Chimie des gaz nobles

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Chimie des gaz nobles

Les gaz nobles, souvent appelĂ©s gaz rares, rarement gaz inertes (cf. l'article Gaz noble au sujet de ces diffĂ©rentes dĂ©nominations), forment une sĂ©rie chimique d'Ă©lĂ©ments a priori trĂšs peu rĂ©actifs car, ayant une couche de valence complĂšte[1], ils n’ont aucun Ă©lectron de valence pour former une liaison chimique. Il en dĂ©coule que ces Ă©lĂ©ments ont une Ă©nergie d'ionisation Ă©levĂ©e et une affinitĂ© Ă©lectronique pratiquement nulle, et on a longtemps cru qu'ils ne pouvaient participer Ă  aucune rĂ©action chimique pour former des composĂ©s.

  1 2   3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18
1 H He
2 Li Be B C N O F Ne
3 Na Mg Al Si P S Cl Ar
4 K Ca   Sc Ti V Cr Mn Fe Co Ni Cu Zn Ga Ge As Se Br Kr
5 Rb Sr   Y Zr Nb Mo Tc Ru Rh Pd Ag Cd In Sn Sb Te I Xe
6 Cs Ba * Lu Hf Ta W Re Os Ir Pt Au Hg Tl Pb Bi Po At Rn
7 Fr Ra * Lr Rf Db Sg Bh Hs Mt Ds Rg Cn Uut Uuq Uup Uuh Uus Uuo
  ↓  
  * La Ce Pr Nd Pm Sm Eu Gd Tb Dy Ho Er Tm Yb  
  * Ac Th Pa U Np Pu Am Cm Bk Cf Es Fm Md No  

Sommaire

Approche théorique

Linus Pauling prĂ©dit dĂšs 1933 que les gaz nobles les plus lourds pouvaient se combiner au fluor et mĂȘme Ă  l'oxygĂšne. Plus prĂ©cisĂ©ment, il prĂ©dit l'existence de l'hexafluorure de xĂ©non XeF6 et de l'hexafluorure de krypton KrF6, spĂ©cula sur l'existence d'un octafluorure de xĂ©non XeF8 instable, et suggĂ©ra que l'acide xĂ©nique H2XeO4 puisse former des sels de perxĂ©nates XeO64-[2],[3]. Ces prĂ©dictions se sont avĂ©rĂ©es quasiment exactes, bien que des Ă©tudes ultĂ©rieures ont indiquĂ© que l'octafluorure de xĂ©non XeF8 serait instable non seulement thermodynamiquement, mais encore cinĂ©tiquement[4]; il n'a d'ailleurs jamais Ă©tĂ© synthĂ©tisĂ© Ă  ce jour.

Les gaz nobles les plus lourds ont en effet plus de couches d'électrons que les plus légers, de sorte que, pour les électrons périphériques, les couches électroniques intérieures écrantent davantage le noyau dans les atomes lourds (xénon, krypton, argon) que dans les atomes plus légers (néon, hélium). Il en résulte une énergie d'ionisation plus faible pour ces gaz nobles plus lourds, suffisamment faible pour permettre la formation de composés stables avec les éléments les plus électronégatifs, en l'occurrence le fluor et l'oxygÚne.

PremiĂšres structures connues contenant des gaz nobles

Jusqu'en 1962, les seuls « composĂ©s Â» de gaz nobles connus Ă©taient des clathrates et des hydrates. Des composĂ©s de coordination avaient Ă©galement Ă©tĂ© observĂ©s, mais uniquement par spectroscopie, sans ĂȘtre isolĂ©s.

Clathrates

Ces structures ne sont pas de vĂ©ritables composĂ©s chimiques de gaz nobles. Elles surviennent lorsqu'un atome est piĂ©gĂ© dans le rĂ©seau d'un cristal ou dans certaines molĂ©cules organiques. Les atomes les plus lourds tels que le xĂ©non, le krypton et l'argon peuvent former des clathrates avec le ÎČ-quinol, mais le nĂ©on et l'hĂ©lium sont trop petits pour ĂȘtre piĂ©gĂ©s.

Les clathrates de 85Kr constituent une source de particules ÎČ tandis que ceux de 133Xe sont utilisĂ©s comme sources de rayons Îł.

