Charlemagne

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Charlemagne
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Charlemagne
Charlemagne denier Mayence 812 814.jpg
Denier de Charlemagne frappé à Mayence (812-814). Cabinet des Médailles, Paris.

Titre
Empereur d'Occident
25 dĂ©cembre 800 – 28 janvier 814
(&&&&&&&&&&&0478213 ans, 1 mois et 3 jours)
Couronnement 25 dĂ©cembre 800 Ă  Rome par le pape LĂ©on III
Prédécesseur Pépin le Bref (Roi des Francs)
Successeur Louis le Pieux
Roi des Francs
9 octobre 768 – 28 janvier 814
(&&&&&&&&&&01654745 ans, 3 mois et 19 jours)
En tandem avec Carloman Ier (768-771)
Monarque Charlemagne
Prédécesseur Pépin le Bref
Carloman Ier
Successeur Louis le Pieux
Roi des Lombards
5 juin 774 – 28 janvier 814
(&&&&&&&&&&01448239 ans, 7 mois et 23 jours)
Monarque Charlemagne
Prédécesseur Didier de Lombardie
Successeur Louis Ier le Pieux
Biographie
Titre complet Roi des Francs
(768 - 814)
Roi des Lombards
(774 - 814)
Empereur d’Occident (800-814)
Dynastie Carolingiens
Date de naissance 2 avril 742 ou 748
Lieu de naissance inconnu
Date de dĂ©cĂšs 28 janvier 814
Lieu de décÚs Aix-la-Chapelle (Allemagne)
PĂšre PĂ©pin le Bref
MĂšre Bertrade de Laon
Conjoint Himiltrude
Désirée de Lombardie
Hildegarde de Vintzgau
Fastrade de Franconie
Luitgarde d'Alémanie
Enfants Avec Himiltrude :
PĂ©pin (v.770-811)
Avec Hildegarde de Vintzgau : Charles (v.772-811)
Adélaïde (?-774)
Rotrude (v.775-810)
PĂ©pin d'Italie Red crown.png (777-810)
Louis Ier Red crown.png (778-840)
Lothaire (778-779)
Berthe (v.779-823)
GisĂšle (781-ap.814)
Hildegarde (782-783)
Avec Fastrade de Franconie : ThĂ©odrade (v.785-v.853)
Hiltrude (ou Rotrude, Rothilde) (v. 787-?)
Enfants issus de concubines :

Avec Madelgarde : Ruotilde (790-852)
Avec Gerwinde : Adeltrude
Avec RĂ©gina : Drogon (801-855) Hugues (v.802-844)
Avec Adelinde : Thierry (807-ap.818)

HĂ©ritier Louis Ier Red crown.png
Signature Karldergrossesignatur.svg

Charlemagne (en latin Carolus Magnus, en allemand Karl der Große), dĂ©signĂ© dans la nomenclature des souverains ayant rĂ©gnĂ© en France[1] comme Charles Ier, dit le Grand, nĂ© en 742, 747 ou 748[2], mort le 28 janvier 814 Ă  Aix-la-Chapelle[3], est le membre le plus Ă©minent de la dynastie franque des Carolingiens.

Fils de PĂ©pin le Bref, il est roi des Francs Ă  partir de 768, devient par conquĂȘte roi des Lombards en 774 et est couronnĂ© empereur Ă  Rome par le pape LĂ©on III le 25 dĂ©cembre 800, relevant une dignitĂ© disparue depuis l'an 476 en Occident.

Monarque guerrier, il agrandit notablement son royaume par une série de campagnes militaires, en particulier contre les Saxons païens dont la soumission a été trÚs difficile et trÚs violente (772-804), mais aussi contre les Lombards en Italie et les Musulmans d'Espagne.

Souverain rĂ©formateur, soucieux d'orthodoxie religieuse et de culture, il protĂšge les arts et les lettres et est Ă  l'origine de la « renaissance carolingienne Â».

Son Ɠuvre politique immĂ©diate, l'empire, ne lui survit cependant pas longtemps. Se conformant Ă  la coutume successorale germanique, Charlemagne prĂ©voit dĂšs 806 le partage de l'Empire entre ses trois fils[4]. AprĂšs de nombreuses pĂ©ripĂ©ties, l'empire ne sera finalement partagĂ© qu'en 843 entre trois de ses petits-fils (traitĂ© de Verdun).

Le morcellement fĂ©odal des siĂšcles suivants, puis la formation en l'Europe des États-Nations rivaux condamnent Ă  l'impuissance ceux qui tentent explicitement de restaurer l'empire universel de Charlemagne, en particulier les souverains du Saint-Empire romain germanique, d'Otton Ier en 962 Ă  Charles Quint au XVIe siĂšcle, voire NapolĂ©on Ier, hantĂ© par l'exemple du plus Ă©minent des Carolingiens[5].

Pourtant, Charlemagne peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme le « PĂšre de l'Europe Â»[6],[7],[8], pour avoir assurĂ© le regroupement d'une partie notable de l'Europe occidentale, et posĂ© des principes de gouvernement dont ont hĂ©ritĂ© les grands États europĂ©ens[9].

Sommaire

Les sources[10]

Documents officiels

On dispose de 164 diplĂŽmes du rĂšgne de Charlemagne, dont 47 originaux ; de 107 capitulaires, souvent connus par plusieurs copies encore existantes ; des compte-rendus de certaines assemblĂ©es ecclĂ©siastiques (synodes ou conciles).

Correspondances

On dispose de 270 lettres écrites par Alcuin, dont un bon nombre adressées à Charlemagne. Elles sont en général trÚs verbeuses[11].

On a aussi 98 lettres adressées par les papes aux Carolingiens (2 à Charles Martel, 42 à Pépin le Bref et 54 à Charlemagne), réunies à la demande de celui-ci en un volume, le Codex carolinus.

Annales

La tenue d'annales monastiques est une pratique qui débute en Angleterre au VIIÚme siÚcle et se répand sur le continent au VIIIÚme.

Les Annales regni Francorum

En 788, Charlemagne dĂ©cide d'Ă©tablir des annales royales, en les faisant commencer rĂ©troactivement Ă  741, date de la mort de Charles Martel. Ces annales royales sont effectivement rĂ©alisĂ©es et poursuivies jusqu'en 829. Les historiens discernent le travail de plusieurs auteurs : le premier opĂšre la compilation des annĂ©es 741-788 et rĂ©dige les annales jusqu'en 797 ; d'autres interviennent dans les annĂ©es suivantes.

Ces Annales sont connues dans 5 versions couvrant des pĂ©riodes diffĂ©rentes, dont 4 sont proches dans la façon de rĂ©diger (A, B, C, D), tandis qu'une cinquiĂšme (E) prĂ©sente de notables diffĂ©rences. La version E valorise plus la personne de Charlemagne que les autres qui exaltent plutĂŽt les Francs en gĂ©nĂ©ral ; en mĂȘme temps, elle est beaucoup plus rĂ©aliste, et Ă©voque de nombreuses difficultĂ©s, dĂ©faites ou rĂ©voltes, qui sont passĂ©es sous silence dans les autres : par exemple, l'attaque de Roncevaux. Les versions A-D apparaissent comme une histoire officielle, parfois mensongĂšre[12], la version E comme plus critique.

Le Liber pontificalis

Il s'agit d'annales constituĂ©es en fonction des rĂšgnes des diffĂ©rents papes (en ce qui concerne Charlemagne : Etienne III, Hadrien I, LĂ©on III). Il s'agit aussi d'une histoire officielle, mais du point de vue de la papautĂ©.

Les annales monastiques

Les plus importantes sont : les Annales Mettenses Priores (Metz), les Annales Mosellani (TrĂšves), les Annales de Lorsch, la Chronique de Moissac.

Chroniques

AprĂšs GrĂ©goire de Tours au VIe siĂšcle, la pĂ©riode mĂ©rovingienne a au VIIe siĂšcle un chroniqueur appelĂ© FrĂ©dĂ©gaire, auteur du Liber historiae Francorum ou Chronique de FrĂ©dĂ©gaire qui est prolongĂ©e par des continuations, rĂ©alisĂ©es sous l'Ă©gide de la famille carolingienne. La troisiĂšme continuation concerne la pĂ©riode 753-768.

Quelques donnĂ©es sur le rĂšgne de Charlemagne apparaissent dans des chroniques secondaires : la Vie de Sturm (abbĂ© de Fulda) ; les Actes des saints PĂšres de l'abbaye de Saint-Wandrille ainsi que dans les ouvrages concernant Louis le Pieux : Vie de l'empereur Louis de Thegan (Ă©vĂȘque de TrĂšves), PoĂšme sur Louis le Pieux d'Ermold le Noir, Vie de Louis le Pieux de l'Astronome.

Le texte le plus important est la Vita Caroli rĂ©digĂ©e par Éginhard aprĂšs la mort de l'empereur, mais prĂ©sent Ă  la cour et membre du cercle des proches Ă  partir des annĂ©es 790.

Deux textes d'auteurs postĂ©rieurs Ă  l'Ă©poque de Charlemagne, le PoĂšte saxon et le Moine de Saint-Gall, prĂ©sentent un certain intĂ©rĂȘt. Le dernier, identifiĂ© en gĂ©nĂ©ral avec Notker le BĂšgue, est Ă  l'origine d'un certain nombre d'anecdotes devenues des images d'Épinal au XIXe siĂšcle (Charlemagne glorifiant les Ă©lĂšves pauvres mais mĂ©ritants et rejetant les riches paresseux). Le PoĂšte saxon, malgrĂ© son origine, Ă©crit d'un point de vue parfaitement conforme Ă  celui des Francs et exalte l'Ɠuvre christianisatrice de Charlemagne.

Parmi les auteurs non francs, les sources sont assez limitées. Une des plus intéressantes est la chronique de Crantz (Creontius), chancelier du roi de BaviÚre Tassilon. Cette chronique est connue seulement par l'intermédiaire tardif d'un humaniste allemand du XVÚme siÚcle, Jean Tumair, dit Aventinus, qui a utilisé un manuscrit plus ancien. Il existe aussi des mentions concernant Charlemagne dans les écrits historiques du Byzantin Théophane.

Sources non textuelles

L'épigraphie fournit un nombre assez limité d'information.

La numismatique est plus intéressante en ce qui concerne la titulature de Charlemagne, mais aussi parce qu'on trouve parfois sur les piÚces un portrait de Charlemagne.

L'historiographie

Elle commence vĂ©ritablement au XVIIe siĂšcle[13] avec la publication en 1677 des capitulaires par le bibliothĂ©caire royal, Etienne Baluze. A la mĂȘme Ă©poque, Charlemagne est Ă©voquĂ© assez rapidement dans le Discours sur l'histoire universelle de Bossuet[14], qui connaĂźt le texte, encore non imprimĂ©, d'Eginhard[15]. On peut remarquer qu'en 1661, Louis XIV consacre Ă  Charlemagne un paragraphe des MĂ©moires pour l'instruction du Dauphin, montrant qu'il le connaissait assez bien sous certains aspects[16].

Le travail de publication de documents est poursuivie au XVIIIe siĂšcle par des Ă©rudits souvent issus du clergĂ© rĂ©gulier. Les plus notables sont le pĂšre Anselme (ordre des Augustins) et dom Martin Bouquet (BĂ©nĂ©dictin de Saint-Maur), le premier Ă©diteur d'Eginhard[17]. Son Recueil des historiens des Gaules et de la France consacre un volume Ă  PĂ©pin le Bref et Ă  Charlemagne.

L'Ă©dition des documents devient systĂ©matique au XIXe siĂšcle ; en ce qui concerne Charlemagne, ce sont les historiens allemands qui assurent une grande part du travail dans les Monumenta Germaniae Historica. En France, Ă  partir de 1822, est publiĂ© le Recueil gĂ©nĂ©ral des anciennes lois françaises depuis l'an 420 (Isembert) et Ă  partir de 1835, la Collectiion de documents inĂ©dits sur l'histoire de France. A parir de 1840, Benjamin GuĂ©rard publie une certains nombres de documents d'abbayes.

Charlemagne est Ă©tudiĂ© de façon assez dĂ©taillĂ©e dans les Histoire de France publiĂ©es au XIXe siĂšcle : celle de Jules Michelet (1833), qui lui est en gĂ©nĂ©ral dĂ©favorable et qui commet quelques erreurs[18], de François Guizot[19] (1843), plus Ă©quilibrĂ©, d'Arthur Kleinclausz dans le "Lavisse"[20] (1903).

Les Ă©tudes sur Charlemagne se dĂ©veloppent au XXe siĂšcle, en France, en Belgique, en Allemagne et en Grande-Bretagne, avec plusieurs biographies.

Vue d'ensemble

Les contemporains de Charlemagne

Europe
Monde byzantin
Monde musulman

Chronologie du rĂšgne de Charlemagne

Charlemagne et PĂ©pin le Bossu. Annales de Fulda, Xe siĂšcle.
  • 9 octobre 768 : avĂšnement de Charles et de Carloman, rois des Francs.
  • 770 : soumission de l'Aquitaine
  • 771 : mort de Carloman
  • 772 : Adrien Ier pape ; premiĂšre campagne en Saxe ; mariage avec Hildegarde.
  • 773 : campagne en Lombardie ; dĂ©but du siĂšge de Pavie
  • 774 : prise de Pavie ; Charlemagne roi des Lombards
  • 776 : expĂ©dition dans le Frioul ; campagne en Saxe
  • 777 : expĂ©dition dans le duchĂ© de BĂ©nĂ©vent ; campagne en Saxe : assemblĂ©e de Paderborn ; ambassade du gouverneur de Saragosse (Suleyman al-Arabi)
  • 778 : naissance de Louis ; expĂ©dition en Espagne : Saragosse, Pampelune ; Roncevaux.
  • 779 : capitulaire de Herstal ; disette
  • 780 : expĂ©dition dans le duchĂ© de BĂ©nĂ©vent
  • 781 : voyage Ă  Rome : couronnement de Louis (Aquitaine) et de PĂ©pin (Italie)
  • 782 : insurrection des Saxons ; SĂŒntel, Verden
  • 783 : mort de Berthe et d’Hildegarde ; mariage avec Fastrade ; campagne en Saxe
  • 785 : fin de l’insurrection saxonne ; soumission de Widukind ; capitulaire saxon
  • 787 : rĂ©volte de Tassilon en BaviĂšre ; expĂ©dition dans le duchĂ© de BĂ©nĂ©vent
  • 788 : soumission de la BaviĂšre ; Ă©viction de Tassilon
  • 789 : Admonitio generalis ; soumission des Wilzes
  • 790 : second capitulaire saxon ; aucune campagne militaire en 790
  • 791 : campagne contre les Avars ; conquĂȘte de l’Istrie
  • 792 : conspiration de PĂ©pin le Bossu ; Libri carolini
  • 793 : rĂ©volte des Saxons ; incursion sarrasine en Septimanie ; famine ; capitulaire de Ratisbonne
  • 794 : mort de Fastrade et remariage avec Liutgard ; concile de Francfort
  • 795 : campagne contre les Avars ; LĂ©on III pape
  • 797 : soumission de la Saxe ; troisiĂšme capitulaire saxon ; ambassade de Charlemagne Ă  Haroun al-Rachid
  • 798 : ambassade byzantine (IrĂšne) ; ambassade asturienne (Alphonse II) ; concile d’Aix (contre l’adoptianisme)
  • 799 : attentat contre LĂ©on III ; voyage de LĂ©on III Ă  Paderborn (Ă©tĂ©)
  • 800 : mort de Liutgard ; tournĂ©e de Charlemagne en Gaule (Boulogne, Tours) puis voyage Ă  Rome
  • 25 dĂ©cembre 800 : Charlemagne couronnĂ© empereur d’Occident
  • 801 : ambassade byzantine (IrĂšne) ; prise de Barcelone (Louis)
  • 802 : ambassade d'Haroun al-Rachid (Ă©lĂ©phant) ; capitulaire des missi dominici
  • 803 : soumission des Avars ; ambassade byzantine (NicĂ©phore)
  • 804 : soumission dĂ©finitive des Saxons aprĂšs 32 ans de guerres ; LĂ©on III Ă  Reims, puis Aix-la-Chapelle
  • 805 : conquĂȘte de la VĂ©nĂ©tie (PĂ©pin) ; campagne en BohĂȘme (Charles) ; famine ; capitulaire de Thionville
  • 806 : projet de partage de l’empire ; reconquĂȘte de la VĂ©nĂ©tie par les Byzantins
  • 808 : insurrection des Wilzes, bataille de Taillebourg contre les Sarrasins
  • 809 : concile d’Aix (question du Filioque)
  • 810 : mort de son fils PĂ©pin ; ambassade byzantine (NicĂ©phore) ; Charlemagne s'installe dĂ©finitivement Ă  Aix-la-Chapelle.
  • 811 : mort de son fils Charles ; capitulaire de Boulogne (marine)
  • 812 : campagne contre les Wilzes ; ambassade byzantine : Michel Ier reconnaĂźt Charlemagne comme empereur d’Occident
  • 813 : association de son fils Louis Ă  l'empire.
  • 28 janvier 814 : mort de Charlemagne Ă  Aix-la-Chapelle.

