Centre-ville Reconstruit Du Havre

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Centre-ville Reconstruit Du Havre

Centre-ville reconstruit du Havre

Le Havre, la ville reconstruite par Auguste Perret 1
Patrimoine mondial de l’UNESCO
Vue partielle du centre-ville reconstruit.

Vue partielle du centre-ville reconstruit.

Latitude
Longitude
49° 29â€Č 20,6″ Nord
       0° 6â€Č 54,8″ Est
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Pays France France
Type
CritĂšres (ii)(iv)
Superficie 133 ha
No  identification (ID) 1181
RĂ©gion 2 Europe et AmĂ©rique du Nord
AnnĂ©e d’inscription 2005 (29e session)

1 Descriptif officiel (UNESCO)
2 Classification UNESCO

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Documentation du modĂšle

« Ce que je veux, c’est faire quelque chose de neuf et de durable. Â»
Auguste Perret, octobre 1945[1]

Inscrite sur la Liste du patrimoine mondial de l'HumanitĂ© par l'UNESCO en 2005, le Centre-ville reconstruit du Havre (1945-1964) est l'Ɠuvre de l'architecte Auguste Perret qui se vit confier par le MinistĂšre de la Reconstruction et de l'Urbanisme, la rĂ©Ă©dification de la ville du Havre aprĂšs sa destruction Ă  la fin de la Seconde Guerre mondiale. D’une superficie totale proche de 150 hectares, cet ensemble - comprenant plus de 12 000 logements et de nombreux bĂątiments civils, commerciaux, administratifs ou religieux- est l’un des plus cohĂ©rents de l’architecture moderne du milieu du XXe siĂšcle, suivant les principes de l’École classicisme structurel, terminologie de Joseph Abram[2] dĂ©signant les thĂ©ories portĂ©es par les membres de l’"Atelier de reconstruction du Havre" rĂ©unis autour de Auguste Perret.

AprĂšs une pĂ©riode d’oubli, ce centre moderne intĂšgre dĂ©sormais de nombreuses mesures patrimoniales : inventaire[3], protection (ZPPAUP[4]) et sensibilisation (visites-confĂ©rences). Depuis 2002, des visites de la ville sont organisĂ©es par un service municipal spĂ©cifique (Ville d’art et d’histoire) qui met Ă©galement Ă  disposition une exposition et un appartement tĂ©moin Perret restaurĂ© Ă  l’identique.

Sommaire

Les origines du projet

Destructions

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le port du Havre fut utilisĂ© par l'armĂ©e britannique pour ravitailler ses troupes. Les Allemands commencĂšrent donc Ă  bombarder la ville en mai 1940 pour que les britanniques la quittent. AprĂšs le « traitĂ© de paix Â», elle fut occupĂ©e par les Allemands qui prĂ©parĂšrent une attaque contre le Royaume-Uni[5], ce qui donna lieu Ă  de nouvelles destructions. Mais les dommages les plus importants survinrent les 5 et 6 septembre 1944, l'objectif Ă©tant de faciliter le ravitaillement et la progression des troupes alliĂ©es dĂ©barquĂ©es trois mois plus tĂŽt en Normandie[6], lorsque les britanniques dĂ©truisirent presque complĂ©tement le centre-ville et le port pour affaiblir l'occupant nazi[7].
La « LibĂ©ration Â» eut un goĂ»t trĂšs amer pour les Havrais et marqua durablement la mĂ©moire collective. Proie incessante des bombardements alliĂ©s jusqu'en septembre 1944, le bilan Ă©tabli en 1945 s’avĂšre extrĂȘmement lourd : le centre-ville n’est plus qu’un gigantesque champ de ruines et la ville devient l'une des plus sinistrĂ©es d'Europe avec 5 000 morts, 80 000 sinistrĂ©s (dont 40 000 sans-abris) et 12 500 immeubles dĂ©truits[8].

L’Atelier Perret

Panorama du Havre de Perret, vue depuis le nord

Au printemps 1945, Raoul Dautry, ministre de la Reconstruction et de l'Urbanisme, confie le projet de reconstruction du centre-ville du Havre Ă  l'atelier d'Auguste Perret, « seul architecte pouvant se prĂ©valoir en France d'un atelier organisĂ© Â». En 1945, l'Atelier de Reconstruction du Havre est constituĂ© et comprend, en plus de Auguste Perret, dix-huit architectes-collaborateurs[9]. L’Atelier Perret ne songe pas Ă  reconstituer la ville ancienne mais plutĂŽt Ă  appliquer Ă  la lettre leurs thĂ©ories pour Ă©difier une ville neuve, symbole d’une France renaissante. EntiĂšrement rebĂątie en bĂ©ton armĂ©, Le Havre fait alors l'objet d'une expĂ©rience de reconstruction unique en son genre par son Ă©tendue, les procĂ©dĂ©s urbanistiques (remembrement, copropriĂ©tĂ©) , la cohĂ©rence constructive et les techniques de prĂ©fabrication (lourdes ou structurelles).

Premiers projets

Le centre-ville reconstruit, Ă  plan orthogonal

Si, au dĂ©but du XXe siĂšcle, Auguste Perret veut rĂ©aliser la « Ville Future Â» qu'il imagine « en bord de mer Â» ou le long « d'un grand fleuve Â», constituĂ©e de gratte-ciels et de jardins suspendus, son ambition pour Le Havre sera relativement diffĂ©rente, admettant en 1945 : « J’ai, Ă©tant jeune, prĂ©conisĂ©, chantĂ© la maison-tour. J’ai, depuis, changĂ© d’avis. Quand on loge au 12Ăšme ou au 15Ăšme Ă©tage, on se sent d’abord exaltĂ©, puis accablĂ© de solitude. On s’ennuie Ă  mourir. L’homme a besoin de garder contact avec le sol. C’est pourquoi je ne bĂątirais pas de maisons ayant plus de quatre Ă©tages. Quatre Ă©tages sans ascenseur, cela se monte trĂšs facilement Â»[10]. Ces propos concernent le logement mais celui-ci n’exclut pas une seconde Ă©chelle, plus monumentale : « Je vois "un front de mer" qui regrouperait tous les monuments de la ville et escorterait les navires jusqu’à leur entrĂ©e au port. De hautes tours abriteraient les bureaux des grandes compagnies de navigation, des nĂ©gociants, des industriels. Elles s’élĂšveraient bien au-dessus des maisons de la ville, qui ne dĂ©passeraient pas 5 ou 6 Ă©tages. Â»[11].
Si le frottement aux rĂ©alitĂ©s va conduire son projet sur des conceptions plus souples, la ville n’en gardera pas moins les traces de ces premiĂšres idĂ©es. La majoritĂ© des habitations (les « maisons Â») sont de faible hauteur, suivant des gabarits dictĂ©s par l’histoire (trois Ă©tages sur entresol, cf. Haussmann), offrant des perspectives humaines, « banales Â» pour reprendre le mot du maĂźtre. Sur un autre plan, elle va conserver une Ă©chelle monumentale faite de tours-repĂšres servant de signaux urbains et dĂ©gageant quelques perspectives magistrales pour montrer aux voyageurs des grands paquebots que « nous avons toujours le sens de la grandeur et de la beautĂ© Â»[12].