Composés de coordination

Leur observation effective n'a jamais Ă©tĂ© rĂ©ellement attestĂ©e. L'observation du complexe d'argon et de trifluorure de bore (Ar‱BF3), rĂ©putĂ© exister Ă  basse tempĂ©rature, n'a jamais Ă©tĂ© confirmĂ©e, et les complexes de l'hĂ©lium avec le tungstĂšne WHe2 et le mercure HgHe10[5] qui ont Ă©tĂ© observĂ©s aprĂšs bombardement Ă©lectronique de ces mĂ©taux, seraient en fait le rĂ©sultat de l'adsorption de l'hĂ©lium sur la surface de ces mĂ©taux.

Hydrates

La rĂ©alitĂ© des hydrates de gaz nobles est toujours dĂ©battue. La molĂ©cule d'eau Ă©tant fortement dipolaire, elle devrait induire un dipĂŽle dans les atomes des gaz nobles, les plus lourds d'entre eux Ă©tant les plus sensibles Ă  cet effet. Ce dipĂŽle conduirait Ă  la formation d'hydrates stables Ă  pression Ă©levĂ©e ; le plus stable serait l'hexahydrate de xĂ©non Xe‱6H2O.

Premiers composĂ©s « vĂ©ritables Â» d'un gaz noble

SynthÚse de l'hexafluoroplatinate de xénon

On doit Ă  Neil Bartlett la premiĂšre synthĂšse, en 1962, d'un composĂ© de gaz noble. Le raisonnement Ă©tait le suivant :

  1. L'Ă©nergie d'ionisation de l'oxygĂšne O2 en oxycation dioxygĂ©nyle O2+ vaut 1 165 kJ/mol contre 1 170 kJ/mol pour ioniser Xe en Xe+.
  2. Or l'hexafluorure de platine PtF6 est capable d'oxyder O2 en O2+.
  3. Donc PtF6 devrait ĂȘtre capable d'oxyder Xe en Xe+ puisque les Ă©nergies d'ionisation de l'oxygĂšne et du xĂ©non sont semblables.

C'est ainsi que Bartlett publia la synthÚse d'un solide cristallin qu'il formula comme de l'hexafluoroplatinate de xénon Xe+PtF6-[6].

On montra par la suite qu'en réalité cette phase était plus complexe, et résultait du mélange de plusieurs espÚces moléculaires, XeFPtF6, XeFPt2F11 et Xe2F3PtF6[7],[8].

Il s'agissait bien du premier composé synthétisé d'un gaz noble.

Fluorures de xénon

À la suite de la synthĂšse de l'hexafluoroplatinate de xĂ©non, Howard Claassen publia en septembre 1962 la synthĂšse d'un composĂ© binaire simple du xĂ©non, le tĂ©trafluorure de xĂ©non XeF4 en soumettant un mĂ©lange de xĂ©non et de fluor Ă  tempĂ©rature Ă©levĂ©e[9].

Deux mois plus tard, le difluorure de xénon XeF2 était annoncé par Rudolf Hoppe[10].

Depuis lors, la grande majorité des composés de gaz nobles synthétisés l'ont été à partir du xénon.

Revue des composés de gaz nobles connus à ce jour

ExcimĂšres et exciplexes

Si les atomes de gaz nobles sont chimiquement peu rĂ©actifs Ă  l'Ă©tat fondamental, ils peuvent en revanche former des complexes entre eux ou avec des halogĂšnes lorsqu'ils sont excitĂ©s. Ces complexes sont stables lorsqu'ils sont excitĂ©s, mais se dissocient dĂšs que les atomes retombent Ă  leur Ă©tat fondamental : c'est ce qu'on appelle un excimĂšre lorsque les atomes du complexe sont homogĂšnes, ou un exciplexe lorsque les atomes du complexe sont hĂ©tĂ©rogĂšnes. La transition d'Ă©nergie entre Ă©tats excitĂ©s et Ă©tat fondamental est Ă  l'origine d'un rayonnement de longueur d'onde prĂ©cise utilisĂ© dans la rĂ©alisation de certains lasers. Les principales espĂšces sont les suivantes :

Article principal : Laser Ă  excimĂšre.

Chimie de l'hélium

Configuration Ă©lectronique de l'hĂ©lium : 1s2.

