Civilisation Mycénienne

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Civilisation Mycénienne

Civilisation mycénienne

La civilisation mycĂ©nienne est une civilisation prĂ©-hellĂ©nique de l’Helladique rĂ©cent (fin de l'Ăąge du bronze) s'Ă©tendant de 1550 Ă  1100 av. J.-C. Elle tire son nom de la ville de MycĂšnes, situĂ©e dans le PĂ©loponnĂšse.

Histoire de la GrĂšce
Acropolis-panorama-night.jpg
GrÚce préhellénique
Préhistoire de la GrÚce
-3200 Civilisation cycladique
-2700 Civilisation minoenne
 -1550 Civilisation mycĂ©nienne
GrĂšce antique
 -1200 SiĂšcles obscurs
 -800 Époque archaĂŻque
 -510 Époque classique
 -323 Époque hellĂ©nistique
 -146 GrĂšce romaine
GrÚce médiévale (C)
 330 Empire byzantin
 1202 QuatriĂšme croisade
 1453 GrĂšce ottomane
GrĂšce contemporaine
  1799 RĂ©publique des Sept-Îles
  1822 Guerre d'indĂ©pendance
 1832 Royaume de GrĂšce
 1936 RĂ©gime du 4 aoĂ»t
 1941 Occupation
 1946 Guerre civile
 1967 Dictature des colonels
 1974 RĂ©publique hellĂ©nique
Masque mycĂ©nien en feuille d'or, improprement appelĂ© « masque d'Agamemnon Â», MusĂ©e national archĂ©ologique d'AthĂšnes

Sommaire

Historique des découvertes

Elle a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©e Ă  la fin du XIXe siĂšcle par les fouilles d'Heinrich Schliemann Ă  MycĂšnes (1874) et Tirynthe (1886). Celui-ci croit avoir retrouvĂ© le monde dĂ©crit par les Ă©popĂ©es d'HomĂšre, l'Iliade et l'OdyssĂ©e. Dans une tombe de MycĂšnes, il trouve un masque d'or qu'il nomme le « masque d'Agamemnon Â». De mĂȘme, on baptise « palais de Nestor Â» un palais fouillĂ© Ă  Pylos. Il faut attendre les recherches d'Arthur Evans, au dĂ©but du XXe siĂšcle, pour que le monde mycĂ©nien acquiĂšre une autonomie propre par rapport au monde minoen de Schliemann, qui le prĂ©cĂšde chronologiquement.

En fouillant Ă  Cnossos (CrĂšte), Evans dĂ©couvre des milliers de tablettes d'argile, cuites accidentellement dans l'incendie du palais, vers 1450 av. J.-C. Il baptise cette Ă©criture « linĂ©aire B Â», car il l'estime plus avancĂ©e que le linĂ©aire A. En 1952, le dĂ©chiffrement du linĂ©aire B — identifiĂ© comme une forme de grec — par Michael Ventris et John Chadwick projette la civilisation mycĂ©nienne de la protohistoire Ă  l'histoire, et l'insĂšre Ă  sa vĂ©ritable place dans l'Ăąge du bronze du monde Ă©gĂ©en.

Cependant, les tablettes en linĂ©aire B restent une source documentaire rĂ©duite. En y ajoutant les inscriptions sur les vases, elles ne reprĂ©sentent qu'un corpus de 5 000 textes, alors qu'on recense plusieurs centaines de milliers de tablettes sumĂ©riennes et akkadiennes. Par ailleurs, les textes sont courts et de nature administrative : il s'agit d'inventaires et d'autres documents comptables, qui n'Ă©taient pas destinĂ©s Ă  l'archivage. Ils prĂ©sentent nĂ©anmoins l'avantage de montrer une vision objective de leur monde, sans marque de propagande royale.

Chronologie

Cercle A des tombes, Ă  MycĂšnes

La chronologie de la civilisation mycénienne a été établie par Arne Furumark, en fonction de la typologie des objets découverts et des niveaux stratigraphiques des sites fouillés[1]. Bien que critiquée, cette chronologie reste encore utilisée. On emploie pour ces périodes le terme Helladique Récent (HR).

  • 1550–1500 : Helladique RĂ©cent I (cercles des tombes Ă  fosse A et B de MycĂšnes) ;
  • 1500–1450 : Helladique RĂ©cent II A ;
  • 1450–1425 : Helladique RĂ©cent II B (arrivĂ©e des MycĂ©niens Ă  Cnossos ?) ;
  • 1425–1380 : Helladique RĂ©cent III A1 (destruction de Cnossos, dĂ©but des palais mycĂ©niens continentaux) ;
  • 1380–1300 : Helladique RĂ©cent III A2 (apogĂ©e de la construction des palais mycĂ©niens) ;
  • 1300–1250 : Helladique RĂ©cent III B1 ;
  • 1250–1200 : Helladique RĂ©cent III B2 (destruction des palais mycĂ©niens continentaux en fin de pĂ©riode) ;
  • 1200–1125 : Helladique RĂ©cent III C1 ;
  • 1125–1100 : Helladique RĂ©cent III C2.

Le HR I correspond à la transition entre l'Helladique Moyen et l'Helladique Récent. Les traits culturels de la civilisation mycénienne se constituent à cette période.

Le HR II voit un fort accroissement du nombre de sites archĂ©ologiques. À la fin de cette pĂ©riode, les palais minoens de Cnossos, Phaistos, Malia et Zakros sont dĂ©truits. Seul le site de Cnossos est rĂ©occupĂ©, et reprend la typologie mycĂ©nienne. On en a supposĂ© qu'il avait Ă©tĂ© occupĂ© par des « MycĂ©niens Â» qui ont envahi la CrĂšte et y ont pris le pouvoir. Les archives en linĂ©aire B de Pylos datent environ du HR II B.

