Clement VII (antipape)

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Clement VII (antipape)

Clément VII (antipape)

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Clément VII
Armoiries du pape Clément VII

Robert de GenĂšve (1342 au chĂąteau d'Annecy-1394 Ă  Avignon) est un prĂ©lat savoyard et un antipape. Il a Ă©tĂ© le premier des papes d’Avignon du Grand Schisme d'Occident sous le nom de ClĂ©ment VII, Ă©lu notamment par son successeur l'antipape BenoĂźt XIII, qui a mis Ă  son profit ses compĂ©tences juridiques.

Il est le fils d'AmĂ©dĂ©e III, comte de GenĂšve, et de Mahaut d’Auvergne.

Sommaire

Biographie

Les papes siĂšgent Ă  Avignon. Cinq papes successifs et 80% des cardinaux sont français[1] (et gĂ©nĂ©ralement proches du roi de France) et nomment des français comme lĂ©gats et gouverneurs des provinces ecclĂ©siastiques d’Italie. Or les Français ne sont pas familiers des affaires italiennes et les Italiens les dĂ©testent. GrĂ©goire XI commet l’erreur de perpĂ©tuer cette mauvaise habitude[rĂ©f. nĂ©cessaire]. Il entre en conflit avec les Florentins. PoussĂ©es par Florence, les villes des États pontificaux se rĂ©voltent contre l'administration injuste de lĂ©gats français.

Au milieu de ces graves troubles GrĂ©goire XI, exauçant les priĂšres pressantes de Catherine de Sienne[rĂ©f. nĂ©cessaire], dĂ©cide de replacer le siĂšge pontifical Ă  Rome car la situation en Italie menace de lui Ă©chapper[2]. En dĂ©pit des protestations de Charles V le roi de France et de la majoritĂ© des cardinaux, il quitte Avignon le 13 septembre 1376 et embarque Ă  Marseille le 2 octobre pour l’Italie. Il parvient Ă  Corneto, via GĂȘnes, le 6 dĂ©cembre. Il y reste jusqu’à ce que les arrangements nĂ©cessaires aient Ă©tĂ© pris Ă  Rome au sujet de son gouvernement et de sa future installation. Le 13 janvier 1377, il quitte Corneto, dĂ©barque Ă  Ostie le jour suivant et remonte le Tibre vers le monastĂšre San Paolo, d’oĂč il effectue son entrĂ©e solennelle dans Rome le 17 janvier 1377.

Mais son retour vers Rome ne met pas terme aux hostilitĂ©s. Robert de GenĂšve devenu cardinal est un homme d'action et se charge de mater la rĂ©bellion : le terrible massacre de CĂ©sĂšne rĂ©volte encore plus les Italiens contre la papautĂ©. Les Ă©meutes romaines quasi-continues conduisent GrĂ©goire XI Ă  se retirer sur Anagui vers la fin du mois de mai 1377.

L’accession au titre de pape d’Urbain VI (1378–1389), successeur Ă  Rome de GrĂ©goire XI (qui avait rĂ©sidĂ© un temps au Palais des Papes d'Avignon) dĂ©clenche le Grand Schisme d'Occident. Urbain VI est un pape trĂšs autoritaire. Le collĂšge des cardinaux, dominĂ© par une majoritĂ© française, lui reproche alors d’avoir Ă©tĂ© Ă©lu Ă  Rome sous la pression de la population en insurrection. Soutenus par le royaume de Naples ils Ă©lisent ClĂ©ment VII (1378–1394) lors d'un conclave qu'ils tinrent Ă  Fondi dans la rĂ©gion de Rome. Il s’installe Ă  Avignon. Le SacrĂ© CollĂšge dĂ©nonce la prĂ©cĂ©dente Ă©lection d'Urbain VI, l'Église a maintenant deux papes, c'est le dĂ©but du Grand Schisme. L'occident chrĂ©tien est alors sĂ©parĂ© en deux suivant le clivage de la guerre de Cent Ans: Alors que l'Angleterre et le Saint Empire maintiennent leur fidĂ©litĂ© Ă  Rome, La France, l'Écosse et les Ă©tats espagnols soutiennent ClĂ©ment VII.

Soutenu par la France, ClĂ©ment VII s'installe Ă  Avignon, d'oĂč il entreprend de lutter contre Urbain VI. Ce dernier perd peu Ă  peu ses alliĂ©s, devenant un tyran paranoĂŻaque. Il fait torturer et disparaĂźtre ses propres cardinaux qui songeaient Ă  le remplacer[3].

Mais ClĂ©ment VII essuie un Ă©chec dans le royaume de Naples oĂč la reine Jeanne est assassinĂ©e par Charles de Duras, un partisan d'Urbain VI. Le manque d'initiative et d'opportunisme de ses alliĂ©s ne lui permet pas de renverser Urbain VI. À la mort de ce dernier le 15 octobre 1389, ses cardinaux lui Ă©lisent un successeur, Boniface IX, perpĂ©tuant ainsi le schisme.