Outre un certain nombre d'excimÚres avec le tungstÚne, le fluor, l'iode, le soufre et le phosphore, l'hélium soumis à un flux d'électrons (sous l'effet d'un bombardement, d'une décharge ou à l'aide d'un plasma) peut également former des composés (dont la réalité "chimique" est encore débattue) avec le mercure (HgHe10) et le tungstÚne (WHe2), ainsi que des ions moléculaires HeNe+, He2+, He22+, HeH+ (hydrure d'hélium) et HeD+ (deutérure d'hélium)[11].

En théorie, d'autres composés seraient possibles, tel que le fluorohydrure d'hélium HHeF, qui serait analogue au fluorohydrure d'argon HArF détecté en 2000[12].

Certains calculs laissent penser que l'hélium pourrait former des oxydes ioniques stables[13]. Les deux nouvelles espÚces moléculaires prédites par ce modÚle, CsFHeO et N(CH3)4FHeO, dériveraient de l'anion métastable OHeF- déjà proposé en 2005 par une équipe de Taïwan, dans lequel la liaison O-He serait de nature covalente et la charge négative portée essentiellement par l'atome de fluor. Néanmoins, ces propositions demeurent pour l'heure de simples spéculations.

Article principal : HĂ©lium.

Chimie du néon

Configuration Ă©lectronique du nĂ©on : 1s2 2s2 2p6.

Le néon est en principe le moins réactif de tous les gaz nobles, et on considÚre généralement qu'il est réellement inerte chimiquement. Les énergies de liaisons calculées pour le néon avec divers éléments (hydrogÚne, bore, béryllium, métaux nobles) sont encore inférieures à celles calculées pour l'hélium. Aucun composé neutre du néon n'a été identifié, en revanche les ions moléculaires HNe+, HeNe+, Ne2+ et NeAr+ ont été observés lors d'études optiques ou spectroscopiques[14].

Article principal : NĂ©on.

Chimie de l'argon

Configuration Ă©lectronique de l'argon : 1s2 2s2 2p6 3s2 3p6.

L'argon est Ă  peine plus rĂ©actif que le nĂ©on. Le seul composĂ© connu Ă  ce jour autour de l'argon est l'hydrofluorure d'argon HArF, synthĂ©tisĂ© en aoĂ»t 2000 Ă  l'UniversitĂ© d'Helsinki[15]. Cette molĂ©cule n'a en fait jamais Ă©tĂ© isolĂ©e, mais seulement dĂ©tectĂ©e par spectroscopie. Elle est extrĂȘmement instable, et se dissocie en argon et fluorure d'hydrogĂšne au-dessus de -246 Â°C.

Article principal : Argon.

Chimie du krypton

Configuration Ă©lectronique du krypton : 1s2 2s2 2p6 3s2 3p6 4s2 3d10 4p6.

Le krypton est le plus lĂ©ger des gaz nobles pour lequel on a pu isoler au moins un composĂ© covalent, en l'occurrence le difluorure de krypton KrF2, synthĂ©tisĂ© pour la premiĂšre fois en 1963 dans la foulĂ©e des travaux sur le xĂ©non[15]. D'autres composĂ©s, dans lesquels un atome de krypton est liĂ© Ă  un atome d'azote pour les uns et Ă  un atome d'oxygĂšne pour les autres, ont Ă©galement Ă©tĂ© publiĂ©s[16], mais ils ne sont stable qu'en dessous de -60 Â°C pour les premiers et -90 Â°C pour les seconds. Certains rĂ©sultats font ainsi Ă©tat de la synthĂšse de divers oxydes et fluorures de krypton, ainsi que d'un sel d'oxoacide de krypton (Ă  l'instar de la chimie du xĂ©non).

Des études sur les ions moléculaires ArKr+ et KrH+ ont eu lieu, et les espÚces KrXe et KrXe+ ont été observées[17].

Les Ă©quipes de l'UniversitĂ© d'Helsinki, Ă  l'origine de la dĂ©tection du fluorohydrure d'argon HArF, auraient Ă©galement dĂ©tectĂ© du cyanohydrure de krypton HKrC≡N ainsi que de l'hydrokryptoacĂ©tylĂšne HKrC≡CH, qui se dissocieraient dĂšs 40 K[15].

