Charles De Morny

ÔĽŅ
Charles De Morny

Charles de Morny

Charles de Morny

Charles Auguste Louis Joseph Demorny, dit "comte de Morny", devenu duc de Morny, est un financier et homme politique fran√ßais, n√© √† Saint-Maurice (Suisse) le 17 septembre 1811 (sa naissance fut d√©clar√©e le 22 octobre suivant √† Paris sous le nom de Demorny) et mort √† Paris le 10 mars 1865. Il est le demi-fr√®re de Napol√©on III.

Sommaire

B√Ętard royal et fr√®re de l'Empereur

Son pr√©nom, Charles, est √©galement celui d‚Äôun autre personnage c√©l√®bre du XIXe si√®cle, Charles-Maurice de Talleyrand P√©rigord, prince de B√©n√©vent, √©v√™que d'Autun, qui √©tait probablement son grand-p√®re naturel.

Il convient en effet d'√©voquer l'ascendance du duc de Morny, qu‚Äôil se plaisait √† d√©finir avec humour : ¬ę Dans ma lign√©e, nous sommes b√Ętards de m√®re en fils depuis trois g√©n√©rations. Je suis arri√®re-petit-fils de roi, petit-fils d‚Äô√©v√™que, fils de reine et fr√®re d‚Äôempereur. ¬Ľ

Son acte de naissance officiel le fait na√ģtre √† Paris le 21 octobre 1811, d'un p√®re obscur. Il semblerait plut√īt qu'il soit n√© √† Saint-Maurice-en-Valais (Suisse), le 15 septembre 1811.

Sa mère était la reine Hortense (épouse de Louis Bonaparte) dont Louis-Napoléon Bonaparte, le futur Napoléon III, était le troisième fils et Morny le quatrième.

Morny n‚Äô√©tait pas le fils de Louis-Bonaparte mais du g√©n√©ral Charles de Flahaut, ce qui explique que la reine Hortense ait pr√©f√©r√© accoucher discr√®tement en Suisse plut√īt qu‚Äô√† Paris. Le sieur Demorny, interm√©diaire qui accepta de donner son nom au b√©b√©, s‚Äô√©clipsa rapidement apr√®s avoir probablement monnay√© son patronyme. Voil√† donc Demorny, fr√®re, bient√īt "de Morny", ou plus pr√©cis√©ment demi-fr√®re d'empereur et fils de reine.

Son p√®re n‚Äô√©tait pas lui-m√™me le fils du g√©n√©ral-comte de Flahaut de La Billarderie de trente-sept ans plus √Ęg√© que son √©pouse Ad√©la√Įde Filleul, ma√ģtresse affich√©e de Talleyrand.

La m√®re d'Ad√©la√Įde, Marie Catherine Ir√®ne Louise du Buisson de Longpr√©, avait √©t√© une des ma√ģtresses de Louis XV, dont elle eut une fille naturelle, Marie Fran√ßoise Julie Constance, √©pouse d'Abel Poisson, fr√®re unique de Jeanne Poisson, devenue marquise de Pompadour, qui le fit titrer marquis de Vandi√®res et de Marigny et surintendant des B√Ętiments, Arts et Manufactures du Roi.

C'√©tait assez pour permettre √† Ad√©la√Įde de se dire fille de Louis XV, ce qui est improbable; elle n'√©tait d'ailleurs pas la fille de Charles Fran√ßois Filleul, secr√©taire du Roi, mais plut√īt du richissime √Čtienne Bouret, fermier g√©n√©ral.

Officier, industriel et député de la République

Duc de Morny par Pierson

√Člev√© par sa grand-m√®re paternelle, Ad√©la√Įde de Flahaut, remari√©e √† don Jos√© Maria de Souza Botelho, diplomate au service du roi du Portugal, Morny d√©bute sa carri√®re sous la Monarchie de Juillet comme brillant officier engag√© dans la conqu√™te de l‚ÄôAlg√©rie.

Rapidement lass√© de la vie militaire, il se lance dans la fabrication de sucre de betterave en rachetant une entreprise clermontoise qui lui sert simultan√©ment de marche-pied pour s‚Äôengager politiquement en se faisant √©lire le 9 juillet 1842 d√©put√© du Puy-de-D√īme. Il est aussi fondateur de la Compagnie du chemin de fer du Grand Central

Réélu en 1849, il entre en contact avec Louis Napoléon Bonaparte, récemment élu Président de la IIe République dit alors "Le Prince-Président".

