Cheval d'Auvergne

Cheval d'Auvergne
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Cheval d'Auvergne monté en randonnée en 2007

Espèce Cheval (Equus caballus)
Région d’origine
Région Auvergne, Drapeau de France France.
Caractéristiques
Morphologie Cheval de trait léger médioligne[1].
Taille 1,43 m à 1,57 m[1]
Poids 450 à 650 kg[1]
Robe Uniquement baie ou noir pangaré
Tête Courte et expressive, chanfrein droit[1]
Pieds Ronds, fanons abondants[1]
Caractère Rustique et docile[1]
Autre
Utilisation Tourisme équestre

Le cheval d'Auvergne est un type de petit cheval de trait léger de terroir issu de la région Auvergne. Il porte une robe baie ou noir pangaré, et n'est actuellement pas reconnu comme une race par les haras nationaux français[2].

Ce petit cheval ancien a connu de nombreux croisements au fil de son histoire. Les différentes descriptions qui en sont faites évoquent plusieurs types d'animaux rassemblés sous le nom de « cheval d'Auvergne ». Le cheval de selle léger, devenu le « demi-sang d'Auvergne », était surtout destiné à la remonte des cavaleries de l'armée au début du XIXe siècle et a désormais disparu, mais le cheval de travail auvergnat, qui fut à l'origine utilisé pour les déplacements des paysans avant l'amélioration des routes, fut croisé pour devenir un cheval de trait léger employé à divers travaux des champs par les habitants de la région auvergnate, et a perduré jusqu'à notre époque en formant la souche du cheval d'Auvergne actuel.

Comme la plupart des chevaux de travail en Europe, l'auvergnat a failli disparaître avec la généralisation de la motorisation dans les années 1960 et 1970. Il fut alors croisé avec des chevaux de trait comme le comtois, pour devenir un animal de boucherie. Une association fut créée en 1994 pour assurer la sauvegarde des quelques animaux restants en attendant leur reconnaissance éventuelle comme race en France. Depuis, plusieurs actions ont été menées pour la promotion et la pérennité du cheval d'Auvergne, mais il reste néanmoins extrêmement rare et quasiment introuvable en dehors de sa région d'origine. C'est une bonne monture de randonnée, dont les 200 représentants recensés au début du XXIe siècle sont traditionnellement élevés de façon extensive en Auvergne.

Sommaire

Histoire de la race

Le cheval d’Auvergne a connu un destin très proche de celui des races locales de chevaux de travail face à la motorisation, l'évolution des modes de vie ne justifiant plus leur emploi[3],[4]. Définir ce cheval est cependant difficile en l'absence de publications scientifiques récentes et de reconnaissance officielle, les documents mentionnant le « cheval d'Auvergne » évoquent en effet des animaux très disparates, qui n'ont pas, ou rarement, été reconnus comme formant une race au cours de leur histoire.

Origine

Le cheval d'Auvergne pourrait être le descendant de chevaux abandonnés par les sarrasins.

Il n'existe aucune étude scientifique concernant l'origine du cheval d'Auvergne, mais plusieurs théories :

Selon l'association de la race Auvergne, ce cheval serait le lointain descendant de chevaux d'origines orientales abandonnés par les sarrasins dans les plaines du Vouillé vers l'an 732. Leurs chevaux seraient restés sur place dans les départements de Corrèze, de Creuse et de Haute-Vienne, puis les barons du pays s'en seraient emparés. Ces chevaux auraient constitué la souche d’une population qui a essaimé au cours des siècles suivants dans tout le Limousin puis l’Auvergne, et fut l'ancêtre du cheval limousin, très proche du cheval d'Auvergne léger[5],[4].

Selon Lætitia Bataille, spécialiste de l'élevage équin en France, le cheval d'Auvergne est issu de l'ancien cheval navarrin et de croisements avec des Pur Sang[2].

Selon les habitants de l'Auvergne, il serait endémique à la région et y vivrait « depuis la nuit des temps », ce cheval descendrait donc d'animaux préhistoriques qui s'y seraient tout simplement installé[6].

Il semble avoir existé deux types de chevaux auvergnats au cours de l'histoire, le cheval léger, ou « demi-sang auvergnat », était une monture de selle destinée à la cavalerie légère. Un cheval commun « à tout faire » était utilisé par les paysans locaux, suite à l'amélioration des routes carrossables, il fut croisé avec pour devenir apte à divers travaux agricoles et servir aux paysans dans tous leurs déplacements[7].