Biographie de Charlemagne

Charlemagne est le plus illustre reprĂ©sentant des souverains de la dynastie carolingienne, qui lui doit d'ailleurs son nom. Petit-fils de Charles Martel, il est le fils de PĂ©pin le Bref et de Berthe de Laon dite « au Grand Pied Â».

Lettrine V historiĂ©e : Charlemagne assis. Abbaye Saint-Martial de Limoges, vers 1050 (?). Éginhard, Vita Caroli magni imperatoris.

ProblĂšme relatifs Ă  sa naissance

La date et le lieu de naissance de Charlemagne sont l’objet de controverses, en raison de l’absence de renseignements concordants dans les documents d’époque[21].

Date de naissance

On dispose d’une indication sur le jour de sa naissance : un calendrier du dĂ©but du IXe siĂšcle de l'abbaye de Lorsch indique que la naissance de Charlemagne a eu lieu "le 4 des nones d'avril"[22], soit le 2 avril.

En ce qui concerne l’annĂ©e, il existe trois possibilitĂ©s : 742, 747 et 748.

Les sources

La date de 742 se fonde sur un Ă©noncĂ© d’Eginhard, selon lequel Charlemagne est mort dans sa soixante-douziĂšme annĂ©e[23]. Mais il est apparu[rĂ©f. nĂ©cessaire] qu'Eginhard paraphrasait la Vie des douze CĂ©sars de SuĂ©tone, de sorte que l'Ăąge qu'il attribue Ă  Ă  Charlemagne n'est pas totalement fiable. A noter qu’Eginhard se refuse explicitement Ă  traiter le sujet de la naissance et que la date de 742 est obtenue de façon indirecte. On trouve cependant aussi l'indication de l'Ăąge de 71 ans dans les Annales Regni Francorum[24].

Les dates de 747/748 se fondent sur un Ă©noncĂ© des Annales Petaviani (Annales de Petau) qui donnent la date de 747. Cela pose cependant un problĂšme, si on retient le jour anniversaire du 2 avril, car ces annales indiquent que Charlemagne est nĂ© aprĂšs le dĂ©part de son oncle Carloman pour Rome, Ă©vĂšnement qui a eu lieu aprĂšs le 15 aoĂ»t 747[25]. De plus, en 747, PĂąques est tombĂ© le 2 avril et les chroniqueurs n'auraient pas manquĂ© de signaler cette coĂŻncidence.

L’enjeu de la date de naissance de Charlemagne

Cette absence de certitude concernant l’annĂ©e de sa naissance est probablement liĂ©e au fait que PĂ©pin et Berthe[26] ne se sont mariĂ©s (religieusement) qu’en 743 ou 744. Par consĂ©quent, la naissance de Charlemagne serait, du point de vue de l’Eglise, illĂ©gitime en 742, lĂ©gitime en 747/748.

Un autre aspect concerne son Ăąge lors des Ă©vĂ©nements de sa jeunesse : 26 ans ou 20 ans en 768 Ă  son avĂšnement.

Quelques arguments en faveur de 747/748
  • Carloman Ă©tant nĂ© en 751, la naissance de Charlemagne en 742 reprĂ©sente un trop grand Ă©cart (Karl Werner, 1973, citĂ© par Minois, 2010, p. 107).
  • En 775, un clerc irlandais du nom de Cathwulf[rĂ©f. nĂ©cessaire] rappelle Ă  Charlemagne dans une lettre que tout le clergĂ© a priĂ© avant sa naissance pour qu'ils aient un enfant, ce qui suppose qu’ils Ă©taient dĂ©jĂ  mariĂ©s.
Les positions des historiens contemporains[27]

La date de 742, retenue de longue date (notamment par le pÚre Anselme) a été remise en question en 1973 par Karl Ferdinand Werner. Cependant, des écrits postérieurs maintiennent la validité de la date de 742.

  • 742 : Arthur Kleinclausz en 1934 (avec quelque vraisemblance, l'an 742, le 2 avril)[28] ; Jean Favier en 1999[29], aprĂšs argumentation ; Georges Minois en 2010[30], aprĂšs argumentation ; RenĂ©e Mussot-Goulard[31], sans argumentation.
  • 747 : Karl Ferdinand Werner en 1973, dans un article consacrĂ© Ă  ce sujet[32] ; Pierre RichĂ© en 1983[33], rĂ©cusant catĂ©goriquement, sans argumentation, la date de 742 et la bĂątardise de Charlemagne[34] ; GeneviĂšve BĂŒhrer-Thierry en 2001[35], sans argumentation ; StĂ©phane Lebecq[36].
  • 748 : cette date est retenue par certains historiens[37],[38],[39], notamment Matthias Becher en 1992[40] .
Manuels d'histoire
  • Dictionnaire du Moyen Âge : probablement le 2 avril 748
Sources grand public
  • Encyclopedia universalis, 1977 : en 742, peut-ĂȘtre le 2 avril
  • Dictionnaire Essentiel, Hachette, 1992 : 742
  • Petit Larousse illustrĂ©, 1996 : 747
  • Le Petit Larousse compact, 2006[41] : 742 ou 747

Lieu de naissance

Le lieu de la naissance de Charlemagne n'est mentionné dans aucune source d'époque. La plus ancienne indication, qui concerne Ingelheim, vient de Godefroid de Viterbe, un auteur italien du XIIÚme siÚcle[42] et est retenue par certains auteurs[43],[44].

Selon d'autres historiens, Charlemagne aurait vu le jour en Austrasie, en particulier dans l'actuelle rĂ©gion de LiĂšge, Ă  Herstal ou Jupille[45], rĂ©sidence la plus frĂ©quente[46] de PĂ©pin le Bref et de certains ancĂȘtres des Carolingiens, notamment PĂ©pin le Gros, le pĂšre de Charles Martel)[47].

D'autres lieux ont Ă©galement Ă©tĂ© Ă©voquĂ©s : Aix-la-Chapelle[48], Quierzy-sur-Oise[49].

Enfance et jeunesse

Les renseignements jusqu’à son avĂšnement sont limitĂ©s.

Charlemagne est mentionnĂ© pour la premiĂšre fois dans un diplĂŽme de 760 concernant l’abbaye de Saint-Calais.

En ce qui concerne la période du rÚgne de son pÚre, on sait que Charlemagne a pris part à un certain nombre d'événements.

Il est Ă  la tĂȘte de la dĂ©lĂ©gation qui accueille le pape Etienne III en Champagne en 754 (Ă  12 ou 6 ans) et il est peu aprĂšs sacrĂ© par le pape, en mĂȘme temps que son frĂšre Carloman.

Il participe aux opĂ©rations en Aquitaine en 767-768 et qu’il est avec sa mĂšre dans le cortĂšge qui ramĂšne PĂ©pin le Bref malade Ă  Saint-Denis.

En ce qui concerne son Ă©ducation, on retient qu’il n’a pas appris Ă  Ă©crire jeune, puisqu’il s’y exerce Ă  l’ñge adulte. Mais il s’agit peut-ĂȘtre de calligraphie, plutĂŽt que d’écriture basique. En revanche il sait lire et connaĂźt le latin. Sa langue maternelle est le francique.

DĂ©but du rĂšgne : avec Carloman (768-771)

Avant sa mort, le 24 septembre 768, PĂ©pin a prĂ©vu un partage du royaume entre Charles et Carloman ; les territoires qui leurs sont attribuĂ©s sont disposĂ©s de façon assez curieuse : ceux de Charlemagne forment un arc occidental de la Garonne au Rhin, ceux de Carloman sont regroupĂ©s autour de l’AlĂ©manie ; l’Austrasie, la Neustrie et l’Aquitaine sont partagĂ©es entre eux.

Charlemagne et Carloman se font proclamer roi par leurs fidĂšles respectivement Ă  Noyon et Soissons.

Charlemagne est ensuite occupĂ© par les affaires d’Aquitaine (voir infra), qu’il rĂ©ussit rĂ©gler sans l’aide de son frĂšre.

Puis intervient la question des mariages lombards, qui occupe les années 769-771.

En 771, aprÚs un peu plus de trois années de rÚgne et de paix relative entre les deux frÚres, Carloman meurt brusquement au palais carolingien de Samoussy[50], prÚs de Laon. DÚs le lendemain de sa mort, Charles s'empare de son royaume, usurpant l'héritage de ses neveux. La veuve de Carloman, Gerberge, se réfugie en Italie auprÚs du roi des Lombards, avec ses fils et quelques partisans.

Charles est désormais souverain de tout le royaume franc.

Les conditions de l’expansion territoriale

Le royaume franc en 768 et son environnement

Le royaume inclut des territoires solidement tenus par les Francs : Austrasie, Neustrie, Bourgogne, Provence, AlĂ©manie et des territoires semi-autonomes : l’Aquitaine (avec la Gascogne et la Septimanie), la BaviĂšre, la Frise. Hors du royaume, on trouve

  • au-delĂ  de la Manche, les royaumes anglo-saxons ;
  • dans la pĂ©ninsule armoricaine, les chefferies bretonnes ;
  • au-delĂ  des PyrĂ©nĂ©es, l’Espagne musulmane, tenue depuis 756 par le califat omeyyade de Cordoue, et dans les Asturies, le royaume chrĂ©tien d’Oviedo ;
  • au-delĂ  des Alpes, le royaume des Lombards, les Etats pontificaux (crĂ©Ă©s par PĂ©pin le Bref), le duchĂ© lombard de BĂ©nĂ©vent, les possessions byzantines (Naples, Pouille, Calabre) ; mais Byzance a dĂ» laisser l'exarchat de Ravenne tomber aux mains des Lombards en 751 ;
  • au-delĂ  du Rhin, entre la mer du Nord, l’Elbe, la Fulda, se trouve la Saxe, pays « barbare Â» sans structure politique forte.

Plus Ă©loignĂ©s : les Scandinaves du Danemark ; les Slaves (Wilzes, Abodrites, Linons, Sorbes), au-delĂ  de l’Elbe ; les Avars (semi-nomades turcophones) en Pannonie.

L’empire byzantin en Asie a perdu beaucoup de territoire du fait de l’expansion arabo-musulmane ; dans l’ensemble, les relations des Byzantins avec les Francs seront plutĂŽt tendues. L’empire musulman, en Asie et Afrique, est dirigĂ© par le califat abbasside de Bagdad, avec lequel au contraire les relations seront plutĂŽt bonnes, en l’absence d’hostilitĂ© religieuse, alors qu’il existe un contentieux religieux avec Byzance.

La papauté est toujours sous tutelle de l'Empire byzantin. Cependant, accaparé par sa lutte contre l'empire musulman, le basileus n'a plus les moyens de protéger Rome menacée par les Lombards. La papauté se tourne donc de plus en plus vers les Francs[51], en particulier vers la famille carolingienne que les papes soutiennent depuis l'époque de Charles Martel.

La guerre entre Charlemagne et les Saxons. Éginhard, Vita Karoli magni, XIIIe siĂšcle.

L'organisation politique du royaume franc

Dans le royaume franc, les puissants (principalement les ducs, comtes et marquis) accueillent des hommes libres qu'ils Ă©duquent, protĂšgent et nourrissent. L'entrĂ©e dans ces groupes se fait par la cĂ©rĂ©monie de la recommandation : ces hommes deviennent des guerriers domestiques (vassi) attachĂ©s Ă  la personne du senior[52]. Le seigneur doit entretenir cette clientĂšle par des dons pour entretenir sa fidĂ©litĂ©[53].

La monnaie d'or devenant rare du fait de la distension des liens commerciaux avec Byzance (qui perd le contrĂŽle de la MĂ©diterranĂ©e occidentale au profit des musulmans), la richesse ne peut guĂšre provenir que de la guerre. Celle-ci procure du butin et permet Ă©ventuellement de conquĂ©rir des terres qui peuvent ĂȘtre redistribuĂ©es[54]. En l'absence d'expansion territoriale, les liens vassaliques se distendent. Pour se pĂ©renniser, une puissance doit s'Ă©tendre. Depuis des gĂ©nĂ©rations, les Pippinides Ă©tendent ainsi leurs dominations, et leurs comtes, s'enrichissant, cĂšdent des terres Ă  leurs propres vassaux. Charles Martel et PĂ©pin le Bref reprennent Ă  l'Église une grande partie de ses biens pour les distribuer aux vassaux. Ceci leur permet, tout en stabilisant leurs acquis, d'avoir les moyens d'ĂȘtre Ă  la tĂȘte d'une armĂ©e sans Ă©gale dans l'Occident mĂ©diĂ©val[55].

Charlemagne se retrouve avec le mĂȘme problĂšme : il doit s'Ă©tendre en permanence pour entretenir ses vassaux et Ă©viter la dissolution de ses possessions. Pendant tout son rĂšgne, il tente de les fidĂ©liser par tous les moyens : en leur faisant prĂȘter serment, en leur allouant des terres (seule richesse de l'Ă©poque) qu'ils doivent lui restituer Ă  leur mort, en envoyant des missi dominici pour les contrĂŽler et pour surveiller ce qui se trame Ă  travers son empire[56].

L'armée et la guerre à l'époque de Charlemagne

Le principe fondamental de l'armĂ©e de Charlemagne reste celui de l'armĂ©e franque : elle est composĂ©e par les hommes libres qui ont le droit et le devoir de participer Ă  l'armĂ©e (y compris ceux des territoires rĂ©cemment conquis). L'armĂ©e peut ĂȘtre convoquĂ©e chaque annĂ©e pendant la pĂ©riode de guerre (printemps-Ă©tĂ©). De fait sur les 46 annĂ©es du rĂšgne de Charlemagne, on ne trouve que deux annĂ©es oĂč il n'y ait pas eu de convocation de l'armĂ©e (790 et 807).

Les historiens estiment les effectifs potentiellement mobilisables de 10 000 Ă  40 000 hommes.

ConcrĂštement, il y a chaque annĂ©e une assemblĂ©e des grands du royaume, censĂ©s reprĂ©senter l'ensemble du peuple des libres, couramment appelĂ©e lors du champ de mai ; cette assemblĂ©e prend diverses dĂ©cisions (ou plutĂŽt : entĂ©rine les dĂ©cisions du roi) et en particulier celle de lancer une expĂ©dition contre tel ou tel ennemi. Cette dĂ©cision est diffusĂ©e auprĂšs des intĂ©ressĂ©s, soit par les vassaux directs du roi auprĂšs de leurs dĂ©pendants, soit par les comtes, Ă©vĂȘques et abbĂ©s auprĂšs des habitants de leur ressort. Chaque guerrier mobilisĂ© doit apporter son Ă©quipement et ses vivres pour trois mois[57] et se rendre au point de rassemblement de l'armĂ©e (ou des diffĂ©rents corps prĂ©vus).

Les forces mobilisées se décomposent entre la cavalerie lourde, la cavalerie légÚre et l'infanterie. L'armée de Charlemagne ne semble pas utiliser beaucoup de matériel technique, en particulier lors des quelques siÚges de ville qui ont eu lieu (Pavie, Saragosse, Barcelone...).

Par ailleurs, Charlemagne dispose d'un certain nombre de guerriers dĂ©pendant directement de lui, qui forment sa garde, et qui peuvent ĂȘtre utilisĂ©s pour des opĂ©rations urgentes.

Extension de l'empire carolingien sous Charlemagne.     Ă  la mort de PĂ©pin le Bref 768     ConquĂȘtes de Charlemagne (768-814)      Royaumes versant un tribut

La consolidation et l'Ă©largissement du territoire

Durant les trois premiĂšres dĂ©cennies du rĂšgne de Charlemagne, le territoire du royaume s'accroĂźt nettement, quoique de façon plus ou moins solide : intĂ©gration complĂšte des duchĂ©s d’Aquitaine et de BaviĂšre ; conquĂȘte du royaume des Lombards (774), de la Saxe, de quelques territoires en Espagne, dans les possessions byzantines et dans les pays slaves ; expĂ©ditions contre les Avars et les Bretons.

