Charles Peguy


Charles Peguy

Charles Péguy

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Charles Péguy
Portrait de Charles Péguy par Jean-Pierre Laurens
Portrait de Charles Péguy par Jean-Pierre Laurens

Activité(s) écrivain, poète et essayiste
Naissance 7 janvier 1873
Orléans
Décès 5 septembre 1914
Villeroy
Langue d'écriture français
Compléments

Charles Péguy, né le 7 janvier 1873 à Orléans (Loiret) et mort le 5 septembre 1914 à Villeroy (Seine-et-Marne), était un écrivain, poète et essayiste français.

Militant socialiste et dreyfusard, il revient au catholicisme en 1908 ; il fait paraître les Cahiers de la Quinzaine de 1900 à sa mort. Son œuvre comprend des pièces de théâtre en vers libres (Le Porche du Mystère de la deuxième vertu, 1912) et des recueils poétiques en vers réguliers (La Tapisserie de Notre-Dame, 1913) d'inspiration mystique et évoquant notamment Jeanne d'Arc, un personnage historique auquel il reste toute sa vie profondément attaché, mais aussi des essais où il exprime ses préoccupations sociales et son rejet de la modernité (L'Argent, 1913).

Sommaire

Biographie

Jeunesse

Charles Péguy naît dans une famille modeste : sa mère, Cécile Quéré, est rempailleuse de chaises, et son père, Désiré Péguy, est menuisier. Ce dernier meurt d'un cancer de l'estomac[1] quelques mois après la naissance de l'enfant, qui est élevé par sa grand-mère et sa mère. En 1885, il est remarqué par le directeur de l'École normale d'instituteurs d'Orléans, Théodore Naudy, qui le fait entrer au lycée d'Orléans, et lui obtient une bourse qui lui permet de continuer ses études. Pendant ces années passées à Orléans, Péguy suit des cours de catéchisme auprès de l'abbé Cornet, chanoine de la cathédrale. Au lycée Pothier, quoique bon élève, il se fait remarquer par son caractère : en avril 1889, le proviseur du lycée écrit sur son bulletin : « Toujours très bon écolier, mais j'en reviens à mon conseil du dernier trimestre : gardons-nous du scepticisme et de la fronde et restons simple. J'ajouterai qu'un écolier comme Péguy ne doit jamais s'oublier ni donner l'exemple de l'irrévérence envers ses maîtres[2]. »

Il obtient finalement son baccalauréat le 21 juillet 1891. Demi-boursier d'État, Péguy prépare ensuite le concours d'entrée à l'École normale supérieure au lycée Lakanal, à Sceaux, puis à Sainte-Barbe. Il fréquente encore la chapelle du lycée Lakanal en 1891-1892. D'après son condisciple Albert Mathiez, c'est peu à la fin de cette période qu'il devient « un anticlérical convaincu et pratiquant[3] ». Il intègre l'École normale supérieure de Paris le 31 juillet 1894, sixième sur vingt-quatre admis. Entre temps, de septembre 1892 à septembre 1893, il fait son service militaire au 131e régiment d'infanterie.

À Normale sup', il est l'élève de Romain Rolland et de Bergson, qui ont une influence considérable sur lui. Il y affine également ses convictions socialistes, qu'il affirme dès sa première année à l'École. Lorsque éclate l'affaire Dreyfus, il se range auprès des dreyfusards. En février 1897, il écrit son premier article dans la Revue socialiste, et en juin 1897, achève d'écrire Jeanne d'Arc, une pièce de théâtre ; tâche en vue de laquelle il avait fait un important travail de documentation.

A propos de la Commune de Paris 1870-1871 Charles Péguy a écrit dans Notre jeunesse (pp. 35-36) : Le 18 mars même fut une journée républicaine, une restauration républicaine en un certain sens, et non pas seulement un mouvement de température, un coup de fièvre obsidionale, mais une deuxième révolte, une deuxième explosion de la mystique républicaine et nationaliste ensemble, inséparablement patriotique...

