Cathedrale Notre-Dame d'Amiens

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Cathedrale Notre-Dame d'Amiens

Cathédrale Notre-Dame d'Amiens

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Cathédrale Notre-Dame d’Amiens
Vue générale de l'édifice
Vue générale de l'édifice

Latitude
Longitude
49¬į 53‚Ä≤ 40‚Ä≥ Nord
       2¬į 18‚Ä≤ 07‚Ä≥ Est
/ 49.894444, 2.301944
 
Pays France France
Région Picardie
Département Somme
Ville Amiens
Culte Catholique romain
Type Cathédrale
Rattaché à Diocèse d'Amiens (siège)
Début de la construction 1220
Fin des travaux 1288
Style(s) dominant(s) Gothique
Classé(e) Monument historique (1862)
Patrimoine mondial (1981)

La cath√©drale Notre-Dame d‚ÄôAmiens est la plus vaste de France par ses volumes int√©rieurs (200 000 m3). Avec les cath√©drales de Chartres et de Reims, elle est consid√©r√©e comme l'arch√©type du style gothique classique, comprenant aussi des √©l√©ments des phases suivantes du style gothique, du gothique rayonnant (notamment le chevet) et du gothique flamboyant (notamment la grande rosace de la fa√ßade occidentale, la tour nord et les stalles). Sa longueur hors Ňďuvre est de 145 m√®tres et sa hauteur sous vo√Ľte de 42,30 m√®tres (proche du maximum supportable pour cette architecture).

Monument historique en France depuis 1862, elle est inscrite depuis 1981 au patrimoine mondial de l'UNESCO[1].

Sommaire

Histoire

La partie la plus ancienne de l'√©difice, la nef, haute de 42,3 m√®tres, vue depuis le triforium du chŇďur - Au fond la rosace flamboyante surmontant la tribune des grandes orgues.

La cath√©drale actuelle occupe un emplacement o√Ļ plusieurs sanctuaires se sont succ√©d√© ; on en sait peu de choses. Le premier √©difice date de la fin du IIIe si√®cle, √† l'√©poque gallo-romaine, et aux cours des neuf si√®cles suivants plusieurs cath√©drales furent √©difi√©es. Plusieurs fois des incendies les r√©duisirent en cendres. Tel fut le cas en 850, lors d'une invasion normande, puis en 1019, puis encore en 1107. Apr√®s ce sinistre une nouvelle √©glise, romane, fut √©difi√©e dont nous ne poss√©dons aucun document permettant de d√©terminer ce qu'elle √©tait.

Le 17 d√©cembre 1206, un crois√© picard nomm√© Wallon de Sarton, chanoine de Picquigny, qui lors du pillage de Constantinople par les crois√©s en 1204, avait r√©ussi √† subtiliser la sainte relique du cr√Ęne de saint Jean-Baptiste, ramena celle-ci √† Amiens o√Ļ il fut re√ßu par l'√©v√™que Richard de Gerberoy. Tr√®s rapidement la relique devint l'objet d'un important p√®lerinage. De nombreux princes fran√ßais et √©trangers vinrent l'honorer. Mais la t√™te du saint attira surtout les gens atteints de surdit√©, de mutisme, de c√©cit√© et avant tous les gens atteints du mal saint-Jean, c'est-√†-dire d'√©pilepsie. Cet afflux rendit fort vite la cath√©drale romane trop petite.

En 1218, la foudre tomba sur la fl√®che de l'ancienne cath√©drale, ce qui mit le feu aux charpentes. Le toit s'embrasa avec une rapidit√© stup√©fiante et bient√īt, ce fut l'√©difice tout entier qui s'√©croula dans les flammes. L'√©v√™que √Čvrard de Fouilloy d√©cida de reconstruire une nouvelle cath√©drale, non seulement bien plus vaste et plus belle que la pr√©c√©dente, mais aussi in√©gal√©e parmi les autres sanctuaires de la chr√©tient√©. Il fallait √©galement que cette nouvelle cath√©drale, par son programme iconographique soit un v√©ritable livre de pierres, qui favoriserait l'enseignement de la religion aupr√®s du peuple chr√©tien. On parlera plus tard de la Bible d'Amiens.

Et face à ce grand défi, comme architecte, il choisit Robert de Luzarches[2].

Les trois portails de la grande fa√ßade occidentale furent tr√®s rapidement √©difi√©s. Ils datent des ann√©es 1220-1230 (premier tiers du XIIIe si√®cle.)
Ces bas-reliefs du soubassement du portail de droite (de la M√®re-Dieu) de la fa√ßade occidentale se trouvent sous les statues des rois Salomon et H√©rode et datent du d√©but du XIIIe si√®cle[3]. Ils sont remarquablement conserv√©s. De gauche √† droite : Salomon √† table, Salomon sur son tr√īne, le massacre des Innocents, Salomon avec la reine de Saba, Salomon en pri√®re devant le Temple, H√©rode donnant l'ordre de br√Ľler les vaisseaux de Tharsis.

√Čdification de la cath√©drale actuelle (1220-1288)

Les travaux de construction d√©but√®rent en 1220 et la pose de la premi√®re pierre se d√©roula dit-on dans l'all√©gresse. Peu auparavant on avait recul√© l'enceinte de la ville dont la population avait fort augment√©. En 1190, les remparts avaient √©t√© recul√©s √† l'est et peu apr√®s en 1193, au sud. Les b√Ętisseurs b√©n√©ficiaient de ce fait d'un espace agrandi √† l'int√©rieur de la nouvelle enceinte (dite de Philippe-Auguste) et purent ainsi pr√©voir un sanctuaire de dimensions gigantesques (145 m√®tres de long sur 70 de large au transept). Il fallut cependant d√©truire l'√©glise Saint-Firmin-le-Confesseur qui occupait l'emplacement pr√©vu pour le bras nord du transept, ainsi que l'H√ītel-Dieu qui aurait emp√™ch√© la construction de la tour nord de la fa√ßade principale. Contrairement √† la r√®gle habituelle, les travaux commenc√®rent par la nef. La cath√©drale continua pense-t-on √† utiliser provisoirement le chŇďur de l'ancienne √©glise romane.

En ce d√©but du XIIIe si√®cle, p√©riode du r√®gne de Philippe-Auguste, Amiens vivait en pleine prosp√©rit√©. La ville profitait de la proximit√© des Flandres dont l'activit√© drapi√®re √©tait florissante, ainsi que des foires de Champagne toutes proches. Mais c'√©tait le commerce de la gu√®de ou pastel des teinturiers, utilis√©e pour la teinture des draps et cultiv√©e dans la r√©gion, qui assurait √† la bourgeoisie ami√©noise la base de sa fortune. Amiens en avait le quasi-monopole et l'√©v√™ch√© d'Amiens participait √† la prosp√©rit√© g√©n√©rale. Les g√©n√©reux donateurs ne manquaient pas, et les ressources de l'√©v√™ch√© lui permettaient de financer ce chantier gigantesque.

Robert de Luzarches √©tant d√©c√©d√© en 1222, ainsi d'ailleurs que l'√©v√™que √Čvrard de Fouilloy, le nouvel √©v√™que, Geoffroy d'Eu, confia la suite des travaux √† Thomas de Cormont. Les dons affluaient de tous c√īt√©s et le chantier avan√ßait rapidement de ce fait. En 1228, les murs de la nef atteignaient d√©j√† le niveau de la naissance des vo√Ľtes. Cette m√™me ann√©e Renault de Cormont succ√©da √† son p√®re comme ma√ģtre d'Ňďuvre. La nef fut achev√©e vers 1230.

Vers 1236, à la mort de Geoffroy d'Eu, la grande façade s'élevait déjà jusqu'aux corniches situées au-dessus de la rosace, et la base du transept était édifiée.

Le nouvel √©v√™que Arnoult s'attela d√®s lors √† l'√©dification du chŇďur, et on construisit les chapelles rayonnantes. Mais d√®s 1240, les travaux ralentirent, le budget √©tant √©puis√©. On put cependant terminer le d√©ambulatoire, o√Ļ Arnoult fut inhum√© en 1247.

Le nouvel √©v√™que, G√©rard de Coucy se soucia fort peu des travaux, lesquels se r√©duisirent √† peu de choses entre 1247 et 1258. Cette ann√©e-l√† vit un incendie ravager les chapelles absidiales. Ce sinistre eut pour effet de fouetter l'ardeur des b√Ętisseurs et des bienfaiteurs, et les travaux reprirent √† bon rythme jusqu'en 1269, ann√©e o√Ļ le chŇďur fut termin√©. La cath√©drale gothique √©tait d√®s lors op√©rationnelle, bien que les tours ne soient pas termin√©es.

Pr√®s de deux d√©cennies plus tard, l'√©v√™que Guillaume de M√Ęcon fit encore √©lever une fl√®che (la premi√®re) et fit ex√©cuter diverses petites modifications au niveau du chŇďur et du chevet. Ces travaux se termin√®rent en 1288. Cette ann√©e l√†, le labyrinthe fut cr√©√©, toujours sous la direction de Renault de Cormont. 1288 est la date retenue pour la fin de l'√©dification de la cath√©drale. Les tours de la fa√ßade occidentale n'√©taient toujours pas termin√©es. Au total cependant, l'√©dification avait √©t√© assez rapide puisque l'essentiel √©tait fait. Cela donne √† Notre-Dame d'Amiens une unit√© architecturale qui n'existe que rarement chez ses rivales.

La construction de la cathédrale d'Amiens a été fort importante pour le développement de la rationalisation des chantiers médiévaux et la taille en série des pierres. Dès le début de la construction en effet, Robert de Luzarches avait conçu quatre types différents de pierres qui furent fabriquées en série. Les pierres utilisées provinrent surtout des grandes carrières de Picquigny qui appartenaient aux chanoines de cette paroisse. Un contrat datant de 1234 nous est parvenu et fait état de cinquante livres parisis pour onze ans à payer aux chanoines de Picquigny[4]. Les pierres furent acheminées par bateau sur la Somme jusqu'à la ville d'Amiens. On utilisa aussi des pierres provenant des carrières de Croissy, Domélier et Bonneleau.

Vue de la rosace ouest ou rosace de la mer, depuis le triforium du chŇďur - De style flamboyant, elle date du d√©but du XVIe si√®cle.

De 1288 √† la fin du XVe si√®cle

De 1290 à 1375, on construisit les chapelles latérales de la nef, non prévues dans le plan initial. Elles sont au nombre de onze, six au nord et cinq au sud, les plus anciennes à l'est, les dernières à l'ouest.

La tour sud de la cath√©drale fut achev√©e en 1366 seulement. La tour nord posa quelques probl√®mes : en 1375, on dut construire une contre-but√©e √† la tour nord, rendue n√©cessaire √† cause de la d√©clivit√© du terrain. En 1385 se d√©roula en la cath√©drale le mariage de Charles VI et d'Isabeau de Bavi√®re. En 1402, le couronnement de la tour nord fut enfin r√©alis√©.

En 1470, le duc de Bourgogne Charles le T√©m√©raire, d√©sireux de s'emparer d'Amiens avait install√© son campement √† Saint-Acheul. D'apr√®s Olivier de la Marche, il fut tellement √©bloui par la grandeur de l'√©difice qu'il interdit express√©ment √† son artillerie de tirer sur le b√Ętiment[5].

Sauvée de l'écroulement en 1498-99

En 1498, Pierre Tarisel √©tait maistre des ouvrages de ma√ßonnerie. Il s'aper√ßoit qu'une catastrophe imminente se pr√©pare et va causer l'√©croulement de la cath√©drale. √Ä l'√©poque on n'avait pas oubli√© le d√©sastre survenu en 1298 √† la cath√©drale Saint-Pierre de Beauvais, dont le chŇďur qui s'√©levait √† 47 m√®tres s'√©tait √©croul√©. Des travaux d'urgence sont n√©cessaires et sont effectu√©s pour renforcer les arcs-boutants de la nef et du transept. De plus, les gros piliers de la crois√©e du transept boudent sous l'effet de la pouss√©e des grandes arcades s'√©levant √† 42,3 m√®tres. Dans un √©clair de g√©nie, il va alors cercler presque tout l'√©difice d'un cha√ģnage de fer fabriqu√© en Espagne, le meilleur de l'√©poque. Ce cha√ģnage court dans le triforium de la nef et des transepts, encerclant presque tout l'√©difice. Il est toujours en place aujourd'hui. Il ne fallut gu√®re plus d'un an pour r√©gler le probl√®me. La cath√©drale fut ainsi, non seulement sauv√©e √† l'√©poque d'une destruction certaine, mais aussi rendue bien plus robuste pour les si√®cles √† venir.

Chapelle de Notre-Dame du Puy situ√©e au croisement du double d√©ambulatoire sud du chŇďur et du bras sud du transept. La statue de gauche, sainte Genevi√®ve, fut transform√©e en d√©esse Raison durant la R√©volution

De 1500 à la Révolution

De 1508 √† 1519 eut lieu la cr√©ation des magnifiques stalles du chŇďur. Elles √©taient au nombre de 120 √† l'origine, il en reste 110 √† ce jour.

En 1528, la flèche de la cathédrale ayant été détruite par la foudre, on procéda à l'édification d'une nouvelle, celle que nous connaissons aujourd'hui. Son sommet est à 112,70 mètres du sol.

La rosace occidentale, dont le sommet est situ√© √† 42 m√®tres, fut refaite au XVIe si√®cle dans le style gothique flamboyant, cela sur ordre du maire de la ville.

Au XVIIIe si√®cle, on proc√©da √† une refonte importante de la d√©coration du chŇďur. Ainsi le jub√©, d√©truit en 1755, fut remplac√© par une superbe grille "rocailles", Ňďuvre de Jean Veyren d'apr√®s les plans de Michel-Ange Slodtz. Ce chef-d'Ňďuvre fut termin√© en 1768. La cl√īture du chŇďur, du d√©but du XVe si√®cle, fut en m√™me temps d√©truite en grande partie. De superbes statues et une remarquable cath√®dre baroque firent √©galement leur apparition. Mais toutes ces innovations √©puisaient le tr√©sor, et de ce fait l'entretien de l'√©difice √©tait gravement n√©glig√©. Des r√©parations auraient du √™tre faites au niveau des arcs-boutants du chŇďur, mais faute d'argent on laissa les choses s'aggraver.

À la Révolution, Notre-Dame d'Amiens a fort peu souffert comparativement à bien d'autres sanctuaires français. Les Amiénois réussirent à préserver leur patrimoine des atteintes des vandales de la Révolution, telles les troupes du conventionnel Joseph Lebon qui en 1793 exercèrent d'innommables cruautés en la ville voisine d'Arras[6]. Il y eut bien quelques fleurs de lys, quelques croix et même quelques statues supprimées (notamment les dosserets fleurdelisés des stalles). Mais ce fut très marginal. Les grandes et petites statues des différents portails ainsi que celles de la galerie des rois restèrent donc intactes.
La cathédrale fut transformée en Temple de la Raison et de la Vérité. On peut voir aujourd'hui la statue de sainte Geneviève convertie en déesse Raison, sur l'autel de la chapelle du Puy Notre-Dame, à gauche dans le croisillon sud du transept.

De la Révolution à nos jours

Au XIXe si√®cle, Eug√®ne Viollet-le-Duc, qui avait dress√© un rapport alarmant sur l'√©tat de la cath√©drale, peu ou pas entretenue au cours du XVIIIe et du d√©but du XIXe si√®cle, proc√©da √† une restauration parfois controvers√©e de l'√©difice tout au long d'une p√©riode de 25 ans. Il y a en effet incorpor√© des √©l√©ments que le monument l√©gu√© par le Moyen √āge n'avait jamais poss√©d√©s. Il ajouta ainsi, au sommet de la grande fa√ßade, une galerie visant √† r√©unir les deux tours : la galerie des Sonneurs.

