Causes profondes du génocide au Rwanda

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Causes profondes du génocide au Rwanda

Causes du génocide au Rwanda

Entre avril et juillet 1994, quelques 800 000 hommes, femmes et enfants, principalement Tutsis, ont Ă©tĂ© massacrĂ©s au Rwanda[1]. La qualification de gĂ©nocide pour dĂ©signer ces crimes et la conclusion que l'Organisation des Nations unies (ONU) n'a su ni l'empĂȘcher ni la faire cesser plus tĂŽt sont retenues, en novembre 1994, dans la rĂ©solution du Conseil de sĂ©curitĂ© de l'ONU qui institue le Tribunal pĂ©nal international pour le Rwanda[2], puis en 1999, par la commission mandatĂ©e par le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l'ONU, Kofi Annan[3].

Les causes de ce gĂ©nocide furent multiples : outre l'accumulation de haines entre les communautĂ©s Hutu et Tutsie au fil des annĂ©es et l'enchaĂźnement des Ă©vĂ©nements dĂ©clencheurs, d'autres causes ou responsabilitĂ©s, intĂ©rieures ou extĂ©rieures, ont Ă©tĂ© Ă©voquĂ©es par les diffĂ©rentes commissions d'enquĂȘtes.

GÉNOCIDE AU RWANDA

Rwanda
Histoire du Rwanda
Populations des Grands Lacs
Ethnisme au Rwanda

Introduction
ÉvĂ©nements initiaux
Causes du génocide
Acteurs rwandais
Communauté internationale
Institutions religieuses
Particularités du génocide
Conséquences du génocide
Justice internationale (TPIR)
MĂ©dias
NĂ©gationnisme

Glossaire et compléments
Bibliographie

Sommaire

La construction du projet génocidaire

De nombreuses tentatives de comprĂ©hensions de la « mĂ©canique gĂ©nocidaire Â» ont Ă©tĂ© faites :

Le plus souvent elles s'inspirent d'une perception endogĂšne de cet Ă©vĂ©nement : la cause du gĂ©nocide rĂ©siderait uniquement dans certain nombre de facteurs inventoriĂ©s, dont les principaux seraient une « haine ethnique Â» et l'attentat dĂ©clencheur.

D'autres analyses, que nous Ă©voquons plus loin, ont aussi relevĂ© des Ă©lĂ©ments extĂ©rieurs qui auraient favorisĂ© le projet gĂ©nocidaire, notamment les suites de la colonisation, le soutien de la France Ă  la RĂ©publique mono-ethnique Hutu, la non application des accords d'Arusha, les Ă©vĂ©nements du Burundi, l'attitude des Églises et les inconsĂ©quences de la communautĂ© internationale.

L’inspiration du gĂ©nocide

L'inspiration du gĂ©nocide trouve sa source principale dans le retournement politique de 1959 qu'on a appelĂ© « la rĂ©volution sociale Â» et qui a dĂ©bouchĂ© sur la fuite de plusieurs dizaines de milliers de Tutsi, la crĂ©ation de la premiĂšre RĂ©publique et l'indĂ©pendance du Rwanda.

À la suite de ces Ă©vĂ©nements, eux-mĂȘmes trĂšs liĂ©s Ă  la structuration de la colonisation belge au Rwanda, les exilĂ©s Tutsi ont Ă©tĂ© perçus comme une menace permanente par les dirigeants Hutu, qui craignaient leur dĂ©sir de revenir au Rwanda par la reconquĂȘte du pouvoir. L'extermination des Tutsi Ă©tait « dans l'air Â», dans le prolongement des Ă©vĂ©nements de 1959, 1963 et 1973, qui balisent l'histoire du Rwanda post-colonial.

DĂ©jĂ  le 4 fĂ©vrier 1964, un article du journal Le Monde Ă©tait titrĂ© : «L'extermination des Tutsis, les massacres du Rwanda sont la manifestation d'une haine raciale soigneusement entretenue Â»[4].

Le retour armé du FPR en octobre 1990 va déclencher sur ce terreau historique et culturel la montée en puissance d'une idéologie anti-Tutsi. Ce mouvement sera amplifié par les événements graves du Burundi en 1992, puis l'assassinat en octobre 1993 du premier président hutu burundais élu, Melchior Ndadaye.

Le chanteur-compositeur Simon Bikindi membre du MRND, qui chantait l'extermination des Tutsi dĂšs la fin des annĂ©es 1980[5], ou le colonel Rwagafilita que le gĂ©nĂ©ral français Jean Varret a entendu en 1990 dire Ă  propos des Tutsi : « ils sont trĂšs peu nombreux, nous allons les liquider Â», la crĂ©ation du journal extrĂ©miste Kangura (en dĂ©cembre 1990), celle de la radio des milles collines, sont autant d'Ă©lĂ©ments, parmi beaucoup d'autres, qui montrent une commune inspiration et l'expression d'un objectif : se dĂ©barrasser des Tutsi.

La perception de l’histoire du Rwanda

L’« ethnisme Â»

Tutsi, Hutu et Twa ne sont pas des ethnies au sens propre du terme, mais sont des catégories socio-professionnelles (agriculteurs, éleveurs, potiers).[6]

Avant la colonisation, tous les Rwandais parlent la mĂȘme langue, ce qui est peu frĂ©quent dans les pays d’Afrique, ont la mĂȘme foi traditionnelle en un dieu unique, Imana, la mĂȘme culture et vivent ensemble sur les collines. Ils se marient parfois entre eux et continueront Ă  le faire par la suite, malgrĂ© les pressions politiques existant depuis les indĂ©pendances. L’ethnisme rwandais ne rĂ©pond donc pas Ă  des caractĂ©ristiques ethnologiques fondĂ©es.[6]

Ne relevant ni des ethnies, ni des classes sociales, la distinction entre Hutus et Tutsis correspond Ă  des groupes structurĂ©s Ă  partir de leur activitĂ©. Elle Ă©voque celle des « ordres Â» dans l’Europe d’avant 1789, ce qui n'exclut pas la possibilitĂ© que les deux groupes aient Ă©tĂ© d'origines diffĂ©rentes dans un passĂ© lointain, avant de s'assimiler les uns aux autres par le biais du mariage[6]. Avant la colonisation, un Hutu qui possĂ©dait plusieurs tĂȘtes de bĂ©tail pouvait, de ce fait, devenir Tutsi[7]. RĂ©ciproquement, un Tutsi pouvait devenir Hutu[8].

