Charles-Daniel-Gabriel de Pestel de Lévi de Thubières de Caylus

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Charles-Daniel-Gabriel de Pestel de Lévi de Thubières de Caylus

Charles de Caylus

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√Čv√™que de l‚Äô√Čglise catholique
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Charles de Caylus
Portrait de Charles de Caylus
√Čv√™que d'Auxerre
Blason de Charles de Caylus
Naissance le 20 avril 1669 √† Paris [1]
Ordination
sacerdotale
Consécration
épiscopale
le 1er mars 1705 par le cardinal de Noailles, archev√™que de Paris[2]
√Čv√™que
D√©c√®s le 3 avril 1754 pr√®s d'Auxerre[1]
 
√Čv√™que ¬∑ Archev√™que ¬∑ Cardinal

Charles de Caylus (n√© le 20 avril 1669 √† Paris[1], d√©c√©d√© le 3 avril 1754[1] pr√®s d'Auxerre) fut √©v√™que d'Auxerre de 1704 jusqu'√† sa mort, √† l'√Ęge de 85 ans. Exil√© dans son dioc√®se pour ses opinions jans√©nistes, il le transforma profond√©ment et en fit un bastion du jans√©nisme.

Sommaire

Biographie

Enfance et jeunesse

Charles de Caylus na√ģt le 20 avril 1669 √† Paris. Issu de l'une des plus grandes familles de France, il est le fils de Charles-Henri de Tubi√®res de Grimoard de Pestel de L√©vis, marquis de Caylus, et de Claude de Fabert, marquise d'Esternay. Il fait ses √©tude au coll√®ge Louis-le-Grand, tenu par les j√©suites. Il √©tudie la philosophie, puis entre au s√©minaire de Saint-Sulpice. Il obtient le titre de docteur en th√©ologie et re√ßoit les ordres jusqu'au diaconat[2].

Il obtient alors la charge d'aum√īnier du roi Louis XIV et devient abb√© de Saint-Jean de Laon √† 28 ans[2].

Son frère, le comte de Caylus, ayant épousé la nièce de Mme de Maintenon, celle-ci le présente à Bossuet et à Louis Antoine de Noailles[1]. Il se lie avec eux et le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, en fait son grand vicaire en 1700 et lui confie la direction du collège des Lombards[2].

L'évêque d'Auxerre

En 1704, le si√®ge √©piscopal d'Auxerre est rendu vacant par la mort de Mgr Andr√© Colbert, et le roi le nomme √©v√™que d'Auxerre le 16 ao√Ľt. Il est consacr√© √† Paris le 1er mars 1705 par le cardinal de Noailles, archev√™que de Paris. Il pr√™te serment de fid√©lit√© au roi dans la chapelle du ch√Ęteau de Versailles. Le 22 mars, il prend solennellement possession de son si√®ge √©piscopal √† la cath√©drale d'Auxerre, et s'installe au ch√Ęteau de R√©gennes √† Appoigny, r√©sidence des √©v√™ques d'Auxerre[2].

Auxerre vue par Victor Petit

Un évêque janséniste

Articles d√©taill√©s : Jans√©nisme et Bulle Unigenitus.

L'exp√©rience pastorale qu'il a acquise √† Paris lui est utile en cette p√©riode particuli√®rement agit√©e de l'histoire de l'√Čglise catholique en France. Depuis les ann√©es 1640, l'affaire du jans√©nisme d√©chire le clerg√© fran√ßais entre j√©suites et jans√©nistes, entre gallicans et ultramontains, sans que les limites des diff√©rents camps soient parfaitement dessin√©es, sans que les enjeux soient clairement d√©finis. Alors qu'il est √† Paris un proche du cardinal de Noailles, dont le soutien aux th√®ses jans√©nistes va grandissant, le nouvel √©v√™que d'Auxerre se montre d'abord ob√©issant au pape[2].

En mars 1711, il publie une lettre pastorale pour critiquer une th√®se soutenue par des b√©n√©dictins de son dioc√®se, reprenant des id√©es condamn√©es. Il exige d'eux un acte de soumission aux constitutions apostoliques contre Ba√Įus et Jans√©nius[3].