En juillet 1918, lors de la derni√®re offensive allemande √† l'ouest, la cath√©drale tomba sous le feu des troupes imp√©riales allemande. Mais √† la demande instante du pape Beno√ģt XV, les Allemands cess√®rent de prendre le sanctuaire comme cible. La cath√©drale fut ainsi sauv√©e. Peu apr√®s, l'arm√©e allemande recula au loin, et tout rentra dans l'ordre.

En mai 1940, lors des bombardements allemands qui affectèrent gravement la ville, la cathédrale fut également quasi miraculeusement épargnée.

Dimensions

Plan initial de la cath√©drale r√©alis√© par Eug√®ne Viollet-le-Duc. La cath√©drale a peu chang√© depuis lors. On doit y ajouter les 11 chapelles lat√©rales de la nef[7] construites rigoureusement dans l'axe des 2 collat√©raux ext√©rieurs du chŇďur
Plan initial de la cathédrale avec échelle. Réalisé par G. Dehio et G. von Bezold.

Sources : [8],[9],[10]

  • longueur ext√©rieure : 145 m
  • longueur int√©rieure : 133,50 m
  • profondeur du chŇďur y compris d√©ambulatoire et chapelle axiale : 64 m
  • longueur de la nef : 54 m
  • largeur du vaisseau central de la nef : 14,60 m
  • largeur des bas-c√īt√©s de la nef : 8,65 m
  • largeur de la nef avec ses 2 bas-c√īt√©s : 32 m
  • hauteur sous vo√Ľte des bas-c√īt√©s de la nef : 19,7 m (soit pr√®s du double des bas-c√īt√©s de la nef de Notre-Dame de Paris, qui ont entre 10 et 10,5 m√®tres de hauteur)
  • hauteur des colonnes bordant la nef (chapiteaux inclus) : 13,85 m
  • distance entre les piles (d'ouest en est) : 5,2 m
  • largeur du transept sans ses deux collat√©raux : 14,25 m
  • largeur totale hors Ňďuvre du transept : 29,30 m
  • longueur hors Ňďuvre du transept : 70 m
  • longueur dans Ňďuvre du transept : 62 m
  • hauteur sous vo√Ľte : 42,30 m (contre 33,50 m pour Notre-Dame de Paris)
  • hauteur ext√©rieure du fa√ģte des toitures : 56 m
  • hauteur de la fl√®che : 112,70 m
  • hauteur de la tour nord : 68,19 m (m√™me hauteur que les tours de Notre-Dame de Paris)
  • hauteur de la tour sud : 61,70 m (seulement six m√®tres de plus que le fa√ģte du toit de l'√©difice environ)
  • surface couverte : 7 700 m2
  • volume int√©rieur : environ 200 000 m3 (pr√®s du double de Notre-Dame de Paris, mais la moiti√© seulement du volume de la cath√©drale de Cologne qui fait 407 000 m3)
Fa√ßade occidentale 
  • largeur totale : 48,78 m
  • largeur du porche du portail du Beau-Dieu : 11,69 m
  • profondeur de ce porche : 5,52 m
  • largeur des deux porches lat√©raux : 6,27 m
  • profondeur de ces deux porches : 4,54 m
  • largeur des 2 contreforts s√©parant ces 3 porches : 2,92 m

D'apr√®s le livre ¬ę Notre-Dame d'Amiens ¬Ľ publi√© en 1833 par Antoine Pierre Marie Gilbert[11], la hauteur totale depuis le pav√© de l'√©glise jusqu'au sommet de la fl√®che, y compris le coq, serait de 128,64 m dont il faut soustraire deux m√®tres li√©s √† la restauration men√©e ult√©rieurement.

Plan et élévation

La cath√©drale est √©rig√©e sur un plan en forme de croix latine, avec une nef √† bas-c√īt√©s, un transept √† bas-c√īt√©s et un chŇďur qui comprend m√™me cinq vaisseaux. Le d√©ambulatoire est entour√© de sept chapelles rayonnantes, dont la centrale, la chapelle d'axe, ressemble par son architecture √† la Sainte-Chapelle de Paris, dont elle est contemporaine. L'√©l√©vation dans la nef est tripartite : grandes arcades, triforium et la claire-voie des fen√™tres hautes. Les piliers qui supportent les arcades sont ronds et cantonn√©s par quatre colonnettes. Les vo√Ľtes √† crois√©es d'ogives sont support√©es par des colonnettes engag√©es. Les proportions sont tr√®s harmonieuses.

Extérieur

La façade occidentale, ses trois portails, ses deux tours et sa rosace

La façade occidentale et les tours

Il s'agit d'une fa√ßade harmonique, c'est-√†-dire comportant trois portails, trois niveaux d'√©l√©vation et deux tours. Les niveaux d'√©l√©vation sont le niveau des portails, celui de la galerie des rois surmontant un triforium form√© d'une s√©rie d'arcades g√©min√©es, et celui de la rosace. Enfin, au-dessus s'√©l√®vent les deux tours (reli√©es au XIXe si√®cle par la galerie des sonneurs ajout√©e par Viollet-le-Duc).

Chacun des trois portails est surmont√© d'un g√Ęble triangulaire, dot√© en son centre d'une d√©coration tr√©fl√©e. Les bases de ces g√Ębles sont flanqu√©es √† droite et √† gauche de deux remarquables gargouilles figurant des √™tres grima√ßants et fantastiques. Le grand g√Ęble du portail central supporte √† son sommet une statue d'ange sonnant la trompette, statue plac√©e √† cet endroit au XIXe si√®cle par Eug√®ne Viollet-le-Duc, en remplacement d'une statue de saint Michel √©tripant un dragon.

Une différence est frappante entre la façade intérieure et la façade extérieure. La façade intérieure contient le premier projet de façade modifié par la suite, caché par l'orgue.

La partie sup√©rieure du massif de la fa√ßade occidental, y compris les tours, a 6 m√®tres de profondeur. La fa√ßade prend en compte la sur√©l√©vation de la nef (4 m√®tres en plus) sur les grandes baies sup√©rieures. La rosace refaite au XVIe si√®cle est de style gothique flamboyant typique.

Gargouille fantastique ornant la base droite du g√Ęble du portail saint Firmin (portail de gauche du c√īt√© nord).

Tout au-dessus, une courtine, la ¬ę galerie des sonneurs ¬Ľ, est surmont√©e par une seconde galerie compos√©e de fines arcades ajour√©es. L'ensemble occupe l'espace entre les deux tours. Derri√®re ces galeries, se trouve une terrasse appel√©e ¬ę Chambre des musiciens ¬Ľ.

Quatre contreforts tr√®s puissants divisent verticalement l'√©difice et s√©parent les trois portails. Ils sont particuli√®rement saillants au niveau du rez-de-chauss√©e o√Ļ ils s√©parent et encadrent solidement les portails. Ils sont destin√©s √† assurer la stabilit√©, tant de la fa√ßade que des deux tours qu'elle supporte.

Ces contreforts se rétrécissent brutalement lors du passage du premier au deuxième niveau (celui du triforium supportant la galerie des rois), formant à cet endroit une retraite marquée par une profonde marche. Le deuxième niveau de la façade se situe dès lors largement en retrait par rapport à l'étage inférieur des portails. Cette marche des 4 contreforts est ornée d'énormes et imposants pinacles très travaillés. La même disposition se reproduit lors du passage du niveau deux au niveau trois de la façade (rosace) et une nouvelle série de quatre gros pinacles occupe la deuxième retraite des contreforts ainsi formée. Au total, la façade de la cathédrale apparait ainsi très décorée.

Une erreur technique r√©side dans la fa√ßade par le fait que des fuites ont √©t√© constat√©es : l'eau coulait des grandes galeries sup√©rieures sur les porches ce qui posait des probl√®mes pour la sauvegarde des sculptures des portails entre autres.

Les tours

Les tours sont en r√©alit√© des moiti√©s de tour et n'ont aucune ampleur. Elles ne permettent pas d'√©lancer le b√Ętiment ce qu'elles devraient faire. Ce r√īle d'√©lancement est r√©alis√© par la fl√®che du transept qui elle est visible depuis de nombreux endroits de la ville d'Amiens.

Les tours furent les derni√®res parties de l'√©difice √† √™tre construites. Les deux tours, au lieu d‚Äô√™tre √©lev√©es sur un plan carr√© comme toutes les tours des cath√©drales de cette √©poque, sont rectangulaires, ou plus pr√©cis√©ment barlongues, c'est-√†-dire moiti√© moins √©paisses que larges. Ce ne sont que des moiti√©s de tours dans toute leur hauteur, et les deux contreforts, qui devaient se trouver, lat√©ralement, dans r√©gion m√©diane de ces tours, sont devenus contreforts d'angles. √Ä l'origine de cette situation : un manque de ressources financi√®res.

En 1240, l‚Äô√©v√™que Arnoult avait pouss√© les travaux √† une telle cadence que les fonds √©taient √©puis√©s. Il fallut suspendre la construction et amasser de nouvelles sommes. De plus en 1258, un incendie d√©truisit les charpentes des chapelles de l'abside. Ce d√©sastre contribua encore √† ralentir l'ach√®vement du chŇďur, de la fa√ßade et des tours. √Ä Amiens, comme partout ailleurs, les populations montraient moins d'ardeur et d'enthousiasme √† voir terminer le monument. On mit un temps assez long √† recueillir les dons n√©cessaires √† la continuation des travaux, et ces dons ne furent pas assez abondants pour permettre de d√©ployer dans ce qui restait √† construire toute la grandeur que l'on pr√©voyait initialement. En √©levant la nef, de 1220 √† 1228, on avait voulu achever, avant tout, le vaisseau, et on ne s‚Äô√©tait pas pr√©occup√© de la fa√ßade laiss√©e en suspens. La porte centrale seule avait √©t√© perc√©e et la rose sup√©rieure ouverte. Ce ne fut qu'en 1238, lorsqu'une nouvelle impulsion fut donn√©e aux travaux par l'√©v√™que Arnoult, que l'on songea √† terminer la fa√ßade occidentale. Mais d√©j√†, sans doute, on pressentait l'√©puisement des ressources, si abondantes pendant le r√®gne de Philippe-Auguste (mort en 1223), et les projets primitifs furent restreints[12].

La preuve la plus certaine de cette modification apport√©e au projet initial de Robert de Luzarches, c'est que les fondations existent sous le p√©rim√®tre total des tours telles qu‚Äôelles auraient d√Ľ √™tre. En d'autres mots la partie inf√©rieure de la fa√ßade et la base des tours construite avant 1238 r√©pond bien au plan initial. De cette fa√ßade primitive, il reste :

D√®s 1240, les nouvelles parties de la fa√ßade s'√©l√®vent suivant le nouveau plan moins ambitieux :

  • les trois porches ainsi que les g√Ębles et pinacles qui les surmontent (dat√©s de 1240 environ)
  • la galerie ajour√©e et la galerie des rois (dat√©s √©galement de 1240)
  • l'√©tage inf√©rieur des tours.

Quant aux parties sup√©rieures de ces tours et √† la galerie entre les deux, ce sont des constructions √©lev√©es au XIVe si√®cle et m√™me au d√©but du XVe. Elles sont construites largement en retrait par rapport √† la base de la fa√ßade et des tours, ce qui leur donne une forme aplatie d'ouest en est, c'est-√†-dire un plan rectangulaire et non carr√©. Il est clair que de telles tours ne pouvaient s'√©lever tr√®s haut.

Les tours sont d'inégale hauteur. Leur dernier étage est de style et de décoration très différents. Tandis que le sommet de la tour sud est encore de style rayonnant, celui de la tour nord, achevé 36 ans plus tard, est un bel exemple de style gothique flamboyant. Elles sont toutes deux flanquées d'une petite tourelle quadrangulaire, nichée entre les deux contreforts latéraux et faisant corps avec la tour. Ces tourelles abritent chacune un escalier à vis permettant d'atteindre les premiers étages des tours, et sont surmontées d'un élégant toit pyramidal fort bien décoré.

Sur la face sud de la tour sud, au niveau du contrefort occidental, on peut voir un cadran solaire, surmonté de la statue d'un ange. Cette tour fut achevée en 1366.

La tour nord et sa contre-butée

Quant à la tour nord, la déclivité du terrain posa quelques problèmes. On dut d'abord construire une énorme contre-butée pour pallier les risques d'écroulement. Celle-ci fut mise en chantier en 1375, si bien que ce n'est qu'en 1402 que le couronnement de cette tour nord fut enfin réalisé.

De style flamboyant, la contre-but√©e est tr√®s riche en ornements, bien plus que la fa√ßade nord adjacente. On peut y voir neuf tr√®s belles statues du XIVe si√®cle, r√©parties en trois groupes superpos√©s. Le groupe inf√©rieur pr√©sente les statues de la Vierge Marie, saint Jean-Baptiste et saint Firmin le martyr. Le groupe moyen : le roi Charles V de France et ses deux fils, le dauphin Charles futur Charles VI et Louis, duc de Touraine et futur duc d'Orl√©ans. Enfin le groupe le plus √©lev√© nous montre le cardinal Jean de La Grange et deux personnages non identifi√©s.

Le portail du Jugement dernier

Le portail du Jugement dernier au centre de la fa√ßade occidentale de Notre-Dame d'Amiens : le tympan et les voussures.
Le portail du Jugement dernier - vue d'ensemble.

Les portails de la fa√ßade ouest sont, comme celui du transept sud, richement orn√©s de sculptures, qui pr√©sentent tout un programme th√©ologique. Le grand portail central ou portail du Jugement dernier, encore appel√© parfois portail du Beau Dieu, est entour√© de deux autres portails plus petits : celui de la M√®re-Dieu, √† droite au sud, et celui de saint Firmin √† gauche.

Le tympan au-dessus du grand portail est décoré d'une représentation du Jugement dernier, lorsque à la fin des temps, selon la tradition chrétienne, les morts ressuscitent puis sont jugés par le Christ. Ce tympan est subdivisé en trois registres.
Au niveau inf√©rieur du tympan, les ressuscit√©s sortent de leurs tombeaux au son de la trompette. L'archange saint Michel et sa balance sont pr√©sents au milieu d'eux pour peser les √Ęmes. Au bas de la sc√®ne, un d√©mon essaie de tricher en faisant pencher l'un des plateaux de son c√īt√©.
Au registre intermédiaire, les damnés sont séparés des élus et, entièrement nus, poussés par des démons, se dirigent vers la gueule d'un monstre, le Léviathan.
Au registre sup√©rieur, le Christ sur son tr√īne, les mains lev√©es, le torse d√©nud√© afin de montrer ses blessures, est entour√© de la Vierge et de saint Jean qui agenouill√©s interc√®dent en faveur du salut des √Ęmes, ainsi que d'anges qui portent les instruments de la Passion.

La repr√©sentation de l'enfer et du paradis se trouve dans les claveaux inf√©rieurs des voussures du tympan. Au paradis, on voit d'abord les √Ęmes recueillies dans le giron d'Abraham[14]. Elles se dirigent ensuite vers une cit√© qui repr√©sente la J√©rusalem c√©leste.
L'enfer tel que représenté est fort semblable à celui de Notre-Dame de Paris. On peut y voir une marmite et des cavaliers nus juchés sur des chevaux cabrés. Ils évoquent l'Apocalypse.

L'impression générale qui se dégage de cette vaste représentation n'est pas pessimiste. L'enfer n'occupe qu'une très petite partie de l'ensemble et plusieurs éléments soulignent la miséricorde et la bonté du Seigneur. La Vierge Marie et saint Jean, intercèdent pour nous, et l'image de Jésus, qui préside au Jugement montrant ses plaies, nous rappelle qu'il est venu à notre secours en tant que Rédempteur pour racheter nos péchés, et n'a pas hésité à souffrir par amour pour nous.