Les Rwandais expliquent qu'il y avait traditionnellement d'autres rĂ©fĂ©rences sociales : les clans, qui regroupaient toutes les catĂ©gories socio-profressionnelles et faisaient aussi ressortir des clivages rĂ©gionaux.[9]

L'ethnisme au Rwanda apparait donc comme une volontĂ© idĂ©ologique de « racialiser Â» la perception de la sociĂ©tĂ© et de la diviser d'une maniĂšre qui servit ensuite de levier pour justifier les massacres.

L’influence belge et de courants idĂ©ologiques occidentaux du dĂ©but du XXe siĂšcle

L’ethnisme au Rwanda date du temps du colonisateur allemand, puis belge. Il constitue l’élĂ©ment structurant de l’organisation sociale et politique mise en place dans les annĂ©es vingt et trente.[7]

Jusqu'à la fin des années cinquante, les enseignants, les intellectuels, les ethnologues et les universitaires accréditent le mythe d'une société rwandaise composée de Tutsis évolués et de Hutus faits pour obéir, engendrant de grandes frustrations chez ces derniers.[6]

Des observateurs ont aussi vu dans le problÚme rwandais une réplique induite du conflit linguistique belge. Il est indéniable que les Wallons, qui étaient majoritaires au début au Rwanda, et les Flamands continueront sur le sol Rwandais leurs luttes idéologiques et d'influence. En 1958, le basculement du soutien belge aux Tutsi vers un soutien aux Hutu est articulé à la fois sur les demandes des Tutsi d'indépendance politique, comme partout en Afrique, et sur le développement de la présence des Flamands au Rwanda qui verront dans les Hutu un peuple opprimé comme eux [10].

La lecture révolutionnaire de la société rwandaise

La Révolution française a aussi servi de référence dans ce basculement politique entre les Tutsi et les Hutu[11].

L'Église catholique, belge surtout, plus influente peut ĂȘtre que dans aucun autre pays, avait consacrĂ© le Rwanda au « Christ roi Â». La dimension religieuse est indispensable pour comprendre le Rwanda, tant ce pays est imprĂ©gnĂ© de sentiments religieux, et tant la place sociale de l'Église catholique Ă©tait importante dans les structures politiques, sociales et Ă©ducatives de ce pays [12].

Les autoritĂ©s de l'Église catholique au Rwanda dĂ©velopperont Ă  la fin des annĂ©es cinquante une prĂ©dication de libĂ©ration du peuple Hutu opprimĂ© par les Tutsi, Ă  l'instar des discours contre la noblesse française Ă  la fin du XVIIIe siĂšcle. On rappelle frĂ©quemment la Lettre pastorale du 11 fĂ©vrier 1959 de Monseigneur Perraudin, qui sera perçue comme une justification morale de la chasse aux Tutsi qui dĂ©butera quelques semaines plus tard. Monseigneur Perraudin insiste sur la distinction raciale et conteste l'analyse de classe, pour barrer la route aux sensibilitĂ©s communistes qui auraient pu s'Ă©veiller alors dans les milieux populaires.[13]

De l’ethnisme Ă  la guerre civile, puis au gĂ©nocide

L'ethnisme a provoquĂ© l'exil de nombreux Tutsi. La revendication des Tutsi en exil de revenir au pays s'est toujours heurtĂ©e aux pouvoirs Hutu entre 1959 et 1994. La volontĂ© des Tutsi de revenir au pays par les armes a dĂ©clenchĂ© une guerre civile. En rĂ©ponse, les responsables Hutu ont menĂ© une double stratĂ©gie, combattre le FPR et massacrer les Tutsi de l'intĂ©rieur du pays pour tenter de dissuader le FPR de poursuivre sa reconquĂȘte.

Dans son rapport, la mission parlementaire française écrit:

« 

Cette volontĂ© d'Ă©radiquer les Tutsis imprĂšgne tout particuliĂšrement l'armĂ©e composĂ©e uniquement de Hutus. Le GĂ©nĂ©ral Jean Varret, ancien chef de la Mission militaire de coopĂ©ration d’octobre 1990 Ă  avril 1993 a indiquĂ© devant la Mission comment, lors de son arrivĂ©e au Rwanda, le Colonel Rwagafilita, lui avait expliquĂ© la question tutsie : « ils sont trĂšs peu nombreux, nous allons les liquider Â».[14]

 Â»

Le colonel Rwagafilita était alors le chef d'état-major de la gendarmerie rwandaise, directement sous l'autorité de Juvénal Habyarimana, le président de la République.

Les résonances entre les événements du Burundi et ceux du Rwanda

Le Burundi a une structure de population semblable Ă  celle du Rwanda, la mĂȘme langue malgrĂ© quelques variantes, et une histoire coloniale comparable, puisque les Allemands, puis les Belges administrĂšrent le Rwanda-Urundi comme une mĂȘme entitĂ©. Mais la gestion post-coloniale du Burundi fut diffĂ©rente de celle du Rwanda, puisque les Tutsi ont toujours gardĂ© une influence importante sur les structures de l'État burundais, et la « question ethnique Â» a Ă©voluĂ© au plan politique de façon trĂšs diffĂ©rente.

