Catharisme

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Catharisme
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La population expulsée de Carcassonne en 1209.

On appelle « Cathares Â» (du grec ÎșαΞαρός / katharĂłs, « pur Â») les adeptes d'un mouvement chrĂ©tien mĂ©diĂ©val. Les Cathares considĂ©raient le monde matĂ©riel comme la crĂ©ation d’un dieu mauvais, un dieu bon rĂ©gissant le Ciel, et le corps humain comme la prison matĂ©rielle des Ăąmes d’anges prĂ©cipitĂ©s sur terre lors d’une bataille entre les deux dĂ©miurges, bon et mauvais, ces Ăąmes errant de corps en corps et de mort en mort, selon le principe de la mĂ©tempsychose (rĂ©incarnation). Seul le baptĂȘme spirituel – le Consolament – a la capacitĂ© de briser la chaĂźne qui retient l’ñme au corps, et de permettre ainsi aprĂšs une ultime mort terrestre Ă  l’ange de regagner le ciel. Les Cathares attribuent l’Ancien Testament au dieu mauvais, et le Nouveau Testament au dieu bon. NĂ©anmoins, les Cathares ont toujours Ă©tĂ© embarrassĂ©s par la figure du Christ, dont l’incarnation n’est pas envisageable dans le cadre du dogme, car cette incarnation le jette dans le monde de la matiĂšre, et donc, sous le pouvoir du dieu mauvais. Cette dualitĂ© entre Dieu bon et Dieu mauvais a connu de nombreuses interprĂ©tations divergentes au sein mĂȘme du clergĂ© cathare (dualisme absolu et mitigĂ©), et qui caractĂ©risent les diffĂ©rentes Ă©glises cathares.

Le nom de Cathares a Ă©tĂ© donnĂ© par les ennemis de ce mouvement, jugĂ© hĂ©rĂ©tique par l'Église catholique romaine et adoptĂ© tardivement par les historiens. Il provient d'un traitĂ© de saint Augustin (mort en 430) contre des hĂ©rĂ©tiques de l'AntiquitĂ© tardive, qui Ă©taient dits "cathares", c'est-Ă -dire "les purs" en grec. En 1163, le moine bĂ©nĂ©dictin Eckbert de Schönau est le premier Ă  reprendre ce terme, qu'il tire directement du traitĂ© d'Augustin, pour nommer des hĂ©rĂ©tiques mĂ©diĂ©vaux (en l'occurrence, ceux qu'Eckbert a contribuĂ© Ă  juger et condamner dans la rĂ©gion de Cologne). De nombreuses autres Ă©tymologies fantaisistes ont Ă©tĂ© proposĂ©es jusqu'Ă  une date rĂ©cente, car on n'avait pas encore Ă©tabli que l'expression latine "cathari, id est mundi" ("cathares, c'est-Ă -dire purs") avait Ă©tĂ© trouvĂ©e par Eckbert de Schönau chez Augustin (mais aussi chez le juriste Yves de Chartres, qui lui-mĂȘme avait dĂ©jĂ  repris d'Augustin le mĂȘme passage, Ă  la fin du XIe siĂšcle, dans un ouvrage juridique important et largement diffusĂ©).

« CommunautĂ© Ă  deux niveaux Â»[1], les adeptes de ce mouvement se nommaient eux-mĂȘmes « Bons Hommes Â», « Bonnes Dames Â» ou « Bons ChrĂ©tiens Â», mais Ă©taient appelĂ©s « Parfaits Â» par l’Inquisition, qui dĂ©signait ainsi les « parfaits hĂ©rĂ©tiques Â», c’est-Ă -dire ceux qui avaient reçu le « consolament Â», c’est-Ă -dire l'imposition des mains, et faisaient la prĂ©dication, par opposition aux simples « fidĂšles Â» hĂ©rĂ©tiques.