De l'antiquité au XVIIe siècle

Si l'on en croit les habitants de l'Auvergne, Vercingétorix utilisait déjà un « cob auvergnat » pour ses batailles[6], quoi qu'il en soit, le cheval d'Auvergne semble avoir été apprécié au Moyen Âge[8]. En 1577, le duc de Bouillon mentionne dans un texte en français classique qu'il chevauchait un animal d'Auvergne en partant de Turenne : « Je pars de Turenne, et m'en vins coucher chez M. de Beynac, avec Bousolles, Alagnac, La Vilatte et Annal, que j'avois nourris pages, Bouschant d'Auvergne, tous sans armes que nos espées, tous ayans de fort mauvais chevaux ; Bouschant avoit un petit cheval d'Auvergne assez bon ; le mien estoit un cheval qui alloit un grand pas, ne scachant tourner et encore moins courir (...) »[9],[10]. L'existence du cheval d'Auvergne est évoquée dans des documents du XVIIe siècle qui décrivent un petit cheval de montagne rustique de forme orientale, assez proche du sang. Le « barbe auvergnat » était sous Henri IV une monture très prisée de ses cavaliers, et selon la tradition, le fameux cheval blanc du roi lui-même provenait de la ferme du Barra, près d'Aurillac[11].

C'est Louis XIV qui, avec la création des Haras nationaux français au cours du XVIIe siècle, tenta d'« améliorer » ces chevaux dans le but surtout de remonter sa cavalerie[11]. Il fit pour cela appel à des étalons étrangers, de sang turc et barbe, et à des étalons frisons et hollandais, mais les croisements donnèrent peu de résultats, en raison surtout d'une mauvaise gestion des haras[11].

XVIIIe siècle

Lors d'un recensement de la population équine auvergnate par l'administration des haras en 1764, 604 juments seulement furent estimées comme susceptibles de donner naissance à de bons poulains dans la région, ce qui était très peu et reflétait la mauvaise qualité de la population chevaline auvergnate[12]. Les chevaux auvergnats restèrent assez longtemps de mauvaise réputation, ainsi, à la fin du XVIIIe siècle, ces animaux étaient décrits comme pourvus « d'une grosse tête, de larges oreilles et de peu d'encolure »[11], ou encore comme « lourds, malsains et sans nerfs »[7].

En 1788, 2 660 poulains d'Auvergne naquirent dans la région, et leur vente rapporta quelque 60 000 livres[7]. Avec la suppression des haras nationaux en 1790, les chevaux du pays retrouvèrent rapidement leurs anciennes caractéristiques du fait de la disparition des étalons étrangers qui y étaient stationnés. Pendant la révolution française, le général Houchard remonta tout un régiment de cavalerie légère près d'Aurillac, et durant tout le Premier Empire, les chasseurs étaient remontés avec des chevaux d'Auvergne[7].

XIXe siècle

Gravure d'un cheval auvergnat léger, en 1848.

Napoléon 1er apprécia les qualités du cheval auvergnat, qu'il réquisitionna massivement pour sa campagne de Russie[6]. Suite à ces réquisitions importantes, en 1815, la population de chevaux était décimée et affaiblie, elle ne cessa ensuite de décliner[7].

L'élevage des chevaux auvergnats destinés à la remonte des armées et à la cavalerie légère était géré par les haras et des éleveurs associés, la taille du cheval d'Auvergne étant estimée trop petite pour la cavalerie légère, il fut croisé avec des Pur Sang et des anglo-normands pour donner le « demi-sang d'Auvergne, » un cheval « à taille légère », destiné à la guerre, probablement plus fragile que la souche auvergnate originale, et qui fut largement utilisé pendant les guerres d’empires[4],[13].

Article connexe : Demi-sang (cheval).

Ainsi, un journal des haras daté du milieu du XIXe siècle rapporte que « l'Auvergne produit trois espèces (sous-races) de chevaux ». L'une d'elles était un cheval de course issu de l'ancienne race croisée avec les étalons arabes et anglais. La seconde espèce, en voie de disparition, tenait beaucoup de l'arabe et portait souvent une robe gris truité, elle possédait beaucoup d'ardeur et de fond. La troisième espèce était celle des « chevaux communs », croisés avec des chevaux de gros trait et des étalons anglo-normands[13].

Ancien cheval léger d'Auvergne et demi-sang d'Auvergne

Carte postale ancienne représentant deux auvergnats avec un cheval de type trait léger.
Article connexe : Morphologie du cheval.