Le HR III voit la civilisation mycĂ©nienne poursuivre son expansion. En plus de la CrĂšte, d'autres Ăźles de l'ÉgĂ©e (comme dans les Cyclades et Ă  Rhodes) comportent alors des sites mycĂ©niens, ainsi que des sites en Asie Mineure, tandis que des objets mycĂ©niens sont retrouvĂ©s dans tout le pourtour mĂ©diterranĂ©en, et mĂȘme en Europe centrale et jusque dans les Îles Britanniques. Des Ă©tablissements mycĂ©niens ont Ă©tĂ© retrouvĂ©s Ă  Chypre et au Levant.

En GrĂšce mĂȘme, les palais-forteresses, les tholoĂŻ deviennent plus monumentaux. Pour la pĂ©riode HR III B1, les trĂ©sors retrouvĂ©s Ă  MycĂšnes et Ă  OrchomĂšne attestent de la richesse considĂ©rable que se sont constituĂ©s les souverains mycĂ©niens. Cette pĂ©riode constitue l'apogĂ©e de la civilisation mycĂ©nienne. Les archives de Cnossos datent sans doute du HR III b (c. 1250).

Qui Ă©taient les MycĂ©niens ?

Fresque du XIIIe siĂšcle Ă  MycĂšnes, participante Ă  une procession religieuse, MusĂ©e national archĂ©ologique d'AthĂšnes

Depuis la traduction des tablettes en linĂ©aire B, on sait que ceux que l'on appelle « MycĂ©niens Â» parlaient une forme archaĂŻque de grec. Aucune source Ă©crite provenant d'un site mycĂ©nien ne nous a indiquĂ© comment ce peuple se nommait lui-mĂȘme (son autoethnonyme). À la lecture de l'Iliade, oĂč les Grecs sont souvent appelĂ©s « AchĂ©ens Â», et en prenant en compte la mention d'Ahhiyawa dans les sources hittites du Bronze RĂ©cent, on a voulu donner aux MycĂ©niens le nom d'AchĂ©ens. Mais le second argument est loin d'ĂȘtre admis de tous, alors que pour le premier, le terme AchĂ©en peut avoir plusieurs significations dans les textes d'HomĂšre.

L'analyse linguistique des textes en linĂ©aire B rattache la langue mycĂ©nienne Ă  des dialectes grecs des Ă©poques ultĂ©rieures, mais plutĂŽt le ionien, l'attique ou l'Ă©olien que les dialectes achĂ©ens de l'Ă©poque classique. Les premiers seraient donc des dĂ©rivĂ©s du mycĂ©nien, tandis que les seconds lui seraient apparentĂ©s, mais appartiendraient Ă  un groupe dĂ©jĂ  distinct de celui du mycĂ©nien Ă  l'Ă©poque du Bronze rĂ©cent.[rĂ©f. nĂ©cessaire]

La question linguistique, se basant sur la comparaison avec les langues des pĂ©riodes suivantes, ne constitue sans doute pas une preuve suffisante pour identifier clairement les MycĂ©niens. Du reste, rien ne prouve que ceux-ci aient formĂ© une seule communautĂ© ethnique ou linguistique, et il est plus probable de voir en eux un ensemble de peuples, ancĂȘtres des AchĂ©ens, Ioniens, etc. des pĂ©riodes suivantes plutĂŽt qu'un seul peuple.

Organisation politique

Le monde mycénien

Emplacement des principaux sites mycéniens en GrÚce

En l'absence de sources directes, l'organisation politique gĂ©nĂ©rale du monde mycĂ©nien ne peut ĂȘtre connue avec certitude. Suivant HomĂšre, on pense que la GrĂšce est alors divisĂ©e en plusieurs États, ceux citĂ©s dans l'Iliade : MycĂšnes, Pylos, OrchomĂšne qui sont connus par l'archĂ©ologie, mais aussi peut-ĂȘtre Sparte ou Ithaque. Mais l'archĂ©ologie ne peut confirmer cela. Seuls les États de Pylos et de Cnossos sont clairement attestĂ©s par les textes en linĂ©aire B. Cela Ă©tant dit, il est impossible de savoir quel Ă©tait le centre politique dominant en Argolide (s'il y en a bien eu un) : MycĂšnes, Tirynthe ou Argos ? Et qu'en Ă©tait-il d'AthĂšnes, Gla et Iolcos ?

La mention d'un « Roi des Ahhiyawa Â» dans les sources hittites a Ă©tĂ© rapprochĂ©e du « Roi des AchĂ©ens Â» que serait le roi de MycĂšnes Agamemnon dans l'Iliade, mais rien ne prouve que ces Ahhiyawa soient bien les AchĂ©ens (bien que ce soit la solution la plus logique), et la localisation de leur royaume reste dĂ©battue : Asie Mineure, Rhodes, GrĂšce continentale ? Si certains chercheurs veulent se baser sur les sources hittites et homĂ©riques pour faire de la GrĂšce mycĂ©nienne une confĂ©dĂ©ration d'États dominĂ©s par un roi, primus inter pares, sans doute le roi de MycĂšnes, jusqu'Ă  prĂ©sent rien n'a pu le confirmer.

Les États de Pylos et de Cnossos

À une Ă©chelle plus rĂ©duite, nous sommes renseignĂ©s sur l'organisation intĂ©rieure des royaumes les mieux connus par les sources en linĂ©aire B : Pylos et Cnossos. Mais lĂ  aussi, tout n'est pas certain.

L'État paraĂźt ĂȘtre un royaume, dirigĂ© par un roi, le wa-na-ka (ÏÎŹÎœÎ±ÎŸ / wĂĄnax), dont le rĂŽle est sans doute militaire, juridique et religieux. Il est identifiable au ጄΜαΟ / anax homĂ©rique (« seigneur divin, souverain, maĂźtre de maison Â»). Neuf occurrences du mot apparaissent dans des textes d'offrandes, ce qui suggĂšre que les souverains de Pylos ou Cnossos reçoivent un culte. Cependant, comme chez HomĂšre, le terme peut aussi dĂ©signer un dieu.