D'une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, il faut recourir Ă  des conditions extrĂȘmes (matrice cryogĂ©nique ou jet gazeux supersonique) pour observer des molĂ©cules neutres dans lesquelles un atome de krypton est liĂ© Ă  un non-mĂ©tal comme l'hydrogĂšne, le carbone ou le chlore, voire Ă  un mĂ©tal de transition tel que le cuivre, l'argent ou l'or[18].

Article principal : Krypton.

Chimie du xénon

Configuration Ă©lectronique du xĂ©non : 1s2 2s2 2p6 3s2 3p6 4s2 3d10 4p6 5s2 4d10 5p6.

L'hexafluoroplatinate de xĂ©non a Ă©tĂ© le premier composĂ© jamais synthĂ©tisĂ© du xĂ©non (et, plus gĂ©nĂ©ralement, d'un gaz noble : voir plus haut).

À la suite de ces travaux, fondĂ©s sur des rĂ©actions d'oxydation, une foule de composĂ©s de xĂ©non combinĂ© Ă  du fluor et/ou de l'oxygĂšne ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©s, donnant une sĂ©rie d'oxydes, de fluorures et d'oxyfluorures de xĂ©non :

Les oxydes de xĂ©non sont solubles dans l'eau, oĂč ils donnent deux oxoacides :

L'acide perxĂ©nique est lui-mĂȘme susceptible de former des perxĂ©nates, par exemple :

Le dioxyde de xénon XeO2 demeure rebelle à toute tentative de synthÚse, et seul le cation XeO2+ a été détecté par spectroscopie dans de l'argon congelé[19].

La grande majoritĂ© des composĂ©s du xĂ©non produits jusque dans les annĂ©es 1980 combinaient le fluor et/ou l'oxygĂšne avec le xĂ©non[20],[21]; lorsqu'ils intĂ©graient d'autres Ă©lĂ©ments, comme de l'hydrogĂšne ou du carbone, c'Ă©taient gĂ©nĂ©ralement avec des atomes Ă©lectronĂ©gatifs d'oxygĂšne et/ou de fluor[22]. NĂ©anmoins, une Ă©quipe animĂ©e par le Prof. Markku RĂ€sĂ€nen de l'UniversitĂ© d'Helsinki a publiĂ© en 1995 la synthĂšse du dihydrure de xĂ©non XeH2, puis celle de l'hydroxy-hydrure de xĂ©non HXeOH, de l'hydroxĂ©noacĂ©tylĂšne HXeCCH et d'autres composĂ©s du xĂ©non[23],[24]. Par la suite, Khriatchev et al. ont publiĂ© la synthĂšse de HXeOXeH par photolyse d'eau dans une matrice de xĂ©non congelĂ©[25]. Ils ont Ă©galement fait Ă©tat des molĂ©cules deutĂ©rĂ©es HXeOD et DXeOD[26]. Le nombre de composĂ©s connus du xĂ©non est aujourd'hui de l'ordre du millier, certains prĂ©sentant des liaisons entre le xĂ©non et le carbone, l'azote, le chlore, l'or ou le mercure[18],[27], tandis que d'autres, observĂ©s dans des conditions extrĂȘmes (matrices cryogĂ©niques ou jets gazeux supersoniques) prĂ©sentent des liaisons entre le xĂ©non et l'hydrogĂšne, le bore, le bĂ©ryllium, le soufre, l'iode, le brome, le titane, le cuivre et l'argent[18].

L'un des composĂ©s les plus inattendus du xĂ©non est le complexe qu'il forme avec l'or. Le cation tĂ©traxĂ©non-or AuXe42+ a en effet Ă©tĂ© caractĂ©risĂ© par l'Ă©quipe allemande du Prof. Konrad Seppelt dans le complexe AuXe42+(Sb2F11−)2[28].

Article principal : XĂ©non.

Les composĂ©s des gaz nobles sont vus comme des espĂšces hypercoordonnĂ©es dans la mesure oĂč ils violent la rĂšgle de l'octet. Les liaisons dans ce type de structure peuvent ĂȘtre dĂ©crites selon le modĂšle de la liaison Ă  trois centres et quatre Ă©lectrons, dans lequel trois atomes colinĂ©aires Ă©tablissent deux liaisons rĂ©sultant chacune de trois orbitales molĂ©culaires issues des orbitales atomiques p de chacun des trois atomes. L'orbitale molĂ©culaire haute occupĂ©e se concentre sur les ligands, configuration stabilisĂ©e par leur caractĂšre Ă©lectronĂ©gatif : typiquement l'oxygĂšne et, surtout, le fluor.