Il existe plusieurs descriptions du cheval d'Auvergne léger tel qu'on le trouvait durant la première moitié du XIXe, mais elles sont parfois contradictoires. La race semble avoir peu à peu disparu en raison notamment du développement des routes carrossables[14]. En 1846, la disparition du cheval d'Auvergne dans le Cantal « était sur le point de devenir complète » et sur 6 500 juments couvertes chaque année, 5 827 étaient données au baudet, pour 673 saillies par le cheval[15]. En 1855, le cheval auvergnat léger utilisé pour la remonte des armées fut estimé définitivement perdu par les croisements[16]. M. Liégeard, directeur du haras d'Aurillac, disait un an plus tard que « si la race d'Auvergne existait, on sait que cette race ne vit malheureusement plus que dans le souvenir de ceux qui ont habité le pays, il y a 20 ou 25 ans »[17]. En 1863, Alexandre-Bernard Vallon se plaignait des croisements du cheval auvergnat : « les croisements qu'il a subis à différentes époques, et surtout avec les chevaux anglais de pur-sang ou de demi-sang, l'ont considérablement modifié en mauvaise part ».

Description de Louis-Furcy Grognier

En 1834, le naturaliste Louis-Furcy Grognier décrivait le cheval d'Auvergne comme « une émanation affaiblie de la race limousine, résultat immédiat du sang oriental »[4],[13]. On retrouvait en effet la même conformation et physionomie chez ces deux types de chevaux légers, bien que l'auvergnat soit décrit comme moins élégant et moins régulier que le cheval limousin. Sa taille moyenne était alors comprise entre 1,44 m et 1,48 m, et il était exclusivement destiné à être monté, décrit comme très peu adapté à l'attelage. Ses allures et son caractère étaient réputés moins bons que chez le cheval limousin, mais l'auteur ajoute que « mieux que les limousins et tous les autres chevaux d'Europe, ils gravissent les rochers les plus escarpés, et courent sur les penchants des précipices ». Les lieux de pâture du cheval auvergnat étaient généralement pauvres, ce qui les rendait faciles à nourrir et capables de supporter les longues abstinences, ils étaient aussi réputés des plus résistants à la maladie, mais également rapides car « ils ont dans les derniers temps vaincu quelquefois à la course de bons chevaux anglais »[13].

Description d'Alexandre-Bernard Vallon

L'hippologue Alexandre-Bernard Vallon décrivait l'ancien cheval auvergnat comme ayant « la tête courte et expressive ; l'encolure rouée ou renversée ; la crinière abondante et fine ; le garrot beau et souvent séparé de l'encolure par le coup de hache ; le dos et le rein bien conformés ; les hanches saillantes ; la croupe tranchante ; les membres secs, nerveux, mais non toujours exempts de défauts d'aplombs ; le jarret crochu et gros ; le paturon court ; le pied bien conformé et d'une corne très-dure ». Ces chevaux étaient considérés « sobres, rustiques, intelligents, un peu têtus, parfaitement appropriés à la nature du sol qui les produisait, et éminemment propres au service de la selle »[18].

Description de Jean-Henri Magne
Auvergnats se rendant à la ville sur leur cheval, carte postale de la fin du XIX siècle.

Selon Jean-Henri Magne, le cheval auvergnat « mesurait alors entre 1,45 m et 1,50 m, et sa robe était le plus souvent gris fer. Il possédait une tête fine aux salières creuses, un œil vif, des oreilles très droites et très mobiles, des narines larges, une encolure un peu courte, un garrot haut, tranchant et descendu, un poitrail et un corps étroits mais une poitrine profonde, un rein long, un flanc retroussé ou cordé, une croupe légèrement avalée ou en pupitre, des hanches saillants, des membres impeccables, secs et exempts de tares, terminés par un petit sabot noir, une jambe musclée et fine, un genou large et bien articulé, un canon lisse, au tendon bien détaché et presque aussi gros que l'os. L'impression générale était celle d'un cheval « manquant de pureté et d'élégance », mais vif, nerveux, solide, rustique et remarquablement endurant[19],[11] ».

Il mentionna le cheval auvergnat du Quercy et du Rouergue, comme étant souvent bai, avec une crinière forte et épaisse, et une tête ressemblant à celle du Mérens. Sobres, forts et agiles, excellents pour les coteaux secs et rocailleux de ces contrées, ils faisaient un très bon service de cavalerie pendant de longues années, en consommant très peu. Ils étaient vendus aux foires du Cantal, du Lot et de l'Aveyron[19].