Le roi est secondĂ© par le ra-wa-ke-ta (lawagetas), sans doute le chef de l'armĂ©e. Tous deux possĂšdent un domaine foncier propre, le te-me-no (Ï„Î­ÎŒÎ”ÎœÎżÏ‚ / tĂ©menos). D'autres dignitaires sont les te-re-ta (telestai), qui apparaissent dans les textes comme propriĂ©taires fonciers. Ils exercent peut-ĂȘtre une fonction religieuse. Les e-qe-ta (equetai), littĂ©ralement les « compagnons Â» (des « chevaliers Â»), forment l'entourage du roi. Ce sont des guerriers.

À cĂŽtĂ© des membres de la cour, d'autres dignitaires ont en charge l'administration locale du territoire. Le royaume de Pylos est divisĂ© en deux grandes provinces, la de-we-ra ka-ra-i-ja, la province proche, autour de Pylos, et la Pe-ra-ko-ra-i-ja, la province lointaine, autour de la ville de Re-u-ko-to-ro. Le royaume est ensuite subdivisĂ© en seize districts, puis un ensemble de communes. Pour diriger les districts, le roi nomme un ko-re-te (koreter, « gouverneur Â») et un pro-ko-re-te (prokoreter, « sous-gouverneur Â»). Un do-mo-ko-ro (damokoros, « celui qui s'occupe du damos Â»), s'occupe des communes, les da-mo (littĂ©ralement « peuples Â», cf. ÎŽáż†ÎŒÎżÏ‚ / dễmos), et un pa-si-re-u (cf. le grec ÎČασÎčλΔύς / basileĂșs) exerce Ă©galement une charge au niveau communal, mal prĂ©cisĂ©e — il semble diriger un conseil des Anciens, le ke-ro-si-ja (cf. ÎłÎ”ÏÎżÏ…ÏƒÎŻÎ± / gerousĂ­a). Il est d'ailleurs intĂ©ressant de noter que chez les grecs classiques, le basileus sera le roi, le monarque, comme si entre la dĂ©sintĂ©gration de la sociĂ©tĂ© mycĂ©nienne et l'Ăąge classique n'avait survĂ©cu comme plus haute autoritĂ©, de facto puis au fil des gĂ©nĂ©rations de jure, que le fonctionnaire communal.

Société

La sociĂ©tĂ© mycĂ©nienne paraĂźt divisĂ©e en deux groupes d'hommes libres : l'entourage du roi, qui s'occupe de l'administration palatiale ; et le peuple, le da-mo (demos), qui vit au niveau communal. Comme on l'a vu plus haut, ce dernier est encadrĂ© par des agents royaux ; il doit accomplir des corvĂ©es et verser des redevances au palais.

Quant Ă  ceux qui Ă©voluent dans le cadre du palais, on trouve des hauts fonctionnaires aisĂ©s, ceux qui habitent probablement dans les vastes demeures retrouvĂ©es Ă  proximitĂ© des palais mycĂ©niens, mais aussi d'autres personnes liĂ©es par leur mĂ©tier au palais, mais pas forcĂ©ment plus aisĂ©s que les membres du da-mo : artisans, paysans, peut-ĂȘtre marchands. Au plus bas de l'Ă©chelle sociale se trouvent les esclaves, do-e-ro (masculin) et do-e-ra (fĂ©minin) (cf. grec ÎŽÎżÏÎ»ÎżÏ‚ / doĂșlos). Seuls sont attestĂ©s dans les textes ceux travaillant pour le compte du palais.

Économie

L'organisation Ă©conomique des royaumes mycĂ©niens connue par les textes paraĂźt ĂȘtre bipartite : un premier groupe travaille dans l'orbite du palais, tandis qu'un autre travaille pour son propre compte. Cela reflĂšte l'organisation sociale vue plus haut. Mais rien n'empĂȘche que des personnes travaillant pour le palais n'aient pu parallĂšlement mener leurs affaires personnelles.

L'Ă©conomie est contrĂŽlĂ©e par les scribes qui notent les entrĂ©es et les sorties de produits, donnent les travaux Ă  faire, et se chargent de la distribution des rations. Le du-ma-te paraĂźt ĂȘtre une sorte d'intendant supervisant un domaine de l'Ă©conomie.

Agriculture

Le terroir des royaumes mycĂ©niens de Pylos et de Cnossos est divisĂ© en deux ensembles : le ki-ti-me-na, domaine palatial, et le ke-ke-me-na, domaine communal, cultivĂ© par ceux que les textes appellent ka-ma-na-e-we, sans doute le da-mo. Les terres palatiales sont celles attestĂ©es par les textes. Une partie compose le te-me-no du wa-ka-na et du ra-wa-ge-ta, comme vu plus haut. L'autre partie est accordĂ©e en bĂ©nĂ©fice (o-na-te-re) aux membres de l'administration du palais. Ceux-ci peuvent les faire exploiter par des esclaves, ou bien par des hommes libres Ă  qui ils afferment la terre.

La production agricole de ces royaumes suit la traditionnelle « trilogie mĂ©diterranĂ©enne Â» : cĂ©rĂ©ales, oliviers, vigne. Les cĂ©rĂ©ales cultivĂ©s sont le blĂ© et l'orge. On dispose aussi de plantations d'oliviers, pour la production d'huile d'olive. Celle-ci ne sert pas forcĂ©ment Ă  l'alimentation, mais plutĂŽt pour les soins corporels et les parfums. On cultive Ă©galement la vigne, et on produit diverses variĂ©tĂ©s de vin. À cĂŽtĂ© de cela, on fait pousser du lin pour les vĂȘtements, du sĂ©same pour son huile et des arbres comme le figuier.

