Charles V De France

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Charles V De France

Charles V de France

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Charles V
Roi de France
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Jean de Vaudetar, présente sa Bible, au roi Charles V.

RĂšgne
8 avril 1364 - 16 septembre 1380
Sacre 19 mai 1364 en la cathĂ©drale de Reims
Dynastie Valois
Titre complet Roi de France
Duc de Normandie (1355-1364)
Prédécesseur Jean II
Successeur Charles VI
HĂ©ritier Jean (1359-1364)
Jean (1366)
Charles VI Red crown.png (1368-1380)

Autres fonctions
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Biographie
Naissance 21 janvier 1338
Pavillon royal de France.svg Vincennes, France
DĂ©cĂšs 16 septembre 1380 (Ă  42 ans)
Pavillon royal de France.svg Paris, France
PĂšre Jean II
MĂšre Bonne de Luxembourg
Conjoint(s) Jeanne de Bourbon
Descendance Jeanne (1357-1360)
Jean (1359-1364)
Bonne (1360)
Jean (1366)
Charles VI Red crown.png
Marie (1370-1377)
Louis d'Orléans
Isabelle (1373-1378)
Catherine (1378-1388)
RĂ©sidence(s) Paris

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Rois de France

Charles V de France, dit Charles le Sage (21 janvier 1338 - Vincennes, 16 septembre 1380 - BeautĂ©-sur-Marne), est roi de France de 1364 Ă  1380. Son rĂšgne marque la fin de la premiĂšre partie de la guerre de Cent Ans : il rĂ©ussit Ă  rĂ©cupĂ©rer la quasi-totalitĂ© des terres perdues par ses prĂ©dĂ©cesseurs, restaure l'autoritĂ© de l'État et relĂšve le royaume de ses ruines.

Il est, un temps, proche du mouvement rĂ©formateur. En 1357, il se retrouve Ă  la tĂȘte d'une monarchie contrĂŽlĂ©e, alors que son pĂšre Jean le Bon est prisonnier des Anglais. Bien que confrontĂ© aux ambitions de Charles de Navarre et aux manƓuvres d'Étienne Marcel, il sauve la couronne des Valois alors que le pays sombre dans la guerre civile. SacrĂ© en 1364, il restaure l'autoritĂ© royale en la fondant sur l'État de droit et en poursuivant la politique de monnaie forte instaurĂ©e par les conseillers de son pĂšre. Ce faisant, un parallĂšle s'Ă©tablit entre son rĂšgne et celui de saint Louis, qui reste la rĂ©fĂ©rence du bon gouvernement pour l'Ă©poque.

Il formalise la dĂ©centralisation du pouvoir par la politique des apanages sur lesquels il garde autoritĂ© en les finançant grĂące Ă  l'instauration d'impĂŽts durables. Ces nouvelles ressources lui permettent de doter la France d'une armĂ©e permanente qui, associĂ©e aux armĂ©es de ses frĂšres, permet de se dĂ©barrasser des Grandes Compagnies qui ruinent le pays, puis de vaincre les Anglais. Cette victoire est aussi acquise par les succĂšs diplomatiques qu'il obtient en retournant les vassaux gascons favorables Ă  l'Angleterre et en isolant celle-ci du reste de l'Europe. Cette reconquĂȘte s'effectue en grande partie en encourageant le sentiment national naissant, transformant les Anglais en envahisseurs.

Son rĂšgne est enfin marquĂ© par le grand Schisme d'Occident, qu'il n'a pas pu ou voulu empĂȘcher.

Sommaire

Généalogie

Ascendance

Charles V est issu de la branche royale des Valois de la dynastie capétienne.

Il est le fils de Jean II dit le Bon et de Bonne de Luxembourg, et le frÚre de Louis, duc d'Anjou, de Jean, duc de Berry et de Philippe, dit le Hardi, duc de Bourgogne. Généalogie Charles V.svg

Descendance

MariĂ© Ă  Jeanne de Bourbon, avec laquelle il partage des liens de consanguinitĂ©[1], le 8 avril 1350 ; il a huit enfants dont deux seulement atteignent l'Ăąge adulte. La pathologie psychiatrique de Charles VI pourrait ĂȘtre liĂ©e Ă  cette consanguinitĂ©.

Aspect physique et personnalité

Charles V

Portant les sĂ©quelles d'une maladie de jeunesse contractĂ©e en 1349[2], il n'est pas si chĂ©tif qu'on l'a Ă©crit (73 kg en 1362 aprĂšs une longue maladie et 77,5 kg en 1368[3]), mais sa santĂ© fragile l'Ă©carte des tournois et des champs de bataille : sa main droite est si enflĂ©e qu'il ne peut manier d'objets pesants[4]. Il n'en a pas moins un sens aigu de la majestĂ© royale. Il a l'esprit vif, et il est proprement machiavĂ©lique : sa biographe Christine de Pisan le dĂ©crit « sage et visseux Â» (retors) et Jean de Gand le qualifie de « royal attorney Â»[4]. Son tempĂ©rament tranche avec celui de son pĂšre Jean le Bon, dont la grande sensibilitĂ© se traduit par des explosions de colĂšres non contenues, et qui ne s'entoure que de personnes avec lesquelles il a des liens d'amitiĂ©[5]. TrĂšs tĂŽt, la mĂ©sentente est manifeste entre pĂšre et fils aux personnalitĂ©s si dissemblables[6].

Charles V est trĂšs instruit : Christine de Pisan le dĂ©crit comme un intellectuel accompli maĂźtrisant les sept arts libĂ©raux[7]. C'est aussi un roi trĂšs pieux. Sa dĂ©votion l'aide Ă  supporter les Ă©preuves, le sort s'acharnant longtemps Ă  ne pas lui donner d'hĂ©ritier, et Ă©tant sujet Ă  de nombreux problĂšmes de santĂ© devant lesquels la mĂ©decine de l'Ă©poque reste dĂ©munie [8]. Il soutient notamment l'expansion de l'ordre des CĂ©lestins[9].

Il est Ă©galement adepte de l'astrologie et de diverses sciences occultes. L'inventaire de sa bibliothĂšque en 1380 fait Ă©tat de trente ouvrages traitant de gĂ©omancie, et le septiĂšme des livres de sa bibliothĂšque sont des ouvrages d'astronomie, d'astrologie ou d'art divinatoire[10]. Cependant, cela va Ă  l'encontre de la doctrine de l'Église et de l'UniversitĂ© Ă  l'Ă©poque ainsi que celle de ses conseillers : ces croyances restent dans la sphĂšre privĂ©e du roi et n'interfĂšrent pas dans ses dĂ©cisions politiques[11].

Biographie

Enfance

Petite enfance

Il est Ă©duquĂ© Ă  la cour avec une bande d'enfants d'Ăąge similaire dont il restera proche : Philippe d'OrlĂ©ans son oncle, ses trois frĂšres Louis, Jean et Philippe, Louis de Bourbon, Édouard et Robert de Bar, Godefroy de Brabant, Louis d'Étampes, Louis d'Évreux (frĂšre de Charles le Mauvais), Jean et Charles d'Artois, Charles d'Alençon et Philippe de Rouvre[12].

Son précepteur est probablement Sylvestre de la Servelle[13], qui lui inculque le latin et la grammaire. Sa mÚre et sa grand-mÚre paternelle meurent de la peste en 1349, alors qu'il vient de quitter la cour pour se rendre dans son apanage du Dauphiné. Son grand-pÚre, Philippe VI, meurt peu aprÚs en 1350[14].

Premier dauphin de la maison de France

Charles V et Jeanne de Bourbon

Le comte Humbert II, ruiné du fait de son incapacité à lever l'impÎt[15] et sans héritier aprÚs la mort de son fils unique, vend le Dauphiné[16], terre du Saint-Empire romain germanique. Ni le pape ni l'empereur ne se portant acquéreurs, l'affaire est conclue avec Philippe VI.

Selon l'accord, il doit revenir Ă  un fils du futur roi Jean le Bon. C'est donc Charles, en tant que fils aĂźnĂ© de ce dernier, qui devient le dauphin. Il n'a que onze ans, mais est immĂ©diatement confrontĂ© Ă  l'exercice du pouvoir. Il prĂȘte serment aux prĂ©lats et reçoit l'hommage de ses vassaux.

Le 8 avril 1350 Ă  Tain-l'Hermitage, le dauphin Ă©pouse sa cousine Jeanne de Bourbon. L'accord prĂ©alable du pape a Ă©tĂ© obtenu pour ce mariage consanguin[17] qui est probablement Ă  l'origine des troubles psychiatriques de Charles VI et de la fragilitĂ© des autres enfants de Charles V. Le mariage fut retardĂ© par la mort de sa mĂšre Bonne de Luxembourg et de sa grand-mĂšre Jeanne de Bourgogne, emportĂ©es par la peste (il ne les a plus vues depuis qu'il est parti en DauphinĂ©)[18]. Le dauphin a lui-mĂȘme Ă©tĂ© gravement malade d'aoĂ»t Ă  dĂ©cembre 1349[18]. Les rassemblements Ă©tant limitĂ©s pour ralentir la diffusion de la peste qui sĂ©vissait alors dans toute l'Europe, le mariage a lieu dans l'intimitĂ©[17].

Le contrÎle du Dauphiné est précieux pour le royaume de France car il occupe la vallée du RhÎne, un axe commercial majeur entre Méditerranée et nord de l'Europe depuis l'Antiquité, les mettant en contact direct avec Avignon, ville papale et centre diplomatique incontournable de l'Europe médiévale. En dépit de son jeune ùge, le dauphin s'applique à se faire reconnaßtre par ses sujets, intercÚde pour faire cesser la guerre qui sévit entre deux familles de vassaux[17]. Il acquiert ainsi une expérience qui lui sera fort utile.

Rapprochement avec le parti réformateur

Articles dĂ©taillĂ©s : Charles le Mauvais, Robert Le Coq et Godefroy de Harcourt.

Mission en Normandie

Jean II adoubant des chevaliers, enluminure des XIVe ou XVe siĂšcles, BNF

Charles est rappelĂ© Ă  Paris Ă  la mort de son grand-pĂšre Philippe VI et participe, le 26 septembre 1350 Ă  Reims, au sacre de son pĂšre Jean le Bon, qui l'arme chevalier de l'Ordre de l'Étoile Ă  cette occasion[19]. La lĂ©gitimitĂ© de Jean le Bon, et celle des Valois en gĂ©nĂ©ral, ne fait pas alors l’unanimitĂ©. Son pĂšre, Philippe VI, surnommĂ© par certains le « roi trouvĂ© Â», avait perdu toute crĂ©dibilitĂ© avec les dĂ©sastres de CrĂ©cy, de Calais, les ravages de la peste et les mutations monĂ©taires nĂ©cessaires pour soutenir les finances royales. Le clan royal doit donc faire face Ă  une opposition Ă©manant de toute part dans le royaume.
La premiĂšre d’entre elle est menĂ©e par Charles II de Navarre dit le Mauvais, dont la mĂšre Jeanne avait renoncĂ© en 1328 Ă  la couronne de France contre celle de Navarre. Charles II de Navarre est l’aĂźnĂ© d'une puissante lignĂ©e. Ambitieux, il parvient Ă  cristalliser autour de lui, les mĂ©contents des rĂšgnes des premiers Valois. Il est soutenu dans cette cause par ses proches et leurs alliĂ©s : la famille de Boulogne (le comte, le cardinal, leurs deux frĂšres et leur parentĂ© d'Auvergne), les barons champenois fidĂšles Ă  Jeanne II de Navarre (la mĂšre de Charles le Mauvais et petite-fille de la derniĂšre comtesse de Champagne)[20] et par les fidĂšles de Robert d'Artois, chassĂ© du royaume par Philippe VI. Il dispose par ailleurs de l'appui de la puissante UniversitĂ© de Paris et des marchands du Nord-Ouest pour lesquels le commerce trans-Manche est vital[21].

La Charte aux Normands de 1315, confirmée en 1339 par Philippe VI, garantit une large autonomie à la Normandie.

La Normandie pose problĂšme au clan royal. Le duchĂ© dĂ©pend autant Ă©conomiquement des Ă©changes maritimes Ă  travers la Manche que de ceux par transport fluvial sur la Seine. La Normandie n'est plus possession anglaise depuis 150 ans, mais les propriĂ©taires fonciers (nobles et clergĂ©) ont des terres de part et d'autre de la Manche (depuis la conquĂȘte normande de l'Angleterre, puis par le jeu successif des alliances matrimoniales)[22]. DĂšs lors, se ranger officiellement derriĂšre l'un ou l'autre souverain pourrait entraĂźner une confiscation d'une partie de leurs terres ; c'est pourquoi la noblesse normande se regroupe en clans solidaires qui lui permettent de pouvoir faire front. Ainsi obtient-elle des chartes garantissant au duchĂ© une grande autonomie. Raoul de Brienne est un exemple significatif : il mĂšne une politique Ă©trangĂšre indĂ©pendante, et s'il commande l'armĂ©e française envoyĂ©e en Écosse en 1335, c'est en tant que capitaine gĂ©nĂ©ral engagĂ© par contrat et non comme l’obligĂ© du roi.

Toutefois, la noblesse normande n’est pas, et ce depuis longue date, indemne de divisions ; les comtes de Tancarville et d'Harcourt se livrent Ă  une guerre sans merci depuis plusieurs gĂ©nĂ©rations[23]. Pour avoir l'appui d'une partie des barons normands, les rois de France soutiennent les comtes de Tancarville, auxquels ils ont confiĂ© la charge de chambellan de l'Échiquier de Normandie. Cette cour, qui rend justice de maniĂšre indĂ©pendante, est une charge de grande importance et revient pratiquement Ă  celle exercĂ©e par un duc de Normandie. Cependant, afin d’éviter toute Ă©ventuelle allĂ©geance de seigneurs normands Ă  Édouard III qui, lors de la dĂ©claration de guerre, a fait valoir ses droits Ă  la couronne de France, Philippe VI a Ă©tĂ© contraint de composer avec le clan des d'Hartcourt[24]. Il nomme ainsi Godefroy de Harcourt, capitaine souverain en Normandie[25]. Logiquement, Jean le Bon, quand il Ă©tait duc de Normandie, a liĂ© des liens Ă©troits avec les Tancarville, qui reprĂ©sentent le clan loyaliste. Or, le vicomte Jean de Melun a Ă©pousĂ© Jeanne, la seule hĂ©ritiĂšre du comtĂ© de Tancarville[26]. Par la suite, ce sont les Melun-Tancarville qui forment l'ossature du parti de Jean le Bon, alors que Godefroy de Harcourt est le dĂ©fenseur historique des libertĂ©s normandes et donc du parti rĂ©formateur. Le rapprochement entre ce dernier et Charles de Navarre, celui-ci se posant en champion des rĂ©formateurs, va de soi[25].

L’Échiquier de Normandie (XIIe siĂšcle) rend justice en Normandie. La seconde Charte aux Normands de 1339, leur garantit le droit de ne jamais ĂȘtre citĂ©s devant une autre juridiction.

Le 19 novembre 1350, Jean le Bon, Ă  peine sacrĂ© roi de France, fait arrĂȘter puis exĂ©cuter Raoul de Brienne, comte de GuĂźnes et connĂ©table de France. Il semble que celui-ci devait rendre hommage Ă  Édouard III, ce qui aurait Ă©tĂ© catastrophique pour le nouveau roi car aurait ouvert la porte Ă  d'autres dĂ©fections vers le camp anglais[27]. Pour Ă©viter ces dĂ©fections Ă©ventuelles, l'affaire est rĂ©glĂ©e dans le secret. Or, l'opacitĂ© totale qui entoure cette exĂ©cution a un effet complĂštement contre-productif et alimente les rumeurs. Une grande partie de la noblesse normande et les nombreux soutiens du connĂ©table se rallient au camp navarrais[28] : les seigneurs normands et la noblesse du Nord-Ouest (de Picardie, d'Artois, du Vermandois, du Beauvaisis et de Flandre dont l'Ă©conomie dĂ©pend des importations de laine anglaise), ainsi que les frĂšres de Picquigny, fidĂšles alliĂ©s du connĂ©table[20]. Au lendemain de la mort de ce dernier, Charles le Mauvais Ă©crit au duc de Lancastre, fils d'Édouard III : « Tous les nobles de Normandie sont passĂ©s avec moi Ă  mort Ă  vie Â»[20].

Brillant orateur et habituĂ© Ă  la monarchie contrĂŽlĂ©e par sa frĂ©quentation des cortes navarraises (l’équivalent des Ă©tats gĂ©nĂ©raux), Charles le Mauvais se fait le champion de la rĂ©forme d'un État jugĂ© trop arbitraire, ne laissant plus voix ni Ă  la noblesse ni aux villes (Jean le Bon gouverne avec un cercle de favoris et d'officiers d’ascendance parfois roturiĂšre). À l'inverse de son pĂšre, Charles V ne considĂšre pas le pouvoir du roi comme lĂ©gitime, mais relevant de l’acquis; il doit, selon lui, s’obtenir grĂące Ă  l'approbation de ses sujets et nĂ©cessite une grande capacitĂ© d'Ă©coute. Cette vision des choses lui permet de se rapprocher des nobles normands et du courant rĂ©formateur, et donc de Charles de Navarre.

Royaume de France en 1350      Possessions de Charles de Navarre      Ă‰tats pontificaux      Territoires contrĂŽlĂ©s par Édouard III      Zone d'influence Ă©conomique anglaise      Zone d'influence culturelle française

La puissance du Navarrais est telle que, le 8 janvier 1354, il fait assassiner en toute impunitĂ© son rival Charles de la Cerda (le favori du roi), assumant ouvertement ce crime. Il obtient mĂȘme, lors du traitĂ© de Mantes, des concessions territoriales et de souverainetĂ© grĂące Ă  la menace d'une alliance avec les Anglais. Mais Ă  Avignon, Français et Anglais nĂ©gocient une paix qui empĂȘcherait Charles de Navarre de compter sur le soutien d'Édouard III et l'Ă©loignerait dĂ©finitivement du pouvoir ; il conclut donc avec les Anglais un traitĂ© au terme duquel le royaume de France serait tout simplement partagĂ©[29],[30]. Un dĂ©barquement anglais est prĂ©vu pour la fin de la trĂȘve qui expire le 24 juin 1355[30].

Le roi Jean missionne le dauphin en mars 1355 pour organiser la dĂ©fense de la Normandie, ce qui passe par la levĂ©e de l'impĂŽt nĂ©cessaire[31]. La tĂąche est difficile du fait de l'influence grandissante de Charles le Mauvais qui, en vertu du traitĂ© de Mantes, a un statut proche de celui de « duc Â» et, susceptible de s'allier Ă  Édouard III, peut Ă  tout moment ouvrir les portes de la Normandie Ă  l'Anglais[32]. Le dauphin sait se faire accepter. Les Normands rechignent d'autant plus Ă  faire rentrer les taxes que les Navarrais les y encouragent, mais l'argent rĂ©coltĂ© est redistribuĂ© aux seigneurs qui ont bien voulu consentir Ă  tailler leurs sujets. Il reste peu de finances pour Ă©quiper des hommes d'armes, mais le dauphin y gagne des sympathies. Ses capacitĂ©s d'Ă©coute lui permettent d'Ă©viter la guerre en obtenant en juin une rĂ©conciliation entre le Navarrais et le roi qui est scellĂ©e par une cĂ©rĂ©monie Ă  la cour le 24 septembre 1355[31]. Édouard III prend ombrage du nouveau revirement de Charles de Navarre (il se mĂ©fie dĂ©sormais de ce concurrent Ă  la couronne de France trop gourmand et trop retors): le dĂ©barquement promis n'a pas lieu[30].

La tentative de fugue

L'oncle du dauphin et empereur Charles IV, subissant une offensive diplomatique de la part des Anglais, et inquiĂ©tĂ© par l'influence grandissante des Français sur l'ouest de l'empire (la Bourgogne, le DauphinĂ© et de nombreuses places fortes sont contrĂŽlĂ©s par les Français), menace de renĂ©gocier son alliance avec son beau-frĂšre Jean le Bon et Ă©mancipe le duc de Bourgogne pour ses possessions en terre d'empire (du fait de son jeune Ăąge, ses terres sont gĂ©rĂ©es par son beau-pĂšre, le roi de France)[33]. Le roi fait montre d'intransigeance et la tension monte. Charles, qui est trĂšs proche de son oncle et risque d'y perdre le DauphinĂ©, est opposĂ© Ă  la façon de procĂ©der de son pĂšre. MontĂ© contre lui par Robert Le Coq (l'un des plus fervents Navarrais, jouant double jeu auprĂšs de Jean le Bon) qui ne cesse de lui assurer que son pĂšre cherche Ă  l'Ă©vincer du pouvoir, il organise avec le concours du parti navarrais une fugue visant Ă  rencontrer l'empereur, lui prĂȘter l’hommage et apaiser les tensions[28]. Elle doit avoir lieu en dĂ©cembre 1355. Le roi, mis au courant du complot par Robert de Lorris, convoque son fils et lui confie la Normandie en apanage pour le rassurer sur ses sentiments envers lui et contrer le travail de sape des Navarrais[34].

Blason duche fr Normandie.svg Duc de Normandie

Le 6 janvier 1356, Charles devient ainsi Charles Ier de Normandie. Mais Jean le Bon, averti du complot de partage du pays ourdi par Charles le Mauvais et les Anglais à Avignon, se décide à mettre le Navarrais hors d'état de nuire.

Le 5 avril 1356, le dauphin Charles a conviĂ© en son chĂąteau de Rouen toute la noblesse de la province, Ă  commencer par le comte d'Évreux, Charles le Mauvais, pour fĂȘter son intronisation en Normandie. La fĂȘte bat son plein lorsque surgit Jean II le Bon, coiffĂ© d'un bassinet et l'Ă©pĂ©e Ă  la main, qui vient se saisir de Charles le Mauvais en hurlant : « Que nul ne bouge s'il ne veut ĂȘtre mort de cette Ă©pĂ©e! Â»[30]. À ses cĂŽtĂ©s, son frĂšre Philippe d'OrlĂ©ans, son fils cadet Louis d'Anjou et ses cousins d'Artois forment une escorte menaçante. À l'extĂ©rieur, une centaine de cavaliers en armes tiennent le chĂąteau[30]. Le roi se dirige vers la table d'honneur, agrippe le roi de Navarre par le cou et l'arrache violemment de son siĂšge en hurlant : « TraĂźtre, tu n'es pas digne de t'asseoir Ă  la table de mon fils! Â». Colin Doublet, Ă©cuyer de Charles le Mauvais, tire alors son couteau pour protĂ©ger son maĂźtre, et menace le souverain. Il est aussitĂŽt apprĂ©hendĂ© par l'escorte royale qui s'empare Ă©galement du Navarrais[30]. ExcĂ©dĂ© par les complots de son cousin avec les Anglais, le roi laisse Ă©clater sa colĂšre qui couve depuis la mort, en janvier 1354, de son favori le connĂ©table Charles d'Espagne.

Article dĂ©taillĂ© : Assassinat de Charles de la Cerda.
Arrestation de Charles le Mauvais

MalgrĂ© les supplications de son fils qui, Ă  genoux, implore de ne pas le dĂ©shonorer, le roi se tourne vers Jean d'Harcourt, infatigable dĂ©fenseur des libertĂ©s provinciales, mais qui a Ă©tĂ© mĂȘlĂ© Ă  l'assassinat de Charles de la Cerda. Il lui assĂšne un violent coup de masse d'armes sur l'Ă©paule avant d'ordonner son arrestation. Le soir mĂȘme, le comte d'Harcourt et trois de ses compagnons, dont l'Ă©cuyer Doublet, sont conduits au lieu-dit du Champ du Pardon. En prĂ©sence du roi, le bourreau, un criminel libĂ©rĂ© pour la circonstance qui gagne ainsi sa grĂące, leur tranche la tĂȘte[30].

Deux jours plus tard, la troupe regagne Paris pour cĂ©lĂ©brer la fĂȘte de PĂąques. Charles le Mauvais est emprisonnĂ© au Louvre, puis au ChĂątelet. Mais la capitale n'est pas sĂ»re, aussi est-il finalement transfĂ©rĂ© Ă  la forteresse d'Arleux, prĂšs de Douai, terre d'Empire[35] depuis le mariage en 1324 de Marguerite II de Hainaut avec Louis IV de Wittelsbach, l'empereur romain germanique.