L'assassinat en octobre 1993 de Melchior Ndadaye, premier prĂ©sident de la RĂ©publique Hutu Ă©lu dĂ©mocratiquement, fut une source d'angoisse pour les responsables de la RĂ©publique Hutu rwandaise. Cet assassinat fut attribuĂ© Ă  l'armĂ©e burundaise, dirigĂ©e par des Tutsi et justifia un durcissement de l'ethnisme au Rwanda. Il servit de prĂ©texte Ă  un renforcement des campagnes idĂ©ologiques prĂ©parant le gĂ©nocide en appelant la population rwandaise Ă  se lever contre la volontĂ© des Tutsi d'imposer leur pouvoir et leur projet, supposĂ© mais prĂ©sentĂ© comme rĂ©el, de massacrer les Hutu.[rĂ©f. nĂ©cessaire]

Les pressions des démocraties riches

Le multipartisme

Le discours de La Baule, prononcĂ© le 20 juin 1990 par François Mitterrand, eut une influence directe sur JuvĂ©nal Habyarimanas. Trois semaines aprĂšs l'avoir entendu, il dĂ©clara qu'il allait modifier la constitution rwandaise pour ouvrir le pays au multipartisme. Selon l'analyse des dĂ©putĂ©s français, ce discours semble avoir fonctionnĂ© comme un piĂšge pour la politique française, car les responsables français n'en ont pas tirĂ© toutes les consĂ©quences :

« la logique du discours de La Baule a fonctionnĂ© comme un piĂšge.
Face aux atermoiements des autoritĂ©s rwandaises et prĂ©occupĂ©e par la stabilitĂ© des États et la sĂ©curitĂ© rĂ©gionale, la France n’a jamais pris la dĂ©cision de suspendre toute coopĂ©ration, ou mĂȘme de procĂ©der Ă  une baisse du niveau de son aide civile et militaire. Aussi, le prĂ©sident JuvĂ©nal Habyarimana a-t-il pu se convaincre lui-mĂȘme que « la France
 serait derriĂšre lui quelle que soit la situation, qu’il pouvait faire n’importe quoi sur le plan militaire et politique Â» comme l’a estimĂ© M. Herman Cohen au cours de son audition.
Avec le recul, on peut considĂ©rer que les autoritĂ©s rwandaises ont jouĂ© avec habiletĂ© des promesses qu’elles n’ont pas tenues Â» [15].

Les lobbies occidentaux de l’armement

Les Forces armées rwandaises ont reçu des armes pendant le génocide, y compris aprÚs l'embargo des Nations unies du 17 mai 1994. Jusqu'au 18 juillet 1994, (la veille de la victoire du FPR), au moins cinq livraisons d'armes seraient passées par Goma, dont l'aéroport était sous contrÎle zaïrois, puis français, pour aboutir à Gisenyi au Rwanda [16].

L'analyse des circuits de financement et la provenance des armes au Rwanda pendant le gĂ©nocide, tels que la Commission d'enquĂȘte citoyenne française l'a perçu dans son rapport[17], montre une entente entre des organismes français et anglo-saxons, belges, Ă©gyptiens, israĂ©liens, chinois et africains-du-sud, entre autres. Cela implique une relativisation de l'explication par le « complexe de Fachoda Â» et donne une vision dĂ©calĂ©e des explications apparentes. François-Xavier Verschave en a dĂ©duit que tout semble s'ĂȘtre passĂ© comme si dans une crise comme celle du Rwanda, les intĂ©rĂȘts gĂ©opolitiques s'effacent lorsqu'il s'agit de faire vivre le marchĂ© de l'armement.

Ces armes étaient destinées au conflit militaire avec le FPR et officiellement n'étaient pas destinées aux génocidaires.

Le contexte géographique et démographique du Rwanda

L’enclavement gĂ©ographique

Le Rwanda est entourĂ© de frontiĂšres naturelles : le lac Kivu Ă  l'ouest, la chaĂźne de volcans au nord, les marais de l'Akagera Ă  l'est, etc. Loin de la mer, sans lignes de chemin de fer, seul l'avion et la route le relient Ă  l'extĂ©rieur. Cet enclavement est sans doute la raison pour laquelle il est probablement le dernier pays dĂ©couvert par les europĂ©ens en Afrique. Il limite les Ă©changes et a contribuĂ© Ă  la grande unitĂ© linguistique du pays.

La grande densité de population

On [prĂ©cision nĂ©cessaire] a fait remarquer que la densitĂ© de population et le niveau de natalitĂ© sont des facteurs aggravants de conflits entre toutes les communautĂ©s. Au moment du gĂ©nocide, le Rwanda - pays essentiellement agricole - arrive aux environs de 300 habitants au kmÂČ, certaines rĂ©gions atteignant 1000 habitants au kmÂČ.

Le Rwanda a Ă©tĂ© un modĂšle de dĂ©veloppement en Afrique jusqu'Ă  la fin des annĂ©es 1970, oĂč ce dĂ©veloppement fut stoppĂ© net par la sĂ©cheresse et la dĂ©gradation de l'environnement. Les collines Ă©taient cultivĂ©es jusqu'au sommet, les pentes les plus fortes Ă©taient cultivĂ©es selon les mĂȘmes techniques que les terres plates, provoquant une Ă©rosion qui allait frĂ©quemment jusqu'Ă  des glissements de terrain. À la fin des annĂ©es 1980, la baisse des cours mondiaux du thĂ© et du cafĂ©, principales exportations du Rwanda aggrave la situation. Dans le mĂȘme temps la population augmente Ă  un rythme soutenu et les guerres civiles dĂ©placent un million de Rwandais vers des camps de rĂ©fugiĂ©s, oĂč les jeunes sans avenir grossissent les milices.