Description d'André Sanson

Le cheval d'Auvergne demi-sang était décrit par André Sanson comme proche du cheval limousin, avec « moins d'élégance dans la physionomie », leur tête paraissait plus forte parce qu'ils sont plus petits, leur croupe plus courte, plus anguleuse et plus basse, leurs membres postérieurs moins longs, et ils avaient les jarrets crochus et clos, avec des pâturons courts. Il s'agissait là de différences liées à l'élevage en montagne, qui aidaient le cheval à descendre les pentes rapides, car « où le cheval d'Auvergne marche d'un pied solide et sans faire un faux pas, l'élégant animal aux aplombs irréprochables ne pourrait cheminer cinq minutes sans rouler au fond d'un ravin ». Les croisements avec des étalons Pur Sang avaient déjà selon lui fortement nuit aux qualités des chevaux[20].

Caractère et utilisations

Le cheval d'Auvergne léger était réputé être « la meilleure race de la République pour les troupes légères, dragons, hussards et officiers de cavalerie »[7]. Il s'agissait d'une des trois races légères employées à cet usage, avec le cheval navarrin et le cheval limousin[21]. Les meilleurs animaux de service se trouvaient au Mont-Dore, « bien taillés, nerveux, et jamais sujets aux maux d'yeux ou de jarrets »[7]. Le dépôt de remonte d'Aurillac effectuait alors ses achats de chevaux auvergnats dans les départements du Cantal, du Puy-de-Dôme, de la Corrèze et de l'Aveyron[18].

Ce cheval « fin, résistant et solide quoique un peu décousu » semble avoir été largement apprécié pour la selle, la guerre et la chasse[22]. Le cheval entier atteignait son plein développement à l'âge de cinq ans en moyenne, mais il était fréquemment monté dès l'âge de deux ou trois ans[23].

Mode d'élevage

Gravure de chevaux auvergnats extraite d'un rapport à Monsieur le préfet du Puy de Dôme sur le service de la monte en 1873.

En 1863, Alexandre-Bernard Vallon décrivit les différents modes d'élevage du cheval auvergnat. Dans le Cantal, la jument pleine était montée jusqu'au dixième mois de la gestation, et pas mieux nourrie, en hiver, que si elle était vide. Cinq ou six jours après la mise bas, on l'envoyait avec son poulain dans les pâturages où elle passait souvent la nuit. L'allaitement des poulains durait cinq à six mois. Après leur sevrage, une partie d'entre eux était vendue et exportée dans les départements voisins, l'autre restait dans les pâturages jusqu'au mois de novembre, époque à laquelle les poulains étaient rentrés à l'écurie. Leur stabulation durait jusqu'au mois d'avril, et les poulains ne sortaient guère que pour boire. Aux premiers beaux jours du printemps, les poulains étaient renvoyés dans les pâturages, pour y rester, nuit et jour, jusqu'au mois de novembre. À deux ans, les poulains mâles étaient castrés, et tous étaient montés douze mois après. La population chevaline était plus nombreuse dans le Cantal que dans les autres départements de l'ancienne Auvergne[18].

Dans le Puy-de-Dôme, les chevaux présentaient la même conformation et les mêmes qualités que dans le Cantal, mais étaient réputés « moins beaux et moins nombreux ». Le système d'élevage était lui aussi le même[18].

En Corrèze, les chevaux étaient moins grands que dans le Cantal et le Puy-de-Dôme, et donc moins vendus aux armées[18].

En Aveyron, des juments auvergnates croisées avec les étalons du dépôt de Rodez avait données naissance à un cheval particulier qui formait « la race du pays ». En été, il vivait dans les pâturages, où il trouvait une nourriture abondante ; en hiver, il était enfermé dans des écuries « où il ne recevait, pour toute nourriture, que le rebut des affouragements du bœuf ». À deux ans et demi, le poulain était employé à dépiquer les grains, à labourer et à porter le bât[18].

Les chevaux de selle employés dans les remontes des départements du Cantal, du Lot et de l'Aveyron étaient achetés pour la plupart à des foires d'Auvergne[19]. La région produisait beaucoup de chevaux et ils étaient élevés de façon économique ; vers l'âge de quatre ans, ils étaient vendus pour la cavalerie légère. Le Rouergue en produisait très peu[19].

Cheval d'Auvergne « paysan »

« Auvergnates se rendant au Marché », photographie de la fin du XIXe siècle.
Paysannes montagnardes se rendant au marché sur leurs chevaux, carte postale de la fin du XIXe siècle.