En septembre 1713, le pape Clément XI publie la bulle Unigenitus à la demande de Louis XIV, afin de contrer les thèses de Pasquier Quesnel. Par crainte de déplaire au roi[c 1], Mgr de Caylus accueille la bulle favorablement et la publie dans son diocèse le 28 mars 1714[3]. À l'inverse, le cardinal de Noailles et quelques évêques, s'opposant à la fois au pape et au roi, refusent d'accepter la bulle.

Mais le 1er septembre 1715, Louis XIV meurt, et le régent Philippe d'Orléans se montre plus conciliant envers les adversaires de la bulle.

Tandis que chacun campe sur ses positions, quatre évêques opposés à la bulle papale publient le 1er mars 1717 un appel à la tenue d'un concile général. Leurs partisans sont désormais connus sous le nom d'appelants.

C'est alors que Charles de Caylus, avec d'autres √©v√™ques, se rallie aux appelants et signe l'acte d'appel le 24 mai 1717, mais il attend jusqu'au 4 octobre 1718 pour rendre public son appel. Les esprits s'√©chauffent entre les √©v√™ques appelants et les acceptants, tandis que le R√©gent se d√©cide finalement √† soutenir les appelants mais que le pape les d√©clare ¬ę s√©par√©s de la charit√© de l'√Čglise Romaine ¬Ľ. Dans le dioc√®se d'Auxerre, quelques chanoines et pr√™tres suivent leur √©v√™que, mais le plus grand nombre pr√©f√®re garder le silence. √Ä Auxerre, l'affaire alimente toutes les conversations[c 2].

En 1719, le R√©gent cherche √† se rapprocher du pape, et fait r√©diger par des th√©ologiens un ¬ę Corps de doctrine ¬Ľ, compromis destin√© √† lever les scrupules des appelants, et que signent finalement une centaine d'√©v√™ques, dont le cardinal de Noailles. Seuls Mgr de Caylus et un petit nombre d'√©v√™ques persistent dans leur refus de cet accommodement[c 3].

Le pape Clément XI meurt le 29 mars 1721. En octobre, sept évêques dont celui d'Auxerre adressent à son successeur Innocent XIII une lettre explicative de leur conduite, et le conjurent en vain de revenir sur la bulle[c 4].

En 1727, un concile provincial se tient à Embrun. Jean Soanen, évêque de Senez, considéré comme le chef de file des appelants, est démis de ses fonctions épiscopales et exilé par lettre de cachet à La Chaise-Dieu. Douze évêques dont Mgr de Caylus attaquent cette décision dans une lettre publique qu'ils adressent à Louis XV. En réponse, chaque évêque signataire est exilé dans son diocèse par lettre de cachet[c 5].

Trois ans plus tard, il se prononce contre la d√©claration de 1730, o√Ļ la bulle √©tait qualifi√©e de loi de l'√Čglise universelle en mati√®re de doctrine[1].

Apr√®s 1727, une nouvelle affaire oppose partisans et adversaires du jans√©nisme : celle des miracles du diacre P√Ęris. En 1733, l'√©v√™que d'Auxerre reconna√ģt dans son dioc√®se un miracle qu'il attribue √† l'intercession de Fran√ßois de P√Ęris[3]. Il fait chanter en grande pompe un Te Deum sur les lieux du prodige, √† Seignelay. En revanche, il condamne en 1735 le mouvement des convulsionnaires, n√© sur la tombe du diacre[a 1].

√Ä partir de 1740, il est le dernier √©v√™que de France en opposition avec les d√©crets de l'√Čglise[4].

Disette et famine

Charles de Caylus - Estampe de Schmidt Georg Friedrich (1712 - 1775)

Dès les premières années de son épiscopat, le nouvel évêque est confronté aux calamités climatiques qui frappent durement les plus pauvres de ses ouailles.