Principalement concentrĂ© en Occitanie, dans les comtĂ©s de Toulouse et de BĂ©ziers-Albi-Carcassonne, le catharisme subit une violente rĂ©pression armĂ©e Ă  partir de 1208 lors de la croisade contre les Albigeois puis, condamnĂ© au IVe concile de Latran en 1215, durant un siĂšcle, la rĂ©pression judiciaire de l’Inquisition.

Le terme est popularisé avec l'essor du mouvement occitaniste dans les années 1960 contre le centralisme jacobin[2].

Sommaire

Étymologie

L'origine du terme semble remonter au grec catharoi, terme qui, chez Saint-Augustin, dĂ©signe une secte manichĂ©enne africaine dont les adeptes se seraient prĂ©tendus "purs". L'abbĂ© de Schönau Eckbert (en), moine rhĂ©nan, utilise le qualificatif dans un de ses treize sermons en 1163 pour dĂ©signer les hĂ©rĂ©tiques de Germanie puis dans son manuscrit en 1164 Liber contra hereses katarorum qui est un tissu de citations empruntĂ©es au De haeresibus de Saint-Augustin. InvitĂ© par l'archevĂȘque de Cologne Rainald von Dassel Ă  venir dĂ©battre publiquement de cette secte dont plusieurs membres viennent d'ĂȘtre brĂ»lĂ©s, l'abbĂ© avait conceptualisĂ© le catharisme dĂšs 1155 Ă  partir de diffĂ©rentes traditions manichĂ©ennes (cathari, catharistae et catafrigae)[3]. Vers 1200, on retrouve le mot dans un ouvrage "De haeresi catharorum in Lombardia" puis dans "Adversus catharos", de MonĂ©ta de CrĂ©mone vers 1241 et enfin "Summa de catharis" de Rainier Sacconi, quelques annĂ©es plus tard.

Alain de Lille, dans "De fide catholica", Ă©crit vers 1200, propose trois Ă©tymologies. La premiĂšre rattache le mot Ă  "casti", chaste, juste. Michel Roquebert juge cette hypothĂšse irrecevable. La deuxiĂšme est grecque, "cathar", qui signifierait que des cathares suinte le vice. En fait Alain de Lille confond "cathar", pur, et "katarroos", Ă©coulement, mais au delĂ  de l'erreur de grec le sens reste plausible. Enfin la troisiĂšme origine serait latine, de catus, le chat "car, Ă  ce qu'on dit, ils baisent le derriĂšre d'un chat" alors que dans le Nord de la France le chat noir est la personnification du Diable. Lorsque l'Église n'utilise pas le terme "hĂ©rĂ©tique" elle emploie parfois le mot cathare, infamant[4]. Quoi qu'il en soit, le terme n'est jamais utilisĂ© par les hĂ©rĂ©tiques eux-mĂȘmes. C'est apparemment Charles Schmidt qui relance l'expression en 1848 avec son Histoire ou doctrine de la secte des cathares ou albigeois. Le terme cathare manque donc d'historicitĂ© et de neutralitĂ©, mais c'est celui qui s'est imposĂ©![5].

Apparition et diffusion en Europe

On a longtemps hĂ©sitĂ© sur les liens entre le catharisme et le bogomilisme. Ces deux doctrines furent considĂ©rĂ©es alors comme proches du manichĂ©isme, car le clergĂ© romain disposait d'ouvrages de rĂ©futation, notamment ceux d'Augustin, ancien manichĂ©en lui-mĂȘme. Le bogomilisme nĂ© en Bulgarie, subsistera en Bosnie, oĂč il aurait Ă©tĂ© la religion officielle jusqu'Ă  la conquĂȘte turque, Ă  la fin du XVe siĂšcle. La thĂšse de filiation directe est aujourd'hui contestĂ©e[6], mĂȘme si les historiens admettent l'existence d'Ă©changes et de convergences des doctrines. Le dernier colloque de Mazamet (2009) vient de confirmer les liens entre cathares et bogomiles, ainsi que les origines doctrinales des deux, qui remontent aux premiers siĂšcles du christianisme (Paul, Marcion, Valentin). En outre, les recherches menĂ©es sur les sources grecques et orientales (Pierre de Sicile) montrent que la doctrine bogomile aurait Ă©tĂ© transmise par les Pauliciens expatriĂ©s volontaires ou chassĂ©s de l'ArmĂ©nie (Turquie actuelle) vers la Thrace bulgare au VIIe et au IXe siĂšcle. La doctrine paulicienne fut fondĂ©e au VIIe siĂšcle en ArmĂ©nie par Constantin-Silas, aussi connu sous le nom de Constantin de Mananalis[7], suite Ă  la transmission d'Ă©vangiles et de lettres pauliniennes par un diacre possiblement marcionite vu la rĂ©gion et l'Ă©poque considĂ©rĂ©es. Le lien est encore plus patent lorsque l'on examine le fondement doctrinal faisant rĂ©fĂ©rence au dieu Ă©tranger et inconnu notamment.