Une Ă©chelle monumentale

Remembrement

Poursuivant les idĂ©es exprimĂ©es par Auguste Perret, les architectes de son atelier vont Ă©tablir un concours interne pour ouvrir diffĂ©rentes possibilitĂ©s concernant le plan d’ensemble : en juillet 1945, ceux-ci font diffĂ©rentes propositions oĂč l'ancienne trame de la ville n'est presque plus visible[13]. Cependant le plan dit dĂ©finitif - signĂ© par Auguste Perret et adoptĂ© en janvier 1946 - est plus ouvert au compromis : sans perdre toute la dimension utopiques des prĂ©cĂ©dentes propositions, il va choisir de conserver l’agencement de la ville d’avant-guerre avec ses grands axes et leurs usages[14]. Ce principe va s’étendre aux commerces et aux rues secondaires qui retrouvent approximativement leur place suivant une logique rationnelle que Jacques Tournant rĂ©sume ainsi : «1°- sauf si certains centre commerciaux sont globalement dĂ©placĂ©s, les boutiques doivent ĂȘtre reconstituĂ©es le plus prĂšs possible de leur ancien emplacement et dans des conditions qui permettent la bonne exploitation ;
2°- les habitations peuvent ĂȘtre plus facilement dĂ©placĂ©es. Les densitĂ©s admissibles et l’exposition en conditionneront la nouvelle disposition ;
3°- l’angle droit est gĂ©nĂ©rateur d’économie en construction. Il permet l’établissement de plans d’appartement meilleurs ;
4°- le commerce s’attache Ă  la voie de passage, l’habitation a souvent intĂ©rĂȘt Ă  s’en Ă©loigner. Â» [15]

Si le centre-ville du Havre retrouve ses rues et ses monuments, il s’inscrit dĂ©sormais dans un plan devenu orthogonal : une trame gĂ©omĂ©trique oĂč les axes se coupent Ă  angle droit, suivant un urbanisme « rationnel Â» que l’on peut Ă©galement comparer aux villes de l'AntiquitĂ© (plan dit hippodamien)[16] mais aussi aux centres-villes nord-amĂ©ricains[17]. La trame du Havre est partiellement contrariĂ©e par les rares monuments ayant subsistĂ© aprĂšs les bombardements (cathĂ©drale Notre-Dame, MusĂ©um d'histoire naturelle) et par un quartier historique rĂ©Ă©difiĂ© dans un style dit rĂ©gionaliste (Saint-François).

Triangle monumental

Les artĂšres principales redessinent les trois axes majeurs de la ville dĂ©truite (Triangle monumental). Cherchant Ă  rĂ©introduire leurs usages d’avant-guerre, Auguste Perret s’assure du fonctionnement de ses modĂšles avant d’en faire la transcription : il prend donc pour exemples les grandes rĂ©alisations nationales, adaptant chaque gabarit Ă  une fonction prĂ©cise[18], tout comme il va s’inspirer des grandes places royales pour dessiner celle de l’hĂŽtel de ville.

La rue de Paris

D’orientation nord-sud, la rue de Paris relie l'hĂŽtel de ville (au nord) au front de mer sud (ancien terminal de paquebots). Pour cette ancienne rue commerçante[19], Auguste Perret travaille dĂšs 1945 sur une typologie d’immeubles qui devait dĂ©finir l’ensemble de la reconstruction de la ville (suivant le modĂšle des I.S.A.I. Ă©difiĂ©s dans sa section nord entre 1947 et 1950). Prenant pour modĂšle la rue de Rivoli Ă  Paris, l'artĂšre est bordĂ©e au rez-de-chaussĂ©e et Ă  l'entresol par des commerces, protĂ©gĂ©s sous une galerie-portique semi-ouverte en retrait d’une colonnade, l’ensemble est rehaussĂ© par trois Ă©tages d'habitations. Tout au long de cette rue, une quarantaine d'architectes participent Ă  la rĂ©alisation des Ăźlots dans les annĂ©es 1950 en respectant les principes dĂ©finis par Perret mais en apportant chacun quelques variations de « vocabulaire Â».

L'avenue Foch

D'orientation est-ouest, elle prolonge le boulevard de Strasbourg en partant de l’hĂŽtel de ville (Ă  l’est) pour arriver Ă  la Porte OcĂ©ane (Ă  l’ouest).
Comparable par ses dimensions aux Champs-ÉlysĂ©es Ă  Paris, elle est l'une des avenues les plus larges d'Europe. Boulevard initialement crĂ©Ă© sous le Second Empire Ă  l’emplacement de la zone non constructible des fortifications, l’avenue Foch est aujourd’hui constituĂ©e d'un axe central et de deux doubles contre-allĂ©es longeant des commerces, des bureaux, un cinĂ©ma et de nombreux logements de haut standing. La majoritĂ© des immeubles qui la borde a Ă©tĂ© achevĂ© en 1954 et comporte cinq Ă  six Ă©tages. Les façades sont agrĂ©mentĂ©es de bas-relief rendant hommage aux personnages marquants du Havre d'avant-guerre (« gloires du Havre Â»).