Dès la fin du XVIIIe siècle et tout au long du XIXe siècle, les paysans de la région auvergnate élevaient un cheval léger commun, qui possédait des aptitudes au travail et une rusticité pour assurer les travaux de la ferme et le transport, et qui avait l'avantage de résister aux hivers rigoureux des hauteurs. Les juments effectuaient aussi le dépiquage des blés[19]. Il connut un grand succès durant tout le XIXe siècle, où son modèle devint celui d'un trait léger au caractère et à la rusticité très appréciés[4]. Selon un rapport en 1873, l'ancienne race auvergnate « légère » était alors considérée perdue en raison du développement des routes carrossables dans la région, à partir des années 1830, qui eut pour conséquence de réduire la nécessité de posséder un cheval de selle et de favoriser l'élevage du cheval de trait léger de type carrossier, plus utile pour les paysans locaux puisqu'il leur permettait également d'effectuer les travaux des champs. L'élevage de chevaux pour la remonte n'était, de plus, que peu rémunérateur pour les éleveurs. Des chevaux de trait furent alors importés du Perche, de Normandie, de Bretagne et du Poitou et, croisés avec la race légère du pays, ont donné le cheval auvergnat « commun »[14].

Ce cheval auvergnat « à taille forte », était un animal « à deux fins » destiné surtout à tirer les charrettes, mais manquant de force pour le labour. Ce cheval de travail n'était pas exporté, contrairement au demi-sang[7], et exclusivement destiné aux travaux d'agriculture. Le cheval d'Auvergne fut également utilisé à la production de mulets[4].

Du XXe au XXIe siècle

Cheval d'Auvergne au début du XXe siècle

Dès le début du XXe siècle, les progrès et l’amélioration des routes provoquèrent un déclin dans la production du cheval d'Auvergne, et le type demi-sang disparut avec la fin de la cavalerie dans les armées[4]. Les chevaux élevés dans la région étaient selon ceux qui les étudièrent en 1908 « enfermés dans des écuries malsaines et insuffisamment alimentés »[24]. Une lettre des haras nationaux d'Aurillac à monsieur le ministre de l'agriculture datée du 4 avril 1932 fait état d'une « jumenterie fort mêlée, d'un disparate qui exclu toute idée de race fixée ». Les deux tiers des chevaux auvergnats étaient d'un type montagnard de trait léger, au tempérament robuste et d'une taille moyenne ne dépassant pas 1,55 m, portant une robe foncée[17].

La population du cheval de travail diminua, la fin de la traction animale pour les travaux des champs menaça alors la race d'extinction. Les animaux restants seraient ainsi les descendants de l'ancien cheval auvergnat de travail et du cheval limousin, actuellement disparu[25]. Dans les années 1960 et 1970, quelques chevaux furent croisés avec des traits bretons et comtois pour la production de viande, mais en dépit de ces croisements, le cheval auvergnat aurait conservé ses caractéristiques et perduré[4] jusqu'en 1994, où une association fut créée pour le sauver[2].

Depuis 1996, cette association travaille à la relance et à la sauvegarde de ce cheval grâce à des actions de reconnaissance et de promotion[4]. Elle est située au domaine de Moidas, à Orbeil à côté d’Issoire[26]. Les efforts de l'association s'orientent sur le rééquilibre des effectifs et la préservation des qualités de rusticité de ces chevaux de montagne[5] qui ne sont pas reconnus comme race par les haras nationaux. L'association des traits d'Auvergne tente d'obtenir sa reconnaissance officielle depuis 1997, pour ainsi bénéficier des aides accordées à la sauvegarde des races menacées[25]. L'homogénéité des animaux dans leur morphologie, leur psychologie et leur expression, dans le nord comme le sud du Massif central, est le principal argument prouvant une fixation de gènes dominants chez ce cheval[26]. En attendant, l'association tente de démontrer la vitalité du cheptel et de l'accroître[26]. Elle organise également, chaque année, deux concours modèle et allures dont un à Saint-Bonnet-le-Chastel le quatrième dimanche du mois d'octobre Le projet de stud-book est suivi par le haras d’Aurillac[27].

Description de la race moderne

Le cheval d'Auvergne n'a actuellement pas de standard officiel puisqu'il n'est pas reconnu comme race. C'est selon ses éleveurs un cheval médioligne compact de trait léger (ou demi-trait), de type postier[28], assez proche du cheval de selle et rappelant le trait comtois en plus fin. Il toise de 1,43 m à 1,57 mètre au garrot, et pèse entre 450 et 650 kg[1], pour une moyenne d'environ 500 kg[5].

Morphologie

Article connexe : Morphologie du cheval.
Tête

Elle est très expressive[28], plutôt petite, courte et avec un nez carré, des naseaux bien ouverts, un chanfrein droit ou légèrement concave, des yeux bordés vifs et expressifs en forme d'amande, soulignés par des arcades sourcilières saillantes, un front large, des oreilles courtes et mobiles[1],[25],[27]. Les têtes légères sont appréciées[27].