L'élevage est dominé par les ovins et les caprins. Les bovins et les porcins sont plus rares. Les chevaux sont essentiellement destinés à tracter les chars de guerre.

Artisanat

Tablette mycénienne traitant d'une commande de laine, Musée national archéologique d'AthÚnes

L'organisation du travail artisanal est surtout connue dans le cadre palatial. Les archives de Pylos montrent un travail spécialisé, chaque ouvrier appartenant à une catégorie précise, et disposant d'une place spécifique dans les étapes de la production, notamment dans le textile.

L'industrie textile est l'un des principaux secteurs de l'Ă©conomie mycĂ©nienne. Les tablettes de Cnossos permettent de suivre toute la chaĂźne de production, des troupeaux de moutons au stockage des produits finis dans les magasins du palais, en passant par la tonte, la rĂ©partition de la laine dans les ateliers et les conditions de travail dans ces ateliers. Le palais de Pylos compte ainsi environ 550 ouvriĂšres du textile. À Cnossos, elles Ă©taient jusqu'Ă  900. Quinze spĂ©cialitĂ©s textiles diffĂ©rentes ont pu ĂȘtre identifiĂ©es. DerriĂšre la laine, le lin est la fibre la plus utilisĂ©e.

L'industrie mĂ©tallurgique est bien attestĂ©e Ă  Pylos, oĂč 400 ouvriers sont employĂ©s. On sait par les sources qu'on leur distribue le mĂ©tal pour qu'ils effectuent le travail demandĂ© : en moyenne 3,5 kg de bronze par forgeron. En revanche, on ne sait pas comment ils Ă©taient rĂ©munĂ©rĂ©s : ils sont mystĂ©rieusement absents des listes de distributions de rations. À Cnossos, quelques tablettes tĂ©moignent de la fabrication d'Ă©pĂ©es, mais sans Ă©voquer de vĂ©ritable industrie mĂ©tallurgique.

L'industrie de la parfumerie est Ă©galement attestĂ©e. Les tablettes dĂ©crivent ainsi la fabrication d'huile parfumĂ©e : Ă  la rose, Ă  la sauge, etc. On sait Ă©galement par l'archĂ©ologie que les ateliers dĂ©pendants du palais comprenaient d'autres types d'artisans : orfĂšvres, ivoiriers, lapicistes, potiers. On y faisait aussi de l'huile d'olive. Certains domaines Ă©taient tournĂ©s vers l'exportation.

Commerce

Le commerce reste curieusement absent des sources Ă©crites. Ainsi, une fois l'huile parfumĂ©e de Pylos stockĂ©e dans de petites jarres, nous ignorons ce qu'elle devient. De grandes jarres Ă  Ă©trier ayant contenu de l'huile ont Ă©tĂ© retrouvĂ©es Ă  ThĂšbes, en BĂ©otie. Elles portent des inscriptions en linĂ©aire B indiquant leur provenance, la CrĂšte occidentale. Cependant, les tablettes crĂ©toises ne soufflent pas mot d'exportations d'huile. Nous disposons de peu d'informations sur le circuit de distribution des textiles. On sait que les Minoens ont exportĂ© des tissus fins en Égypte ; sans doute les MycĂ©niens ont-ils fait de mĂȘme. En effet, ils ont probablement repris Ă  leur compte les connaissances des Minoens en matiĂšre de navigation, comme l'atteste le fait que leur commerce maritime prend son essor aprĂšs l'effondrement de la civilisation minoenne. MalgrĂ© cette absence de sources, il est donc probable que certaines productions, notamment les tissus et l'huile, voire les objets mĂ©tallurgiques, Ă©taient destinĂ©es Ă  ĂȘtre Ă©coulĂ©es Ă  l'extĂ©rieur du royaume, car elles Ă©taient trop importantes en quantitĂ© pour sa seule consommation intĂ©rieure.

On peut cependant se tourner vers l'archĂ©ologie pour ce qui est de l'exportation de produits mycĂ©niens hors de GrĂšce. De nombreux vases ont ainsi Ă©tĂ© retrouvĂ©s dans l'ÉgĂ©e, en Anatolie, au Levant, en Égypte, mais aussi plus Ă  l'ouest en Sicile, ou mĂȘme en Europe Centrale et jusqu'en Grande-Bretagne. De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, la circulation des biens mycĂ©niens est traçable grĂące aux « nodules Â», ancĂȘtres des Ă©tiquettes modernes. Il s'agit de petites boulettes d'argile, façonnĂ©es entre les doigts autour d'une laniĂšre (probablement de cuir) qui sert Ă  attacher l'ensemble sur l'objet. Le nodule prĂ©sente une empreinte de sceau et un idĂ©ogramme reprĂ©sentant l'objet. On y ajoute parfois d'autres informations : qualitĂ©, origine, destination, etc.

Ainsi, 55 nodules, retrouvĂ©s Ă  ThĂšbes en 1982, portent un idĂ©ogramme reprĂ©sentant un bƓuf. GrĂące Ă  eux, on a pu reconstituer l'itinĂ©raire de ces bovins[2] : venus de toute la BĂ©otie, voire de l'EubĂ©e, ils sont convoyĂ©s Ă  ThĂšbes pour ĂȘtre sacrifiĂ©s. Les nodules visent Ă  prouver qu'il ne s'agit pas de bĂȘtes volĂ©es et Ă  prouver leur provenance. Une fois les bĂȘtes arrivĂ©es sur place, les nodules sont ĂŽtĂ©s et rassemblĂ©s pour Ă©tablir une tablette comptable. Les nodules sont utilisĂ©s pour toute sorte d'objets et expliquent comment la comptabilitĂ© mycĂ©nienne pouvait ĂȘtre aussi rigoureuse. Le scribe n'a pas Ă  compter lui-mĂȘme les objets, il se fonde sur les nodules pour Ă©tablir ses tables.