Le boulevard François Ier

Il relie obliquement la Porte OcĂ©ane (au nord-ouest) au Front de mer sud (au sud-est). Exception Ă  la rĂšgle orthonormĂ©e, le boulevard François Ier forme une diagonale sĂ©parant nettement le centre-ville du front de mer ouest alors consacrĂ© Ă  la construction navale (emplacement actuel de la RĂ©sidence de France). Il est bordĂ© sur un cĂŽtĂ© par des Ăźlots oĂč les bĂątiments se positionnent en redent, laissant place Ă  de petits jardins triangulaires. L’autre rive, construite plus tardivement, est constituĂ©e d’une barre quasi continue de logements Ă  vocation sociale devant thĂ©oriquement isoler la ville des vents de mer dominants venant de l’ouest[20].

Une ville modĂšle

Si la rue conserve son statut historique, la reconstruction est Ă©galement animĂ©e par l’esprit du progrĂšs appliquĂ© Ă  la ville oĂč les habitants rĂ©clament dĂ©sormais « leur droit au calme, Ă  l’air, au soleil, Ă  l’espace Â»[21]. Les outils mis en Ɠuvre pour le confort des habitants suivront donc plusieurs logiques : celle de la modernisation (standardisation, prĂ©fabrication) mais aussi celle d’une cohĂ©rence paysagĂšre dictĂ©e par l’utilisation d’une mĂȘme mĂ©thode constructive (ossaturisme) suivant rigoureusement un trame et un vocabulaire architectural prĂ©cis.

Trame de 6,24 m

D'un point de vue d’ensemble, le plan en damier du Havre permet des alignements de façade, des tracĂ©s rectilignes aĂ©rĂ©s et lumineux, une organisation rationnelle de l'espace. Dans le projet dit dĂ©finitif s’ajoute le choix d’un module harmonisant l’espace depuis l’échelle urbaine (trame) jusqu’au moindre parpaing (standard).
L’utilisation symbolique de cette base de 6,24 m correspond Ă  la portĂ©e optimale pour une poutre de bĂ©ton armĂ© Ă  cette Ă©poque, elle est Ă©galement aisĂ©ment divisible ( 6 x 2 x 4 ) x 13). En gĂ©nĂ©rant des proportions prĂ©cises (1/6 et 1/4, 1/3, 1/2), elle place l’harmonie au cƓur mĂȘme de la standardisation. Les architectes ne semblent pourtant pas avoir explicitĂ© les propriĂ©tĂ©s mathĂ©matiques et symboliques de ce nombre (comme l’harmonie 1/4+1/3+1/2 ou la division de 624 par 6x2x4), prĂ©fĂ©rant mettre en avant des arguments pratiques : « La construction n’a pas Ă©tĂ© laissĂ©e au hasard, et l’adoption d’un module – ou trame â€“ de 6,24 m qui se trouve dans toute la ville neuve assure son unitĂ© profonde [
]. Cette trame dans laquelle peuvent ĂȘtre installĂ©es deux piĂšces d’habitation [
] est non seulement en accord avec l’Économie au sens le plus Ă©levĂ© du mot, mais c’est aussi – et l’on s’en aperçoit sans cesse â€“ un trĂšs rĂ©el facteur d’économie Â»[22].

Vocabulaire Perret

ParallĂšlement Ă  l’élaboration des aphorismes qu'il publie sous forme de traitĂ©-recueil en 1952, Auguste Perret creuse la notion mĂȘme de langage au sein de la construction, Ă©laborant un vocabulaire parfois traditionnel (porte-fenĂȘtre) parfois nouveaux et exotique (claustra[23]). Des mots imbriquĂ©s, neutralisĂ©s, qu’il inscrit dans une structure primaire : la charpente de bĂ©ton armĂ©.

  • Les niveaux sont ordonnĂ©s suivant des rythmes classiques :
    • soubassement : deux premiers niveaux
    • dĂ©veloppement : Ă©tage dit noble avec balcon filant servant Ă  abriter la circulation des piĂ©tons, suivi de deux Ă©tages carrĂ©s, parfois dotĂ©s d’un balcon filant Ă©troit au dernier Ă©tage
    • couronnement : Ă©tage supĂ©rieur en retrait, entablement corniche
    • toiture terrasse[24]
  • Le vocabulaire architectural :
  • Le matĂ©riau :
    • bĂ©ton armĂ© (constituants : graviers de Seine, grĂšs rose, quartzite blanche, brique concassĂ©e)
    • finitions des surfaces : bouchardage, lavage, polissage, brut de dĂ©coffrage
    • quelques bĂątiments en briques (Saint François), pierre reconstituĂ©e ou pierre de taille

Les logements

La plupart des biens reconstruits dans le centre sont soit des propriĂ©tĂ©s publiques, soit des « copropriĂ©tĂ©s Â», un concept novateur pour l'Ă©poque qui va ĂȘtre Ă©tendu Ă  l’ensemble de la ville reconstruite[25]. Disposant de 20% de logements sociaux (proches ou intĂ©grant les normes H.L.M.), la grande majoritĂ© des logements est conçue pour des classes moyennes, sans domestique[26]. L'espace intĂ©rieur, trĂšs lumineux (les « fenĂȘtres en hauteur Â» laissent pĂ©nĂ©trer la lumiĂšre dans le salon, la cuisine et les chambres), est distribuĂ© de façon optimale. Ces immeubles sont Ă©quipĂ©s pour la majoritĂ© de chauffages collectifs (circuit d’eau ou air pulsĂ©), placards encastrĂ©s, vide-ordures, garages Ă  vĂ©los et voitures d'enfant, caves en sous-sol, garages Ă  automobiles, isolations thermique et phonique, ascenseurs au-delĂ  de quatre Ă©tages...

Les I.S.A.I.

Article dĂ©taillĂ© : Appartement tĂ©moin (Le Havre).

Les Immeubles sans affectation individuelle (ou immĂ©diate), I.S.A.I., prĂ©financĂ©s par l’État et dessinĂ© d’aprĂšs un concours interne dans l’Atelier Perret (1945-1946), servirent de modĂšle Ă  l'ensemble de la reconstruction (dĂ©finition de la trame, des mĂ©thodes constructives, des plans intĂ©rieurs, etc.). RĂ©alisĂ©s entre 1947 et 1950, ces 350 logements s’agencent Ă  la maniĂšre d’une grande place royale se dĂ©ployant symĂ©triquement autour de la place de l’hĂŽtel de ville pour former des Ăźlots ouverts constituĂ©s en rĂ©alitĂ© d’un agencement trĂšs rationnel de barres de quatre Ă©tages et de six tours de dix Ă©tages que l’on percevait alors comme les premiers « buildings Â» français[27]. SituĂ© dans les I.S.A.I. et ouvert en mars 2006, l’appartement tĂ©moin Perret est un musĂ©e de la Ville du Havre consacrĂ© Ă  l’architecture intĂ©rieure, ainsi qu’à l’ameublement et Ă  la vie quotidienne dans la premiĂšre moitiĂ© des annĂ©es 1950.