Morny pr√©sidera le Conseil G√©n√©ral du Puy-de-D√īme de 1852 √† sa mort (1865).

Prise du pouvoir avec son demi-frère

Le courant passe d'abord mal entre les deux demi-fr√®res, mais le Pr√©sident appr√©cie n√©anmoins le dynamisme du d√©put√© qui le pousse √† √©largir ses pouvoirs en jouant de sa popularit√©. De fait, Morny va √™tre la cheville ouvri√®re du coup d'√Čtat du 2 d√©cembre 1851. Singulier parall√®le : son grand-p√®re avait √©t√© l‚Äôun des instigateurs du 18 brumaire (9 novembre) 1799. Son demi-fr√®re lui confie le poste de confiance de Ministre de l'Int√©rieur (2 d√©cembre 1851- 22 janvier 1852) qu‚Äôil abandonne cependant rapidement.

Ami des princes d'Orl√©ans, il ne veut pas prendre la responsabilit√© de la mainmise sur leurs biens, qualifi√©e par le pr√©sident de l'Assembl√©e nationale Dupin de ¬ę premier vol de l‚ÄôAigle ¬Ľ.

On pr√™te √† Napol√©on III cette boutade : ¬ę Comment voulez-vous que je gouverne ? L‚ÄôImp√©ratrice est l√©gitimiste, Morny est orl√©aniste, le Prince Napol√©on est r√©publicain et je suis moi-m√™me socialiste...il n‚Äôy a qu'un bonapartiste dans mon entourage, c'est Persigny, et il est fou !... ¬Ľ

Sous le Second Empire

Pr√©sident du Corps L√©gislatif dont il neutralise habilement le pouvoir, il reste le conseiller √©cout√© de son demi-fr√®re et b√©n√©ficie de son in√©puisable indulgence. Il en profite jusqu'√† la limite de la l√©galit√©. Le simple fait que son nom apparaisse dans une affaire ("Morny en est") para√ģt suffire √† drainer les capitaux.

Devenu le porte-parole des raffineurs de sucre auvergnats, il investit d'importants capitaux avec sa maitresse attitrée, Fanny Le Hon - qui contribue aussi à financer son ascension politique -, dans le sucrerie de Bourdon à Aulnat, qui est la plus ancienne de France à fonctionner (et la seule au Sud de la Loire).

Elu du Puy-de-D√īme, il y acquit en 1854 le ch√Ęteau de Nades (vers Lalizolle dans l'Allier), qui fut au XVIIe s. la vill√©giature de Madame de La Fayette, qu'il fit reconstruire, dote d'une ferme-mod√®le - qui subsiste dans l'actuel "parc de Nades" - et o√Ļ il re√ßut fastueusement Jacques Offenbach, Ludovic Hal√©vy, Alphonse Daudet qui fut son secr√©taire et √† qui il inspira le personnage du duc de Mora dans son roman Le Nabab (1877) - qui s√©journ√®rent et chass√®rent sur les 2000 hectares du domaine.

Pendant les travaux il logea au ch√Ęteau de Veauce (propri√©t√© priv√©e) appartenant √† son ami le baron de Cadier de Veauce, qui abrite encore une grande table √† gibier qui a √©t√© offerte par Napol√©on III venu y chasser, et un grand miroir provenant de Nades.

Il crée avec son médecin personnel le docteur Oliffe Deauville, Le Vésinet, lance Sarah Bernhardt, et prend sous sa coupe Alphonse Daudet en lui confiant le secrétariat de ses affaires.

Mécène éclairé et collectionneur, il soutient la création de la Société Nationale des Beaux-Arts et Président du Corps Législatif, il fit créer en 1860 au Palais-Bourbon par Jules de Joly la "galerie des Tapisseries", encore garnie de pièces de Gobelins et de Beauvais.

Une table marquetée lui ayant appartenu et acquise par le comte Moise de Camondo (1860-1935), est conservée au musée Nissim-de-Camondo à Paris (P. Assouline, Le dernier des Camondo, N.R.F./Gallimard, 1997, p.54).


Morny inspira √©galement √† √Čmile Zola le personnage du comte de Marsy dans le roman Son Excellence Eug√®ne Rougon (1871).