Apr√®s une ann√©e d'abondance en 1707, les r√©coltes de 1708 sont maigres et les prix montent, la disette menace la moiti√© de la population. D√®s les premiers jours de 1709, un froid intense s'abat sur la r√©gion. Le 6 janvier, on doit suspendre les messes dans les √©glises car le vin g√®le aussit√īt vers√© dans le calice. √Ä l'exception des forgerons, les ouvriers ne peuvent plus travailler. Les rues d'Auxerre sont envahies de mendiants. Enfin, le d√©gel survient le 24 janvier, et l'on se croit tir√© d'affaire. Mais en f√©vrier le froid revient, puis de fortes pluies d√©trempent les champs et une troisi√®me vague de froid ach√®ve de d√©truire les semences, tandis que les pieds de vigne sont gel√©s jusqu'aux racines. Avec ce d√©sastre climatique qui touche la France enti√®re (la Normandie perd ses pommiers et la Provence ses oliviers), une mis√®re extr√™me frappe les pauvres et l'on ne compte plus les morts. Des initiatives charitables sont prises pour leur venir en aide. La municipalit√© dresse la liste des n√©cessiteux √† secourir, tandis que la bourgeoisie ¬ę rivalise de charit√© envers les pauvres ¬Ľ[c 6].

¬ę L'Ev√™que, M. de Caylus, ne mit pas de bornes √† sa bienfaisance. Apr√®s avoir √©puis√© toutes ses ressources, il s'en prit √† sa vaisselle et n'en garda pas une seule pi√®ce. Ind√©pendamment des secours √† domicile qu'il faisait distribuer dans la ville et le Dioc√®se, tous les pauvres qui se pr√©sentaient chez lui, y trouvaient des potages abondans (sic)[c 7]. ¬Ľ

À l'automne 1709, la semence est si chère que de nombreux champs restent en jachère et la famine se poursuit en 1710. Il faut attendre la récolte de 1711 pour que chacun puisse à nouveau manger à sa faim[c 8].

Mais pendant l'hiver 1713, le prix du grain atteint le quadruple de son prix normal. Afin de ne pas revivre le d√©sastre de 1709, Charles de Caylus institue l'aum√īne g√©n√©rale. Il s'agit d'une commission constitu√©e de chanoines, de cur√©s et de repr√©sentants de la municipalit√© d'Auxerre. Elle est charg√©e de dresser l'√©tat exact des besoins, de collecter les qu√™tes et aum√īnes √† l'occasion des grandes f√™tes, et de venir en aide aux n√©cessiteux tout en pr√©servant leur dignit√©. Cette institution subsistera jusqu'√† la R√©volution[c 9].

En 1731, alors qu'une s√©cheresse s√©vit depuis plusieurs mois, un incendie d√©vaste un quartier d'Auxerre. M. de Caylus obtient pour les familles sinistr√©es une aide importante du cardinal de Fleury, malgr√© la disgr√Ęce dans laquelle le tient le ministre de Louis XV[c 10].

Un évêque à la conquête de son diocèse

Carte du diocèse d'Auxerre (1741)

Mgr de Caylus ne reste pas inactif dans son diocèse. Il travaille notamment à réduire l'influence de ses opposants.

Il est aidé en cela par les Nouvelles ecclésiastiques, journal janséniste clandestin très lus dans le diocèse[b 1].

Pendant tout l'épiscopat de Mgr de Caylus, son diocèse devient le refuge des prêtres et ecclésiastiques jansénistes chassés par leur évêque[a 2],[3].

Gr√Ęce aux nominations qu'il fait dans le Chapitre de la cath√©drale, la majorit√© bascule en sa faveur. En 1723, le chanoine Monnot, visant les nouveaux chanoines, critique vivement ceux qui ne se soumettent pas aux d√©cisions de l'√Čglise, mais le Chapitre le condamne √† une exclusion d'un an et il finit par se d√©mettre[c 11].

Pour contrebalancer l'influence que les jésuites exercent sur la jeunesse dans leurs écoles, et en particulier les principes ultramontains qu'ils enseignent, il crée à Auxerre un petit séminaire qu'il fait diriger par des prêtres de son choix. Il invite les pères de famille à lui confier leurs enfants et, lors de l'ouverture en octobre 1719, il accueille trois fois plus d'écoliers que le collège des jésuites[c 12].

En 1725, une vive controverse l'oppose aux jésuites, au sujet du contenu du cours de philosophie qu'ils enseignent dans leur collège. En représailles, l'évêque leur retire le pouvoir de prêcher et de confesser dans le diocèse[c 13].