L’Aquitaine et la Gascogne

En 768, PĂ©pin, juste avant de mourir, a obtenu la soumission de l’Aquitaine, le duc WaĂŻfre ayant Ă©tĂ© assassinĂ© par des gens de son entourage. De 768 Ă  771, le duchĂ© est partagĂ© entre Charles et Carloman. En 769, le pĂšre de WaĂŻfre, Hunaud, sort du monastĂšre oĂč il avait Ă©tĂ© relĂ©guĂ© et entre en rĂ©bellion. TraquĂ© par l’armĂ©e franque, il se rĂ©fugie en Gascogne, mais le duc Loup II prĂšfĂšre se soumettre et livre Hunaud Ă  Charlemagne. DĂšs lors l’Aquitaine est sous le contrĂŽle des Francs.

En 781, Louis est couronnĂ© Ă  Rome roi d’Aquitaine ; ce royaume d’Aquitaine reste en place jusqu’à l’ avĂšnement Ă  l’empire de Louis en 814, avec deux dĂ©pendances : le duchĂ© de Gascogne, au sud de la Garonne, oĂč Sanche Loup succĂšde Ă  Loup II ; le comtĂ© de Septimanie (Narbonne, Carcassonne), dirigĂ© par le comte Milon, un Wisigoth, puis par Guillaume de Gellone, comte de Toulouse et marquis de Septimanie Ă  partir de 790 environ.

L'Italie

De toutes les guerres de Charlemagne, celles qu'il entreprit contre les Lombards sont les plus importantes par leurs consĂ©quences politiques et celles aussi oĂč se montre le plus clairement le lien qui rattache intimement la conduite de Charles Ă  celle de son pĂšre. L'alliance avec la papautĂ© les imposait, non seulement dans l'intĂ©rĂȘt du pays, mais dans celui mĂȘme du roi des Francs. PĂ©pin le Bref avait espĂ©rĂ©, Ă  la fin de son rĂšgne, un arrangement pacifique avec les Lombards. Charles Ă©pousa donc la fille de leur roi Didier. Mais ce mariage ne servit Ă  rien. Les Lombards continuĂšrent de menacer Rome et leur roi noua mĂȘme contre son gendre de dangereuses intrigues avec le duc des Bavarois et avec la propre belle-sƓur de Charles[58].

En 773, Charlemagne intervient Ă  la demande du pape contre Didier. L'armĂ©e franque traverse les Alpes durant l'Ă©tĂ© 773, met le siĂšge devant Pavie (septembre) et occupe assez facilement le reste du royaume lombard. Pavie tombe en juin 774. Charlemagne prend alors le titre de roi des Lombards ; Didier est envoyĂ© comme moine Ă  Corbie, le reste de sa famille est aussi neutralisĂ©, Ă  l'exception d'Adalgis qui se rĂ©fugie Ă  Constantinople. Le duchĂ© de SpolĂšte se soumet Ă  la domination franque en acceptant comme duc un protĂ©gĂ© du pape, Hildebrand. Le duchĂ© de BĂ©nĂ©vent reste aux mains d'Arichis, gendre de Didier, mais doit fournir des otages, en particulier son fils Grimoald, qui sera Ă©levĂ© Ă  la cour. En 776, les Francs conquiĂšrent le duchĂ© de Frioul.

En 781, le second fils de Charlemagne, Carloman, alors rebaptisĂ© PĂ©pin, est couronnĂ© Ă  Rome roi d'Italie, titre qui ne correspond pas Ă  un Etat formel ; par la suite, PĂ©pin assume sous le contrĂŽle de Charlemagne la fonction de roi des Lombards. La principale personnalitĂ© du royaume au dĂ©but du rĂšgne de PĂ©pin est Adalard, cousin de Charlemagne. Les problĂšmes sont assez nombreux : relations avec Arichis et avec les Byzantins.

Ainsi, l'État lombard, dont la naissance avait mis fin Ă  l'unitĂ© politique de l'Italie, attira sur elle, en mourant, la conquĂȘte Ă©trangĂšre. Elle n'Ă©tait plus dĂ©sormais qu'un appendice de la monarchie franque et elle ne devait s'en dĂ©tacher, Ă  la fin du IXe siĂšcle, que pour tomber bientĂŽt aprĂšs sous la domination allemande. Par un renversement complet du sens de l'histoire, elle qui avait jadis annexĂ© le nord de l'Europe Ă©tait maintenant annexĂ©e par lui ; et cette destinĂ©e n'est en un sens qu'une consĂ©quence des bouleversements politiques qui avaient transportĂ© de la MĂ©diterranĂ©e au nord de la Gaule le centre de gravitĂ© du monde occidental.

Et pourtant, c'est Rome, mais la Rome des papes, qui a dĂ©cidĂ© de son sort. On ne voit pas quel intĂ©rĂȘt aurait poussĂ© les Carolingiens Ă  attaquer et Ă  conquĂ©rir le royaume lombard si leur alliance avec la papautĂ© ne les y avait contraints. L'influence que l'Église, dĂ©barrassĂ©e de la tutelle de Byzance, va dĂ©sormais exercer sur la politique de l'Europe, apparaĂźt ici pour la premiĂšre fois en pleine lumiĂšre. L’État ne peut dĂ©sormais se passer de l'Église. Entre elle et lui se forme une association de services mutuels qui, les mĂȘlant sans cesse l'un Ă  l'autre, mĂȘle aussi continuellement les questions spirituelles aux questions temporelles et fait de la religion un facteur essentiel de l'ordre politique. La reconstitution de l'Empire romain, en 800, est la manifestation dĂ©finitive de cette situation nouvelle et le gage de sa durĂ©e dans l'avenir[59].

La Saxe

Au delĂ  du Rhin, un puissant peuple conservait encore, avec son indĂ©pendance, la fidĂ©litĂ© au vieux culte national : les Saxons, rĂ©partis entre quatre groupes (Westphaliens, Ostphaliens, Angrariens, Nordalbingiens) et Ă©tablis entre l'Ems et l'Elbe, depuis les cĂŽtes de la Mer du Nord jusqu'aux montagnes du Harz. Seuls de tous les Germains, c'est par mer qu'Ă  l'Ă©poque du grand Ă©branlement des invasions, ils avaient Ă©tĂ© chercher des terres nouvelles. Durant tout le Ve siĂšcle, leurs barques avaient inquiĂ©tĂ© les cĂŽtes de Gaule aussi bien que celles de Grande-Bretagne. Il y eut des Ă©tablissements saxons, encore reconnaissables aujourd'hui Ă  la forme des noms de lieux, Ă  l'embouchure de la Canche et Ă  celle de la Loire. Mais c'est seulement en Grande-Bretagne que des Saxons et des Angles, peuples du sud du Jutland Ă©troitement apparentĂ©s Ă  eux, s'Ă©tablirent durablement. Ils refoulĂšrent la population celtique de l'Ăźle dans les districts montagneux de l'est, Cornouailles et pays de Galles d'oĂč, se trouvant trop Ă  l'Ă©troit, elle Ă©migra au VIe siĂšcle en Armorique, qui prit dĂšs lors le nom de Bretagne comme la partie conquise de la Grande-Bretagne reçut le nom d'Angleterre. Ces Saxons insulaires ne conservĂšrent pas de rapports avec leurs compatriotes du continent. Ils les avaient si bien oubliĂ©s qu'Ă  l'Ă©pouqe oĂč, aprĂšs avoir Ă©tĂ© Ă©vangĂ©lisĂ©s par GrĂ©goire le Grand, ils entreprirent la conversion des Germains, ce n'est pas vers eux, mais vers la Haute-Allemagne que leurs missionnaires dirigĂšrent leurs efforts.

Au milieu du VIIIe siÚcle, les Saxons continentaux étaient donc encore relativement préservés de l'influence romaine et chrétienne. Pendant que leurs voisins se romanisaient ou se convertissaient, leurs institutions et leur culte national propres s'étaient développés et affermis. Le royaume franc, dont ils étaient limitrophes, n'était pas en mesure d'exercer sur eux le prestige et l'attraction dont l'Empire romain avait jadis été l'objet de la part des barbares. A cÎté de lui, ils conservaient leur indépendance à laquelle ils tenaient d'autant plus qu'elle leur permettait d'en piller les provinces limitrophes. Ils étaient attachés à leur religion comme à la marque et à la garantie de leur indépendance[60].

Depuis 748, ils sont tributaires du royaume franc ; le tribut, Ă©tabli en 758 Ă  300 chevaux par an, n'est cependant pas payĂ© Ă  la fin du rĂšgne de PĂ©pin le Bref et le royaume subit rĂ©guliĂšrement des incursions saxonnes.

Charlemagne fait sa premiĂšre expĂ©dition en Saxe en 772, dĂ©truisant en particulier le principal sanctuaire, l'Irminsul ; puis, Ă  partir de 776, aprĂšs l'intermĂšde italien, commence une guerre acharnĂ©e contre les Saxons, qui, commandĂ©s par Widukind, un chef westphalien, lui opposent une vigoureuse rĂ©sistance. AprĂšs plusieurs campagnes marquĂ©es par la dĂ©vastation de diffĂ©rentes parties de la Saxe et la soumission provisoire de chefs, mais aussi par un revers grave des Francs en 782 au SĂŒntelgebirge, prĂšs de la Weser. Cette dĂ©faite entraĂźne une opĂ©ration de reprĂ©sailles qui s'achĂšve par le massacre de 4500 Saxons Ă  Verden. Widukind finit par se soumettre en 785 et se fait baptiser.

Charlemagne impose alors le premier capitulaire saxon, une lĂ©gislation d'exception qui prĂ©voit la peine de mort pour de nombreuses infractions, en particulier pour toute manifestation de paganisme (incinĂ©ration des dĂ©funts, refus du baptĂȘme pour les nouveau-nĂ©s). Une politique de dĂ©portation des Saxons et de colonisation par des Francs a lieu en mĂȘme temps. La lĂ©gislation d'exception prend fin en 797 (troisiĂšme capitulaire saxon), mais la soumission dĂ©finitive n'est vraiment atteinte qu'en 804.

On peut considĂ©rer les campagnes que Charles mena contre eux comme les premiĂšres guerres de religion en Europe. Jusqu'alors le christianisme s'Ă©tait rĂ©pandu relativement paisiblement chez les Germains. Aux Saxons il fut imposĂ© par la force. Le peuple fut contraint de recevoir le baptĂȘme, et la peine de mort fut dĂ©crĂ©tĂ©e contre tous ceux qui sacrifieraient encore aux "idoles". Tenant son pouvoir de Dieu, le roi ne pouvait plus tolĂ©rer parmi ses sujets des dissidences en matiĂšre de culte ou de foi. Refuser le baptĂȘme ou, l'ayant reçu, en violer les promesses, c'Ă©tait en mĂȘme temps que sortir de la communion de l'Eglise, se mettre hors la loi ; c'Ă©tait commettre une double infidĂ©litĂ© envers l'Eglise et envers l'Etat. De lĂ  les violences et les massacres des guerres contre les Saxons et de lĂ  aussi l'acharnement qu'ils mirent Ă  dĂ©fendre leurs dieux devenus les protecteurs de leur libertĂ©. pour la premiĂšre fois, le christianisme se heurta chez les paĂŻens Ă  une rĂ©sistance nationale, parce que pour la premiĂšre fois il leur fut apportĂ© par la conquĂȘte. Les Anglo-Saxons s'Ă©taient convertis Ă  la voix de quelques moines. Les Saxons du continent luttĂšrent dĂ©sespĂ©rĂ©ment pour le maintien de leur culte et leur lutte ouvre la sĂ©rie des sanglants conflits que devait provoquer ultĂ©rieurement la doctrine de la religion d'Etat.

La conquĂȘte des Saxons permettait Ă©galement de mettre fin une fois pour toutes Ă  la menace permanente que les Saxons faisaient peser sur la sĂ©curitĂ© du royaume franc. L'annexion et la conversion de la Saxe firent entrer toute l'ancienne Germanie dans la civilisation europĂ©enne. Lorsqu'elles furent achevĂ©es, la frontiĂšre orientale de l'Empire carolingien atteignit l'Elbe et la Saale. Elle se dirigeait de lĂ  jusqu'au fond de l'Adriatique par les montagnes de BohĂȘme et le Danube, englobant le pays des Bavarois[61].

L'Espagne

Depuis leur dĂ©faite Ă  Poitiers, les Musulmans n'avaient plus menacĂ© la Gaule. L'arriĂšre-garde qu'ils avaient laissĂ©e dans le pays de Narbonne en avait Ă©tĂ© refoulĂ©e par PĂ©pin le Bref. L'Espagne, oĂč venait de s'installer l'Ă©mirat de Cordoue, ne regardait plus vers le Nord et la civilisation brillante qui s'y rĂ©pandit sous les premiers Omeyyades, dirigeait son activitĂ© vers les Ă©tablissements islamiques proches de la MĂ©diterranĂ©e. La rapiditĂ© des progrĂšs de l'Islam dans les sciences, les arts, l'industrie, le commerce est presque aussi Ă©tonnante que la rapiditĂ© de ses conquĂȘtes. Mais ces progrĂšs eurent naturellement pour consĂ©quence de dĂ©tourner ses Ă©nergies des grandes entreprises de prosĂ©lytisme pour les concentrer sur lui-mĂȘme. En mĂȘme temps que les sciences se dĂ©veloppĂšrent et que l'art s'Ă©panouit, surgirent des querelles religieuses et politiques. L'Espagne n'en Ă©tait pas plus Ă©pargnĂ©e que le reste du monde musulman. C'est l'une d'elles qui provoqua l'expĂ©dition de Charles au delĂ  des PyrĂ©nĂ©es[62].

L'alliance avec Suleyman Ibn al-Arabi (777)

En 777, lors de l'assemblée de Paderborn, en Saxe, Charlemagne reçoit des émissaires de plusieurs gouverneurs musulmans d'Espagne, y compris celui de Barcelone, en rébellion contre l'émirat de Cordoue. Sulayman s'engage à permettre aux Francs de s'emparer de Saragosse. Charlemagne décide de donner suite et d'intervenir dans le nord de l'Espagne, sans doute pas pour des raisons religieuses (des lettres du pape de cette époque montrent que celui-ci préférerait une intervention en Italie, contre des chrétiens), mais plutÎt pour sécuriser la frontiÚre sud de l'Aquitaine.

L'expédition de 778

Une double expédition est mise sur pied au printemps 778, et durant l'été les deux armées se rejoignent devant Saragosse, mais à ce moment, la ville est tenue par des loyalistes, contrairement à ce que prétendait Suleyman. Menacés d'une intervention de l'émir de Cordoue, les Francs lÚvent le siÚge et quittent l'Espagne, aprÚs avoir pillé Pampelune. Cet échec est augmenté du revers assez grave subi par l'arriÚre-garde de Charlemagne lors de la traversée des Pyrénées. L'embuscade[63], est principalement menée par des Basques, mais il est probable qu'y participent aussi des habitants de Pampelune et des ex-alliés musulmans de Charlemagne[64], mécontents d'une retraite aussi rapide (les otages remis par Suleyman sont libérés au cours de l'opération).

Pour les contemporains, cette expédition passa à peu prÚs inaperçue. Le souvenir du comte Roland tué dans l'embuscade ne se perpétua tout d'abord que parmi les gens de sa province, dans le pays de Coutances. Il fallut l'enthousiasme religieux et guerrier qui s'empara de l'Europe à l'époque de la premiÚre Croisade pour faire de Roland le plus héroïque des preux de l'épopée française et chrétienne et transformer la campagne dans laquelle il trouva la mort en une lutte gigantesque entreprise contre l'Islam par "Carles li reis nostre emperere magne"[65].

La constitution de la marche d'Espagne (785-810)

Par la suite, Charlemagne n'intervient plus personnellement en Espagne, laissant le soins des opĂ©rations aux responsables militaires de l'Aquitaine, les comtes de Toulouse Chorson, puis Guillaume de Gellone, puis le roi Louis lui-mĂȘme. MalgrĂ© une dĂ©faite subie par Guillaume en Septimanie (793)), les Aquitains rĂ©ussissent Ă  conquĂ©rir quelques territoires en Espagne : notamment Gerone, Barcelone (801), la Cerdagne et Urgell. En revanche, malgrĂ© trois tentatives menĂ©es par Louis, ils Ă©chouent Ă  reprendre Tortosa. En 814, Saragosse et la vallĂ©e de l'Ebre restent donc musulmans, pour encore trĂšs longtemps.