Avant-main

L'encolure est courte et légèrement ronde, généralement rouée, l'épaule plutôt droite et forte. Le garrot est peu saillant et tend à être noyé, le poitrail est ouvert, la poitrine descendue et les côtes rondes[1].

Dos et arrière-main

Le dos est court[28] et large, le rein court, puissant et bien attaché. La croupe est double, légèrement basculée mais non rabattue[1],[27].

Membres

Les membres sont très sains, aux canons courts, dotés des jarrets secs et souvent un peu clos, terminés par des pieds bien proportionnés par rapport à la masse du cheval et ronds[1]. Il possède parfois peu de fanons et des jambes assez fines pour un cheval de trait[25].

Crins

La crinière est très fournie en crins, légèrement ondulés, et peut être simple ou double[1], la queue est également très fournie, assez longue[25], et les fanons abondants[1].

Robe

Articles détaillés : robe baie du cheval et robe noire du cheval.

Ce cheval a une robe composée de poils fins, qui peut être baie sous toutes les variantes possibles, que ce soit le bai clair, bai cerise, bai cuivré, ou bai foncé, ou bien noir pangaré. Les extrémités noires sont bien marquées et peuvent remonter très haut le long des membres[1]. Les marques blanches importantes, comme les balzanes haut chaussées ou les listes larges, sont interdites[1], cette particularité est l'un des critères de reconnaissance des animaux[26]. L'association envisage de conserver cet aspect chez les animaux et de refuser toutes les marques blanches chez les étalons reproducteurs[25]. Le « nez de renard » serait apprécié[27].

Tempérament

Le cheval d'Auvergne est réputé être un bon porteur docile et énergique, vif et généreux, et doté d'un pied sûr. C'est un cheval sociable, rustique, et polyvalent[5],[1]. Évelyne Carpentier, éleveuse de ces animaux à La Ferme Equestre des Roches de Rochefort-Montagne, dit qu'« il a le caractère de l’Auvergnat. Il fait ce qu’il veut, mais il est très gentil... »[28].

Sélection

Chevaux dans la neige à Dauzat-sur-Vodable, dans le Puy-de-Dôme. Il ne s'agit pas de chevaux d'Auvergne.

Le cheval d'Auvergne est élevé de façon extensive dans le Massif central, où il joue un rôle comparable au Pottok pyrénéen[25], on peut en croiser dans le Vivarais et sur le plateau de Millevaches[6]. Les effectifs sont très faibles, quelques chevaux proches du trait d'Auvergne seraient signalés dans les Alpes[25]. L'association recherche les animaux qui auraient échappé à l’inventaire pour augmenter les effectifs, trouver d’autres souches et accroître la diversité génétique. Dans ce but, des chevaux âgés idéalement de plus de trois ans sont inscrits à titre initial en suivant une grille d'évaluation[27]. En 2006, l’association pour la sauvegarde et la relance du cheval d’Auvergne a reçu un soutien financier de 3 000 € de la part du Conseil régional[28]. Le but de l'association est de faire passer le nombre de saillies d’une vingtaine à une cinquantaine par an, elle propose dans ce but une aide de 150 € aux propriétaires de juments proches des caractéristiques de la race pour les inciter à faire saillir leurs animaux par l'un des huit étalons approuvés par l’association, afin de couvrir une partie des frais de déplacement et de pension chez l’étalonnier[27].

Utilisations

Randonnée équestre dans le Puy-de-Dôme, la monture n'est pas un cheval d'Auvergne

Le cheval d’Auvergne est actuellement utilisé pour le tourisme équestre et l’équitation de loisirs dans sa région d'origine[26], car il a l'avantage d'être totalement adapté à l'environnement de moyenne montagne[6]. Il pourrait avoir un avenir dans ces deux activités puisque sa morphologie lui permet d'être monté tout comme de tracter des attelages légers[25], il excelle d'ailleurs à l'attelage selon ses amateurs[29]. Selon Muriel Ronez, permanente de l’association, « l’idée n’est pas d’en faire un cheval de sport mais de tourisme équestre, d’attelage et de petits travaux agricoles »[27]. Très polyvalents, ils sont susceptibles de bons services dans les écoles d'équitation grâce à leur physionomie et leur bon caractère qui rassurent les débutants[29], ils sont également doués pour les compétitions de TREC[29].

Les juments sont élevées pour leur lait puisque la Ferme Équestre des Roches, située à Rochefort-Montagne, commercialise des savons au lait de jument d'Auvergne[30].