Portail du Jugement Dernier : Le Beau Dieu du trumeau

Au centre du portail central, au trumeau entre les deux vantaux de la porte, se trouve une statue du Christ sauveur, le ¬ę Beau-Dieu d'Amiens ¬Ľ, magnifique repr√©sentation du Christ. C'est l'une des statues les plus remarquables de la cath√©drale. Il s'agit d'un Christ enseignant. Debout, v√™tu d'une longue tunique, il a les pieds pos√©s sur un dragon et un lion et tient de la main gauche un livre ferm√©, tout en b√©nissant de la main droite. Selon la l√©gende, le sculpteur n'avait pas d'inspiration pour r√©aliser la statue. Dieu lui serait apparu en pleine nuit. Le lendemain matin, on retrouva le sculpteur mort, la statue du Beau Dieu √† ses c√īt√©s.

Sur les pi√©droits des √©brasements se trouvent les grandes statues des douze ap√ītres entour√©s des quatre proph√®tes principaux. √Ä la gauche du portail nous retrouvons successivement de gauche √† droite : les proph√®tes Daniel et √Čz√©chiel, suivis de Simon ou Jude, Philippe, Mathieu, Thomas, Jacques le Mineur et Paul. √Ä droite la s√©quence est la suivante : Pierre, Andr√©, Jacques le Majeur, Jean, Simon ou Jude, Barth√©l√©my, puis les proph√®tes Isa√Įe et J√©r√©mie. √Ä leur base, on peut voir une s√©rie de m√©daillons polylob√©s qui repr√©sentent les vices et les vertus.

Lat√©ralement, du c√īt√© droit du portail, entre le portail du Jugement et celui de la M√®re-Dieu, se trouvent d'autres s√©ries de m√©daillons avec, entre autres, un Jonas recrach√© par la baleine.

Le portail Saint-Firmin

Le portail septentrional est consacré à saint Firmin, lequel est représenté au trumeau. Le tympan du portail relate l'histoire de la découverte du corps du saint.

De chaque c√īt√© du portail se trouvent six grandes statues ; la plupart d'entre elles repr√©sentent des saints dont les reliques √©taient expos√©s chaque ann√©e au-dessus du ma√ģtre-autel. Sur le pi√©droit de gauche, on peut voir de gauche √† droite sainte Ulphe, un ange d√©roulant une banderole, saint Acheul (martyr), saint Ache (martyr lui aussi), un ange et saint Honor√©, ancien √©v√™que de la ville. Du c√īt√© droit se trouvent successivement les statues de saint Firmin le confesseur (Firmin II √©v√™que de la ville), saint Domice, saint Fuscien (martyr), saint Warlus et saint Luxor[15].

Le calendrier picard

Les soubassements du portail Saint-Firmin sont richement travaill√©s. Ils sont notamment orn√©s d'une s√©rie de m√©daillons, sculpt√©s sous forme de quatre-feuilles et pr√©sentant un calendrier agraire qui √©tablit une correspondance entre le zodiaque et les travaux des mois[16]. L'ensemble de ces ravissantes sculptures, remarquablement bien conserv√© et qui aura bient√īt huit si√®cles d'√Ęge, est appel√© le calendrier picard ou zodiaque d'Amiens. Les personnages repr√©sent√©s travaillent √† la campagne. En effet, il ne faut pas oublier l'importante pr√©dominance du monde rural √† l'√©poque. Tant les signes du zodiaque que les travaux des champs sont fort bien sculpt√©s. Les personnages portent des v√™tements diff√©rents d'apr√®s les saisons.

Article d√©taill√© : zodiaque de la cath√©drale d'Amiens.

Le portail de la Mère-Dieu ou de la Vierge

La Vierge qui orne le portail de la M√®re-Dieu √©crasant le Mal. D'allure encore assez hi√©ratique, elle date de la premi√®re moiti√© du XIIIe si√®cle. Dessin d'Eug√®ne Viollet-le-Duc (1856).

Le portail méridional de la façade occidentale, appelé portail de la Mère-Dieu, est consacré à la Vierge. Au tympan, on trouve au registre inférieur une série de six personnages de l'Ancien testament, les ancêtres de la Vierge. La mort et l'assomption de la Vierge sont représentés au niveau du registre moyen, et enfin on assiste à son Couronnement au paradis, au registre supérieur[17].

Au trumeau se trouve une grande statue de la Vierge foulant le Mal, représenté sous la forme d'un animal fantastique griffu à tête humaine. Elle est figurée dans une attitude très statique, ce qui est la marque des statues inspirées du modèle chartrain (c'est-à-dire du modèle de la cathédrale de Chartres).

Les statues qui ornent les √©brasements des pi√©droits lat√©raux sont particuli√®rement remarquables : √† droite, group√©es deux √† deux, elles repr√©sentent trois √©pisodes importants de la vie de la Vierge Marie : l'Annonciation, la Visitation et la Pr√©sentation de J√©sus au Temple. √Ä gauche, de l'ext√©rieur vers l'int√©rieur, on trouve la reine de Saba, le roi Salomon, le roi H√©rode le Grand puis les trois rois mages.

Les m√©daillons des soubassements contiennent notamment des repr√©sentations d'√©pisodes de la vie du Christ, mais surtout des √©pisodes de la vie des rois repr√©sent√©s √† gauche du portail : histoire de Salomon y compris ses relations avec la reine de Saba, √©pisodes du r√®gne du roi H√©rode et histoire de ses relations avec les rois mages.

Le paradis terrestre et le péché originel
Portail de la M√®re-Dieu : la naissance d'√ąve
La tentation d'Adam et √ąve - D√©tail du bas du trumeau du portail de la M√®re-Dieu

La base du trumeau comporte des bas-reliefs consacrés au péché originel, thème souvent associé à la Vierge, puisque c'est par elle qu'arrive le Christ-Rédempteur. Cette association se retrouve notamment au trumeau du portail de la Vierge de Notre-Dame de Paris.

La troisi√®me partie de ce bas-relief du paradis terrestre repr√©sente la tentation d'Adam et √ąve et le p√©ch√© originel. Le couple se trouve aux pieds de l'arbre de la connaissance du bien et du mal dont Dieu a d√©fendu de consommer les fruits. Le diable a ici la forme d'un serpent ayant la t√™te d'une femme s√©duisante. Il s'agit en fait de Lilith, personnage biblique absente de la bible chr√©tienne, mais pr√©sente dans les √©crits rabbiniques du Talmud de Babylone. D'apr√®s la tradition juive, Lilith √©tait la premi√®re √©pouse d'Adam. Elle aurait refus√© d'accepter la position inf√©rieure lorsqu'ils faisaient l'amour. Elle quitte alors le paradis terrestre et bient√īt r√©it√®re son refus de se soumettre mais √† Dieu cette fois, lequel lui intimait l'ordre de le faire. Plus tard, ayant quitt√© la surface de la terre, cette femme perverse finit par devenir diablesse et favorite de Lucifer. Elle revint tenter le couple qu'elle jalousait, afin de les faire d√©sob√©ir √† Dieu et de les pr√©cipiter dans le malheur.

La galerie des Rois et sa galerie basse

Les rois du centre de la galerie
La rosace de la façade occidentale précédée de sa terrasse se situe juste au-dessus de la galerie des Rois.

Sur la façade de Notre-Dame d'Amiens, immédiatement au-dessus des trois porches, se trouve une galerie de service couverte, richement décorée d'arcatures et de colonnettes. La galerie des Rois la surmonte, et celle-ci supporte une terrasse.

La galerie basse, interm√©diaire entre la galerie des Rois et les g√Ębles des porches, est de fort belle facture et date de 1235 environ. Cette galerie basse, appel√©e commun√©ment "triforium" est praticable, comme d'ailleurs celle des Rois et la terrasse sup√©rieure √† celle des Rois. Toutes ces galeries communiquent avec les √©tages int√©rieurs des tours.

Derrière la galerie basse ou triforium s'ouvrent de grandes baies, qui éclairaient la nef centrale de la cathédrale, à travers une autre galerie intérieure (avant la pose de la tribune des grandes orgues).

Derrière la galerie des Rois s'ouvrent d'autres fenêtres plus courtes. Celles-ci donnent à l'intérieur de l'édifice sur une seconde galerie intérieure qui surmonte la galerie inférieure.

On remarque que les arcatures de la galerie inférieure portent sur des piles composées de trois colonnes groupées devant un pilastre. Sur ces piles reposent des arcs richement décorés de redans et d'animaux sculptés sur le devant des sommiers.

Une seule assise de pierre sépare la galerie basse ou triforium de celle des Rois.

Au-dessus de cette dernière se trouve une terrasse découverte et dallée. Les eaux du dallage sont rejetées extérieurement par les têtes des longues gargouilles qui décorent le dessus de la galerie des Rois.

Au-dessus de cette dernière se trouve une terrasse découverte et dallée. Les eaux du dallage sont rejetées extérieurement par les têtes des gargouilles qui décorent le dessus de la galerie des Rois et qui débouchent au niveau de la base des arcatures entourant la tête des rois.

Les statues de la galerie des Rois

Elles sont au nombre de 22 et on ne sait pas avec certitude qui elles repr√©sentent. Elles datent de la premi√®re moiti√© du XIIIe si√®cle. La partie centrale de la fa√ßade compte huit √©normes statues de 3,75 m√®tres, plac√©es √† 30 m√®tres de hauteur. En outre on en compte six sur chaque face occidentale de la base de chacune des tours, et deux encore plac√©es √† l'avant des contreforts centraux de la fa√ßade, contreforts qui divisent celle-ci en trois zones verticales.

Ces statues paraissent relativement mal proportionn√©es, dot√©es de t√™tes quelque peu trop grosses et de jambes trop courtes. On retrouve ce type de galerie √† la cath√©drale Notre-Dame de Reims, ainsi qu'√† Notre-Dame de Paris (√† Paris, les statues datent en fait du XIXe si√®cle).

La rosace occidentale

De style gothique flamboyant, elle fut √©rig√©e au d√©but du XVIe si√®cle sur ordre du maire de l'√©poque. On l'appelle aussi rosace de la Mer. Situ√©e juste au-dessus de la partie centrale de la galerie des Rois, elle est pr√©c√©d√©e de la terrasse dont le dallage est dot√© des gargouilles qui pointent √† l'ext√©rieur au niveau de la t√™te des rois de la galerie. Elle est donc en retrait par rapport aux parties sous-jacentes de la fa√ßade.

Vue de l'extérieur, sa partie inférieure est masquée par le rebord de la balustrade de cette terrasse, rebord qui n'est autre que la partie supérieure des arcatures de la galerie des Rois.

Les façades latérales de la cathédrale

Caractéristiques générales

Porte Saint-Christophe du c√īt√© sud de la nef : statue de saint Christophe portant le petit J√©sus sur ses √©paules.
Groupe de l'annonciation sur la fa√ßade de la chapelle lat√©rale sud, dite de Notre-Dame de Foy ou de l'annonciation (d√©but du XIVe si√®cle).

Les fa√ßades lat√©rales nord et sud sont en gros sym√©triques. Les dispositions architecturales fondamentales que l'on voit au sud se retrouvent en effet au nord. Les grosses diff√©rences se situent entre les deux fa√ßades lat√©rales de la nef d'une part, et celles du chŇďur d'autre part. La nef et le chŇďur ont en effet √©t√© construits durant deux p√©riodes diff√©rentes. Une trentaine d'ann√©es s√©parent leur construction, si bien que le style architectural de la nef est de type gothique classique, tandis que le chŇďur appartient au style gothique rayonnant.

Les fen√™tres hautes de la nef sont compos√©es de quatre lancettes surmont√©es d'une rose polylob√©e, tandis que celles du chŇďur pr√©sentent six lancettes, surmont√©es √©galement d'une rose. Ces hautes baies du chŇďur sont surmont√©es d'un g√Ęble triangulaire, caract√©ristique du gothique rayonnant, et qui s'√©l√®ve jusqu'au-del√† de la galerie qui longe la base du toit du chŇďur.

Les collat√©raux nord et sud de la nef sont chacun surmont√©s d'un vaste comble commun coiff√© d'un unique toit inclin√© vers l'ext√©rieur. Ce comble correspond √† l'int√©rieur √† un triforium, aveugle bien s√Ľr, puisqu'il est coup√© de la lumi√®re par ce comble.
Par contre au niveau du chŇďur, la partie int√©rieure du double d√©ambulatoire poss√®de un toit plat am√©nag√© en terrasse. Donnant sur cette terrasse, on observe une s√©rie de baies destin√©es √† √©clairer le triforium du chŇďur, qui de ce fait n'est plus aveugle.

Toujours au niveau du chŇďur, le d√©ambulatoire ext√©rieur (qui longe uniquement les trav√©es rectangulaires du chŇďur) et les chapelles absidiales rayonnantes sont coiff√©es d'un toit pyramidal √† pans multiples inclin√©s de tous c√īt√©s, et notamment vers l'ext√©rieur comme vers l'int√©rieur (la terrasse) de l'√©difice. Par contre les chapelles lat√©rales de la nef, construites dans le strict alignement du d√©ambulatoire ext√©rieur du chŇďur, sont recouvertes d'un toit plat am√©nag√© en une grande terrasse commune, long√©e par une balustrade.

Quant au transept qui poss√®de un collat√©ral √† l'est et un autre √† l'ouest, il poss√®de une organisation architecturale mixte chŇďur-nef. Du c√īt√© oriental (ou c√īt√© du chŇďur) en effet, le collat√©ral est couvert d'une terrasse qui prolonge la terrasse couvrant le d√©ambulatoire interne du chŇďur, √† l'exception cependant de la trav√©e de l'extr√©mit√©, qui est recouverte d'un toit pyramidal √† huit pans.
Du c√īt√© occidental par contre, le collat√©ral du transept est couvert de la m√™me mani√®re que celui de la nef, √† savoir par un toit inclin√© uniquement vers l'ext√©rieur et recouvrant des combles. Il n'y a donc pas de terrasse √† ce niveau, et, √† l'int√©rieur, le triforium correspondant est n√©cessairement aveugle.

La façade méridionale

√Ä l'extr√©mit√© occidentale de cette fa√ßade, sous la tour sud, se trouve la porte Saint-Christophe flanqu√©e d'une √©norme statue de saint Christophe portant, suivant la l√©gende, un minuscule petit J√©sus sur ses √©paules. Plusieurs autres statues jalonnent le chemin entre la tour sud et le porche du croisillon sud du transept :

  • sur la face ext√©rieure de la chapelle Notre-Dame de Foy, on peut admirer une repr√©sentation de l'Annonciation surmont√©e de saint Michel et de saint Rapha√ęl.
  • D√©corant le mur ext√©rieur de la chapelle de l'Assomption, ex-chapelle Saint-Nicolas, on trouve un ¬ę waidier ¬Ľ et son √©pouse (waidier : marchand de gu√®de en picard, la gu√®de √©tant la plante avec laquelle on fabriquait la teinture bleu-pastel, plante √† l'origine de la richesse d'Amiens). Au-dessus : effigie de saint Nicolas debout, avec √† ses pieds la marmite (fameuse en Picardie, dans le Nord, en Belgique et dans l'est de la France) o√Ļ les trois enfants ont √©t√© mis √† cuire par le m√©chant boucher.
  • puis une repr√©sentation de la Transfiguration
  • enfin une statue d'un √©v√™que que l'on pense √™tre Guillaume de M√Ęcon, puisque cette statue s'√©l√®ve √† l'arri√®re de la chapelle qu'il fit √©difier durant les derni√®res ann√©es du XIIIe si√®cle.