La confusion des temps profite Ă  Raymond, vicomte de Turenne, seigneur des Baux de Provence, qui emploie des bandes de routiers et Ă©cume la rĂ©gion[rĂ©f. nĂ©cessaire]. Le pape est contraint de lui payer une rançon pour qu'il cesse ses exactions[3].

Le Saint-Suaire de Lirey

Au cours de l'automne 1390, ClĂ©ment VII dut s’occuper d'un suaire que l'on faisait passer pour celui du Christ. Une affaire qui Ă©tait en train de dĂ©clencher un beau scandale en Champagne. Le frĂšre du pape, Aymon, comte de GenĂšve, venait rĂ©cemment de convoler avec Jeanne de Vergy, la veuve de Geoffroi de Charny[4]. Les premiĂšres ostensions du suaire avaient commencĂ© en 1357[5], et s'Ă©tait immĂ©diatement heurtĂ© aux sĂ©vĂšres remontrances de Henri de Poitiers, Ă©vĂȘque de Troyes, qui les avait interdites[4].

Cette belle-sƓur avait demandĂ© et obtenu, en 1389, l’autorisation du pontife avignonnais d’exposer Ă  nouveau dans la petite Ă©glise en bois de Lirey ce suaire. Elle en faisait faire l’ostension lors de la tenue des six foires de Champagne[4].

Cet accord pontifical avait provoquĂ© de vives remontrances de la part de Pierre d’Arcis, le nouvel Ă©vĂȘque de Troyes, qui avait Ă©crit au pape pour porter, respectueusement mais fermement, Ă  sa connaissance que tout le monde dans le diocĂšse savait que ce suaire Ă©tait un faux[4]. Il prĂ©cisait mĂȘme que son prĂ©dĂ©cesseur, Henri de Poitiers, avait connu la personne qui avait rĂ©alisĂ© cette fausse relique[4]. Assez vexĂ© de s’ĂȘtre ainsi laissĂ© gruger, ClĂ©ment VII envoya alors une bulle aux chanoines de Lirey leur enjoignant d’expliquer aux pĂšlerins que « chaque fois qu’ils montreront le suaire Ă  la foule, ils aient soin de dire Ă  haute et intelligible voix que ce n’est pas le vrai linceul de Notre Seigneur, mais une toile peinte qui reprĂ©sente le Christ Â». Mais il ordonnait en mĂȘme temps Ă  l’évĂȘque de Troyes de garder un « silence Ă©ternel Â» sur cette affaire sous peine d’excommunication[6]. L'Ă©vĂȘque ne cĂ©da pas. Il fit connaĂźtre les faits au roi Charles VI. Celui-ci parut convaincu, puisque immĂ©diatement, il evoya un bailli pour se saisir de cette relique au nom de la couronne[6]. Les chanoines de Lirey et leurs paroissiens s'y opposĂšrent par la force. L'Ă©vĂȘque de Troyes, pour faire respecter son autoritĂ© et celle du roi, envoya cette fois un mĂ©morandum complet au pape d'Avignon pour lui demander d'interdire l'exposition de ce faux. Il y expliquait :

« Le seigneur Henri de Poitiers, de pieuse mĂ©moire, alors Ă©vĂȘque de Troyes, connaissant cela et pressĂ© par de nombreuses personnes pieuses de prendre des mesures... aprĂšs une enquĂȘte diligente et aprĂšs examen, dĂ©cela la fraude et comme ledit linge avait Ă©tĂ© habilement peint ; Ă  savoir que c'Ă©tait une Ɠuvre de l'art humain et non pas miraculeusement faite et conçue[6]. Â»

Le pape intervint alors auprĂšs de sa parente pour calmer la tension. Il y resta cependant Ă  Lirey jusqu'en 1418. Le suaire arriva par hĂ©ritage Ă  Geoffroy II de Charny qui le fit transfĂ©rer Ă  Saint-Hippolyte de 1418 Ă  1452. Puis il le lĂ©gua Ă  sa fille Marguerite. Celle-ci en fit don en 1453 Ă  Louis de Savoie. ConservĂ© Ă  ChambĂ©ry, il brĂ»la le 4 dĂ©cembre 1532. En 1578, la maison de Savoie le fit dĂ©poser Ă  Turin oĂč il prit le nom de Saint-Suaire.

Lorsque ClĂ©ment VII meurt le 16 septembre 1394, il n'aura pas pu rĂ©concilier l'Église divisĂ©e, ni prendre un avantage dĂ©cisif sur son concurrent Urbain VI puis Boniface IX.