Religion

« Dame de MycĂšnes Â», fresque du XIIIe siĂšcle Ă  MycĂšnes reprĂ©sentant une dĂ©esse, MusĂ©e national archĂ©ologique d'AthĂšnes

Le fait religieux est assez difficile Ă  identifier dans la civilisation mycĂ©nienne, en particulier quand il s'agit de sites archĂ©ologiques, oĂč il demeure compliquĂ© de repĂ©rer avec certitude un lieu de culte. Quant aux textes, seules quelques listes d'offrandes nous donnent des noms de dieux, mais ne nous apprennent rien sur les pratiques religieuses.

Le panthĂ©on mycĂ©nien comporte dĂ©jĂ  de nombreuses divinitĂ©s que l'on retrouve dans la GrĂšce classique. PosĂ©idon semble occuper une place privilĂ©giĂ©e, notamment dans les textes de Cnossos. Il s'agit probablement Ă  cette pĂ©riode d'une divinitĂ© chtonienne, liĂ©e aux tremblements de terre. On trouve aussi un ensemble de « Dames Â» ou « Madones Â» (Potnia), liĂ©es Ă  des lieux de culte, comme une « Dame du Labyrinthe Â» en CrĂšte — qui rappelle le mythe du labyrinthe mycĂ©nien, Ă  l'instar de la prĂ©sence d'un dieu nommĂ© DĂ©dale. On trouve aussi une « DĂ©esse-MĂšre Â» nommĂ©e Diwia. D'autres divinitĂ©s que l'on retrouve aux pĂ©riodes suivantes ont Ă©tĂ© identifiĂ©es, comme le couple Zeus-HĂ©ra, ArĂšs, HermĂšs, AthĂ©na, ArtĂ©mis, Dionysos, Érinya, etc. On note l'absence d'Apollon, d'Aphrodite, de DĂ©mĂ©ter (divinitĂ©s d'origine orientale) et d'HĂ©phaĂŻstos.

Aucun grand temple n'a Ă©tĂ© identifiĂ© pour l'Ă©poque mycĂ©nienne. Certaines bĂątisses retrouvĂ©es dans des citadelles et comportant une piĂšce centrale de forme oblongue entourĂ©e de petites piĂšces ont pu servir de lieux de culte. On peut du reste supposer l'existence d'un culte domestique. Certains sanctuaires ont pu ĂȘtre repĂ©rĂ©s, comme Ă  Phylakopi, oĂč on a retrouvĂ© un nombre important de statuettes faisant sans doute office d'offrandes, et on suppose que des sites comme Delphes, Dodone, DĂ©los ou Éleusis Ă©taient dĂ©jĂ  d'importants sanctuaires. Mais cela reste difficile Ă  prouver de maniĂšre Ă©vidente.

Architecture

Les forteresses

Porte des Lions Ă  MycĂšnes

Les principales villes mycĂ©niennes sont toutes fortifiĂ©es. Elles peuvent ĂȘtre situĂ©es sur des acropoles, comme AthĂšnes ou Tirynthe, adossĂ©es Ă  une grande colline comme MycĂšnes, ou sur le front de mer, comme Gla. À cĂŽtĂ©s de ces citadelles, on a aussi trouvĂ© des forteresses isolĂ©es, servant sans doute au contrĂŽle militaire de territoires. Les murailles mycĂ©niennes sont souvent de type « cyclopĂ©en Â» : elles sont constituĂ©es de grands blocs pouvant avoir jusqu'Ă  huit mĂštres d'Ă©paisseur, empilĂ©s les uns sur les autres sans argile pour les souder, ou bien, quand on ne dispose pas de gros blocs, de grandes pierres encastrĂ©es les unes dans les autres. DiffĂ©rents types d'entrĂ©es ou de sorties peuvent ĂȘtre employĂ©s : porte monumentale, rampe d'accĂšs, portes dĂ©robĂ©es ou galeries voĂ»tĂ©es pour sortir en cas de siĂšge. La crainte d'une attaque fait aussi que le site choisi dispose d'une citerne ou d'un puits.

Habitat

Les sites mycĂ©niens comportent diffĂ©rents types de rĂ©sidences. Les plus petites sont de forme quadrangulaire et mesurent entre 5 et 20 mĂštres de cĂŽtĂ©. C’est lĂ  que rĂ©sident les couches sociales les plus basses. Elles peuvent ĂȘtre composĂ©es d'une ou plusieurs salles. Ce dernier cas est plus rĂ©pandu aux pĂ©riodes rĂ©centes. À un niveau plus Ă©laborĂ© se trouvent des rĂ©sidences de plus grande taille, mesurant entre 20 et 35 mĂštres de cĂŽtĂ© environ, et constituĂ©es de plusieurs salles et mĂȘme de cours centrales. Elles sont organisĂ©es selon un modĂšle proche de celui du palais. On n'est cependant pas sĂ»r qu'il s'agisse bien des rĂ©sidences des aristocrates mycĂ©niens, car une autre hypothĂšse veut y voir des dĂ©pendances du palais, souvent situĂ© Ă  proximitĂ© de ces bĂątisses.

Les palais mycéniens

Plan du palais de Tirynthe

Les palais mycĂ©niens ont pour plus beaux exemples ceux fouillĂ©s Ă  MycĂšnes, Tirynthe ou Pylos. Ce sont les centres de l'administration des Ă©tats mycĂ©niens, comme l'ont montrĂ© les archives qu'ils ont fournies. Du point de vue architectural, ils sont les hĂ©ritiers des palais minoens, mais aussi d'autres grandes rĂ©sidences bĂąties en GrĂšce continentale Ă  l'Helladique Moyen. Ils sont organisĂ©s autour d'un ensemble de cours ouvrant sur plusieurs salles de diffĂ©rentes dimensions, dont des magasins, et des ateliers, en plus des zones de rĂ©ception et de rĂ©sidence. Le cƓur du palais est le mĂ©garon : c'est la salle du trĂŽne, organisĂ©e autour d'un foyer circulaire entourĂ© de quatre colonnes, le trĂŽne se trouvant gĂ©nĂ©ralement sur le cĂŽtĂ© gauche quand on rentre dans la salle. Il semble que ces Ă©difices n'aient comportĂ© qu'un Ă©tage. Les palais mycĂ©niens ont Ă©galement livrĂ© un mobilier important, ainsi que des fresques peintes.