La façade sud du transept et le portail Saint-Honoré

Enserr√©e entre deux puissants contreforts lat√©raux, la fa√ßade sud du transept s'√©lance vers le ciel √† une hauteur de pr√®s de 60 m√®tres, soit √† peu pr√®s la m√™me hauteur que la tour sud[18]. On y distingue trois √©tages : celui du portail, puis une √©norme verri√®re, et tout en haut, le fronton. Les deux contreforts, tr√®s saillants √† la base, effectuent une s√©rie de petits retraits successifs, soulign√©s √† chaque fois par une bande saillante horizontale, ce qui att√©nue quelque peu l'intense verticalit√© de la fa√ßade.
L'étage inférieur de la façade est totalement occupé par le superbe portail surmonté uniquement d'une cannelure triangulaire dans l'angle supérieur duquel on a sculpté une décoration tréflée. L'ensemble de cet étage atteint quelques 20 mètres de hauteur et est surmonté d'une étroite galerie bordée d'une balustrade.
Au-dessus d√©bute le deuxi√®me niveau consistant en une √©norme verri√®re reposant sur une haute claire-voie. Cette derni√®re est compos√©e de cinq baies √† quatre lancettes group√©es deux √† deux. Chaque baie comporte une petite rose en sa partie sup√©rieure, et est surmont√©e d'un agr√©able petit g√Ęble. Cette claire-voie √©claire le triforium du transept, √† l'int√©rieur de l'√©difice. La verri√®re correspond √† une grande rosace de style flamboyant reposant sur une deuxi√®me claire-voie, celle-ci occupant tout l'espace disponible sous la rosace.
Le troisième et dernier niveau est occupé par un haut fronton triangulaire orné d'une série de bandes verticales, accentuant l'impression de verticalité qui se dégage de la façade. D'autant plus que ce fronton est entouré de deux énormes pinacles très élancés et finement ouvragés, qui eux aussi semblent s'élancer vers le ciel. Ces deux pinacles surmontent les deux contreforts latéraux de la façade. Enfin l'angle supérieur du fronton est également surmonté d'un troisième haut pinacle très effilé.

Le portail de la Vierge Dorée ou portail Saint-Honoré
D√©tail de la Vierge √† l'Enfant du trumeau du portail de la Vierge Dor√©e : les trois angelots portent son nimbe.

Le portail du croisillon sud du transept, ou portail Saint-Honor√©, est aussi appel√© portail de la Vierge Dor√©e, en raison de la statue qui orne son trumeau. Le tympan relate divers √©pisodes de la vie du saint, huiti√®me √©v√™que d'Amiens, qui v√©cut au VIe si√®cle.

Au registre inf√©rieur, sculpt√© sur le linteau, on peut voir les adieux des ap√ītres √† J√©sus le jour de l'Ascension. Puis les quatre registres du tympan lui-m√™me repr√©sentent, de bas en haut, le sacre de saint Honor√©, des gu√©risons miraculeuses attribu√©es √† ce dernier, une procession de reliques du saint, et au sommet la mort du christ en croix sur le Golgotha.

La face ant√©rieure du trumeau est occup√©e par la statue de la Vierge Dor√©e, magnifique chef-d'Ňďuvre du XIIIe si√®cle. Dat√©e de 1288, haute de 2,30 m, la statue originale, menac√©e par les intemp√©ries, a √©t√© transf√©r√©e √† l'int√©rieur de la cath√©drale en 1980 et remplac√©e par un moulage. La statue nous montre une Vierge couronn√©e et portant l'enfant J√©sus, le regard pos√© vers lui avec douceur. La t√™te de la Vierge est surmont√©e d'un dais. Trois angelots souriants portent son nimbe. Elle est l√©g√®rement hanch√©e, le poids du corps portant sur une seule jambe.

À l'inverse des Vierges à l'Enfant antérieures, beaucoup plus hiératiques, cette statue est celle d'une jeune mère souriante qui joue avec son bébé et qui le berce. Elle inaugure une toute nouvelle sorte de représentations de la Vierge, elle est la première des Vierges hanchées qui ultérieurement seront fréquemment peintes ou sculptées. Quant à l'enfant Jésus, bébé assez joufflu, il semble jouer avec le monde comme avec le ballon qu'il a entre les mains.

La façade septentrionale

Vue générale de la façade nord de la cathédrale
D√©tail de la fa√ßade nord : les six chapelles lat√©rales de la nef sont √©clair√©es par de tr√®s grandes baies pourvues de vitraux. La toiture de ces chapelles est am√©nag√©e en terrasse continue.

Juste après le coin nord de la façade, la tour nord est soutenue par une puissante contre-butée.

√Ä l'est de la tour nord, les fa√ßades des chapelles lat√©rales de la nef sont, comme au sud, s√©par√©es par un trumeau d√©cor√© d'une statue. On y voit successivement saint Louis dont c'est l'une des plus anciennes repr√©sentations que nous poss√©dons, Guillaume de M√Ęcon et sainte Agn√®s. Les six chapelles sont log√©es entre les hautes cul√©es des arcs-boutants de la nef. Leurs fa√ßades bien align√©es entre elles sont √©clair√©es chacune par de tr√®s grandes baies, hautes de pr√®s de quinze m√®tres et pourvues de vitraux. La toiture de ces chapelles est am√©nag√©e en une seule terrasse continue. Cette terrasse ainsi que la balustrade sont l'Ňďuvre de Viollet-le-Duc qui s'est permis d'alt√©rer un remarquable monument du Moyen √āge, justifiant ainsi quelques unes des plus dures critiques faites √† son encontre.

On remarque que les fen√™tres hautes du chŇďur sont de structure assez diff√©rente de celles de la nef. Elles sont notamment surmont√©es d'un grand gable triangulaire qui d√©passe lat√©ralement le niveau de la galerie √† balustrade qui longe la base de la toiture.

La façade nord du transept et le portail de saint Firmin-le-Confesseur

La fa√ßade du bras nord du transept est nettement moins d√©cor√©e que la fa√ßade du bras sud. Enserr√©e entre deux puissants contreforts lat√©raux, elle pr√©sente dans sa partie inf√©rieure le portail d√©di√© √† saint Firmin le Confesseur. Celui-ci, encore appel√© Firmin II, fut le troisi√®me √©v√™que d'Amiens et si√©gea pendant quarante ans dans la seconde moiti√© du IVe si√®cle.

Détail de la rosace nord

Le portail comporte un linteau finement orn√© d'une d√©coration tr√©fl√©e et un tympan non sculpt√© car occup√© par une petite verri√®re. Au trumeau : statue d'un √©v√™que. Il n'y a pas d'autres statues ou sculptures, ni sur les voussures, ni sur les pi√©droits de la porte, ni sur les √©brasements de celle-ci.
La moitié supérieure de cette façade est occupée par une énorme verrière comportant, au-dessous, une claire-voie à cinq baies vitrées, puis une seconde claire-voie de dix lancettes partiellement masquée par une balustrade et surmontée d'une énorme rosace consolidée par des arcatures de pierre.
Au sommet de la fa√ßade se trouve une balustrade, mais pas de pignon en pierre et sculpt√© comme au sud : seulement un pignon d'ardoise, triangulaire, qui constitue l'extr√©mit√© nord du toit du transept.

Le contrefort d'angle gauche (situé à l'est) de la façade fait corps avec le contrefort extérieur de la face est du transept ainsi qu'avec une tourelle octogonale. Cet ensemble abrite un escalier à vis qui court depuis le rez-de-chaussée jusqu'à la base de la toiture du transept. Son trajet est marqué par une succession de meurtrières. Les sommets des deux contreforts latéraux sont coiffés chacun d'un petit toit pyramidal d'ardoise. Celui de gauche (oriental) abrite en fait l'extrémité supérieure de l'escalier.

Les arcs-boutants

Les arcs-boutants de la nef

Les arcs-boutants de la nef de la cathédrale d'Amiens - Dessin de Viollet-le-Duc
Dessin des arcs-boutants du chŇďur √† double vol√©e et deux cul√©es.

Les arcs-boutants de la nef de la cath√©drale d'Amiens, √©lev√©e vers 1230, pr√©sentent une disposition analogue √† celle du chŇďur de la cath√©drale de Soissons dont ils semblent s'inspirer. Ils sont √† double niveau et contrebutent la partie sup√©rieure de la nef. Ils s'appuient ext√©rieurement sur de grandes cul√©es assez massives. Leur t√™te (partie sup√©rieure) vient s'appuyer contre des piles ou colonnes assez sveltes longeant le mur de la nef. Comme il se doit, le dernier claveau de chacun des deux arcs n'est pas engag√© dans la pile et reste libre de glisser au cas o√Ļ la vo√Ľte ferait un mouvement par suite d'un tassement des points d'appui verticaux, faute de quoi les arcs-boutants se briseraient.

Comme √† Soissons, l'arc-boutant sup√©rieur prend appui sur la partie de la pile de la nef situ√©e au-dessus du centre de pouss√©e des vo√Ľtes, l√† ou s'exerce la partie sup√©rieure de la pouss√©e. Il en va de m√™me de l'arc-boutant inf√©rieur qui contrebute la vo√Ľte au niveau de la partie inf√©rieure de la pouss√©e. L'ensemble de ces deux arcs-boutants assure une stabilit√© maximale aux vo√Ľtes de l'√©difice.

√Ä noter qu'√† l'inverse de Soissons, le chaperon de l'arc-boutant sup√©rieur sert de canal pour conduire les eaux des ch√©neaux du grand toit de l'√©difice √† l'extr√©mit√© inf√©rieure de l'arc, d'o√Ļ elles sont expuls√©es, au travers du sommet des cul√©es, le plus loin possible par de longues gargouilles.

Les arcs-boutants du chŇďur

Les arcs-boutants du chŇďur contrebutent la partie sup√©rieure du chŇďur, mais sont forts diff√©rents de ceux de la nef. Ils sont √† simple niveau, mais √† double vol√©e. Ils prennent appui ext√©rieurement sur deux grandes cul√©es assez fines. Ils furent construits vers 1260, soit plus ou moins trente ans apr√®s ceux de la nef.

Les arcs-boutants supérieurs, tels que décrits pour la nef, furent à cette époque remplacés par une construction à claire-voie, véritable aqueduc incliné qui maintenait les têtes des murs, mais d'une façon passive et sans pousser.

Mais ces arcs-boutants, trop peu charg√©s par ces aqueducs ajour√©s, purent se maintenir dans le rond-point, c'est-√†-dire au chevet, l√† o√Ļ ils n'avaient √† contrebuter que la pouss√©e d'une seule nervure de la vo√Ľte. Dans la partie parall√®le du chŇďur, l√† o√Ļ il fallait r√©sister √† la pouss√©e combin√©e des arcs-doubleaux et des arcs-ogives, les arcs-boutants de ce type se soulev√®rent, et au XVe si√®cle on dut placer, en contre-bas des arcs-boutants primitifs, de nouveaux arcs d'un plus grand rayon, pour neutraliser l'effet produit par la pouss√©e des vo√Ľtes du chŇďur[19].

Le chevet et ses arcs-boutants

Le chevet de la cath√©drale d'Amiens frappe par sa grande √©l√©gance, et la puissance de sa construction. Il est constitu√© de trois √©tages de fen√™tres et d'une s√©rie de structures de soutien : contreforts et arcs-boutants. Le tout est richement orn√© de g√Ębles, de statues, de gargouilles et de pinacles abondamment travaill√©s. La verticalit√© largement pr√©dominante de tous ces √©l√©ments donne l'impression d'un puissant √©lancement vers le ciel.

Le niveau inf√©rieur du chevet correspond aux chapelles absidiales ou rayonnantes et consiste essentiellement en √©troites baies vitr√©es, tr√®s √©lanc√©es et atteignant pr√®s de 15 m√®tres de hauteur. Ces baies sont s√©par√©es par de solides contreforts assurant la stabilit√© des hauts murs. Ces contreforts sont surmont√©s de statues de rois musiciens ou d'effrayantes chim√®res qui scrutent la ville, l'Ňďil mauvais. La plupart de ces chapelles sont ainsi dot√©es de deux ou trois baies vitr√©es associ√©es √† deux contreforts. Seule la chapelle axiale poss√®de sept baies, lesquelles sont s√©par√©es par six contreforts. Enfin ces chapelles sont toutes coiff√©es de toits d'ardoise pyramidaux √† pans multiples, inclin√©s tant vers l'int√©rieur que vers l'ext√©rieur de l'√©difice.

L'√©tage suivant est compos√© des baies vitr√©es correspondant au triforium du chŇďur.

L'√©tage sup√©rieur enfin correspond aux baies vitr√©es des fen√™tres hautes de l'abside de la cath√©drale. Comme celles des fa√ßades lat√©rales du chŇďur, elles sont surmont√©es d'un haut g√Ęble triangulaire d√©passant le niveau de la base de la grande toiture.
Le haut du mur gouttereau du vaisseau principal du chŇďur ou chevet proprement dit est soutenu par six arcs-boutants de m√™me type que les arcs-boutants lat√©raux du chŇďur, c'est-√†-dire des arcs-boutants ajour√©s, √† double vol√©e, simple niveau et pr√©sentant une rigole d'√©coulement sous forme d'aqueduc, sur sa partie dorsale ou chaperon. Chaque arc-boutant comporte donc deux points d'appui ext√©rieurs. Le premier point d'appui se dresse √† partir du sommet du pilier du d√©ambulatoire, s√©parant le rond-point et les chapelles rayonnantes. Le second point d'appui est la v√©ritable cul√©e. Celle-ci prend appui sur la partie la plus large de la paroi de s√©paration des chapelles rayonnantes, c'est-√†-dire sa partie ext√©rieure. Pour assurer une meilleure solidit√©, la cul√©e comporte deux ailes s'appuyant chacune sur la premi√®re partie du mur ext√©rieur des chapelles voisines.

Le toit et les parties hautes de la cathédrale

Au centre, le f√©lin √† ailes de chauve-souris, juch√© au sommet d'un contrefort sur un pi√©destal soutenu par un sympathique corbeau, est une chim√®re et non pas une gargouille. En contrebas on voit plusieurs fort belles gargouilles situ√©es au niveau de la partie d√©clive de la galerie qui court √† gauche. (Chevet de la cath√©drale - toiture de la chapelle rayonnante du Sacr√©-CŇďur)
Deux imposantes chimères du toit de la cathédrale. Celles-ci ont la forme d'oiseaux fort peu bienveillants. Ils ont le bec fermé et sont installés en position verticale. Seul leur regard s'oriente vers le bas, comme pour surveiller ce qui s'y déroule.
Une belle s√©rie de rois musiciens tr√īnant au sommet des contreforts de la chapelle axiale, au chevet de la cath√©drale, juste derri√®re le chŇďur. Remarquez les longues gargouilles en contrebas

Le toit de la cath√©drale Notre-Dame d'Amiens est fait d'ardoises √† clous et le fa√ģte qui culmine √† 56 m√®tres est h√©riss√© d'une cr√™te de plomb. D'apr√®s une analyse dendrochronologique effectu√©e en 1988, la charpente du chŇďur daterait de l'an 1288, tandis que celle de la nef et du transept serait de 1311. La charpente, tr√®s l√©g√®re est form√©e de fermes espac√©es de plus ou moins 3,75 m√®tres[20].

Les parties hautes de la cath√©drale d'Amiens, bien plus que celles de Notre-Dame de Paris regorgent litt√©ralement d'Ňďuvres sculpturales m√©di√©vales souvent burlesques ou inqui√©tantes : gargouilles, chim√®res, rois musiciens ou autres encore.

Gargouilles et chimères

Les gargouilles sont innombrables sur les parties hautes de Notre-Dame d'Amiens. Souvent très élancées elles constituent parfois de véritables morceaux de statuaire. Il importe de ne pas confondre gargouilles et chimères.

Les gargouilles ont √©t√© mises en place √† l'extr√©mit√© des goutti√®res et des ch√©neaux pour √©vacuer l'eau de pluie des toitures et ne d√©signent que les extr√©mit√©s des conduits d'√©coulement des eaux. Elles d√©passent dans le vide afin de rejeter les masses d'eau des averses le plus loin possible des murs de la cath√©drale, lesquels ainsi ne s'ab√ģment pas. Elles ont souvent la forme d'animaux fantastiques, la gueule perp√©tuellement ouverte et de ce fait souvent effrayants voire f√©roces. Leur position est g√©n√©ralement horizontale ou parfois inclin√©e, et se terminent toujours par une gueule tourn√©e vers le bas et l'ext√©rieur, afin de faciliter l'√©coulement. Certaines ont des formes humaines. Toutes sont diff√©rentes, elles ont √©t√© cr√©√©es par de nombreux artistes qui ont donn√© libre cours √† leur imagination. Leur vari√©t√© para√ģt presque infinie.