Lieux majeurs du centre reconstruit

Ensembles monumentaux

Exception faite de l’église Saint-Joseph - vĂ©ritable phare au milieu de la ville - les ensembles monumentaux se situent aux extrĂ©mitĂ©s du « triangle monumental Â» structurant le plan d’ensemble de la reconstruction. Leur dessin a fait l’objet d’une attention toute particuliĂšre d’Auguste Perret.

Église Saint-Joseph

Article dĂ©taillĂ© : Église Saint-Joseph du Havre.
L'Ă©glise Saint-Joseph

ConsidĂ©rĂ©e comme une architecture majeure du XXe siĂšcle, l'Église Saint-Joseph est le dernier manifeste d'Auguste Perret. ImaginĂ©e sur la base du projet parisien de l’église Sainte-Jeanne-d’Arc (1924), l’église reconstruite - dessinĂ©e de sa main - fut conçue Ă  la fois comme un sanctuaire dĂ©diĂ© au culte et un monument honorant la mĂ©moire des victimes de la Seconde Guerre mondiale. Les travaux dĂ©butĂšrent fin 1951 pour se terminer en dĂ©cembre 1956 avec l'achĂšvement de la tour. La rĂ©alisation de l'Ă©difice fut confiĂ©e Ă  Raymond Audigier. À la mort de Auguste Perret, en 1954, l'Ă©glise fut terminĂ©e par Georges Brochard qui tenta de traduire ce que dĂ©sirait son maĂźtre pour la forme du clocher. Elle est inaugurĂ©e en juin 1957 et consacrĂ©e en 1964.
L'Ă©glise dispose d’une tour-clocher octogonale atteignant 110 mĂštres de hauteur et reposant sur un socle carrĂ© lĂ©gĂšrement Ă©tendu vers l’avant (entrĂ©e ouest) et l’arriĂšre (chapelle, sacristies). Le plan centrĂ© anticipe les rĂ©formes de Vatican II. Perceptible de l’extĂ©rieur, la structure se dĂ©voile en entrant dans l’édifice : quatre pans de la tour octogonale sont dĂ©portĂ©s vers des bracons reposant sur une sĂ©rie de quatre fois quatre piliers maintenus par des croix de Saint-AndrĂ©. Le ceinturage de l’ensemble est assurĂ© par un bĂ©ton prĂ©contraint, premiĂšre utilisation de cette technique en dehors des ouvrages d’arts (ponts). La tour-lanterne fait entrer la lumiĂšre dans l'Ă©difice grĂące Ă  des vitraux multicolores conçus par la « spatiocoloriste Â» et maĂźtre verrier Marguerite HurĂ©.
Premier Ă©difice moderne Ă  faire l’objet d’une protection patrimoniale, l’église Saint-Joseph sera inscrite au titre de la loi sur les monuments historiques en 1965. En 1997, elle est parĂ©e d'un habillage lumineux, puis d'importants travaux de restauration sont entrepris entre 2003 et 2005. La tribune a Ă©tĂ© dotĂ©e d’un orgue Ă  tuyaux, inaugurĂ© le 25 septembre 2005[28].

HĂŽtel de ville

ƒuvre des architectes Auguste Perret et Jacques Tournant, l'hĂŽtel de ville est inaugurĂ© en 1958. Le premier pieu du corps central est coulĂ© en 1953, la tour de 18 Ă©tages et 72 mĂštres de haut Ă©voquant initialement un beffroi est commencĂ©e en 1954. Le thĂ©Ăątre attenant est inaugurĂ© en octobre 1967. L'extension sur la façade nord de l'Ă©difice, indispensable mais esthĂ©tiquement discutable, date de 1987. Comme tous le Ă©difices majeurs, l’hĂŽtel de ville retrouve approximativement sa position d’avant-guerre. SituĂ© dans la perspective d’une vaste place, le bĂątiment Ă©tablit une dialectique entre deux unitĂ©s : une tour abritant les bureaux administratifs et un bĂątiment en longueur rythmĂ© par une imposante colonnade dans lequel se placent des fonctions de « rĂ©ception Â» comme les grands salons. Un vaste escalier part du rez-de-chaussĂ©e pour se diviser en deux volĂ©es distribuant l’étage noble. Tel un « abri souverain Â» la colonnade soutient totalement la charge du toit terrasse qui abrite une structure secondaire supportant les planchers et de vastes baies vitrĂ©es.
Le jardin de la partie sud de la place de l'hĂŽtel de ville a Ă©tĂ© dessinĂ© personnellement par Perret. Cette immense place[29] a Ă©tĂ© transformĂ©e en 1990 : rĂ©trĂ©cissement du boulevard qui la divisait en couloir de bus, crĂ©ation d'un parking souterrain, ajout de fontaines, d'arbres et de treillages en bois exotique, agrandissement des pelouses et des espaces fleuris.

Porte Océane

Sortant des plans de l'Atelier de Reconstruction Perret en 1950, cette place s'inspire du projet de la Porte Maillot Ă  Paris qu’Auguste Perret prĂ©sente en 1930. La partie nord, construite par Jacques Poirrier de 1951 Ă  1953, a bĂ©nĂ©ficiĂ© de techniques de prĂ©fabrication Ă©tendue grĂące Ă  un usinage complet des structures et des remplissages (systĂšme Monod). La partie sud a Ă©tĂ© construite par AndrĂ© Hermant de 1951 Ă  1956 Ă  l’aide de la technique plus traditionnelle du coffrage en bois pour les structures.
Seul point de jonction entre la ville reconstruite et la mer, la Porte OcĂ©ane forme un dĂ©cor monumental et reprĂ©sente de maniĂšre symbolique la porte de la citĂ© Ă©voquĂ©e par Édouard Herriot, laissant entrevoir aux Havrais se promenant sur l’avenue Foch le passage des grands paquebots. Il s'agit d'un ensemble constituĂ© de deux tours jumelles de 13 Ă©tages, hautes de 47,50 mĂštres, et de deux immeubles bas, situĂ©s Ă  l'extrĂ©mitĂ© de l'avenue Foch. Inscrites sur cette prestigieuse avenue et disposant d’une vue sur mer, les 256 logements disposent de grandes surfaces et d’équipements soignĂ©s (par exemple, un chauffage collectif rĂ©glable individuellement).