Les territoires reconquis forment la Marche d'Espagne.

Autres

La BaviĂšre

Depuis 748, elle est dirigée par le duc Tassilon, petit-fils de Charles Martel, imposé par Pépin le Bref à la mort du duc Odilon. Cependant Tassilon cherche à préserver son indépendance, épousant en 763 une fille du roi des Lombards.

Bien que Tassilon ne soit pas intervenu lors de la campagne contre les Lombards en 773-774, Charlemagne s'efforce de renforcer son contrĂŽle ; Tassilon doit prĂȘter serment de fidĂ©litĂ© en 781, puis de nouveau en 787. En 788, il est mis en jugement devant l'assemblĂ©e, condamnĂ© Ă  mort, puis grĂąciĂ© et enfermĂ© dans un monastĂšre ainsi que son Ă©pouse et ses deux fils. Charlemagne nomme des comtes pour la BaviĂšre et place son beau-frĂšre Gerold Ă  la tĂȘte de l'armĂ©e avec le titre de praefectus. En 794, Tassilon comparaĂźt de nouveau devant l'assemblĂ©e et proclame sa renonciation au trĂŽne de BaviĂšre, dĂ©sormais totalement intĂ©grĂ©e au royaume franc.

Les Avars

Ce peuple de cavaliers, d'origine finnoise, avait au VIe siĂšcle anĂ©anti les GĂ©pides (avec l'aide des Lombards) et s'Ă©tait depuis lors installĂ©s dans la vallĂ©e du Danube, d'oĂč il harcelait Ă  la fois l'Empire byzantin et la BaviĂšre.

En 791, avec l'aide de son fils Pépin d'Italie, Charlemagne mÚne contre les Avars une premiÚre expédition. En 795, il réussit à s'emparer de leur camp retranché, le Ring avar, avec un trésor considérable, fruit de plusieurs dizaines d'années de pillage. En 805, les derniers Avars rebelles sont définitivement soumis.

Ce furent des campagnes d'extermination. Les Avars furent massacrés au point de disparaßtre en tant que peuple. L'opération terminée, Charles, pour parer à de nouvelles agressions, jeta en travers de la vallée du Danube une marche, c'est-à-dire un territoire de garde soumis à une administration militaire. ce fut la "marche" orientale (marca orientalis), point de départ de l'Autriche moderne qui en a conservé le nom[66].

Les Frisons

L'annexion de la Frise orientale (la région s'étendant du Zuiderzee jusqu'à l'embouchure de la Weser) par les Francs n'est acquise, en apparence, qu'aprÚs 782, voire 785. La situation demeura tendue encore plusieurs années pour les Francs.

Les Bretons

Venus au VĂšme siĂšcle de Bretagne, les Bretons sont des chrĂ©tiens organisĂ©s en chefferies, dirigĂ©es par les machtiern. Ils occupent l'ouest de la pĂ©ninsule armoricaine (DomnonĂ©e, Cornouaille et Vannetais). Le Vannetais (Broerec pour les Bretons) a cependant Ă©tĂ© repris par les Francs ; Ă  la fin du VIIIĂšme siĂšcle, les comtĂ©s de Nantes, Rennes et Vannes forment la marche de Bretagne. Les Bretons sont en principe tributaires du royaume franc, mais cela n'empĂȘche pas des opĂ©rations de pillage.

En 786, Charlemagne envoie des forces considĂ©rables pour soumettre les machtiern. D'autres expĂ©ditions sont organisĂ©es par la suite en 799, avec le comte Gui, puis en 811, toujours avec un succĂšs limitĂ©. MalgrĂ© cela, une partie de l'aristocratie bretonne ralliĂ©e fournit des cadres Ă  la monarchie franque ; c'est d'elle que, sous le rĂšgne de Louis le Pieux, sortira NominoĂ«.

Les Slaves

DĂšs avant la fin du VIIe siĂšcle les Slaves s'Ă©taient avancĂ©s en Europe centrale. Ils avaient pris possession du pays abandonnĂ© par les Germains entre la Vistule et l'Elbe, par les Lombards et les GĂ©pides en BohĂȘme et Moravie. De lĂ  ils avaient franchi le Danube et s'Ă©taient introduits en Thrace oĂč ils s'Ă©taient rĂ©pandus jusque sur les cĂŽtes de l'Adriatique.

De ce cĂŽtĂ© encore, il fallait assurer la sĂ©curitĂ© de l'Empire. Depuis 807 d'autres "marches" furent Ă©tablies le long de l'Elbe et de la Saale, barrant le passage aux tribus slaves des Sorabes et des Abodrites. Cette frontiĂšre fut en mĂȘme temps, comme le Rhin l'avait Ă©tĂ© au IVe et Ve siĂšcle, la frontiĂšre entre l'Europe chrĂ©tienne et le paganisme. Il est intĂ©ressant pour l'apprĂ©ciation des idĂ©es religieuses de ce temps, de constater qu'il y eĂ»t lĂ  momentanĂ©ment un renouveau de l'esclavage. Le paganisme des Slaves les mettant en dehors de l'humanitĂ©, ceux d'entre eux qui Ă©taient faits prisonniers Ă©taient vendus comme du bĂ©tail. Aussi le mot qui dans la plupart des langues occidentales dĂ©signe l'esclave (esclave, sklave, slaaf) n'est pas autre chose que le nom mĂȘme du peuple slave. Le "slave" fut pour les gens du IXe et du Xe siĂšcle ce que fut le "noir" pour ceux du XVIIe, du XVIIIe et du XIXe siĂšcle[67].

Le couronnement impérial (25 décembre 800)

Couronnement de Charlemagne. Chroniques de Jean Fouquet

Les facteurs généraux du couronnement

La situation en Europe occidentale

Élargi par la conquĂȘte Ă  l'Est jusqu'Ă  l'Elbe et au Danube, au sud jusqu'Ă  BĂ©nĂ©vent et jusqu'Ă  l'Èbre, la monarchie franque, Ă  la fin du VIIIe siĂšcle, renferme Ă  peu prĂšs tout l'Occident chrĂ©tien. Les petits royaumes anglo-saxons et espagnols, qu'elle n'a pas absorbĂ©s, ne sont qu'une quantitĂ© nĂ©gligeable et ils lui prodiguent d'ailleurs les tĂ©moignages d'une dĂ©fĂ©rence qui pratiquement Ă©quivaut Ă  la reconnaissance de son protectorat. En fait, la puissance de Charles s'Ă©tend Ă  tous les pays et Ă  tous les hommes qui reconnaissent dans le pape de Rome le vicaire du Christ et le chef de l'Église. En dehors d'elle, ou c'est le monde barbare du paganisme, ou le monde ennemi de l'Islam, ou enfin le vieil Empire byzantin, chrĂ©tien sans doute, mais d'une orthodoxie bien capricieuse et de plus en plus se groupant autour du patriarche de Constantinople et laissant le pape Ă  l'Ă©cart.

L’idĂ©e mĂȘme d’empire, d’imperium, est prĂ©sente dans les esprits de plusieurs personnalitĂ©s Ă  la fin des annĂ©es 790, en particulier chez Alcuin.

De plus, le souverain de cette immense monarchie est Ă  la fois l'obligĂ© et le protecteur de l'Église. Sa foi est aussi solide que son zĂšle pour la religion est ardent. Peut-on s'Ă©tonner dans de semblables conditions que l'idĂ©e se soit prĂ©sentĂ©e de profiter d'un moment si favorable pour reconstituer l'Empire romain, mais un Empire romain dont le chef, couronnĂ© par le pape au nom de Dieu, ne devra son pouvoir qu'Ă  l'Église, et n'existera que pour l'aider dans sa mission, un Empire qui, n'ayant pas d'origine laĂŻque, ne devant rien aux hommes, ne formera pas Ă  proprement parler un État, mais se confondra avec la communautĂ© des fidĂšles dont il sera l'organisation temporelle, dirigĂ©e et inspirĂ©e par l'autoritĂ© spirituelle du successeur de Saint Pierre ? Ainsi, la sociĂ©tĂ© chrĂ©tienne recevrait sa forme dĂ©finitive. L'autoritĂ© du pape et de l'empereur, tout en restant distinctes l'une de l'autre, seront pourtant aussi Ă©troitement associĂ©es que, dans le corps de l'homme, l'Ăąme l'est Ă  la chair. Le vƓu de Saint Augustin serait accompli. La citĂ© terrestre ne serait que la prĂ©paration de l'acheminement Ă  la citĂ© cĂ©leste. Il s'agit d'une conception grandiose mais uniquement ecclĂ©siastique, dont Charles n'a jamais saisi exactement, semble-t-il, toute la portĂ©e et toutes les consĂ©quences[68].

La situation dans l’Empire byzantin

Depuis 792, l’empire est de fait dirigĂ© par IrĂšne, mĂšre de l'empereur Constantin VI, mais en 797, elle assume officiellement le titre de basileus, ce qui dans la sociĂ©tĂ© de l’époque est un peu incongru, d'autant que son fils est mort peu aprĂšs avoir Ă©tĂ© aveuglĂ© sur l'ordre d'IrĂšne. Les milieux carolingiens estiment que dans ces conditions, le titre impĂ©rial byzantin n’est plus portĂ©.

La situation de la papauté

Un autre facteur est la relation entre le pape et les autoritĂ©s byzantines : l'empereur et le patriarche de Constantinople. L’autoritĂ© du pape est considĂ©rĂ©e comme faible face Ă  celle du patriarche de Constantinople, soutenu par un Etat encore riche et puissant. Le prestige de Rome ne peut remonter que si le pape s’appuie lui-mĂȘme sur un Etat puissant, ce que la papautĂ© a trouvĂ© dans le royaume franc des Carolingiens, et tout accroissement du prestige du royaume franc serait favorable pour la papautĂ©.

En 796, le pape Adrien Ier est remplacĂ© par LĂ©on III, dont la position Ă  Rome est beaucoup plus faible que celle de son prĂ©dĂ©cesseur face Ă  la hiĂ©rarchie ecclĂ©siastique et face Ă  la noblesse romaine, bien qu’il ait Ă©tĂ© Ă©lu trĂšs rapidement et trĂšs facilement. Il est notamment poursuivi par des rumeurs sur l’immoralitĂ© de son comportement. LĂ©on III est donc trĂšs dĂ©pendant de la protection de Charlemagne.

L’attentat contre LĂ©on III (25 avril 799) et ses consĂ©quences

Le 25 avril 799, LĂ©on III subit un vĂ©ritable attentat : au cours de la procession des Grandes Litanies, il est jetĂ© Ă  bas de sa mule, et molestĂ©, puis emprisonnĂ© ; le bruit court que ses assaillants lui ont coupĂ© la langue et crevĂ© les yeux, ce qui se rĂ©vĂšlera inexact, mais permettra de parler de miracle. Quelques jours plus tard, il est dĂ©livrĂ© grĂące Ă  l’intervention du duc franc Winigis de SpolĂšte, qui l’emmĂšne Ă  SpolĂšte, puis, avec des missi de Charlemagne, est organisĂ© un voyage pontifical Ă  Paderborn.

De Paderborn à Rome (été 799-novembre 800)

LĂ©on III passe environ un mois Ă  Paderborn, rencontrant plusieurs fois Charlemagne. Le contenu politique de leurs discussions est ignorĂ© ; on ne sait pas en particulier si l’attribution du titre impĂ©rial a Ă©tĂ© discutĂ©e. Mais on peut noter qu’un poĂšme Ă©crit durant cette entrevue Charlemagne et le pape LĂ©on, parle de Charlemagne comme du PĂšre de l’Europe et d’Aix-la-Chapelle comme de la TroisiĂšme Rome. En tout cas, Charlemagne s'engage Ă  venir Ă  Rome pour traiter le diffĂ©rend entre LĂ©on et ses adversaires.

Il semble que Charlemagne ait envisagĂ© un voyage Ă  Rome dĂšs le dĂ©but de 799, avant cette crise, puisque, dans une lettre, Alcuin demande Ă  en ĂȘtre dispensĂ© pour raisons de santĂ©. Le voyage est confirmĂ© Ă  Paderborn, mais Charlemagne ne se prĂ©cipite pas Ă  Rome. Il faut laisser le temps Ă  LĂ©on de rĂ©tablir sa position Ă  Rome. Il est aussi possible qu'il ait paru judicieux d'ĂȘtre Ă  Rome pour la NoĂ«l de l’an 800.

LĂ©on est de retour Ă  Rome, avec une escorte et quelques hauts dignitaires francs, Ă  la fin octobre 799 ; les missi reçoivent une plainte officielle contre lui. Une commission est rĂ©unie au Latran[69] et une enquĂȘte est menĂ©e. Dans l'ensemble, malgrĂ© tout, la situation de LĂ©on est Ă  peu prĂšs rĂ©tablie.

Charlemagne passe le printemps et l'Ă©tĂ© 800 dans une tournĂ©e en Neustrie, s'attardant particuliĂšrement Ă  Boulogne, oĂč est envisagĂ© le problĂšme de la dĂ©fense des cĂŽtes, puis Ă  Tours, oĂč il rencontre Alcuin, mais aussi Louis d'Aquitaine. Il part ensuite pour l'Italie, une expĂ©dition militaire contre BĂ©nĂ©vent Ă©tant aussi envisagĂ©e. Le cortĂšge fait Ă©tape Ă  Ravenne : PĂ©pin est envoyĂ© contre BĂ©nĂ©vent tandis que Charlemagne part pour Rome.

Il arrive aux abords de Rome le 23 novembre. Selon le protocole byzantin, le basileus, s'il venait Ă  Rome, devrait ĂȘtre accueilli par le pape lui-mĂȘme Ă  6 milles de Rome. Il est donc significatif que Charlemagne, seulement roi des Francs et des Lombards, soit accueilli par le pape Ă  12 milles, Ă  Mentana[70].

Charlemagne gagne Rome le 24 et s'Ă©tablit au Vatican, en dehors des murs de la ville.

DĂ©cembre 800

AprĂšs une semaine de cĂ©rĂ©monies religieuses et de Laudes, Charlemagne dĂ©cide de procĂ©der Ă  un jugement de LĂ©on III et, en mĂȘme temps, des conjurĂ©s de 799. Une assemblĂ©e de prĂ©lats francs et romains, prĂ©sidĂ©e par Charlemagne, est rĂ©unie Ă  Saint-Pierre : elle va durer jusqu'au 23 dĂ©cembre. Les responsables de l'attentat, en prĂ©sence de Charlemagne, renoncent Ă  accuser le pape, et chacun d'entre eux s'efforce de rejeter la responsabilitĂ© sur les autres. Ils seront condamnĂ©s Ă  mort, la peine Ă©tant ensuite commuĂ©e en bannissement. En ce qui concerne LĂ©on III, en l'absence d'accusateurs, Charlemagne aurait pu s'en tenir lĂ . Mais il veut que les choses soient mises au net et impose Ă  LĂ©on une procĂ©dure de jugement par serment purgatoire, une procĂ©dure germanique[71].

Le serment a lieu le 23 dĂ©cembre : LĂ©on jure qu'il n'a commis aucun des crimes dont il a Ă©tĂ© accusĂ©. Puis l'assemblĂ©e Ă©voque la question de l'accession de Charlemagne au titre impĂ©rial. Les arguments utilisĂ©s, sans doute par les prĂ©lats de la suite de Charlemagne[72], concernent la vacance du trĂŽne Ă  Constantinople et le fait que Charlemagne ait sous son contrĂŽle les anciennes rĂ©sidences impĂ©riales d'Occident, notamment Rome, mais aussi Ravenne, Milan, TrĂšves. L'assemblĂ©e accueille favorablement ces arguments et Charlemagne accepte l'honneur qui lui est proposĂ©.

Il est prévu qu'une cérémonie ait lieu le 25 décembre, à l'occasion de la messe de Noël, qui a lieu habituellement à Saint-Jean-de-Latran, mais aura lieu cette fois dans la basilique Saint-Pierre.