IncarcĂ©rĂ©, Navarre gagne en popularitĂ© ; ses partisans le plaignent et rĂ©clament sa libertĂ©. La Normandie gronde et nombreux sont les barons qui renient l'hommage prĂȘtĂ© au roi de France et se tournent vers Édouard III d'Angleterre. Pour eux, Jean le Bon a outrepassĂ© ses droits en arrĂȘtant un prince avec qui il a pourtant signĂ© la paix. Pire encore, ce geste est perçu par les Navarrais comme le fait d'un roi qui se sait illĂ©gitime et espĂšre Ă©liminer un adversaire dont le seul tort est de dĂ©fendre ses droits Ă  la couronne de France. Philippe de Navarre, frĂšre de Charles le Mauvais, envoie son dĂ©fi au roi de France le 28 mai 1356[36]. Les Navarrais, et particuliĂšrement les seigneurs normands, passent en bloc du cĂŽtĂ© d'Édouard III qui, dĂšs le mois de juin, lance ses troupes dans de redoutables chevauchĂ©es, en Normandie et en Guyenne. Le 19 septembre, Jean le Bon est fait prisonnier par les Anglais, aprĂšs la dĂ©faite de Poitiers.

Lieutenant du royaume puis régent pendant la captivité de Jean le Bon

L'ordonnance de 1357

Étienne Marcel, Illustration du XIXe siĂšcle
Articles dĂ©taillĂ©s : Étienne Marcel et Grande ordonnance de 1357.

En 1356, la guerre de Cent Ans tourne largement à l'avantage des Anglais. Le pÚre de Charles et son frÚre Philippe sont emprisonnés à Londres. En tant que fils le plus ùgé du roi, Charles doit reprendre en main le royaume. La noblesse française, qui tient son pouvoir de droit divin et doit donc le justifier sur le champ de bataille, sort complÚtement discréditée des désastres de Crécy et de Poitiers, d'autant que cette période correspond à une montée en puissance de l'artisanat et du commerce, et donc des villes, qui n'attendent que l'occasion de revendiquer une liberté et un pouvoir proportionnels à leur importance économique au sein de la société (en Angleterre les citadins ont été en mesure d'imposer la Grande Charte).

Le retour Ă  Paris du dauphin Charles est difficile : il n'a que 18 ans, peu de prestige personnel (d'autant qu'il a quittĂ© le champ de bataille de Poitiers contrairement Ă  son pĂšre et son frĂšre Philippe le Hardi), peu d'expĂ©rience et doit porter sur ses Ă©paules le discrĂ©dit des Valois. Il s'entoure des membres du conseil du roi de son pĂšre, qui sont trĂšs dĂ©criĂ©s.

Les Ă©tats gĂ©nĂ©raux se rĂ©unissent le 17 octobre 1356. Le dauphin, trĂšs affaibli, se heurte Ă  une forte opposition : Étienne Marcel, Ă  la tĂȘte de la bourgeoisie, alliĂ© avec les amis de Charles II de Navarre, dit Charles le Mauvais, regroupĂ©s autour de l'Ă©vĂȘque de Laon, Robert Le Coq[37]. Les Ă©tats gĂ©nĂ©raux dĂ©clarent le dauphin lieutenant du roi et dĂ©fenseur du royaume en l’absence de son pĂšre, et lui adjoignent un conseil de douze reprĂ©sentants de chaque ordre[38].

Les Ă©tats exigent la destitution des conseillers les plus compromis (honnis pour avoir brutalement dĂ©valuĂ© la monnaie Ă  plusieurs reprises[39]), la capacitĂ© Ă  Ă©lire un conseil qui assistera le roi, ainsi que la libĂ©ration du Navarrais. Le dauphin, proche des idĂ©es rĂ©formatrices, n'est pas contre l'octroi d'un rĂŽle plus important des Ă©tats dans le contrĂŽle de la monarchie. En revanche, la libĂ©ration de Charles de Navarre est inacceptable car elle mettrait fin au rĂšgne des Valois. Pas assez puissant pour pouvoir refuser d'emblĂ©e ces propositions, le dauphin ajourne sa rĂ©ponse (prĂ©textant l'arrivĂ©e de messagers de son pĂšre[37]), congĂ©die les Ă©tats gĂ©nĂ©raux et quitte Paris, son frĂšre Louis le futur duc d’Anjou rĂ©glant les affaires courantes. Les Ă©tats gĂ©nĂ©raux sont prorogĂ©s et seront convoquĂ©s de nouveau le 3 fĂ©vrier 1357.

Avant de partir, le 10 dĂ©cembre 1356, le dauphin publie une ordonnance donnant cours Ă  une nouvelle monnaie, ce qui lui permettrait de remplir ses caisses sans passer par les Ă©tats. Il s'agit cette fois d'un renforcement monĂ©taire de 25 %, ce qui avantage les propriĂ©taires fonciers: c'est-Ă -dire la noblesse, le clergĂ© et le patriciat urbain (qui possĂšde une bonne partie de l'immobilier des grandes villes) donc les catĂ©gories sociales reprĂ©sentĂ©es aux Ă©tats. Cela provoque une levĂ©e de boucliers de la population parisienne qui voit ses loyers croĂźtre de 25%[40]. Étienne, lui, choisit le parti des compagnons et des boutiquiers contre la grande bourgeoisie et les spĂ©culateurs qu'il tient pour responsables de ses malheurs dans la succession de Pierre des Essars: il devient maĂźtre de la rue[40]. Des Ă©chauffourĂ©es Ă©clatent et Étienne Marcel fait pression sur Louis d’Anjou puis sur le dauphin, qui doit rĂ©voquer l’ordonnance et rappeler les Ă©tats gĂ©nĂ©raux[41].

Pendant ce temps, le dauphin va Ă  Metz rendre hommage Ă  son oncle l'empereur Charles IV pour le DauphinĂ©, ce qui lui permet d'obtenir son soutien diplomatique. À son retour en mars 1357, il accepte la promulgation de la « grande ordonnance Â», esquisse d'une monarchie contrĂŽlĂ©e et vaste plan de rĂ©organisation administrative, mais obtient le maintien en captivitĂ© de Charles de Navarre. Une commission d'Ă©puration doit destituer et condamner les fonctionnaires fautifs (et particuliĂšrement les collecteurs d'impĂŽts indĂ©licats) et confisquer leurs biens. 9 conseillers du dauphin sont rĂ©voquĂ©s (Étienne Marcel tient sa vengeance contre Robert de Lorris)[42]. Six reprĂ©sentants des Ă©tats entrent au conseil du roi, qui devient un conseil de tutelle. L'administration royale est surveillĂ©e de prĂšs : les finances, et particuliĂšrement les mutations monĂ©taires et les subsides extraordinaires, sont contrĂŽlĂ©es par les Ă©tats[43].

Libération de Charles de Navarre

Article dĂ©taillĂ© : Charles le Mauvais.

Un gouvernement du rĂ©gent contrĂŽlĂ© par les Ă©tats avec son assentiment est donc mis en place. Deux conseils cohabitent : celui du dauphin et celui des Ă©tats. Mais pour les rĂ©formateurs et particuliĂšrement les Navarrais cela ne suffit pas : le retour du roi de captivitĂ© peut mettre fin Ă  cet essai institutionnel. Étienne Marcel et Robert Le Coq organisent donc la libĂ©ration de Charles de Navarre, qui peut prĂ©tendre Ă  la couronne et est toujours enfermĂ©. Cependant, pour se dĂ©douaner face au dauphin, on donne Ă  cette libĂ©ration l’aspect d’un coup de force spontanĂ© de fidĂšles navarrais (les frĂšres Picquigny)[44].

Charles V ne peut qu'accepter la réconciliation avec Charles de Navarre libéré.

Le retour de Charles de Navarre est mĂ©ticuleusement organisĂ© : il est libĂ©rĂ© le 9 novembre, il est reçu avec le protocole rĂ©servĂ© au roi dans les villes qu’il traverse, accueilli par les notables et la foule rĂ©unie par les Ă©tats. Le mĂȘme cĂ©rĂ©monial se reproduit dans chaque ville depuis Amiens jusqu’à Paris : il est reçu par le clergĂ© et les bourgeois en procession, puis il harangue une foule toute acquise, expliquant qu’il a Ă©tĂ© spoliĂ© et incarcĂ©rĂ© par Jean le Bon alors qu’il est issu de lignĂ©e royale[45].

Mis devant le fait accompli, le dauphin ne peut refuser la demande d’Étienne Marcel et de Robert le Coq et signe des lettres de rĂ©mission pour le Navarrais. Le 30 novembre, il harangue 10 000 Parisiens rĂ©unis par Étienne Marcel au PrĂ© aux Clercs. Le 3 dĂ©cembre, Étienne Marcel s’invite avec un fort parti bourgeois au conseil du roi qui doit dĂ©cider de la rĂ©habilitation de Charles de Navarre, sous prĂ©texte d’annoncer que les Ă©tats rĂ©unis au Couvent des Cordeliers ont consenti Ă  lever l’impĂŽt demandĂ© par le dauphin et qu’il ne reste que l’accord de la noblesse Ă  obtenir. Le dauphin ne peut qu’acquiescer et rĂ©habilite Charles le Mauvais[46].

Plus dangereux encore pour les Valois, les Ă©tats doivent trancher la question dynastique le 14 janvier 1358. Charles le Mauvais exploite le mois d’attente pour assoir sa position en Normandie[47]. Craignant le retours de Jean le Bon, il monte une armĂ©e[48]. À la tĂȘte de ses troupes anglo-navarraises prend contrĂŽle de toute la basse Normandie puis remonte la VallĂ©e de la Seine. Il reçoit des renforts: son lieutenant Martin Henriquez dĂ©barque Ă  Rouen avec 1400 hommes[49]. Il dĂ©ploie ses talents d'orateurs et de mise en scĂšne pour sĂ©duire la noblesse et la bourgeoisie normandes[50]. Le dauphin se montre actif, en organisant la dĂ©fense du pays contre les nombreux mercenaires qui, faute de solde, pillent le pays. Les marĂ©chaux de Normandie, de Champagne et de Bourgogne se rendent Ă  sa cour. Il cantonne Ă  Paris une armĂ©e de 2 000 hommes venus du DauphinĂ© sous prĂ©texte de protĂ©ger la ville des exactions des Grandes Compagnies[51]. Cela met la ville sous pression. Le 11 janvier, il s’adresse aux Parisiens aux Halles en expliquant pourquoi il lĂšve une armĂ©e et en mettant en cause les Ă©tats pour leur incapacitĂ© Ă  assurer la dĂ©fense du pays malgrĂ© l’argent prĂ©levĂ© lors des levĂ©es d’impĂŽts : c’est un succĂšs et Étienne Marcel doit organiser d’autres rĂ©unions noyautĂ©es par ses partisans pour le mettre en difficultĂ©[52]. Le 14 janvier, les Ă©tats n’arrivant Ă  s’entendre ni sur la question dynastique, ni sur la levĂ©e d’un nouvel impĂŽt, on dĂ©cide d’une nouvelle mutation monĂ©taire pour renflouer les caisses de l’État [53]. Les esprits s’échauffent contre les Ă©tats, pour le plus grand bĂ©nĂ©fice du dauphin [53].

L'exĂ©cution de l'ordonnance de 1357 est vite bloquĂ©e. La commission d'Ă©puration est dĂ©signĂ©e mais ne fonctionne que cinq mois. Les collecteurs d'impĂŽts nommĂ©s par les Ă©tats rencontrent l'hostilitĂ© des paysans et des artisans pauvres. Les six dĂ©putĂ©s entrĂ©s au conseil de tutelle sont en minoritĂ© et les Ă©tats gĂ©nĂ©raux manquent d’expĂ©rience politique pour contrĂŽler en permanence le pouvoir du dauphin qui, en acquĂ©rant du savoir-faire, retrouve l'appui des fonctionnaires. Les dĂ©placements frĂ©quents, coĂ»teux et dangereux Ă  l'Ă©poque, dĂ©couragent les dĂ©putĂ©s de province et les Ă©tats sont de moins en moins reprĂ©sentatifs. Peu Ă  peu, seule la bourgeoisie parisienne vient siĂ©ger aux assemblĂ©es. Enfin, Jean le Bon, qui garde un grand prestige, dĂ©savoue le dauphin et, depuis sa prison, interdit l'application de l'ordonnance de 1357. Étienne Marcel, constatant l'Ă©chec de l'instauration d'une monarchie contrĂŽlĂ©e par voie lĂ©gislative, essaie de la faire proclamer par la force. Il ne remet pas en cause la nĂ©cessitĂ© d'avoir un souverain, mais il cherche Ă  composer avec celui qui lui laissera le plus de pouvoir. Il oscille entre la faiblesse supposĂ©e du dauphin et la cupiditĂ© de Charles le Mauvais.

Royaume de France entre 1356 et 1363 : Jacqueries et Grandes Compagnies      Possessions de Charles de Navarre      Territoires contrĂŽlĂ©s par Édouard III avant le traitĂ© de BrĂ©tigny      Le premier traitĂ© de Londres cĂšde l'Aquitaine des PlantagenĂȘts aux Anglais et rĂšgle la guerre de succession de Bretagne par une alliance du duchĂ© avec l'Angleterre       Le deuxiĂšme traitĂ© de Londres comprend en plus la Normandie et le Maine

      ChevauchĂ©e d'Édouard III en 1359-60

     Territoires cĂ©dĂ©s par la France Ă  l'Angleterre par le traitĂ© de BrĂ©tigny (suit le tracĂ© du premier traitĂ© de Londres)

Voyant la situation Ă©voluer vers une monarchie contrĂŽlĂ©e avec Charles de Navarre Ă  sa tĂȘte, Jean le Bon se dĂ©cide Ă  conclure les nĂ©gociations avec les Anglais. Pour cela, il lui faut nĂ©gocier directement avec Édouard III. Jean le Bon est donc transfĂ©rĂ© de Bordeaux Ă  Londres. Ses conditions d’incarcĂ©ration sont royales : il est logĂ© avec sa cour de plusieurs centaines de personnes (ses proches capturĂ©s avec lui Ă  Poitiers et ceux qui l'ont rejoint), libertĂ© de circulation en Angleterre, hĂ©bergement Ă  l’HĂŽtel de Savoie[54].

Il signe en janvier 1358 le premier traitĂ© de Londres, qui prĂ©voit :

L'assassinat des maréchaux

La nouvelle de l'acceptation par Jean le Bon du premier traitĂ© de Londres, qui cĂšde le tiers du territoire, Ă  l'Angleterre provoque un tollĂ© dont Étienne Marcel va profiter.

Jean Baillet, le trĂ©sorier du dauphin, est assassinĂ© le 24 janvier 1358. Le meurtrier (le valet d'un changeur parisien) est saisi alors qu'il se rĂ©fugiait dans une Ă©glise et le dauphin fait de son exĂ©cution un exemple[56]. Étienne Marcel exploite les esprits qui s'Ă©chauffent : il y a deux cortĂšges funĂšbres, celui de la victime suivi par le dauphin et celui du meurtrier qui est lui suivi par la bourgeoisie parisienne[57].

Le 22 fĂ©vrier 1358, Étienne Marcel dĂ©clenche une Ă©meute rĂ©unissant trois mille personnes qu'il a convoquĂ©es en armes[57]. La foule surprend Regnault d'Acy, l'un des nĂ©gociateurs du TraitĂ© de Londres qui a rapportĂ© la nouvelle Ă  Paris. Il se rĂ©fugie dans une pĂątisserie oĂč on l'Ă©gorge fĂ©rocement avec ses proches.

Meurtre des marĂ©chaux. En arriĂšre plan, Étienne Marcel tend un chaperon rouge et bleu au dauphin.

Puis la foule envahit le Palais de la CitĂ© pour affronter le rĂ©gent[57]. Étienne Marcel et certains de ses partisans parviennent Ă  sa chambre dans le but de l'impressionner pour pouvoir mieux le contrĂŽler. Il s'exclame: « Sire, ne vous Ă©bahissez pas des choses que vous allez voir, car elles ont Ă©tĂ© dĂ©cidĂ©es par nous, et il convient qu'elles soient faites Â». Le marĂ©chal de Champagne Jean de Conflans et le marĂ©chal de Normandie Robert de Clermont sont tuĂ©s devant le prince, qui est couvert de leur sang et croit son existence menacĂ©e. Marcel l'oblige Ă  coiffer le chaperon rouge et bleu des Ă©meutiers (aux couleurs de Paris) alors que lui-mĂȘme met le chapeau du dauphin et Ă  renouveler l’ordonnance de 1357[58].

Il l'Ă©pargne pensant pouvoir le contrĂŽler aisĂ©ment : c'est une lourde erreur. Le timide et frĂȘle dauphin se rĂ©vĂšlera ĂȘtre un redoutable politique. De fait, jamais Étienne Marcel ne parviendra Ă  le contrĂŽler, mĂȘme si dans les premiers temps le futur monarque n'avait pas assez de pouvoir pour contrer directement ce redoutable tribun.

Le dauphin ne peut qu’accepter un nouveau changement institutionnel. Son conseil est Ă©purĂ© et quatre bourgeois y entrent. Le gouvernement et les finances sont aux mains des Ă©tats[59], Charles le Mauvais reçoit un commandement militaire et de quoi financer une armĂ©e de 1 000 hommes, le dauphin lui obtient de devenir rĂ©gent du royaume ce qui permet de ne plus tenir compte des dĂ©cisions du roi tant que celui-ci demeure en captivitĂ© (et en particulier des traitĂ©s de paix inacceptables)[60].

Pour ratifier cette nouvelle ordonnance et en particulier son contenu fiscal, il faut l’accord de la noblesse dont une partie ne veut plus se rĂ©unir Ă  Paris (en particulier les Champenois et Bourguignons, scandalisĂ© par l’assassinat des marĂ©chaux, qui ont quittĂ© Paris). La noblesse se rĂ©unissant Ă  Senlis fournit au dauphin l’occasion qu’il attendait pour quitter la capitale, ce qu’il fait le 17 mars. Il participe aux Ă©tats de Champagne qui ont lieu le 9 avril Ă  Provins, obtient le soutien de la noblesse de l’est du royaume, et met les dĂ©lĂ©guĂ©s parisiens en difficultĂ©[61]. Fort de ce succĂšs, il s’empare des forteresses de Montereau et de Meaux. L’accĂšs est de Paris est bloquĂ©[61]. Au sud et Ă  l’ouest, les Grandes Compagnies Ă©cument le pays. Il ne reste que l’accĂšs nord qui permette de garder le contact avec les villes des Flandres. Les accĂšs fluviaux sont bloquĂ©s. Le 18 avril, Étienne Marcel lui envoie son dĂ©fi et la ville se prĂ©pare au combat : on creuse des fossĂ©s, le remblai constituant un talus pour arrĂȘter les tirs d’artillerie. On finance ces travaux par une mutation monĂ©taire et en prĂ©levant un impĂŽt, ce qui diminue la confiance des Parisiens envers le gouvernement des Ă©tats[62].

Le dauphin rĂ©unit les Ă©tats gĂ©nĂ©raux Ă  CompiĂšgne. Ils dĂ©cident le prĂ©lĂšvement d’un impĂŽt contrĂŽlĂ© par les Ă©tats, un renforcement monĂ©taire (la monnaie ne devant plus bouger jusqu’en 1359); par contre le conseil du dauphin n’est plus contrĂŽlĂ© par les Ă©tats[63].

Jacqueries

Article dĂ©taillĂ© : Grande Jacquerie.
Les Jacques et leurs alliĂ©s parisiens sont surpris par une charge de chevalerie Ă  bout portant alors qu'ils donnent l'assaut Ă  la forteresse du marchĂ© de Meaux oĂč est retranchĂ©e la famille du dauphin.

Le 28 mai 1358, les paysans de Saint-Leu-d'Esserent (prĂšs de Creil dans l'Oise), excĂ©dĂ©s par les levĂ©es fiscales votĂ©es Ă  CompiĂšgne et destinĂ©es Ă  mettre le pays en dĂ©fense, se rebellent[64]. Rapidement, les exactions contre les nobles se multiplient au nord de Paris, zone Ă©pargnĂ©e par les Grandes Compagnies et tenue ni par les Navarrais ni par les troupes du dauphin. 5 000 hommes se regroupent rapidement autour d’un chef charismatique, Guillaume Carle, connu sous le nom que lui attribue Froissart : Jacques Bonhomme. Il reçoit trĂšs rapidement des renforts de la part d’Étienne Marcel (300 hommes menĂ©s par Jean Vaillant)[65], afin de libĂ©rer Paris de l’encerclement que le dauphin est en train de rĂ©aliser en prĂ©servant l’accĂšs nord qui permet de communiquer avec les puissantes villes des Flandres[66]. L'alliance avec Étienne Marcel semble rĂ©ussir lorsque les Jacques s'emparent du chĂąteau d'Ermenonville.

Le 9 juin, les hommes du PrĂ©vĂŽt de Paris et une partie des Jacques (environ mille hommes) conduisent un assaut sur la forteresse du MarchĂ© de Meaux oĂč sont logĂ©s le rĂ©gent et sa famille pour s’assurer de sa personne[67]. C’est un Ă©chec : alors que les Jacques se ruent Ă  l’assaut de la forteresse, ils sont balayĂ©s par une charge de cavalerie menĂ©e par le comte de Foix, Gaston PhĂ©bus, et le captal de Buch, Jean de Grailly[68].

Mais le gros des forces de Guillaume Carle veut en dĂ©coudre Ă  Mello, bourgade du Beauvaisis le 10 juin. ÉcartĂ© du pouvoir par Étienne Marcel qui a trop vite cru contrĂŽler le rĂ©gent aprĂšs l'assassinat des marĂ©chaux, Charles le Mauvais doit reprendre la main et montrer au PrĂ©vĂŽt de Paris que son soutien militaire est indispensable[69]. PressĂ© par la noblesse et particuliĂšrement par les Picquigny auxquels il doit la libertĂ© et dont le frĂšre vient d’ĂȘtre tuĂ© par les Jacques, Charles le Mauvais y voit le moyen d'en devenir le chef[65]. D'autre part, les marchands pourraient voir d'un bon Ɠil que l'on sĂ©curise les axes commerciaux[65]. Il prend la tĂȘte de la rĂ©pression, engage des mercenaires anglais et rallie la noblesse. Il s’empare par ruse de Guillaume Carle venu nĂ©gocier, et charge les Jacques dĂ©capitĂ©s. C’est un massacre, et la rĂ©pression qui s'en suit est trĂšs dure : quiconque est convaincu d'avoir Ă©tĂ© de la compagnie des Jacques est pendu sans jugement[70]. La jacquerie se termine dans un bain de sang dont Charles le Mauvais porte la responsabilitĂ©, alors que le dauphin a su garder les mains propres.

La reconquĂȘte de Paris

Assassinat d'Étienne Marcel par Jean Maillard le 31 Juillet 1358

Une fois la Jacquerie Ă©crasĂ©e, Charles de Navarre, rentre Ă  Paris le 14 juin 1358[71]. Il pense avoir ralliĂ© Ă  lui la noblesse, mais une grande partie des seigneurs qui Ă©tait Ă  ses cĂŽtĂ©s contre les Jacques ne le suit pas dans cette dĂ©marche, et reste derriĂšre le rĂ©gent qui a su gagner leur confiance. Charles le Mauvais s’établit Ă  Saint-Denis. Il est fait capitaine de Paris par acclamation et Étienne Marcel envoie des lettres dans toutes les villes du royaume pour qu’il soit fait « capitaine universel Â» [71]. L’objectif est de crĂ©er une grande ligue urbaine et d’opĂ©rer un changement dynastique en faveur du Navarrais.

On engage des archers anglais pour pallier les nombreuses dĂ©fections de chevaliers qui ont quittĂ© les rangs de l’armĂ©e de Charles le Mauvais et assiĂšgent Paris avec le dauphin Ă  partir du 29 juin. Ce dernier se voit encore renforcĂ© par l’arrivĂ©e de nombreuses compagnies qui voient dans le pillage de Paris une bonne affaire[72]. Ces troupes remportent quelques escarmouches contre les troupes d'Étienne Marcel ou du Navarrais[73].

Le dauphin veut Ă  tout prix Ă©viter un bain de sang qui le discrĂ©diterait et souhaite une solution nĂ©gociĂ©e. Il ne fait donc pas donner l’assaut et continue le blocus en espĂ©rant que la situation change. Mais les mercenaires anglais qui dĂ©fendent la capitale sont considĂ©rĂ©s comme ennemis et s’attirent l’inimitiĂ© des Parisiens. Le 21 juillet, Ă  la suite d’une rixe de taverne qui dĂ©gĂ©nĂšre en combat de rue, 34 archers anglais sont massacrĂ©s[74]. Les Parisiens en armes en saisissent 400 qu’ils veulent soumettre Ă  rançon[74].

Le lendemain, Étienne Marcel, Robert Le Coq et Charles de Navarre rĂ©unissent la population place de GrĂšve pour calmer les esprits, mais les Ă©vĂ©nements leur Ă©chappent et la foule rĂ©clame de les dĂ©barrasser des Anglais. Pour maĂźtriser la foule (8 000 piĂ©tons et 1 600 cavaliers en arme), ils la conduisent par groupes distincts vers les mercenaires en embuscade ; ceux-ci taillent les Parisiens en piĂšces : 600 Ă  700 meurent dans ces affrontements[75]. Les Parisiens suspectent Charles de Navarre d'avoir prĂ©venu les mercenaires de leur arrivĂ©e (il les a quittĂ©s avant le combat)[76]. Leurs chefs soutenant les ennemis du pays contre le rĂ©gent et contre la population, les Parisiens se sentent trahis et se dĂ©solidarisent d’Étienne Marcel, d’autant que Charles de Navarre attend son frĂšre Philippe et des renforts anglais[77]. La nouvelle du massacre des Parisiens fait vite le tour de la ville, et Étienne Marcel est huĂ© Ă  son retour Ă  Paris[76].