Front de mer sud

La rĂ©alisation d’un front de mer sud monumental apparaĂźt dans les premiers projets de 1945. Il a finalement Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© par une trentaine d’architectes proches de Perret dirigĂ©s par Pierre-Edouard Lambert, il est intĂ©grĂ© au programme national de construction du « Secteur industrialisĂ© Â» (24 mai 1951) et Ă©chappe ainsi aux exigences du permis de construire. ConstituĂ© de 1127 logements, situĂ©s en bas des normes H.L.M. (ainsi les plafonds sont abaissĂ©s sous 2,5 m), ce groupe d’habitations a Ă©tĂ© imaginĂ© d’un seul tenant. Premier en France Ă  dĂ©passer les mille unitĂ©s, il peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme le premier grand ensemble, Ă  condition de ne pas tenir compte de son inscription urbaine et de ses gabarits classiques. Outre des normes sociales spĂ©cifiques, l’ordre architectural choisi reste celui du monumental : situĂ© sur un Front de mer attenant Ă  l’entrĂ©e de port, il joue un rĂŽle dĂ©terminant dans la perspective de la ville vue depuis les grands transatlantiques (les deux tours dĂ©calĂ©es et les bĂątiments bas en redents figurent une anamorphose de la Porte OcĂ©ane).

Édifices antĂ©rieurs Ă  1964

CollĂšge Raoul Dufy

Anciennement Lycée de jeunes filles, Pierre-Edouard Lambert a édifié ici, entre 1950 et 1956, le premier établissement scolaire de la reconstruction.
Architecturalement traitĂ© comme un monument Ă©voquant mĂȘme quelques grands chantiers d’Auguste Perret (Palais d’IĂ©na), il s’organise autour d’une vaste cour protĂ©gĂ©e des vents dominants par le bĂątiment central abritant des salles de classe amplement Ă©clairĂ©es (fenĂȘtres Ă  l’est). Il a bĂ©nĂ©ficiĂ© d'une restauration complĂšte et, au nord, une extension rĂ©cente a Ă©tĂ© intĂ©grĂ©e au bĂątiment d'origine (Pierre Dubus, 2004).

Casino

SituĂ© entre le Bassin du commerce et la place Jules Ferry, l’ancien palais de la bourse puis chambre de commerce, est un bĂątiment majestueux crĂ©Ă© par l'architecte Othello Zavaroni (1953) et inaugurĂ© le 22 juillet 1957. EntiĂšrement rĂ©habilitĂ© en casino (depuis le 1er juin 2006), il a pratiquement conservĂ© son aspect extĂ©rieur originel. CĂ©lĂšbre enseignant en architecture, Zavaroni dĂ©cline ici un Ă©clectisme « beaux-arts Â» moderne au vocabulaire proche de Perret revisitĂ© suivant les critĂšres modernistes (claustras) sur fond d’ordonnancement classique (colonnade, abri souverain) assez strict mais efficace. L'intĂ©rieur a Ă©tĂ© profondĂ©ment modifiĂ©, les deux fresques monumentales (dont une visible depuis la place Jules Ferry) ont Ă©tĂ© conservĂ©es. Les 12 000 mÂČ accueillent aujourd'hui un ensemble comprenant casino, restaurants, salle de spectacle modulable de 500 places, bars, centre de remise en forme avec patio Ă  ciel ouvert, hĂŽtel et salles de rĂ©ception. La place Jules-Ferry, dotĂ©e Ă  prĂ©sent d'un bel amĂ©nagement paysager dĂ©mode dĂ©finitivement le square Erignac voisin. Vieillot et cloisonnĂ©, il bouche malheureusement la vue du casino depuis le boulevard de Strasbourg et forme une barriĂšre sur le chemin du centre commercial Coty. L'accĂšs depuis la zone piĂ©tonne semble Ă  prĂ©sent demander de sĂ©rieux amĂ©nagements.

Le Printemps

Construit par Alexandre Franche, Henri Vernot et Noël Boucher, architectes havrais, le grand magasin « Le Printemps » diffÚre des autres bùtiments de la reconstruction car il a été dessiné en courbe. Il était à l'époque presque complÚtement vitré, ce qui le rendait transparent, lumineux et trÚs esthétique. Il n'a malheureusement pas bénéficié d'une restauration extérieure digne de ce nom, les vitrages des étages étant occultés ainsi que certaines vitrines (également plus petites qu'à l'origine).

Ecole Supérieure de Commerce

L’ E.S.C. est un bĂątiment d'angle aux colonnes majestueuses fidĂšle Ă  l'esprit de l'atelier Perret, il a Ă©tĂ© conçu par l'architecte Robert Royon (1954). L'immense quadrillage vitrĂ© laissait apparaĂźtre un imposant escalier hĂ©licoĂŻdal jusqu'en 1993, annĂ©e oĂč il fut sacrifiĂ© pour Ă©tendre la superficie des Ă©tages.

Musée André Malraux

Article dĂ©taillĂ© : MusĂ©e des Beaux-Arts AndrĂ© Malraux.
Musée André Malraux

Le Musée des Beaux-Arts André Malraux[30], réalisé de 1959 à 1961 par Guy Lagneau, Michel Weill, Jean Dimitrijevic et Raymond Audigier.
C’est le premier musĂ©e de France Ă  ĂȘtre reconstruit aprĂšs la Seconde Guerre mondiale. Le bĂątiment se prĂ©sente comme une Ă©lĂ©gante boĂźte de verre, d’aluminium et d’acier. La lumiĂšre, filtrĂ©e par des brise-soleil (paralumes de Jean ProuvĂ©), pĂ©nĂštre de tous les cĂŽtĂ©s. Le musĂ©e des beaux arts, Ă  l'intĂ©rieur totalement modulable, fut mis en service en 1961. InaugurĂ© par AndrĂ© Malraux, le musĂ©e abritait la premiĂšre Maison de la Culture de France (jusqu’en 1967 oĂč celle-ci sera transfĂ©rĂ©e au ThĂ©Ăątre de l'HĂŽtel de Ville puis au Volcan, espace Oscar Niemeyer, depuis sa construction).