En 1727, le sup√©rieur et plusieurs professeurs du grand s√©minaire d'Auxerre, soup√ßonn√©s d'opinions jans√©nistes, sont d√©plac√©s et remplac√©s par les autorit√©s de la congr√©gation lazariste. L'√©v√™que d√©cide alors d'adjoindre au petit s√©minaire qu'il avait ouvert sept ans auparavant, un grand s√©minaire dont il choisit les ma√ģtres. Les deux √©tablissements accueillent m√™me des enfants qui ne sont pas destin√©s √† la pr√™trise. Afin de pouvoir dispenser √† Auxerre un enseignement conforme √† sa doctrine, l'√©v√™que finance ses √©coles de ses propres deniers, car il ne peut percevoir les revenus destin√©s au s√©minaire des lazaristes[c 14].

L'opposition entre l'√©v√™que jans√©niste et les j√©suites ne fait que se renforcer, chacun redoublant d'efforts pour faire triompher ses id√©es. Les j√©suites c√©l√®brent des offices dans leur √©glise d'Auxerre et attirent de nombreux fid√®les, au d√©triment des √©glises paroissiales. ¬ę Il en r√©sulta que la ville avait, en quelque sorte, deux communions de fid√®les dirig√©es, l'une par l'√©v√™que et ses Cur√©s, l'autre par les J√©suites[c 15]. ¬Ľ Le 18 septembre 1828, l'√©v√™que publie une ordonnance pour mettre fin √† ce culte et interdire aux fid√®les d'y assister, mais elle reste sans effet[c 16].

En 1737, l'évêque d'Auxerre convoque quelques 200 ecclésiastiques de son diocèse à l'occasion d'un synode. Une semaine avant la date prévue, il reçoit du cardinal de Fleury, ministre du roi, l'ordre de sursoir à cette réunion. Un an plus tard, le synode est autorisé. En juin 1738, pendant deux jours, les ordonnances sur le gouvernement des paroisses, la célébration des offices, l'administration des sacrements sont revues et corrigées, puis homologuées par le parlement du 3 mai 1741[c 17].

Profitant de la juridiction qu'il a sur différents couvents, il interdit à plusieurs d'entre eux, favorables à la bulle, de recevoir des novices. Ursulines, Cisterciennes et Visitandines d'Auxerre sont notamment visées[a 3]. En 1749, il supprime les Ursulines de Cravant, sur le témoignage de curés jansénistes[a 4].

Bréviaire du diocèse d'Auxerre

L'√©v√™que d'Auxerre entreprend √©galement une t√Ęche de longue haleine : celle de renouveler l'ensemble des livres liturgiques de son dioc√®se.

Il fait para√ģtre en 1726 une nouvelle √©dition du br√©viaire pour le dioc√®se (chaque dioc√®se disposant alors de son propre br√©viaire)[c 18].

Un nouveau Rituel est publi√© en 1729. Alors qu'il aurait d√Ľ le soumettre √† l'approbation du Censeur, l'√©v√™que passe outre et le fait imprimer sans autorisation.

Le grand catéchisme est publié en 1734, puis critiqué par cinq curés du diocèse dans une lettre rendue publique en mai 1735. L'affaire s'envenime et l'évêque engage des poursuites contre les curés, qui font appel à l'archevêque de Sens. Mgr de Languet, opposé au jansénisme, est en principe le supérieur de l'évêque d'Auxerre, étant son archevêque métropolitain. Il met fin aux poursuites contre les curés. Malgré un arrêt du conseil qui interdit le nouveau catéchisme, celui-ci est imprimé[c 19]. Il sera réimprimé jusqu'en 1824, et énergiquement défendu par les curés auprès des successeurs de Mgr de Caylus, même si l'édition abrégée fut reprise de la version de 1725[b 2].

De 1722 à 1732, assisté de représentants du Chapitre, l'évêque avait préparé un nouveau Missel qu'il avait envoyé au cardinal de Fleury, sans pouvoir obtenir son agrément. En 1737, il se résout à soumettre le missel à un censeur, qui donne son approbation. Le missel est publié la même année[c 20].

Ces ouvrages liturgiques seront r√©√©dit√©s jusqu'au XIXe si√®cle[b 3].

La mort de l'évêque

Eloge funèbre de Charles de Caylus

Le 3 avril 1754, Charles de Caylus, √Ęg√© de 85 ans et doyen des √©v√™ques de France[1], d√©c√®de dans son ch√Ęteau de R√©gennes et son corps est ramen√© au palais √©piscopal pour y √™tre expos√©. Par ordre du roi, le ministre Andr√© de Fleury, fait interdire au chapitre de r√©diger l'√©loge fun√®bre, de crainte que cette occasion ne rallume le feu entre partisans et adversaires de la bulle[c 21]. Le 9 avril, ses obs√®ques ont lieu √† la cath√©drale avec une grande solennit√©[2].