Du 19 au 23 septembre 2007, le Parc naturel régional des volcans d'Auvergne a organisé pour ses 30 ans une caravane itinérante de chevaux d'Auvergne montés et bâtés transportant des produits régionaux à travers son territoire[31].

Diffusion de l'élevage

En 2006, il y avait 150 chevaux recensés, principalement dans le Puy-de-Dôme et le Cantal, et en décembre 2007, 184 chevaux d’Auvergne. Quarante juments ont été saillies en 2006, 25 poulinages ont été déclarés, et 21 de ces poulains étaient inscriptibles au titre de l’ascendance[32].

Chevaux célèbres

Le type du cheval auvergnat semble avoir peu marqué la culture populaire.

Notes et références

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o et p Standard de la race du cheval d'Auvergne sur http://www.chevalauvergne.fr/. Consulté le 22 décembre 2009
  2. a, b et c Lætitia Bataille, « Textes à lire ». Consulté le 23 janvier 2010
  3. Peter, « Cheval d'Auvergne » sur http://www.a-horseman.com/. Consulté le 22 décembre 2009
  4. a, b, c, d, e, f, g, h et i L'histoire du cheval d'Auvergne sur http://www.chevalauvergne.fr/, Association pour la relance du cheval d'Auvergne. Consulté le 22 décembre 2009
  5. a, b, c et d Nathalie Van Der Schoor, « Cheval d'Auvergne », Chevaux de trait sur http://www.lesaboteur.com/. Consulté le 22 décembre 2009
  6. a, b, c, d et e petit cheval auvergne sur http://www.crapa-hutte.com, Crapa'hutte. Consulté le 23 décembre 2009
  7. a, b, c, d, e, f, g et h Alfred Durand, La vie rurale dans les Massifs volcaniques des Dores, du Cézallier, du Cantal et de l'Aubrac, 2006, 530 p. (ISBN 9782848190570) [lire en ligne], p. 250 
  8. Brigitte Prévot et Bernard Ribémont, Le cheval en France au Moyen Age: sa place dans le monde médiéval ; sa médecine, l'exemple d'un traité vétérinaire du XIVe siècle, la Chirurgie des chevaux : Collection medievalia, vol. 10 de Medievalia, Caen, Paradigme, 1994, 522 p. (ISBN 9782868780720) 
  9. Joseph Fr Michaud et Jean-Joseph-François Poujoulat, Nouvelle collection des mémoires pour servir à l'histoire de France depuis le XIIIe siècle jusqu'à la fin du XVIIIe : précédés de notices pour caractériser chaque auteur des mémoires et son époque, suivi de l'analyse des documents historiques qui s'y rapportent, Guyot, 1851 [lire en ligne], p. 36 
  10. Michel Francisque, Du passé et de l'avenir des haras: recherches sur le commerce, les dénominations et la production des chevaux, principalement en France, avant 1789, Michel Lévy Frères, 1861, 216 p. [lire en ligne], p. 152 
  11. a, b, c, d et e Alfred Durand, La vie rurale dans les Massifs volcaniques des Dores, du Cézallier, du Cantal et de l'Aubrac, 2006, 530 p. (ISBN 9782848190570) [lire en ligne], p. 249 
  12. Jacques Mulliez, Les chevaux du royaume: histoire de l'élevage du cheval et de la création des haras, Montalba, 1983, 398 p. [lire en ligne], p. 284 
  13. a, b, c et d F. Joseph Cardini, Dictionnaire d'hippiatrique et d'équitation: ouvrage où se trouvent réunies toutes les connaissances hippiques, vol. 2, Bouchard-Huzard, 1848 [lire en ligne], p. 341 
  14. a et b Rapport à Monsieur le préfet du Puy de Dôme sur le service de la monte en 1873., 1873 
  15. Académie vétérinaire de France, Société Centrale de Médecine Vétérinaire, École nationale vétérinaire d'Alfort, Recueil de médecine vétérinaire, vol. 23, Vigot Éditions, 1846 [lire en ligne], p. 1030 
  16. Antoine Richard, Dictionnaire raisonné d'agriculture et d'économie du bétail: suivant les principes des sciences naturelles appliquées, vol. 1, Firmin Didot Frères, 1855 [lire en ligne], p. 170 
  17. a et b Lettre des haras nationaux d'Aurillac à monsieur le ministre de l'agriculture, Aurillac, 4 avril 1932 
  18. a, b, c, d, e et f Alexandre-Bernard Vallon, Cours d'hippologie à l'usage de MM. les officiers de l'armée..., vol. 2, Saumur, Javaud, 1863 [lire en ligne], p. 504-507 
  19. a, b, c, d et e Jean Henri Magne, Hygiène vetérinaire appliquée étude de nos races d'animaux domestiques et des moyens de les améliorer, vol. 1, Labe, 1857 [lire en ligne], p. 341 - 345 
  20. André Sanson, Applications de la zootechnie, Librairie Agricole de la maison rustique, 1867 [lire en ligne], p. 129-130 
  21. École nationale vétérinaire d'Alfort, Recueil de médecine vétérinaire, vol. 19, Vigot [lire en ligne], p. 574 
  22. Comptes rendus des séances de l'Académie d'Agriculture de France, vol. 33, Académie, 1947 [lire en ligne], p. 171 
  23. Annales de la Société d'agriculture, sciences, arts et commerce du Puy, vol. 5, 1831 [lire en ligne], p. 72 
  24. Revue scientifique, vol. 15, Revue scientifique, 1908 [lire en ligne] 
  25. a, b, c, d, e, f, g, h et i Daniel Wantz, « Le cheval d'Auvergne », Ferme n°48. Consulté le 22 décembre 2009
  26. a, b, c, d et e À Orbeil, le cheval d’Auvergne bien sauvegardé sur http://www.auvergne.fr/. Consulté le 22 décembre 2009
  27. a, b, c, d, e, f, g et h Peyre Arse Prese, « Course de fond pour relancer la race des chevaux d’Auvergne » sur http://www.lunion-cantal.com/, juillet 2006. Consulté le 22 décembre 2009
  28. a, b, c, d et e Au galop vers le boulot sur http://www.auvergne.info, 2006. Consulté le 11 janvier 2010
  29. a, b et c La race Auvergne sur http://www.chevalauvergne.fr/. Consulté le 22 décembre 2009
  30. Produits à base de lait de jument. Consulté le 23 décembre 2009
  31. 30 ans du Parc naturel régional des Volcans d’Auvergne : le Cheval d’Auvergne est de retour sur le territoire, du 19 au 23 septembre sur http://www.parcs-naturels-regionaux.fr/, septembre 2007. Consulté le 11 janvier 2010
  32. [PDF]Bulletin d'information et de liaison de l'association pour la sauvegarde et la relance du cheval d'Auvergne, association pour la sauvegarde et la relance du cheval d'Auvergne. Consulté le 23 décembre 2009
  33. Alexandre Dumas, Les trois mousquetaires, vol. 2, Lévy, 1868 [lire en ligne], p. 73 