Des communautĂ©s hĂ©rĂ©tiques sont apparues en Europe occidentale vers l'an Mil, sous diffĂ©rents noms selon les rĂ©gions : manichĂ©ens, nĂ©o-manichĂ©en (terme de Bernard Gui), origĂ©nistes, piphles, publicains, tisserands, bougres, patarins (terme surtout en Italie), albigeois, en Allemagne, en Autriche[8] , en Flandre, en Champagne, en Bourgogne. Le fait que les relevĂ©s doctrinaux soient conformes Ă  la base de la doctrine cathare (au sens large du terme) permet de relier ces diffĂ©rentes Ă©mergences, mĂȘme si la rĂ©pression les a fait disparaĂźtre de ces rĂ©gions. La prĂ©sence de l'Ă©vĂȘque de France Ă  Saint FĂ©lix Caraman, citĂ© dans la Charte de Ninquinta (aujourd'hui largement authentifiĂ©e), prouve les liens entre ces communautĂ©s du nord et celles d'Occitanie.

Les rĂ©actions des autoritĂ©s civiles ou ecclĂ©siastiques et des populations expliquent cette gĂ©ographie du catharisme et sa persistance dans le Midi. Selon Michel Roquebert, cette tolĂ©rance religieuse est peut ĂȘtre due Ă  une longue cohabitation avec d'autres confessions : arianisme de la pĂ©riode wisigothe, proximitĂ© de l’Espagne islamique, prĂ©sence de nombreux juifs. Pour ce qui est de l'Italie du Nord, l'implantation du catharisme, trĂšs diffĂ©rent de celui qui se dĂ©veloppa en France, profite du conflit entre le pape et l'empereur.

C'est dans ces rĂ©gions que les Bons Hommes se sont organisĂ©s en communautĂ©s d'hommes ou de femmes dirigĂ©es par des anciens, des diacres et des Ă©vĂȘques. Ces communautĂ©s Ă©taient constituĂ©es de plusieurs «maisons». On y aurait souvent pratiquĂ© des mĂ©tiers liĂ©s Ă  l’artisanat local, et frĂ©quemment le tissage, en rĂ©fĂ©rence aux premiĂšres communautĂ©s chrĂ©tiennes. Plusieurs communautĂ©s constituaient une Église, ou diocĂšse cathare, Ă  la tĂȘte duquel se trouvaient des Ă©vĂȘques.

la croix du Languedoc, croix « Ă©vidĂ©e et pommetĂ©e Â», fut un symbole de raliement cathare, puisqu'elle fut la croix des armoiries des comtes de Saint-Gilles, devenues celle des comtes de Toulouse, puis du Languedoc, avant la croisade catholique et l'Inquisition visant Ă  exterminer les cathares[9].