Une Ă©tude[18] sur la commune de Kanama, au Nord-Est du Rwanda, rĂ©gion trĂšs fertile, montre que la taille moyenne d'une exploitation agricole y est de 0,4 ha en 1988, et de 0,3 ha en 1993, surface divisĂ©e en une moyenne de 10 parcelles non contiguĂ«s. Sur chaque exploitation vit une moyenne de 4,9 personnes en 1988 et de 5,3 personnes en 1993. Les conditions sont tellement difficiles que les jeunes ne peuvent plus fonder de foyer: le nombre de jeunes femmes vivant chez leurs parents passe de 39 Ă  67% de 1988 Ă  1993, tandis que le nombre de jeunes hommes vivant chez leurs parents passe de 71 Ă  100%. Ces chiffres ne sont que des moyennes et cachent une autre dĂ©gradation. Si le pourcentage de trĂšs petites fermes augmente, le pourcentage de « grosses Â» fermes (plus d'un hectare !) augmente lui aussi. Ces grosses fermes appartiennent Ă  ceux qui disposent de revenus extĂ©rieurs. Autrement dit la sociĂ©tĂ© se polarise, avec comme consĂ©quence une augmentation importante de la criminalitĂ©, liĂ©e Ă  la misĂšre: le pourcentage de la population consommant moins de 1600 calories par jour passe de 9% en 1982 Ă  40% en 1990.

Traditionnellement dans la sociĂ©tĂ© rwandaise les riches aidaient leurs parents pauvres. Ce systĂšme s'est effondrĂ© quand mĂȘme les riches ont commencĂ© Ă  Ă©prouver des difficultĂ©s pour eux-mĂȘmes. Les femmes sĂ©parĂ©es ou veuves retournaient traditionnellement dans leur famille d'origine, les orphelins se tournaient traditionnellement vers leurs grands parents. Les frĂšres de ces femmes et les oncles de ces enfants se sont mis Ă  s'opposer Ă  ce retour qui menaçait le peu d'hĂ©ritage qui aurait pu aider Ă  leur survie. Les pĂšres se sont mis Ă  ne plus partager leur terre au moment au moment de la mise en mĂ©nage de leurs fils


Le Rwanda Ă©tait ainsi devenu une poudriĂšre oĂč n'importe quel prĂ©texte pouvait dĂ©clencher une explosion de violence contre n'importe quel bouc Ă©missaire. Des politiques ont canalisĂ© cette explosion vers l'ethnie Tutsi. Mais la situation a Ă©tĂ© en rĂ©alitĂ© plus complexe.

La commune de Kanama ne comptait qu'une seule Tutsi. Les massacres ont nĂ©anmoins fait plus de 5% de morts dans la population (l'Ă©tude n'a pas permis de dĂ©terminer un chiffre plus prĂ©cis, sans doute plus Ă©levĂ©). Les victimes Ă©taient principalement des gros propriĂ©taires et des personnes connues pour avoir Ă©tĂ© impliquĂ©es dans des litiges fonciers. Les auteurs de l'Ă©tude concluent: « Il n'est pas rare, aujourd'hui encore, d'entendre des Rwandais soutenir qu'une guerre Ă©tait nĂ©cessaire pour diminuer la population en excĂšs et pour la ramener au niveau des ressources en terre disponibles Â». Cette conclusion rejoint GĂ©rard Prunier[19]: « Les politiciens avaient bien sĂ»r des raisons politiques de tuer. Mais si de simples paysans dans leur ingo ont poursuivi le gĂ©nocide avec un tel acharnement, c'est qu'une rĂ©duction de la population, pensaient-ils sans doute, ne pourrait que profiter aux survivants.»

Un autre exemple montrant que le projet gĂ©nocidaire ne peut suffire Ă  expliquer l'ampleur des massacres: la troisiĂšme ethnie du Rwanda, les Twas, a payĂ© un lourd tribut alors que situĂ©s tout au bas de l'Ă©chelle sociale, ils ne reprĂ©sentaient aucun enjeu de pouvoir.[rĂ©f. souhaitĂ©e]

L’organisation du gĂ©nocide

Aucun document de synthÚse préparatoire, qui révélerait l'organisation globale du génocide, n'a été trouvé. C'est l'argument principal de ceux qui contestent la qualification de génocide pour les massacres du Rwanda en 1994. Pourtant la qualification de génocide des événements du Rwanda en 1994 a été confirmée lors de la création du Tribunal Pénal International pour le Rwanda [20], puis par plusieurs jugements du TPIR.

Des massacres Ă  caractĂšre gĂ©nocidaire, considĂ©rĂ©s comme annonciateurs du gĂ©nocide par des observateurs commencent Ă  ĂȘtre perceptibles Ă  partir de 1992 [21].

En 1991 et 1992, des actes de génocide ont été commis sur les Bagogwe, catégorisés comme Tutsi. En 1992, d'autres massacres ont lieu dans le Bugesera et dans le sud ouest du pays. Des membres de la garde présidentielle et des milices se sont introduits dans la région pour provoquer ce qu'ils présenteront ensuite comme un soulÚvement populaire en réaction à des attentats. Ces massacres ont été accompagnés de propagande sur les ondes ainsi que dans le journal extrémiste Kangura.

À cette date un premier rapport de la FĂ©dĂ©ration internationale des Droits de l'Homme lance une alerte. Une commission internationale d'enquĂȘte constituĂ©e autour de la FIDH, publie un deuxiĂšme rapport en mars 1993, appelĂ© communĂ©ment « rapport de la FIDH de 1993 Â» [22] qui est encore plus prĂ©cis et parle d'actes de gĂ©nocide et de perspectives graves. Les autoritĂ©s rwandaises sont dĂ©signĂ©es ouvertement.[23]

Ces rapports indiquent que des investigations poussĂ©es ont Ă©tĂ© menĂ©es en zone gouvernementale. Mais l'attitude du FPR a Ă©galement Ă©tĂ© analysĂ©e dans plusieurs rapports. Les violations des droits de l'homme qui auraient Ă©tĂ© commises par le Front Patriotique Rwandais ont Ă©tĂ© dĂ©crites par Africa Watch en fĂ©vrier 1992 sous le titre: «Rwanda, talking peace and waging war, human rights since the october 1990 invasion». En 1993, la commission internationale d'enquĂȘte, s'appuyant sur cette premiĂšre Ă©tude a poursuivi aussi cette analyse du conflit[24]. Cette commission internationale n'a pas Ă©tabli d'actes de gĂ©nocide de la part du FPR, mais a dĂ©noncĂ© des exĂ©cutions extra-judiciaires et des dĂ©portations qu'elles attribuaient Ă  des intĂ©rĂȘts stratĂ©giques, avec la rĂ©serve qu'elle n'a pas pu se rendre dans les camps de dĂ©placĂ©s en Ouganda, sa mission ayant Ă©tĂ© prĂ©parĂ©e uniquement dans le cadre d'une enquĂȘte au Rwanda.