Une liaison 3c-4e s'Ă©tablit entre deux ligands situĂ©s de part et d'autre de l'atome de xĂ©non. Les fluorures de xĂ©non sont particuliĂšrement bien dĂ©crits par ce modĂšle, qui explique d'une part pourquoi on a toujours un nombre pair d'atomes de fluor autour du xĂ©non dans ces composĂ©s, et d'autre part pourquoi leur gĂ©omĂ©trie est toujours Ă  base d'unitĂ©s F-Xe-F orthogonales :

Xenon-difluoride-3D-vdW.png Xenon-tetrafluoride-3D-vdW.png Xenon-hexafluoride-3D-vdW.png
Difluorure de xénon XeF2 Tétrafluorure de xénon XeF4 Hexafluorure de xénon XeF6

Chaque unitĂ© F-Xe-F formant une liaison 3c-4e peut Ă©galement ĂȘtre vue comme en Ă©quilibre entre deux formes ioniques en rĂ©sonance :

F-Xe+ -F \scriptstyle\rightleftharpoons F- +Xe-F

Cette représentation avec les formules de Lewis rend également bien compte de l'accroissement de la densité électronique autour des atomes de fluor ainsi que de la géométrie de ces molécules.

Chimie du radon

Configuration Ă©lectronique du radon : 1s2 2s2 2p6 3s2 3p6 4s2 3d10 4p6 5s2 4d10 5p6 6s2 4f14 5d10 6p6.

Le radon est un gaz noble radioactif. Son isotope le plus stable, le 222Rn, est issu du 226Ra et se dĂ©sintĂšgre par radioactivitĂ© α en 218Po avec une pĂ©riode radioactive de 3,823 jours. Cette donnĂ©e limite fortement les recherches pratiques sur cet Ă©lĂ©ment ainsi que les retombĂ©es potentielles de ces recherches, d'autant que ce gaz noble est plutĂŽt cher. C'est la raison pour laquelle, bien que le radon soit chimiquement plus rĂ©actif que le xĂ©non, assez peu de composĂ©s de radon ont Ă  ce jour Ă©tĂ© publiĂ©s ; ce sont simplement des oxydes ou des fluorures.

Le fluorure de radon a ainsi Ă©tĂ© synthĂ©tisĂ© dans les annĂ©es 1970[29],[30]; c'est un solide faiblement volatil dont la composition exacte n'a jamais pu ĂȘtre Ă©tablie en raison de la radioactivitĂ© du radon. Il pourrait s'agir d'un composĂ© ionique plus que covalent. La modĂ©lisation de la structure du difluorure de radon RnF2 aboutit Ă  une longueur de 208 pm pour la liaison Rn-F, et une stabilitĂ© thermodynamique supĂ©rieure pour RnF2 que pour XeF2 [31]. La molĂ©cule octaĂ©drique d'hexafluorure de radon RnF6 aurait une enthalpie de formation encore plus faible que celle de RnF2[32].

L'ion RnF+ se formerait avec l'hexafluoroarsénate de dioxygényle O2SbF6 selon la réaction[33]:

Rn(g) + 2 O2+SbF6-(s) → RnF+Sb2F11-(s) + 2 O2 (g)

Des oxydes de radon auraient également été synthétisés, notamment le trioxyde de radon RnO3 en URSS[34]. Le carbonyle de radon RnCO serait stable, avec une configuration linéaire[35]. Les molécules Rn2 et XeRn seraient étroitement stabilisées par couplage de spin[36].

Article principal : Radon.

Chimie (théorique) de l'élément 118 (ununoctium)

Configuration Ă©lectronique supposĂ©e de l'ununoctium : 1s2 2s2 2p6 3s2 3p6 4s2 3d10 4p6 5s2 4d10 5p6 6s2 4f14 5d10 6p6 7s2 5f14 6d10 7p6 ?