Entrée de Charles V dans Paris le 2 août 1358

La rumeur enfle rapidement : on dit que Philippe de Navarre arrive avec 10 000 Anglais. On redoute qu’ils ne vengent leurs camarades et pillent la ville. PrĂ©parant l'entrĂ©e des navarrais, Étienne Marcel fait marquer les maisons de ceux qu'il suspecte de sympathie pour le rĂ©gent, dans la nuit du 30 au 31 juillet. Mais les signes sont interprĂ©tĂ©s, et la suspicion Ă  son Ă©gard augmente encore[78]. L'Ă©chevin Jean Maillart, le prĂ©sident du Parlement de Paris Jehan Pastoret et PĂ©pin des Essarts convainquent les bourgeois de demander l’aide du rĂ©gent[79]. Le 31 juillet 1358, Ă  l’aube, Étienne Marcel en compagnie du trĂ©sorier de Charles de Navarre essaye de se faire remettre les clefs de la porte de Saint-Denis mais se heurte au refus de Jean Maillard. N'insistant pas, il tente sa chance Ă  la porte Saint-Antoine, mais Jean Maillart a sonnĂ© l'alerte et rameute le maximum de monde : Étienne Marcel surpris est sommĂ© de crier « Montjoie au roi et au duc. Â». AprĂšs hĂ©sitation il s'Ă©crie « Montjoie au roi. Â». Il est apostrophĂ©, la foule gronde. Son sort est dĂ©jĂ  scellĂ© : au signal convenu (« Qu'est ce que ceci ? Â»), il est massacrĂ© avec ses suivants[80].

Le dauphin, qui ne croit plus en une reddition, est en train de se diriger vers le DauphinĂ© quand on lui apprend les nouvelles en provenance de Paris[81]. EscortĂ© par Jehan Pastoret, venu le rejoindre et le prier de rentrer Ă  Paris, Charles V entre dans la capitale le 2 aoĂ»t triomphalement, il a les mains propres. Pardonnant aux Parisiens (il n’y a que trĂšs peu de rĂ©pression, seules quinze personnes sont exĂ©cutĂ©es pour trahison), il veille Ă  ne pas spolier les proches des exĂ©cutĂ©s tout en rĂ©compensant ses alliĂ©s. Par exemple, la riche veuve de l'Ă©chevin Charles Toussac exĂ©cutĂ© le 2 aoĂ»t est mariĂ©e avec Pierre de Dormans : Le roi rĂ©compense Jean de Dormans (un de ses fidĂšles) en plaçant son frĂšre et il ne spolie pas l'hĂ©ritage de la veuve de son opposant[82].

Charles de Navarre qui Ă©tait stationnĂ© avec ses hommes Ă  Saint-Denis Ă©chappe au revirement des Parisiens. Il reçoit les renforts anglais amenĂ©s par son frĂšre. Ces mercenaires n’ont pas Ă©tĂ© soldĂ©s, ils ont du mal Ă  les tenir et les laissent piller Saint-Denis le 3 aoĂ»t[83]. Ils se replient sur leurs possessions de la vallĂ©e de la Seine oĂč les capitaines anglais s’installent, rançonnant les campagnes et le trafic fluvial. Les troupes anglo-navarraises tentent d'asphyxier Paris en s'emparant de Melun qui contrĂŽle la seine en amont de la capitale, de Creil sur l'Oise et de la FertĂ©-sous-Jouarre sur la Marne. Plus de 60 places en Ile-de-France sont sous contrĂŽle anglo-navarrais ou de mercenaires Bretons qui rançonnent la population[84]. Le dauphin n’a pas les moyens de tous les dĂ©loger, mais il assiĂšge Melun. Charles de Navarre s'en tire encore par un revirement : il rencontre le dauphin Ă  Pontoise le 19 Aout et annonce qu'il se retire. Cependant ses troupes ne quittent pas les places fortes qu'elles contrĂŽlent continuant Ă  rançonner le pays pour leur compte comme les autres compagnies qui mettent Ă  cette Ă©poque le pays Ă  feu et Ă  sang[85]. Faute des ressources nĂ©cessaires, le conflit tourne Ă  la guerre froide, le roi puis le dauphin essaye de neutraliser Charles de Navarre qui reste un dangereux prĂ©tendant Ă  la couronne, ou pour le moins Ă  l'instauration d'une puissante principautĂ© qui pourrait s'allier aux Anglais.

DeuxiÚme traité de Londres

Article dĂ©taillĂ© : TraitĂ©s de Londres (1358 et 1359).

En mars 1359, tenant compte de l'approche la fin de la trĂȘve et du fait que le dauphin s'est dĂ©clarĂ© rĂ©gent du royaume, Jean le Bon cherche Ă  reprendre les rĂȘnes du pouvoir et accepte un second traitĂ© de Londres, encore plus contraignant :

  • Aux anciennes possessions d'Aquitaine des PlantagenĂȘt, s’ajoutent toutes les terres qui ont un jour appartenu Ă  l'Angleterre : le Maine, la Touraine, l'Anjou et la Normandie.
  • Le roi d'Angleterre reçoit l'hommage du duc de Bretagne, rĂ©glant ainsi la guerre de succession de Bretagne en faveur de Jean de Montfort, alliĂ© des Anglais.
  • La rançon est fixĂ©e Ă  4 millions d'Ă©cus avec un Ă©chĂ©ancier plus bref.

Ces conditions reprĂ©sentent plus de la moitiĂ© du territoire et plusieurs annĂ©es de recettes fiscales. Les accepter discrĂ©diterait dĂ©finitivement les Valois, et risquerait de faire sombrer le royaume dans une nouvelle guerre civile qui offrirait Ă  Édouard III la couronne de France sur un plateau. Le traitĂ©, qui doit rester secret, arrive Ă  la cour des comptes le 27 avril 1359. Le 25 juin 1359, passant outre les ordres de son pĂšre, le rĂ©gent rĂ©unit les Ă©tats gĂ©nĂ©raux qui dĂ©clarent que le traitĂ© « n’est ni passable ni faisable Â»[86]. C'est un coup de maĂźtre : en passant par les Ă©tats gĂ©nĂ©raux, il reconsolide le pays contre les Anglais et dĂ©douane son pĂšre qui est aux mains d'Édouard III. Il ressort de cette affaire avec un pouvoir raffermi et le pays derriĂšre lui. Mais, pour les Anglais, il s'agit d'une dĂ©claration de guerre : Édouard III dĂ©barque en octobre 1359 pour prendre Reims, la ville du sacre, et imposer Ă  la chevalerie française une nouvelle dĂ©faite qui achĂšverait de la discrĂ©diter.

La tactique de la terre déserte

Articles dĂ©taillĂ©s : ChevauchĂ©e et Terre dĂ©serte.

Mais, en accord avec le roi Jean et son entourage londonien qui ne veulent pas que la mort Ă©ventuelle d'Édouard III sur le champ de bataille ne dĂ©clenche des reprĂ©sailles Ă  leur encontre, Charles lui oppose la tactique de la terre dĂ©serte et mĂšne une guerre d'escarmouches refusant toute bataille rangĂ©e. Les portes de Reims restent closes. Or, conformĂ©ment Ă  sa stratĂ©gie qui consiste Ă  forcer les Français Ă  livrer une grande bataille en rase campagne, Édouard III n'a pas emmenĂ© de machines de guerre qui l'auraient ralenti. Il se dirige vers la Bourgogne. Cette chevauchĂ©e tourne au fiasco pour les Anglais, harcelĂ©s, affamĂ©s, privĂ©s de montures (faute de fourrage). Pendant ce temps, des marins normands mĂšnent un raid sur le port de Winchelsea (mars 1360), dĂ©clenchant une panique en Angleterre[87].

Fou de rage, Édouard III remonte vers Paris et laisse son armĂ©e commettre de nombreuses exactions : il ne s’agit plus de la simple extorsion visant Ă  nourrir son armĂ©e, mais de la destruction systĂ©matique de toutes les ressources - les pieds de vignes sont arrachĂ©s, le bĂ©tail abattu et toute Ăąme qui vive massacrĂ©e. Ces exactions entraĂźnent un vif ressentiment contre les Anglais. Nombre d’entre elles ont lieu pendant le carĂȘme et la Semaine sainte et, lorsque l’armĂ©e anglaise est dĂ©cimĂ©e par un violent orage de grĂȘle le lundi 13 avril, nombre de chroniqueurs y voient la main de Dieu[88]. Édouard III se dĂ©cide alors Ă  nĂ©gocier. Il signe la paix Ă  BrĂ©tigny, oĂč il dissout son armĂ©e de mercenaires. Celle-ci, pour se solder, se livre au pillage en Bourgogne, seule rĂ©gion « ouverte Â», car, contrairement Ă  la Champagne et l'Île de France, leur arrivĂ©e n'y Ă©tait pas prĂ©vue. Ces mercenaires forment l’embryon des Grandes Compagnies.

Le retour du roi

Article dĂ©taillĂ© : Jean le Bon.

Traité de Brétigny

Article dĂ©taillĂ© : TraitĂ© de BrĂ©tigny.
1365 : La France aprĂšs les traitĂ©s de BrĂ©tigny et de GuĂ©rande.      Territoires contrĂŽlĂ©s par Édouard III avant le traitĂ© de BrĂ©tigny      Territoires cĂ©dĂ©s par la France Ă  l'Angleterre par le traitĂ© de BrĂ©tigny      Territoire du duchĂ© de Bretagne, alliĂ© aux Anglais      Possessions de Charles de Navarre

ÉchaudĂ© par le refus du deuxiĂšme traitĂ© de Londres, Jean le Bon a repris les choses en mains. Le danger d’une prise de pouvoir par les Navarrais ou par les Ă©tats Ă©tant Ă©cartĂ©, le roi veut neutraliser au plus vite le dauphin (il craint particuliĂšrement qu'une action d'Ă©clat entraĂźne la mort du roi d'Angleterre qui menacerait sa sĂ©curitĂ©). Alors qu’Édouard III chevauche en France, les rĂȘnes du pays sont reprises par son Ă©minence grise Guillaume de Melun, qui met le dauphin en rĂ©sidence surveillĂ©e et dirige le conseil[89]. Le parti royal nĂ©gocie Ă  la va-vite sur la base du premier traitĂ© de Londres, alors que l’armĂ©e anglaise est en dĂ©route, Ă©vitant que ce succĂšs bĂ©nĂ©ficie au seul dauphin.

Par rapport au premier traitĂ© de Londres, la rançon est ramenĂ©e de 4 Ă  3 millions d’écus, mais les conditions sont trĂšs lourdes et le traitĂ© est perçu comme honteux. Cet accord met un terme aux quatre annĂ©es de captivitĂ© de Jean le bon, mais des otages sont livrĂ©s pour garantir le paiement de la rançon, dont le plus important est sans doute son ambassadeur et conseiller : Bonabes IV de RougĂ© et de Derval.

Édouard III obtient la Guyenne et la Gascogne en toute souverainetĂ©, ainsi que Calais, le Ponthieu et le comtĂ© de GuĂźnes. Il obtient Ă©galement le Poitou - dont l'un des fils du roi, Jean, est pourtant comte -, le PĂ©rigord, le Limousin, l'Angoumois et la Saintonge. Enfin, il devient souverain de toutes les terres du comte d'Armagnac en recevant l'Agenais, le Quercy, le Rouergue, la Bigorre et le comtĂ© de Gaure.

En revanche, Édouard III renonce aux duchĂ©s de Normandie et de Touraine, aux comtĂ©s du Maine et d'Anjou et Ă  la suzerainetĂ© sur la Bretagne et la Flandre. Il renonce surtout Ă  revendiquer la couronne de France. Ce traitĂ© vise Ă  dĂ©samorcer tous les griefs qui ont conduit au dĂ©clenchement du conflit.

Charles a besoin de temps pour rĂ©organiser le pays et mettre fin Ă  l'instabilitĂ© qui y rĂšgne. La rançon ne sera que partiellement versĂ©e et le TraitĂ© de BrĂ©tigny ne sera pas durable, mais il permet une trĂȘve de neuf ans.

Son pĂšre nomme Charles Lieutenant gĂ©nĂ©ral en toutes les parties de la langue d'oĂŻl le 17 dĂ©cembre 1362. En 1364, ayant regagnĂ© l'Angleterre, il le nomme Ă  nouveau son lieutenant et lui assigne le duchĂ© de Touraine.

Lutte contre les Grandes Compagnies en Normandie

Article dĂ©taillĂ© : Grandes Compagnies.

Le dauphin Ă©vincĂ© du pouvoir, comme Ă  chaque fois qu’il est en difficultĂ©, demande conseil Ă  son oncle l’empereur Charles IV. Celui-ci lui recommande de concentrer ses efforts sur la Normandie, rĂ©gion particuliĂšrement touchĂ©e par les exactions des Grandes Compagnies tolĂ©rĂ©es par les Navarrais. Il s’agit souvent de mercenaires anglais qui, en leur nom propre ou en se rĂ©clamant du roi de Navarre, prennent le contrĂŽle de forteresses pour le compte d’Édouard III[90]. Mantes, Meulan et Vernon sont des places fortes navarraises qui contrĂŽlent la vallĂ©e de la Seine en aval de Paris[91]. Qu’il s’agisse de forces navarraises, anglaises ou de simples brigandages, les effets sont les mĂȘmes : la population est rançonnĂ©e et les Ă©changes fortement perturbĂ©s.

Le dauphin lĂšve un impĂŽt direct, le fouage, pour organiser la dĂ©fense du duchĂ©. Il peut ainsi financer une flottille de guerre qui protĂšge les Ă©changes entre Paris et Rouen[91]. Depuis 1362, il peut compter sur Bertrand du Guesclin pour dĂ©fendre la Basse Normandie. Il rachĂšte le donjon de Rolleboise, qui contrĂŽle la Seine, Ă  Jean JouĂ«l, un capitaine anglais qui l'a pris en son nom pour le compte d’Édouard III[90]. Les paysans le rasent pour empĂȘcher qu'il serve Ă  nouveau de base pour de nouvelles exactions.

Mais le danger le plus menaçant reste Charles de Navarre : en 1363, Jean le Bon confie Ă  Philippe le Hardi en apanage le duchĂ© de Bourgogne, vacant depuis la mort de Philippe de Rouvre en 1361, Ă©vinçant le Navarrais pourtant bien placĂ© hĂ©rĂ©ditairement[92]. Ce dernier, profitant du retour du roi Ă  Londres pour tenter une nouvelle fois de faire valoir ses droits Ă  la couronne, masse une armĂ©e en Basse Normandie[93]. Sur instruction de son pĂšre, le duc prend les devants : du Guesclin attaque les forteresses navarraises, prenant Mantes et Meulan les 7 et 11 avril, et prend le contrĂŽle de la Seine[94]. Pour Ă©viter que Blanche de Navarre, sƓur de Charles le Mauvais, n’ouvre les portes de Vernon, Pontoise, Neauphles, Chateauneuf-de–Lincourt, Gisors ou Gournay, le dauphin marche sur Vernon oĂč elle est retranchĂ©e et nĂ©gocie sa neutralitĂ© dans le conflit qui l’oppose aux Navarrais. Il nomme les capitaines qui contrĂŽleront les chĂąteaux et leur fait jurer qu’ils ne feront pas la guerre contre lui[95].

Le roi s’éloigne du pouvoir

Retour de Jean le Bon en Angleterre

En 1362, aprĂšs le dĂ©sastre de Brignais, oĂč les Grandes Compagnies battent Ă  plate couture l'armĂ©e qu'il a pu rĂ©unir avec l'argent des impĂŽts, Jean le Bon voyant un pays ruinĂ© et Ă  feu et Ă  sang cherche une porte de sortie. Envisageant de reconquĂ©rir son honneur en croisade contre les Turcs, il reçoit la croix d’Outremer des mains du pape Ă  Avignon le 30 mars 1363[96]. Cette croisade financĂ©e par le pape permettrait d’emmener les Grandes Compagnies se battre contre les turcs et serait financĂ©e par les dĂ©cimes, le roi comptant bien en rĂ©cupĂ©rer une partie pour financer le remboursement de sa rançon. Mais le pape impose que les dĂ©cimes soient prĂ©levĂ©es par les Ă©vĂȘques eux-mĂȘmes, ce qui ĂŽte tout espoir de plus-value Ă  Jean le Bon[97]. Finalement, il repart pour Londres le 3 janvier 1364 pour renĂ©gocier le TraitĂ© de BrĂ©tigny pour lequel il a du mal Ă  payer la rançon et la libĂ©ration des otages (son fils Louis d’Anjou, lassĂ© d’attendre sa libĂ©ration, s'est dĂ©jĂ  enfui de Londres)[98].

Avant de partir, il rĂ©unit les Ă©tats Ă  Amiens fin dĂ©cembre 1363 pour leur faire part de sa dĂ©cision[98]. Le dauphin, conviĂ© et recevant l'instruction d'attaquer Charles le Mauvais avant qu'il ne mette en branle les troupes qu'il masse en Normandie, y obtient de pouvoir lever l'impĂŽt nĂ©cessaire pour lever 6 000 hommes pour lutter contre les Grandes Compagnies. Jean le Bon meurt Ă  l'hĂŽtel de Savoy, Ă  Londres, le 8 avril 1364.

DĂ©but de rĂšgne

Le sacre et la fin de la guerre civile

Bataille de Cocherel et Sacre de Charles V
Article dĂ©taillĂ© : Bataille de Cocherel.

Son Ă©viction de la succession de Bourgogne au profit de Philippe le Hardi en septembre 1363 est pour Charles de Navarre inacceptable. En 1364, Jean le Bon, libĂ©rĂ© suite au traitĂ© de BrĂ©tigny, est retournĂ© se constituer prisonnier en Angleterre car son fils Louis laissĂ© en otage pour garantir les accords de BrĂ©tigny s'est Ă©chappĂ©. Comme le dauphin Charles doit assurer la rĂ©gence, Charles le Mauvais croit alors en son Ă©toile. Il se lance dans des tractations diplomatiques qui laissent clairement entrevoir ses intentions. Il rencontre le Prince noir Ă  Bordeaux. Il nĂ©gocie la paix avec Pierre IV d'Aragon, lui promettant des terres appartenant au roi de France: le bas-Languedoc, les sĂ©nĂ©chaussĂ©es de Beaucaire et de Carcassonne (mais son frĂšre Louis combat cotĂ© castillan ce qui ralentit les nĂ©gociations qui ne sont finalisĂ©es qu'en aoĂ»t 1364)[99]. Pour prendre Ă  revers le duchĂ© de Bourgogne, il recrute des troupes parmi les Grandes Compagnies. Il fait mĂȘme broder sa banniĂšre aux armes de France et de Navarre[99]. Les Valois ne sont pas dupes et prennent les devants. Le dauphin Charles, averti par son pĂšre avant de repartir se constituer prisonnier Ă  Londres, lance l'offensive : les forteresses normandes du Navarrais sont conquises par du Guesclin, Charles le Mauvais contre-attaque, et tente d'empĂȘcher le sacre de Charles en lui coupant la route de Reims[100]. Bertrand du Guesclin, Ă  la tĂȘte de l'armĂ©e levĂ©e grĂące aux impĂŽts votĂ©s par les Ă©tats gĂ©nĂ©raux de 1363, le bat le 16 mai 1364 Ă  la bataille de Cocherel, ce qui met fin Ă  la guerre civile et rĂ©tablit l'autoritĂ© royale au yeux de la population, montrant que les sacrifices financiers consentis par la population pour l'effort de guerre ont Ă©tĂ© suivis d'effets sur le terrain[101], et permet le sacre du roi de France le 19 mai 1364 dans la cathĂ©drale de Reims. Le nouveau roi prend alors une dĂ©cision qui marque clairement sa volontĂ© politique : les prisonniers français pris Ă  Cocherel sont dĂ©capitĂ©s et non mis Ă  rançon comme il est d'usage dans la guerre fĂ©odale. Ce qui signifie que la guerre privĂ©e contre le roi est Ă  prĂ©sent considĂ©rĂ©e comme de la trahison[102].

Par le traitĂ© d'Avignon, en mars 1365, Charles le Mauvais abandonne Ă  Charles V ses possessions en Basse-Seine (ComtĂ© d'Évreux) en Ă©change de la ville de Montpellier. Cet accord ne sera cependant rĂ©ellement appliquĂ© que 5 ans plus tard.

Guerre de succession de Bretagne

Article dĂ©taillĂ© : Guerre de Succession de Bretagne.

Depuis 1341, la maison de Montfort, soutenue par l'Angleterre, et la maison de Blois, protĂ©gĂ©e par la France, se disputent le duchĂ© de Bretagne. Les Anglais occupent Brest depuis 1342, mais la situation Ă©tait bloquĂ©e depuis la mort de Jean de Montfort en 1343. En 1363, son fils Jean IV rentre en Bretagne aprĂšs avoir Ă©tĂ© Ă©duquĂ© Ă  la cour d'Édouard III qu'il n'apprĂ©cie guĂšre: il escompte s'entendre avec Charles de Blois pour obtenir la paix et le partage de la Bretagne[103]. Mais Jeanne de PenthiĂšvre ne l'entend pas de cette oreille et relance conflit, rejetant Jean IV dans le camp anglais[103]. La guerre reprend donc en 1363 oĂč Charles de Blois secondĂ© par Bertrand du Guesclin remporte quelques succĂšs, mais, quand son stratĂšge doit le quitter pour se rendre maĂźtre des places fortes navarraises en Normandie, son avancĂ©e s'arrĂȘte: il assiĂšge en vain BĂ©cherel[103]. L'occasion est belle de nĂ©gocier un accord Ă  Évran, mais Jeanne de PenthiĂšvre fait capoter une nouvelle fois les nĂ©gociations[103]. Jean IV peut alors s'organiser et en septembre 1364, assiĂšge Auray avec l'Anglais John Chandos. Ils vainquent Charles de Blois et Bertrand du Guesclin arrivĂ©s au secours des assiĂ©gĂ©s Ă  la bataille d'Auray, le 29 septembre 1364[104]. Cette bataille marque la fin de ce long conflit: Charles de Blois y est tuĂ© et Jeanne de PenthiĂšvre se retrouvant veuve voit sa cause s'effondrer. La paix est avalisĂ©e le 12 avril 1365 par le premier traitĂ© de GuĂ©rande qui Ă©tablit Jean IV comme hĂ©ritier lĂ©gitime[104]. Il ne repousse pas totalement les prĂ©tentions des PenthiĂšvre, puisqu'il Ă©tablit ainsi la loi successorale en Bretagne :

  • le duchĂ© se transmettra de mĂąle en mĂąle dans la famille des Montfort ;
  • en cas d'absence de descendance mĂąle, il passera aux mĂąles de la famille de PenthiĂšvre.

Charles V ne s'oppose pas Ă  l'Ă©lĂ©vation du comte de Montfort, dans la crainte qu'il ne fasse hommage de la Bretagne Ă  Édouard, son protecteur et beau-pĂšre. Il le reconnaĂźt pour duc, reçoit ses serments, sans ĂȘtre dupe ; mais il gagne par cette politique l'amitiĂ© de la noblesse bretonne, et Olivier de Clisson passe Ă  son service. En fait, il officialise trĂšs habilement deux points:

  • en recevant son hommage en dĂ©cembre 1366 (qui n'est qu'un hommage simple et non un hommage lige), il fait reconnaĂźtre la souverainetĂ© de la France sur la Bretagne, mĂȘme si dans les faits le duchĂ© est trĂšs autonome.
  • Il consolide l'introduction de la masculinitĂ© dans le droit successoral, dĂ©lĂ©gitimant ainsi les prĂ©tentions d'Édouard III Ă  la couronne de France[104].

Jean IV, qui Ă©pouse une sƓur puis une belle-fille du Prince noir, est un alliĂ© des Anglais, et donc un ennemi de Charles V, lequel mĂšne une reconquĂȘte patiente de tout le territoire français. Une fois dĂ©barrassĂ© des Anglais qui ne contrĂŽlent plus que quelques places fortes sur le continent et n'ont plus la maĂźtrise des mers depuis la bataille de la Rochelle, le roi de France reprend les hostilitĂ©s et confisque le duchĂ© de Bretagne en 1378. Soutenu par le peuple breton et par la volontĂ© d'indĂ©pendance des barons, Jean IV se maintient de fait.

Lutte contre les Grandes Compagnies

Article dĂ©taillĂ© : Grandes Compagnies.