À partir de 1992, on crĂ©e trĂšs officiellement les milices Interahamwe pour embrigader les jeunes militants du parti prĂ©sidentiel MRND. D'autres partis, notamment la Coalition pour la dĂ©fense de la RĂ©publique (CDR), forment aussi des milices qui seront confondues pendant le gĂ©nocide avec la plus importantes, celle des Interahamwe. Les discours, celui de LĂ©on Mugesera en 1992, et d'autres d'Habyarimana, sont de plus en plus clairs et mobilisateurs. La radio des mille collines, premiĂšre radio officiellement « libre Â» Ă  cĂŽtĂ© de la seule radio d'État, commence Ă  Ă©mettre sur Kigali avant de se gĂ©nĂ©raliser Ă  tout le Rwanda. Les chansons de Simon Bikindi y ont une place particuliĂšre. Cette radio est financĂ©e par l'Akazu, le cercle proche du prĂ©sident et de sa femme Agathe. La propagande officielle se dĂ©veloppe dans le but avouĂ© que tout Rwandais devienne un tueur ou une victime, selon sa carte d'identitĂ©. Ces milices sont formĂ©es essentiellement par les Forces armĂ©es rwandaises. Mais l'un des points les plus controversĂ© de la formation des milices concerne la France. En vertu des accords de coopĂ©ration militaire signĂ©s en 1975, la gendarmerie française formait des gendarmes rwandais. Des Rwandais affirment que ces gendarmes et des militaires français de l'opĂ©ration NoroĂźt formaient aussi des miliciens. En avril 2005 sur France Culture, un gendarmes du GIGN, le Sergent Thierry Prungnaud, a affirmĂ© de façon « catĂ©gorique Â» avoir vu des militaires français former des miliciens en 1992 au Rwanda[25].

Un informateur, cité par Roméo Dallaire dans ses télégrammes à l'ONU au premier trimestre 1994, avertit la Minuar de l'existence de caches d'armes destinées à la population et qu'il est prévu de tuer des casques bleus belges pour les faire partir.

Une enquĂȘte, menĂ©e aprĂšs le gĂ©nocide par Pierre Galand et Michel Chossudovsky, montre que de nombreuses alertes Ă©conomiques Ă©taient connues des instances internationales et notamment de la Banque mondiale et du FMI. La balance des paiements et la rĂ©partition budgĂ©taire des comptes du Rwanda commença Ă  basculer dĂšs le dĂ©but des annĂ©es 1990, sans que ces Ă©lĂ©ments semblent tous liĂ©s Ă  la guerre contre le FPR. Ayant pu enquĂȘter au sein de la Banque nationale du Rwanda, ils ont dĂ©couvert des lignes comptables et des courriers ministĂ©riels qui montraient que des dĂ©tournements de dĂ©penses officielles avaient pour objet de camoufler des dĂ©penses prĂ©paratoires au gĂ©nocide affectĂ©es Ă  des postes divers dans la comptabilitĂ© nationale. Par ailleurs, au sein des douanes Ă  l'aĂ©roport de Kigali, un service parallĂšle trĂšs important qui Ă©tait alimentĂ© de toutes sortes de biens marchands, gĂ©rĂ© par madame Habyarimana et l'un de ses frĂšres, Ă©chappait Ă  tout contrĂŽle national et alimentait des circuits occultes[26].

La mise en Ɠuvre du gĂ©nocide

Les événements déclencheurs

L’accord de paix d’Arusha

Le 4 août 1993, aprÚs plusieurs années de négociations, le Gouvernement de la République rwandaise et le Front patriotique rwandais (FPR) signaient l'accord de paix d'Arusha[27].

Cet accord prĂ©voyait la mise en place par les Nations Unies d'une « Force internationale neutre Â» (FIN) chargĂ©e de superviser l'intĂ©gration des forces armĂ©es des deux parties, de garantir la sĂ©curitĂ© gĂ©nĂ©rale du pays, d'assurer la sĂ©curitĂ© de la distribution d'aides humanitaires, d'effectuer des opĂ©rations de dĂ©minage et de faire de Kigali une zone neutre. Elle devait de plus contribuer Ă  assurer la sĂ©curitĂ© de la population civile, Ă  rechercher des caches d'armes, Ă  neutraliser les bandes armĂ©es Ă  travers tout le pays, Ă  rĂ©cupĂ©rer toutes les armes distribuĂ©es Ă  la population civile ou acquises illĂ©galement par celle-ci et Ă  contrĂŽler le respect de la cessation des hostilitĂ©s[27].

L'Accord reposait sur l'hypothÚse que la FIN serait déployée dans un délai d'environ un mois, bien que les représentants des Nations unies aient informé les parties que cette hypothÚse n'était pas réaliste.[27]

Une semaine à peine aprÚs la signature de l'Accord, l'ONU publiait un rapport inquiétant sur la situation des droits de l'homme au Rwanda. Ce rapport faisait suite à une mission ayant établi que le Rwanda était le théùtre de massacres et de nombreuses autres graves violations des droits de l'homme prenant pour cible la population Tutsie. Mais l'essentiel de ce rapport semble avoir été ignoré par les principaux acteurs du systÚme des Nations Unies.[27]