De fort belles gargouilles se trouvent notamment au niveau des grands arcs-boutants. Le système d'écoulement des eaux du toit de la cathédrale se termine par une canalisation sur le sommet des arcs-boutants puis par de longues gargouilles. Pour avoir une idée de leur utilité, il faut aller les voir fonctionner muni d'un bon parapluie un jour de forte pluie. Le spectacle est impressionnant.

Les chim√®res par contre sont simplement des statues fantastiques voire diaboliques et souvent grotesques. Elles ont une fonction purement d√©corative, non li√©e √† un quelconque √©coulement. Elles se pr√©sentent donc bien souvent la gueule ferm√©e, tapies ou redress√©es et juch√©es sur des supports qui les sur√©l√®vent. On les retrouve dans les hauteurs de la cath√©drale, juch√©es sur des balustrades ou au sommet des contreforts, o√Ļ elles remplacent des pinacles, et ne se situent jamais aux endroits d√©clives de la couverture de l'√©difice tels les planchers des galeries hautes. Leur r√īle semblant √™tre d'observer la ville, elles occupent des perchoirs. Elles ont la forme de d√©mons, de monstres ou d'oiseaux fantastiques. Leur visage ou leur regard est orient√© vers le bas, comme pour se repa√ģtre des turpitudes qui s'y d√©roulent.

Les Rois Musiciens

√Ä l'inverse des chim√®res, les Rois Musiciens sont des statues de personnages fort sympathiques diss√©min√©es sur l'ensemble des toitures de la cath√©drale, et semblant jouer des airs √† la gloire du Seigneur. On les retrouve notamment juste derri√®re les tours de la fa√ßade occidentale, autour de la dite Chambre des Musiciens, situ√©e sur les toits entre la Galerie des Sonneurs et l'extr√©mit√© occidentale des combles de la nef. Une autre s√©rie de Rois Musiciens, beaucoup plus facile √† admirer, se dresse au sommet des contreforts de la chapelle axiale, au chevet de la cath√©drale, juste derri√®re le chŇďur.

La flèche

√Člev√©e en 1288 par l'√©v√™que Guillaume de M√Ęcon, la premi√®re fl√®che connut une fin tragique en 1528. Le 15 juillet un violent orage d√©clencha un incendie qui la d√©truisit totalement. Toute la ville s'√©tant mobilis√©e, les sauveteurs r√©ussirent √† emp√™cher l'incendie de se propager √† l'ensemble des combles de la cath√©drale, ce qui e√Ľt √©t√© catastrophique.

Rapidement, les dons affluèrent pour la reconstruction et même le roi François Ier aida en permettant que le bois nécessaire à l'édification de la nouvelle flèche soit prélevé en la forêt de Neuville-en-Hez qui était propriété royale.

Le travail, dont l'objet était d'élever une flèche en bois recouverte de plomb, fut confié à Louis Cardon de Cottenchy, secondé par un modeste charpentier de village, Simon Tanneau, responsable de l'édification de la flèche de bois. C'est Jean Pigard qui réalisa la flèche de plomb. Les travaux s'achevèrent en 1533 et il fallut encore une année pour dorer le plomb. Construite en bois de chêne et recouverte de plomb, c'est actuellement la plus ancienne flèche en bois connue.

Au total, 71 tonnes de plomb sont utilis√©es dans la fl√®che ; l'√©paisseur moyenne de m√©tal est de trois millim√®tres. Son poids total est de 500 tonnes. Le bois utilis√© est du bois de ch√™ne. Sa hauteur, au-dessus du fa√ģtage de l'√©difice jusqu'√† la pomme qui se trouve pr√®s du sommet, √©tait de 47 m√®tres avant la restauration effectu√©e au XIXe si√®cle par Eug√®ne Viollet-le-Duc; elle n'est plus aujourd'hui que de 45 m√®tres[21].

La base de la fl√®che repose sur une plateforme situ√©e au-dessus de l'endroit o√Ļ se croisent les quatre grandes ogives de la crois√©e du transept. D√®s sa naissance, elle est octogonale. La fl√®che, de toute grande qualit√© et authentique chef-d'Ňďuvre, poss√®de une riche d√©coration, notamment de fleurs de lys, et une s√©rie de superbes statues, faites en plomb repouss√© et de qualit√© exceptionnelle. La naissance de la fl√®che est constitu√©e de deux √©tages octogonaux dont la base est entour√©e d'une balustrade. Les 8 statues, creuses, sont dispos√©es au niveau de la balustrade du deuxi√®me √©tage. Elles repr√©sentent successivement le Christ (dispos√© face √† la nef), saint Paul, saint Firmin coiff√© de sa mitre et qui se trouve face au nord, saint Jean l'√Čvang√©liste, la Vierge couronn√©e portant l'enfant J√©sus totalement d√©v√™tu, saint Jean-Baptiste, saint Jacques le Majeur (orn√© de coquilles) et saint Pierre.

Ces magnifiques statues chrétiennes ne sont pas les seules à garnir la flèche. On y trouve aussi, comme un peu partout sur les toits de l'édifice, de superbes gargouilles et d'inquiétantes chimères. Toutes sont faites en plomb repoussé et remarquablement sculptées.

Intérieur

Intérieur de la cathédrale vu depuis l'entrée
Le triforium aveugle, les fen√™tres hautes et les vo√Ľtes quadripartites de la nef. √Ä l'avant-plan, les hautes colonnes des grandes arcades sont renforc√©es par quatre colonnettes engag√©es.
La nef de la cathédrale d'Amiens fut édifiée dans l'enthousiasme en un temps record. Débutée en 1220, elle était déjà terminée en 1230.
Le bas-c√īt√© sud de la nef - Au fond le transept, puis le d√©ambulatoire du chŇďur. √Ä leur intersection on distingue √† droite la chapelle Notre-Dame du Puy.

La nef

Première partie de la cathédrale gothique à être construite, la nef de Notre-Dame d'Amiens fut édifiée en très peu de temps. Initiée dès 1220, sa construction était déjà achevée en 1230.

L'√©l√©vation de la nef (comme celle du chŇďur) comporte trois niveaux : grandes arcades, triforium et fen√™tres hautes. Les fen√™tres hautes se composent de quatre lancettes. Le triforium, aveugle, comporte deux ensembles de trois arcades, pour chaque trav√©e.

Elle est √©clair√©e par la grande rosace de la fa√ßade, dite ¬ę Rose de la mer ¬Ľ et par les fen√™tres hautes.

La nef est compos√©e de sept trav√©es rectangulaires √† vo√Ľtes quadripartites barlongues (rectangulaires). Elle est bord√©e de chaque c√īt√© (nord et sud) d'un collat√©ral de m√™me longueur mais poss√©dant des vo√Ľtes carr√©es. Sa hauteur sous vo√Ľte est de 42,3 m√®tres, tandis que celle des bas-c√īt√©s atteint 19,7 m√®tres. Quant √† la hauteur des colonnes bordant la nef, chapiteaux inclus, elle est de 13,85 m√®tres. Autour de chacune des colonnes qui bordent lat√©ralement le vaisseau central de la nef comme le chŇďur, s'ajoutent quatre colonnettes dispos√©es en cercle, afin de renforcer ces colonnes supportant des vo√Ľtes situ√©es √† une telle hauteur.

Ce mode de construction est √©galement celui utilis√© √† Chartres (mod√®le des cath√©drales d'Amiens, Beauvais, et Reims). Dans l'architecture gothique, la crois√©e d'ogives et la vo√Ľte repose totalement sur les colonnes et non plus sur les murs lat√©raux. √Ä l'oppos√© de l'art roman, les murs ne sont plus porteurs des vo√Ľtes dont le poids retombe d√©sormais sur les colonnes, et les architectes peuvent se permettre de percer les grands murs afin de faire p√©n√©trer la lumi√®re de tous c√īt√©s. C'est ce qui a √©t√© r√©alis√© et fait ainsi baigner la nef comme le chŇďur dans la lumi√®re.

La confrérie Notre-Dame du Puy et les puys d'Amiens

Sources : [22],[23]

La confr√©rie Notre-Dame du Puy est un puy, soci√©t√© litt√©raire pieuse telle qu'on en trouvait √† la fin du Moyen √āge aux Pays-Bas, en Belgique, en Picardie et en Normandie[24]. Fond√©e en 1388, cette soci√©t√© en vint progressivement √† exercer son m√©c√©nat en sponsorisant la cr√©ation d'Ňďuvres picturales destin√©es √† orner la cath√©drale. Ce m√©c√©nat s'exercera depuis l'ann√©e 1452 (ann√©e suivant celle de la promulgation des nouveaux statuts de la Confr√©rie obligeant les ma√ģtres de la confr√©rie √† faire ex√©cuter une Ňďuvre d'art) jusqu'en 1693. Durant cette longue p√©riode allant de la fin du Moyen √āge √† la fin du Grand Si√®cle, la confr√©rie a dispos√© de pr√®s de deux si√®cles et demi pour faire ex√©cuter presque chaque ann√©e une Ňďuvre d'art picturale. Au total on √©value √† 185 le nombre d'Ňďuvres d'art produites, t√©moignage de la d√©votion √† la Vierge et destin√©es √† embellir le sanctuaire. Ces Ňďuvres picturales ont progressivement acquis elles-m√™mes le nom de Puys.

Au fil du temps, l'ex√©cution de ces Puys va √©voluer progressivement. L'√©volution des commandes en vue de donation suit la notori√©t√© de la confr√©rie, et donc sa destin√©e, mais t√©moigne aussi de la modification des go√Ľts et des modes artistiques en France entre la fin du Moyen √āge et la fin du r√®gne du Roi Soleil:

  • Au XVe si√®cle, un total de trente-quatre tableaux ont √©t√© produits dont quatre de type polyptyque, comportant des volets.
  • Au XVIe si√®cle, on d√©nombre quatre-vingt-six tableaux (dont dix sont aujourd'hui conserv√©s). Au d√©but de ce si√®cle cinq tableaux munis de volets sont recens√©s. √Ä partir de 1518, on retrouve des mentions concernant des encadrements sculpt√©s.
  • √Ä la fin du XVIe si√®cle, un nouveau type d'Ňďuvre d'art appara√ģt, la cl√īture de chapelle. Ces cl√ītures int√©grent toujours le don d'un tableau qui prend g√©n√©ralement place dans le couronnement de la cl√īture. Ce type d'offrande va se g√©n√©raliser au XVIIe si√®cle. On recense en effet dix cl√ītures de chapelles entre 1600 et 1615. Bient√īt, tous les emplacements disponibles pour les cl√ītures ayant √©t√© dot√©s, on assiste √† la livraison de retables sculpt√©s, dont le nombre atteint quatorze entre 1614 et 1664. Ces retables incluent g√©n√©ralement un tableau. Ainsi en 1627 et en 1634/35, la chapelle de la Confr√©rie du Puy et celle dite de saint S√©bastien seront magnifiquement am√©nag√©es par la cr√©ation d'un ensemble incluant un retable (avec tableau et statues), un autel et une cl√īture.
  • Quelques chefs-d'Ňďuvre d'un autre type seront √©galement offerts √† la cath√©drale dans le cadre ce ce m√©c√©nat particulier : une chaire en 1602, une table d'autel en 1636, deux b√©nitiers en marbre en 1656.
  • √Ä partir de 1625, la donation d'Ňďuvres purement sculpturales se manifeste. Ce type de donation va progressivement s'amplifier ; ainsi on note huit cas au XVIIe si√®cle, dont sept sont actuellement toujours en place. Par contre la production de tableaux isol√©s se rar√©fie durant cette p√©riode et on ne recense plus que huit cas au XVIIe si√®cle.
  • Enfin, √† partir de 1647, date du commencement du d√©clin de la confr√©rie, la donation d'objets de culte va devenir de plus en plus courante : on d√©nombre seize donations de ce type avant 1686.

Malgr√© toutes ces mutations concernant la forme et le type des Ňďuvres offertes, un √©l√©ment reste cependant presque immuable au fil des si√®cles : le th√®me de la Vierge, patronne de la Confr√©rie. Celle-ci est en effet pr√©sente dans les premiers tableaux connus (1438) et on la retrouve jusqu'en 1678 avec le dernier Puy conserv√© en la cath√©drale Notre-Dame d'Amiens.

Le pavement et le labyrinthe

La cath√©drale Notre-Dame d'Amiens se distingue des autres cath√©drales par son dallage. Il comporte toute une s√©rie de dessins diff√©rents r√©partis entre les diff√©rents secteurs de l'√©difice. Ce dallage restaur√© au XIXe si√®cle, a √©t√© con√ßu et dessin√© au XIIIe si√®cle. Parmi la vari√©t√© des motifs dessin√©s on trouve, entre autres, le motif de la svastika ou croix gamm√©e.

La pi√®ce ma√ģtresse de ce dallage est un labyrinthe octogonal situ√© au niveau de la cinqui√®me trav√©e de la nef. Il est long de 234 m√®tres. Au Moyen √āge, certains p√®lerins venus v√©n√©rer les reliques de saint Jean-Baptiste, dont le cr√Ęne avait √©t√© ramen√© en 1206 par le chanoine Wallon de Sarton, le parcouraient √† genoux, √† la mani√®re d'un Chemin de Croix. Ils devaient pour cela suivre la ligne noire. C'√©tait une √©preuve que devaient subir ceux qui d√©siraient se sanctifier, ou gagner quelques indulgences ou encore expier des p√©ch√©s graves qu'ils avaient commis.

Il existe aussi des labyrinthes dans d'autres cath√©drales et √©glises fran√ßaises, telles les cath√©drales de Bayeux et de Chartres, ainsi qu'√† la basilique de Saint-Quentin. Il y en eut un √©galement √† Notre-Dame de Reims, mais il fut d√©truit au XVIIIe si√®cle.

La pierre centrale du labyrinthe est fort int√©ressante puisqu'on y trouve un texte r√©sumant la fondation de la cath√©drale, inscrit sur une bande de cuivre. Au centre de cette pi√®ce, une croix orient√©e sur les points cardinaux est entour√©e de 4 personnages : les trois architectes de la cath√©drale (Robert de Luzarches, Thomas et Renaud de Cormont) et l'√©v√™que √Čvrard de Fouilloy. Cette pierre est dat√©e de 1288, date retenue pour la fin de l'√©dification de la cath√©drale.

La pierre qui se trouve actuellement dans la nef est une copie de l'originale, laquelle a été transférée au musée de Picardie.

Les gisants de bronze

√Ä l'entr√©e de la nef, √† droite et √† gauche, on peut admirer les tombeaux surmont√©s de gisants des deux √©v√™ques, √Čvrard de Fouilloy (√©v√™que de 1211 √† 1222) et Geoffroy d'Eu (de 1223 √† 1236), qui donn√®rent l'impulsion d√©cisive √† l'√©dification de ce grand sanctuaire. Les gisants de bronze, superbes chefs-d'Ňďuvre taill√©s d'une seule pi√®ce, datent de la premi√®re moiti√© du XIIIe si√®cle. Ce sont des pi√®ces uniques, seuls t√©moins des bronzes du XIIIe subsistant en France, et miraculeusement √©pargn√©s par le vandalisme r√©volutionnaire de la fin du XVIIIe si√®cle. Certains pensent que les visages sculpt√©s de ces gisants sont les portraits authentiques des deux d√©funts, tant leurs traits sont admirablement typ√©s[25].

Le gisant d'√Čvrard de Fouilloy se trouve √† droite de l'entr√©e de l'√©glise. Il est support√© par six lions, en bronze eux aussi. L'√©v√™que est repr√©sent√© en grande tenue √©piscopale. Il √©crase des deux pieds deux cr√©atures griffues, mal√©fiques et dot√©es d'une queue de serpent, symbolisant le mal. √Ä ses c√īt√©s, sur le haut du gisant, deux pr√™tres sont grav√©s et portent des cierges allum√©s. Deux anges situ√©s pr√®s de ses √©paules offrent de l'encens au d√©funt[26].