Le rĂ©tablissement de l’autoritĂ© royale et de l’économie passe par l’éradication des Grandes Compagnies qui saignent le pays. Charles V doit faire comprendre que le royaume n’est plus un havre pour les pillards. Il traite le problĂšme avec la plus grande rigueur et fermetĂ© : il fait appliquer la loi et ne nĂ©gocie pas avec les truands. Le roi et ses frĂšres organisent la rĂ©ponse militaire au sein de chaque principautĂ©[105]. C’est rapidement tout le pays qui s’organise contre les Grandes Compagnies. Chevaliers, villes, paysans envoient des contingents. Les routiers français sont exĂ©cutĂ©s et les Ă©trangers de quelque valeur soumis Ă  rançon[106].

Une fois que la situation des Grandes Compagnies est devenue inconfortable sur le sol français, il est plus facile de les convaincre de les envoyer combattre sous d'autres cieux. La guerre de succession de Bretagne ayant pris fin avec la bataille d'Auray de nombreux Bretons dĂ©mobilisĂ©s viennent grossir les rangs des Grandes Compagnies. Charles V paye donc la rançon de Bertrand du Guesclin, capitaine breton respectĂ© et lui confie la mission de les emmener combattre en Castille pour le compte de son alliĂ© Henri de Trastamare. Cela a un double effet : dĂ©barrassĂ© des Grandes Compagnies, l’économie du pays se relance, et entraĂźne bientĂŽt le prince de Galles dans un conflit ruineux contre son alliĂ©. En dĂ©cembre 1367, revenu victorieux de Castille mais exsangue, ce dernier lĂąche ses mercenaires aux frontiĂšres de la Guyenne. Marchant sur Paris, ces derniers sont repoussĂ©s par les Français. Mais cet acte est considĂ©rĂ© comme un casus belli et il va relancer la guerre[107].

PremiĂšre guerre civile de Castille

Article dĂ©taillĂ© : PremiĂšre guerre civile de Castille.

Charles V, qui prĂ©voit dĂ©jĂ  la reconquĂȘte, voit d’un mauvais Ɠil la prĂ©sence d’un alliĂ© des Anglais aux frontiĂšres. Il souhaite le faire remplacer par un solide alliĂ© qui pourra le temps voulu faire peser une menace sur la principautĂ© d’Aquitaine. Les Anglais ne peuvent pas reprendre les hostilitĂ©s directement contre la France avant la fin des transferts de souverainetĂ© dĂ©cidĂ©s au traitĂ© de BrĂ©tigny : ils y perdraient toutes les concessions territoriales extrĂȘmement avantageuses qu’ils y ont obtenues[108]. Les Anglais ayant les poings liĂ©s, le roi de France a le libre choix de la reprise des hostilitĂ©s, mais il n’en a pas les moyens Ă©conomiques, le pays Ă©tant ravagĂ© par les Grandes Compagnies et saignĂ© par l’exorbitante rançon de Jean le Bon. Pour se refaire une santĂ© financiĂšre, il faut se dĂ©barrasser des Grandes Compagnies qui bloquent tous les axes commerciaux et pressurisent la population de tout ce qu’elle aurait pu donner en taxes Ă  l’État. Avignon Ă©tant menacĂ©e et rançonnĂ©e par les compagnies, le pape voit d’un bon Ɠil le projet de croisade en Espagne proposĂ© par Charles V. L’objectif officiel est le suivant : mener une croisade contre l’émirat de Cordoue, ce qui nĂ©cessite de passer par la Castille. Le pape n’est pas dupe, mais ses intĂ©rĂȘts convergent avec ceux de Charles V : il faut se dĂ©barrasser des Grandes Compagnies. Il finance donc l’expĂ©dition[109].

Charles V charge Bertrand du Guesclin de rassembler les Grandes Compagnies et de les mener en Castille. La croisade arrive en Catalogne en janvier 1366 et obtient de rapides succÚs. Henri de Trastamare est couronné le 5 avril 1366[110].

Henri de Trastamare
Pierre le Cruel

Rapidement chassĂ© du trĂŽne castillan, Pierre le Cruel prĂ©pare son retour. En toute logique, il trouve des alliĂ©s chez les adversaires de la France et peut s'appuyer sur le Prince noir et Charles le Mauvais. Il active son alliance anglaise, promettant au Prince noir de financer le conflit[110]. Ce dernier lĂšve donc une armĂ©e embauchant les Grandes Compagnies qui ravagent le Languedoc[110]. Charles le Mauvais, roi de Navarre, autorise le passage de cette armĂ©e. Elle franchit le col de Roncevaux en fĂ©vrier 1367. Henri de Trastamare lui barre la route Ă  NĂĄjera et livre combat aux archers anglais contre l’avis de Bertrand du Guesclin le 3 avril 1367[111]. L’arc long anglais y est une fois de plus dĂ©cisif : les Franco-Castillans, Ă©crasĂ©s sous une nuĂ©e de flĂšches, sont taillĂ©s en piĂšces. Bertrand du Guesclin est fait prisonnier. Henri doit de nouveau s'enfuir en France et Pierre le Cruel reprend le pouvoir. Cependant le roi de France tire plusieurs bĂ©nĂ©fices de l’expĂ©dition castillane : d’une part il est dĂ©finitivement dĂ©barrassĂ© des Grandes Compagnies qu’il avait engagĂ©es avec l’argent du pape, et d'autre part cette victoire coĂ»te trĂšs cher aux Anglais, car Pierre le Cruel n’a pas les moyens de payer l’armĂ©e qui l’a remis sur le trĂŽne. C’est ruinĂ© et devant se dĂ©barrasser des Grandes Compagnies que le Prince noir regagne l’Aquitaine.

Pierre le Cruel n'ayant pas versé les contreparties promises au Prince noir dans le traité de Libourne, les troupes anglaises retournent en Guyenne, laissant le champ libre à Henri de Trastamare, toujours allié du roi de France par le traité d'Aigues-Mortes. En 1367, Henri et du Guesclin assiÚgent TolÚde et battent l'armée de Pierre le Cruel arrivée en renfort lors de la bataille de Montiel.

Pierre le Cruel et Henri de Trastamare s'affrontent en un combat singulier dont la conclusion est la mort de Pierre de Castille. Henri devient roi de Castille sous le nom d'Henri II, et la couronne de Castille passe des mains de la maison d'IvrĂ©e Ă  celle de Trastamare. La France dispose dĂ©sormais d'un alliĂ© Ă  la tĂȘte du royaume de Castille. Cet alliĂ© se rĂ©vĂšle tout Ă  fait dĂ©cisif lors de la bataille de La Rochelle, en 1372, qui voit l'anĂ©antissement de la flotte anglaise par l'alliance franco-castillane.

RĂ©organisation de l’armĂ©e

Détail de la statue équestre d'Olivier de Clisson par Frémiet (Chùteau de Josselin)

Charles V, qui prĂ©pare la reconquĂȘte, a mis Ă  profit les annĂ©es de rĂ©pit obtenues en profitant du conflit castillan : ses finances sont redressĂ©es grĂące Ă  l’instauration d’un impĂŽt permanent. Il faut Ă  prĂ©sent mettre sur pied l’armĂ©e de la reconquĂȘte.

La lutte contre les Grandes Compagnies permet de mettre au point une nouvelle organisation des troupes et de repĂ©rer des capitaines fiables et fidĂšles, comme Bertrand du Guesclin et son cousin Olivier de Mauny, nommĂ© chambellan par le roi, ou Olivier de Clisson. On organise autour d’eux de petites armĂ©es composĂ©es de routiers d’une centaine d’hommes[112]. On solde ainsi une armĂ©e permanente de 5 000 Ă  6 000 hommes, dont on est sĂ»r qu’ils ne deviendront pas des pillards pendant les pĂ©riodes de trĂȘve. Ces effectifs sont largement suffisants pour mener la guerre faite de coups de main et de siĂšges nĂ©cessaires pour mettre au pas les Grandes Compagnies. Les effectifs sont composĂ©s de volontaires français (souvent de petite noblesse) et d'arbalĂ©triers italiens[112]. Il faut combler le retard pris sur les Anglais en archerie. Charles V encourage les concours de tir Ă  l’arc comme l’ont fait les rois d’Angleterre, et engage de nombreux arbalĂ©triers entre 1364 et 1369[113].

Cette armĂ©e peut ĂȘtre levĂ©e en janvier 1364 grĂące Ă  l'impĂŽt consenti par les Ă©tats gĂ©nĂ©raux rĂ©unis Ă  Amiens. MenĂ©e par Bertrand du Guesclin, elle remporte immĂ©diatement sa premiĂšre grande victoire Ă  Cocherel. Son efficacitĂ© doit ĂȘtre prouvĂ©e pour justifier son financement par des impĂŽts : le nombre de combattants et la qualitĂ© de leur Ă©quipement est contrĂŽlĂ©e par des fonctionnaires, et la solde n’est versĂ©e qu'une fois par mois, lors de la montre, uniquement si l’équipement est satisfaisant. Il faut que ces armĂ©es soient extrĂȘmement mobiles et trĂšs rĂ©actives : elles sont montĂ©es bien que combattant Ă  pied. Elles sont informĂ©es par des chevaucheurs et messagers qui font la liaison entre le roi et le front.

Pour prendre rapidement les forteresses, une artillerie consĂ©quente est formĂ©e : en 1375, le chĂąteau de Geoffroy de Harcourt capitule sous le feu de 40 canons[114].

La reconquĂȘte

Isolement diplomatique de l’Angleterre

l'Europe en 1360

Charles V dĂ©ploie une activitĂ© diplomatique intense. Il a toujours Ă©tĂ© proche de son oncle maternel, l’empereur germanique Charles IV[115] et a toujours veillĂ© Ă  ce que ces liens ne refroidissent jamais[116]. Il obtient de son oncle, en 1372, qu’il interdise aux mercenaires allemands de s’enrĂŽler dans l’armĂ©e anglaise.

Avignon, rĂ©sidence papale, est le centre diplomatique de l’Europe. Or ClĂ©ment VI, qui est français, est l’ancien prĂ©cepteur de l’empereur et a Ă©tĂ© Ă©lu en 1370 grĂące aux efforts de Charles V et Louis d’Anjou, avec lesquels il est Ă©galement proche[117].

Le roi de France envoie Thibaut de Hocie en 1368 nouer des alliances espagnoles. Il Ă©choue en Aragon. Mais Henri II, le nouveau souverain de Castille, fortement soutenu par Charles V dans la guerre de succession qu’il mĂšne contre son demi-frĂšre Pierre le Cruel, est un alliĂ© indĂ©fectible et un farouche ennemi des Anglais qui ont, eux, soutenu son rival. Thibaut de Hocie revient donc avec un solide traitĂ© d’alliance, qui sera prĂ©cieux aprĂšs la victoire de Montiel et la victoire dĂ©finitive sur Pierre le Cruel[118].

En 1371, Charles V rĂ©active la Auld Alliance et obtient Ă©galement le soutien des Écossais, aprĂšs leur avoir promis qu’il n’y aurait plus de paix sans leur accord, comme ce fut le cas Ă  BrĂ©tigny[119]. De mĂȘme, il soutient Owen de Galles, prĂ©tendant rĂ©fugiĂ© Ă  sa cour, et pourra compter sur lui lors de la reconquĂȘte[120]. Il cherche Ă  obtenir la suprĂ©matie maritime pour couper l’arrivĂ©e de renforts anglais en Aquitaine, d'oĂč l'importance de pouvoir compter sur les flottes castillane et galloise et prendre langue avec le roi du Danemark.

Charles de Navarre, confrontĂ© Ă  la mise en place d'Henri de Trastamare en Castille, s'empresse de faire la paix avec Charles V : il lui rend hommage lige et lui cĂšde ses places normandes contre Montpellier.

L’isolement diplomatique des Anglais passe par la neutralisation de leurs alliĂ©s. Charles le Mauvais est la premiĂšre menace pour la couronne de France : il est vaincu Ă  Cocherel en 1364 et Charles V fait pression sur sa sƓur Jeanne, l'Ă©pouse de Charles le Mauvais, pour que ses forteresses ne puissent ĂȘtre utilisĂ©es par les troupes de son rival de beau-frĂšre[95]. Il propose dĂšs 1365 d’échanger Mantes, Meulan et Longueville contre Montpellier. Les nĂ©gociations traĂźnent pendant 5 ans, durant lesquels le Navarrais tente d’obtenir un traitĂ© d’alliance perpĂ©tuelle avec les Anglais. Mais ceux-ci sont mĂ©fiants, du fait de ses revirements incessants dont ils ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© victimes.

Constatant que la Navarre est cernĂ©e par l’alliance franco-castillane et que les Anglais sont en difficultĂ©, il revient en France pour signer, le 26 mars 1371, un traitĂ© par lequel il accepte les conditions de 1365 et fait hommage lige pour toutes les terres qu’il dĂ©tient en France, ce qu’il avait toujours refusĂ©[121].

En Flandres, Louis de Male est, dans un premier temps, sensible Ă  la nĂ©cessitĂ© Ă©conomique : les drapiers flamands sont dĂ©pendants des importations de laine anglaises. Le 10 octobre 1364, il fiance sa fille Marguerite, hĂ©ritiĂšre des comtĂ©s de Flandre, de Nevers, de Rethel et de Bourgogne, avec Edmond de Langley, le fils d’Édouard III. Edmond recevrait en outre de son pĂšre Calais et le comtĂ© de Ponthieu ce qui avec l'Artois , le Rethel et la Flandre , constiuerait une principautĂ© Anglaise Ă©quivalente Ă  la Guyenne au nord de la France[122]! Mais pour cela, il doit obtenir une dispense papale car les fiancĂ©s sont consanguins au 4e degrĂ©. AprĂšs un ballet diplomatique Ă  Avignon, oĂč Français et Anglais argumentent sur le sujet, Urbain V refuse d’accorder cette dispense. La bataille diplomatique continue jusqu’en 1367, date Ă  laquelle Charles V obtient une dispense pour marier Marguerite de Male avec son frĂšre Philippe le Hardi. Il reste toutefois Ă  obtenir l’accord de Louis de Male pour ce mariage. Ce qui se fait, non sans mal, grĂące Ă  l’intervention Ă©nergique de Marguerite de France, la mĂšre du comte de Flandres et fille de Philippe V et Ă  la cession de plusieurs villes (Lille, Douai et Orchies) par le roi de France.

Les appels gascons

Charles, du fait des Ă©vĂšnements de 1358 et de sa difficile prise de pouvoir, comprend qu’un souverain doit avoir le soutien de ses sujets. Il doit reconquĂ©rir les cƓurs avant les territoires perdus au traitĂ© de BrĂ©tigny. S’il doit reprendre ces terres, c’est dans son bon droit et avec le soutien de la population qui l’accepte comme souverain.

C’est une lente procĂ©dure juridique qui va relancer la guerre. Le Prince de Galles, Édouard de Woodstock (le Prince noir) qui revient vainqueur mais ruinĂ© de Castille, ne peut solder ses troupes, il doit donc lever des impĂŽts sur son duchĂ© d’Aquitaine qu’il dirige en principautĂ©. Il le fait sous forme d’un fouage par ordonnance du 26 janvier 1368[123]. Mais certains seigneurs n’ont acceptĂ© qu’à contrecƓur le changement de suzerainetĂ© imposĂ© par le traitĂ© de BrĂ©tigny et en particulier Jean d’Armagnac, qui Ă©tait proche de Jean le Bon. En dĂ©cembre 1367, revenu ruinĂ© d'Espagne oĂč son armĂ©e a combattu pour le Prince noir son suzerain, il lui rĂ©clame en vain les 200 000 florins que le prince anglais lui devait pour payer ses hommes[124].

Son ressentiment tourne Ă  l'exaspĂ©ration quand Édouard de Woodstock, lui aussi ruinĂ© par le conflit castillan, dĂ©mobilise les Grandes Compagnies qu'il n'a pu solder et qui se payent en pillant le Rouergue, possession de Jean d'Armagnac ! Ce dernier refuse de payer l’impĂŽt que veut percevoir le prince de Galles dĂ©jĂ  endettĂ© vis-Ă -vis de lui et qui, en tant que suzerain, aurait dĂ» le protĂ©ger des Grandes Compagnies. Il fait appel Ă  Édouard III qui rĂ©pond nĂ©gativement[125]. Il se tourne alors (en mai 1368) vers Charles V : d’aprĂšs le traitĂ© de BrĂ©tigny, le transfert de souverainetĂ© ne doit se faire qu’une fois les territoires transfĂ©rĂ©s et la rançon versĂ©e, ce qui est loin d’ĂȘtre le cas[126]. DĂšs lors, en acceptant de rĂ©pondre Ă  son appel, le 3 dĂ©cembre 1368, Charles V fait acte de souverainetĂ© sur la Guyenne[123]. Le prince de Galles peut donc ĂȘtre jugĂ© pour avoir voulu prĂ©lever un impĂŽt auquel il ne pouvait dĂšs lors pas prĂ©tendre! Un beau jour, selon les chroniques de Jean Froissart, Edouard de Galles reçoit Ă  Bordeaux un court message du roi Charles :

Édouard III et son fils Édouard de Woodstock dit le Prince noir.
« Mandons notre beau cousin, le duc Édouard d'Aquitaine, de moult vaillance et valeur reconnue, Ă  se rendre en notre bonne ville de Paris Ă  propos de certaines affaires pour prĂ©senter sa dĂ©fense Ă  nous, Charles, par la grĂące de Dieu, roi de France, et son suzerain.
Le prince Edouard fut comme hĂ©bĂ©tĂ© et dolent de ce langage. Il finit par se lever, furieux, et dĂ©clara au hĂ©raut du roi :
— Nous irons Ă  Paris, s'il le faut, mais ce sera bassinet en tĂȘte et avec 60 000 hommes d'armes !" Â»

Le roi laisse la Cour de Justice de Paris mener la lente procĂ©dure qui doit condamner le Prince noir, et profite du dĂ©lai pour essayer d’obtenir qu’un maximum de seigneurs gascons se joignent au comte d’Armagnac. Les Anglais essayent Ă  tout prix de bloquer l’appel et de sauver la paix pour ne pas perdre tout l’acquis de BrĂ©tigny. Le temps gagnĂ© est occupĂ© Ă  faire tourner français les seigneurs gascons. Ça commence par les proches du comte d'Armagnac : dĂšs mai 1368, le mariage de son neveu, le comte d'Albret, est dotĂ© par le roi de France, qui lui accorde en outre une rente contre l'hommage lige[125]. Le roi exempte d'impĂŽts pendant 10 ans ceux qui le rejoignent sous prĂ©texte qu'ils auront besoin d'argent pour lutter contre le prince de Galles. Les villes, les Ă©vĂȘques et les seigneurs pĂ©rigourdins que Charles V sait sĂ©duire par sa diplomatie (alors qu'Édouard de Galles est jugĂ© hautain), rallient le camp français[127]. LĂ©galement, rien ne s’oppose Ă  la reprise du conflit. Le roi d’Angleterre se proclame de nouveau roi de France le 3 juin 1368, Charles V prononce la confiscation de l’Aquitaine le 30 novembre de la mĂȘme annĂ©e. La guerre reprend, mais Charles V, en excellent juriste, a su mettre le droit de son cĂŽtĂ© ; d'autant plus que l'habile diplomate a ralliĂ© une grande partie des Gascons dans son camp.

Froissart, dans ses chroniques, rapporte ces mots révélateurs:

« Lors les barons anglais dirent Ă  Édouard que le roi de France Ă©tait un sage et excellent prince, et de bon conseil. Jean de Gand, Le duc de Lancastre, fils du roi Édouard, s'empourpra et lança avec mĂ©pris :
— Comment ? Ce n'est qu'un avocat !
Lorsque le roi Charles le CinquiĂšme apprit ces paroles, il rit, et dĂ©clara d'une voix joyeuse :
— Soit ! Si je suis un avocat, je leur bĂątirai un procĂšs dont ils regretteront la sentence ! Â»

1369 : ralliement des terres pro-françaises

Charles V tourne le conflit Ă  son avantage. Ayant en mĂ©moire la dĂ©bĂącle de Poitiers oĂč la chevalerie a chargĂ© de maniĂšre dĂ©sordonnĂ©e sans attendre les ordres de son pĂšre Jean le bon, transformant une victoire facile en dĂ©sastre, et considĂ©rant qu'il n'a pas de talent militaire, il dĂ©cide de confier le commandement de petites armĂ©es formĂ©es de volontaires aguerris Ă  des chefs expĂ©rimentĂ©s et fidĂšles (comme Bertrand du Guesclin). Il renonce aux batailles rangĂ©es et les lance dans une guerre d’escarmouches et de siĂšges, grignotant patiemment le territoire ennemi. Les Grandes Compagnies, qui, revenues d’Espagne en 1367, pillent le Languedoc, sont incorporĂ©es dĂšs 1369 Ă  l’armĂ©e française, ce qui soulage les territoires qui choisissent de tourner français et met sous pression ceux qui restent fidĂšles au prince de Galles[128].

2 octobre 1369 : remise de l'Ă©pĂ©e de connĂ©table Ă  Bertrand du Guesclin
Enluminure de Jean Fouquet (XVe siĂšcle)
Source : BibliothĂšque nationale de France

L’endettement du Prince noir pose un rĂ©el problĂšme. Du fait des appels gascons, l’impĂŽt rentre mal. Il n’a pas les moyens de monter une armĂ©e pour s’opposer aux Français. Édouard III lui envoie donc cent trente mille livres tournois[129]. Mais le parlement rechigne Ă  payer pour la Guyenne, qui semble coĂ»ter plus qu’elle ne rapporte. Il ne finit par y consentir qu’aprĂšs acceptation qu’il ne soit plus obligatoire de faire transiter la laine par Calais (la taxe sur la laine est le principal revenu de la couronne Ă  l’époque)[130]. Les revenus fiscaux sont diminuĂ©s de 25 % en 1369, du fait de la rĂ©miniscence de la grande peste en Angleterre. Les Anglais ne sont pas en mesure de concurrencer les impĂŽts - pouvant atteindre jusqu'Ă  1 600 000 francs par an - que Charles V fait accepter en France pour entretenir des armĂ©es permanentes Ă©quipĂ©es pour une guerre de siĂšge dont les bĂ©lligĂ©rants ne se transformeront pas en Grandes Compagnies Ă  la premiĂšre trĂȘve. Les Anglais vont ĂȘtre soumis Ă  une pression permanente sur tous les fronts pendant des annĂ©es[131]. Les Anglais s'efforcent de contrer le renversement de situation rĂ©alisĂ© par Charles V. Une grande partie des territoires qu'ils pensaient contrĂŽler s'est rebellĂ©e et ils ont perdu les recettes fiscales que leurs possessions de Guyenne auraient pu leur fournir. Ils plaident devant leur Parlement pour obtenir les ressources pour contrattaquer, mais ne peuvent obtenir le financement de garnisons pour toutes les villes d'Aquitaine, qu'ils ne sont plus d'ailleurs certains de tenir. Au total, le roi d’Angleterre est loin d’avoir les moyens financiers de Charles V : le parlement ne lui donne que les moyens d’une guerre autofinancĂ©e par le pillage, d’autant que la chevauchĂ©e du duc de Lancastre vers Harfleur en 1369 est un relatif succĂšs, et sachant que dans la premiĂšre phase de la guerre elles ont entraĂźnĂ© de grandes victoires sur l'ost français Ă©crasĂ© par la supĂ©rioritĂ© tactique en bataille rangĂ©e apportĂ©e par l'arc long anglais. DĂ©but aoĂ»t 1369, Jean de Gand dĂ©barque Ă  Calais et lance une chevauchĂ©e jusqu'Ă  Harfleur, oĂč Philippe le Hardi est en train de prĂ©parer un dĂ©barquement franco-flamand en Angleterre[132]. On lui oppose la stratĂ©gie de la terre dĂ©serte et la chevauchĂ©e ne peut s'emparer de la ville. L'armĂ©e anglaise est harcelĂ©e par les troupes du duc de Bourgogne et, craignant d'ĂȘtre piĂ©gĂ©e, regagne Calais[132]. Les raids anglais, s’ils sont dĂ©vastateurs pour les campagnes, ne permettent pas de regagner le terrain perdu.