Le 15 septembre, une dĂ©lĂ©gation commune du gouvernement rwandais et du FPR demanda au secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral des Nations-unies de dĂ©ployer rapidement une force internationale importante, prĂ©venant que tout retard risquait de provoquer l'effondrement du processus de paix. Le SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral rĂ©pondit que mĂȘme si le Conseil approuvait l'envoi d'une force de cette envergure, il faudrait au moins deux ou trois mois pour la dĂ©ployer, entre autres Ă  cause des demandes de troupes considĂ©rables qui Ă©taient faites aux Nations unies pour la Somalie et la Bosnie, alors qu'une crise financiĂšre traversait l'Organisation.[27]

Les difficultés d'engagement de la MINUAR

Le 24 septembre 1993, le SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l'ONU proposa au Conseil de sĂ©curitĂ© le dĂ©ploiement d'une force de 2 548 hommes. Le 5 octobre, le Conseil adoptait Ă  l'unanimitĂ© la rĂ©solution 872 (1993) par laquelle Ă©tait crĂ©Ă©e la MINUAR dont la mission principale Ă©tait de superviser l'application de l'accord de cessez-le-feu. Le commandement en fut confiĂ© au GĂ©nĂ©ral canadien RomĂ©o Dallaire qui arriva Ă  Kigali le 22 octobre. Le 23 novembre 1993, le gĂ©nĂ©ral Dallaire envoyait Ă  New York, pour approbation par le SecrĂ©tariat, un projet de rĂšgles d'engagement comprenant, une disposition qui autorisait expressĂ©ment la Mission Ă  intervenir, y compris en utilisant la force, en rĂ©ponse Ă  des crimes contre l'humanitĂ©. Le SiĂšge n'approuva jamais cette demande.[28]

Le processus politique était bloqué par des difficultés ayant pour toile de fond une violence chaque jour plus visible. Au début décembre, le secrétaire général adjoint aux affaires politiques fut reçu par le président rwandais, le général Juvénal Habyarimana. Il lui exposa qu'il avait été informé que des meurtres d'opposants étaient en cours de préparation et que l'ONU ne le tolérerait pas. Le président Habyarimana démentit.[28]

Le 11 janvier 1994, Le Général Dallaire envoya à l'ONU un télégramme dans lequel il rapportait des informations communiquées par un instructeur de trÚs haut niveau dans les milices Interahamwe concernant:

  • une stratĂ©gie dont le but Ă©tait de provoquer le meurtre de soldats belges de la MINUAR et le retrait de leur bataillon.
  • l'entraĂźnement par les forces gouvernementales de 1 700 hommes rĂ©partis dans tout Kigali pour y dresser la liste de tous les Tutsis, en vue de leur extermination.

Dallaire reconnaissait Ă©prouver certaines rĂ©serves concernant la fiabilitĂ© de l'informateur et disait que la possibilitĂ© d'un piĂšge ne pouvait pas ĂȘtre complĂštement exclue. NĂ©anmoins, son cĂąble se terminait par un appel Ă  l'action.[28]

M. Kofi Annan rĂ©pondit que ces informations Ă©taient inquiĂ©tantes, mais qu'elles contenaient certaines contradictions, et concluait que « la MINUAR ne devra entreprendre aucune action de reconnaissance ou autre [
] avant d'avoir reçu des directives claires du SiĂšge Â».[28]

Un peu plus tard, le SiĂšge indiqua que si la MINUAR estimait que l'informateur Ă©tait absolument fiable, les instructions Ă©taient de solliciter d'urgence une audience du PrĂ©sident Habyarimana et de lui faire savoir que des informations apparemment fiables concernant des activitĂ©s des Interahamwe constituaient une menace patente contre le processus de paix. Il soulignait que « le souci primordial Ă©tait la nĂ©cessitĂ© d'Ă©viter de se lancer dans un type d'action qui risquait de dĂ©clencher l'usage de la force et des consĂ©quences imprĂ©visibles Â».[28]

Impasse politique et dégradation des conditions de sécurité

Le 14 janvier, le prĂ©sident Habyarimana indiquait au secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l'ONU qu'il avait besoin de l'appui des quatre ambassadeurs qu'il venait de recevoir (France, Belgique, États-Unis et Tanzanie) ainsi que celui de l'ONU pour pouvoir imposer une solution aux parties. Le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral lui dĂ©clara que l'ONU avait confiance en son autoritĂ©, mais que si aucun progrĂšs n'avait lieu, elle serait obligĂ©e de mettre fin Ă  sa prĂ©sence au Rwanda[29].

Pendant tout le mois de fĂ©vrier, la situation continua Ă  se dĂ©grader. Il y avait chaque jour des manifestations de plus en plus violentes, des attaques Ă  la grenade et des meurtres politiques et ethniques. Les milices armĂ©es des diffĂ©rentes parties continuaient Ă  constituer des stocks d'armes et se prĂ©paraient Ă  leur distribution. Les FGR en particulier stockaient des munitions et renforçaient leurs positions Ă  Kigali dans la perspective d'un conflit. La MINUAR souhaitait mener des opĂ©rations de dissuasion sĂ©lectives visant les caches d'armes confirmĂ©es, mais n'obtint pas de mandat des Nations-unies lui permettant d'y procĂ©der. En effet, la rĂ©solution du Conseil de SĂ©curitĂ© ne l'autorisait Ă  agir qu'Ă  condition que les parties opposĂ©es aient au prĂ©alable rĂ©ussi Ă  s'entendre et Ă  Ă©tablir elles-mĂȘmes une zone de sĂ©curitĂ©.[29]

Le 23 février, de nombreux renseignements montraient que la distribution d'armes et de liste de civils à assassiner avait commencé, sans que la MINUAR ne parvienne à en établir la preuve indiscutable.[29]

Le 1er mars, le SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral menaçait de retirer la MINUAR dans les 15 jours si aucun progrĂšs n’était rĂ©alisĂ©. Toutefois, le 30 mars, il prĂ©sentait au Conseil de SĂ©curitĂ© un rapport dĂ©crivant la situation et recommandait la prolongation du mandat de la MINUAR pour une durĂ©e de six mois. Le 5 avril, le Conseil de SĂ©curitĂ©, dans sa rĂ©solution 909, acceptait une prolongation de 4 mois seulement.[29]