Les Églises cathares

Au milieu du XIIe siĂšcle (1167), les Églises cathares Ă©taient au nombre de huit cents en France. Au XIIIe siĂšcle, en 1226, un nouvel Ă©vĂȘchĂ© fut crĂ©Ă©, celui du RazĂšs, dans la rĂ©gion de Limoux. Ces Églises Ă©taient indĂ©pendantes. Elles ne reconnaissent pas d'autoritĂ© supĂ©rieure Ă  celle des citoyens, comme celle du pape pour l'Église romaine. Les maisons de «parfaits» Ă©taient rĂ©unies sous l'autoritĂ© d'un diacre, et chacune Ă©tait dirigĂ©e par un ancien ou une prieure. L'Ă©vĂȘque Ă©tait lui-mĂȘme assistĂ© par un «fils majeur» et un «fils mineur», qui Ă©taient choisis parmi les diacres, et qui prenaient sa succession, le fils mineur remplaçant le fils majeur, qui devenait Ă©vĂȘque, Ă  sa mort ; cela se produisit frĂ©quemment lorsque la persĂ©cution commença. Les femmes pouvaient obtenir le consolament, et accĂ©der ainsi Ă  la vie de parfait. MĂȘme si elles n'Ă©taient pas habituellement chargĂ©es de la prĂ©dication, comme les hommes, quelques exemples montrent qu'elles pouvaient assurer toutes les missions dĂ©volues aux bons hommes : prĂ©dication, notamment aux femmes, ou en association avec un homme, participation aux disputes (Esclarmonde) et consolament, notamment pendant la rĂ©pression inquisitoriale. Par contre, nous n'avons pas trace de femme diacre ou Ă©vĂȘque.

Par cette organisation, les Cathares ont voulu reproduire fidĂšlement celle de l'Église primitive, telle qu'elle est dĂ©crite dans le Nouveau Testament, dans les Ă©pĂźtres de Saint-Paul, et dans les Actes des apĂŽtres, principalement. En cela ils s'opposaient, comme leurs prĂ©dĂ©cesseurs, Ă  l'Ă©glise de Rome accusĂ©e d'avoir perverti le christianisme authentique par son infĂ©odation Ă  l'empereur Constantin, validĂ©e par le concile de NicĂ©e en 325.

Doctrine

Le catharisme ne s'appuie pas sur une thĂ©ologie puisqu'il considĂšre que Dieu, inconnaissable et non accessible, est absent de ce monde. Cette doctrine est le fruit d'un travail de recherche scripturaire, prenant en compte le Nouveau Testament, notamment l'Évangile selon saint Jean et celui selon saint Luc, dont au moins la moitiĂ© est aujourd'hui considĂ©rĂ©e comme le reliquat de l'ÉvangĂ©lion de Marcion de Sinope, lui-mĂȘme Ă©crit selon la prĂ©dication de Paul de Tarse. C'est une interprĂ©tation trĂšs diffĂ©rente des Ă©vangiles de celle qu'en fait le christianisme. Les cathares s'appuient aussi sur de nombreux Ă©crits (Paul, Marcion, Livre des deux principes, rituels, etc.) et s'inspirent de courants de pensĂ©e plus anciens (paulinisme, gnosticisme), tout en gardant, sur bien des points, de notables distances avec ces philosophies ou religions, auxquelles le catharisme ne peut ĂȘtre assimilĂ© d'un bloc. En effet, les cathares n'ont jamais parlĂ© de Mani, de Sophia ou des Éons, et se diffĂ©rencient rĂ©ellement des Ă©crits de Paul et de Marcion.

Les cathares recherchent le sens originel du message du Christ. Leur foi se base sur les principes suivants :

  • Dieu, appelĂ© le principe Bon, existe de toute Ă©ternitĂ© et n'aura pas de fin. Il est parfait et son Ɠuvre est parfaite, inaltĂ©rable et Ă©ternelle. Il est omniscient et tout puissant dans le Bien.