GrĂące Ă  sa gestion des appels gascons, Charles V a su se rallier une grande partie de l'Aquitaine. Le comte d'Armagnac tenant la majeure partie des forteresses sur ses terres, il ne reste Ă  rallier que quelques villes craignant des reprĂ©sailles des sĂ©nĂ©chaux anglais, mais toutes finissent par accepter les conditions de plus en plus avantageuses offertes par les envoyĂ©s du roi (Jean de Berry, Louis d'Anjou et la noblesse gasconne dĂ©jĂ  ralliĂ©e qui bat le pays). Le roi de France prend soin d'entretenir le patriotisme des rĂ©gions libĂ©rĂ©es par l'octroi de nombreux privilĂšges : il use en particulier de l'anoblissement[133], la noblesse française ayant Ă©tĂ© dĂ©cimĂ©e par la peste, CrĂ©cy et Poitiers[134]. De mĂȘme, la reconquĂȘte se fait grandement par le retournement des villes d'Aquitaine souvent monnayĂ© contre des promesses de fiscalitĂ© plus lĂ©gĂšre[135]. En quelques mois, plus de soixante villes rallient les Français. Millau cĂšde en dernier en dĂ©cembre, aprĂšs avoir obtenu du roi de France une exemption fiscale de vingt ans[136]. Quelques garnisons anglaises subsistent, mais leur isolement ne leur permet pas de tenir le terrain, Louis d'Anjou progresse en Guyenne pendant que Jean de Berry contient les Anglais en Poitou Ă  la Roche-sur-Yon[137].

Pendant ce temps, au Nord, le Ponthieu est repris en une semaine : le 29 avril, Abbeville ouvre ses portes Ă  Hue de ChĂątillon (maĂźtre des arbalĂ©triers), et les jours suivants les localitĂ©s voisines reviennent sous l'autoritĂ© du roi de France, qui confirme leurs privilĂšges[137].

1370 : durcissement du conflit

La reconquĂȘte par Charles V des territoires concĂ©dĂ©s au traitĂ© de BrĂ©tigny.      Domaine royal      Apanages des frĂšres du roi      ComtĂ© de Foix-BĂ©arn autonome      Bretagne alliĂ©e aux anglais      Possessions de Charles de Navarre alliĂ© des Anglais

      ChevauchĂ©e de Lancastre en 1369

      ChevauchĂ©e de Robert Knowles en 1370

      ChevauchĂ©e de Lancastre en 1373

Les Anglais, attaquĂ©s de toutes parts et pris de court en 1369, contre-attaquent. Dans les premiers mois de 1370, les Français continuent Ă  avancer dans les plaines de la Garonne sur deux axes: Agen, Villeneuve-sur-Lot, Pujols, Penne, Fumel et Puymirol au nord et Tarbes, BagnĂšres et Vic-en-Bigorre au sud se soumettent au roi de France[138]. Le duc de Berry entre dans Limoges le 24 aoĂ»t 1370, accueilli par les habitants en liesse, (l'Ă©vĂȘque Jean de Cros a nĂ©gociĂ© le ralliement de la ville). Mais il quitte la ville le jour mĂȘme, ne laissant que quelques hommes d'armes, alors que la garnison anglaise est restĂ©e retranchĂ©e autour du chĂąteau vicomtal[139]. Le prince de Galles fait payer trĂšs cher leur ralliement aux Limougeaux : le 19 septembre, aprĂšs 5 jours de siĂšge pendant lesquels les murailles sont sapĂ©es et minĂ©es, il reprend la ville, Ă©paulĂ© par les ducs de Lancastre et de Cambridge, et fait massacrer la population puis incendier la citĂ©[138]. L'objectif est de faire un exemple dissuasif pour arrĂȘter l'hĂ©morragie de villes tournant françaises, mais c'est l'effet inverse qui se produit : cette conduite encourage l'anglophobie et renforce le sentiment national naissant[140].

Robert Knowles, Ă  la tĂȘte d'une chevauchĂ©e de 2500 archers et 1600 hommes d'armes, part de Calais fin juillet 1370 et pille les campagnes contournant Amiens, Noyon, Reims et Troyes. Le calcul du roi de France est que les chevauchĂ©es ne permettent pas de tenir le terrain et attisent l'anglophobie dans les territoires pillĂ©s. Charles V continue de miser sur une guerre de siĂšge et de propagande, qui lui permet de reprendre du terrain, ville aprĂšs ville, le plus souvent sans combat[139]. Il renforce le prestige de la couronne de France par ces victoires, malgrĂ© les souffrances engendrĂ©es par la tactique de la terre dĂ©serte (il laisse les chevauchĂ©es anglaises piller les campagnes dont la population s'est rĂ©fugiĂ©e dans les forteresses qui ont Ă©tĂ© reconstruites dans tout le royaume) et par le retour de la peste. Ainsi la chevauchĂ©e de Knowles est refoulĂ©e de Bourgogne. Elle passe 2 jours devant les portes de Paris, pillant les faubourgs sous les yeux des Parisiens Ă  l'abri derriĂšre les murs de la capitale[141]. Charles V doit montrer que les impĂŽts prĂ©levĂ©s pour conduire la guerre sont utiles, d'autant que la nouvelle du sac de Limoges vient d'arriver: les esprits s'Ă©chauffent. Olivier de Clisson lui dĂ©conseille formellement une bataille rangĂ©e. Pour rassurer le pays mis Ă  feu et Ă  sang par la chevauchĂ©e de Robert Knolles, Charles V fait connĂ©table le trĂšs populaire Bertrand du Guesclin, qui vient de rentrer victorieux de Castille ayant vaincu Pierre le Cruel, l'alliĂ© des Anglais Ă  Montiel[142]; il lui confie une armĂ©e levĂ©e grĂące Ă  un emprunt forcĂ© pour harceler les Anglais. Du Guesclin harcĂšle Robert Knowles, et le bat Ă  Pontvallain, le surprenant alors qu'il s'apprĂȘte Ă  franchir le Loir[143]. La zizanie ayant gagnĂ© les capitaines anglais, la chevauchĂ©e se dĂ©sagrĂšge arrivĂ©e en Bretagne.

1372 : MaĂźtrise des mers

AprĂšs une annĂ©e plus calme, oĂč Charles V s'applique Ă  nouer des alliances et isoler toujours plus Édouard III (il raffermit les liens avec Ă©cossais, gallois, castillans et le Saint-Empire, tout en acceptant la paix avec Charles de Navarre dont le royaume cernĂ© par l'alliance franco-castillane pourrait ĂȘtre menacĂ©)[144], l'annĂ©e 1372 voit le conflit basculer.

La flotte anglaise est détruite le 22 Juin 1372 à la bataille de La Rochelle privant la Guyenne de soutien logistique.

Le roi de Castille est alliĂ© Ă  Charles V, d'autant que celui-ci l'a aidĂ© Ă  renverser Pierre le Cruel, mais ce sont les revendications les couronnes de Castille et de LĂ©on en 1372 par Jean de Gand, gendre de feu Pierre le Cruel, qui le dĂ©cident Ă  se jeter dans le conflit. La flotte castillane intercepte le corps expĂ©ditionnaire anglais Ă  la Rochelle le 22 juin 1372 et l'anĂ©antit le 23, usant de canons et de brĂ»lots dĂ©rivants (il a attendu la marĂ©e basse pour que ses navires Ă  faibles tirant d'eau aient un avantage sur les lourds bĂątiments anglais gĂȘnĂ©s Ă  la manƓuvre par les hauts fonds sablonneux rochelais)[145]. C'est un dĂ©sastre pour l'Angleterre, qui perd la maĂźtrise des mers.

La campagne pour la reconquĂȘte du Poitou, de l'Aunis, de la Saintonge et de l'Angoumois commence aussitĂŽt aprĂšs la Bataille de La Rochelle. Mais la reconquĂȘte ne se fait pas facilement: les barons poitevins ont massivement choisi le parti anglais (le Poitou exporte du sel vers l'Angleterre)[146]. L'armĂ©e royale assiĂšge la forteresse de Saint-SĂ©vĂšre, qui capitule le 31 juillet. Pendant ce temps, Montcontour est repris, puis Poitiers ouvre ses portes Ă  du Guesclin le 7 aoĂ»t.

Les forces françaises progressent le long de la cĂŽte, vers le sud. Le captal de Buch est capturĂ© le 23 aoĂ»t alors qu'il allait secourir Soubise assiĂ©gĂ©e : son armĂ©e est interceptĂ©e par la flotte galloise et castillane qui remonte la Charente. Les Ăźles de RĂ© et d'OlĂ©ron font leurs soumissions le 26 aoĂ»t, mais les barons poitevins restent fidĂšles aux Anglais et se retranchent dans Thouars.
Du Guesclin continue Ă  progresser le long du littoral jusqu'Ă  la Rochelle, qui est prise le 8 septembre. Ainsi isolĂ©es, les villes se rendent tour Ă  tour: AngoulĂȘme (la capitale du Prince noir) et Saint-Jean-d'AngĂ©ly le 20 septembre, Saintes le 24[147].

Occupation de la Bretagne

Si le traitĂ© de GuĂ©rande clos le problĂšme de la succession, il ne rĂšgle pas le contentieux franco-breton. La noblesse bretonne tend Ă  la neutralitĂ© aprĂšs le long conflit qui a dĂ©chirĂ© le duchĂ©. Mais Jean IV a des accords Ă  respecter et, s'il Ă©pouse une sƓur puis une belle-fille du Prince noir, il temporise pour accepter le traitĂ© d'alliance qui Ă©tait prĂ©vu dĂšs 1362 avec le roi d'Angleterre. En 1369, dĂšs le dĂ©but de la reconquĂȘte, des renforts anglais (400 hommes d'armes et 400 archers) conduits par les comtes de Pembroke et de Cambridge dĂ©barquent Ă  Saint-Malo et rejoignent le Poitou et la Guyenne aprĂšs avoir recrutĂ© quelques compagnies[148]. L'alliance finit par ĂȘtre ratifiĂ©e Ă  la rĂ©probation de la noblesse bretonne alors que 300 archers et 300 hommes d'armes anglais ont dĂ©barquĂ© Ă  Saint-Mathieu-de-Fineterre en 1372[148]. AussitĂŽt, une troupe française commandĂ©e par deux Bretons (Bertrand du Guesclin et Olivier de Clisson) entre dans le duchĂ©, provoquant le rembarquement prĂ©cipitĂ© des Anglais[149].

En mars 1373, c'est une vĂ©ritable armĂ©e qui dĂ©barque Ă  Saint-Malo: 2000 hommes d'armes et 2000 archers sous les ordres du comte de Salisbury[149]. Pour une telle opĂ©ration, l'accord du duc est indispensable. C'est un casus belli, et Charles V donne l'ordre d'attaquer. Son armĂ©e entre en Bretagne avec l'appui d'une bonne partie de la noblesse qui s'enrĂŽle massivement sous la banniĂšre de Bertrand du Guesclin. En deux mois, la quasi-totalitĂ© du duchĂ© est occupĂ©e : Ă  la Saint-Jean, les Anglais ne tiennent plus que Brest, Auray, BĂ©cherel et la forteresse de Derval[149]. Jean IV quitte la Bretagne dĂšs le 28 avril[149].

Chevauchée du duc de Lancastre

N’ayant pas les moyens logistiques et financiers de soutenir la guerre de siĂšge que lui impose Charles V et qui semble conduire Ă  la reconquĂȘte progressive de toute l’Aquitaine, Édouard III tente d’affaiblir l’effort français en Guyenne par l’ouverture de nouveaux fronts.

Jean de Gand, duc de Lancastre

Édouard III tente une chevauchĂ©e censĂ©e ruiner la France dans ses forces vives. Le 12 juin 1373, il institue son fils, le duc de Lancastre Jean de Gand, lieutenant spĂ©cial et capitaine gĂ©nĂ©ral dans le royaume de France[150]. AccompagnĂ© de Jean IV de Bretagne, il conduit Ă  travers la France une chevauchĂ©e des plus dĂ©vastatrices. Mais celle-ci reste sous contrĂŽle : Philippe le Hardi tient les ponts et les chĂąteaux sur son aile droite, du Guesclin la suit et empĂȘche tout repli vers Calais. Elle traverse la Picardie et le Vermandois mais, ne pouvant aller vers l’ouest, elle se dirige vers Reims, puis Troyes oĂč elle trouve portes closes[151]. Battu par Clisson Ă  Sens, le duc de Lancastre ne peut rejoindre la Bretagne, il tente donc de rallier la Guyenne en traversant le Limousin[151]. Ses hommes sont affamĂ©s, les chevaux crevĂ©s (ou mangĂ©s), la fin de l’expĂ©dition se fait Ă  pied et perd la moitiĂ© de ses effectifs (les dĂ©fections sont nombreuses). Trop lourdes, les armures ont Ă©tĂ© jetĂ©es[151]. Elle est sauvĂ©e d’un dĂ©sastre plus complet par les villes de Tulle, Martel et Brive qui ouvrent leurs portes sans coup fĂ©rir. Mais le moral n’y est plus, la zizanie gagne les chefs : Montfort lĂąche la chevauchĂ©e[151]. L’arrivĂ©e piteuse du rĂ©sidu des troupes de Jean de Lancastre Ă  Bordeaux brise le moral des fidĂšles au roi d’Angleterre : les Français avancent nettement, reprenant Tulle, Martel et Brive, mais surtout en entrant dans La RĂ©ole qui verrouille le bordelais et dont les bourgeois savent ne plus pouvoir compter sur aucun secours[152]. Au total, entre 1369 et 1375, les Français reprennent aux Anglais la quasi-totalitĂ© des concessions faites et des terres possĂ©dĂ©es par l’ennemi avant mĂȘme le dĂ©but de la guerre, exceptions faites de Calais, Cherbourg, Brest, Bordeaux, Bayonne, et de quelques forteresses dans le Massif central. Mais parvenu Ă  ce point Charles V sait ne pouvoir reprendre plus de terrain, les Bordelais Ă©tant trop anglophiles du fait des liens commerciaux (ils exportent massivement leur vin vers l’Angleterre). Toute sa stratĂ©gie Ă©tant basĂ©e sur la reconquĂȘte des cƓurs avant celle des territoires, il ne souhaite pas s’encombrer d’une ville prĂȘte Ă  se rebeller Ă  la premiĂšre occasion[152]. Tout est ouvert pour finalement nĂ©gocier, Ă  Bruges, un traitĂ© mettant fin Ă  la guerre en reconnaissant la souverainetĂ© des Français sur les territoires reconquis.

En 1375, Jean IV dĂ©barque Ă  Saint-Mathieu-de-Fineterre avec 6 000 hommes sous le commandement du comte de Cambridge[153]. Le succĂšs et rapide mais Ă©phĂ©mĂšre : Ă  peine la trĂȘve de Bruges signĂ©e entre Français et Anglais que les troupes anglaises quittent la Bretagne et que les places bretonnes retournent françaises[153]. Jean IV doit retourner en Angleterre.

1375 : TrĂȘve de Bruges

Article dĂ©taillĂ© : TrĂȘve de Bruges.

La guerre Ă©tant arrivĂ©e Ă  un statu quo oĂč il devient difficile de faire bouger les lignes, les deux partis sont rĂ©unis Ă  Bruges. Mais ils n’arrivent cependant pas Ă  trouver un point d’accord. Sous l'influence de GrĂ©goire XI, les belligĂ©rants signent le Ier juillet 1375 une trĂȘve qui dure jusqu'en juin 1377. À la signature de la trĂȘve de Bruges, les Anglais ne possĂšdent plus en France qu'une Guyenne Ă©triquĂ©e et Calais; la France rĂ©cupĂšre le duchĂ© de Bretagne Ă  l'exception de trois villes.

Durant cette trĂȘve se produisent deux Ă©vĂ©nements qui contribuent Ă  Ă©loigner la menace que font peser les prĂ©tentions dynastiques anglaises sur la couronne de France. En 1376 meurt le Prince noir, hĂ©ritier du trĂŽne d'Angleterre. En 1377 disparaĂźt Ă  son tour Édouard III. Le nouveau roi Richard II a 10 ans, l'Angleterre entre dans une pĂ©riode de troubles qui sera Ă  l'origine de la guerre des Deux-Roses, et qui empĂȘche les Anglais de reprendre sĂ©rieusement les hostilitĂ©s en France avant l'avĂšnement d'Henri V.

1377 : Offensive maritime et terrestre

Attaques de Jean de Vienne et l'amiral castillan Fernando Sánchez de Tovar contre l'Angleterre (1374–1380).

Jean de Vienne rĂ©organise la flotte (il remplace Aimery de Narbonne en dĂ©cembre 1373). Il nomme un maĂźtre du clos aux galĂ©es qui a en charge l’achat, la construction et l’entretien des navires dans tous les ports royaux[154]. En 1377, la flotte royale compte 120 navires de guerre dont 35 vaisseaux de haut bord Ă©quipĂ©s d’artillerie lourde[154] (contre seulement 10 en 1376[155]). En 1379, elle compte 21 navires de plus, auxquels il faut ajouter huit galĂšres castillanes et cinq portugaises[155]. Il instaure une stratĂ©gie de raids cĂŽtiers dĂ©vastateurs qui sont le pendant maritime des chevauchĂ©es anglaises[156]. De 1377 Ă  1380, une dizaine de ports anglais dont Rye, Hastings, Dartmouth, Plymouth, Wight, Winchelsea, Lewes, Portsmouth ou Yarmouth subissent des raids franco-castillans[154]. Londres est mise en Ă©tat d’alerte Ă  plusieurs reprises[154]. Mais comme les chevauchĂ©es, ces raids, s'ils permettent de peser sur l'Ă©conomie adverse et sur le moral des populations, ne permettent pas de reprendre du terrain Ă  l'adversaire.

Dans la pratique, la trĂȘve de Bruges se termine Ă  la Saint-Jean 1377, et les Anglais sont immĂ©diatement attaquĂ©s sur tous les fronts : par mer (avec un premier raid en juillet et un deuxiĂšme en aoĂ»t), en Bretagne et en Guyenne[156]. Louis d'Anjou et du Guesclin, chacun Ă  la tĂȘte d'une armĂ©e progressant sur une rive de la Dordogne, reprennent Bergerac, Saint-Émilion, Libourne et Blaye. Mais, bousculĂ©s les Anglais parviennent Ă  tenir leurs ports et restent maĂźtres de Bordeaux, Bayonne, Brest, Cherbourg et Calais. Ils restent aussi capables de dĂ©barquer quand bon leur semble[157].

Fin de rĂšgne

Visite de l'empereur Charles IV

Banquet donnĂ© lors de la venue de l'empereur. À gauche Charles IV, au centre Charles V, et Ă  droite Wenceslas le roi de Rome.

En janvier 1378, alors qu'il est victorieux sur tous les fronts, Charles V reçoit son oncle l’empereur germanique Charles IV. Pour Charles V, ne parvenant pas Ă  obtenir des Anglais reconnaissance de sa victoire, il s'agit de faire avaliser sa souverainetĂ© et sa victoire par un des souverains les plus puissants d'Europe. D'autre part, il souhaite le soutien de l'empereur pour l'extension du royaume vers l'Est: sa famille contrĂŽle le DauphinĂ© et le comtĂ© de Bourgogne (qui sont en terre d'empire), et il lorgne sur la Provence (ces territoires permettraient de contrĂŽler le trĂšs lucratif axe commercial RhĂŽne-SaĂŽne). Il soigne ses rapports avec les princes allemands des rĂ©gions frontaliĂšres en fiançant en 1375 sa fille Marie Ă  Guillaume de BaviĂšre, le fils du duc de Hainaut, et promettant sa fille Catherine Ă  Robert de BaviĂšre, comte palatin du Rhin[157]. Pour Charles IV vieillissant, il s'agit d'obtenir le soutien diplomatique du roi de France pour l'investiture comme empereur de son fils Wenceslas, dĂ©jĂ  roi des Romains, et surtout pour obtenir la main de Marie de Hongrie pour son fils cadet Sigismond[158]. En effet, Louis le Grand de Hongrie est issu de la premiĂšre maison d'Anjou et dĂ©tient les couronnes de Hongrie et de Pologne. Cependant, il n'a pas de fils. Il doit donc trouver des gendres pour ses 3 filles. Charles V souhaiterait que l'aĂźnĂ©e Catherine Ă©pouse son fils Louis, qui deviendrait alors roi de Hongrie et qui aurait des droits sur le royaume de Naples (et donc sur la Provence) dont la reine Jeanne est angevine et sans hĂ©ritier elle aussi[159]. Sigismond, lui, deviendrait roi de Pologne[158].

La visite est l'occasion de montrer que le roi de France est l'Ă©gal de l'empereur (le protocole est Ă©tudiĂ© pointilleusement pour cela), pour asseoir la couronne des Valois. L'empereur, aprĂšs avoir entendu l'historique de la guerre de Cent Ans, soutient son neveu, condamne l'Angleterre, et considĂšre publiquement la reconquĂȘte comme juste[160]. La paix avec l'Angleterre n'est pas obtenue mais l'empereur en lĂ©gitimant la reconquĂȘte affirme la souverainetĂ© des Valois sur ces territoires.

Le schisme

Carte historique du grand schisme d’Occident.     Pays reconnaissant le pape de Rome     Pays reconnaissant le pape d'Avignon

En refusant d'accepter le principe d'une supĂ©rioritĂ© du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel, Philippe le Bel a empĂȘchĂ© l'instauration par Boniface VIII d'une thĂ©ocratie en Europe[161]. Depuis 1309, les papes rĂ©sidant Ă  Avignon sont majoritairement français (gĂ©nĂ©ralement proches du roi de France), et nomment des Français comme lĂ©gats et gouverneurs des provinces ecclĂ©siastiques d’Italie. Or, les Français ne sont pas familiers des affaires locales, et sont dĂ©testĂ©s des Italiens. GrĂ©goire XI commet l’erreur de perpĂ©tuer cette mauvaise habitude. À sa mort, les Italiens spoliĂ©s fomentent des Ă©meutes pour influer sur le vote et faire Ă©lire Urbain VI, le 8 avril 1378.

Il s'agit du premier pontife italien depuis que la papautĂ© s'est s'installĂ©e Ă  Avignon. Son Ă©lection s'est faite sous la pression de la rue, mais les cardinaux l'ont choisi pensant que, peu puissant, il ne remettrait pas leurs privilĂšges en jeu. À peine Ă©lu, Urbain VI se brouille avec les cardinaux d'Avignon en voulant leur imposer de vivre conformĂ©ment Ă  l'Évangile, en rĂ©duisant leur train de vie, en renonçant Ă  leurs pensions et en investissant dans la restauration de l'Église. Les membres du SacrĂ© CollĂšge, en majoritĂ© français, habituĂ©s aux fastes et aux intrigues de couloirs grĂące auxquels ils ont pu accĂ©der Ă  leurs charges si rĂ©munĂ©ratrices, voient d'un trĂšs mauvais Ɠil ce pape moralisateur[162].

Urbain VI
Clément VII

Ils contestent son Ă©lection sous la pression de la population romaine en insurrection. Profitant de sa brouille avec la reine de Naples, ils se rĂ©unissent Ă  nouveau Ă  Naples et le somment d'abdiquer le 2 aoĂ»t[163]. Le 18 septembre, Ă  Rome, Urbain VI nomme 29 nouveaux cardinaux dont 20 italiens[163]. Les cardinaux français disposent d'un puissant rĂ©seau d'influence, trĂšs introduit Ă  la cour de Charles V de France (le Saint-SiĂšge est l'Ă©picentre diplomatique de l'Occident)[164]. Les cardinaux contestataires obtiennent d'abord le soutien de la reine Jeanne de Naples (issue de la maison d'Anjou et opposĂ©e aux Visconti depuis la guerre des guelfes et des gibelins)[165]. Ils font jouer leurs rĂ©seaux d'influence et rĂ©ussissent Ă  convaincre les conseillers de Charles V, puis le roi lui-mĂȘme, de la non-validitĂ© de l'Ă©lection d'Urbain VI[166]. Le roi adresse son accord aux cardinaux rebelles le 6 octobre 1378[166]. Ceux-ci, trĂšs bien renseignĂ©s et 15 jours avant rĂ©ception de cette lettre confirmant l'accord du roi, Ă©lisent ClĂ©ment VII (1378–1394) lors d'un conclave Ă  Fondi, dans la rĂ©gion de Rome. Ce pape français n'ayant pu s'imposer en Italie s’installe Ă  Avignon en 1379[163]. L'Occident chrĂ©tien se divise alors : une moitiĂ© de l'Europe reste fidĂšle Ă  Rome (l'Italie du nord, l'Angleterre, les Flandres, l'Empire et la Hongrie), tandis que l'autre moitiĂ© (France, royaume de Naples, l'Écosse, duchĂ©s de Lorraine, duchĂ© d'Autriche et duchĂ© de Luxembourg) en tient pour le pape d'Avignon. Le territoire de la Suisse actuelle est particuliĂšrement touchĂ© de par sa situation entre les blocs et son morcellement politique. Dans la plupart des diocĂšses suisses, il y a alors deux Ă©vĂȘques d'obĂ©dience opposĂ©e[167]. Les royaumes espagnols restent neutres dans un premier temps mais rĂ©clament un concile[163]. Par son soutien Ă  ClĂ©ment VII, Charles V est largement responsable du schisme puisque sans son appui, l'antipape n'aurait eu aucune lĂ©gitimitĂ©.

Articles dĂ©taillĂ©s : PapautĂ© d'Avignon et Grand Schisme d'Occident.