Voir aussi

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Articles connexes

Liens externes

Bibliographie

XIXe siècle

  • F. Joseph Cardini, Dictionnaire d'hippiatrique et d'équitation: ouvrage où se trouvent réunies toutes les connaissances hippiques, vol. 2, Bouchard-Huzard, 1848 [lire en ligne], p. 341 
  • Jean Henri Magne, Hygiène vetérinaire appliquée étude de nos races d'animaux domestiques et des moyens de les améliorer, vol. 1, Labe, 1857 [lire en ligne], p. 341 - 345 
  • Alexandre-Bernard Vallon, Cours d'hippologie à l'usage de MM. les officiers de l'armée..., vol. 2, Saumur, Javaud, 1863 [lire en ligne], p. 504-507 
  • André Sanson, Applications de la zootechnie, Librairie Agricole de la maison rustique, 1867 [lire en ligne], p. 129-130 
  • Société des amis de l'Université de Clermont, Revue d'Auvergne, vol. 9, Typ. et lithog. G. Mont-Louis, 1892 [lire en ligne], p. 25-33 
  • Claude Sosthène Grasset d'Orcet, Histoire du cheval à travers les âges, réédition 2006, Édit, Paris.

XXe et XXIe siècles

  • Revue scientifique, vol. 15, Revue scientifique, 1908 [lire en ligne] 
  • François Baysse, L'élevage du cheval et du mulet en Auvergne, 1948, 57 p. [lire en ligne] 
  • Michel Dumont Saint Priest, Le cheval en Auvergne, La Courrière, 1er décembre 1998, 100 p. (ISBN 9782912393029) [lire en ligne] 
  • Alfred Durand, La vie rurale dans les Massifs volcaniques des Dores, du Cézallier, du Cantal et de l'Aubrac, 2006, 530 p. (ISBN 9782848190570) [lire en ligne] 

Articles de presse

  • Lætitia Bataille, « Le cheval d'Auvergne en quête de reconnaissance », dans Cheval Magazine, no 403, juin 2005 [texte intégral] 
  • « Race : Cheval d'Auvergne, lutin des volcans », dans Cheval Attitude, no 5, novembre-décembre 2006 [texte intégral] 


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