Productions artistiques et artisanales

Vases

Vase Ă  Ă©trier mycĂ©nien exportĂ© Ă  Ugarit, XIVe-XIIIe siĂšcle av. J.-C., musĂ©e du Louvre

L'archĂ©ologie a retrouvĂ© une grande quantitĂ© de poteries pour l'Ă©poque mycĂ©nienne, de styles trĂšs divers : des jarres Ă  Ă©trier, des cruches, des cratĂšres, des vases dits « coupes Ă  champagne Â» en raison de leur forme, etc. Les tailles des vases peuvent varier. Les modĂšles sont trĂšs homogĂšnes dans tout l'espace mycĂ©nien au HR III B, oĂč la production augmente considĂ©rablement en quantitĂ©, notamment en Argolide d'oĂč proviennent un grand nombre des vases exportĂ©s hors de GrĂšce. La production destinĂ©e Ă  l'exportation Ă©tait gĂ©nĂ©ralement plus luxueuse, et disposait de dĂ©cors peints trĂšs travaillĂ©s, reprenant des motifs mythologiques, guerriers ou animaliers. Un autre type de vaisselle, en mĂ©tal (essentiellement le bronze) a Ă©tĂ© retrouvĂ©e en quantitĂ© notable sur les sites mycĂ©niens. Les formes sont ici plutĂŽt des tripodes, des bassins ou des lampes. On connaĂźt encore quelques exemples de vases en faĂŻence ou en ivoire.

Statuaire

TĂȘte de femme, un des rares exemples de plastique monumentale mycĂ©nienne, MusĂ©e national archĂ©ologique d'AthĂšnes

La pĂ©riode mycĂ©nienne n'a pas livrĂ© de statues de grande taille. L'essentiel de la statuaire de cette pĂ©riode consiste en des statuettes fines en terre cuite, retrouvĂ©es notamment sur le site de Phylakopi, mais aussi Ă  MycĂšnes, Tirynthe ou AsinĂš. La majoritĂ© de ces statuettes reprĂ©sente des figurines anthropomorphes (mais il en existe aussi des zoomorphes), masculines ou fĂ©minines. Elles ont diffĂ©rentes postures : bras tendus, levĂ©s vers le ciel ; bras repliĂ©s sur les hanches ; assises. Elles sont peintes, monochromes ou polychromes. Leur vocation n'est pas certaine, mais il semble fort probable qu'il s'agisse d'objets votifs, retrouvĂ©s dans des contextes qui paraissent ĂȘtre des lieux de culte.

Peinture

Fresque de MycÚnes représentant un bouclier symbole de la déesse de la guerre, Musée national archéologique d'AthÚnes

La peinture de l'Ă©poque mycĂ©nienne est trĂšs influencĂ©e par celle de l'Ă©poque minoenne. On a retrouvĂ© quelques fresques murales dans les palais mycĂ©niens. Les thĂšmes reprĂ©sentĂ©s sont variĂ©s : chasses (dont tauromachies), combats, processions, rĂ©cits mythologiques. D'autres fresques sont constituĂ©es de motifs gĂ©omĂ©triques. Une partie de la cĂ©ramique Ă©tait elle aussi peinte (voir ci-dessus), avec des thĂšmes identiques.

Armement

Article dĂ©taillĂ© : Guerre dans le monde mycĂ©nien.

Des piÚces militaires ont été retrouvées dans des trésors de la période mycénienne. La trouvaille la plus impressionnante est celle de l'armure de Dendra. Il s'agit de l'équipement complet d'un guerrier. Des ensembles de dagues et d'épées ont aussi été découvert dans le monde mycénien.

L'une des principales sources Ă©crites et proches de la pĂ©riode mycĂ©nienne est l' Illiade d'HomĂšre. Il y dĂ©crit une guerre entre les citĂ©s mycĂ©niennes et la citĂ© de Troie. Selon ÉratosthĂšne, cette guerre aurait eu lieu entre -1194 et -1184. Les polĂ©miques au sujet des informations sur lesquelles HomĂšre aurait pu baser ses descriptions de la Guerre de Troie sont encore au gout du jour et il paraĂźt plus sage de s'appuyer davantage sur les dĂ©couvertes archĂ©ologiques que sur les rĂ©cits d'HomĂšre.

L’armement dĂ©fensif

  • Le casque est fabriquĂ© soit en bronze, soit avec des dĂ©fenses de sanglier cousues sur des laniĂšres de cuir. Il est surmontĂ© d’une crĂȘte en crin de cheval. Les fresques montrant de nombreuses formes de casques, on pourrait penser que chaque guerrier, selon ses moyens, fabriquaient lui-mĂȘme son casque et le parait Ă  sa maniĂšre.
  • L’armure de bronze mentionnĂ©e chez HomĂšre est propre aux nobles qui combattent dans les chars. Elle est composĂ©e de plusieurs plaques de bronze liĂ©es de façon Ă  s’articuler et cousues sur un vĂȘtement de cuir. Cette armure ne peut s’utiliser que sur un char du fait de son poids et de sa taille qui rendrait les mouvements du guerrier Ă  pied difficiles et donc nuirait au combat. L'armure de Dendra est la rĂ©prĂ©sentation mĂȘme de cet Ă©quipement.
  • Les boucliers mycĂ©niens Ă©taient, pour la plupart dans la forme dite du "huit". Les fresques mycĂ©niennes nous informent pourtant que le bouclier rectangulaire, qui serait nĂ© chez les minoens, aurait encore Ă©tĂ© en application chez les mycĂ©niens. Le bouclier rond (futur hoplon de l'hoplite) n'apparaĂźt que dans les pĂ©riodes dites du hĂ©lladique rĂ©cent. Ils sont suspendus au soldat par une longue laniĂšre de cuir ce qui permet de manier la lance Ă  deux mains. Une poignĂ©e est tout de mĂȘme prĂ©sente pour le combat Ă  l’épĂ©e. Les boucliers sont fabriquĂ©s avec plusieurs couches de peaux superposĂ©es et la forme cintrĂ©e est donnĂ©e grĂące Ă  des arceaux de bois.
  • On a retrouvĂ© des jambiĂšres et des brassards en bronze. On peut supposer qu’il en existait aussi en cuir pour des soldats moins riches.