Le complot de 1378

Depuis la dĂ©faite de Cocherel en 1364, les vellĂ©itĂ©s de Charles de Navarre de ceindre la couronne de France sont compromises. Il se tourne alors vers l'Espagne, et a de longs dĂ©mĂȘlĂ©s avec Pierre le Cruel et Henri de Trastamare, qui se disputent la Castille. EngagĂ©s contre le roi de Castille Henri II de Castille dit Henri de Trastamare (qui sera empoisonnĂ© en 1379 Ă  son instigation), les troupes du Navarrais dĂ©faites n'ont d'autre issue que d'appeler les Anglais Ă  la rescousse[168]. C'est une aubaine pour le jeune Richard II d'Angleterre, qui comprend aussitĂŽt l'intĂ©rĂȘt d'une telle alliance. Le roi de Navarre, qui possĂšde le comtĂ© d'Évreux et le Cotentin, peut, en contrepartie de renforts, mettre Ă  la disposition des Anglais le port de Cherbourg. L'accord est conclu en fĂ©vrier 1378. En Ă©change d'une troupe de 1 000 hommes (500 archers et 500 hommes d'armes), Charles de Navarre cĂšde Cherbourg Ă  Richard II pour trois ans[168].

En fait, la pierre d'achoppement entre le Valois et le Navarrais est celui de la souverainetĂ© sur la Normandie. C'est en effet l'un des principes importants de gouvernement pour Charles V. Il est prĂȘt Ă  passer sur les turpitudes passĂ©es de son beau-frĂšre, pour peu que celui-ci se reconnaisse comme vassal du roi de France pour ses terres de Normandie. C'Ă©tait en substance la signification des accords de 1371, oĂč Charles de Navarre avait prĂȘtĂ© l'hommage lige. Cela, Charles de Navarre, qui s'est toujours considĂ©rĂ© comme spoliĂ© de la couronne de France, ne peut le tolĂ©rer[169]. En ouvrant les portes de la Normandie aux Anglais, il remet en cause ce principe de souverainetĂ©, ce qui ne peut ĂȘtre tolĂ©rĂ© par Charles V et ses conseillers[168].

Fin mars 1378, le comte de Foix, qui dispose d'un efficace rĂ©seau d'espions, informe Charles V que son cousin Navarre nĂ©gocie un accord secret avec les Anglais[169]. GrĂące Ă  ces informations, le chambellan de Charles le Mauvais, Jacques de Rue, est arrĂȘtĂ© alors qu'il se rend Ă  Paris. La perquisition de ses effets permet de dĂ©couvrir les instructions confiĂ©es par son maĂźtre. Le Navarrais, Ă©cartĂ© des affaires françaises depuis 1364, n'a pas pu faire grand chose contre les exactions continues des garnisons anglo-gasconnes qui dĂ©fendent depuis 1355 ses forteresses normandes. GrĂące Ă  sa politique Ă©nergique contre les Grandes Compagnies et les occupants anglais, c'est Charles V qui apparaĂźt comme le protecteur et donc le souverain de la Normandie[170]. L'occasion est belle de mettre Charles de Navarre hors d'Ă©tat de nuire et de rĂ©cupĂ©rer ses possessions normandes. Pour que cette rĂ©affirmation de souverainetĂ© soit bien acquise par tous, il importe de bien mettre Ă  jour les griefs que la couronne a contre le Navarrais : il y aura donc un grand procĂšs avec le plus de publicitĂ© possible[171]. Pris au piĂšge, le chambellan passe aux aveux. Outre l'affaire de Cherbourg, Jacques de Rue confesse un projet de mariage entre Richard II et une infante de Navarre, confirme la rumeur du complot visant Ă  empoisonner Charles V[172].

La rĂ©action est alors foudroyante : la trahison et la tentative de rĂ©gicide Ă©tant clairement Ă©tablies, toutes les possessions de Charles de Navarre sont attaquĂ©es simultanĂ©ment. En Normandie, les hommes de du Guesclin investissent tour Ă  tour Conches, Carentan, Mortain, Avranches[168]. La forteresse de Bernay, tenue par Pierre du Tertre, le secrĂ©taire du Navarrais, rĂ©siste un temps. Mais ce dernier n'a d'autre idĂ©e que d'obtenir une reddition honorable et de sauver sa vie. Il rend les armes le 20 avril. Mais Cherbourg rĂ©siste et reste aux mains des Anglais. Le 20 avril, Montpellier, possession du roi de Navarre depuis 1371, est occupĂ©e par les troupes royales, alors que les Castillans se prĂ©parent Ă  attaquer Pampelune, capitale du royaume navarrais.

Tout l'Ă©difice de Charles le Mauvais s'effondre en mĂȘme temps que ses rĂȘves de pouvoir. L'Ă©preuve n'est pourtant pas finie. Le roi de Navarre doit encore essuyer l'humiliation du procĂšs de ses hommes de confiance et la rĂ©vĂ©lation publique de ses crimes. Cependant, Charles V veille Ă  ne pas s'aliĂ©ner les Navarrais : il rencontre l'infant Charles Ă  Senlis. Ce dernier, comme doit le faire un seigneur loyal, prend la dĂ©fense de Jacques de Rue. Le roi l'avertit que les chĂąteaux de son pĂšre vont ĂȘtre saisis, mais que l'infant ne sera pas privĂ© du revenu de ses terres[168].

Le procĂšs de Jacques de Rue et de Pierre du Tertre s'ouvre en juin devant le Parlement[171]. Outre les aveux du chambellan, les hommes de Charles V ont dĂ©couvert dans la tour de Bernay d'autres Ă©lĂ©ments Ă  charge; documents codĂ©s destinĂ©s aux Anglais, instructions pour la dĂ©fense des places normandes, ordre de ne point se rendre aux Français. Les Navarrais plaident la fidĂ©litĂ© Ă  leur roi et rejettent les accusations de trahison et de lĂšse-majestĂ©. C'est faire peu de cas du serment de 1371, par lequel Charles le Mauvais a promis "foi, loyautĂ© et obĂ©issance" Ă  Charles V. Les juges n'acceptent pas cette dĂ©fense et, le 16 juin, condamnent Ă  mort les deux hommes. AprĂšs que Charles V eut refusĂ© leur grĂące, les condamnĂ©s sont dĂ©capitĂ©s, leurs tĂȘtes sont exposĂ©es au gibet de Montfaucon, leurs membres en huit points de Paris[173].

Charles de Navarre a définitivement perdu son duel contre Charles V. Il est à présent isolé, dépossédé de ses biens et lùché par ses sujets, las de payer pour des desseins aventureux qui ne les concernent guÚre. AprÚs avoir trahi tous les partis à la fois, il s'est fait tant d'ennemis qu'il est forcé pour se tirer d'affaire d'abandonner une portion de ses états (1379). Ainsi, le plus résolu des ennemis des Valois tombe dans une déchéance qui va l'obliger, jusqu'à sa mort en 1387, à vivre d'expédients et d'emprunts. Instruit enfin par l'adversité, il passe ses derniÚres années en paix, ne s'occupant plus que de l'administration de son royaume.

Le fait de Bretagne

Les Anglais ne contrĂŽlent plus que quelques ports tels Calais, Bordeaux, Bayonne. Par contre, ils gardent le contrĂŽle de plusieurs places fortes en Bretagne et en particulier Brest et d'oĂč ils mĂšnent des attaques rĂ©pĂ©tĂ©es sur Saint-Malo. La prise d'un nouveau port est inacceptable pour Charles V. Aussi le roi et sa cour dĂ©cident-ils de confisquer le duchĂ©. Jean IV a Ă©tĂ© chassĂ© de Bretagne depuis 1373. Il n'a remis les pieds sur le continent que pour participer Ă  des raids ou des chevauchĂ©es anglaises. Jean IV ayant Ă©tĂ© dĂ©considĂ©rĂ© par les Bretons, Charles V peut penser que ces derniers rĂ©agiront comme les Normands en cas de confiscation du duchĂ©. Ceci se fait en toute transparence, et elle est annoncĂ©e aprĂšs un jugement rendu par la cour des pairs le 18 dĂ©cembre 1378[174]. Louis Ier d'Anjou est nommĂ© lieutenant du roi en Bretagne[175]. Mais le duchĂ© n'aspire qu'Ă  la neutralitĂ© et les barons se refusent Ă  livrer leurs chĂąteaux aux rois. Le 25 avril 1379, ils constituent une ligue qui met sur pied un gouvernement provisoire et rappelle Jean IV avec l'aval de Jeanne de PenthiĂšvre[176]. Le gouvernement est formĂ© de 4 marĂ©chaux et de 4 responsables des affaires civiles dont la mission prioritaire est de prĂ©lever des fonds (via une taxe de 1 franc par foyer) pour lever une armĂ©e destinĂ©e Ă  dĂ©fendre le duchĂ©. Jean IV dĂ©barque le 3 aoĂ»t 1379 sur la plage de Saint-Servant, accueilli par une foule enthousiaste[175]: il s'agit d'un des moments historiques fondateurs de l'identitĂ© Bretonne. Charles V ne peut que constater la volontĂ© d'autonomie du duchĂ© et il sait que sans l'approbation de la population, une conquĂȘte militaire n'aurait aucun rĂ©sultat Ă  long terme[175]. Il ne veut pas prendre le duchĂ© de force. Il meurt avant la fin des tractations, et ce sont ses frĂšres qui signent le deuxiĂšme traitĂ© de GuĂ©rande qui reconnaĂźt Jean de Montfort comme duc de Bretagne, contre l’hommage prĂȘtĂ© au roi de France, le versement d’une indemnitĂ© et le renvoi des conseillers anglais, mettant dĂ©finitivement fin au conflit le 4 avril 1381[177].

Mort de Charles V

La reine meurt le 6 fĂ©vrier 1378, aprĂšs avoir mis au monde Catherine. Selon tous les chroniqueurs de l'Ă©poque, le roi est trĂšs affectĂ© car, bien que leur mariage ait Ă©tĂ© arrangĂ©, l'amour que se portait le couple royal n'en Ă©tait pas moins sincĂšre[158]. Le corps de la reine est inhumĂ© Ă  Saint-Denis Ă  cotĂ© de la place prĂ©vue pour le roi. Son cƓur est lui conservĂ© dans l'Ă©glise des cĂ©lestins[158].

Voyant son état de santé décliner (il était probablement atteint de tuberculose pulmonaire), Charles V prépare sa succession. Il fixe la majorité des rois de France à 14 ans (1374).

En 1379, le Languedoc se rĂ©volte contre les impĂŽts devenus de plus en plus lourds. En effet la diminution de la dĂ©mographie entraĂźne une hausse des taxes : un fouage de 12 francs par foyer est dĂ©cidĂ©[178]. Or cette province est l'une des derniĂšres encore saignĂ©es par les Grandes Compagnies lesquelles tiennent encore quelques forteresses du Massif central. À NĂźmes, les commissaires envoyĂ©s par Louis d'Anjou sont massacrĂ©s[179]. Ce dernier rĂ©agit par une dĂ©monstration de force : les NĂźmois doivent supplier publiquement sa clĂ©mence (il les a fait condamner Ă  mort) pour qu'il commue leur peine en une amende de 130 000 francs[180].

Le roi Charles est lui plus clément. Il institue l'appel contre les abus, crée la Chambre du Trésor, et supprime des impÎts lourds en 1379 par souci d'apaisement[180].

Son conseiller Philippe de MĂ©ziĂšres essaye d'organiser une croisade qui serait menĂ©e par Charles, mais le roi la refuse, arguant de sa mauvaise santĂ©. En fait, il a dĂ©cidĂ© qu'il n'Ă©puiserait pas les forces du royaume rĂ©gĂ©nĂ©rĂ© par une quĂȘte chimĂ©rique.

Gisant de Charles V

Charles V meurt le 16 septembre 1380 Ă  BeautĂ©-sur-Marne, sa rĂ©sidence prĂ©fĂ©rĂ©e, affaibli par la mort de sa femme survenue deux ans plus tĂŽt. Il meurt en pleine Ă©pidĂ©mie de peste, loin de ses fils Charles et Louis qui ont Ă©tĂ© mis Ă  l'abri Ă  Melun[181].

Son corps est inhumĂ© avec celui de sa femme Jeanne de Bourbon dans la basilique de Saint-Denis. Son Ă©pitaphe est le suivant : « Cy gist le roy Charles le Quint, sage et Ă©loquent... Â»[182] Le gisant avait Ă©tĂ© commandĂ© de son vivant, au sculpteur AndrĂ© Beauneuveu. Sa tombe, comme celle de tous les princes et dignitaires reposant en la basilique, fut profanĂ©e par les rĂ©volutionnaires en 1793.

Son tombeau, aujourd'hui au Louvre, se trouvait Ă  l'origine dans l'abbaye de Maubuisson, selon le souhait de Charles V qu'une partie de lui reste prĂšs de la tombe de sa mĂšre, Bonne de Luxembourg. Quant Ă  son cƓur, il est Ă  la cathĂ©drale de Rouen (Charles V Ă©tait avant tout duc de Normandie).

Son fils Charles VI lui succĂšde, mais il est trop jeune pour gouverner, ses oncles se partagent donc le pouvoir, jusqu'Ă  son Ă©mancipation en 1388.

Restauration de l'autorité royale

Le plus grand dĂ©fi du rĂšgne de Charles V est de restaurer l'autoritĂ© de la couronne aprĂšs les Ă©vĂ©nements de 1357-1358. Le royaume est aux mains des Grandes Compagnies et en Ă©tat de non droit. La monnaie, longtemps garantie par les CapĂ©tiens, est en chute libre jusqu'en 1360. Les pillages rĂ©currents, l'insĂ©curitĂ© des routes et monĂ©taire entravent le commerce, et l'Ă©conomie est au plus mal. Enfin, les dĂ©faites s'enchaĂźnent depuis le dĂ©but de la guerre de Cent Ans et le rĂšgne de Jean le Bon, qui doit se dĂ©fendre des complots ourdis par Édouard III et Charles le Mauvais, est marquĂ© par l'arbitraire : les Valois n'ont plus aucune autoritĂ©.

Relance Ă©conomique

Le Franc Ă  cheval reprĂ©sente le roi Jean le Bon sur un destrier, armĂ© d'un Ă©cu Ă  fleur de lys et brandissant l'Ă©pĂ©e, avec le terme « Francorum Rex Â» (roi des Francs).

Le Franc n'est pas une invention de Charles mais de son pĂšre et de son conseil. Prisonniers Ă  Londres, Jean le Bon et ses conseillers constatent les bienfaits d’une monnaie forte. Ils prĂ©parent donc les rĂ©formes nĂ©cessaires et Jean le Bon crĂ©e le franc, le 5 dĂ©cembre 1360, sur le chemin du retour Ă  Paris[183]. Il s’agit d’une monnaie Ă  trĂšs forte teneur en or (3,88 grammes d'or fin), valant une livre et dont le nom indique qu’il ne s’agit pas d’une monnaie au titre dĂ©valuĂ©[184]. Il montre le roi chargeant Ă  cheval dans la droite ligne de l’idĂ©al chevaleresque : l’objectif est de restaurer l’autoritĂ© royale en mettant fin aux mutations monĂ©taires qui ont entraĂźnĂ© de nombreuses dĂ©valuations pendant toute la premiĂšre moitiĂ© du XIVe siĂšcle[101]. Une monnaie forte constitue la demande principale des Ă©tats gĂ©nĂ©raux, illustrĂ©e par la thĂ©orie Ă©laborĂ©e par Nicolas Oresme. L’abandon des mutations monĂ©taires prive l’État d’une source importante de revenus. Pour payer la rançon, le conseil du roi compte sur la fiscalitĂ© indirecte : l’ordonnance de CompiĂšgne du 5 dĂ©cembre 1360 institue une taxe de 5 %, prĂ©levĂ©e sur tous les Ă©changes[185]. Ce choix favorise la noblesse qui n’est pas touchĂ©e par cet impĂŽt et plus gĂ©nĂ©ralement les propriĂ©taires fonciers (clergĂ©, noblesse et grand patriciat urbain) dont les revenus sont calculĂ©s en monnaie de compte. En revanche, le commerce, l’agriculture et l’industrie sont durement pĂ©nalisĂ©es et l’économie est ralentie par cette mesure. De la mĂȘme maniĂšre, les locataires et paysans qui doivent payer aux propriĂ©taires une somme fixe sont trĂšs pĂ©nalisĂ©s par le renforcement monĂ©taire.

Le Franc à pied représente le roi Charles V couronné debout sous un dais gothique, tenant une épée et la main de Justice.

Charles V, en garantissant la stabilitĂ© du Franc, favorise au contraire les Ă©changes. Il se porte ainsi garant de la stabilitĂ© monĂ©taire et met fin aux mutations tant dĂ©criĂ©es[101]. En contrepartie, il fait accepter la crĂ©ation d'une fiscalitĂ© contrĂŽlĂ©e par des officiers royaux pour financer l'effort de guerre et le paiement de la rançon de Jean le Bon[101],[186]. Et surtout, elle se trouve justifiĂ© par ses effets sur le terrain : l'armĂ©e permanente que les impĂŽts financent dĂ©barrasse le pays des Grandes Compagnies, ce qui relance les Ă©changes. Il recourt en plus Ă  des aides, au fouage qui touche les foyers : cette fiscalitĂ© a une assiette plus large et pĂ©nalise moins les Ă©changes[187]. Charles V continue cette politique de stabilitĂ© monĂ©taire et rend permanente une fiscalitĂ© initialement provisoire et renĂ©gociĂ©e tous les ans aux Ă©tats gĂ©nĂ©raux[188].

Christine de Pisan note que Charles V applique une politique de grands travaux (surtout des fortifications) qui crĂ©e du travail (Ă©vitant donc les Ă©meutes ou que des vagabonds aillent grossir les rangs des Grandes Compagnies) et permet de rĂ©injecter des liquiditĂ©s dans l'Ă©conomie[189]. Au total, il relance l'Ă©conomie en quelques annĂ©es et peut compter sur des entrĂ©es fiscales trĂšs abondantes : 1,6 millions de Francs par an.

Un nouveau mode de gouvernement

TĂ©moin des malheurs causĂ©s par la captivitĂ© de son pĂšre, il se fait une loi de ne point commander ses troupes en personne et dirige tout du fond de son cabinet. Il a pour gĂ©nĂ©raux Olivier de Clisson, Bertrand du Guesclin, qu'il fait connĂ©table de France le 2 octobre 1370, et Jean de Boucicaut, lesquels l'aident Ă  reconquĂ©rir la quasi-totalitĂ© du royaume. Charles le Sage est un gestionnaire, un diplomate, un juriste. Rendu prudent et rĂ©flĂ©chi par les Ă©preuves de sa jeunesse, il sait s’appuyer sur de bons conseillers : Jean et Guillaume de Dormans, Pierre d'Orgemont sont ses chanceliers successifs. Nicolas Oresme est aux Finances. Participe Ă©galement Ă  son conseil Pierre Aycelin de Montaigut, Ă©vĂȘque de Nevers, puis, Ă  partir de 1370 Ă©vĂȘque-duc de Laon, qu'il utilise parfois comme ambassadeur. Ainsi, en 1368, il envoie le futur cardinal de Laon auprĂšs du pape Urbain V. En 1379, Montaigut joue un rĂŽle important dans le soutien apportĂ© par la France Ă  l'antipape ClĂ©ment VII.

DĂ©centralisation

La politique des apanages a Ă©tĂ© imaginĂ©e comme une dĂ©centralisation pour amĂ©liorer la gestion des provinces Ă©loignĂ©es de la capitale. Ces derniĂšres sont possĂ©dĂ©es par la famille proche du roi, et reviennent Ă  la couronne en l'absence d'hĂ©ritier mĂąle, ce qui Ă©vite d'en perdre le contrĂŽle aprĂšs un mariage. Les princes reçoivent leurs finances des impĂŽts permanents rĂ©coltĂ©s par le roi, ce qui permet Ă  celui-ci de les garder thĂ©oriquement sous contrĂŽle. Chaque apanage lĂšve une armĂ©e comprenant chevaliers et troupes envoyĂ©es par les villes, voire des paysans, et peut ainsi chasser les Grandes Compagnies qui ravagent le pays et relancer l'Ă©conomie. Dans un deuxiĂšme temps, les impĂŽts rentrant, ces armĂ©es sont professionnalisĂ©es et soldĂ©es en permanence, ce qui permet la reconquĂȘte des terres concĂ©dĂ©es au traitĂ© de BrĂ©tigny. L'autoritĂ© du roi et des princes en sort donc renforcĂ©e et les levĂ©es d'impĂŽts sont justifiĂ©es.

L'État de droit

Comme la stabilitĂ© monĂ©taire, la Justice est l'un des points marquant du rĂšgne de saint Louis, qui est la rĂ©fĂ©rence pour l'Ă©poque. Charles V remet donc le droit au centre de son mode de gouvernement : il s'entoure de juristes et fait appel Ă  la Cour de Justice pour rendre certaines dĂ©cisions. Il garantit ainsi l'Ă©quitĂ© Ă  ses sujets, et restaure l'autoritĂ© royale. Il matĂ©rialise la sĂ©paration des pouvoirs entre gouvernement et administration en quittant le palais de la CitĂ© qu'il laisse aux juristes, emmenant sa cour Ă  l'hĂŽtel Saint-Pol, au Louvre ou au chĂąteau de Vincennes, ce dernier lieu devenant une vĂ©ritable citĂ© administrative[190]. Il tranche ainsi avec l'arbitraire du rĂšgne de son pĂšre. C'est grĂące Ă  une dĂ©cision de la Cour de Justice qu'il peut confisquer la Guyenne aux Anglais et par une autre qu'il se dĂ©barrasse des Melun.

Ordonnance sur les forĂȘts

enluminure tirée du livre de chasse de Gaston Phébus

DĂšs le XIIIe siĂšcle, on prend conscience de l'importance des forĂȘts[191]. D'une part, le bois se rarĂ©fie et se renchĂ©rit du fait des dĂ©frichages intensifs rĂ©alisĂ©s en Occident depuis le Xe siĂšcle. Le bois est, au dĂ©but du Moyen Âge, le principal combustible et matĂ©riau de construction[192], disponible aisĂ©ment Ă  proximitĂ© immĂ©diate et facile Ă  transporter par flottage. Le renchĂ©rissement du bois a conduit Ă  une utilisation plus systĂ©matique de la pierre pour la construction et le charbon comme combustible industriel[193] (principalement pour les forges). D'autre part, la forĂȘt menace de ne plus remplir son rĂŽle nourricier pour la population et de terrain de chasse pour la noblesse. Les autoritĂ©s prennent donc des mesures pour mieux contrĂŽler les dĂ©frichages. Charles V s'inscrit dans cette dĂ©marche en promulguant en 1376 une ordonnance de 52 articles sur les forĂȘts, Ă©laborĂ©e sur son ordre par la Chambre des comptes aprĂšs une enquĂȘte minutieuse[194]. Les forĂȘts royales sont confiĂ©es Ă  6 maĂźtres forestiers devant inspecter 2 fois par an les forĂȘts dont ils ont la charge[194]. Ils doivent en dĂ©crire l'Ă©tat et en prĂ©senter la situation comptable Ă  la Chambre des comptes, y compris les amendes perçues par leurs sergents[194]. Ils sont payĂ©s 400 livres annuelles et en livraisons de bois[194]. À l'Ă©chelon subalterne sont instituĂ©s des gruyers et des verdiers (gardes forestiers). Une exploitation forestiĂšre rĂ©guliĂšre placĂ©e sous haute surveillance est aussi instituĂ©e[194].

Politiquement, l'affaire a aussi pour objet de dĂ©barrasser le Conseil du roi des Meluns (ils y sont depuis Jean le Bon) devenus trop puissants politiquement pour que Charles V puisse les Ă©vincer. Les habitants de Sens, utilisant les recours judiciaires permis par la mise en pratique de l'État de droit par le roi, portent plainte devant le Parlement de Paris contre des abus de pouvoir de la part de Jean de Melun, qui avait rĂ©cupĂ©rĂ© la charge de souverain des eaux et forĂȘts. Les communautĂ©s villageoises bĂ©nĂ©ficiaient depuis des temps immĂ©moriaux du droit d'usage de ses bois (pĂąture, ramassage des branches mortes, charbon de bois, glanĂ©e...); or les gardes forestiers, protĂ©gĂ©s par des commissions royales dĂ©livrĂ©es par l'archevĂȘque Guillaume de Melun, les saisissaient, les mettaient aux fers et les soumettaient Ă  rançon[195]! L'arrĂȘt de la cour de justice royale tombe le 31 aoĂ»t 1375 : les droits d'usage sont restituĂ©s aux communautĂ©s, la justice temporelle de l'archevĂȘchĂ© est confisquĂ©e par le roi et Jean de Melun se voit retirer sa charge de souverain des eaux et forĂȘts[195]. Les Melun sont alors Ă©cartĂ©s du pouvoir et l'autoritĂ© royale en sort une fois de plus renforcĂ©e, montrant qu'elle est juste et que, s'appuyant sur le droit, elle ne privilĂ©gie pas les puissants.