Le gisant de l'évêque Geoffroy d'Eu se trouve à gauche du début de la nef. La surface de ce gisant est moins travaillée que le tombeau de son prédécesseur. On y retrouve les mêmes créatures diaboliques et fantastiques représentant le mal, et écrasées par ses pieds. Six lions, assez différents des lions de l'autre tombeau, supportent le gisant.

La chaire de vérité

La chaire de v√©rit√© de la cath√©drale est adoss√©e √† la derni√®re colonne du c√īt√© nord (gauche) de la nef, avant le pilier de la crois√©e. C'est un ensemble baroque assez impressionnant qui date de 1773. Elle est l'Ňďuvre du sculpteur Jean-Baptiste Dupuis ainsi que de l'architecte Pierre-Joseph Christophle. √Ä la base, la chaire est support√©e par des statues grandeur nature des trois vertus th√©ologales : la Foi, l'Esp√©rance et la charit√©. √Ä l'arri√®re, une √©l√©gante draperie est support√©e par des angelots. La chaire poss√®de un toit ou abat-voix form√© de nuages d'o√Ļ s'√©chappe une colombe, symbole du Saint-Esprit. Enfin, couronnant le tout, un ange porteur d'un √Čvangile ouvert pointe un doigt vers le ciel. Cette Ňďuvre fort critiqu√©e au XIXe si√®cle pour sa grandiloquence, n'en est pas moins admirable tant pour la grande beaut√© plastique des personnages y figurant que pour la pr√©cision d'ex√©cution de ses divers composants.

Les bas-c√īt√©s de la nef

Les bas-c√īt√©s ou collat√©raux nord et sud de la nef sont de dimension gigantesque et dignes d'√™tre compar√©s aux vaisseaux principaux de certaines grandes √©glises. Leur largeur entre les axes des colonnes est en effet de 8,65 m√®tres, tandis qu'ils s'√©lancent √† 19,7 m√®tres de hauteur. √Ä titre de comparaison, la nef principale de la cath√©drale Notre-Dame de Senlis a une largeur de 9,2 m√®tres, √† peine sup√©rieure, tandis que sa vo√Ľte, avant l'incendie de 1504 ne d√©passait pas les 17 m√®tres (24 apr√®s la restauration qui suivit l'incendie).
Quant aux colonnes qui bordent ces collatéraux, ils ont près de 14 mètres de hauteur, chapiteaux inclus.

Le collatéral sud héberge dans sa première travée deux tombeaux[27]. Adossé au gros pilier qui soutient l'angle nord-est de la tour sud et face à la porte Saint-Christophe, on peut voir le tombeau du chanoine Pierre Bury (mort en 1504), surmonté d'un groupe sculpté représentant le chanoine agenouillé aux pieds d'un Christ martyr et humilié, revêtu de la cape dont on l'avait affublé, et dont les deux mains sont liées par une grosse corde.

Face au tombeau du chanoine Bury, se trouve celui d'Antoine Niquet (mort en 1652), chanoine lui aussi. Ce tombeau est surmont√© d'un monument fun√©raire attribu√© au sculpteur Nicolas Blasset. Il est adoss√© √† la premi√®re colonne s√©parant ce collat√©ral du vaisseau central, et fait √©galement face √† la porte Saint-Christophe. Le monument montre le d√©funt agenouill√© aux pieds d'une Vierge douloureuse, un livre de pri√®res ouvert. √Ä ses c√īt√©s, saint Antoine semble lui indiquer quelle pri√®re adresser √† Marie[28]. Trois poignards sont dispos√©s sur la poitrine de cette derni√®re.

Les chapelles latérales de la nef

Chapelle Notre-Dame de Foy ou chapelle de l'Annonciation : le retable de l'Annonciation de Nicolas Blasset (1655).
Chapelle de l'Assomption : le retable de l'Assomption, de Nicolas Blasset

La nef poss√®de onze chapelles lat√©rales, six au nord et cinq au sud. Elles n'√©taient pas pr√©vues dans le projet initial, mais la n√©cessit√© de leur construction se fit sentir d√®s la fin du XIIIe si√®cle. Leur √©dification date des ann√©es 1290 √† 1375. Les plus anciennes se situent √† l'est, les plus r√©centes √† l'ouest.

Les chapelles latérales sud
  • La chapelle Saint-Christophe re√ßut sa d√©coration actuelle en 1762. Elle comprend une statue de saint Christophe en pierre, Ňďuvre de Jean-Baptiste Dupuis, sculpteur du XVIIIe si√®cle qui collabora √† l'√©dification de la chaire de v√©rit√© ainsi que du ma√ģtre-autel actuel.
  • Chapelle Notre-Dame de Foy ou chapelle de l'Annonciation : on y trouve une remarquable statue de l'Annonciation Ňďuvre du sculpteur ami√©nois du XVIIe si√®cle, Nicolas Blasset, offerte par un ma√ģtre de la confr√©rie Notre-Dame du Puy. L'Annonciation y est sculpt√©e en marbre blanc se d√©tachant sur un fond de marbre de Rance.
  • La troisi√®me chapelle sud de la nef est la chapelle de l'Assomption, anciennement chapelle Saint-Nicolas. Elle fut offerte au XIVe si√®cle par les waidiers ou producteurs de gu√®de. Elle prit son nom suite √† la d√©coration offerte par un ma√ģtre de la Confr√©rie du Puy-Notre-Dame nomm√© Fran√ßois de Fresne. On y trouve une des plus belles Ňďuvres de Nicolas Blasset, r√©alis√©e vers 1637, une repr√©sentation de l'Assomption de la Vierge. Celle-ci, ainsi que les anges et Dieu le P√®re sont sculpt√©s en marbre blanc sur fond de marbre noir.
  • La chapelle Saint-√Čtienne appel√©e aussi chapelle Saint-Laurent : on peut y voir les statues de saint √Čtienne et de saint Augustin. Le d√©cor de la chapelle a √©t√© dessin√© par Christophle en 1768. Au-dessus de l'autel se trouve un tableau de Laurent de La Hyre : la P√Ęmoison de la Vierge, dat√© de 1628.
  • Enfin la chapelle Sainte-Marguerite semble √™tre la plus ancienne des chapelles lat√©rales de la nef. Elle fut construite en 1292 par l'√©v√™que Guillaume de M√Ęcon. Sa d√©coration actuelle date de 1768 et fut r√©alis√©e par le sculpteur Jean-Baptiste Dupuis et l'architecte Pierre-Joseph Christophle. Il s'agit d'une statue en marbre de sainte Marguerite pos√©e sur un autel.
Chapelle Saint-√Čtienne : le retable avec le tableau de Laurent de La Hyre La p√Ęmoison de la Vierge
Les chapelles latérales nord
  • La premi√®re chapelle est la chapelle Saint-Jean-Baptiste ou chapelle du Sauveur. Construite en 1375 par l'√©v√™que-cardinal Jean de La Grange, on y trouve sa statue.
  • La deuxi√®me chapelle, √©difi√©e √† la m√™me √©poque par le m√™me Jean de La Grange est connue sous le nom de chapelle Notre-Dame de Bon Secours. Elle contient une Vierge √† l'enfant, Ňďuvre de Nicolas Blasset.
  • La chapelle du Saint-Sauveur s'appelait autrefois chapelle Saint-Michel. Elle abrite un Christ byzantin du XIIe si√®cle provenant de l'ancienne √©glise Saint-Firmin-le-Confesseur, d√©truite au d√©but du XIIIe si√®cle pour faire place au bras nord du transept.
  • La chapelle Saint-Honor√©, contient une sculpture de saint Honor√© ex√©cut√©e en 1780 par le sculpteur Jacques-Firmin Vimeux.
  • La chapelle Notre-Dame de la Paix s'appelait jadis chapelle Saint-Louis. On peut y admirer un retable avec une vierge en marbre blanc. Il s'agit d'un puy, offert en 1654 et sculpt√© par Nicolas Blasset.
  • Enfin la sixi√®me chapelle ou chapelle Saint-Firmin, ex-chapelle Sainte-Agn√®s, abrite une statue en pl√Ętre de saint Firmin.
Le chŇďur : triforium dot√© d'une claire-voie, fen√™tres hautes √† six lancettes et vo√Ľte quadripartite des trav√©es rectangulaires. L'abside √† 7 pans est situ√©e √† droite.

Le chŇďur

Le chŇďur de la cath√©drale, vu de l'int√©rieur

Le chŇďur de Notre-dame d'Amiens, jadis entour√© d'une cl√īture en pierre sculpt√©e et aujourd'hui ceint d'une grille en fer forg√©, comprend quatre trav√©es rectangulaires √† vo√Ľtes quadripartites barlongues et √† collat√©raux doubles, plus une abside √† sept pans. Cette derni√®re est entour√©e par un d√©ambulatoire simple dans lequel s'ouvrent sept chapelles rayonnantes.

Tout comme celle de la nef, son √©l√©vation est √† trois niveaux : grandes arcades, triforium et fen√™tres hautes. Dans les trav√©es rectangulaires, on constate la m√™me architecture que dans la nef, avec quelques particularit√©s cependant. Ainsi les deux ensembles de trois arcades du triforium sont surmont√©s d'arcs en mitre. De plus, contrairement √† ce que l'on voit dans la nef, le triforium est ici √† claire-voie. Enfin, les fen√™tres hautes sont √† six lancettes et non plus quatre.

Au niveau de l'abside, ou rond-point, le triforium, toujours à claire-voie, est composé pour chaque pan de deux ensemble d'arcades géminées (toujours couverte d'arcs en mitre). Dans leur prolongement, les fenêtres hautes ont quatre lancettes (groupées par deux).

Le chŇďur est habituellement la premi√®re partie d'une cath√©drale √† √™tre construite. Mais √† Amiens, les architectes d√©but√®rent par le milieu de l'√©difice, c'est-√†-dire par les sept trav√©es de la nef.

Dans l'axe du chŇďur, on peut voir dans la fen√™tre haute centrale, un vitrail color√© important offert √† la cath√©drale en 1269. C'est le plus beau et plus important vitrail du sanctuaire. Son th√®me est celui des Anges annon√ßant le sacre de saint Louis.

Le chŇďur est entour√© de chapelles rayonnantes o√Ļ si√®gent des sculptures superbes datant de diff√©rentes √©poques (du Moyen √āge √† Louis XVI‚Ķ). La cath√©drale a en effet √©t√© compl√©t√©e au fil des ans par des d√©corations diverses.

La cath√®dre de la cath√©drale est de style baroque et date du XVIIIe si√®cle. Remarquez √† l'arri√®re plan les superbes grilles en fer forg√©, baroques elles aussi, con√ßues par Michel-Ange Slodtz et ex√©cut√©es par Jean Veyren.

Le chŇďur baroque

Au XVIIIe si√®cle, l'√©v√™que d'Amiens, monseigneur Louis-Fran√ßois-Gabriel d'Orl√©ans de Lamotte, dont le r√®gne √©piscopal s'√©tend de 1734 √† 1774, voulut, dans les ann√©es suivant sa nomination, laisser dans sa cath√©drale l'empreinte d'un art nouveau, dynamique et enthousiaste, le baroque. Il entreprit d√®s lors des changements importants dans la d√©coration du chŇďur de sa cath√©drale. Il √©tait soutenu par le chanoine Fran√ßois Cornet de Coupel. Et pour leur cath√©drale, ils voulaient tous deux ce qu'il y avait de plus beau et de plus luxueux.

L'ancien jub√© fut ainsi d√©truit en 1755, et remplac√© par une grille baroque, Ňďuvre de Michel-Ange Slodtz, et ex√©cut√©e par Jean Veyren dit Vivarais.

Le nouveau ma√ģtre-autel baroque fut install√© d√®s 1751. Il est encadr√© par un groupe sculpt√© grandiose, occupant presque toute l'abside et compos√© de grandes sculptures baroques (√† la fran√ßaise) orn√©es d'or. C'est un monument unique qui vit ainsi le jour, dessin√© par l'architecte avignonnais Pierre-Joseph Christophle et sculpt√© par l'Ami√©nois Jean-Baptiste Dupuis. On l'appelle la Gloire eucharistique. Sur un soubassement de marbre, la Gloire eucharistique a la forme d'un tourbillon de nuages entour√© d'un halo de rayons de lumi√®re faits d'√©normes aiguilles dor√©es. Au centre se trouve la colombe eucharistique vers qui convergent tous les regards. L'ensemble est une v√©ritable explosion de lumi√®re, celle-ci symbolisant la r√©surrection du Christ ¬ę Lumi√®re du monde ¬Ľ. Tout autour de la colombe, des anges et des angelots virevoltent dans l'amas de nuages. Aux deux extr√©mit√©s de la sc√®ne, haute de plus de quinze m√®tres, on peut voir les effigies de la Vierge √† gauche, et de saint Jean √† droite. Plus lat√©ralement encore deux superbes anges, grandeur humaine, encadrent la sc√®ne. Le tout est dispos√© en demi-cercle juste devant les arcades de l'abside.

Cet √©tonnant et grandiose chef-d'Ňďuvre baroque, tout √† fait unique en France, fut fort controvers√© au XIXe si√®cle, surtout par Viollet-le-Duc et ses disciples, puristes finalement fort intol√©rants. Il √©chappa deux fois √† la destruction : lors de la tourmente r√©volutionnaire d'abord, et lors de la restauration de Viollet-le-Duc du XIXe si√®cle ensuite.

Un peu plus à gauche se trouve la cathèdre de la cathédrale, baroque également, et tout aussi richement ornée, datant de la même époque.

Les stalles

Les stalles de Notre-Dame d'Amiens vues depuis le triforium du chŇďur
Les stalles de Notre-Dame d'Amiens
L'angelot au blason, détail des stalles de la cathédrale.

R√©alis√©es en bois blond de ch√™ne, les stalles de Notre-Dame d'Amiens repr√©sentent le plus grand chef-d'Ňďuvre d'√©b√©nisterie jamais r√©alis√© sur terre (avec celles de la cath√©drale de Tol√®de), et jamais √©gal√© depuis. De style flamboyant, elles ont √©t√© con√ßues par les ma√ģtres huchiers Arnould Boulin, Antoine Avernier et Alexandre Huet.

Elles mettent en sc√®ne plus de 4000 personnages et elles furent ex√©cut√©es en 11 ans, de 1508 √† 1519. Elles √©taient au nombre de 120 √† l'origine, elles sont 110 aujourd'hui, dont 62 hautes et 48 basses. Les deux stalles ma√ģtresses √©taient r√©serv√©es au roi et au doyen du chapitre. Ces derni√®res sont uniques en leur genre, car surmont√©es d'une √©norme dentelle de bois qui s'√©l√®ve √† pas moins de treize m√®tres cinquante du sol. Sur la stalle r√©serv√©e au roi, se sont assis notamment Louis XII, Fran√ßois Ier, Henri IV, puis aussi Napol√©on Ier et le pr√©sident de Gaulle.

Techniquement la perfection de ces stalles est telle que l'Ňďil ne peut pour ainsi dire y d√©celer la moindre trace d'assemblage. Il n'y a ici ni clous, ni vis, ni chevilles ; rien que des tenons et des mortaises.

√Ä lui seul ce chef-d'Ňďuvre justifie une visite √† la cath√©drale. Quoique de style gothique flamboyant, cette Ňďuvre magistrale incorpore d√©j√† des √©l√©ments Renaissance.

Sur les mis√©ricordes et sur les rampants, une multitude de personnages sculpt√©s aux visages bien typ√©s, retracent les √©v√®nements principaux d√©crits dans l'Ancien Testament, depuis la cr√©ation de l'homme jusqu'au roi David. Ces personnages bibliques sont habill√©s et ex√©cutent divers travaux √† la mani√®re picarde de l'√©poque. On peut admirer Pharaon assis sur un tr√īne surmont√© d'un baldaquin du XVIe si√®cle, enturbann√© comme l'√©taient les Sarrasins. On a ainsi toute une documentation sur la mani√®re dont on pratiquait la batellerie ou la meunerie, par exemple, au d√©but du XVIe si√®cle en Picardie. Le char de Pharaon a un attelage tr√®s couleur locale picarde. Sur les jou√©es des stalles, des sc√®nes de la vie de Marie sont sculpt√©es avec beaucoup de d√©licatesse. On assiste ainsi √† son parcours depuis sa Conception jusqu'√† son Couronnement, suivant les textes du Nouveau Testament et la L√©gende dor√©e.