L’armement offensif

  • L’épĂ©e, en bronze, est tout d’abord longue et les mycĂ©niens vont vite lui prĂ©fĂ©rer un modĂšle beaucoup plus court. On trouve aussi des poignards. De nombreux trĂ©sors de dagues et d'Ă©pĂ©es ont Ă©tĂ© dĂ©couverts. Nous avons aussi la chance d'avoir retrouver des Ă©pĂ©es cĂ©rĂ©monielles, ou ce qui pourraient s'en rapprocher, au vu de la dĂ©coration de celles-ci : or et gravure de personnage.
  • La prĂ©sence de pointes de flĂšches confirme l’utilisation d’armes lĂ©gĂšres comme l’arc.
  • La lance est trĂšs utilisĂ©e, sa pointe est en bronze.

Le cheval dans le monde militaire mycénien

  • La prĂ©sence d’une charrerie est confirmĂ©e par certaines fresques. HomĂšre dĂ©crit le fait que les chars ne servent pas au combat. Ils font office de "porte-Ă©tendard", transportant les seigneurs et rois sur les champs de bataille. Les chars Ă©taient lĂ©gers, comparables aux chars HyksĂŽs (tribus sĂ©mites ou du moins asiatiques qui envahirent l'Égypte dans les annĂ©es -1674 Ă  -1548) mais seulement dans le concept car la forme diffĂšre, le char mycĂ©nien ayant Ă©tĂ© de structure rectangulaire.
  • Plus rares, il y aurait bien eu l'usage de cavaliers dans le monde mycĂ©nien. Des statuettes reprĂ©sentant des hommes assis sur des chevaux tendraient Ă  prouver l'utilisation de cavalerie dĂšs la crĂ©ation des citĂ©s du monde mycĂ©nien.

Pratiques funéraires

EntrĂ©e de la « tombe d'Agamemnon Â» Ă  MycĂšnes

Le mode d'enterrement le plus courant durant l'Helladique RĂ©cent est l'inhumation. On enterre sous le sol mĂȘme des maisons, ou bien Ă  l'extĂ©rieur des zones rĂ©sidentielles, dans des cimetiĂšres, parfois dans des tumulus (ÎžÏŒÎ»ÎżÏ‚ / thĂłlos). Cette forme remonte aux plus anciennes pĂ©riodes de peuplement indo-europĂ©en en GrĂšce, et leurs racines sont Ă  chercher dans les cultures balkaniques du IIIe millĂ©naire av. J.-C., et jusqu'Ă  la culture des Kourganes. Les tombes individuelles sont en forme de ciste, avec un parement de pierres. Un mobilier funĂ©raire apparaĂźt au HR I, alors qu'il Ă©tait absent aux pĂ©riodes prĂ©cĂ©dentes. On note Ă©galement la prĂ©sence de tombes communes au dĂ©but de l’Helladique RĂ©cent, qui sont de forme rectangulaire. Il reste difficile Ă  Ă©tablir si les diffĂ©rentes formes d'inhumation traduisent une hiĂ©rarchisation sociale, comme on l'a parfois pensĂ©, en faisant des tholoĂŻ les tombes des Ă©lites dirigeantes, les tombes individuelles celles des classes aisĂ©es, et les tombes communes celle du peuple. La crĂ©mation augmente en nombre au cours de la pĂ©riode, jusqu'Ă  devenir trĂšs importante Ă  l'HR III C. Peut-ĂȘtre est-ce lĂ  la preuve de l'arrivĂ©e d'une nouvelle population en GrĂšce.

Les tombes les plus impressionnantes de l'Ă©poque mycĂ©nienne sont les tombes royales monumentales de MycĂšnes, sans doute destinĂ©es Ă  la famille royale de la ville. La plus cĂ©lĂšbre est la « tombe d'Agamemnon Â» (le « TrĂ©sor d'AtrĂ©e Â») Ă  MycĂšnes, qui est en forme de tholos. À proximitĂ© se trouvent d'autres tombes (dites du « cercle A Â»), celles dites « de Clytemnestre Â» et « d'Égisthe Â». Elles ont toutes livrĂ©s d'impressionnants trĂ©sors, exhumĂ©s par Schliemann lors des fouilles de MycĂšnes.

Fin de la civilisation mycénienne

La fin de la pĂ©riode mycĂ©nienne pose un ensemble de problĂšmes qui ne sont toujours pas rĂ©solus, tant du point de vue de la chronologie que de l’interprĂ©tation des Ă©vĂ©nements.

La fin du HR III B1 est marquée par quelques destructions, notamment à MycÚnes. Au HR III B2, on remarque une augmentation des systÚmes de défense des sites mycéniens, signe que l'insécurité augmente. Mais il ne s'agit pas d'une période de crise, car ces niveaux ont fourni un matériel archéologique qui témoigne d'un niveau de richesse qui n'a rien à envier à celui des précédents. La fin de cette période est néanmoins marquée par de nombreuses destructions sur une grande partie des sites mycéniens de GrÚce continentale.