Titres

  • 1378-1394, pape d’Avignon.
  • 1392-1394, comte de GenĂšve en succĂ©dant Ă  son frĂšre Pierre dĂ©cĂ©dĂ© sans postĂ©ritĂ©.
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Pierre comte de GenĂšve
Blason ville fr La Roche-sur-Foron (Haute-Savoie).svg
Humbert VII de Thoire

Notes et références

  1. ↑ Le Moyen Âge en Occident, Michel Balard, Jean-Philippe Genet et Michel Rouche, Hachette 2003, page 285
  2. ↑ Vincent Flachaire, GrĂ©goire XI - pape d'Avignon de 1370 Ă  1378
  3. ↑ a  et b  Vincent Flachaire, ClĂ©ment VII - antipape d'Avignon de 1370 Ă  1378
  4. ↑ a , b , c , d  et e  K. E. Stevenson et G. R. Habermas, op. cit., p. 133
  5. ↑ K. E. Stevenson et G. R. Habermas, op. cit., p. 132
  6. ↑ a , b  et c  K. E. Stevenson et G. R. Habermas, op. cit., p. 134

Bibliographie

  • É. Baluze, Vitae paparum Avenionensium, sive collectio actorum veterum, Vol. I et II. Paris, 1693
  • R. H. Bautier, et J. Sornay, Les sources de l’histoire Ă©conomique et sociale du Moyen-Âge : Provence, Comtat Venaissin, DauphinĂ©, États de la maison de Savoie, Tomes I Ă  III, C.N.R.S. Paris, 1974.
  • L. Binz, Vie religieuse et rĂ©forme ecclĂ©siastique dans le diocĂšse de GenĂšve pendant le Grand Schisme et la crise conciliaire (1378 – 1450), MĂ©moires et documents publiĂ©s par la SociĂ©tĂ© d’histoire et d’archĂ©ologie de GenĂšve, XLVI, T. I. 1977.
  • L. Binz, Le nĂ©potisme de ClĂ©ment VII et le diocĂšse de GenĂšve in GenĂšse et dĂ©but du Grand Schisme d’Occident (Colloque d’Avignon 1978), Paris, 1980.
  • M. de Bouard, La France et l’Italie au temps du Grand Schisme d’Occident, Paris, 1936.
  • H. Bresc, La genĂšse du Grand Schisme : les partis cardinalices et leurs ambitions dynastiques in GenĂšse et dĂ©but du Grand Schisme d’Occident (Colloque d’Avignon 1978), Paris, 1980.
  • M. Bruchet, Robert de GenĂšve, ClĂ©ment VII, pape d’Avignon, Revue Savoisienne, 1er trimestre, 1897.
  • J. Chantrel, Les papes d’Avignon et le Grand Schisme (XIVe et XVe siĂšcle) T. XV in Histoire populaire des papes, Paris, 1895.
  • F. C. Carreri, Cronicon parvum Avignonense de schismate et beilo (1397 – 1416), Annales d’Avignon et du Comtat Venaissin, 1916.
  • J. ChĂ©lini, L’Église au temps des schismes (1294 – 1449), Paris, 1982.
  • E. Delaruele, avec E. Labande et P. Ourliac, L’Église au temps du Grand Schisme et de la crise conciliaire (1378 – 1449), T. XIV, Paris, 1962 - 1964.
  • E. DĂ©prez, Sur les documents relatifs aux rapports de Charles V avec les papes Urbain V, GrĂ©goire IX et ClĂ©ment VII, Annuaire de l’École Pratique des hautes Ă©tudes, 1898.
  • F. Favier, Les finances pontificales Ă  l’époque du Grand Schisme d’Occident (1378 -1409), BibliothĂšque des Écoles françaises d’AthĂšnes et de Rome, 1966.
  • L. Gayet, Le Grand Schisme d’Occident, Paris, 1889.
  • Ch. Gil, Jeanne de Naples et le Grand Schisme d’Occident, Paris, 2001.
  • A. M. Hayez, ClĂ©ment VII et Avignon, in GenĂšse et dĂ©but du Grand Schisme d’Occident, Paris, 1980.
  • I. LĂ©vi, ClĂ©ment VII et les Juifs du Comtat Venaissin, Revue des Ă©tudes juives, (janvier – mars), 1896.
  • A. Marini, Periodo avignonese e scisma d’Occidente alla luce di due convegni, Rivista di historia della Chiesa in Italia, XXXV, 1982.
  • M. Mollat du Jourdain, et A. Vauchez, (sous la direction de) Histoire du christianisme : Un temps d’épreuve (1274 – 1449), T. VI, Paris, 1990.
  • P. Pansier, La chronique avignonnaise de Guillaume Garet, d’Étienne de Governe et de BarthĂ©lemy Novarin (1392 – 1519), Annales d’Avignon et du Comtat Venaissin, 1913.
  • K. E. Stevenson et G. R. Habermans, La vĂ©ritĂ© sur le suaire de Turin, Éd. ArthĂšme Fayard, Paris, 1981.
  • N. Valois, Le rĂŽle de Charles V au dĂ©but du Grand Schisme (1378), Paris, 1887.
  • N. Valois, Raymond de Turenne et les papes d’Avignon (1386 – 1408), Annales du Bulletin de la SociĂ©tĂ© d’Histoire de France, 1889.
  • N. Valois, La France et le Grand Schisme d’Occident, Paris, 1896 - 1901.

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