Attentat contre l’avion prĂ©sidentiel et dĂ©but du gĂ©nocide

Le 3 avril 1994, Radio Mille Collines annonce que le 4 et le 5, il va se passer quelque chose Ă  Kigali et qu'il fallait ĂȘtre prĂȘt, sans autres prĂ©cisions. Il n'est pas possible de dĂ©terminer s'il s'agissait de l'attentat du 6 avril qui de toute Ă©vidence a servi de signal de lancement du gĂ©nocide ou d'une coĂŻncidence utilisĂ©e opportunĂ©ment. JuvĂ©nal Habyarimana avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© pris Ă  parti et menacĂ© sur les ondes de Radio Mille Collines (« Tu ne peux pas gouverner contre le peuple. MĂȘme Habyarimana, si le peuple est contre lui, il ne met plus un pied au pays. Â»)

AussitĂŽt aprĂšs l'attentat, le gouvernement intĂ©rimaire est constituĂ© en quelques jours avec les personnalitĂ©s les plus actives dans la prĂ©paration du gĂ©nocide, le Hutu Power. MĂȘme Ă  Paris, François Mitterrand raconta au staff de MĂ©decins sans frontiĂšres qu'Agathe Habyarimana, Ă©vacuĂ©e par l'opĂ©ration Amaryllis, voulait lancer des appels au gĂ©nocide sur les radios françaises. Cela fut interprĂ©tĂ© comme de la folie par le prĂ©sident français. Les Ă©vĂ©nements ultĂ©rieurs montrĂšrent que tout appui, direct ou indirect, notamment français, Ă©tait souhaitĂ© par les organisateurs du gĂ©nocide.

Tout ce travail prĂ©paratoire eut pour expression mĂ©diatique le mot d'ordre « administratif Â» de ce projet national : « exterminer les cancrelats Â», dĂ©clinĂ© en toutes sortes de variantes, aux pĂ©riphrases sĂ©duisantes, typiques de la culture rwandaise trĂšs sensible Ă  la poĂ©sie des mots, puis « finir le travail Â». Les cancrelats Ă©taient dĂ©signĂ©s comme tels depuis des annĂ©es. Le bras constituĂ© du gĂ©nocide, les « milices interahamwe Â», reçut des Forces armĂ©es rwandaises un soutien logistique et matĂ©riel. Chaque jour, chaque heure, la radio prĂ©cisait des objectifs de massacres prĂ©cis. Les milices entraĂźnaient la population avec elle dans ce « travail collectif Â» (Umuganda), notion qui faisait partie de la culture rĂ©publicaine rwandaise depuis des annĂ©es. C'Ă©tait un travail organisĂ©, de 9h du matin environ Ă  16h-17h, avec ses temps de repos annoncĂ©s par des coups de sifflet. La biĂšre Ă©tait prĂ©vue dans les stocks nationaux pour soutenir les combattants.

Polémiques sur les causes du génocide

Les explications des personnes condamnées pour génocide

Polémiques sur le rÎle de la politique française

Mises en causes de la politique française par les ONG en 1994

point de vue du gouvernement intérimaire rwandais pendant le génocide

Mises en causes de la politique française par les autorités Rwandaises à partir de juillet 1994