Dieu est le crĂ©ateur de ce qui est, et ce qu'il n'a pas crĂ©Ă© n'est rien (nihil traduit par «nĂ©ant») ;

  • Les esprits, appelĂ©s anges par simplification, sont de nature divine ;
  • Dans le NĂ©ant est le principe Mauvais, ou principe du Mal. Dieu, qui n'a pas de mal en Lui, ne peut connaĂźtre ce principe Mauvais, mais celui-ci, ambitionnant d'imiter Dieu, est parvenu Ă  dĂ©tourner une partie des esprits de la crĂ©ation divine ;
  • Le principe Mauvais a attirĂ© les esprits par force (catharisme absolu ou dyarchien), ou par tentation (catharisme mitigĂ© ou monarchien), car il n'a d'existence que pour autant qu'il puisse se mĂȘler Ă  la crĂ©ation divine (le Bien).

Cette vision de la constitution de l'univers visible constitue le mythe de la chute du tiers des anges ou, selon les interprĂ©tations, de la troisiĂšme partie de leur composition : ĂȘtre, Ăąme, et corps subtil. Introduits dans des corps charnels fabriquĂ©s par Lucifer, ces ĂȘtres sont diffĂ©rents de l'Ăąme qui est de crĂ©ation malĂ©fique, et qui assure la survie du corps charnel ;

  • Cette crĂ©ation, issue d'un crĂ©ateur imparfait et non Ă©ternel, est imparfaite et corruptible. Elle a eu un commencement et elle aura une fin.

Cette fin surviendra quand le Mal s'étendra sur la création et que les esprits auront réussi à s'extraire de leur prison charnelle pour retourner à Dieu. Alors, le Mal, ayant perdu les avantages du mélange, redeviendra Néant. Le Mal est donc vainqueur dans le temps, mais son accomplissement constitue sa perte. Il est donc vaincu dans l'éternité.

Les deux principes ne sont donc pas de mĂȘme nature et de mĂȘme puissance. Il ne s'agit donc pas d'un dualisme manichĂ©en, ni d'un dithĂ©isme, mais d'un dualisme comparable Ă  celui de l'Ă©glise de Rome, sauf qu'au lieu d'ĂȘtre eschatologique, centrĂ© sur la fin des temps et la division du monde entre paradis et enfer, il est originel, centrĂ© sur la bonne crĂ©ation, qui seule subsistera Ă  la fin des temps.

Quelques précisions

Le Christ, fils de Dieu, et envoyĂ© par Lui, est venu pour leur rĂ©vĂ©ler leur origine cĂ©leste et pour leur montrer le moyen de retourner aux cieux. Ainsi, le Christ est uniquement l'envoyĂ© du PĂšre (aggelos : ange, messager) venu apporter le message du salut aux hommes. Il ne s'est pas soumis au Mal par l'incarnation, et est demeurĂ© un pur esprit (docĂ©tisme). Marie ne l'a jamais enfantĂ©.

Les cathares du Moyen Âge sont en accord sur l'essentiel de leurs croyances, et les lĂ©gĂšres variantes observĂ©es (absolus ou dyarchiques, et mitigĂ©s ou monarchiques) n'avaient pas de rĂ©percussion.