Le HR III C voit une baisse du nombre de sites en GrĂšce, qui peut ĂȘtre trĂšs importante dans certaines rĂ©gions (9/10e des sites de BĂ©otie disparaissent, 2/3 de ceux d'Argolide). Mais certains sites comme MycĂšnes ou Tirynthe sont toujours habitĂ©s, et la culture matĂ©rielle qu'on y retrouve prĂ©sente toujours des traits mycĂ©niens, qui font que le HR III C est considĂ©rĂ© comme un niveau de la civilisation mycĂ©nienne. On note cependant l'apparition d'un nouveau type de cĂ©ramique, dite « barbare Â» parce qu'elle a jadis Ă©tĂ© attribuĂ©e Ă  des envahisseurs extĂ©rieurs, et aussi une poursuite de l'augmentation de la pratique de la crĂ©mation.

Quelles sont les causes du dĂ©clin de la civilisation mycĂ©nienne Ă  cette pĂ©riode ? Plusieurs explications ont Ă©tĂ© avancĂ©es. Celles concernant des facteurs naturels (changement climatique, tremblements de terre) sont aujourd'hui rejetĂ©es. Restent deux grandes thĂ©ories : celles des mouvements de population et celle des conflits internes. La premiĂšre attribue la destruction des sites mycĂ©niens Ă  des envahisseurs. On invoque tantĂŽt les Doriens, tantĂŽt les Peuples de la Mer. On pense dĂ©sormais que les premiers Ă©taient dĂ©jĂ  prĂ©sents en GrĂšce continentale auparavant, et on a donc tendance Ă  ne plus accepter l'ancienne thĂ©orie d'une « invasion dorienne Â» abattant la civilisation des AchĂ©ens. Les mouvements de peuples se produisant depuis les Balkans jusqu'au Proche-Orient Ă  cette pĂ©riode, mentionnĂ©s dans les inscriptions Ă©gyptiennes dĂ©signant les envahisseurs sous le nom de « Peuples de la Mer Â», sont eux bien certains. On sait que ces peuples sont responsables de nombreuses destructions en Anatolie ou au Levant. La mention d'un peuple nommĂ© Eqwesh (qui rappelle le terme « AchĂ©en Â») dans un texte Ă©gyptien du XIIe siĂšcle a fait supposer Ă  des spĂ©cialistes que des MycĂ©niens auraient pris part Ă  ces invasions (ce qui n'est pas certain). Il n'en reste pas moins que cela ne nous donne aucune certitude pour ce qui se passe dans le monde grec.

Reste la seconde thĂ©orie, qui fait choir la civilisation mycĂ©nienne au cours de conflits sociaux internes, entraĂźnĂ©s par un rejet du systĂšme palatial par les couches sociales les plus dĂ©favorisĂ©es, qui s'appauvriraient Ă  la fin de l’Helladique RĂ©cent. Cette hypothĂšse rejoint parfois la prĂ©cĂ©dente, quand on essaie de mĂȘler les divisions sociales Ă  des divisions ethniques.

Quelles qu'en soient les causes, la civilisation mycĂ©nienne disparaĂźt dĂ©finitivement aprĂšs le HR III C, quand les sites de MycĂšnes et de Tirynthe sont dĂ©truits Ă  nouveau, et perdent leur importance. Cette fin, Ă  dater des derniĂšres annĂ©es du XIIe siĂšcle , se produit aprĂšs un lent dĂ©clin de la civilisation mycĂ©nienne, qui a mis de nombreuses annĂ©es avant de s'Ă©teindre. Le dĂ©but du XIe siĂšcle ouvre un contexte nouveau, celui du proto-gĂ©omĂ©trique, dĂ©but de la pĂ©riode gĂ©omĂ©trique, les « siĂšcles obscurs Â» de la tradition historiographique.

Notes

  1. ↑ A. Furumark, Mycenaean Pottery, vol. II Chronology, 1941.
  2. ↑ Chr. Piteros, J.-P. Olivier et J.-L. Melena, « Les inscriptions en linĂ©aire B des nodules de ThĂšbes (1982) : la fouilles, les documents, les possibilitĂ©s d'interprĂ©tation Â», Bulletin de correspondance hellĂ©nique, 114 (1990), p. 103–184.

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

  • « Les MycĂ©niens. Des Grecs du IIe millĂ©naire Â», in Les Dossiers d'ArchĂ©ologie, n° 195 (juillet–aoĂ»t 1994) ;
  • John Chadwick :
    • (en) The Mycenaean World, Cambridge University Press, 1976 (ISBN 0521290376),
    • Le dĂ©chiffrement du linĂ©aire B, Gallimard, coll. « BibliothĂšque des histoires Â», 1972,
    • (en) avec L. Godart, J. T. Killen, J.-P. Olivier, A. Sacconi et I. Sakellarakis, Corpus of Mycenaean Inscriptions from Knossos, 4 vol., Cambridge University Press, 1987–1999 ;
  • Isabelle Ozanne, Les MycĂ©niens, paysans, pillards et poĂštes, Armand Colin, coll. « Civilisations U Â», 1992 (ISBN 2200212461) ;
  • Jean-Claude Poursat, La GrĂšce prĂ©classique, des origines Ă  la fin du VIe siĂšcle, Seuil, coll. « Points Histoire / Nouvelle histoire de l’AntiquitĂ© Â», Paris, 1995 (ISBN 2-02-013127-7)  ;
  • RenĂ© Treuil, Pascal Darque, Jean-Claude Poursat et Gilles Touchais, Les Civilisations Ă©gĂ©ennes du NĂ©olithique et de l'Âge du Bronze, PUF, coll. « Nouvelle Clio Â», 1990 (ISBN 2130422802).

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