Sur les accoudoirs, une foule de personnages souvent truculents nous racontent la vie quotidienne √† Amiens et, de fa√ßon plus g√©n√©rale, en France au d√©but du XVIe si√®cle. Un foisonnement de petits personnages, sculpt√©s tr√®s habilement et avec beaucoup d'humour, nous fait entrevoir ce qu'√©taient les p√®lerins, les religieux, les artisans, bref les hommes et les femmes de l'√©poque, avec leurs manies et leurs d√©fauts, leurs traits de caract√®re aussi.

Quant aux dossiers ou dosserets des stalles, ils sont ¬ę fleurdelys√©s ¬Ľ. Ceci ne constituait pas un hommage √† la monarchie fran√ßaise, mais √† Marie m√®re de J√©sus, √† qui la cath√©drale √©tait et est toujours d√©di√©e. La fleur de lys est en effet la fleur mariale par excellence. On compte pas moins de 2 200 fleurs de lys r√©parties sur l'ensemble des dosserets. Lors de la R√©volution, elles furent b√Ľch√©es. De 1949 √† 1952, le sculpteur ami√©nois L√©on Lamotte les reconstitua enti√®rement √† la main, selon les techniques du XVIe si√®cle. Il utilisa pour ce faire du bois pr√©lev√© sur la charpente d'un ch√Ęteau picard datant de la m√™me √©poque.

Enfin les dais des stalles, dont certains atteignent plus de 13,5 m√®tres de hauteur, sont constitu√©s d'entrelacs de feuillages en alternance avec de petits personnages. C'est dans cette gigantesque dentelle de bois que la dext√©rit√© et la grande ma√ģtrise des artisans de l'√©poque se manifeste au plus haut point.

Concernant cette grande Ňďuvre, le compte de d√©pense des notaires du chapitre nous a √©t√© conserv√©. Il se monte √† 9 498 livres, 11 sols et 3 deniers[29], ce qui √©quivaut √† plus ou moins 150 000 francs germinal ou encore un million et demi d'euros 2008.

La cl√īture du chŇďur en pierres du d√©but du XVIe si√®cle

Au d√©but du XVIe si√®cle, le doyen du chapitre Adrien de H√©nencourt, opulent m√©c√®ne commanda au sculpteur Antoine Ancquier une imposante cl√īture afin d'entourer et d'isoler le chŇďur. Le but de cette op√©ration √©tait multiple. D'une part, il s'agissait d'isoler le chapitre et leurs stalles du bruit que faisaient les p√®lerins d√©filant autour du chŇďur dans le d√©ambulatoire, ce qui g√™nait fortement les chanoines. D'autre part, la cl√īture devait avoir un aspect p√©dagogique d'enseignement religieux aupr√®s de ces p√®lerins. Pour ce faire la cl√īture devait comporter une s√©rie de sc√®nes sculpt√©es et color√©es expliquant notamment la vie des saints. Enfin il s'agissait aussi d'√©difier une structure susceptible de recueillir les tombes d'hommes illustres li√©s √† la cath√©drale.

La cl√īture fut achev√©e vers 1530.

Suite aux bouleversements apport√©s au XVIIIe dans l'ornementation du chŇďur, une grande partie de cette cl√īture fut d√©truite √† cette √©poque. Il n'en reste plus actuellement que deux portions situ√©es au niveau des dossiers des stalles, donc au niveau de la partie du chŇďur jouxtant la crois√©e du transept, c'est-√†-dire de la partie occidentale du chŇďur. L'une d'entre elles situ√©e au sud des stalles est appel√©e cl√īture m√©ridionale, l'autre, au nord, √©tant la cl√īture septentrionale.

La cl√īture m√©ridionale du chŇďur et ses tombeaux

Deux mausol√©es sont situ√©s dans la partie sud de la cl√īture du chŇďur. Les personnalit√©s inhum√©es sont Ferry de Beauvoir et Adrien de H√©nencourt :

Adrien de H√©nencourt fit ex√©cuter la premi√®re partie de la cl√īture au niveau de la premi√®re trav√©e du chŇďur, pour servir de mausol√©e √† son oncle, l'√©v√™que Ferry de Beauvoir.

Le tombeau de Ferry de Beauvoir avec son gisant est encastr√© dans un enfeu de la portion de cl√īture occupant la premi√®re trav√©e du chŇďur (donc proche de la crois√©e du transept). Il est surmont√© d'une s√©rie de niches sculpt√©es, couvertes de vo√Ľtes d'ogives, figurant l'histoire de saint Firmin, depuis son entr√©e √† Amiens jusqu'√† son martyre puis son exhumation par saint Saulve. Les personnages de ces niches, polychrom√©s, sont tr√®s expressifs. Ils portent les costumes de la fin du XVe si√®cle. On peut ainsi admirer les somptueux atours des notables ainsi que les haillons des pauvres de l'√©poque. Notez le bourreau v√™tu de curieux hauts-de-chausses.

Ce n'est que quelques temps avant de mourir qu'Adrien de H√©nencourt fit ex√©cuter, √† c√īt√© de la s√©pulture de son oncle, sa propre s√©pulture. Celle-ci se trouve dans un second enfeu creus√© au niveau de la trav√©e suivante du chŇďur.

Son testament dat√© du 18 juillet 1527 et ses comptes d'ex√©cution (conserv√©s aux Archives d√©partementales de la Somme) fournissent sur sa construction des renseignements importants. On sait gr√Ęce √† ces documents, que la repr√©sentation de la d√©couverte des reliques de saint Firmin (visible dans la partie sup√©rieure de son tombeau) √©tait d√©j√† r√©alis√©e avant sa mort. Il ne restait plus qu'√† faire son propre gisant et la peinture d'ensemble.

Les portions de cl√īture du chŇďur d√©limit√©es par les colonnes lat√©rales du chŇďur sont chacune divis√©es en deux niveaux horizontaux : un soubassement plein au-dessous, surmont√© d'une s√©rie de quatre niches racontant l'histoire de saint Firmin. Le soubassement ou stylobate mesure 2,45 m√®tres de haut, il est peint et sculpt√©.

La partie nord de la cl√īture du chŇďur

La cl√īture septentrionale du chŇďur est de m√™me structure que la cl√īture m√©ridionale, mais son soubassement ne contient aucun tombeau. Le niveau sup√©rieur est constitu√©, comme au sud, d'une suite de niches. On y retrace une s√©rie d'√©pisodes de la vie et de la mort de saint Jean-Baptiste. Elles sont √† suivre de droite √† gauche.

La cl√īture du chŇďur en fer forg√© du XVIIIe si√®cle

Apr√®s l'ancien jub√©, d√©truit en 1755, ce fut l'ancienne cl√īture en pierre du XVIe si√®cle qui disparut √† son tour, en majeure partie du moins. Le chŇďur fut alors entour√© d'une grille baroque, Ňďuvre de Michel-Ange Slodtz, et ex√©cut√©e par Jean Veyren dit Vivarais. Admirable travail de ferronnerie, cette grille prot√©geant le chŇďur est un pur chef-d'Ňďuvre, plus proche de l'orf√®vrerie que de la ferronnerie. Au niveau de la crois√©e du transept, la grande grille ouvrant sur les stalles et le chŇďur est entour√©e des statues de saint Vincent de Paul √† gauche et de saint Charles Borrom√©e √† droite.

Le déambulatoire

Le tombeau du chanoine Guilain Lucas, au revers du ma√ģtre-autel. Lat√©ralement on peut voir les superbes grilles de Jean Veyren. √Ä l'arri√®re-plan : vue du revers de la Gloire eucharistique qui entoure le ma√ģtre-autel.

Le d√©ambulatoire est double au niveau de la partie rectangulaire du chŇďur. Il est simple au niveau de l'abside ; √† cet endroit il porte le nom de rond-point. Sur ce rond-point, dans la continuation du d√©ambulatoire ext√©rieur s'ouvrent une s√©rie de sept chapelles absidiales.

En parcourant le d√©ambulatoire depuis sa partie sud-ouest, c'est-√†-dire au niveau de la cl√īture sud du chŇďur, juste apr√®s le gisant d'Adrien de H√©nencourt et la derni√®re des niches sculpt√©es, on peut voir √† gauche, contre la colonne du chŇďur le petit monument de marbre blanc √©lev√© √† la m√©moire de Charles de Vitry (receveur des gabelles mort en 1670), et contenant son cŇďur. Il a la forme d'une colonnette servant de pi√©destal √† un enfant J√©sus tenant une croix de fer et foulant du pied droit le Serpent. De chaque c√īt√© du haut de la colonne sont sculpt√©es deux t√™tes de ch√©rubin de tr√®s belle facture. Ce monument date de 1705[30].

Juste derri√®re le chŇďur, face √† l'entr√©e de la chapelle axiale, se trouve le mausol√©e du chanoine Guilain Lucas (mort en 1628), Ňďuvre de Nicolas Blasset, sculpteur ami√©nois qui travailla pour la cath√©drale de 1630 √† 1659 et qui r√©alisa ce groupe en 1636.

Au-dessous, le gisant du chanoine, mains jointes, est allong√© dans un enfeu du soubassement. Dans la partie sup√©rieure, le chanoine est repr√©sent√© agenouill√© face √† une statue de la Vierge √† l'Enfant. Entre le chanoine et la Vierge, au centre du monument, le tr√®s c√©l√®bre Ange pleureur symbolise le chagrin des orphelins dont le chanoine s'√©tait occup√© en cr√©ant une Maison de Charit√© en leur faveur, √©galement appel√©e √Čcole des enfants bleus[31]. Le petit angelot, encore b√©b√©, s'appuie √† droite sur un clepsydre, sorte de sablier, symbole de la bri√®vet√© de la vie, et √† gauche sur le cr√Ęne d√©charn√© d'un squelette, symbole de la mort. Pendant la Premi√®re Guerre mondiale, des centaines de milliers de cartes postales, de m√©dailles et autres objets furent fabriqu√©s √† l'effigie de cet ange et vendus notamment aux soldats qui les emmen√®rent ou les envoy√®rent aux quatre coins de la terre.

Un peu plus loin, dans la partie nord du d√©ambulatoire se trouve le plus beau chef-d'Ňďuvre de ce m√™me Nicolas Blasset, le monument fun√©raire en marbre de Jean de Sachy, premier √©chevin d'Amiens mort en 1644, et de son √©pouse Marie de Revelois. Ex√©cut√© en 1645, la Mort y est repr√©sent√©e sous forme d'un cadavre en d√©composition √©tendu dans un linceul suspendu en forme de hamac. Au-dessus, Jean de Sachy et son √©pouse sont sculpt√©s √† genoux, aux pieds de la Vierge portant l'enfant J√©sus dans ses bras. √Ä ses pieds, saint Jean-Baptiste est repr√©sent√© sous les traits d'un enfant accompagn√© d'un agneau[32].

Les chapelles absidiales

La chapelle de la Vierge

Les chapelles absidiales sont toutes dot√©es de baies tr√®s allong√©es, √† deux lancettes surmont√©es de trois trilobes. Les deux chapelles les plus proches de la partie rectangulaire du chŇďur poss√®dent deux baies, la chapelle axiale, de loin la plus vaste, en a sept. Les quatre restantes ont trois baies.
Ces chapelles sont tr√®s √©lev√©es ; elles ont la m√™me hauteur que les bas-c√īt√©s du chŇďur et de la nef, c'est √† dire pr√®s de 20 m√®tres d'√©l√©vation (√† titre de comparaison, le vaisseau principal des grandes cath√©drales gothiques de Laon, de Sens ou de Bruxelles ont une hauteur de plus ou moins 25 m√®tres).

De gauche (c√īt√© nord) √† droite, on trouve :

La premi√®re chapelle donne acc√®s d'une part, du c√īt√© gauche, √† un escalier √† vis permettant d'acc√©der aux niveaux sup√©rieurs, et d'autre part √† une vaste chapelle appel√©e chapelle des cat√©chismes situ√©e en dehors de la cath√©drale.

La deuxi√®me chapelle ou chapelle de saint Jean-Baptiste fut d√©cor√©e de 1775 √† 1779 par Jacques-Firmin Vimeux. Elle contient un retable o√Ļ figure saint Jean-Baptiste.

Vitrail central de la chapelle du Sacr√©-CŇďur. Au bas de la photo, on distingue la t√™te de la statue qui surplombe l'autel, Ňďuvre de Placide Poussielgue-Rusand.

La chapelle de sainte Theudosie s'appelait jadis chapelle de saint Augustin. C'est en 1853 que l'√©v√™que d'Amiens, monseigneur de Salinis, ramena de Rome les reliques provenant des catacombes, d'Aurelia Teudosia pr√©sum√©e Ami√©noise. Napol√©on III finan√ßa lui-m√™me la restauration et l'ornementation de la chapelle de saint Augustin, et assista √† l'inauguration de ce qui devint d√®s lors la chapelle de sainte Theudosie. La ch√Ęsse de la sainte se trouve dans un tabernacle n√©o-gothique ex√©cut√© par les fr√®res Aim√© et Louis Duthoit. On remarque une grille remarquable due √† un serrurier ami√©nois, appel√© Corroyer. Les fort belles et int√©ressantes verri√®res datent de cette √©poque et repr√©sentent notamment Napol√©on III et l'imp√©ratrice Eug√©nie son √©pouse, le pape Pie IX et l'√©v√™que d'Amiens, mgr de Salinis. On aper√ßoit aussi le fameux ch√Ęteau de Pierrefonds, en reconstruction √† l'√©poque. Les vitraux du bas √† droite, ou vitraux des tisserands datent du XIIIe si√®cle.

La quatri√®me chapelle ou chapelle axiale est appel√©e chapelle de la Vierge ou chapelle de la petite paroisse. C'est la plus grande et la plus longue des chapelles absidiales (15 m√®tres 25 cm de profondeur). Elle ressemble par son architecture √† la Sainte-Chapelle de Paris, dont elle est contemporaine. Elle fut restaur√©e au XIXe si√®cle par Viollet-le-Duc et son √©quipe. L'autel en pierres est l'Ňďuvre des fr√®res Duthoit. La chapelle abrite deux tombeaux du XIVe si√®cle : celui de l'√©v√™que d'Amiens Simon de Gon√ßan et celui de Thomas de Savoie. Chacun de ces tombeaux repose sur un soubassement orn√© de pleurants. Ceux-ci sont parmi les plus anciens de France.

La chapelle suivante, la cinqui√®me, est la chapelle du Sacr√©-CŇďur, anciennement appel√©e chapelle de saint Jacques le majeur. Elle contient un superbe autel en bronze, Ňďuvre de l'orf√®vre parisien Placide Poussielgue-Rusand. Elle renferme aussi les drapeaux des arm√©es alli√©es qui ont d√©fendu Amiens en 1918.

La chapelle de saint François d'Assise, anciennement chapelle saint Nicaise, fut décorée de 1775 à 1779 pour un chanoine par Jacques-Firmin Vimeux. On y trouve surtout le retable de saint François d'Assise ainsi qu'un tableau réalisé par le peintre Bénouville et représentant ce saint mourant et bénissant la ville d'Amiens.