Naissance du sentiment national

Jusqu'Ă  cette Ă©poque, il Ă©tait possible d'annexer des portions Ă©normes d'un territoire Ă©tranger, c'est ce que fait Édouard III au traitĂ© de BrĂ©tigny. Mais, alors que le roi d'Angleterre en est restĂ© au concept fĂ©odal qui veut que le pouvoir se rĂ©sume Ă  une simple pyramide fĂ©odale, le fait de recevoir l'hommage pour une terre suffisait pour en ĂȘtre souverain; Charles V est Ă©clairĂ© par le discrĂ©dit initial des Valois et les Ă©vĂ©nements de 1357 et 1358 : il ne suffit pas d'occuper une terre, il faut que ses habitants veuillent reconnaĂźtre le nouveau proprĂ©taire comme souverain. DĂšs lors, la reconquĂȘte se fait avant tout en convainquant les territoires de rejoindre le royaume de France, en octroyant par exemple des facilitĂ©s fiscales aux villes susceptibles de tourner français. Ces mesures conciliatrices contribuent Ă  rendre populaire la couronne, d'autant que depuis le siĂšge de Paris, le dauphin a pris le parti d'Ă©viter si possible de prendre les villes d'assaut car les pillages qui s'en suivent habituellement sont trĂšs dĂ©lĂ©tĂšres pour l'image du roi. Il n'hĂ©site par exemple pas Ă  payer rubis sur l'ongle la rĂ©ddition des troupes qui dĂ©fendent le chĂąteau de Saint-Sauveur-le-Vicomte, quand les troupes anglaises se livrent Ă  un massacre envers la population de Limoges qui a osĂ© laisser entrer les troupes françaises. Les Anglais ne peuvent ĂȘtre perçus que comme les occupants.

A l'inverse, la reconquĂȘte s'arrĂȘte Ă  Bordeaux et Calais sachant que pour des raisons Ă©conomiques ces villes sont farouchement pro-anglaises (Bordeaux exporte massivement son vin en Angleterre et toute la laine anglaise Ă  destination du continent passe par Calais[196]). Édouard III, lui, impose en 1361 l’anglais comme langue nationale (jusqu’à cette date, la langue officielle Ă  la cour anglaise Ă©tait le franco-normand)[197]; cette mesure renforce en retour l’anglophobie dans les territoires conquis. De la mĂȘme maniĂšre, Charles V souhaite que la couronne rassemble l'ensemble des patries du territoire (Ă  cette Ă©poque chaque rĂ©gion est une patrie) et que Paris en soit le liant matĂ©riel. Cette nouvelle vision de la souverainetĂ© est une Ă©volution trĂšs nette vers le concept de nation. Le dĂ©sir d'appartenance nationale Ă  la France est l'un des facteurs qui permet la rĂ©solution du conflit en 1475 : l'annexion de territoires de l'adversaire Ă©tant perçue comme vaine par les belligĂ©rants.

L'image du roi

Le roi sage

A l'Ă©poque la noblesse doit conjuguer richesse, pouvoir et bravoure sur le champ de bataille : vivant du labeur paysan, le maĂźtre se doit de manifester sa largesse en entretenant la masse de ses dĂ©pendants[198]. PrivĂ© de prouesses sur les champs de bataille du fait de l'infirmitĂ© dont souffre sa main droite[4], Charles V doit faire montre de noblesse autrement. Les chroniqueurs et ses hagiographes sont marquĂ©s par ce roi qui reconquiert par la sagesse ce que ses prĂ©dĂ©cesseurs ont perdu sur les champs de bataille. Jean Froissart Ă©crit: le roi Charles « fut rudement sage et subtil et il le montra bien tant qu'il vĂ©cut. Car tout coi, en Ă©tant dans sa chambre et ses dĂ©duits, il reconquĂ©rait ce que ses prĂ©dĂ©cesseurs avaient perdu sur les champs, la tĂȘte armĂ©e et l'Ă©pĂ©e Ă  la main. Ce dont il grandement Ă  louer. Â». Christine de Pisan n'est pas en reste:« Ce roi, par son sens sa magnanimitĂ©, sa force, sa clĂ©mence et sa libĂ©ralitĂ©, dĂ©sencombra son pays de ses ennemis tant qu'ils n'y firent plus leurs chevauchĂ©es. Et lui, sans se mouvoir de ses palais et siĂšges royaux,reconquit, refit et augmenta son royaume qui, auparavant avait Ă©tĂ© dĂ©solĂ©, perdu et dĂ©pris par ses devanciers portant les armes et trĂšs chevalereux. Â»[199].

La monarchie de droit divin

Le roi et ses conseillers ancrent l'idĂ©e que le roi est de droit divin ce qui Ă©limine dĂ©finitivement toute contestation de la lĂ©gitimitĂ© des Valois par les Anglais ou les Navarais. Il s'agit de bĂątir l'image d'un roi sage, Ă  la fois saint et savant et aussi d'une nouvelle vision de la monarchie. Le Songe du Vergier, ouvrage attribuĂ© Ă  Évrart de TrĂ©maugon[200], est inspirĂ© directement par Charles V et contribue Ă  peindre cette image de roi qui s'efface derriĂšre les institutions et les officiers. L'auteur y passe en revue tous les affaires du rĂšgne sous la forme d'un dialogue et dĂ©taille les arguments qui font du roi un personnage hors normes[201]. Il Ă©crit: « Qui doutera que le trĂšs puissant roi de France ne soit ordonnĂ© et Ă©tabli de par Dieu? Â».

Le roi s'insÚre dans la sainte lignée de saint Louis et modÚle sur lui son existence publique. Les clercs de son entourage mettent en valeur l'aspect religieux de la cérémonie du sacre, ils recueillent et diffusent les récits de miracles que cette idée fait naßtre[4].Le sens du sacre, de l'onction et de la guérison des écrouelles est explicité à la demande du roi par le carme Jean Golein dans le Traité du Sacre pour prouver l'origine divine de la monarchie[201].

Les armes de France anciennes...
... et les nouvelles décidées par Charles V

La dĂ©coration des diffĂ©rents logis du roi fait appel Ă  force images saintes, les salles ont emplies de reliquaires, de statuettes ou de tableaux figurant la Vierge ou des saints: il convient de rappeler le pouvoir du roi est d'origine divine[202]. Il est fait une large place Ă  la trinitĂ© jusque dans les armoiries royales de France qu'il fait changer : À l'origine, l'Ă©cu royal est un semis de fleurs de lys dont le nombre n'Ă©tait pas dĂ©terminĂ©. Charles V le simplifie et prescrit le nombre prĂ©cis de trois fleurs de lys. On distingue dĂ©sormais les armes de France anciennes et les armes de France modernes : la plupart des grands seigneurs et villes arborant des fleurs de lys adoptent cette nouvelle norme.

La prestance royale

Il veille Ă  s'exprimer avec magnificence et manifeste un goĂ»t pour le luxe[4]. Les journĂ©es du roi sont codifiĂ©es par des rituels cĂ©rĂ©monieux, qui seront imitĂ©s en Bourgogne puis en Espagne pour donner la rigide Ă©tiquette des Habsbourg[203]. De la mĂȘme maniĂšre, lors de la visite de son oncle l'empereur Charles IV tout est fait pour que roi soit l'Ă©gal de l'empereur: le roi de France est empereur en son royaume. Ainsi Charles IV doit entrer dans les villes françaises sur un cheval noir, alors qu'il le fait sur un cheval blanc en terre d'Empire, tout l'apparat est prĂ©sent mais l'empereur entre en visiteur de marque et non en souverain.

Il prend comme symbole le lion, qui est roi des animaux, le sigle de saint Marc, et celui des rois de BohĂšme dont il descend (il est petit-fils de Jean l'Aveugle). Il reste trĂšs proche de son oncle, l'empereur Charles IV). Il fait installer Ă  l'hĂŽtel Saint-Pol ou au Louvre des mĂ©nageries oĂč figurent des lions et qui ont un grand succĂšs dans la capitale[204]. Il veille Ă  ce que son image soit partout: Il figure sur le Franc Ă  pied (la monnaie), sa statue est placĂ©e en diffĂ©rents points de Paris...

Arts et architecture

Miniature des TrĂšs Riches Heures du duc de Berry montrant le ChĂąteau de Vincennes[205].

Durant le rĂšgne de Charles V, le soutien des arts et de l'architecture tient une large place. Il s'agit d'un moyen de figurer la restauration de l'autoritĂ© royale[206]. La construction d'un puissant et trĂšs haut donjon, au chĂąteau de Vincennes, oĂč il crĂ©e une citĂ© administrative, symbolise l'autoritĂ© royale. À l'instar de ses prĂ©dĂ©cesseurs, il fait Ă©riger au ChĂąteau de Vincennes une Sainte Chapelle qui reçoit une Ă©pine de la couronne du Christ[207]. Cela est prestigieux Ă  double titre : c'est un clair rappel au rĂšgne de saint Louis qui est la rĂ©fĂ©rence de l'Ă©poque et cela matĂ©rialise la proximitĂ© entre la puissance divine et la couronne de France. Les constructions royales sont pratiquement toutes rĂ©alisĂ©es Ă  Paris et dans ses environs : la capitale matĂ©rialise l'unification du royaume par la couronne[207]. Il cherche d'ailleurs Ă  obtenir que la capitale devienne un archevĂȘchĂ© (et non plus un Ă©vĂȘchĂ© dĂ©pendant de l'archevĂȘque de Sens), mais GrĂ©goire XI se mĂ©fie du risque de voir l'Ă©glise gallicane prendre plus d'autonomie et refuse. L'image du roi est partout: on trouve des statues du souverain au Louvre, au ChĂątelet, sur le portail des cĂ©lestins, Ă  la Bastille, ce qui constitue Ă  l'Ă©poque une nouveautĂ©[208].

Les grands travaux ont un rĂŽle utilitaire: l'extension des fortifications parisiennes ou la mise en service du premier Ă©gout de Paris rue Montmartre par Hugues Aubriot, en 1370, font partie des amĂ©nagements rendus nĂ©cessaires par l'accroissement rapide de la population parisienne. La construction de fortifications matĂ©rialise l'action du roi contre les exactions des Grandes Compagnies ou les raids anglais, comme les Ă©gouts matĂ©rialisent son action contre l'insalubritĂ© qui est grande partie responsable de la propagation d'Ă©pidĂ©mies rĂ©currentes. Cela valide dans l'opinion la bonne utilisation des ressources que procure l'instauration d'un impĂŽt permanent. Christine de Pisan note que ces investissements massifs font partie d'une politique de grands travaux destinĂ©e Ă  relancer l'Ă©conomie. En effet, Charles V, qui a pu constater la menace que peut constituer les hommes dĂ©sƓuvrĂ©s qui se regroupent en place de grĂšve, leur donne ainsi du travail. Leurs salaires sont dĂ©pensĂ©s, et crĂ©ent ainsi de l'activitĂ©.

Places fortes et fortifications

Sa rĂ©gence et son dĂ©but de rĂšgne Ă©tant marquĂ©s par les dĂ©sordres dus aux Grandes Compagnies et par la menace de chevauchĂ©es anglaises, il fait amĂ©liorer les fortifications des villes qui pourraient ĂȘtre attaquĂ©es et raser celles qui pourraient ĂȘtre prises pour Ă©viter qu'elles ne soient utilisĂ©es par les compagnies.

En 1356, Étienne Marcel fait construire de nouveaux remparts autour des quartiers situĂ©s au nord de la Seine; cependant cet imposant travail s'arrĂȘte avec sa mort en 1358. Charles V, fidĂšle Ă  sa stratĂ©gie de la terre dĂ©serte, veut amĂ©liorer les fortifications de la ville et continue l'Ɠuvre du prĂ©vĂŽt. Sur la rive gauche, pour protĂ©ger Paris des Anglais, il fait couronner de crĂ©neaux l'enceinte dite de Philippe Auguste. Sur la rive droite, il fait construire un nouveau rempart, dit de Charles V, dont la construction s'achĂšvera en 1383. Les fortifications rive droite ont un tracĂ© long de 5 kilomĂštres et un rempart de maçonnerie aurait Ă©tĂ© hors de prix et vulnĂ©rable Ă  l'artillerie qui vient d'apparaĂźtre sur les champs de bataille, et remet en cause l'architecture militaire mĂ©diĂ©vale[209]. Une solution ingĂ©nieuse est dĂ©veloppĂ©e: le rĂ©seau de fortifications est constituĂ© de d'un ou deux fossĂ©s, puis d'un premier remblai de terre, puis un gros fossĂ© de 12 m de large sur 4 de profondeur rempli d'eau, et enfin d'un gros remblai de terre de 25 m de large surmontĂ© d'un petit mur. L'ensemble des fortifications fait 90 mĂštres de profondeur, ce qui est supĂ©rieur Ă  la portĂ©e des machines de guerre et des bombardes de l'Ă©poque; et les remblais sont capables d'encaisser les tirs de l'artillerie. De la mĂȘme maniĂšre, les talus et le fossĂ© inondĂ© rendent ces fortifications trĂšs peu vulnĂ©rables aux sapeurs[209].

ProfondĂ©ment marquĂ© par les rĂ©voltes parisiennes de 1358, il fait Ă©riger la Bastille sur ses fonds propres[209]. Cette forteresse a deux fonctions : elle prĂ©vient toute invasion par la porte Saint-Antoine, protĂ©geant aussi l'hĂŽtel Saint-Pol, lieu de sĂ©jour prĂ©fĂ©rĂ© de la famille royale; et, en cas d'insurrection dans la capitale, elle couvre la route qui mĂšne au chĂąteau de Vincennes qui lui sert de rĂ©sidence hors de Paris[209] et est sur la route du DauphinĂ©, fief de Charles V en terre d'Empire. Le nouveau prĂ©vĂŽt de Paris, Hugues Aubriot (auquel on doit Ă©galement l'Ă©dification du Petit ChĂątelet, du pont au Change et du pont Saint-Michel), est chargĂ© d'en diriger la construction, et la pose de la premiĂšre pierre intervient le 22 avril 1370. Les travaux, considĂ©rables, vont durer douze ans. Aubriot fera les frais de sa diligence Ă  exĂ©cuter les ordres du roi. AccusĂ© d'impiĂ©tĂ© pour avoir rendu des enfants juifs Ă  leurs familles, il est emprisonnĂ© Ă  la Bastille en 1381, alors que la construction n'est pas encore terminĂ©e. Quant Ă  Charles V, il est mort l'annĂ©e prĂ©cĂ©dente sans avoir pu en contempler l'achĂšvement.

Il amĂ©nage tous ses logis de maniĂšre Ă  pouvoir les quitter facilement en cas de menace. Ainsi l'hĂŽtel Saint-Pol jouxte les jardins du couvent des CĂ©lestins et il entretient d'excellents rapports avec les moines qui y vivent, ce qui lui garantit une sortie de secours discrĂšte. De la mĂȘme maniĂšre, il fait amĂ©nager un pont-levis au Louvre, ce qui permet de pouvoir fuir prĂ©cipitamment le cas Ă©chĂ©ant[210].

RĂ©sidences royales

Il fait faire des travaux de rénovations dans les diverses résidences royales de Saint-Ouen, Creil, Melun, Montargis et Saint-Germain-en-Laye. En 1361, il fait construire l'hÎtel Saint-Pol, et fait ériger le manoir de Beauté en bord de Marne.

La librairie du roi

Charles V ordonnant la traduction d'Aristote.

Charles est un patron des arts : il reconstruit le Louvre en 1367 et y fonde la premiĂšre Librairie royale, qui deviendra quelques siĂšcles plus tard la BibliothĂšque nationale de France. Charles V fait amĂ©nager dans la Tour de la Fauconnerie des piĂšces oĂč il transfĂšre une partie de ses livres (Ă  l'Ă©poque 965 notices), et il confie cette bibliothĂšque Ă  Gilles de Malet (1368). La lĂ©gende veut que Charles V les ait tous lus, ce qui ne serait pas Ă©tonnant, son surnom de Sage incluant sa grande culture et ses connaissances variĂ©es, un fait exceptionnel pour son Ă©poque.

Il entreprend une politique de vulgarisation et fait traduire en français de nombreux ouvrages scientifiques et techniques, des traitĂ©s d’astrologie et d’histoire, des textes d’Aristote accompagnĂ©s des commentaires explicatifs de leur traducteur Nicolas Oresme, le Policraticus de Jean de Salisbury, le Livre des propriĂ©tĂ©s des choses de BarthĂ©lĂ©my l'Anglais (traduit par Jean Corbechon), ou encore des Ɠuvres religieuses comme La CitĂ© de Dieu, de saint Augustin traduite en 1370 par le juriste Raoul de Presles, qui y ajoute ses propres commentaires et ceux de ses prĂ©dĂ©cesseurs.

Les textes latins sont traduits en français et des prĂȘts sont accordĂ©s pour les copier. DisposĂ©e sur trois Ă©tages, la Librairie royale rĂ©pond Ă  un projet politique : elle doit former une Ă©lite administrative. Elle compte jusqu’à un millier de manuscrits.

Évolution sous ses successeurs

Apanages et principautĂ©s Ă  la fin de la guerre de Cent Ans.     Domaine royal     Possessions du duc de Bourgogne     Possessions anglaises

Guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons

La politique des apanages a été imaginée comme une décentralisation pour améliorer la gestion des provinces éloignées de la capitale. Ces derniÚres sont possédées par des familles proche du roi et reviennent à la couronne en l'absence d'héritier mùle, ce qui évite d'en perdre le contrÎle aprÚs un mariage. Les princes reçoivent leurs finances des impÎts permanents récoltés par le roi, ce qui permet à celui-ci de les garder théoriquement sous contrÎle[211]. C'est dans cet esprit que Charles V fixe en 1374, la majorité des rois à quatorze ans, afin que son fils Charles VI prenne le pouvoir et que l'équilibre ne se rompe. Prévoyant la possibilité que son fils ne soit pas assez ùgé pour gouverner, il met en place un systÚme pour que ses frÚres ne puissent accaparer le pouvoir. La reine a la garde des enfants royaux, mais elle n'a pas le gouvernement du royaume. L'aßné, le duc d'Anjou a le gouvernement, mais pas les finances. La plus grande partie des revenus royaux est affectée aux enfants et donc à la Reine. Tout mariage des enfants ne peut se faire qu'aprÚs accord d'un conseil de tutelle comprenant les frÚres de Charles V, son cousin Louis de Bourbon et la reine[211]. Ce conseil est assisté par des fidÚles conseillers de Charles V.

Mais, Ă  sa mort en 1380, son fils Charles VI est mineur; jusqu'en 1388, ce sont ses oncles qui se partagent la rĂ©gence et donc les recettes fiscales. DĂšs lors, leurs principautĂ©s deviennent indĂ©pendantes de fait. C'est la lutte pour le contrĂŽle des recettes de l'État qui entraĂźne la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons puis les vellĂ©itĂ©s d'indĂ©pendance de la Bourgogne, qui ne cesseront qu'avec la mort de Charles le TĂ©mĂ©raire en 1477. Mais cette principautĂ© composĂ©e de territoires issus de la France et du Saint-Empire devient alors un enjeu de conflits entre les Habsbourgs et les Valois. La lutte pour le contrĂŽle de ces terres entraĂźne deux siĂšcles de guerres entre la France d’une part, et l’Autriche et l’Espagne d’autre part.

Article dĂ©taillĂ© : DuchĂ© de Bourgogne.

Absolutisme

Cabochiens

Constatant l'Ă©chec de la tentative de mise en place par la Grande ordonnance de 1357 d'une monarchie contrĂŽlĂ©e qu'il a soutenue au dĂ©part, Charles V opte pour un rĂ©gime monarchique, basĂ© sur l'État de droit (la justice Ă©tant l'un des piliers du prestige royal depuis saint Louis), la dĂ©centralisation (via la politique des apanages) et la garantie par l'État de la sĂ©curitĂ© physique (par l'instauration d'une armĂ©e permanente) et monĂ©taire (par la crĂ©ation du franc).

Au XVe siĂšcle, les Parisiens tentent une nouvelle fois d'instaurer un rĂ©gime de monarchie contrĂŽlĂ©e: les cabochiens, soutenus par Jean sans Peur et l'UniversitĂ© de Paris imposent Ă  Charles VI l'ordonnance cabochienne en 1413, qui tente de rendre vie Ă  la Grande ordonnance de 1357. Sa durĂ©e de vie sera aussi Ă©phĂ©mĂšre car les promesses dĂ©magogiques de fiscalitĂ© faible de Jean sans Peur ne peuvent ĂȘtre tenues[212].

Au contraire, les monarques français financent une politique qui restaure l'autoritĂ© royale par la mise en place d'impĂŽts permanents et l'entretien d'une armĂ©e soldĂ©e. Le commerce en France ne pouvant se faire sans la sĂ©curisation des axes commerciaux terrestres, la bourgeoisie finit par accepter un État fort financĂ© par une fiscalitĂ© lourde, qui Ă©volue progressivement vers l'absolutisme du XVIIe siĂšcle.

ImpÎts et armée permanente

Bertrand du Guesclin Ă  la Bataille de Cocherel

L'Ă©tablissement d'une armĂ©e permanente pour Ă©viter les pillages dus aux mercenaires dĂ©mobilisĂ©s est un indĂ©niable progrĂšs, mais il porte atteinte Ă  la fonction sociale de la noblesse, dont l’importance sur le champ de bataille diminue au profit de roturiers.
Durant la guerre de Cent Ans, de nombreuses rĂ©voltes paysannes et bourgeoises ont lieu en Angleterre (RĂ©volte des paysans) et en France (Jacqueries). En Angleterre, la formation de toute la population au maniement de l’arc est mĂȘme une erreur : durant la rĂ©volte des paysans anglais de 1390, ce sont 100 000 paysans qui menacent Londres[213]. L’ordre social fĂ©odal est menacĂ© : cette rĂ©volte est rĂ©primĂ©e dans le sang, tout comme les Jacqueries. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’en France, sous Charles VI, la noblesse demande et obtient la suppression des Grandes Compagnies soldĂ©es instituĂ©es aprĂšs dĂ©cision de Charles V.

C'est son petit-fils Charles VII qui rĂ©organise son armĂ©e de maniĂšre similaire pour pouvoir vaincre les Anglais. Il obtient progressivement des Ă©tats de la langue d'oĂŻl (1438 et 1443) puis d'oc (1439) la possibilitĂ© de reconduire les aides sans rĂ©unir les Ă©tats annuellement : il rĂ©instaure la permanence de l'impĂŽt[214]. Il a alors les moyens d'entretenir une armĂ©e permanente et d'Ă©viter que les mercenaires dĂ©mobilisĂ©s ne se livrent au pillage. Il envoie le dauphin Louis Ă  la tĂȘte de plus de 20 000 Ă©corcheurs combattre les cantons suisses rĂ©voltĂ©s contre le duc d'Autriche. Cela lui permet de tester ses hommes et de se dĂ©barrasser des Ă©lĂ©ments douteux ou mal Ă©quipĂ©s. Beaucoup de routiers pĂ©rissent face aux Suisses et aux Alsaciens[215]. Il renvoie ensuite un grand nombre d'Ă©lĂ©ments indĂ©sirables dans leur pays d'origine (en particulier en Espagne), ou les recycle dans l'administration, les disperse par petits groupes leur ayant accordĂ© des lettres de rĂ©mission[215]. Au total, il ne retient Ă  son service que la moitiĂ© environ des combattants[216]. Par l'ordonnance de Louppy-le-ChĂątel de 1445, il les organise en lances: unitĂ© de base oĂč les compĂ©tences de chacun se complĂštent. Chacune est constituĂ©e d'un homme d'arme accompagnĂ© de deux archers Ă  cheval, d'un coutilier (armĂ© d'une Ă©pĂ©e et d'une longue dague), d'un page et d'un valet (ces derniers ne combattant pas en rĂšgle gĂ©nĂ©rale). 100 lances forment une compagnie. Les 15 compagnies totalisent 9 000 hommes, dont 6 000 combattants qui forment la grande ordonnance[216]. BientĂŽt, trois nouvelles compagnies sont crĂ©Ă©es. Cette armĂ©e est entretenue de façon permanente: elle est mise en garnison dans des villes du royaume[216]. Celles-ci ont la charge de l'entretenir : le coĂ»t ne repose pas sur les finances royales. En 1448, il crĂ©e la petite ordonnance : en cas de mobilisation, chaque paroisse (cinquante feux[217]) est tenue de mettre Ă  la disposition du roi un archer bien Ă©quipĂ© et bien exercĂ©. Pour compenser les charges qui pĂšsent sur lui, il est dispensĂ© d'impĂŽt (la taille[217]): on l'appelle franc-archer. Choisi par les agents du roi, il est tenu au service de ce dernier. Le royaume en compte environ 8 000 et possĂšde enfin une archerie comparable Ă  l'armĂ©e anglaise[216]. GrĂące Ă  une armĂ©e moderne appuyĂ©e par une vĂ©ritable artillerie de campagne, il vainc dĂ©finitivement les Anglais, qui en 1453 ne contrĂŽlent plus que Calais sur le continent.