La cérémonie du 25 décembre

Le jour de NoĂ«l de l'an 800, Charlemagne est donc couronnĂ© empereur d'Occident par le pape LĂ©on III. Il se montre courroucĂ© que les rites de son couronnement soient inversĂ©s au profit du pape. En effet, ce dernier lui dĂ©pose subitement la couronne sur la tĂȘte alors qu'il est en train de prier, et ensuite seulement le fait acclamer et se prosterne devant lui. Une maniĂšre de signifier que c'est lui, le pape, qui fait l'empereur – ce qui anticipe sur les longues querelles des siĂšcles ultĂ©rieurs entre l'Église et l'Empire. Selon Eginhard, le biographe de Charlemagne, l'empereur serait sorti furieux de la cĂ©rĂ©monie : il aurait prĂ©fĂ©rĂ© que l'on suive le rituel byzantin, Ă  savoir l'acclamation, le couronnement et enfin l'adoration – c'est-Ă -dire, selon les Annales Royales, le rituel de la proskynĂšse (prosternation), le pape s'agenouillant devant l'empereur. C'est en se souvenant de cet Ă©pisode que NapolĂ©on prend soin, un millĂ©naire plus tard, lors de son couronnement en prĂ©sence du pape, de se poser la couronne lui-mĂȘme sur la tĂȘte.

MosaĂŻque de la Basilique Saint-Jean de Latran
Mosaïque de la basilique Saint-Jean-de-Latran présentant à droite Léon III et Charlemagne agenouillés aux pieds de Saint Pierre et recevant de lui, l'un les clefs, l'autre la banniÚre, symbolisant la nature de leurs pouvoirs

En 813, Charlemagne fit changer, en faveur de son fils Louis le Pieux, lĂ© cĂ©rĂ©monial qui l'avait froissĂ© : la couronne fut posĂ©e sur l'autel et Louis la plaça lui-mĂȘme sur sa tĂȘte, sans l'intervention du pape. Cette nouveautĂ©, qui disparut par la suite, ne changeait rien au caractĂšre de l'Empire. Bon grĂ©, mal grĂ©, il restait une crĂ©ation de l'Église, quelque chose d'extĂ©rieur et de supĂ©rieur au monarque et Ă  la dynastie. C'Ă©tait Ă  Rome qu'en Ă©tait l'origine et c'Ă©tait le pape seul qui en disposait comme successeur et reprĂ©sentant de Saint Pierre. De mĂȘme qu'il tient son autoritĂ© de l'apĂŽtre, c'est au nom de l'apĂŽtre qu'il confĂšre le pouvoir impĂ©rial[73].

La réaction byzantine

Mais l'empire byzantin refuse de reconnaĂźtre le couronnement impĂ©rial de Charlemagne, le vivant comme une usurpation. Charles et ses conseillers objectent que l'empire d'Orient Ă©tant tombĂ© aux mains d'une femme, l'impĂ©ratrice IrĂšne de Byzance, cela Ă©quivaut Ă  une dĂ©shĂ©rence pure et simple du titre impĂ©rial, qui ne peut ĂȘtre assumĂ© que par un mĂąle. Avec le traitĂ© de paix d’Aix-la-Chapelle en 812, l’empereur d'Orient Michel Ier RhangabĂ© daigne accepter vraiment de reconnaĂźtre le titre impĂ©rial de Charlemagne et de ses successeurs, et encore, en utilisant des formules dĂ©tournĂ©es Ă©vitant de se prononcer sur la lĂ©gitimitĂ© du titre, telles que : « Charles, roi des Francs (...), que l'on appelle leur empereur Â».

L'empire de Charlemagne en 814.

Théorie carolingienne de l'empire

Charlemagne considĂšre que la dignitĂ© impĂ©riale ne lui est confĂ©rĂ©e qu'Ă  titre personnel, pour ses exploits, et que son titre n'est pas appelĂ© Ă  lui survivre. Dans ses actes, le souverain se titre « empereur gouvernant l’Empire romain, roi des Francs et des Lombards Â» (Karolus, serenissimus augustus, a Deo coronatus, magnus et pacificus imperator, Romanum gubernans imperium, qui et per misericordiam Dei rex Francorum et Langobardorum). Dans son testament, en l'an 806, il partage l'empire entre ses fils, suivant la coutume franque, et ne fait aucune mention de la dignitĂ© d'empereur. C'est seulement en 813, quand il n'a plus qu'un seul fils encore vivant, le futur Louis le Pieux, que Charlemagne dĂ©cide dans son testament du maintien de l'intĂ©gralitĂ© de l'empire et du titre impĂ©rial.

Selon les lettrĂ©s de l'Ă©poque, comme Alcuin, le prince idĂ©al doit avoir un but religieux, et lutter contre les hĂ©rĂ©tiques et les paĂŻens, y compris hors des frontiĂšres. Mais il doit avoir aussi un but politique : ne pas se contenter de la dignitĂ© royale, et devenir empereur d'Occident. LĂ©on III va dans ce sens, mais pour lui le pouvoir spirituel l'emporte sur le pouvoir temporel, ce qui explique cette organisation lors du couronnement de Charlemagne.

Fin du rĂšgne

Partie du suaire mortuaire de Charlemagne. Il représente un quadrige et fut fabriqué à Constantinople.

Son fils Pépin d'Italie décÚde en 810 et le cadet Charles en 811. En 813, il associe son fils survivant Louis à l'empire. Charlemagne meurt le 28 janvier 814 à Aix-la-Chapelle.

Au lendemain de sa mort en 814, son vaste empire est bornĂ© Ă  l'ouest par l'ocĂ©an Atlantique (sauf la Bretagne), au sud, par l'Èbre, en Espagne, par le Volturno, en Italie ; Ă  l'est par la Saxe, la riviĂšre Tisza, les contreforts des Carpates et l'Oder ; au nord par la Baltique, le fleuve Eider, la mer du Nord et la Manche.

Aspects généraux du rÚgne

A y regarder de prĂšs, on aperçoit que le rĂšgne de Charlemagne n'est que la continuation et comme le prolongement de celui de son pĂšre PĂ©pin le Bref. Aucune originalitĂ© n'y apparaĂźt : alliance avec l'Eglise, lutte contre les paĂŻens, les Lombards et les Musulmans, transformations gouvernementales, souci de rĂ©veiller les Ă©tudes de leur torpeur, tout cela se rencontre en germe dĂ©jĂ  sous PĂ©pin. Comme tous les grands remueurs d'histoire, Charles n'a fait qu'activer l'Ă©volution que les besoins sociaux et politiques imposaient Ă  son temps. Son rĂŽle s'adapte si complĂštement aux tendances nouvelles de son Ă©poque qu'il en paraĂźt ĂȘtre l'instrument et qu'il est bien difficile de distinguer dans son Ɠuvre ce qui lui est personnel et ce qu'elle doit au jeu mĂȘme des circonstances[74].

Les relations diplomatiques

Charlemagne a eu des relations diplomatiques avec

l'Empire byzantin
le califat abbasside de Bagdad

Ces relations posent le problĂšme des "relations avec l'islam" ; il semble qu'en fait, les Francs, mĂȘme les hommes d'Eglise, ne perçoivent pas Ă  cette Ă©poque les musulmans d'un point de vue religieux. L'islam est trĂšs mal connu et plus ou moins assimilĂ© Ă  un paganisme.

Alors qu'il existe une tension entre les Francs et l'émirat de Cordoue, qui contrÎle l'Espagne et mÚne des attaques contre l'Aquitaine, Charlemagne entretient de bonnes relations avec le calife abasside de Bagdad, Haroun ar-Rachid, son allié de fait contre l'émirat, mais aussi contre l'empire byzantin. On note que les Annales appellent Haroun Aaron, et le présentent parfois comme "roi des Perses".

Une premiÚre ambassade est envoyée par Charlemagne en 797, à propos de l'accÚs aux lieux saints de Jérusalem.

Haroun rĂ©pond par une ambassade qui arrive en Italie en 801, donc, par un heureux hasard, peu de temps aprĂšs le couronnement impĂ©rial, avec des cadeaux remarquables : entre autres, un Ă©lĂ©phant blanc nommĂ© Abul-Abbas, qui accompagnera Charlemagne jusqu'Ă  sa mort en 810[75]. Le calife l'assure en outre que la pleine libertĂ© resterait assurĂ©e aux pĂšlerins chrĂ©tiens.

Une autre ambassade d'Haroun a lieu en 806, avec cette fois une horloge hydraulique.

les rois de Mercie, particuliĂšrement Offa.

L'administration de l'Empire

L’administration de l'empire par les comtes est contrĂŽlĂ©e par les missi dominici, qui vont par deux : un comte et un Ă©vĂȘque. Ces hauts commissaires sont chargĂ©s de visiter chaque annĂ©e toutes les provinces de son vaste empire et de faire respecter partout le pouvoir central selon les capitulaires.

Ces capitulaires sont des directives Ă©laborĂ©es Ă  la cour au cours de grandes assemblĂ©es appelĂ©es plaids. rĂ©digĂ©s sur le modĂšle des dĂ©cisions promulguĂ©es par les conciles, fourmillent d'essais de rĂ©formes, de tentatives d'amĂ©lioration, de vĂ©llĂ©itĂ©s de perfectionner ou d'innover dans tous les domaines de la vie civile ou de l'administration. Il introduisit au tribunal du palais, Ă  la place de la procĂ©dure formaliste du droit germanique, la procĂ©dure par enquĂȘte qu'il emprunta aux tribunaux ecclĂ©siastiques. L'idĂ©e du contrĂŽle administratif qui fut rĂ©alisĂ©e par la crĂ©ation des missi dominici est trĂšs probablement aussi un emprunt fait Ă  l’Église et adaptĂ© aux nĂ©cessitĂ©s de l’État.

Pour leur plus grande part cependant, le contenu des capitulaires indiquent plutÎt un programme que des réformes effectives et leurs innombrables décisions sont loin d'avoir été toutes réalisées. Celles qui l'ont été, comme par exemple l'institution des tribunaux d'échevins, sont loin d'avoir pénétré dans toutes les parties de l'Empire. Les forces de la monarchie n'étaient pas à la hauteur de ses intentions. Le personnel dont elle disposait était insuffisant et, surtout, elle trouvait dans la puissance de l'aristocratie une limite qu'elle ne pouvait ni franchir ni supprimer[76].

La politique religieuse

Charlemagne a joué un rÎle important dans le fonctionnement de l'Eglise, ainsi que dans le domaine théologique.

GrĂące au zĂšle et Ă  la vigilance de l'empereur, l'Église jouit d'une sĂ©rĂ©nitĂ©, d'une autoritĂ©, d'une influence et d'un prestige qu'elle n'avait plus connus, depuis Constantin. Charles Ă©tend sa sollicitude aux besoins matĂ©riels du clergĂ©, Ă  son Ă©tat moral et Ă  son apostolat. il comble de donations les Ă©vĂȘchĂ©s et les monastĂšres et les place sous la protection d'"avouĂ©s" nommĂ©s par lui ; il rend la dĂźme obligatoire dans toute l'Ă©tendue de l'Empire. il prend soin de ne proposer aux diocĂšses que des hommes aussi recommandables par la puretĂ© de leurs mƓurs que par leur dĂ©vouement ; il seconde sur les frontiĂšres l'Ă©vangĂ©lisation des Slaves.

De nombreux capitulaires sont consacrés aux problÚmes de la discipline ecclésiastique.

Certains textes sont aussi consacrĂ©s Ă  des points concernant la doctrine, principalement :

  • le rejet de l'iconoclasme byzantin
  • le rejet de l'adoptianisme (doctrine soutenue Ă  ce moment par certains Ă©vĂȘques de l'Espagne musulmane, comme Elipand, archevĂȘque de TolĂšde)
  • la question du Filioque
    Il s'agit d'une modification du Credo, la phrase : "L'Esprit Saint procĂšde du PĂšre" (ex Patre) devenant "L'Esprit Saint procĂšde du PĂšre et du Fils" (ex Patre Filioque). La nouvelle formulation, en cours dans les Eglises d'Espagne et de Gaule, est Ă  l'origine d'un dĂ©bat avec le patriarcat de Constantinople, particuliĂšrement aigu dans les annĂ©es 807-809. Charlemagne, favorable au Filioque, demande alors Ă  trois thĂ©ologiens d'Ă©tudier la question en dĂ©tail : ThĂ©odulf d'OrlĂ©ans, Smaragde de Saint-Mihiel et Arn de Salzbourg. La nouvelle formulation est entĂ©rinĂ©e lors de l'assemblĂ©e d'Aix en novembre 809, ce qui provoque d'ailleurs une tension avec LĂ©on III, qui la refuse.

La politique Ă©conomique

Charlemagne abandonna dĂ©finitivement la frappe de l'or devenu trop rare en Occident pour pouvoir alimenter les ateliers monĂ©taires. Il n'y eut plus dĂ©s lors que des monnaies d'argent. Son homogĂ©nĂ©isation en 781 par Charlemagne, est un progrĂšs Ă©norme. Le rapport qu'il fixe entre les monnaies est restĂ© en usage dans toute l'Europe jusqu'Ă  l'adoption du systĂšme mĂ©trique et en Grande-Bretagne jusqu'en 1971. l’unitĂ© en est la livre, divisĂ©e en 20 sous comprenant chacun 12 deniers. Seuls les deniers sont des monnaies rĂ©elles : le sou et la livre ne servent que comme monnaies de compte, et il devait en ĂȘtre ainsi jusqu'aux rĂ©formes monĂ©taires du XIIIe siĂšcle[77].

Deniers de Charlemagne : 1) avec la croix, 2) avec le monogramme
Denier de Charlemagne (années 812-814)[78].

Les Carolingiens ont pris d'autres mesures pour favoriser le commerce : ils entretiennent les routes[rĂ©f. nĂ©cessaire], favorisent les foires[rĂ©f. nĂ©cessaire]

Cependant, ce commerce est encadrĂ© : les prix sont fixĂ©s depuis 794 (capitulaire de Francfort), l'exportation des armes est prohibĂ©e.

Les transformations de la société rurale et la féodalité[79]

À partir de 800, les campagnes militaires se font plus rares et le modĂšle Ă©conomique franc basĂ© sur la guerre cesse d'ĂȘtre viable. Il repose sur une main-d'Ɠuvre alternativement combattante ou servile oĂč l'agriculture est encore largement inspirĂ©e du modĂšle antique esclavagiste. Mais ces esclaves ont une productivitĂ© faible, car non seulement ils ne sont pas intĂ©ressĂ©s aux rĂ©sultats de leur travail, mais ils sont coĂ»teux en saison morte. En pĂ©riode de paix, nombreux sont les hommes libres qui choisissent de poser les armes pour le travail de la terre, plus rentable. Ceux-ci confient leur sĂ©curitĂ© Ă  un protecteur, contre ravitaillement de ses troupes ou de sa maison. Certains arrivent Ă  conserver leur indĂ©pendance, mais la plupart cĂšdent leur terre Ă  leur protecteur, et deviennent exploitants d'une tenure (ou manse), pour le compte de ce dernier[80].

Inversement, les esclaves sont Ă©mancipĂ©s en serfs, dĂ©pendants d'un seigneur auxquels ils versent une redevance et deviennent plus rentables. Cette Ă©volution se fait d'autant mieux que l'Église condamne l'esclavagisme entre chrĂ©tiens. La diffĂ©rence entre paysans libres et ceux qui ne le sont pas s'attĂ©nue.

La renaissance carolingienne

Article dĂ©taillĂ© : Renaissance carolingienne.
Charlemagne et le pape Adrien Ier

Les lettrés du temps utilisent le terme renovatio pour qualifier le mouvement de renouveau en Occident qui caractérise la période carolingienne, aprÚs deux siÚcles de déclin.

Depuis la chute de l'Empire romain, en 476, les rois Ostrogoths, fortement romanisés, respectent le patrimoine culturel latin et s'entourent de lettrés tels que Cassiodore ou BoÚce. L'isolement est de courte durée puisque, dÚs 535, l'empereur byzantin Justinien réussit à reconquérir l'Italie.