Point de vue des responsables politiques français de 1994

Point de vue de l'armée française

Point de vue des députés français

Point de vue de la Commission d'enquĂȘte citoyenne

Voir aussi

Ouvrages utilisés pour la rédaction de cet article

Liens et documents externes

Références et notes

  1. ↑ L'estimation du nombre des victimes oscille entre 500 000 et 1 million. cf Rapport de la mission d'information sur le Rwanda p.288
  2. ↑ RĂ©solution 955
    Le rapporteur spĂ©cial de la commission des droits de l'homme de l'ONU, RenĂ© Degni-SĂ©gui avait qualifiĂ© les Ă©vĂ©nements de gĂ©nocide dans son rapport remis en octobre 1994 : « Les faits incriminĂ©s revĂȘtent une triple nature : un gĂ©nocide rĂ©sultant des massacres des Tutsis, des assassinats politiques de Hutus, et des atteintes diverses aux droits de l'homme Â».
  3. ↑ [pdf]Rapport de l'ONU, 1999, p.  3
  4. ↑ Photo du titre de la page 16 du journal Le Monde du 4 fĂ©vrier 1964
  5. ↑ Trial Watch
  6. ↑ a , b , c  et d  Rapport Quilùs, p.41
  7. ↑ a  et b  Rapport Quilùs, p.40
  8. ↑ Des Rwandais ont racontĂ© Ă  Albert Hilbold qu'une reine mĂšre qui avait Ă©tĂ© renversĂ©e de sa chaise par un de ses porteurs tutsi, lui avait retirĂ© ses vaches. Il Ă©tait devenu Hutu de ce fait. Quelques annĂ©es plus tard son fils retrouva les faveurs royales, reçut des vaches et redevint Tutsi. Albert Hilbold, annexe de Puissiez vous dormir avec des puces : Journal de l'aprĂšs-gĂ©nocide au Rwanda, HomnisphĂšres (2003), rĂ©cit de voyage aprĂšs le gĂ©nocide, de retour au Rwanda oĂč il a vĂ©cu longtemps dans les annĂ©es 60
  9. ↑ CHRETIEN Jean-Pierre, L'Afrique des Grands Lacs : deux mille ans d'histoire, Aubier, 2000, 411 p.
  10. ↑
    -Christian Terras et Mehdi Ba - Rwanda, l'honneur perdu de l'Église - Golias.
    -« Cette intronisation du premier roi chrĂ©tien modifia la situation: il s'ensuivit une vague de conversions restĂ©e dans les mĂ©moires sous le nom de Tornade. Signe Ă©clatant de l’implantation du catholicisme au Rwanda: en vingt ans, plus de 90 % des Rwandais devinrent catholiques. Le français demeura la langue officielle, car, la plupart des missionnaires Ă©taient francophones. Cependant, une nouvelle gĂ©nĂ©ration de prĂȘtres flamands, d’origine plus modeste que leurs collĂšgues francophones, s’identifia davantage aux Hutus et entreprit de former une contre-Ă©lite hutue, et leur apprit le nĂ©erlandais. Ces Hutus devinrent les leaders de la «nation hutue» et s’impliquĂšrent dans la politique active. Â» Page Rwanda chapitre 3.2 sur le site de l'UniversitĂ© de Laval au Canada - « TrĂ©sor de la langue française au Quebec Â».
    -Lire aussi à ce sujet la conférence de Willy Fabre - Le complexe Rwanda - sur le site belge, Wihogora
  11. ↑ voir le livre de Dominique Franche : Rwanda. GĂ©nĂ©alogie d’un gĂ©nocide
  12. ↑ « Les violences dĂ©butĂšrent Ă  la fin de 1959. DĂ©jĂ  le climat politique Ă©tait tendu, suite au dĂ©cĂšs du roi dans des circonstances mystĂ©rieuses au milieu de l’annĂ©e[6]. Sous la direction de GrĂ©goire Kayibanda, diplĂŽmĂ© du sĂ©minaire catholique et cosignataire du Manifeste des Bahutu, un parti Ă  prĂ©dominance Hutu apparut, le Mouvement dĂ©mocratique rwandais/Parti du Mouvement de l’Émancipation Hutu, ou encore Parmehutu. De jeunes Tutsi ayant molestĂ© un militant du parti, les Hutu saisirent instantanĂ©ment l’occasion pour riposter et une guerre civile Ă©clata[7]. À la fois les Belges et les dirigeants ecclĂ©siastiques prirent ouvertement le parti de leurs nouveaux amis Hutu. Les PĂšres Blancs donnĂšrent quelques conseils stratĂ©giques aux dirigeants Hutu et en gĂ©nĂ©ral soutinrent leur cause. En parallĂšle, le plus haut gradĂ© militaire belge sur le terrain dirigeait les opĂ©rations au nom des Hutu et ses propres troupes, lorsqu’elles se dĂ©cidaient Ă  intervenir, encourageaient les attaques des Hutu contre les Tutsi Â» Rapport de l'OUA 3.10.
  13. ↑ « Dans notre Ruanda les diffĂ©rences et les inĂ©galitĂ©s sociales sont pour une grande part liĂ©es aux diffĂ©rences de race, en ce sens que les richesses d'une part et le pouvoir politique et mĂȘme judiciaire d'autre part, sont en rĂ©alitĂ© en proportion considĂ©rable entre les mains des gens d'une mĂȘme race. Cet Ă©tat de chose est l'hĂ©ritage d'un passĂ© que nous n'avons pas Ă  juger. Mais il est certain que cette situation de fait ne rĂ©pond plus aux normes d'une organisation saine de la sociĂ©tĂ© ruandaise et pose, aux responsables de la chose publique des problĂšmes dĂ©licats et inĂ©luctables. Â» Lettre pastorale de fĂ©vrier 1959 de Monseigneur Perrraudin
  14. ↑ Rapport QuilĂšs, p.288 (dans la pagination du document web de l'AssemblĂ©e nationale indiquĂ© en bibliographie)
  15. ↑ Rapport des dĂ©putĂ©s français - L’inflexion du discours de La Baule (attendre l'affichage du chapitre)
  16. ↑ 5.2 Organigramme des livraisons d’armes à Goma en juin-juillet 1994 - Rapport CEC en ligne, L'Horreur qui nous prend au visage
  17. ↑ COMMISSION D'ENQUETE CITOYENNE (Rapport) Coret Laure & Verschave François-Xavier, L'Horreur qui nous prend au visage, Karthala, 2005, 586 p. - pages 103 Ă  133. Extrait :
    « Nous avons essayĂ© de rĂ©sumer dans un organigramme le chemin empruntĂ© par les armes Ă  destination de Goma Ă  la mi-juin 1994. Les diffĂ©rentes sources consultĂ©es (rapports de Human Rights Watch, Amnesty International, Oxfam, enquĂȘte du Times, Arms fixers de Brian Wood et Johan Peleman, NISAT, 1999) documentent plus de cinq livraisons sur Goma de la mi-juin Ă  la mi-juillet 1994. Mais dans son reportage du 3 juillet 1994 pour le Journal du Dimanche (voir plus loin), Franck JohannĂšs parle d’arrivages d’armes "tous les soirs depuis la mi-avril". Â»
  18. ↑ Catherine AndrĂ© et Jean Philippe Plateau, « Land relations under unbearable stress: Rwanda caught in the Malthusian trap Â» (Journal of Economic Behavior and Organization,34, 1998, p.1-47), citĂ© par Jared Diamond dans Effondrement
  19. ↑ GĂ©rard Prunier, Rwanda, le gĂ©nocide, Paris, Dagorno, 1997, Ă©galement citĂ© par Jared Diamond dans Effondrement
  20. ↑ RĂ©solution 955 de l'ONU- voir note 1
  21. ↑ Rapport de la commission internationale d'enquĂȘte sur les violations des droits de l'homme au Rwanda depuis le 1er octobre 1990
  22. ↑ Ibid
  23. ↑ Journal de 20 heures du 24 janvier 1993 sur France 2 - interview par Bruno Masure de Jean Carbonare, membre de cette commission
  24. ↑ Ibid, Chapitre 3 de la troisiùme partie page 66 à 73 de la version PDF
  25. ↑ Voir note du rapport de la CEC
  26. ↑ L'Ă©conomie du gĂ©nocide
  27. ↑ a , b , c , d  et e  Rapport de l'ONU, 1999, pp. 5-7
  28. ↑ a , b , c , d  et e  Rapport de l'ONU, 1999, pp. 7-13
  29. ↑ a , b , c  et d  Rapport de l'ONU, 1999, pp. 13-16
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