La derni√®re des sept chapelles, situ√©e √† l'extr√™me sud du rond-point, porte le nom de chapelle de saint √Čloi. Elle est fort √©tonnante, car elle affiche sur ses murs les repr√©sentations picturales des sibylles, lesquelles ne sont pas pr√©cis√©ment des personnages chr√©tiens, mais bien des voyantes li√©es au paganisme de l'antiquit√©. C'est pourtant le doyen du chapitre, Adrien de H√©nencourt qui les fit peindre en 1506. Les huit sibylles repr√©sent√©es sont Agripa, Persique, Tiburtine, Lybiqua, Europe, Phrygienne, √Črythr√©e et Cumane. Restaur√©es en 1853 et en 1977, ces sibylles sont un excellent √©chantillon de la peinture du d√©but du XVIe si√®cle en France. Mais la chapelle de saint √Čloi est avant tout une antichambre menant √† la chapelle des Macchab√©es et au tr√©sor de la cath√©drale.

Autres chapelles du pourtour du chŇďur

Les deux extrémités orientales du déambulatoire extérieur sont également aménagées en chapelles.
√Ä l'extr√©mit√© nord de cette all√©e ext√©rieure du d√©ambulatoire se trouve la chapelle Notre-Dame de Piti√© qui comprend un autel baroque surmont√© d'une statue de la Vierge Marie douloureuse et suppliante. Un glaive lui transperce le cŇďur. Elle occupe une vaste niche au sein d'un haut retable bord√© de colonnes torsad√©es typiquement baroques. Au sommet : une s√©rie d'angelots et divers personnages. Le tout, tr√®s luxueux, est fait en marbres de diverses couleurs.

Au sud, √©galement √† l'extr√©mit√© du d√©ambulatoire ext√©rieur, on peut voir la chapelle saint Joseph, anciennement chapelle saint Charles Borrom√©e. Elle comporte elle aussi un autel surmont√© d'un retable baroque √† colonnes torsad√©es. Ce dernier a re√ßu au XIXe si√®cle une statue de saint Joseph, due aux fr√®res Aim√© et Louis Duthoit. Le retable tr√®s richement orn√©, est surmont√© √† droite d'une belle statue de l'ap√ītre saint Mathieu, et √† gauche d'une tout aussi belle statue de saint Luc.

Le transept

Le transept et la verrière nord avec sa rosace.

Les deux croisillons du transept comportent chacun trois trav√©es et deux collat√©raux, l'un √† l'ouest, l'autre √† l'est. L'√©l√©vation du transept est √† trois niveaux, comme la nef et le chŇďur : grandes arcades donnant sur les collat√©raux, triforium √† claire-voie, et fen√™tre hautes.

Chaque croisillon est éclairé par une grande verrière dotée d'une rosace, verrière qui occupe la partie supérieure du mur de fond, et qui surmonte une claire-voie de cinq arcades. Cette claire-voie correspond à la paroi externe du triforium. La rosace du croisillon sud appelée Rose du ciel est flamboyante[33], tandis que celle du croisillon nord ou Rose des vents est rayonnante.

√Ä l'ext√©rieur, les deux croisillons sont soutenus, comme la nef et le chŇďur, par deux s√©ries (l'une √† l'est, l'autre √† l'ouest) de trois arcs-boutants ajour√©s, de m√™me type que ceux du chŇďur et du chevet.

Le transept de la cathédrale est lui aussi richement décoré.

Dans le croisillon nord se trouve une cuve √† laver les morts datant du XIIe si√®cle.
Du c√īt√© gauche (occidental) de ce croisillon, on peut voir une s√©rie de quatre niches en pierre de style flamboyant, sculpt√©es sur le mod√®le de l'ancienne cl√īture du chŇďur de la m√™me √©poque. On y a sculpt√© des sc√®nes, peintes et dor√©es, se d√©roulant dans les quatre parties du Temple de J√©rusalem :

  • Dans la premi√®re niche on voit J√©sus dans l'Atrium du Temple s'avan√ßant parmi les marchands.
  • La deuxi√®me sc√®ne se d√©roule dans le Tabernaculum et montre encore J√©sus au milieu des marchands
  • Dans la partie du Temple appel√©e le Saint, deux pr√™tres encensent un autel, et sur une table sont empil√©s douze pains.
  • Enfin la quatri√®me niche abrite une sc√®ne se d√©roulant dans le Saint des Saints : le Grand Pr√™tre encensant l'Arche d'Alliance.

La chapelle de saint Sébastien

Chapelle de saint S√©bastien : statue de saint Roch et de son chien, par Nicolas Blasset, et tableau de la Crucifixion de Guillaume Hergosse.

Elle est situ√©e au croisement du transept et du c√īt√© nord du double d√©ambulatoire du chŇďur, √† l'avant du pilier s√©parant les deux all√©es de ce d√©ambulatoire. La chapelle date de la premi√®re moiti√© du XVIIe si√®cle et fut restaur√©e en 1832 par les fr√®res Duthoit. Elle comporte un petit autel surmont√© d'une peinture situ√©e au centre d'un imposant retable de marbre sculpt√© et partiellement dor√©. Le tableau est une Crucifixion, provenant du couvent des Fontevristes de Moreaucourt, et attribu√© au peintre flamand Guillaume Hergosse (XVIIIe si√®cle). Il est entour√© √† droite de saint Louis, roi de France, portant la couronne d'√©pines. √Ä gauche se trouve la statue de saint Roch accompagn√© de son chien, Ňďuvre de Nicolas Blasset dat√©e de 1634. Au-dessus de l'ensemble : une fort belle statue du martyre de saint S√©bastien, ce dernier transperc√© de fl√®ches et la t√™te entour√©e de ch√©rubins. L'association des trois saints (saint Louis, saint Roch et saint S√©bastien) se comprend, car ils √©taient tous trois invoqu√©s lors des √©pid√©mies de peste[34].

La chapelle de Notre-Dame du Puy

Correspondant au sud √† la chapelle de Saint-S√©bastien, cette chapelle est celle de l'importante confr√©rie du Puy Notre-Dame dont le ma√ģtre, d√©sign√© chaque ann√©e, se devait d'offrir un cadeau √† la cath√©drale, g√©n√©ralement sous forme d'une riche Ňďuvre d'art. La chapelle date du XVIIe si√®cle et comporte avant tout un superbe retable au centre duquel se trouve une fort belle peinture de l'Assomption de la Vierge. Deux statues l'entourent. √Ä droite, Judith tenant la t√™te du g√©ant Holopherne, et √† gauche sainte Genevi√®ve. Cette derni√®re fut transform√©e en d√©esse Raison durant la R√©volution, et on mit alors entre ses mains la table des Droits de l'Homme et du Citoyen. Apr√®s la R√©volution, elle fut √† nouveau transform√©e, en sibylle cette fois, cette derni√®re √©tant cens√©e porter les Tables de la Loi.

La chapelle Saint-Pierre-et-Paul

Elle occupe l'extr√©mit√© sud du collat√©ral est du croisillon sud du transept, am√©nag√© en chapelle (collat√©ral du c√īt√© du chŇďur).
L'autel, en bois sculpté fut commandé en 1750 par le chanoine François Cornet de Coupel, bras droit et soutien actif de l'évêque Louis-François-Gabriel d'Orléans de Lamotte, dans l'entreprise de rénovation baroque de la cathédrale. Il est peint en imitation de marbre. Une grande toile représente l'Adoration des Mages. L'autel est entouré des statues de saint Pierre et de saint Paul.
Dans cette chapelle s'ouvre un escalier menant aux niveaux supérieurs du transept sud.

Le grand orgue

La cath√©drale d'Amiens poss√®de un orgue de 57 jeux r√©partis sur 3 claviers et un p√©dalier. Il a √©t√© construit en 1936 par Roethinger √† partir de l'orgue d'Aristide Cavaill√©-Coll qui a fortement souffert durant la Premi√®re Guerre mondiale. Le buffet de cet instrument date du XVe si√®cle.

La polychromie

Les portails ont été nettoyés au cours des années 1990 à l'aide d'un procédé utilisant le laser. Cette technique a permis de découvrir et de préserver des traces de polychromie, mettant fin à une longue polémique[35]. Depuis lors, un spectacle gratuit est donné en fin d'année et en période estivale permettant de voir la cathédrale en couleurs[36].

Le trésor et les reliques

Reliquaire du cr√Ęne pr√©sum√© de saint Jean Baptiste, Ňďuvre de Placide Poussielgue-Rusand (XIXe si√®cle).
Relique de saint Jean Baptiste - éclat d'os cranien

Une relique constitu√©e d'un petit ¬ę √©clat ¬Ľ d'os cr√Ęnien, pr√©sum√© appartenir √† saint Jean-Baptiste, est pr√©sent√© dans une vitrine (un coffre en bois avec vitre) dans le transept nord.

Un cr√Ęne (seul rescap√© des destructions de la R√©volution) est conserv√© dans le ¬ę tr√©sor ¬Ľ pr√®s de la sacristie, il est consid√©r√© comme √©tant celui de saint Jean-Baptiste : soup√ßon renforc√© par le fait que sur ce cr√Ęne manque exactement un ¬ę √©clat ¬Ľ de la taille de celui pr√©sent√© comme √©tant une relique du saint dans le transept. Ce cr√Ęne a √©t√© ramen√© en 1206 lors de la Quatri√®me croisade par un chanoine de Picquigny, Wallon de Sarton. Le reliquaire est compos√©, d'une part de cristal de roche du XIIIe si√®cle, et d'autre part d'une pi√®ce d'orf√®vrerie reconstitution du XIXe, faite par l'orf√®vre parisien Placide Poussielgue-Rusand, sur base de l'Ňďuvre de Ducange du XVIIe, d√©truite √† la R√©volution.

B√Ętiments annexes

√Ä c√īt√© de la cath√©drale se trouvent diff√©rents √©difices dont :

Autres vues détaillées

Bibliographie

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  • Georges Durand, Monographie de l'√©glise cath. ND d'Amiens (2 vol. et vol. de planches), Amiens et Paris, 1901-03 
  • Robert Branner, Saint Louis and the Court Style in Gothic Architecture, Londres, 1965 
  • Dieter Kimpel et Robert Suckale, Die gotische Architektur in Frankreich: 1130-1270, Munich, 1985 (ISBN 3-7774-4040-X), p. 11-64 et 503 
  • Wilhelm Schlink, Der Beau-Dieu von Amiens, Insel (l. de poche), Francfort-sur-le-Main et Leipzig, 1991 (ISBN 3-458-33016-X) 
  • John Ruskin, La Bible d'Amiens, 1885 
  • Alain Erlande-Brandenburg, Histoire de l'architecture fran√ßaise, √Čditions du Patrimoine, Paris, 1995 (ISBN 2-85620-367-1) 
  • Maurice Duvanel et Jean Macrez, La Cath√©drale Notre-Dame d'Amiens, √Čditions Poire-Choquet, Amiens, 1998 (ISBN 2-9502147-5-4) 
  • Pierre-Marie Pontrou√©, Notre-Dame d'Amiens, √Čditions Martelle, Amiens-Paris, 1997 (ISBN 2-87890-062-6) 

Notes et références

  1. ‚ÜĎ Page du site de l'UNESCO
  2. ‚ÜĎ Les plus belles √©glises du monde - notices historiques et arch√©ologiques de J.J. Bourass√©, 1857 (page 170 et suivantes)
  3. ‚ÜĎ Portail de l'agglom√©ration ami√©noise - Historique de la construction.
  4. ‚ÜĎ Description historique de l'√©glise cath√©drale de Notre-Dame d'Amiens de Antoine Pierre Marie Gilbert (page 13)
  5. ‚ÜĎ M√©moires de Messire Olivier de La Marche d'Olivier de la Marche - Tome II chapitre I
  6. ‚ÜĎ Notre-Dame d'Amiens d'Antoine Pierre Marie Gilbert - 1833 (pages 19-20)
  7. ‚ÜĎ Plan actuel de la cath√©drale d'Amiens
  8. ‚ÜĎ Notre-Dame d'Amiens d'Antoine Pierre Marie Gilbert
  9. ‚ÜĎ Site U-Picardie - Plan de la cath√©drale
  10. ‚ÜĎ Site Structurae.de - Dimensions
  11. ‚ÜĎ Notre-Dame d'Amiens de Antoine Pierre Marie Gilbert - 1833 (pages 21 et suivantes)
  12. ‚ÜĎ Eug√®ne Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonn√© de l‚Äôarchitecture fran√ßaise du XIe au XVIe si√®cle, tome 2, Cath√©drale
  13. ‚ÜĎ Les plus belles √©glises du monde - notices historiques et arch√©ologiques de J.J. Bourass√©, 1857 (page 180) - Attention l'auteur croit erron√©ment qu'il s'agit de la Vierge Dor√©e du portail Saint-Honor√©
  14. ‚ÜĎ Eug√®ne Viollet-le-Duc Dictionnaire raisonn√© de l'architecture fran√ßaise du XIe au XVIe si√®cle - rubrique "√āmes (les)"
  15. ‚ÜĎ Site "Limen arcanum" - le portail Saint-Firmin
  16. ‚ÜĎ Site Limen Arcanum - Le zodiaque d'Amiens
  17. ‚ÜĎ Photo du portail de la M√®re-Dieu
  18. ‚ÜĎ La fa√ßade du croisillon sud du transept et le portail de la Vierge Dor√©e - photo
  19. ‚ÜĎ Photo : les arcs-boutants √† claire-voie de la face sud du chŇďur sont soutenus par d'autres arcs-boutants de plus grand rayon. √Ä gauche les baies du triforium du chŇďur.
  20. ‚ÜĎ D'apr√®s Maurice Duvanel et Jean Macrez dans La Cath√©drale Notre-Dame d'Amiens, √Čditions Poire-Choquet, Amiens (France), ISBN 2-9502147-5-4 (page 62)
  21. ‚ÜĎ Eug√®ne Viollet-le-Duc : Dictionnaire raisonn√© de l'architecture fran√ßaise du XIe au XVIe si√®cle - Tome 5 - Fl√®che.
  22. ‚ÜĎ Histoire de la ville d'Amiens depuis les Gaulois jusqu'√† nos jours - La Confr√©rie du Puy Notre-Dame (page 316 et suivantes)
  23. ‚ÜĎ Le m√©c√©nat artistique de la Confr√©rie Notre-Dame du Puy d'Amiens
  24. ‚ÜĎ La confr√©rie Notre-Dame du Puy ou confr√©rie du Puy-Notre-Dame n'a rien √† voir avec la cath√©drale Notre-Dame du Puy-en-Velay
  25. ‚ÜĎ La Cath√©drale Notre-Dame d'Amiens de M. Duvanel et J. Macrez des √Čditions Poire-Choquet, Amiens 1998 ISBN 2-9502147-5-4 (page 81)
  26. ‚ÜĎ Histoire litt√©raire de la France - de Antoine Rivet de la Grange, Fran√ßois Cl√©ment - 1842 (page 20)
  27. ‚ÜĎ Universit√© de Picardie - Situation des tombeaux du chanoine Pierre Bury et d'Antoine Niquet
  28. ‚ÜĎ L'Ňíuvre de Blasset ou plut√īt Blassel c√©l√®bre sculpteur ami√©nois, par Alexis-Auguste Dubois, 1862 (page 57)
  29. ‚ÜĎ Les plus belles √©glises du monde - notices historiques et arch√©ologiques de J.J. Bourass√©, 1857 (page 178)
  30. ‚ÜĎ Antoine Pierre M. Gilbert, opus cit√© (page 269)
  31. ‚ÜĎ Description historique de l'√©glise cath√©drale de Notre-Dame d'Amiens - Antoine Pierre M. Gilbert - 1833 (page 271)
  32. ‚ÜĎ M√©moires de la Soci√©t√© des antiquaires de Picardie 1858 (page 504)
  33. ‚ÜĎ Le croisillon sud du transept
  34. ‚ÜĎ La Cath√©drale Notre-Dame d'Amiens de M. Duvanel et J. Macrez - √Čditions Poire-Choquet, Amiens 1998 ISBN 2-9502147-5-4 (page 94)
  35. ‚ÜĎ Selon certains, il √©tait impensable qu'on ait jamais pu peindre des repr√©sentations sacr√©es
  36. ‚ÜĎ Site officiel sur la polychromie de la cath√©drale

Annexes

Voir aussi

Liens externes

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