Loin de l'image d'aust√©rit√© qui s'attache aux jans√©nistes du XVIIe si√®cle, l'inventaire du mobilier fait apr√®s son d√©c√®s permet d'imaginer un pr√©lat attach√© aux arts et au luxe, √† la vie mondaine bien remplie[b 4].

Ses Ňďuvres consistent en dix volumes dont les six premiers paraissent en 1750 et les quatre derniers en 1752[1], ils sont condamn√©s √† Rome par un d√©cret du 11 mai 1754[3]. L'abb√© Pierre-Jacques Dettey, chanoine du chapitre d'Auxerre, publie en 1765 la ¬ę Vie de M. de Caylus ¬Ľ[1].

Si l'on prend du recul par rapport aux affrontements th√©ologiques, la personnalit√© de Charles de Caylus semble mettre d'accord ses d√©tracteurs et ses partisans. Il est vrai qu'on est loin du pr√©lat du XVIIIe si√®cle, grand seigneur plus souvent pr√©sent √† la cour de Versailles que dans son dioc√®se.

¬ę Il y avait dans M. de Caylus un m√©rite si remarquable, une vertu si incontest√©e, un caract√®re si ferme et si calme √† la fois, que, malgr√© la bonne envie des ardents du parti oppos√©, l'on renon√ßa √† pers√©cuter ce digne pr√©lat, et qu'on le laissa mourir en repos dans son √©v√™ch√©[5]. ¬Ľ
¬ę Comme il √©tait instruit, pieux et de mani√®res aimables, il exer√ßa sur son dioc√®se une influence aussi consid√©rable que fatale[2]. ¬Ľ
¬ę Si sa doctrine trouvait des contradicteurs son amabilit√©, sa g√©n√©rosit√© sans bornes et sa disposition constante √† rendre service m√™me √† ses antagonistes en mati√®res religieuses le rendaient cher √† tout le monde[c 22]. ¬Ľ
¬ę Il s'√©tait distingu√© pendant toute sa vie par des mŇďurs pures et simples, par un caract√®re doux, honn√™te et liant qui lui conserva des relations amicales avec un grand nombre de ses coll√®gues qui, dans les affaires du temps, avaient suivi un parti diff√©rent du sien[1]. ¬Ľ

Les conséquences

Un si long √©piscopat pendant une p√©riode si troubl√©e pour l'√Čglise de France ne pouvait que marquer profond√©ment le dioc√®se d'Auxerre. M√™me ses adversaires les plus acharn√©s ne purent nier la r√©ussite de son action :

¬ę On con√ßoit qu'avec une semblable administration et un pareil pros√©lytisme, le Jans√©nisme devait triompher. Aussi, au bout de quarante ans, le dioc√®se d'Auxerre devint l'un des principaux foyers de la grande h√©r√©sie du XVIIIe si√®cle. Les √©crits, les in√©puisables bienfaits et les qualit√©s m√™mes de l'√©v√™que d'Auxerre, avait perverti la foi des peuples confi√©s √† ses soins[2]. ¬Ľ

Il semble toutefois que, malgr√© les liens que Charles de Caylus avait su tisser avec ses ouailles, la pratique religieuse dans le dioc√®se ait fortement chut√© entre 1700 et 1750. Ce fait, confirm√© par diff√©rents indicateurs[a 5] (notamment le nombre et l'origine g√©ographique des vocations sacerdotales, la fr√©quence des sacrements), trouve ses origines dans des facteurs divers et probablement li√©s. C'est le bilan que dresse D. Dinet :

¬ę Les conceptions jans√©nistes sur la vocation, sur la p√©nitence, sur l'eucharistie, par leur rigueur excessive, ont d√©courag√© et rebut√©. Leur volont√© d'exploiter des miracles douteux a engendr√© le scepticisme et n'a pas suppl√©√© aux insuffisances de leur cat√©ch√®se. Les querelles et les discr√©dits r√©ciproques ont, dans le meilleur des cas, √©loign√© les populations[a 6]. ¬Ľ