Principales spéculations

Naturellement inform√© avant tous les autres sp√©culateurs, il ach√®te immeubles et terrains o√Ļ vont passer les boulevards trac√©s par le baron Haussmann et les revend ensuite tr√®s cher aux pouvoirs publics. C'est lui qui entra√ģne aussi l'empereur dans la d√©sastreuse exp√©dition du Mexique pour y r√©cup√©rer ses investissements.

Sa disparition pr√©matur√©e, le 7 mars 1865 dans la magnifique r√©sidence de l'ancien h√ītel de Lassay (1722-1728), depuis 1832 si√®ge de la Pr√©sidence de l'Assembl√©e Nationale, lui √©vitera √† tout le moins d‚Äô√™tre le t√©moin de la d√©sastreuse exp√©dition militaire du Mexique et du d√©clin, puis de l‚Äôeffondrement de ce Second Empire √† la cr√©ation duquel il avait particip√© avantageusement. Il fut enterr√© au Cimeti√®re du P√®re-Lachaise, le 13 mars, avec les pompes de l'Empire.

Sa collection de tableaux et son écurie de chevaux de course furent vendus avec la majeure partie de ses biens par sa jeune veuve, remariée avec le duc de Sesto, grand d'Espagne, ancien soupirant d'Eugénie de Montijo, future impératrice des Français.

Elle conserva le domaine auvergnat pour les vacances de ses enfants, mais le comte Benedetti, nommé tuteur légal, finit par le vendre "pour une bouchée de pain".(R.Christophe, op.cit.). Après l'incendie qui le détruisit, certains des ses matériaux furent réemployés dans le manoir de Chouvigny, perché au-dessus des célèbres Gorges de la Sioule.

Mariage et descendance

Il se marie à Saint-Pétersbourg le 7 janvier 1857 à Sophie princesse Troubetzkoy (fille de Serge prince Troubetzkoy et de Catherine Moussine-Pouchkine).

  • Quatre enfants na√ģtront de cette union :
  1. Charlotte (1858-1883), mariée en 1877 à José Osorio et Heredia, comte de la Corzana, dont un fils;
  2. Auguste, duc de Morny (1859-1920,) marié en 1886 à Carlotta Guzman et Ybarra, dont trois enfants;
  3. Serge (1861-1922), officier, sans alliance;
  4. Mathilde (1863-1944), √©pouse de 1881 √† 1903 de Jacques Godart, marquis de Belbeuf dont elle divor√ßa, sans post√©rit√©, dite "Missy", ou "Oncle Max" ou encore "Monsieur le Marquis" dans le milieu parisien de la fin du XIXe si√®cle; lesbienne et amie de Liane de Pougy et de l'√©crivain Colette.

Parmi la descendance de sa fille Charlotte, on compte notamment Michel Poniatowski, ancien ministre de l'intérieur des gouvernements de Jacques Chirac et de Raymond Barre, et ses fils Ladislas Poniatowski (1946), et Axel Poniatowski (1951), hommes politiques français, ainsi que leur lointaine cousine Sarah Poniatowska, épouse du chanteur Marc Lavoine.

  • De sa liaison avec Fanny Mosselmann, fille d'un richisme banquier anversois - qui fut amant de la c√©l√®bre "Pr√©sidente Sabatier" qui inspira Baudelaire - √©pouse du comte Le Hon, ambassadeur de Belgique en France, Morny eut une fille naturelle, L√©opoldine (1838-1931), mari√©e en 1858 √† Stanislas Auguste Fr√©d√©ric Poniatowski, dont elle eut trois enfants.
  • On lui attribue aussi la paternit√© de Sarah Bernhardt qui sera sa prot√©g√©e, ainsi que sa m√®re.
  • Une rumeur lui pr√™te √©galement la paternit√© de Georges Feydeau. La liaison de sa m√®re L√©ocadia Zelewska avec le duc qui s'√©tait prolong√©e m√™me apr√®s son mariage avec Ernest Feydeau √©tait de notori√©t√© publique.

La malice parisienne appela le petit h√ītel particulier que la comtesse Le Hon se fit b√Ętir √† c√īt√© de la maison de Morny aux Champs-√Člys√©es "la Niche √† Fid√®le"...

Il est inhum√© au cimeti√®re du P√®re-Lachaise √† Paris (54√®me division) aux c√īt√©s de son √©pouse la princesse Sophie Troubestskoy, n√©e en 1838, d√©c√©d√©e en 1896, devenue apr√®s la mort de son mari duchesse de Sesto.