  • L'esprit Ă©tait transmis, soit par les gĂ©nĂ©rations depuis le premier homme (traducianisme), soit par transmigration dans un nouveau-nĂ© aprĂšs la mort (rĂ©incarnation, origĂ©nisme)[10].
  • Les cathares reconnaissaient un ou deux principes, selon qu'ils Ă©taient «monarchiens», ou «dyarchiens», «mitigĂ©s» ou «absolus». Les cathares absolus pensaient que le principe du Mal ne pouvait trouver son origine dans le principe du Bien. Autrement dit, reprĂ©sentant le Bien absolu, Dieu ne pouvait avoir crĂ©Ă© un ange corruptible (Lucifer). Pour les dualistes absolus, les deux principes, le Bien et le Mal, coexistent depuis la crĂ©ation divine, puisque c'est hors de cette crĂ©ation qu'ils se trouvent.
  • C’est uniquement par le Saint-Esprit que l'esprit peut ĂȘtre libĂ©rĂ© du monde physique, et c’est par le baptĂȘme, par imposition des mains, reçu par les apĂŽtres et transmis par eux, que l’esprit pourra accĂ©der au Salut. Toutefois, le baptĂȘme ne pouvait ĂȘtre administrĂ© Ă  un jeune enfant de moins de 13 ou 14 ans, jugĂ© inapte Ă  discerner l'importance de cet acte (anabaptisme). Celui-ci devait ĂȘtre effectivement administrĂ© Ă  une personne, en connaissance de cause, et sur la base de sa conviction.
  • Il est Ă  noter le respect inconditionnel de la vie qu'avaient et que prĂȘchaient les Bons ChrĂ©tiens, comme ils se nommaient. Tout ce qui avait place dans le monde matĂ©riel mĂ©ritait, pour eux, considĂ©ration. Le mĂ©pris du corps et la volontĂ© de purification expliquent qu'ils observaient un rĂ©gime alimentaire trĂšs strict, parfois confondu avec un suicide par grĂšve de la faim (endura) par ceux qui ne connaissaient pas la doctrine cathare. Les relations sexuelles, que ce soit dans le mariage ou en dehors, relevaient de la mĂȘme impuretĂ©, et devaient ĂȘtre Ă©vitĂ©es pour les Parfaits. Ils avaient Ă  cƓur de mener leurs contemporains sur la voie du salut afin d'Ă©courter, un tant soit peu, le cycle des passages en ce bas monde.

Pratiques, sacrements et rites

Refus de l’orthodoxie

Les cathares, se considĂ©rant alors comme les seuls vrais disciples des apĂŽtres, adoptent le modĂšle de vie, les rites et les sacrements, des premiĂšres communautĂ©s chrĂ©tiennes. Ils s'appuient principalement sur les enseignements du Nouveau Testament, leur unique priĂšre Ă©tant le Notre PĂšre. Ils considĂšrent que toutes les pratiques et sacrements instaurĂ©s par l'Église tout au long du Haut Moyen Âge, n’ont aucune valeur :

  • le sacrement du baptĂȘme d'eau que les prĂȘtres confĂšrent aux nouveau-nĂ©s (incapables selon eux de comprendre l'engagement qu'est le baptĂȘme pour celui qui le reçoit) ;
  • la mĂ©diation des saints et le culte des reliques et des morts (offrandes et messes pour les dĂ©funts) ;
  • le sacrement de l'Eucharistie : refusant de croire en la transsubstantiation, c'est-Ă -dire la transformation du pain et du vin devenant le corps et le sang du Christ lors de leur consĂ©cration par le prĂȘtre lors de la messe. En mĂ©moire de la derniĂšre CĂšne du Christ avec ses apĂŽtres, les cathares bĂ©nissent le pain lors du repas quotidien pris avec leurs fidĂšles. C’est le rituel du « pain de l’Oraison Â».
  • le sacrement du mariage, celui-ci lĂ©gitimant Ă  leurs yeux l'union charnelle de l'homme et de la femme, union Ă  l'origine du pĂ©chĂ© du premier couple selon leur interprĂ©tation de la GenĂšse.

De mĂȘme que dans certains courants de l'Église chrĂ©tienne primitive, l'idĂ©al cathare est basĂ© sur une vie ascĂ©tique, alors que le sacrement du mariage aurait Ă©tĂ© crĂ©Ă© tardivement afin de permettre aux fidĂšles d'ĂȘtre chrĂ©tiens dans le mariage, leur donnant la possibilitĂ© d'accĂ©der au salut sans suivre la voie monastique.

Ils n'attachent pas d'importance aux Ă©glises bĂąties qui ne sont pas pour eux les seuls lieux du culte car la parole du Christ peut ĂȘtre enseignĂ©e partout oĂč se rĂ©unissent les fidĂšles.

Leur seul sacrement est le baptĂȘme, ou consolament.