BibliothĂšque municipale Armand Salacrou

Elle est formĂ©e de deux bĂątiments perpendiculaires : les salles de lecture et les rĂ©serves. Le toit du bĂątiment principal, Ă  l'instar de l'Ă©glise Saint-Michel, Ă©voque un livre ouvert. Architectes : Jacques Tournant et Jacques Lamy (1963).

Église Saint-Michel

La reconstruction de l'église Saint-Michel (1960-1964) fut confiée à Henri Colboc, un des architectes locaux actifs dans la reconstruction du Havre.
La forme de la toiture reprĂ©sente une bible ouverte et l’entrĂ©e est surmontĂ©e par une gigantesque croix en teck. Pas de clocher, mais un campanile de 42 mĂštres de haut, sĂ©parĂ© de l'Ă©glise, Ă©voquant un cierge. La restauration de l'ensemble est entamĂ©e en 2007, le bĂątiment est aujourd'hui mis en valeur la nuit par une lumiĂšre discrĂšte et soignĂ©e. IntĂ©rieur : vaste halle carrĂ©e, l’église comprend des chapelles latĂ©rales hors-Ɠuvre, un Ă©clairage doux assurĂ© par des bandeaux de vitraux aux tons marrons situĂ©s en hauteur et au-dessus du portail d’entrĂ©e. Mobilier : une vierge en mĂ©tal galvanisĂ© provenant de l’église dĂ©truite par les bombardements, une importante tapisserie rĂ©alisĂ©e par les paroissiens, un mobilier en teck massif trĂšs robuste[31].

Autres

  • Polyclinique François Ier, Paul Nelson, 1950
  • Nouvelles Galeries havraises, Charles Frabre et Jean Le Soudier, 1951-1954
  • HĂŽtel de Normandie, Jacques Poirrier, Henri Daigue et Robert Royon, 1948-1951

Édifices postĂ©rieurs Ă  1964

RĂ©sidence de France

BĂątie dans une parcelle de cinq hectares situĂ©e sur l’ancien emplacement des chantiers navals Ă  partir de 1966 (2Ăšme tranche terminĂ©e en 1985), son architecture est due Ă  Georges Candilis et Ă  un architecte local (Jacques Lamy).
L’ensemble[32] forme une « mĂ©gastructure Â» directement inspirĂ©e par les derniĂšres thĂ©ories du Mouvement moderne pendant son dernier congrĂšs[33]. Georges Candilis reprend les plans dĂ©jĂ  rĂ©alisĂ©s avec Alexis Josic et Shadrach Woods au Mirail Ă  Toulouse (1961). Totalement indĂ©pendante du reste de la ville, la mĂ©gastructure dĂ©finit une trame hexagonale (en nid d’abeille) avec des Ă©lĂ©vations en gradins de 6, 8, 10 et 12 Ă©tages, elle comprend des galeries internes et de nombreux passages entre les diffĂ©rents volumes. IntĂ©rieurs : l’immeuble est Ă©pais (14,70 mĂštres, balcons non compris) et les appartements (environ 1 200) sont traversants, leur distribution est dĂ©terminĂ©e par la position centrale des lieux d’hygiĂšne et des dĂ©gagements qui sĂ©parent totalement les « espaces nuit Â» (chambres, salles de bains, WC) et les « espaces jour Â» (cuisine, sĂ©jour, salle).

Espace Oscar Niemeyer

RĂ©alisĂ© par Oscar Niemeyer entre 1978 et 1982, sur l'ancienne place Gambetta qui accueillait avant la Seconde Guerre mondiale le Grand ThĂ©Ăątre, l’espace culturel du Volcan comprend un thĂ©Ăątre (ScĂšne nationale), une salle polyvalente (le Petit Volcan), un cinĂ©ma d’art et d’essai et diverses piĂšces (studios d'enregistrement, bureaux...). Suivant la voie du formalisme blanc de Le Corbusier, Oscar Niemeyer rĂ©alise au cƓur de la ville une importante forme libre comprenant deux grands volumes hyperboliques - plus ou moins dissymĂ©triques - plongĂ©s dans une agora et placĂ©e dans un creux accessible par un escalier ou des rampes [34], dont une est hĂ©licoĂŻdale. À l'intĂ©rieur, les murs sont en bĂ©ton brut de dĂ©coffrage. L’accueil du thĂ©Ăątre, le grand foyer avec murs en pente et fenĂȘtres en meurtriĂšre, le foyer des artistes, ont conservĂ© leur amĂ©nagement d’époque (banque d’accueil et bar en bĂ©ton, moquette mauve, fauteuils et tables d’Oscar Niemeyer, luminaires globes en grappes). L'Ă©tat de l'extĂ©rieur du bĂątiment, des abords et des amĂ©nagements est assez mauvais.

Autres

L’inscription sur la Liste du patrimoine mondial par l'UNESCO

Au sein mĂȘme de l’histoire de l’architecture, il faut constater qu’à l’enthousiasme des premiĂšres publications suivant la rĂ©alisation de la ville[35] succĂšde une longue pĂ©riode d’oubli pendant laquelle son intĂ©rĂȘt exceptionnel sera niĂ© ou nĂ©gligĂ©. Il faut attendre les annĂ©es 1990 pour qu’elle Ă©veille l’intĂ©rĂȘt, grĂące au travail de Joseph Abram. Cette recherche novatrice est rapidement comprise par la Ville[36], elle sera suivie par les mesures de protection et de valorisation dĂ©jĂ  citĂ©es. L'inscription sur la Liste du patrimoine mondial par l’UNESCO apparaĂźt aussi comme le point d’orgue d’un long travail de rĂ©appropriation et de redĂ©couverte, un demi-siĂšcle aprĂšs la reconstruction.