Un intellectuel et un visionnaire

Le 28 octobre 1897, il épouse civilement Charlotte-Françoise Baudouin, sœur de Marcel Baudouin, un de ses proches amis décédé trois mois plus tôt. Un an plus tard, il fonde, près de la Sorbonne, la librairie Bellais, qui fut le quartier général du mouvement dreyfusiste ; son échec à l'agrégation de philosophie l'éloigne définitivement de l'université. Cependant, dès 1900, après la quasi-faillite de sa librairie, il se détache de ses associés Lucien Herr et Léon Blum et fonde dans la foulée Les Cahiers de la quinzaine, au 8 rue de la Sorbonne, revue destinée à publier ses propres œuvres et à faire découvrir de nouveaux écrivains. Romain Rolland, Julien Benda, Georges Sorel, Daniel Halévy et André Suarès y contribuent. Le premier numéro paraît le 5 janvier 1900, tiré à 1 300 exemplaires ; en quatorze années d'existence et 229 Cahiers à parution très irrégulière, la revue ne dépasse jamais les 1 400 abonnés, et sa survie reste toujours précaire.

Charles Péguy fut le premier à employer le terme de hussards noirs de la République pour désigner les instituteurs.

Sur le plan politique, Péguy soutient longtemps Jean Jaurès, avant qu'il n'en vienne à considérer ce dernier comme un traître à la nation et au socialisme[4].

Pour Péguy, la République est monarchique, le nationalisme est philo-judaïque — pour lui la « race française » relève d'une correspondance entre un peuple et une terre irriguée par des siècles de christianisme —, et le christianisme est païen, au sens de paganus (paysan). C'est à cette vision de la nation qu'adhéreront plus tard Bernanos et de Gaulle. Il est un farouche opposant de l'universalisme facile : « Je ne veux pas que l'autre soit le même, je veux que l'autre soit autre. C'est à Babel qu'était la confusion, dit Dieu, cette fois que l'homme voulut faire le malin. ».

Un écrivain mystique

Son retour au catholicisme a eu lieu entre 1907 et 1908 ; il confie en septembre 1908 à son ami Joseph Lotte : « Je ne t'ai pas tout dit... J'ai retrouvé la foi... Je suis catholique... »[5]. Cependant, son entourage remarquait depuis quelques années déjà ses inclinations mystiques ; ainsi, les frères Jean et Jérôme Tharaud se souviennent l'avoir fait pleurer en racontant les miracles de la Vierge, à la Noël 1902[6]. Le 16 janvier 1910 paraît son Mystère de la charité de Jeanne d'Arc, qui s'inscrit clairement dans la perspective d'une méditation catholique et manifeste publiquement sa conversion. La réaction du public catholique est plutôt méfiante, même si L'Amitié de France et La Croix font une critique élogieuse de l'ouvrage. Son intransigeance et son caractère passionné le rendent suspect à la fois aux yeux de l'Église, dont il attaque l'autoritarisme, et aux yeux des socialistes, dont il dénonce l'anticléricalisme ou, sur le tard, le pacifisme. La même année paraissent Notre jeunesse et Victor-Marie, comte Hugo.

Il part à deux reprises à pieds en pèlerinage à Chartres, en 1912 et 1913. Pourtant, il ne devient pas catholique pratiquant. En effet, Charles Péguy n'aurait jamais communié adulte et n'aurait reçu les sacrements qu'un mois avant sa mort, le 15 août 1914, à Loupmont, alors qu'il était sous l'uniforme.

La bénédiction de son patriotisme par Dieu s'inscrit dans la mentalité va-t-en-guerre quasi unanime de l'époque :

« Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle,
Mais pourvu que ce fût dans une juste guerre. [...]
Heureux ceux qui sont morts dans les grandes batailles,
Couchés dessus le sol à la face de Dieu [...]
Heureux les épis mûrs et les blés moissonnés »

fait écho aux Béatitudes évangéliques. L'œuvre de Péguy a toujours célébré les valeurs traditionnelles de l'homme : son humble travail, sa terre, sa famille. Ce sont là les premières valeurs défendues par le patriotisme. Or c'est précisément là, pour lui, que se rencontre d'abord Dieu. C'est à ce titre que Péguy peut apparaître comme un théologien, chantre des valeurs de base.

Péguy et l'affaire Dreyfus

Charles Péguy, dès le début de ses études supérieures, est profondément révolté par l'antisémitisme - au point d'avoir réclamé une réparation par duel au pistolet après une plaisanterie faite sur son ami Albert Lévy. Il garde de l'année 1898 le souvenir d'« un temps inoubliable de béatitude révolutionnaire[7] ». En janvier de cette même année, il signe toutes les protestations publiées dans L'Aurore pour demander la révision du procès Dreyfus, alors même qu'il prépare l'agrégation. Il participe à de nombreux affrontements entre dreyfusards et antidreyfusards.