L'ununoctium est un Ă©lĂ©ment synthĂ©tique radioactif de numĂ©ro atomique 118 et de symbole Uuo appartenant Ă  la colonne des gaz nobles mais chimiquement trĂšs diffĂ©rents de ces derniers. Son noyau trĂšs instable n'a permis d'en synthĂ©tiser en tout et pour tout que trois atomes Ă  ce jour, avec de surcroĂźt une pĂ©riode radioactive de 0,89 ms (nuclĂ©ide 294Uuo). Dans ces conditions, toutes nos connaissances sur les propriĂ©tĂ©s massives de cet Ă©lĂ©ment sont issues de modĂšles thĂ©oriques Ă©laborĂ©s pour certains dĂšs les annĂ©es 1960[37].

La structure Ă©lectronique de l'Ă©lĂ©ment 118 lui confĂ©rerait une rĂ©activitĂ© chimique significative, qui le ferait s'Ă©carter du paradigme des gaz nobles, avec un caractĂšre Ă©lectropositif plus marquĂ©. Les calculs sur la molĂ©cule Uuo2 ont montrĂ© qu'elle aurait une Ă©nergie de liaison du mĂȘme ordre de grandeur que celle du dimĂšre de mercure Hg2 et une Ă©nergie de dissociation de 6 kJ/mol, soit quatre fois plus que celle du dimĂšre Rn2[38]. Mais le plus frappant est que la longueur de liaison calculĂ©e pour Uuo2 serait infĂ©rieure de 16 pm Ă  celle de Rn2, signe d'une liaison assez forte. NĂ©anmoins, l'ion UuoH+ aurait une Ă©nergie de dissociation infĂ©rieure Ă  celle de l'ion RnH+. Le composĂ© neutre UuoH aurait une liaison extrĂȘmement faible, qui serait assimilable Ă  une pure liaison de Van der Waals[39].

L'ununoctium semble former des composés plus stables avec les éléments trÚs électronégatifs, notamment avec le fluor dans le difluorure d'ununoctium UuoF2 et le tétrafluorure d'ununoctium UuoF4[40].

Contrairement aux autres gaz nobles, l'Ă©lĂ©ment 118 serait assez Ă©lectropositif pour former des liaisons covalentes avec le chlore[41] et conduire Ă  des chlorures d'ununoctium UuoCln.

Article principal : Ununoctium.

Complexes endoédriques de fullerÚnes

Complexe Ng@C60

C'est l'une des formes de clathrates organiques de gaz nobles les plus étudiées ces derniÚres années. Les fullerÚnes forment une classe de molécules de carbone de forme sphéroïdale, ellipsoïdale, tubulaire (on parle alors de nanotubes) voire d'anneau. Le plus courant de ces fullerÚnes est composé de soixante atomes de carbone disposés aux sommet d'un icosaÚdre tronqué donnant à la molécule l'aspect d'une sphÚre creuse évoquant un ballon de football. Ces molécules étant creuses, il est possible d'y piéger un atome de gaz noble quelconque, noté Ng, pour former un complexe, doté de propriétés physicochimiques particuliÚres, qu'on note conventionnellement Ng@C60 (voir image ci-contre).

La formation de complexes He@C60 et Ne@C60 par application d'une pression de 300 kPa de d'hĂ©lium ou de nĂ©on sur du fullerĂšne C60 a Ă©tĂ© publiĂ©e dĂšs 1993[42]. Mais en fait Ă  peine une molĂ©cule de fullerĂšne sur 650 000 peut ĂȘtre ainsi dopĂ©e par un atome endoĂ©drique de gaz noble ; ce taux peut ĂȘtre portĂ© Ă  une molĂ©cule sur 1 000 en appliquant une pression de 300 MPa d'hĂ©lium ou de nĂ©on.

On a également obtenu des complexes endoédriques d'argon Ar@C60, de krypton Kr@C60 et de xénon Ne@C60[43].

Article principal : FullerĂšne.

Notes et références

  1. ↑ C'est-Ă -dire dont les sous-couches s et p sont occupĂ©es respectivement par deux et six Ă©lectrons, faisant un total de huit — hormis bien sĂ»r l'hĂ©lium, qui n'a que deux Ă©lectrons sur sa sous-couche 1s.
  2. ↑ (en) Linus Pauling, « The Formulas of Antimonic Acid and the Antimonates Â», dans J. Am. Chem. Soc., vol. 55, no 5, juin 1933, p. 1895–1900 [lien DOI] .
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  5. ↑ (en) J. J. Manley, « Mercury Helides Â», dans Nature, no 117, 1926, p. 587-588 [lien DOI] .
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