GenĂšse du projet

Auguste Perret

La candidature du Havre Ă  l'inscription sur la Liste du patrimoine mondial n’était pas implicite car l'Ɠuvre d'Auguste Perret reste contestĂ©e dans des travaux encore rĂ©cents, et l'UNESCO n'a pas pour habitude de classer des sites contemporains. La candidature prĂ©sentĂ©e au comitĂ© du patrimoine mondial de l'UNESCO a Ă©tĂ© initiĂ© en dĂ©cembre 2002 par une visite des experts de l’architecture de DOCOMOMO-France (Fabienne Chevallier[37]) puis par les premiĂšres dĂ©marches administratives de l’universitaire Joseph Abram[38]). L’élaboration du dossier de candidature prĂ©sentĂ© Ă  l’UNESCO a eu lieu en 2003 sous la direction d’un comitĂ© de pilotage [39] et d’un comitĂ© scientifique et technique[40] aidĂ© par diffĂ©rents services de la Ville du Havre (Service urbanisme et prospective, Service SIGU, Service Ville d’art et d’histoire). Le projet rĂ©sultat rĂ©pondait Ă  deux critĂšres d'admission fixĂ©s par l’Organisation[41] :

  • CritĂšre (ii) : Le plan de reconstruction d’aprĂšs-guerre du Havre est un exemple exceptionnel et une Ă©tape importante de l’intĂ©gration des traditions urbanistiques Ă  une mise en Ɠuvre pionniĂšre des dĂ©veloppements modernes qui se sont produits dans l’architecture, la technologie et l’urbanisme.
  • CritĂšre (iv) : Le Havre est un exemple d’aprĂšs-guerre exceptionnel de l’urbanisme et de l’architecture, basĂ© sur l’unitĂ© de la mĂ©thodologie et sur le systĂšme de la prĂ©fabrication, l’utilisation systĂ©matique d’une trame Ă  module et l’exploitation novatrice des potentiels du bĂ©ton.

Il a reçu le soutien du conseil gĂ©nĂ©ral de la Seine-Maritime[42]. PrĂ©sentĂ© par le maire de la ville et Joseph Abram, le dossier a d'abord dĂ» ĂȘtre sĂ©lectionnĂ© au niveau français et se trouvait alors en concurrence avec d'autres candidatures (Parc national des CĂ©vennes, rives de la Gironde, barriĂšre de corail de Nouvelle-CalĂ©donie).

Classement

L'UNESCO a inscrit le centre-ville du Havre le 15 juillet 2005 au patrimoine mondial de l'humanitĂ© sur la base des deux critĂšres prĂ©citĂ©s, saluant l'« exploitation novatrice du potentiel du bĂ©ton Â». L'espace de 133 hectares reprĂ©sentant selon l'UNESCO "un exemple exceptionnel de l'architecture et de l'urbanisme de l'aprĂšs-guerre" est un des rares sites contemporains inscrits en Europe, rejoignant le Parc GĂŒell Ă  Barcelone, les maisons Art nouveau de Victor Horta en Belgique ou encore les anciennes aciĂ©ries de Völklingen en Allemagne.

Citation du maire du Havre, Antoine Rufenacht aprĂšs l'inscription : La modernitĂ© du Havre, insufflĂ©e par Auguste Perret au lendemain de la guerre, devient dĂ©sormais une composante assumĂ©e de l'identitĂ© havraise. Elle doit constituer le socle du nouveau rayonnement de la ville.

Voir aussi

Notes et références

  1. ↑ Auguste Perret, Le Havre-Éclair, 29 octobre 1945
  2. ↑ Joseph Abram, Aux origines de l’Atelier du Havre , in Villes reconstruites : du dessin au destin, L’Harmattan, 1994
  3. ↑ Claire ETIENNE-STEINER et al., Le Havre – Auguste Perret – Le centre reconstruit, ItinĂ©raire du patrimoine n°78, 1994
  4. ↑ La ZPPAUP est approuvĂ©e par le Conseil municipal en 1995
  5. ↑ OpĂ©ration Seelöwe (lion de mer)
  6. ↑ L'intĂ©rĂȘt militaire de cette opĂ©ration reste sujette Ă  caution
  7. ↑ OpĂ©ration Astonia Fall of Le Havre 1944
  8. ↑ Bernard ESDRAS-GOSSE, Alors les Havrais rebĂątirent leur ville
 Histoire d’une Reconstruction, Entr’aide du Havre, 1951 (pour le bilan chiffrĂ© des destructions)
  9. ↑ Jacques Tournant, Pierre-Édouard Lambert, AndrĂ© Le DonnĂ©, Guy Lagneau, Arthur HĂ©aume, AndrĂ© Persitz, AndrĂ© Hermant, Jacques Guilbert, ThĂ©o Sardnal, Pierre Feuillebois, etc. L’urbaniste Jacques Tournant sera chargĂ© des opĂ©rations de gestion administrative et de la lĂ©galistation du remembrement. La plupart des projets sont dĂ©posĂ©s avant 1954 mais il faut attendre 1964 pour que les derniers travaux s’achĂšvent et que l’ensemble des sinistrĂ©s soit relogĂ©s dĂ©finitivement. PrĂšs de cent architectes interviendront
  10. ↑ Auguste Perret in Jean GALLOTTI, Les Nouvelles littĂ©raires, artistiques et scientifiques, 19 juillet 1945
  11. ↑ Auguste PERRET, Le Havre-Éclair op. cit.
  12. ↑ op. cit.
  13. ↑ Claire ETIENNE-STEINER, Le Havre – Auguste Perret et la reconstruction, Images du patrimoine, 1999, p. 14-15
  14. ↑ Le projet abandonne au passage le concept de surĂ©lĂ©vation de la ville avec une dalle de bĂ©ton sous laquelle devait se placer les garages et les diffĂ©rents rĂ©seaux techniques (Ă©gouts, eaux, gaz, cĂąbles). Cette suppression paraissait nĂ©cessaire vu les conditions Ă©conomiques de l’époque
  15. ↑ ‎Jacques TOURNANT in Techniques et Architecture, 10Ăšme sĂ©rie, n°1-2, 1950, p. 35
  16. ↑ Il s'agit la plupart du temps de villes crĂ©Ă©es ex nihilo comme Alexandrie d'Égypte (IVe siĂšcle avant J.-C.) ou PompĂ©i
  17. ↑ Manhattan, le CBD de San Francisco, etc.
  18. ↑ Annabelle LAUVRAY, La fonction commerce dans la rue de Paris au Havre de 1945 Ă  1959, mĂ©moire de maĂźtrise, UniversitĂ© Paris-1, 2004
  19. ↑ La premiĂšre dĂ©signation de « triangle d’or Â» ne peut pas ĂȘtre retenue car celui-ci n’en a pas les proportions
  20. ↑ La mĂ©canique des fluides montrent que ce type de dispositif ne fonctionne malheureusement pas