L'exarchat de Ravenne et des lettrĂ©s, tels Cassiodore, prĂ©servent et enrichissent les connaissances qui sont conservĂ©es dans les bibliothĂšques italiennes depuis la chute de l'Empire romain. Au VIIIe siĂšcle, l'exarchat est soumis Ă  la pression des Lombards, qui profitent du fait que les Byzantins, accaparĂ©s par leur lutte contre les musulmans, ne peuvent plus protĂ©ger l'Italie. Rome s'affranchit alors de la tutelle byzantine. Les tensions entre Rome et Byzance s'aggravent, et le premier iconoclasme, ou Querelle des Images, fait fuir de nombreux artistes byzantins Ă  Rome oĂč l'art se dĂ©veloppe rapidement. L'exarchat de Ravenne tombe aux mains des Lombards seulement en 751 : ils administrent l'Italie du nord, mais ne dĂ©truisent pas plus le patrimoine culturel que ne l'ont fait avant eux les Ostrogoths. Rome donne donc tout son soutien Ă  la constitution d'un empire d'Occident capable de dĂ©fendre la papautĂ© contre les Lombards et les Byzantins. DĂšs 774, Charlemagne vainc les Lombards et prend ainsi le contrĂŽle de l'Italie du nord et de son prĂ©cieux patrimoine culturel.

La chute du royaume Wisigoth, lors de l'invasion de l'Espagne par les Sarrasins, fait que de nombreux intellectuels et ecclésiastiques, comme Théodulf d'Orléans ou Benoßt d'Aniane, rejoignent la cour de Pépin le Bref. Les Carolingiens bénéficient ainsi de connaissances venues du royaume qui se voulait l'héritier de l'Empire romain et le conservateur de sa culture.

Charlemagne, entouré de ses principaux officiers, reçoit Alcuin qui lui présente des manuscrits, ouvrage de ses moines. Victor Schnetz, 1830, musée du Louvre, Paris

Depuis le VIe siĂšcle, le monachisme est trĂšs fortement dĂ©veloppĂ© en Irlande et en Northumbrie. Les monastĂšres irlandais conservent les connaissances latines et grecques, et sont le siĂšge d'une vie intellectuelle intense. Les invasions conduites par les Vikings font venir des Ăźles Britanniques des Ă©rudits qui contribuent, avec l'instauration de la rĂšgle de saint BenoĂźt d'Aniane, Ă  l'essor de la vie monastique dans le royaume carolingien.

Cette poussĂ©e monastique et la facilitation de l'Ă©criture aboutissent Ă  un meilleur partage des connaissances. Ainsi, de nombreux Ă©rudits de toute l'Europe viennent Ă  la cour de Charlemagne et, en y partageant leurs connaissances, dĂ©clenchent la renaissance carolingienne. Parmi ceux-ci, on compte :

  • Alcuin, arrivĂ© d’Angleterre en 782, est l’un des principaux conseillers de l’empereur. Il participe activement au renouveau biblique : la bible d’Alcuin est l’un des plus anciens manuscrits d’Occident. Il institue Ă  Aix-la-Chapelle une Ă©cole palatine pour former les futures Ă©lites laĂŻques et religieuses. Il met en place un vaste programme d'Ă©ducation reprenant la structure des sept arts libĂ©raux de Martianus Capella, Cassiodore, BoĂšce, transmise par BĂšde le VĂ©nĂ©rable.
  • ThĂ©odulf, Wisigoth (originaire de l’actuelle Espagne), poĂšte, thĂ©ologien, s’oppose Ă  Constantinople sur la question de l’iconoclasme.
  • BenoĂźt d'Aniane qui instaure une rĂ©forme religieuse en Aquitaine, puis unifie la liturgie en 817, forme des centaines de moines qui vont essaimer dans tout l'empire rĂ©pandant la rĂšgle bĂ©nĂ©dictine.
  • Eginhard, historien et biographe de Charlemagne (voir ci-dessous),
  • Paul Diacre, auteur d'une Histoire des Lombards,
  • Pierre de Pise, lettrĂ© italien.
Minuscule Caroline dans un parchemin du Xe siĂšcle

Charlemagne dĂ©veloppe l’utilisation de l’écrit comme moyen de diffusion de la connaissance (particuliĂšrement l’usage de la langue latine) et promeut la poĂ©sie dans son AcadĂ©mie palatine[57]. Il pousse Ă©galement les Ă©vĂȘques Ă  amĂ©liorer l'instruction des clercs et, secondĂ© par Alcuin, impose aux Ă©coles cathĂ©drales et monastiques le souci des rĂšgles exactes du chant. L'Ă©tude des livres saints et des lettres antiques sont remises Ă  l'honneur et dans les Ă©coles se forme une gĂ©nĂ©ration de clercs qui professe pour la barbarie du latin mĂ©rovingien le mĂȘme mĂ©pris que les humanistes devaient tĂ©moigner, sept siĂšcles plus tard, au jargon scolastique. Cela Ă©tant, la renaissance carolingienne est aux antipodes de la Renaissance proprement dite. Entre elles, il n'y a en commun qu'un renouveau de l'activitĂ© intellectuelle. La Renaissance, purement laĂŻque, retourne Ă  la pensĂ©e antique pour s'en inspirer. La renaissance carolingienne, exclusivement ecclĂ©siastique et chrĂ©tienne, voit surtout dans les anciens des modĂšles de style. Pour elle, l'Ă©tude ne se justifie qu'Ă  des fins religieuses et les clercs carolingiens n'Ă©crivent qu'Ă  la gloire de Dieu[81].

Les scriptoria se dĂ©veloppent dans les abbayes carolingiennes : Saint-Martin de Tours, Corbie, Saint-Riquier, etc. Le succĂšs de ces ateliers de copiage est rendu possible grĂące Ă  l’invention d’une nouvelle Ă©criture, la minuscule Caroline, qui gagne en lisibilitĂ©, car les mots sont sĂ©parĂ©s les uns des autres, et les lettres mieux formĂ©es. L’Évangile de Godescalc, un Ă©vangĂ©liaire Ă©crit par un scribe franc entre 781 et 783 sur ordre de Charlemagne, est le premier exemple datĂ© d’écriture minuscule caroline.

À sa cour, il encourage l'Ă©tude de certains auteurs de l’AntiquitĂ©, et Platon y est connu. (Aristote ne sera redĂ©couvert qu’à partir du XIIe siĂšcle en Occident). En 789, il promulgue le capitulaire Admonitio generalis qui ordonne que soit crĂ©Ă©e dans chaque Ă©vĂȘchĂ© une Ă©cole destinĂ©e aux enfants laĂŻcs.

Sceau de Charlemagne en 780.

Sous son rĂšgne, l'art prĂ©roman apparaĂźt, et un bon nombre de cathĂ©drales sont construites dans tout l’empire. Elles seront pour la plupart toutes reconstruites lors de la renaissance ottonienne et au XIIe siĂšcle. Certains de ces monuments reprennent le plan hexagonal des Ă©glises d’Orient. La chapelle palatine d'Aix-la-Chapelle en est un exemple, ainsi que la petite Ă©glise de Germigny-des-PrĂ©s entre OrlĂ©ans et Saint-BenoĂźt-sur-Loire.

Charles n'a pas uniquement favorisĂ© les Ă©tudes par sollicitude pour l’Église ; le souci du gouvernement a contribuĂ© aussi aux mesures qu'il a prises dans leur intĂ©rĂȘt. Depuis que l'instruction laĂŻque avait disparu, l’État devait forcĂ©ment recruter parmi les clercs l'Ă©lite de son personnel. DĂ©jĂ  sous PĂ©pin le Bref, la chancellerie ne se compose plus que d'ecclĂ©siastiques et l'on peut croire que Charles, en ordonnant de perfectionner l'enseignement de la grammaire et de rĂ©former l'Ă©criture, a eu tout autant en vue la correction linguistique des diplĂŽmes expĂ©diĂ©s en son nom ou des capitulaires promulguĂ©s par lui, que celle des missels et antiphonaires. Mais il a Ă©tĂ© plus loin et visĂ© plus haut. Charlemagne dĂ©sirait Ă©galement faire pĂ©nĂ©trer l'instruction parmi les fonctionnaires laĂŻcs en les mettant Ă  l'Ă©cole de l'Église. De mĂȘme que les MĂ©rovingiens avaient cherchĂ© Ă  calquer leur administration sur l'administration romaine, il a voulu imiter dans la mesure du possible, pour la formation des agents de l’État, les mĂ©thodes employĂ©es par l’Église pour la formation du clergĂ©. Son idĂ©al a sans doute Ă©tĂ© d'organiser l'Empire sur le modĂšle de l’Église, c'est-Ă -dire de le pourvoir d'un personnel d'hommes instruits, dressĂ©s de la mĂȘme façon, se servant entre eux et avec le souverain de la langue latine qui, de l'Elbe aux PyrĂ©nĂ©es, servirait de langue administrative comme elle servait dĂ©jĂ  de langue religieuse. Il Ă©tait effectivement impossible de maintenir l'unitĂ© d'administration de son immense empire oĂč se parlaient tant de dialectes, au moyen de fonctionnaires illettrĂ©s et ne connaissant que la langue de leur province. L'inconvĂ©nient n'eĂ»t pas existĂ© dans un État national oĂč la langue vulgaire eĂ»t pu devenir, comme dans les petits royaumes anglo-saxons, la langue de l’État. Mais dans cette bigarrure de peuples qu'Ă©tait l'Empire, l'organisation politique devait revĂȘtir le mĂȘme caractĂšre universel que l'organisation religieuse et s'imposer Ă©galement Ă  tous ses sujets, de mĂȘme que l’Église embrassait Ă©galement tous les croyants. L'alliance intime de l’Église et de l’État achevait de recommander le latin comme langue de l'administration laĂŻque. Il ne pouvait y avoir, en dehors de lui, aucune administration Ă©crite. Les besoins de l’État l'imposaient : il devint, pour des siĂšcles, la langue de la politique et de la science[82].

Points particuliers

Généalogie de Charlemagne

Articles dĂ©taillĂ©s : GĂ©nĂ©alogie des Carolingiens et des PĂ©pinides.

Ascendance

   ┌─ Charles dit Martel (v.690-† 741), maire du palais d’Austrasie (719),
   │     maire du palais de Neustrie (719), maire du palais de Bourgogne (719)
┌─ PĂ©pin dit le Bref (v.715-† 768), maire du palais de Bourgogne (741),
│  │     maire du palais de Neustrie (741), maire du palais d’Austrasie (747),
│  │     roi des Francs (751)
│  └─ Rotrude (?-?)
│
Charles dit le Grand ou Charlemagne
│
│  ┌─ Caribert ou HĂ©ribert (?-?), comte de Laon
└─ Bertrade ou Berthe de Laon dite au Grand Pied (?-† 783)
   └─ Gisùle. (?-?)

Descendance

Charles Ier dit le Grand ou Charlemagne
  Concubine 768 Himiltrude
    │  
    └─ PĂ©pin dit le Bossu (ca 770-811), enfermĂ© par son pĂšre Ă  l’abbaye de PrĂŒm en 792
1)x 769 Désirée de Lombardie (cf. Lombardie), répudiée vers 770/771, sans descendance.
2)x 771 Hildegarde de Vintzgau, fille de Gérold Ier de Vintzgau et Emma d'Alémanie. (cf. Agilolfing)
    │
    ├─1 Charles le jeune (ca 772-811)
    ├─2 AdĂ©laĂŻde (?-774)
    ├─3 Rotrude (ca 775-6 juin 810), fiancĂ©e pendant six ans Ă  Constantin VI, fils de l’impĂ©ratrice IrĂšne
    │    x Rorgon Ier du Maine (cf. Rorgonides)
    │    │
    │    └─Louis (?-† 867), abbĂ© de Saint-Denis, Saint-Riquier, Saint-Wandrille. Chancelier de Charles le Chauve.
    │
    ├─4 PĂ©pin d'Italie (777-810), roi d’Italie (cf. Herbertiens)
    │    x Rothais
    │    │
    │    └─ Bernard d'Italie dit Bernard Martel, roi d'Italie.
    │       x CunĂ©gonde de Gellone, fille de Guillaume de Gellone, et de CunĂ©gonde d’Austrasie 
    │       │
    │       └─ PĂ©pin II d'Italie, ancĂȘtre des comtes de Vermandois
    │
    ├─5 Louis Ier dit le Pieux (778-840), roi d’Aquitaine, empereur d’Occident
    │   1) x 793 Theudelinde de Sens
    │   2) x 798 Ermengarde de Hesbaye
    │   3) x 819 Judith (cf. Welfs)
    │
    ├─6 Lothaire (778-779), frùre jumeau de Louis
    ├─7 Berthe (ca 779-823) 
    │    x 795 Angilbert de Ponthieu, abbĂ© de Saint-Riquier
    │    │
    │    ├─ Nithard
    │    └─ Harmid 
    │
    ├─8 Gisùle (781-ap. 814)
    └─9 Hildegarde (782-783)
3)x en 783 Fastrade de Franconie
    │
    ├─ ThĂ©odrade (ca 785-ca 853), abbesse d’Argenteuil
    └─ Hiltrude (ca 787-?), abbesse de Faremoutiers
4)x vers 794 Luitgarde d'Alémanie, sans descendance
 concubine Madelgarde
    │
    └─ Rothilde (790-852), abbesse de Faremoutiers
 concubine ???
    │
    └─ Rothaide (v.784-ap.814)
 concubine Gerswinde de Saxe 
    │
    └─ Adeltrude(?-?)
 concubine vers 800 RĂ©gina
    │
    ├─ Drogon (801-855), abbĂ© de Luxeuil (820), puis Ă©vĂȘque de Metz, vicaire du Saint-SiĂšge (844)
    └─ Hugues (802-844), archichancelier de Louis le Pieux, abbĂ© de Saint-Quentin, de Lobbes et de Saint-Bertin. 
 concubine vers 806 Adelinde 
    │
    └─ Thierry ou ThĂ©odoric (807-ap. 818), clerc

Les noms de Charlemagne

Le vrai nom de Charlemagne est Karl, transcrit en latin Carolus (latin classique) ou Karolus (usage de la chancellerie franque, des monétaires, etc.).

Ce nom de Karl vient du mot vieux haut allemand karal, qui signifie "homme" (de sexe masculin)[83].

Charlemagne est la transcription française de Carolus Magnus ("Charles le Grand"). DĂšs l'Ă©poque de Charlemagne, on trouve dans certains textes Karolus suivi de magnus, mais ce dernier en position d'adjectif par rapport Ă  un autre nom : Karolus magnus rex Francorum ("Charles, grand roi des Francs"), Karolus magnus imperator ("Charles, grand empereur"). L'utilisation de Carolus Magnus tout court est une dĂ©nomination littĂ©raire dont le premier exemple se trouve dans un texte de Nithard (vers 840), donc plusieurs dĂ©cennies aprĂšs la mort de l'intĂ©ressĂ©.

Dans la chanson de Roland[84], en vieux français, l'empereur est nommĂ© de diffĂ©rentes façons[85] : Carles (vers 1) ou Charles (28, vers 370), Carles li magnes (68, vers 841) ou Charles li magnes (93, vers 1195), traductions de Carolus magnus, mais aussi Carlemagnes (33, vers 430) ou Charlemaignes (138, vers 1842). L'adjectif grant est frĂ©quent dans la chanson de Roland, mais n'est pas utilisĂ© pour nommer l'empereur.

Par la suite, c'est la forme contractĂ©e qui s'est imposĂ©e : la formule "Charles le Grand" est rare dans l'usage actuel, contrairement Ă  ce qu'on a en allemand (Karl der Grosse).

En ce qui concerne le nom de son frĂšre Carloman, c'est une transcription française de Karlmann, dans lequel mann signifie aussi "homme"  ; le « -man Â» de Carloman n’a donc pas de rapport avec le « -magne Â» de Charlemagne.

Par ailleurs, de mĂȘme qu'en allemand et dans d'autres langues, "CĂ©sar" (kaiser) est devenu synonyme d'empereur, le nom de Charlemagne, sous la forme Karl ou Karolus, a pris en hongrois (kirĂĄly) et dans les langues slaves la signification de roi : ĐșĐŸŃ€ĐŸĐ»ŃŒ ("korol") en russe, krĂĄl en tchĂšque, krĂłl en polonais, kralj en croate, etc.

Le monogramme de Charlemagne

Signature de Charlemagne contenant son monogramme

Charlemagne a appris Ă  Ă©crire tardivement, et n'est jamais parvenu Ă  maĂźtriser cette difficile technique. Afin de lui permettre de signer autrement que d’une simple croix, Eginhard lui apprend Ă  tracer ce signe simple, un monogramme, qui contient toutes les lettres de son nom en latin Karolus. Les consonnes sont sur les branches de la croix, les voyelles contenues dans le losange central (A en haut, O est le losange, U est la moitiĂ© infĂ©rieure).