Le consolament

Le sacrement du consolament (consolation, en occitan du latin consolamentum) ou « baptĂȘme d'esprit et du feu Â» par imposition des mains, comme pratiquĂ© par le Christ, est le seul Ă  apporter le salut en assurant le retour au ciel de la seule partie divine de l'homme : l'esprit. Il est le point de dĂ©part d'un choix de vie en accord avec la doctrine (justice et vĂ©ritĂ©), permettant Ă  la nature divine de l'impĂ©trant de se dĂ©tacher partiellement de la nature mondaine et d'accĂ©der au salut. Le consolament officialise donc le choix du novice ou du mourant Ă  mener une vie chrĂ©tienne. Il n'est que la reconnaissance d'un Ă©tat et non un apport d'une qualitĂ© extĂ©rieure. Ce sacrement joue un rĂŽle fondamental dans les communautĂ©s cathares car il est Ă  la fois sacrement d'ordination et de viatique (extrĂȘme-onction), alors appelĂ© « consolament des mourants Â».

Le consolament est confĂ©rĂ© par un membre de la hiĂ©rarchie et engage celui qui le reçoit dans une vie religieuse qui, comme toute ordination, suppose la prononciation de vƓux et le respect d'une RĂšgle : pratique de l'ascĂšse, engagement Ă  ne pas manger nourritures provenant des animaux ( viandes, Ɠufs, lait, graisses animales, 
), la pratique de la morale Ă©vangĂ©lique : interdiction de jurer, de mentir, de tuer. Il fait d'un croyant cathare un Bon Homme ou une Bonne Dame, membre du clergĂ©, prĂ©dicateur, capable d'apporter lui-mĂȘme le consolament aux mourants.

Il était donc aussi administré aux mourants qui en faisaient la demande, c'est-à-dire aux simples croyants qui n'avaient pas franchi le pas de l'ordination durant leur vie, mais souhaitaient rencontrer le Saint-Esprit, leur donnant une chance d'accéder au salut, avant de mourir. Les priÚres des parfaits aprÚs la mort du consolé pouvaient durer encore quatre jours, et si le mourant survivait, il devait alors embrasser la vie de parfait avec les contraintes associées.

La vie des « parfaits Â» et « parfaites Â»

Travail manuel et vie communautaire

Étant ordonnĂ©s, les parfaits entrent dans un ordre religieux, mais sans sortir du siĂšcle. Ils sont en effet astreints au travail manuel pour vivre, ce qui leur donne un avantage considĂ©rable pour leur prĂ©dication, en les maintenant au contact de la population qu'ils vont instruire directement, via des traductions en langue vernaculaire, contrairement au clergĂ© catholique qui refuse tout contact direct du peuple avec les textes sacrĂ©s. Cela leur rapportera Ă©galement, tout simplement, l'argent du produit de leur travail, argent qui leur permettra par exemple de se dĂ©placer et, avec les dons et les legs, de crĂ©er les conditions de l'existence d'une hiĂ©rarchie. Par contre la pauvretĂ© personnelle Ă©tait prescrite.

Les cathares vivaient dans des « maisons de parfaits Â», intĂ©grĂ©es aux villes et aux villages, qui leur permettaient de rencontrer la population et de prĂȘcher, et leur servaient d'atelier. Des jeunes y Ă©taient envoyĂ©s par leurs parents simples fidĂšles ou dĂ©jĂ  ordonnĂ©s, pour leur formation en vue de leur propre ordination.

Tout parfait rejoignait une maison de parfaits, et y travaillait de ses mains, y compris par exemple les nombreuses Ă©pouses nobles et leur progĂ©niture qui firent partie des rangs des cathares. Le sacrement de mariage n'Ă©tant pas reconnu, elles se sĂ©paraient simplement de leur mari, gĂ©nĂ©ralement lui-mĂȘme simple croyant.

Le consolament des mourants pouvait ĂȘtre confĂ©rĂ© dans les maisons des parfaits, dans laquelle le consolĂ© Ă©tait transportĂ© et mourait.

Lorsque vint le temps des persĂ©cutions, les parfaits durent se cacher chez des fidĂšles, mais ils y payĂšrent toujours leur nourriture par le travail manuel, plus le prĂȘche et l'enseignement.