  21. ↑ Auguste PERRET (sous la direction de), « La Reconstruction du Havre Â», in Techniques et architecture, vol. VI, n°7-8, 1946, p. 333
  22. ↑ Atelier PERRET, Annales de l'Institut Technique du Bñtiment et de Travaux Publics, n°65, mai 1953, p. 438)
  23. ↑ Provenant des moucharabieh, les claustras apparaissent dans la CathĂ©drale d’Oran construite par AndrĂ© Ballu avec Perret, 1908-1912
  24. ↑ L'utilisation des terrasses sur le toit, initialement suggĂ©rĂ©e, n'a finalement pas Ă©tĂ© retenue
  25. ↑ Joseph ABRAM, « Habiter le Havre. L’atelier Perret et les nouvelles valeurs d’usage du logement Â», in Habiter la modernitĂ©, UniversitĂ© de Saint-Etienne, 2006, p.39-54
  26. ↑ Elisabeth CHAUVIN, Appartements tĂ©moins de la reconstruction du Havre, Point de vues, 2007
  27. ↑ En rĂ©alitĂ© devancĂ© par d’autre projets comme la citĂ© de la Muette Ă  Drancy ou Villeurbanne
  28. ↑ avec l'Orchestre des Concerts AndrĂ© Caplet pour la rĂ©ouverture de l'Ă©glise
  29. ↑ Les dimensions spectaculaires (280x250m) de la place de l’Hîtel-de-Ville du Havre la situent comme l’une des plus grande d’Europe
  30. ↑ * MusĂ©e Malraux, site http://unesco.ville-lehavre.fr
  31. ↑ la famille Colboc Ă©tant rattachĂ©e Ă  des nĂ©gociants en bois
  32. ↑ parfois qualifiĂ© avec une certaine moquerie par les Havrais de "HLM pour riches"
  33. ↑ Team-X, Alison et Peter Smithson
  34. ↑ Peu accessible en rĂ©alitĂ©, l’agora forme une rupture dans la ville : Oscar Niemeyer, Ă  ce jour plus que centenaire, travaille actuellement sur une rĂ©vision de ce projet
  35. ↑ AndrĂ© CHASTEL, « Un grand chantier "classique" : Le Havre, le plus noble Ă©pisode de la reconstruction, in Le Monde, 1er aoĂ»t 1953, p.6
  36. ↑ RenĂ© LAHOUSSE, « Les bĂ©tons du Havre : une gestion cultivĂ©e Â», entretien avec Joseph ABRAM in Face, GenĂšve, n°42-43, 1997-1998, p.10-18
  37. ↑ Fabienne Chevallier, « La recostruzioni di Le Havre, Patrimonio Mondiale dell’UmanitĂ  Â», Arkos, Florence, n°14, avril-juin 2006, p. 16-23
  38. ↑ Joseph ABRAM, dossier UNESCO - La ville reconstruite par Auguste Perret – Proposition d’inscription du centre reconstruit du Havre sur la liste du patrimoine mondial, Ville du Havre, novembre 2003
  39. ↑ Comprenant le maire du Havre (Antoine RUFENACHT), ses adjoints (Patrice GELARD, Chantal ERNOULT, Francine VALTOUX, Jean LEVALLOIS, Yves MARTRET, Jacqueline MARAIS, Olivier JOUGLA, Claude MENDRAS, Jean-RenĂ© MARTEL), les directeurs administratifs (Dominique DHERVILLEZ, Jean-Pierre NIOT, HervĂ© COLLETTE), des agents de la Ville et des experts (Vincent DUTEURTRE, Joseph ABRAM, Olivier POISSON, VĂ©ronique CHATENAY-DOLTO, Fabienne CHEVALIER)
  40. ↑ Par ordre alphabĂ©tique : Sylvie BAROT, Laurent BORNET, Anne-Sophie BROUSSEAU, Elisabeth CHAUVIN, Claire ETIENNE-STEINER, Annette HAUDIQUET, Patrice PUSATERI, SĂ©verine ROUTEL
  41. ↑ http://whc.unesco.org/fr/decisions/501
  42. ↑ subvention de 120 000 euros

Articles connexes

Liens externes

Bibliographie

Par ordre d’actualitĂ© :

  • Elisabeth CHAUVIN, « Appartements tĂ©moins de la reconstruction du Havre Â», Point de vues, Ville d’art et d’histoire, 2007. (ISBN 978-2-915548-19-8)
  • VILLE D’ART ET D’HISTOIRE, « Le Havre. Ville reconstruite par Auguste Perret. Invitation Ă  la dĂ©couverte Â», Ville du Havre, 2006. Petit guide disponible Ă  l’Office de tourisme du Havre en français, anglais, allemand et japonais.
  • VILLE DU HAVRE, « Les BĂątisseurs, l’album de la reconstruction du Havre Â», Point de vues, MusĂ©e Malraux, 2002.
  • Claire ETIENNE-STEINER, « Le Havre. Ville, port et agglomĂ©ration Â», collection ItinĂ©raires du patrimoine, Connaissance du patrimoine de Haute-Normandie, Rouen, 1999. (ISBN 2-910316-19-X)
  • Claire ETIENNE-STEINER, « Le Havre. Auguste Perret et la reconstruction Â», collection Images du patrimoine, Connaissance du patrimoine de Haute-Normandie, 1999. (ISBN 2-910316-21-1)

Revue de presse

  • « Le Havre patrimoine mondial Â», numĂ©ro spĂ©cial du quotidien Havre Libre, no 18.677, 16 juillet 2005.
  • StĂ©phane SIRET, « Le Havre : ville laboratoire Â», in Le Point, no 1695, 10 mars 2005.

Filmographie

  • Matthieu SIMON, « La rĂ©ponse de l’architecte Â», 52 min, Montrouge production, 2008.
  • Portail de l’architecture et de l’urbanisme Portail de l’architecture et de l’urbanisme
Ce document provient de « Centre-ville reconstruit du Havre ».

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