√Ä la mort de Charles de Caylus, le roi Louis XV et ses conseillers d√©cident de reprendre en main le dioc√®se et de mettre fin au jans√©nisme. Le roi nomme Jacques-Marie de Caritat de Condorcet, jusque-l√† √©v√™que de Gap. Le nouvel √©v√™que d'Auxerre choisit imm√©diatement l'affrontement : il interdit aux pr√™tres appelants d'exercer leur minist√®re, il intente des proc√®s criminels aux r√©calcitrants, il r√©tablit les j√©suites dans leurs pr√©rogatives ant√©rieurs, il cesse tout contact avec le chapitre des chanoines qui lui est hostile. En 1756, il excommunie tous ceux qui refusent de se soumettre √† la bulle Unigenitus. L'effervescence et la contestation sont telles dans le dioc√®se que le roi d√©cide de l'exiler pendant un an pour apaiser les passions, puis il le nomme en 1761 √©v√™que de Lisieux[2].

C'est l'√©v√™que de Troyes, Jean-Baptiste-Marie Champion de Cic√©, qui lui succ√®de. Il fait preuve de plus d'habilet√© et de finesse que son pr√©d√©cesseur, dans la lutte d'influence qui l'oppose √† son clerg√©. Il parvient ainsi √† reprendre le contr√īle du coll√®ge et du s√©minaire, et √† former une nouvelle g√©n√©ration de pr√™tres. Mais lorsqu'√©clate la R√©volution, il s'oppose vivement √† la constitution civile du clerg√© puis s'exile en 1792 en Allemagne[2]. Les pr√™tres du dioc√®se d'Auxerre, s'ils ne sont plus jans√©nistes, sont rest√©s proches du courant rich√©riste qui pr√īne une forme de gallicanisme. Ils accueillent favorablement la R√©volution et plus de 80% d'entre eux acceptent de pr√™ter serment, se d√©marquant ainsi clairement de leur √©v√™que[e 1].

Lorsque la compagne de d√©christianisation prend fin en 1795, les rangs du clerg√© se sont creus√©s et le manque de pr√™tres se fait sentir. Spontan√©ment, les paroissiens se r√©unissent pour chanter et prier. Tandis que dans d'autres dioc√®ses (celui d'Autun par exemple), on fait preuve de souplesse face √† ce ¬ę culte la√Įcal ¬Ľ en attendant de pouvoir r√©tablir la situation, les autorit√©s d'Auxerre y voit la r√©surgence des ¬ę messes s√®ches ¬Ľ jans√©nistes et s'y opposent tr√®s fermement[e 2].

En 1801 le concordat signé par Napoléon Ier supprime le diocèse d'Auxerre et le rattache à celui de Troyes. En 1822, Sens et Auxerre sont réunis avec la création de l'archidiocèse de Sens-Auxerre.

Toutes ces tensions, ces ruptures v√©cues depuis plus d'un si√®cle ont pu d√©cr√©dibiliser, sinon la religion du moins ses institutions, dans ce qui est d√©sormais le d√©partement de l'Yonne. Au long du XIXe si√®cle, une partie importante de la population se d√©tourne de la pratique religieuse, tandis que se d√©veloppe un anticl√©ricalisme vigoureux. Le radical auxerrois Paul Bert, qui fut ministre des cultes et fervent partisan de la la√Įcit√©, en est un bon exemple : sa famille √©tait originaire de Bouhy en Puisaye, l'un des bastions du jans√©nisme.

Héraldique

Blason de Charles de Caylus

Charles de Caylus avait pour armoiries :

¬ę √Čcartel√©, au 1er d'or, au chef emmanch√© de gueules, parti d'or √† trois chevrons de sable ; au 2e et 3e d'azur ; √† trois fleurs de lys d'or, au b√Ęton p√©ri en bande mis en abime, au 4e d'argent, √† la bande de gueules, accompagn√©e de six sautoir de sable, sur le tout, d'azur, √† trois molettes d'or, au chef de m√™me.[2] ¬Ľ

Bibliographie

  • Pascal Geneste, Monseigneur de Caylus (1669-1754), √©v√™que d'Auxerre, le 'd√©fenseur de la V√©rit√©', Paris, √Čcole nationale des chartes, Positions des th√®ses, 1997, p. 146-153 (th√®se in√©dite d√©pos√©e aux Archives nationales et aux Archives d√©partementales de l'Yonne).