Péguy antimoderne

La réforme scolaire de 1902, portant sur les humanités modernes et l'enseignement secondaire unique, est sans doute la première occasion à laquelle Péguy exprime aussi violemment son rejet du monde moderne[8] : « Comme le chrétien se prépare à la mort, le moderne se prépare à la retraite ». Dans ses Cahiers de la quinzaine, il écrit : « Aujourd'hui, dans le désarroi des consciences, nous sommes malheureusement en mesure de dire que le monde moderne s'est trouvé, et qu'il s'est trouvé mauvais. »[9]

Il se sépare ainsi peu à peu de la gauche pour rejoindre les rangs nationalistes et souhaite une guerre avec l'Allemagne pour recouvrer l'intégrité du territoire.

Deux années plus tard, dans Zangwill, il allie ce rejet de la modernité à celui du progrès, « grande loi de la société moderne[10]  ». Péguy critique dans la modernité la vanité de l'homme qui prétend remplacer Dieu, et un certain avilissement moral auquel il est selon lui impossible d'échapper dans le monde moderne.

Mort au champ d'honneur

Memorial à Villeroy-sur-Marne (Péguy se trouve en haut à droite)

Son fils ainé devant rentrer à Sainte-Barbe en octobre 1913, Péguy loue une maison à Bourg-la-Reine, 7 rue André Theuriet[11]. Il y demeure avec son épouse et ses enfants : Marcel, né en 1900, Germaine, née en 1901 et Pierre, né en 1903. À Bourg-la-Reine, il termine Éve, rédige la Note sur Bergson et la Philosophie Bergsonienne, la Note conjointe sur Descartes et la philosophie cartésienne et continue la rédaction des Cahiers de la Quinzaine[11].

Lieutenant de réserve, il part en campagne dès la mobilisation en août 1914, dans la 19e compagnie du 276e régiment d'infanterie.

Il meurt au combat la veille de la bataille de la Marne, tué d'une balle au front, le 5 septembre 1914 à Villeroy, près de Neufmontiers-lès-Meaux, alors qu'il exhortait sa compagnie à ne pas céder un pouce de terre française à l'ennemi. Un de ses proches, Joseph Le Taconnoux, a rapporté qu'avant son départ, Péguy lui avait affirmé : « Tu les vois, mes gars ? Avec ça, on va refaire 93 ». Sa famille quitte alors la maison de Bourg-la-Reine et laisse la place au romancier et essayiste Léon Bloy[11].

Œuvres

Sur les autres projets Wikimedia :

Essais
  • De la raison , 1901
  • De Jean Coste, 1902
  • Notre Patrie, 1905
  • Situations, 1907–1908
  • Notre jeunesse, 1910
  • Victor-Marie, Comte Hugo, 1910
  • Un nouveau théologien, 1911
  • L'Argent, 1913
  • Note sur M. Bergson et la philosophie bergsonienne, 1914
  • Note conjointe sur M. Descartes et la philosophie cartésienne, 1914 (posth.)
  • Clio. Dialogue de l'histoire et de l'âme païenne, 1931 (posth.)
  • L'Argent suite, 1932 (posth.)
  • Véronique. Dialogue de l'histoire et de l'âme charnelle, Gallimard, 1972 (posth.)
Poésie
  • La Tapisserie de Sainte Geneviève et de Jeanne d'Arc[12], 1913
  • La Tapisserie de Notre-Dame, 1913
  • Ève, 1913
Théâtre
  • Jeanne d'Arc, Paris, Librairie de la Revue socialiste, 1897
  • Le Mystère de la charité de Jeanne d'Arc[13], 1910
  • Le Porche du Mystère de la deuxième vertu, 1912
  • Le Mystère des Saints Innocents, 1912
Divers
  • Lettres et entretiens, 1927 (posth.)
  • Correspondance Charles Péguy - Pierre Marcel, Paris, L'Amitié Charles Péguy, XXVII (posth.)
Œuvres complètes
  • Œuvres complètes de Charles-Péguy (1873-1914), Paris, NRF, Gallimard, 1916-1955 (20 vol.)
  • Œuvres poétiques complètes, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1941
  • Œuvres en prose complètes I, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1987
  • Œuvres en prose complètes II, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1988
  • Œuvres en prose complètes III, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1992