En revanche, Charlemagne sait lire. Sa langue maternelle est le francique ; il parle couramment le latin et le grec.

La figure de Charlemagne est idĂ©alisĂ©e dans la culture mĂ©diĂ©vale, notamment au travers des chansons de geste, dans lesquelles il fait partie des Neuf Preux :

Articles dĂ©taillĂ©s : Neuf Preux et Bataille du bois des HĂ©ros.

Les résidences de Charlemagne

Au dĂ©but de son rĂšgne, Charlemagne n’a pas de lieu de rĂ©sidence fixe. Il se dĂ©place avec sa cour de villa en villa comme celles de Metz ou de Thionville oĂč il rĂ©digera un premier testament en 805.

À partir de 790, l'empereur rĂ©side le plus souvent Ă  Aix-la-Chapelle qui devient capitale de l'empire carolingien.

La figure de Charlemagne dans l'histoire, du Xe au XXIe siĂšcle

Les empereurs germaniques et Charlemagne

La dynastie saxonne se rattache symboliquement à Charlemagne à travers le choix d'Aix-la-Chapelle comme lieu de couronnement royal par Otton Ier. En 962, il est couronné empereur à Rome, mais ses successeurs le sont à Aix-la-Chapelle jusqu'à Ferdinand Ier en 1536. Pour ce couronnement, est utilisée une "couronne de Charlemagne" dont l'intéressé est souvent doté sur des représentations ultérieures.

Le dimanche de la PentecÎte de l'an mil, Otton III fait ouvrir, de façon trÚs discrÚte, le tombeau de Charlemagne et prélÚve quelques reliques, dont une dent. Une seconde ouverture a lieu en 1165, cette fois en public, à l'occasion de l'élévation de Charlemagne au rang de saint.

La sanctification (1165)

En 1165, dans le cadre des conflits entre la papautĂ© et l'empire, FrĂ©dĂ©ric Barberousse[86] et l'antipape Pascal III procĂšdent Ă  la canonisation de Charlemagne. La cĂ©rĂ©monie religieuse d'Ă©lĂ©vation des ossements de Charlemagne par Renaud de Dassel, archevĂȘque de Cologne et Alexandre II, Ă©vĂȘque de LiĂšge[87] a lieu le 29 dĂ©cembre 1165, en prĂ©sence d'une nombreuse assistance. Ils sont placĂ©s dans une chĂąsse provisoire, remplacĂ©e par une autre plus prĂ©cieuse aux alentours de 1200.

La papautĂ© ne s'est par la suite jamais prononcĂ© sur la lĂ©gitimitĂ© de cette canonisation. L'Eglise catholique prĂ©fĂšre ne pas le compter au nombre des saints, en raison de la conversion des Saxons par la violence ; mais son culte est tolĂ©rĂ© et il est reconnu comme bienheureux par le pape BenoĂźt XIV[88].

Charlemagne est entrĂ© dans l'ordo (calendrier) de plusieurs diocĂšses situĂ©s dans la rĂ©gion d'Aix-la-Chapelle, oĂč ses ossements sont encore exposĂ©s Ă  la vĂ©nĂ©ration des fidĂšles. Sa fĂȘte est fixĂ©e au 28 janvier, anniversaire de sa mort.

Les Capétiens et Charlemagne

La dynastie des Capétiens a aussi cherché à se rattacher à Charlemagne par des mariages dans la famille des comtes de Vermandois, les Herbertiens, descendants de Pépin d'Italie, fils de Louis le Pieux, en particulier celui du grand-pÚre d'Hugues Capet avec Béatrice de Vermandois.

Lors du couronnement des rois de France, sont aussi utilisĂ©s des objets dits "de Charlemagne" : l'Ă©pĂ©e Joyeuse, des Ă©perons d'or. Ces objets, ainsi que son Ă©chiquier personnel en ivoire, font partie du trĂ©sor des rois de France, conservĂ© dans la basilique Saint-Denis jusqu'en 1793. Ils se trouvent actuellement au musĂ©e du Louvre (galerie Richelieu)[89], sauf l'Ă©chiquier (perdu).

Au XIIIe siĂšcle, Ă©poque oĂč les rois de France s'affirment comme Ă©gaux Ă  l'empereur (Philippe Auguste), l'abbaye de Saint-Denis, lieu de l'inhumation de PĂ©pin le Bref, joue un rĂŽle important dans l'Ă©laboration d'une figure de Charlemagne "français", alors que les empereurs d'Allemagne soutiennent en gĂ©nĂ©ral un Charlemagne "allemand" (d'oĂč l'affirmation de la naissance Ă  Ingelheim par Guillaume de Viterbe au XIIe siĂšcle).

Charlemagne est particuliĂšrement mis en valeur par la dynastie des Valois, en particulier par

  • Charles V, qui procĂšde Ă  des Ă©changes de reliques avec son oncle, l'empereur Charles IV et qui pour son sacre utilise un sceptre terminĂ© par une statuette de Charlemagne, appelĂ© sceptre de Charles V ou sceptre de Charlemagne ;
  • Charles VIII dans la perspective des guerres d'Italie : un "Charlemagne" fait partie du cortĂšge d'accueil d'Anne de Bretagne au moment du mariage ; leur fils aĂźnĂ© est nommĂ© Charles-Orland (1492-1495), Orland Ă©tant la francisation d'Orlando, le nom italien de Roland (cf. Orlando furioso).

La figure de Charlemagne est moins prĂ©sente Ă  partir du XVIe siĂšcle. Elle est parfois utilisĂ©e par les opposants Ă  la monarchie (les Guise, Saint-Simon, Boulainvilliers).

Napoléon Ier et Charlemagne

Charlemagne est quasi totalement ignorĂ© par la RĂ©volution française, comme le montre le comportement des autoritĂ©s aprĂšs la conquĂȘte d'Aix-la-Chapelle en 1794. Quelques objets prĂ©cieux sont ramenĂ©s Ă  Paris, mais rien de particulier n'est fait autour.

En revanche, NapolĂ©on lui accorde une certaine importance Ă  partir de 1804, dans la perspective du rĂ©tablissement de l'Empire[90]. D'une part, Aix-la-Chapelle est l'objet d'une visite, d'abord de JosĂ©phine (juillet), puis de NapolĂ©on lui-mĂȘme (septembre) ; Ă  cette occasion, une partie des biens pillĂ©s en 1794 est restituĂ©e. D'autre part, le souvenir de Charlemagne joue un rĂŽle dans la cĂ©rĂ©monie du sacre, avec notamment les "honneurs de Charlemagne" : l'Ă©pĂ©e, le sceptre de Charles V, et une couronne faite pour l'occasion, qui n'est pas utilisĂ©e, puisque NapolĂ©on se couronne lui-mĂȘme de la couronne de lauriers, un des "honneurs de NapolĂ©on".

Charlemagne et l'Ă©cole

Les liens Ă©tablis entre Charlemagne et l'Ă©cole sont anciens, notamment en France.

Depuis 1661, Charlemagne est le patron de l'universitĂ© de Paris qui le fĂȘte encore annuellement au XIXe siĂšcle et dans plusieurs collĂšges encore dans la premiĂšre moitiĂ© du XXe siĂšcle. A l'heure actuelle, l'Association des laurĂ©ats du Concours gĂ©nĂ©ral tient toujours son repas annuel aux environs de la Saint-Charlemagne.

Au XIXĂšme siĂšcle, le rĂŽle de Charlemagne dans la scolarisation devient un lieu commun de l'enseignement primaire, qui se prolonge une bonne partie du XXĂšme siĂšcle. Par exemple, un manuel[91] des annĂ©es 1950 donne les renseignements suivants :

  • page 83 (dĂ©but du chapitre "Les Carolingiens") : deux vignettes (Roland Ă  Roncevaux, Charlemagne, barbu, sĂ©parant les bons des mauvais Ă©lĂšves)
  • page 91 (paragraphe 8 : "Charlemagne veut qu'on soit instruit") : Les rois Francs ne s'Ă©taient pas occupĂ©s de l'instruction de leurs sujets. Il n'en fut pas de mĂȘme pour Charlemagne. Il fonda des Ă©coles, dans lesquelles les moines instruisaient les enfants des pauvres comme ceux des riches. Il y en avait mĂȘme une dans le palais de l'Empereur, qui aimait Ă  la visiter souvent pour gronder les paresseux et rĂ©compenser les travailleurs.

Dans ce contexte, on peut comprendre la chanson SacrĂ© Charlemagne[92] interprĂ©tĂ©e par France Gall dans les annĂ©es 1960, mĂȘme s'il est Ă©vident que Charlemagne n'a pas inventĂ© l'Ă©cole. L'enseignement existait bien avant lui[93].

Charlemagne et l'Europe

La figure de Charlemagne a été utilisée pour défendre de nombreuses causes tout à fait opposées.

Au XXe siĂšcle, en Allemagne, sous le rĂ©gime national-socialiste, Himmler et les SS vitupĂ©rĂšrent l’action nĂ©faste de Charlemagne qu’ils rendaient responsable de la christianisation des Germains et du massacre des Saxons[94]. NĂ©anmoins, en privĂ©, Adolf Hitler critiquait ses discours car Charlemagne avait selon lui le mĂ©rite d'avoir diffusĂ© la culture occidentale en Allemagne[95]. De plus Ă  la fin de la seconde guerre mondiale, afin de favoriser le recrutement de volontaires français, le nom de Charlemagne, hĂ©ros et conquĂ©rant revendiquĂ© par les deux nations française et allemande, fut donnĂ© Ă  la division SS dite Division Charlemagne.

Charlemagne est actuellement prĂ©sentĂ© dans le cadre de l'Union europĂ©enne comme le pĂšre de l'Europe. Chaque annĂ©e, un prix Charlemagne est dĂ©cernĂ© Ă  Aix-la-Chapelle Ă  une personnalitĂ© qui a ƓuvrĂ© en faveur de l’Europe. En 2010, le prix a Ă©tĂ© dĂ©cernĂ© au Polonais Donald Tusk.

La figure de Charlemagne dans la littérature et l'art

La littérature

La lĂ©gende carolingienne est au Moyen Age l'une des sources les plus importantes de la littĂ©rature en langue vulgaire. C'est d'elle que sort directement le plus ancien poĂšme Ă©pique français : la Chanson de Roland. Et elle inspire encore, en pleine Renaissance, Arioste, dans son Roland furieux.

Époque carolingienne

Éginhard, dans Le couronnement de Charlemagne. Chroniqueur franc, ami et conseiller de Charlemagne, Éginhard a Ă©crit sur lui une biographie plutĂŽt Ă©logieuse. En voici un extrait :

« Venant Ă  Rome pour rĂ©tablir la situation de l’Église, qui avait Ă©tĂ© fort compromise, il y passa toute la saison hivernale. Et, Ă  cette Ă©poque, il reçut le titre d’empereur et d’auguste. Il y fut d’abord si opposĂ© qu’il s’affirmait ce jour-lĂ , bien que ce fut celui de la fĂȘte majeure, qu’il ne serait pas entrĂ© dans l’église, s’il avait pu savoir Ă  l’avance le dessein du pontife. Â»

Chansons de geste

Le personnage de Charlemagne apparaĂźt dans plusieurs chansons de geste, dont la plus connue est la Chanson de Roland. Ces poĂšmes ont Ă©tĂ© regroupĂ©s dĂšs le Moyen Âge dans un cycle (ou "geste") appelĂ© cycle du Roi.

Dans la Chanson de Roland, Charlemagne apparaĂźt comme un patriarche : ...Carlemagne qui est canuz et vielz (chenu et vieux) (41, vers 538), Carles li velz a la barbe flurie (77, vers 970).

Époques moderne et contemporaine

Saint-Just, dans le chant I de son poĂšme Organt, fait allusion Ă  Charlemagne en ces termes :

« Il prit un jour envie Ă  Charlemagne
De baptiser les Saxons mĂ©crĂ©ants :
Adonc il s’arme, et se met en campagne,
Suivi des Pairs et des Paladins francs.
Monsieur le Magne eût mieux fait à mon sens
De se damner que de sauver des gens,
De s’enivrer au milieu des Lares,
De caresser les Belles de son temps,
Que parcourir maints rivages barbares,
Et pour le Ciel consumer son printemps. Â»

HonorĂ© de Balzac, dans Sur Catherine de MĂ©dicis : la reine met sur le compte des erreurs tactiques de Charlemagne, l'obligation oĂč elle est de faire la guerre aux huguenots. Elle s'en rĂ©clame aussi pour justifier que les descendants de Charlemagne soient en droit de reprendre une couronne usurpĂ©e par les descendants de Hugues Capet[96]

« Charlemagne se trompait en s'avançant vers le nord. Oui, la France est un corps dont le coeur se trouve au Golfe du Lion, et dont les deux bras sont l'Espagne et l'Italie. On domine ainsi la MĂ©diterranĂ©e qui est comme une corbeille oĂč tombent les richesses de l'Orient[97]. Â»

Statue du IXe siĂšcle reprĂ©sentant Charlemagne dans l'Ă©glise Saint Jean-Baptiste de MĂŒstair en Suisse.

L'art

Contrairement Ă  la grande majoritĂ© des reprĂ©sentations artistiques, qui datent souvent du XIXĂšme siĂšcle, Charlemagne n'avait pas de barbe mais une moustache. L'expression le dĂ©signant comme Ă©tant « l'empereur Ă  la barbe fleurie Â» Ă©tait tout simplement due au fait que le port de la barbe devait souligner la virilitĂ© du souverain. Quand au terme « fleurie Â», il serait en fait une mauvaise traduction du terme « flori Â» qui signifie blanc en vieux français[98].

Hommages

Un nombre important de rues, d’écoles, d’associations culturelles, de bĂątiments communaux, d’entreprises utilisent le nom de Charlemagne et de ses ancĂȘtres dans les communes de Herstal, Jupille, Metz, Aix-la-Chapelle.

Voies publiques

Le nom de la ville de Charlemagne au QuĂ©bec n'est pas liĂ© Ă  l'empereur, mais Ă  une personnalitĂ© locale : Romuald-Charlemagne Laurier.

Aux Pays-Bas et en Belgique néerlandophone, on trouve plusieurs Karel de Grotestraat.

En revanche, l'usage toponymique de Karl der Grosse semble[100] assez rare dans les pays germanophones :

Représentations dans l'espace public

Statue Ă©questre de Charlemagne, par Agostino Cornacchini (1725) - Basilique Saint-Pierre du Vatican, Italie.
  • Grand vitrail Ă  Metz dans la salle d'honneur de la gare.
Statue de Charlemagne Ă  LiĂšge

Établissements scolaires

Divers

Plusieurs piÚces de monnaie françaises ont été frappées avec le chef de Charlemagne.