Notes et références

  • L√©o Hamon (dir.), Du jans√©nisme √† la la√Įcit√©, √Čditions de la Maison des Sciences de l'Homme, coll. ¬ę Les entretiens d'Auxerre ¬Ľ, Paris, 1987 (ISBN 2-7351-0239-4) 
Intervention de Dominique Dinet : Le jans√©nisme et les origines de la d√©christianisation au XVIIIe si√®cle. L'exemple des pays de l'Yonne
  1. ‚ÜĎ p. 23.
  2. ‚ÜĎ p. 9.
  3. ‚ÜĎ p. 12.
  4. ‚ÜĎ p. 13.
  5. ‚ÜĎ p. 10.
  6. ‚ÜĎ p. 26.
Intervention de l'abb√© Leboeuf : √Čtat des travaux sur le jans√©nisme dans l'Yonne
  1. ‚ÜĎ p. 38-39.
  2. ‚ÜĎ p. 42.
  3. ‚ÜĎ p. 46.
  4. ‚ÜĎ p. 41.
Intervention de Jean-Pierre Rocher : Politique et religion dans l'Yonne pendant la R√©volution
  1. ‚ÜĎ p. 98, 101.
  2. ‚ÜĎ p. 103.
  1. ‚ÜĎ p. 398.
  2. ‚ÜĎ p. 404-408.
  3. ‚ÜĎ p. 411.
  4. ‚ÜĎ p. 417-417.
  5. ‚ÜĎ p. 425-426.
  6. ‚ÜĎ p. 383-387.
  7. ‚ÜĎ p. 387-388.
  8. ‚ÜĎ p. 391-393.
  9. ‚ÜĎ p. 399.
  10. ‚ÜĎ p. 437.
  11. ‚ÜĎ p. 419.
  12. ‚ÜĎ p. 411-412.
  13. ‚ÜĎ p. 422-423.
  14. ‚ÜĎ p. 426.
  15. ‚ÜĎ p. 427-428.
  16. ‚ÜĎ p. 428.
  17. ‚ÜĎ p. 444-446, 448.
  18. ‚ÜĎ p. 423.
  19. ‚ÜĎ p. 440-442.
  20. ‚ÜĎ p. 445.
  21. ‚ÜĎ p. 470.
  22. ‚ÜĎ p. 451.

Autres références

  1. ‚ÜĎ a‚ÄČ, b‚ÄČ, c‚ÄČ, d‚ÄČ, e‚ÄČ, f‚ÄČ, g‚ÄČ, h‚ÄČ, i‚ÄČ et j‚ÄČ Joseph Fr. Michaud et Louis Gabriel Michaud, Biographie universelle, ancienne et moderne, vol. septi√®me, Michaud fr√®res, Paris, 1813, p. 466-467 
  2. ‚ÜĎ a‚ÄČ, b‚ÄČ, c‚ÄČ, d‚ÄČ, e‚ÄČ, f‚ÄČ, g‚ÄČ, h‚ÄČ, i‚ÄČ, j‚ÄČ, k‚ÄČ et l‚ÄČ Honor√© Fisquet, La France pontificale (Gallia christiana), M√©tropole de Sens - Sens et Auxerre, E. Repos, Paris, p. 426-430 
  3. ‚ÜĎ a‚ÄČ, b‚ÄČ, c‚ÄČ, d‚ÄČ et e‚ÄČ Ren√© Fran√ßois Rohrbacher, Auguste-Henri Dufour, Histoire universelle de l'√Čglise catholique, Tome vingt-septi√®me, Gaume Fr√®res, Paris, 1859, p. 152-154 
  4. ‚ÜĎ Michel Pierre Joseph Picot, M√©moires pour servir √† l'histoire eccl√©siastique, pendant le dix-huiti√®me si√®cle, Tome quatri√®me, Adrien Le Clere, Paris, 1816, p. 255 
  5. ‚ÜĎ Abb√© Jean Leboeuf, M√©moires concernant l'histoire civile et eccl√©siastique d'Auxerre et de son ancien dioc√®se, Perriquet, Auxerre, 1855, p. 426-430 


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