Bibliographie

Biographies générales
  • Jean Delaporte, Péguy dans son temps et dans le nôtre, Plon, 1944
  • Romain Rolland, Charles Péguy, Albin Michel, 1944
  • Maurice David, Initiation à Charles Péguy, La Nouvelle Edition, Paris, 1945
  • Bernard Guyon, Péguy : l'homme et l'œuvre, 1960
  • (en) Marjorie Villiers, Charles Péguy: A Study in Integrity, Londres, Collins, 1965
  • Henri Guillemin, Charles Péguy, Le Seuil, 1981
  • Marc Tardieu, Charles Péguy, F. Bourin, 1993
  • Robert Burac, Charles Péguy : la révolution et la grâce, Laffont, 1994 (ISBN 2-221065-12-3)
  • Michel Leplay, Charles Péguy, Desclée de Brouwer, 1998
  • Bernard Collignon, Pourquoi ont-ils tué Péguy ?, Le Bord de l'eau, coll. « Documents », 2005 (ISBN 2-915651-13-2)
  • Rémi Soulié, Péguy de combat, éd. Les Provinciales, 2007, 112 p.
  • Arnaud Teyssier, Charles Péguy : une humanité française, Perrin, 2008 (ISBN 978-2-262-02321-8)
  • Jean Bastaire (dir.), Cahier Péguy, Coll. Cahiers de L'Herne, Paris, L'Herne, 1977.
Sur les idées philosophiques et politiques de Charles Péguy
  • Patrick Charlot, La démocratie dans l'œuvre de Péguy, thèse de droit public sous la direction de Claude Courvoisier, Dijon, 1993, non publiée.
  • Alain Finkielkraut, Le Mécontemporain : Péguy, lecteur du monde moderne, Gallimard, 1991
  • Géraldi Leroy, Les Idées politiques et sociales de Charles Péguy, thèse Lille-III, 1980
  • Géraldi Leroy, Péguy entre l'ordre et la révolution, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1981 (ISBN 2-7246-0458-X)
  • Emmanuel Mounier, Charles Péguy philosophe, 1930
  • Romain Vaissermann, Charles Péguy, l'écrivain et le politique, Rue d'Ulm, 2003
  • (de) Elisbeth Gremminger, Charles Peguy, vom Sozialismus zur christlichen Weltschau, Olten, O. Walter, 1949
  • (en) Hans A. Schmitt, Charles Péguy: The Decline of an Idealist
  • (it) Giaime Rodano, "Il pensiero politico di Charles Péguy", Quaderni della Rivista Trimestrale, Roma 1973-1975
Sur l'œuvre littéraire de Charles Péguy
  • Robert Burac, Le sourire d'Hypatie : essai sur le comique de Charles Péguy, Paris, H. Champion, 1999
  • Robert Vigneault, L'univers féminin dans l'œuvre de Charles Péguy : essai sur l'imagination créatrice d'un poète, Paris, Desclée de Brouwer, 1967
  • (it) Gino Collenea Isernia, Charles Péguy poeta e pensatore della speranza, Napoli, M. D'Auria, 1993
Sur la religion de Charles Péguy
  • Jean Bastaire, Péguy l'inchrétien, 1991
  • Pie Duployé, La Religion de Péguy, Slatkine, 1965
  • (de) Paul Gregor, Charles Péguy und die christliche Revolution, Einsiedeln, Johannes Verlag , 1969
  • (en) Yvonne Servais, Charles Péguy: The Pursuit of Salvation, Cork University Press, 1953

Notes

  1. Robert Burac, Charles Péguy. La révolution et la grâce, Robert Laffont, 1994, p.17
  2. Charles Péguy. La révolution et la grâce, p. 36
  3. Réponse à l'enquête : Y a-t-il une renaissance religieuse en France ?, dans La Grande revue, mai 1915.
  4. Sur les relations qu'ont entretenu Péguy et Jaurès, voir Henri Guillemin, "Péguy et Jaurès", dans Charles Péguy, Seuil, 1981, pp. 63-103.
  5. J. Lotte, Bulletin des professeurs catholiques de l'Université, 23 mai 1911.
  6. Charles Péguy, p.223
  7. Œuvres en prose complète, I, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, Paris, 1987, p. 1197
  8. Sur Péguy antimoderne, voir "Péguy", dans Les antimodernes. De Joseph de Maistre à Roland Barthes, Antoine Compagnon, Gallimard, 2005
  9. Œuvres en prose complète, I, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, Paris, 1987, p. 1390
  10. Œuvres en prose complète, I, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, Paris, 1987, p. 1398
  11. a , b  et c Xavier Lenormand, Histoire des rues de Bourg-la-Reine, p. 19
  12. Disponible sur Wikisource
  13. Disponible sur Wikisource

Voir aussi

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