1953, le pĂšre Couturier Ă©crit Ă  Le Corbusier : « J’espĂšre que vous avez pu aller au Thoronet et que vous aurez aimĂ© ce lieu. Il me semble qu’il y a lĂ  l’essence mĂȘme de ce que doit ĂȘtre un monastĂšre Ă  quelque Ă©poque qu’on le bĂątisse, Ă©tant donnĂ© que les hommes vouĂ©s au silence, au recueillement et Ă  la mĂ©ditation dans une vie commune ne changent pas beaucoup avec le temps. Â» Enfin, Le Thoronet a aussi inspirĂ© plus rĂ©cemment l’architecte John Pawson pour la conception de l’abbaye cistercienne de Novy Dvur en TchĂ©quie.

L’abbaye est trĂšs bien conservĂ©e et elle a Ă©tĂ© en partie restaurĂ©e. Il est ainsi possible de la visiter. Elle a retrouvĂ© depuis 1978 toute sa dimension spirituelle avec l’installation Ă  proximitĂ© des sƓurs de BethlĂ©em et surtout la prĂ©sence d'un chantre (Damien POISBLAUD) appelĂ© par Mgr REY pour y chanter la Sainte Messe en grĂ©gorien chaque dimanche Ă  12 h.

De plus, depuis 1991 ont lieu au mois de juillet les Rencontres de musique mĂ©diĂ©vale du Thoronet, crĂ©Ă©es par Éric Michel, sous la direction de Dominique Vellard[2]. Le festival accueille chaque annĂ©e entre 2 000 et 3 000 spectateurs, 85 % des spectateurs venant de la rĂ©gion Provence-Alpes-CĂŽte d'Azur[2]. En 2009, les Rencontres accueillent un chƓur de shƍmyƍ par les moines bouddhistes du temple japonais Daitoku-ji (Ă©cole zen rinzai), qui sont les premiers Ă  en sortir depuis sa crĂ©ation en 1319, accompagnĂ©s par une flĂ»te shakuhachi et par les pierres  (en) du percussionniste Stomu Yamashta (en)[3].

Au mois d'août c'est le Festival Musique et Esprit qui programme des concerts de musique vocale et de musique de chambre.

Notes et références

  1. ↑ Symposium de septembre 1988 sur la gĂ©ologie de l’ingĂ©nierie appliquĂ©e aux travaux anciens, monuments et sites historiques : prĂ©servation et protection, Rotterdam-Brookfield (Ă©dition A.A. Balkema) 1988.
    PrĂ©sentation, des travaux de sauvetage de l’abbaye de Thoronet. par RenĂ© Dinkel, Bernard Griveau, GeneviĂšve Koch-Paquier, G. Colombet, Michel Poosz, G. Tilman (Comptes-rendus d'un symposium international organisĂ© par le groupe national grec de l'AIGI Ă  AthĂšnes du 19 au 23 septembre 1988)
  2. ↑ a  et b  PrĂ©sentation des "Rencontres" sur Site officiel des Rencontres de musique mĂ©diĂ©vale du Thoronet. ConsultĂ© le 28 avril 2009
  3. ↑ Laurence Chabert, « Des moines zen japonais s'apprĂȘtent Ă  sortir de leur sanctuaire pour la 1Ăšre fois pour chanter en France Â» sur Aujourd'hui le Japon, AFP. Mis en ligne le 27 avril 2009, consultĂ© le 28 avril 2009

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

Commons-logo.svg

Bibliographie

  • Jean-François Leroux-Dhuys (texte) et Henri Gaud (photographies), Les Abbayes cisterciennes, Ă©ditions Place des victoires, 400 p. 
  • La Plus Grande Aventure du monde. L'architecture mystique de CĂźteaux, Arthaud, Paris, 1956 
  • Archives dĂ©partementales du Var : Fonds de l'Abbaye du Thoronet, sous-sĂ©rie 2 H
  • Jean-Yves Andrieux, L'abbaye du Thoronet, la mesure de la perfection, ed. Belin-Herscher, Paris, 2001, (ISBN 2-7011-2560-X).
  • Nathalie Molina, L'abbaye du Thoronet, ItinĂ©raires du patrimoine, Ă©ditions du patrimoine, Paris, 1999, (ISBN 2-85822-282-7).
  • Marcel Aubert, Abbaye du Thoronet, in CongrĂ©s archĂ©ologique de France, XCVe session tenue Ă  Aix-en-Provence et Nice, Ă©d. Picard, Paris, 1933, p.224- 243.
  • Portail de l’architecture chrĂ©tienne Portail de l’architecture chrĂ©tienne
  • Portail du monachisme Portail du monachisme
  • Portail du tourisme Portail du tourisme
  • Portail de la Provence Portail de la Provence
Ce document provient de « Abbaye du Thoronet ».

Wikimedia Foundation. 2010.

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Abbaye Du Thoronet de Wikipédia en français (auteurs)

Regardez d'autres dictionnaires:

  • Abbaye du Thoronet — PrĂ©sentation Culte Catholique romain Type Ancienne abbaye RattachĂ© Ă  Ordre 
   WikipĂ©dia en Français

  • Abbaye du thoronet — Vue gĂ©nĂ©rale de l Ă©difice Latitude Longitude 
   WikipĂ©dia en Français

  • THORONET (ABBAYE DU) — THORONET ABBAYE DU AĂźnĂ©e des trois cĂ©lĂšbres abbayes cisterciennes de Provence, l’abbaye du Thoronet fut fondĂ©e en 1160, lorsque les moines de FloriĂšges y transportĂšrent leur siĂšge; elle a commencĂ© Ă  ĂȘtre Ă©difiĂ©e vers cette date pour ĂȘtre terminĂ©e 
   EncyclopĂ©die Universelle

  • Abbaye de FloriĂšye — FondĂ©e par une douzaine de moines de Mazan (cisterciens) en avril 1136, l Abbaye de FloriĂšye, sur la commune de Tourtour, se situe le long de l ancienne voie romaine (Via Julia Aurelia) entre Tourtour et Flayosc (Var). Elle surplombe la Florieye 
   WikipĂ©dia en Français

  • Abbaye de SĂ©nanque — Abbaye Notre Dame de SĂ©nanque PrĂ©sentation Culte Catholique romain Type Abbaye RattachĂ© Ă  
   WikipĂ©dia en Français

  • Abbaye De SĂ©nanque — Abbaye Notre Dame de SĂ©nanque Vue gĂ©nĂ©rale de l Ă©difice Latitude Longitude 
   WikipĂ©dia en Français

  • Abbaye de Senanque — Abbaye de SĂ©nanque Abbaye Notre Dame de SĂ©nanque Vue gĂ©nĂ©rale de l Ă©difice Latitude Longitude 
   WikipĂ©dia en Français

  • Abbaye de sĂ©nanque — Abbaye Notre Dame de SĂ©nanque Vue gĂ©nĂ©rale de l Ă©difice Latitude Longitude 
   WikipĂ©dia en Français

  • Abbaye De Silvacane — Ancienne abbaye de Silvacane Vue gĂ©nĂ©rale de l Ă©difice Latitude Longitude Non renseignĂ© ( 
   WikipĂ©dia en Français

  • Abbaye de silvacane — Ancienne abbaye de Silvacane Vue gĂ©nĂ©rale de l Ă©difice Latitude Longitude Non renseignĂ© ( 
   WikipĂ©dia en Français


Share the article and excerpts

Direct link

 Do a right-click on the link above
and select “Copy Link”

We are using cookies for the best presentation of our site. Continuing to use this site, you agree with this.