Voir aussi

Bibliographie

  • Duc de Morny (ouvrage posthume de son fils Auguste ?), Le Duc de Morny (1930)
  • Marcel Boulenger, Le Duc de Morny (1925, 1926, 1930)
  • Robert Christophe, Le Duc de Morny (Hachette, 1951)
  • Gerda Grothe, Le Duc de Morny (Fayard, 1966)
  • Michel Carmona, Morny, le vice-empereur (Fayard, 2005)
  • Paul Pierre, Le Duc de Morny (1958)
  • Augustin Thierry, Son √Čl√©gance le duc de Morny (1950)
  • Jean-Marie Rouart, Morny, un voluptueux au pouvoir (Gallimard, 1995).
  • Dictionnaire Historique du cimeti√®re du P√®re-Lachaise XVIII√®me et XIX√®me si√®cles - Domenico Gabrielli - Ed. de l'Amateur - 2002

Articles connexes

  • Portail de la France au XIXe si√®cle Portail de la France au XIXe si√®cle
  • Portail de la politique Portail de la politique
Ce document provient de ¬ę Charles de Morny ¬Ľ.

Wikimedia Foundation. 2010.

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Charles De Morny de Wikipédia en français (auteurs)

Regardez d'autres dictionnaires:

  • Charles de Morny ‚ÄĒ Nom de naissance Charles Auguste Louis Joseph Demorny Surnom Duc de Morny Naissance 17 septembre 1811 ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Charles de morny ‚ÄĒ Charles Auguste Louis Joseph Demorny, dit comte de Morny , devenu duc de Morny, est un financier et homme politique fran√ßais, n√© √† Saint Maurice (Suisse) le 17 septembre 1811 (sa naissance fut d√©clar√©e le 22 octobre suivant √† ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Charles de Morny ‚ÄĒ Grabmal auf dem Friedhof P√®re Lachaise in Paris ‚Ķ   Deutsch Wikipedia

  • Charles de Morny, Duke of Morny ‚ÄĒ Charles de Morny Born 15 September 1811(1811 09 15) Died 10 March 1865(1865 03 10) ‚Ķ   Wikipedia

  • Charles, Duc De Morny ‚ÄĒ Charles de Morny Charles de Morny Charles Auguste Louis Joseph Demorny, dit comte de Morny , devenu duc de Morny, est un financier et homme politique fran√ßais, n√© √† Saint Maurice (Suisse) le 17 septembre 1811 (sa naissance fut d√©clar√©e… ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Charles, duc de Morny ‚ÄĒ Charles de Morny Charles de Morny Charles Auguste Louis Joseph Demorny, dit comte de Morny , devenu duc de Morny, est un financier et homme politique fran√ßais, n√© √† Saint Maurice (Suisse) le 17 septembre 1811 (sa naissance fut d√©clar√©e… ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Charles, duc de morny ‚ÄĒ Charles de Morny Charles de Morny Charles Auguste Louis Joseph Demorny, dit comte de Morny , devenu duc de Morny, est un financier et homme politique fran√ßais, n√© √† Saint Maurice (Suisse) le 17 septembre 1811 (sa naissance fut d√©clar√©e… ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Charles-Auguste De Morny ‚ÄĒ Charles de Morny Charles de Morny Charles Auguste Louis Joseph Demorny, dit comte de Morny , devenu duc de Morny, est un financier et homme politique fran√ßais, n√© √† Saint Maurice (Suisse) le 17 septembre 1811 (sa naissance fut d√©clar√©e… ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Charles-Auguste de Morny ‚ÄĒ Charles de Morny Charles de Morny Charles Auguste Louis Joseph Demorny, dit comte de Morny , devenu duc de Morny, est un financier et homme politique fran√ßais, n√© √† Saint Maurice (Suisse) le 17 septembre 1811 (sa naissance fut d√©clar√©e… ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Charles-auguste de morny ‚ÄĒ Charles de Morny Charles de Morny Charles Auguste Louis Joseph Demorny, dit comte de Morny , devenu duc de Morny, est un financier et homme politique fran√ßais, n√© √† Saint Maurice (Suisse) le 17 septembre 1811 (sa naissance fut d√©clar√©e… ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais


Share the article and excerpts

Direct link
… Do a right-click on the link above
and select ‚ÄúCopy Link‚ÄĚ

We are using cookies for the best presentation of our site. Continuing to use this site, you agree with this.