Buste de Charlemagne dans la chambre des trésors de la cathédrale d'Aix-la-Chapelle

Voir aussi

Bibliographie

  • Sources
    • Éginhard, Vie de Charlemagne, Ă©ditĂ© et traduit par Louis Halphen, Paris, Les Belles Lettres, 1994, 128 pages.
  • Travaux anciens
    • Jules Michelet, Histoire de France 1, La Gaule, Les invasions, Charlemagne, Sainte-Marguerite-sur-Mer (Seine-Maritime), Editions des Equateurs, rĂ©Ă©d. 2008, 461 pages.
    • Charles Bayet, « Charlemagne Â», dans La Grande EncyclopĂ©die, Paris, 1885-1902, Tome X.
    • Arthur Kleinclausz, Charlemagne, Paris, Hachette, 1934 (rĂ©Ă©dition : Tallandier, 1977, prĂ©face de RĂ©gine Pernoud ; 2005), 565 pages [ISBN 2-84734-212-5]
    • Henri Pirenne, Mahomet et Charlemagne, Paris, Presses universitaires de France, coll. Â« Quadrige / Grands textes Â», 1937 (rĂ©impr. 1992, 2005), 224 p. (ISBN 2-13-054885-7) 
    • Louis Halphen, Charlemagne et l'Empire carolingien, Paris, Albin Michel, collection « BibliothĂšque de l'Ă©volution de l'humanitĂ© Â», 1947 550 pages (rĂ©Ă©dition : 1968 : Albin Michel, mĂȘme collection en format de poche, 508 pp. ; 1995 : mĂȘme Ă©diteur, fac-similĂ© de l'Ă©dition 1947).
  • Travaux rĂ©cents sur le Haut Moyen Âge
    • Pierre RichĂ©, Les Carolingiens, une famille qui fit l'Europe, Paris, Hachette, coll. Â« Pluriel Â», 1983 (rĂ©impr. 1997), 490 p. (ISBN 2-01-278851-3) 
    • Laurent Theis, L'hĂ©ritage des Charles, de la mort de Charlemagne aux environs de l'an Mil, Paris, Le Seuil, 1990, 280 pages.
    • Pierre RichĂ©, De Charlemagne Ă  Saint Bernard : culture et religion, Caen, Paradigme, coll. Â« Varia Â», 1995, 223 p. (ISBN 2-86878-155-1) 
    • Philippe Depreux, Charlemagne et les Carolingiens 687-987, Paris, Talandier, 2002, 159 p. (ISBN 2-235-02320-7) 
    • Pierre Toubert, L'Europe dans sa premiĂšre croissance, de Charlemagne Ă  l'an mil, Paris, Fayard, 2004, 477 pages.
  • Travaux rĂ©cents sur Charlemagne
    • Jacques Boussard, Charlemagne et son temps, Paris, Hachette, 1968, 256 pages.
    • RenĂ©e Mussot-Goulard, Charlemagne, Paris, Presses universitaires de France, coll. Â« Que sais-je ? Â», 1984 (rĂ©impr. 1992, 1998), 126 p. (ISBN 2-13-044225-0) 
    • Georges Bordonove, Charlemagne: empereur et roi, Paris, Pygmalion, 1989, 318 pages.
    • Robert Folz, Le Couronnement impĂ©rial de Charlemagne : 25 dĂ©cembre 800, Paris, Gallimard, coll. Â« Folio / Histoire Â», 1989, 348 p. (ISBN 2-07-032544-X) 
    • Robert Morrisey, L'empereur Ă  la barbe fleurie: Charlemagne dans la mythologie et l'histoire de France, Paris, Gallimard, collection « BibliothĂšque des histoires Â», 1997, 437 pages.
    • Jean Favier, Charlemagne, Paris, Fayard, 1999 (rĂ©impr. 2002), 769 p. (ISBN 2-213-60404-5) 
    • Ivan Gobry, Charlemagne fondateur de l'Europe, Paris, Éditions du Rocher, 1999.
    • Éric Vanneufville, Charlemagne : Rome chez les Francs, Paris, France-Empire, coll. Â« Histoire Â», 2000, 226 p. (ISBN 2-7048-0900-3) 
    • Alessandro Barbero (trad. JĂ©rĂŽme Nicolas), Charlemagne : un pĂšre pour l'Europe, Paris, Payot & Rivages, coll. Â« Biographie Payot Â», 2004, 475 p. (ISBN 2-228-89888-0) 
    • CĂ©line Bathias-Rascalou, Charlemagne et l'Europe, Paris, Vuibert, 2004, 297 pages.
    • Olivier Hanne, Charlemagne, l'empereur des temps hostiles, Paris, Éditions Giovanangeli, 2006, 144 pages.
    • Georges Minois, Charlemagne, Perrin, 2010, 720 pages. Cet ouvrage comporte un chapitre sur les sources et un autre sur les reprĂ©sentations de Charlemagne Ă  toutes les Ă©poques.
    • Rosamond McKitterick, Charlemagne : the formation of a European identity, Cambridge University Press, 2008.
  • Bande dessinĂ©e
    • Reynald Secher (scĂ©nario) et Ray Saint-Yves (dessin), Charlemagne Empereur d'Occident - Du royaume franc Ă  l’empire carolingien, Noyal-sur-Vilaine (35), Editions Secher, coll. Â« MĂ©moire du futur Â», 2002 (ISBN 2-912064-14-7) 

Articles connexes

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Liens externes

Notes et références

  1. ↑ Nomenclature qui commence avec Clovis.
  2. ↑ Voir la partie consacrĂ©e aux ProblĂšmes relatifs Ă  sa naissance.
  3. ↑ Jean Subrenat, Sur la mort de l'empereur Charlemagne dans Charlemagne et l'Ă©popee romane, Librairie Droz, 1978, p. 205
  4. ↑ Capitulaire consultable sur Gallica Karoli Divisio Regnorum, MGH, Capitularia Regum Francorum I, p. 126-130, et plus particuliĂšrement col. 1 et 2, p. 126.
  5. ↑ Bernardine Melchior-Bonnet, Dictionnaire de la RĂ©volution et de l'Empire, 1965, p. 279
  6. ↑ Robert John Morrissey, L'empereur Ă  la barbe fleurie - Charlemagne dans la mythologie et l'histoire de France, 1997, p. 24
  7. ↑ Thomas Ferenczi, Pourquoi l'Europe ?, 2008, p. 101
  8. ↑ Élisabeth Guigou, Je vous parle d'Europe, 2004, p. 26
  9. ↑ Philippe Depreux, Charlemagne et la dynastie carolingienne, 2007
  10. ↑ Cf. Georges Minois, 2010, chapitre 2 "Du mythe Ă  la rĂ©alitĂ©", pages 65-106
  11. ↑ Minois, p. 86.
  12. ↑ Minois, 2010, page 79.
  13. ↑ Cf. Jean Favier, Charlemagne, chapitre "Un enjeu de l'histoire", pages 699-715.
  14. ↑ Bossuet, Discours sur l'histoire universelle, Editions Garnier-Flammarion, 1966, pages 139 et 142.
  15. ↑ Favier (1999), page 704.
  16. ↑ Favier (1999), p. 703-704. L'auteur cite le paragraphe et ajoute : il n'y a lĂ  pas trois mots Ă  changer ou Ă  retirer.
  17. ↑ Favier (1999), p. 699.
  18. ↑ Favier, p. 707-710. Michelet consacre 44 pages Ă  Charlemagne. Erreurs : il place Aix sur le Rhin ; il pense que Charlemagne est une dĂ©formation de Carloman.
  19. ↑ François Guizot, Cours d'histoire moderne
  20. ↑ Ernest Lavisse, Histoire de France depuis les origines jusqu'Ă  la RĂ©volution, tome II/1. Arthur Kleinclausz consacre 75 pages Ă  Charlemagne.
  21. ↑ École nationale des chartes (France). SociĂ©tĂ© de l'École des chartes, Revue d'Ă©dition de la BibliothĂšque de l'École des chartes (1864), Librairie Droz, 1855, p. 185, 186.
  22. ↑ IV nonas aprilis, nativitas domni et gloriosissimi Karoli imperatoris et semper Augusti, cf. Jean Mabillon, Annales Ordinis Sancti benedicti occidentalium Monachorum Patriarchae, tome II p. 116 et Favier, 1999, page 143.
  23. ↑ Georges Minois, 2010, p. 107
  24. ↑ Georges Minois, 2010, p. 107.
  25. ↑ AcadĂ©mie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, MĂ©moires couronnĂ©s et autres mĂ©moires, F. Hayez, 1861, volume 11, p. 94
  26. ↑ Qui ne sont pas "roi et reine", PĂ©pin Ă©tant alors maire du palais.
  27. ↑ Liste non exhaustive, destinĂ©e Ă  ĂȘtre complĂ©tĂ©e.
  28. ↑ Arthur Kleinclausz, 1934, p. 52.
  29. ↑ Favier, 1999, pages 142-143.
  30. ↑ Minois, 2010, page 107.
  31. ↑ dans Roncevaux, elle lui donne 36 ans en 778
  32. ↑ Karl Ferdinand Werner, "Das Geburtsdatum Karls des Großen", dans Francia 1, 1973, p. 115-157, en ligne : hier online
  33. ↑ RichĂ©, 1983, page 104
  34. ↑ Le terme de "bĂątardise" connote une dĂ©prĂ©ciation de la naissance illĂ©gitime qui n'existait probablement pas dans l'aristocratie franque.
  35. ↑ BĂŒhrer-Thierry, L'Europe carolingienne, 2001, page 28
  36. ↑ StĂ©phane Lebecq, Les Origines franques, Editions du Seuil, donne 21 ans Ă  Charlemagne en 768.
  37. ↑ Settipani 1983, p. 191.
  38. ↑ Charlemagne sur le site de la Fondation pour la gĂ©nĂ©alogie mĂ©diĂ©vale
  39. ↑ Voir les notes page 351 in Charlemagne: Father of a Continent, Alessandro Barbero, (traduit par Allan Cameron), University of California Press, 2004
  40. ↑ Matthias Becher, "Neue Überlegungen zum Geburtsdatum Karls des Großen", dans Francia 19/1, 1992, p. 37-60, en ligne hier online
  41. ↑ Page 1266.
  42. ↑ Arthur Kleinclausz, 1934, p. 51.
  43. ↑ Robert John Morrissey, L'empereur Ă  la barbe fleurie, 1997, p. 164
  44. ↑ Adrien Jacques Joseph Le Mayeur, Les Belges, 1812, p. 120
  45. ↑ Philippe BiermĂ© et François-Xavier NĂšve, Chez Edgar P. Jacobs Dans l'intimitĂ© du pĂšre de Blake et Mortimer, 2004, p. 84
  46. ↑ Pierre RichĂ©, (traduit par Michael I. Allen), University of Pennsylvania Press in The Carolingians: A Family who Forged Europe, 1993, p.  33
  47. ↑ Henri Pirenne (traduit par Frank D. Halsey),Medieval Cities: Their Origins and the Revival of Trade, Princeton University Press, 1969, pages 61-63
  48. ↑ Victor Hugo, Le Rhin, 1906, p. 104
  49. ↑ Quierzy, lĂ  oĂč serait nĂ© Charlemagne
  50. ↑ Michel Rouche, Clovis - Histoire et mĂ©moire, volume 1, Presses Paris Sorbonne, 1997, p. 777.
  51. ↑ Jean-Claude Cheynet L'exarchat de Ravenne et l'Italie byzantine:Clio.fr
  52. ↑ Vassus signifie jeune homme fort et a donnĂ© en français « vassal Â» en opposition Ă  Senior qui signifie vieux et a donnĂ© "seigneur"
  53. ↑ Michel Balard, Jean-Philippe Genet et Michel Rouche, Le Moyen Âge en Occident, Hachette 2003, p. 42
  54. ↑ Philippe Norel, L'invention du marchĂ©, Seuil, 2004, p.1 39 et Georges Duby, Guerriers et paysans, Gallimard, 1973, p. 69
  55. ↑ Michel Balard, Jean-Philippe Genet et Michel Rouche, Le Moyen Âge en Occident, Hachette, 2003, p. 45
  56. ↑ Michel Balard, Jean-Philippe Genet et Michel Rouche, Le Moyen Âge en Occident, Hachette 2003, p. 65-66
  57. ↑ a et b Georges Minois, Charlemagne, Perrin, 2010.
  58. ↑ H. Pirenne, Histoire de l'Europe. Des Invasions au XVIe siùcle, Paris-Bruxelles, 1939, p. 49
  59. ↑ H. Pirenne, Histoire de l'Europe. Des Invasions au XVIe siùcle, Paris-Bruxelles, 1939, p. 49
  60. ↑ H. Pirenne, Histoire de l'Europe. Des Invasions au XVIe siùcle, Paris-Bruxelles, 1939, pp. 46-47
  61. ↑ H. Pirenne, Histoire de l'Europe. Des Invasions au XVIe siùcle, Paris-Bruxelles, 1939, pp. 47-48
  62. ↑ H. Pirenne, Histoire de l'Europe. Des Invasions au XVIe siùcle, Paris-Bruxelles, 1939, pp. 49-50
  63. ↑ Traditionnellement localisĂ©e au col de Roncevaux, mais qui pourrait avoir eu lieu au col d'Ibaneta (Favier, page 234).
  64. ↑ Favier, page 234.
  65. ↑ H. Pirenne, Histoire de l'Europe. Des Invasions au XVIe siùcle, Paris-Bruxelles, 1939, p. 50
  66. ↑ H. Pirenne, Histoire de l'Europe. Des Invasions au XVIe siùcle, Paris-Bruxelles, 1939, p. 48
  67. ↑ H. Pirenne, Histoire de l'Europe. Des Invasions au XVIe siùcle, Paris-Bruxelles, 1939, pp. 48-49
  68. ↑ H. Pirenne, Histoire de l'Europe. Des Invasions au XVIe siùcle, Paris-Bruxelles, 1939, pp. 51-52
  69. ↑ Favier, page 537.
  70. ↑ Favier, page 540.
  71. ↑ Favier, page 541.
  72. ↑ Favier, page 543, à partir des Annales de Lorsch.
  73. ↑ H. Pirenne, Histoire de l'Europe. Des Invasions au XVIe siùcle, Paris-Bruxelles, 1939, p. 53
  74. ↑ H. Pirenne, Histoire de l'Europe. Des Invasions au XVIe siùcle., Paris-Bruxelles, 1939, p. 46
  75. ↑ Les Annales notent la mort d'Abul Abbas, en parallùle à celle de Rotrude un peu avant.
  76. ↑ H. Pirenne, Histoire de l'Europe. Des Invasions au XVIe siùcle, Paris-Bruxelles, 1939, pp. 56-57
  77. ↑ H. Pirenne, Histoire de l'Europe. des Invasions au XVIe siùcle, Paris-Bruxelles, 1939, p. 57
  78. ↑ Localisation : DĂ©partement des monnaies, mĂ©dailles et antiques de la BibliothĂšque nationale de France
  79. ↑ Cette partie paraĂźt trop gĂ©nĂ©rale ; elle manque de donnĂ©es concrĂštes et ne concerne, telle quelle, pas le seul rĂšgne de Charlemagne, ni la pĂ©riode "Ă  partir de 800"
  80. ↑ Philippe Noirel, L'invention du marchĂ©, seuil 2004, p.140
  81. ↑ H. Pirenne, Histoire de l'Europe. Des Invasions au XVIe siùcle, Paris-Bruxelles, 1939, pp. 54-55
  82. ↑ H. Pirenne, Histoire de l'Europe. Des Invasions au XVIe siùcle, Paris-Bruxelles, 1939, pp. 55-56
  83. ↑ En suĂ©dois actuel, karl signifie toujours "homme".
  84. ↑ Edition utilisĂ©e ici : La Chanson de Roland, Ă©dition d'Alfons Hilka rĂ©visĂ©e par Gerhard Rohlfs, UGE, coll. 10/18, 1968.
  85. ↑ Dans ces exemples, le nom est au cas sujet, d'oĂč la prĂ©sence de "-s". Cas rĂ©gime : Carlun, Charlun, Carlemagne, Charlemaigne.
  86. ↑ Edmond Lafond, Rome - lettres d'un pĂšlerin, 1856, p. 532.
  87. ↑ FĂ©dĂ©ration archĂ©ologique et historique de Belgique, Annales du congrĂšs, 1901, p. 378
  88. ↑ http://nominis.cef.fr/contenus/saint/520/Bienheureux-Charlemagne.html
  89. ↑ Énigmes inexpliquĂ©es de l'Histoire de France, Didier Audinot, Ă©d. Grancher, 2005.
  90. ↑ Jean Favier, pages 688-696.
  91. ↑ A. Guillemain et F. Le Ster, Histoire de France, du cours moyen au certificat d'Ă©tudes, Les Ă©ditions de l'Ă©cole (n° 1475), Paris, 1953.
  92. ↑ Qui a eu cette idĂ©e folle, un jour d'inventer l'Ă©cole ? C'est ce sacrĂ© Charlemagne !
  93. ↑ Paul-Éric Blanrue, L'histoire dans tous ses Ă©tats - IdĂ©es fausses, erreurs et mensonges d'Abraham Ă  Kennedy, Book-e-book, Collection ZĂ©tĂ©tique, 2005, p. 56.
  94. ↑ Peter Longerich, Himmler. L’éclosion quotidienne d’un monstre ordinaire, Ă©ditions HĂ©loĂŻse d’Ormesson, 2010, p. 265.
  95. ↑ Albert Speer (trad. Michel Brottier), Au cƓur du Troisiùme Reich, Librairie Arthùme Fayard, Paris, novembre 2010, p. 136.
  96. ↑ Furne, 1845, vol.I, p. 616.
  97. ↑ Édition du Furne de 1845, vol.I, p.31-32
  98. ↑ Historia, n°765, septembre 2010, page 16
  99. ↑ S'agit-il d'un ancien nom ou bien est-il utilisĂ© actuellement encore comme l'indiquerait cette page [1] ?
  100. ↑ A premiùre vue.
Précédé par Empereur d'Occident Suivi par
fondation de l'Empire
Charlemagne
Louis Ier le Pieux


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