BibliothĂšque nationale

Jean Corbechon, présente sa traduction du Livre des Propriétés des choses, au roi Charles V

La BibliothÚque nationale de France tire son origine de la bibliothÚque du roi, constituée au Louvre par Charles V qui suscite des traductions, nomme Gilles Mallet comme garde et fait réaliser un inventaire. Toutefois, cette bibliothÚque sera dispersée aprÚs la mort du roi Charles VI[218].

C'est à partir de Louis XI qu'une nouvelle bibliothÚque est constituée et (plus important pour la continuité de l'établissement) se transmet de roi en roi[218], d'abord à Charles VIII, qui y fait entrer les premiers ouvrages imprimés, puis à Louis XII. Cette bibliothÚque est installée à Amboise, puis à Blois.

En 1518, François Ier dĂ©cide la crĂ©ation d'un grand « cabinet de livres Â», abritĂ© Ă  Blois et confiĂ© au poĂšte de la cour Mellin de Saint-Gelais. Les progrĂšs de l'imprimerie favorisent la publication d'un nombre croissant de livres. Il instaure, en 1537, le dĂ©pĂŽt lĂ©gal qui permet d'enrichir la bibliothĂšque[219], dont il nomme intendant l'humaniste Guillaume BudĂ© avec mission d'en accroĂźtre la collection. C'est en 1540 qu'il charge Guillaume Pellicier, ambassadeur Ă  Venise, d'acheter et faire reproduire le plus possible de manuscrits vĂ©nitiens. Comme François Ier installe sa propre bibliothĂšque Ă  Fontainebleau, il existe un temps deux bibliothĂšques royales, mais celle de Blois est dĂ©mĂ©nagĂ©e Ă  Fontainebleau dĂšs 1544.

Imprimerie du XVe siĂšcle. GrĂące Ă  François Ier, les imprimeries françaises vont se perfectionner et accroĂźtre considĂ©rablement le nombre d'ouvrages de la bibliothĂšque royale.

Sous Charles IX, la nouvelle bibliothÚque, issue de la fusion des deux précédentes, est rapatriée à Paris. Henri IV l'installe au CollÚge de Clermont (1594) puis au Couvent des Cordeliers (1603).

La bibliothĂšque se dĂ©veloppe rĂ©ellement sous Louis XIV, Ă©poque qui voit de nombreuses nouveautĂ©s : installation rue Vivienne, non loin de l'actuel site Richelieu, intĂ©gration de plusieurs collections d'origine privĂ©e (Gaston d'OrlĂ©ans, Michel de Maroilles, LomĂ©nie de Brienne), ouverture Ă  la gravure et Ă  la musique imprimĂ©e, crĂ©ation du classement de Nicolas ClĂ©ment (utilisĂ© jusqu'en 1996), ouverture au public (1692)[218].

Le XVIIIe siĂšcle est important pour la bibliothĂšque avec les rĂ©alisations de catalogues systĂ©matiques. C'est Ă  cette Ă©poque que la bibliothĂšque s'installe rue Richelieu, Ă  l'actuel emplacement du site Richelieu. Cette nouvelle implantation facilite, Ă  partir de 1720, la frĂ©quentation du public et la bibliothĂšque reçoit les visites assidues de plusieurs des philosophes des LumiĂšres.

À la faveur du dĂ©mĂ©nagement, l'organisation interne est amĂ©liorĂ©e avec la constitution de cinq dĂ©partements : dĂ©partement des manuscrits, dĂ©partement des imprimĂ©s, dĂ©partement des titres et gĂ©nĂ©alogies (plus tard intĂ©grĂ© aux manuscrits), dĂ©partement des planches gravĂ©es et recueils d'estampes, dĂ©partement des mĂ©dailles et pierres gravĂ©es[218].

Les enrichissements se poursuivent, tant par un meilleur contrĂŽle du dĂ©pĂŽt lĂ©gal, que par l'intĂ©gration de nouvelles collections particuliĂšres : collection Baluze, collection musicale de SĂ©bastien de Brossard, bibliothĂšque de Colbert.

A la RĂ©volution française, l'Ă©tablissement prend le nom de bibliothĂšque de la Nation. MalgrĂ© quelques dĂ©prĂ©dations et limogeages, c'est une pĂ©riode d'enrichissements par l'intĂ©gration de fonds de provenances diverses (la bibliothĂšque a alors comptĂ© 240 000 livres, 14 000 manuscrits et 85 000 estampes)[218] :

  • de Paris : la bibliothĂšque a rĂ©cupĂ©rĂ© une bonne partie de ce qui se trouvait dans les dĂ©pĂŽts littĂ©raires de la capitale, intĂ©grant ainsi les collections de nombreuses communautĂ©s religieuses (abbaye Saint-Victor) et une partie de celles de l'universitĂ© (plus de 800 000 piĂšces en tout) ;
  • de la province : si les fonds des dĂ©pĂŽts littĂ©raires provinciaux ont Ă©tĂ© la plupart du temps dĂ©volus aux Ă©coles centrales avant d'ĂȘtre attribuĂ©s aux communes, la BibliothĂšque de la Nation se rĂ©servait les piĂšces les plus remarquables, qui devaient illustrer les richesses de la France. C'est ainsi que des piĂšces venues des quatre coins de la France (Chartres, Amiens, Soissons) se sont retrouvĂ©es Ă  la BibliothĂšque nationale ;
  • de l'Ă©tranger : au fur et Ă  mesure des conquĂȘtes rĂ©volutionnaires, les troupes françaises s'emparent de collections jugĂ©es utiles ou prestigieuses. Une partie en a Ă©tĂ© rendue aux pays concernĂ©s en 1814, mais la BibliothĂšque en a gardĂ© d'importants fonds[218].

Au fil des changements de régimes, la bibliothÚque devient BibliothÚque impériale puis bibliothÚque royale, puis BibliothÚque nationale en 1848, de nouveau impériale et définitivement nationale en 1871.

L'Ă©tablissement continue Ă  ĂȘtre enrichi au cours du XXe siĂšcle[220] pour devenir ce qu'elle est aujourd'hui : la BibliothĂšque nationale de France.

Gallicanisme

Charles VII représenté en roi mage par Jean Fouquet

Le rĂšgne de Charles V est marquĂ© par l'affirmation du royaume de France comme un État souverain et indĂ©pendant du Saint-Empire ou de l'Église. Depuis Philippe le Bel, le royaume s'Ă©mancipe de la tutelle que le souverain pontife aurait voulu imposer sur l'Occident. Le grand Schisme d'Occident va grandement contribuer Ă  affirmer l'autonomie du royaume de France vis Ă  vis du Saint-SiĂšge. Charles V a toujours veillĂ© Ă  ce que l'Ă©tat ne dĂ©pende pas de l'Ă©glise, dissociant bien ses convictions religieuses et la politique. En soutenant ClĂ©ment VII, l'objectif est surtout d'avoir un pape pro-français dans sa lutte contre le royaume d'Angleterre, Mais le schisme a des consĂ©quences bien plus importantes pour les rapports entre le royaume et Rome.

Déjà, pendant le gouvernement des oncles, les tentatives de soustractions d'obédiences menées par Philippe le Hardi soutenu par l'université de Paris aboutissent à une indépendance de fait de l'église de France entre 1398 et 1403[221]. Un grand pas est alors fait vers le gallicanisme.

Plus tard, la rĂ©solution du schisme par le conciliarisme affaiblit la papautĂ© et permet Ă  Charles VII de s'imposer en 1438 comme le chef naturel de l’Église de France, qui entre ainsi dans l'Ăšre du gallicanisme[222]. Dans son prĂ©ambule, la Pragmatique Sanction de Bourges dĂ©nonce les abus de la papautĂ©. Dans son premier article, elle dĂ©clare la suprĂ©matie des conciles gĂ©nĂ©raux sur le Saint-SiĂšge et limite les pouvoirs du pape. Ainsi la libre Ă©lection des Ă©vĂȘques et des abbĂ©s par les chapitres et les monastĂšres est rĂ©tablie: Elle supprime les nominations par le Saint-SiĂšge et son droit de rĂ©serve. La royautĂ© obtient de pouvoir « recommander Â» ses candidats aux Ă©lections Ă©piscopales et abbatiales auprĂšs des chapitres. L'ordonnance de Bourges Ă©tablit aussi des juridictions permettant de limiter les appels (souvent onĂ©reux) faits Ă  Rome. Enfin, elle fixe un Ăąge minimum pour devenir cardinal, rĂ©duit la possibilitĂ© du pontife de lever un certain nombre d'impĂŽts (suppression des annates) et restreint les effets de l'excommunication et de l'interdit.

Fin politique, Charles VII rĂ©ussit ce que Philippe le Bel a vainement tentĂ© de rĂ©aliser. Bien que se rĂ©fĂ©rant Ă  Rome, l'Église de France acquiert une grande autonomie. Le roi s'assure la loyautĂ© du clergĂ© français.

Bibliographie

Sources

Si de nombreux ouvrages ont été utilisés, une part importante des sources provient du livre de Françoise Autrand. Ce livre cite les travaux antérieurs (ceux de R. Cazette par exemple) et apporte des précisions nombreuses (il a été publié 14 ans plus tard). Cet ouvrage a été largement recoupé avec ceux de Jean Favier et de Georges Minois.

Notes et références

  1. ↑ Elle est arriùre petite-fille de Philippe III et ils descendent tous deux de Charles de Valois ainsi que de Louis 1er de Bourbon
  2. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 18-19. L’historienne conclut qu'il s'agissait d'une typhoĂŻde mais la longueur d'Ă©volution et les sĂ©quelles ne sont pas en faveur de ce diagnostic. Les sĂ©quelles font Ă©voquer un problĂšme lymphatique peut-ĂȘtre dĂ» Ă  un accĂšs de peste bubonique (un tiers de la population europĂ©enne en est morte cette annĂ©e-lĂ ) mais l'Ă©volution semble bien lente. L'hypothĂšse la plus sĂ©duisante serait une adĂ©nite tuberculeuse qui aurait fini par guĂ©rir en fistulisant et aurait laissĂ© les sĂ©quelles lymphatiques. Pour Françoise Autrand, il aurait Ă©tĂ© aussi atteint de la goutte qui est une affection chronique pouvant donner des fistules (Charles V, Fayard 1994, p. 478-481). Les sources manquent pour pouvoir permettre de trancher entre ses diffĂ©rentes hypothĂšses
  3. ↑ Il s'est fait peser avec la grande balance de Tournai : Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 471-472
  4. ↑ a , b , c , d  et e  NoĂ«l Coulet, Le temps des malheurs (1348-1440) tirĂ© de Histoire de la France des origines Ă  nos jours sous la direction de Georges Duby, Larousse, 2007, p 411
  5. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 18-19
  6. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 17
  7. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 751
  8. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 489-490
  9. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 749-750
  10. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 745
  11. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 747
  12. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 26
  13. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 27
  14. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 28
  15. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 72
  16. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 70
  17. ↑ a , b  et c  Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 76
  18. ↑ a  et b  Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 75
  19. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 85
  20. ↑ a , b  et c  Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.107-108
  21. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.108
  22. ↑ Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 140
  23. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.153
  24. ↑ Georges Bordonove, La guerre de 600 ans, Laffont 1971, page 135
  25. ↑ a  et b  Jean Mabire, Godefroy de Harcourt seigneur normand voxnr.com
  26. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.109
  27. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.83
  28. ↑ a  et b  Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.82-83
  29. ↑ Raymond Cazette, Étienne Marcel, Taillandier 2006, p. 121
  30. ↑ a , b , c , d , e , f  et g  Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.144-145
  31. ↑ a  et b  Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.155-157
  32. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.151
  33. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.161-163
  34. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.166-167
  35. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.188
  36. ↑ Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.188
  37. ↑ a  et b  Raymond Cazelles,Étienne Marcel, Taillandier 2006, p. 151
  38. ↑ disponible sur Gallica Jourdan, Decrusy et Isambert, Recueil gĂ©nĂ©ral des anciennes lois françaises, depuis l’an 420 jusqu’à la RĂ©volution de 1789, Paris, Belin-Leprieur, Plon, 1821-1833, p. 769-794. D’autres sources font Ă©tat de douze reprĂ©sentants de la Noblesse, douze reprĂ©sentants du Tiers État et six du ClergĂ© ; Georges Duby, le Moyen Âge, Seuil 1995, p. 489 voir seulement 4 prĂ©lats selon Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 230
  39. ↑ Le Franc histoire d’une monnaie. La crĂ©ation du Franc BibliothĂšque Nationale de France
  40. ↑ a  et b  Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 233
  41. ↑ NoĂ«l Coulet, Le temps des malheurs (1348-1440) tirĂ© de Histoire de la France des origines Ă  nos jours sous la direction de Georges Duby, Larousse, 2007, p. 401 et disponible sur Gallica H. Gourdon de Genouillac, Paris Ă  travers les Ăąges : histoire nationale de Paris et des Parisiens depuis la fondation de LutĂšce jusqu’à nos jours., t. I, ouvr. rĂ©d. sur un plan nouveau et approuvĂ© par Henri Martin, p. 179-183.
  42. ↑ Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 234
  43. ↑ NoĂ«l Coulet, Le temps des malheurs (1348-1440) tirĂ© de Histoire de la France des origines Ă  nos jours sous la direction de Georges Duby, Larousse, 2007, p. 402
  44. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.278-279
  45. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.280-281
  46. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.282
  47. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p284-286
  48. ↑ Georges Minois, La guerre de cent ans, Perrin 2008, p. 151
  49. ↑ Georges Minois, La guerre de cent ans, Perrin 2008, p. 153
  50. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994,p284-286
  51. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 289
  52. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 291
  53. ↑ a  et b  Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 292
  54. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 359
  55. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 364
  56. ↑ Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 238
  57. ↑ a , b  et c  NoĂ«l Coulet, Le temps des malheurs (1348-1440) tirĂ© de Histoire de la France des origines Ă  nos jours sous la direction de Georges Duby, Larousse, 2007, p 403
  58. ↑ Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 242-243
  59. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 302
  60. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 304
  61. ↑ a  et b  Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 310
  62. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 315
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  69. ↑ Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 254
  70. ↑ Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 255
  71. ↑ a  et b  Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 332-333
  72. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.336
  73. ↑ Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 256
  74. ↑ a  et b  Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.340
  75. ↑ Laurent Theis, Histoire du Moyen Âge français, Perrin 1992, p.292 et Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.342
  76. ↑ a  et b  Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 259
  77. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.343
  78. ↑ Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 260
  79. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.344
  80. ↑ Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 261
  81. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.345
  82. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.352
  83. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.362
  84. ↑ Georges Minois, La guerre de cent ans, Perrin 2008, p. 159
  85. ↑ Georges Minois, La guerre de cent ans, Perrin 2008, p. 161-162
  86. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.368
  87. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 388
  88. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.390
  89. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 382
  90. ↑ a  et b  Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 442
  91. ↑ a  et b  Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 447
  92. ↑ Laurent Theis, Histoire du Moyen Âge français, Perrin 1992, pages 295-296
  93. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p 453
  94. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.448
  95. ↑ a  et b  Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.454
  96. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.437
  97. ↑ Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p.282
  98. ↑ a  et b  Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.446
  99. ↑ a  et b  Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p.294
  100. ↑ Laurent Theis, Histoire du Moyen Âge français, Perrin 1992, page 296
  101. ↑ a , b , c  et d  Thierry PĂ©cout, Charles V donne naissance au franc,Historia thĂ©matique n°107: mai-juin 2007: Ces rois qui ont tout changĂ©, p. 35
  102. ↑ Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p.300
  103. ↑ a , b , c  et d  Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 288
  104. ↑ a , b  et c  Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 289
  105. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 518
  106. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.514
  107. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.546
  108. ↑ Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 320
  109. ↑ Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 308
  110. ↑ a , b  et c  Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 309
  111. ↑ Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 310
  112. ↑ a  et b  Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.602-604
  113. ↑ Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 321
  114. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.593
  115. ↑ Raymond Cazette, Étienne Marcel, Taillandier 2006, p. 146
  116. ↑ Charles V, 1338-1380 : Le roi sage, BibliothĂšque nationale de France
  117. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.619-620
  118. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.561
  119. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.581
  120. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.586
  121. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.584
  122. ↑ Françoise Autrand, Charles VI, Fayard 1983, p. 17-18
  123. ↑ a  et b  Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.545
  124. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.554
  125. ↑ a  et b  Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.555
  126. ↑ Laurent Theis, Histoire du Moyen Âge français, Perrin 1992, page 298
  127. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.556
  128. ↑ Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 311
  129. ↑ Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 321
  130. ↑ Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 322
  131. ↑ Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 334
  132. ↑ a  et b  Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.572
  133. ↑ Jacques Bainville, Histoire de France, Paris : ArthĂšme Fayard, Éditeur, 1924, Collection : le livre de poche, p.57
  134. ↑ Jacques Dupaquier, Histoire de la population française, Paris, PUF, 1988, Ă©d. quadrige 1995, tome 1, p.367
  135. ↑ Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 327-328
  136. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.570
  137. ↑ a  et b  Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.571
  138. ↑ a  et b  Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 573
  139. ↑ a  et b  Laurent Theis, Histoire du Moyen Âge français, Perrin 1992, page 301
  140. ↑ Laurent Theis, Histoire du Moyen Âge français, Perrin 1992, page 302
  141. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 575-576
  142. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 576-577
  143. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 578
  144. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.581-582
  145. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.586-587
  146. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.587
  147. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.589
  148. ↑ a  et b  Françoise Autrand, Charles V, Fayard, 1994, p. 590
  149. ↑ a , b , c  et d  Françoise Autrand, Charles V, Fayard, 1994, p. 591
  150. ↑ Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 356
  151. ↑ a , b , c  et d  Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 357
  152. ↑ a  et b  Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 358
  153. ↑ a  et b  Françoise Autrand, Charles V, Fayard, 1994, p. 593
  154. ↑ a , b , c  et d  Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 335
  155. ↑ a  et b  Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.781
  156. ↑ a  et b  Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.782
  157. ↑ a  et b  Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.783
  158. ↑ a , b , c  et d  Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.801
  159. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.784
  160. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.803
  161. ↑ (en) John Wyclif's Political Philosophy, Stanford Encyclopedia of Philosophy
  162. ↑ Françoise Autrand, Charles V, p. 831, Fayard, 1994.
  163. ↑ a , b , c  et d  Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 829
  164. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 830-831
  165. ↑ Il s'agit en rĂ©alitĂ© d'un contentieux dĂ©jĂ  ancien, le pape Ă©tant en conflit depuis 1317 avec les Visconti. Voir Bruno Galland, « Le rĂŽle du comte de Savoie dans la ligue de GrĂ©goire XI contre les Visconti (1372-1375) Â», MĂ©langes de l'École française de Rome. Moyen-Age, 1993, vol. 105,n° 105-2, p. 765.
  166. ↑ a  et b  Françoise Autrand, Charles V, p. 831, Fayard, 1994.
  167. ↑ Kathrin Utz Tremp , Grand Schisme d'Occident, Historisches lexikon der Schweiz
  168. ↑ a , b , c , d  et e  Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 810
  169. ↑ a  et b  Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 812
  170. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 811
  171. ↑ a  et b  Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 815
  172. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 813
  173. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 816
  174. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard, 1994, p. 817
  175. ↑ a , b  et c  Françoise Autrand, Charles V, Fayard, 1994, p. 821
  176. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard, 1994, p. 820
  177. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard, 1994, p. 825
  178. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.826
  179. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.827
  180. ↑ a  et b  Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.828
  181. ↑ Françoise Autrand, Charles VI, Fayard fĂ©vrier 1986, page 12
  182. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.717-718
  183. ↑ Laurent Theis, Histoire du Moyen Âge français, Perrin 1992, p. 293-294
  184. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 427
  185. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 428
  186. ↑ Charles V, 1338-1380 : Le roi sage, BibliothĂšque nationale de France
  187. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 672
  188. ↑ NoĂ«l Coulet, Le temps des malheurs (1348-1440) tirĂ© de Histoire de la France des origines Ă  nos jours sous la direction de Georges Duby, Larousse, 2007, p. 411
  189. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 753
  190. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 777
  191. ↑ Jean Gimpel, La rĂ©volution industrielle du Moyen Âge, Editions seuil 1975, p. 82-83
  192. ↑ Jean Gimpel, La rĂ©volution industrielle du Moyen Age, Éditions seuil 1975, p. 79
  193. ↑ Jean Gimpel, La rĂ©volution industrielle du Moyen Âge, Éditions seuil 1975, p. 84-85
  194. ↑ a , b , c , d  et e  Laurent Theis, Histoire du Moyen Âge français, Perrin 1992, p. 304-305
  195. ↑ a  et b  Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 689
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  197. ↑ Le crĂ©puscule du Moyen Âge, Cristian-Ioan Panzaru, unibuc.ro
  198. ↑ Patrick Boucheron, Michel Kaplan, Histoire MĂ©diĂ©vale Tome 2, "Le Moyen Âge XIe-XVe SiĂšcles", BrĂ©al, 1994, chapitre 3: « Noblesse, fĂ©odalitĂ© et monarchies Â» p. 89-90
  199. ↑ Georges Minois, La guerre de cent ans, Perrin 2008, p. 245
  200. ↑ A. CovilleEvrart de TrĂ©maugon et le Songe du Verger. Paris, Droz, 1933
  201. ↑ a  et b  Georges Minois, La guerre de cent ans, Perrin 2008, p. 246
  202. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.776
  203. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.769
  204. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.765 et 772
  205. ↑ Source: MusĂ©e CondĂ©, Chantilly
  206. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.754
  207. ↑ a  et b  Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.755
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  209. ↑ a , b , c  et d  Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 757-758
  210. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 768
  211. ↑ a  et b  Françoise Autrand, Charles VI, Fayard fĂ©vrier 1986, page 13
  212. ↑ NoĂ«l Coulet, Le temps des malheurs (1348-1440) tirĂ© de Histoire de la France des origines Ă  nos jours sous la direction de Georges Duby, Larousse, 2007, p 422
  213. ↑ (en) English longbow - History spiritus-temporis.com
  214. ↑ Michel Mollat, La reconstruction (1440-1515) tirĂ© de Histoire de la France des origines Ă  nos jours sous la direction de Georges Duby, Larousse, 2007, p 434
  215. ↑ a  et b  Laurent Theis, Histoire du Moyen Âge français, Perrin 1992, p 355
  216. ↑ a , b , c  et d  Xavier HĂ©lary, Charles VII remet la France en ordre de bataille ,Historia thĂ©matique n°107: Mai-Juin 2007: Ces rois qui ont tout changĂ©, page 26-27
  217. ↑ a  et b  Michel Mollat, La reconstruction (1440-1515) tirĂ© de Histoire de la France des origines Ă  nos jours sous la direction de Georges Duby, Larousse, 2007, p 435
  218. ↑ a , b , c , d , e  et f  Histoire de la BnF: sept siùcles, Site de la Bibliothùque nationale de France
  219. ↑ Claude Dufresne, Historia n° 107
  220. ↑ malgrĂ© une pĂ©riode difficile sous l'Occupation, quand une partie de la collection est transfĂ©rĂ©e en zone libre
  221. ↑ Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p.412
  222. ↑ la Pragmatique Sanction de Bourges, limite les prĂ©rogatives papales et affirme la supĂ©rioritĂ© des dĂ©cisions des conciles de BĂąle et de Constance sur celles du pape : , Marc Girot, L'affirmation du pouvoir royal (XII°-XV° siĂšcles), site de l'IUFM de CrĂ©teil

Biographies

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  • Jean-François de La Harpe a composĂ© son Éloge.
  • Françoise Autrand, Charles V, Fayard, 1994.
  • Georges Bordonove, Les Rois qui ont fait la France, Charles V.
  • Gabriel-Henri Gaillard, Éloge de Charles V, roi de France, Regnard, 1767.
  • Gilles Phabrey, Le roi Sage - Chronique du rĂšgne de Charles V, Ă©dition De L'Ă©cureuil, 1961.
  • Jeannine Quillet, Charles V, le roi LettrĂ©, Perrin 2002.
  • RenĂ© HĂ©ron de Villefosse, Charles le Sage, premier Dauphin, Amiot-Dumot, 1957.
  • Joseph Calmette, Charles V, Tallandier, 1979.
  • Thierry PĂ©cout, Charles V, Tallandier, 2001.
  • Christine de Pisan, « Le livre des fais et bonnes meurs du sage roi Charles V Â» (1824) Ă©d. Foucault, Coll. complĂšte des mĂ©moires relatifs Ă  l'histoire de France (1re sĂ©rie), rĂ©v. par M. Petitot, 436 p. (consultable sur Gallica)
  • abbĂ© de Choisy, Histoire de France sous les rĂšgnes de saint Louis 
 de Charles V et Charles VI (5 vol., 1688-1695)

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