Vie apostolique

Se rapprochant des premiers chrĂ©tiens, les cathares croyaient que le salut passait par une vie de religion. Afin de ne pas procrĂ©er, c'est-Ă -dire crĂ©er un nouveau corps - d'essence mauvaise - ils Ă©taient astreints Ă  la chastetĂ© et refusaient la procrĂ©ation, ils devaient constamment aller par deux personnes du mĂȘme sexe : chacun avait son sĂČci, ou compagnon, ou sa sĂČcia, pour les femmes. Cette prĂ©dication au coin du feu de deux personnes de mĂȘme sexe conduira Ă  l'accusation de bougrerie (homosexualitĂ©) frĂ©quemment enregistrĂ©e dans les registres de l'Inquisition. En rĂ©alitĂ©, cette façon de vivre toujours au moins Ă  deux tenait Ă  la conviction que l'esprit seul ne peut Ă©viter de se fourvoyer alors qu'avec - au moins - un compagnon ou une compagne, les errements sont plus faciles Ă  combattre.

Ils ne devaient pas mentir, s'abstenir de tout vice, de toute mĂ©chancetĂ©, ĂȘtre simplement de Bons ChrĂ©tiens selon les Évangiles, ce qui conduisit inĂ©vitablement Ă  l'Ă©dification des chrĂ©tiens, bien que le catharisme touchĂąt essentiellement une population bourgeoise ou noble, sauf dans la derniĂšre pĂ©riode. Les parfaits ne devaient Ă©videmment pas tuer, mais cela s'appliquait Ă©galement aux animaux.

L'interdiction de mentir, ainsi que l'interdiction de jurer, fut largement utilisée par les inquisiteurs pour identifier et pourchasser les "bons hommes".

Ils devaient s'abstenir de toute consommation de produits de la fornication. En cela ils s'interdisaient toutes viandes ainsi que le lait et les produits dérivés.

Le jeûne était de pratique courante, mais le jeûne le plus strict prévoyait du pain et de l'eau. L'endura est un jeûne suivant le consolament et qui a pu conduire certains "bons hommes" à la mort pendant l'inquisition en raison de situation particuliÚres (mourants ou blessés consolés in extremis).

DerniĂšre obligation faite surtout aux hommes : la prĂ©dication. Les parfaits devaient prĂȘcher le salut par l'ordination du consolament et la morale Ă©vangĂ©lique. Cette prĂ©dication se faisait dans les maisons ateliers, mais Ă©galement Ă©tant invitĂ©s par des fidĂšles ou sur la place publique.

Finalement, trois carĂȘmes annuels Ă©taient pratiquĂ©s.

Refus de l'alimentation carnée

Article dĂ©taillĂ© : vĂ©gĂ©tarisme#religions_abrahamiques.

« DĂšs la fin du XIIe siĂšcle dans le Midi de la France, « manger de la viande Â» et se convertir au catholicisme sont synonymes. Â»

— RenĂ© Nelli, la vie quotidienne des Cathares du Languedoc au XIIIe siĂšcle[9].

L'ingestion volontaire de la nourriture carnĂ©e avait les mĂȘmes effets que la rupture dĂ©libĂ©rĂ©e avec l'Église cathare[9].

Pour les cathares, l'abstinence n'est pas privation, comme pour le catholique : « le jeĂ»ne que vous faites vaut autant que le jeĂ»ne du loup Â», disait le cathare Guilhem BĂ©libaste, (dernier « Parfait Â», assassinĂ© brĂ»lĂ© vif), Ă  propos du carĂȘme catholique[9].

Cela dit, il n'y a pas de recherche de l'ascĂšse pour elle-mĂȘme[9]. Les Parfaits, qui ont l'obligation de travailler et mĂȘme d'exercer un travail manuel, apprĂ©cient ce Ă  quoi ils ont droit de manger et de boire, et aiment que ce soit bon[9].

La prohibition du meurtre est commune à toutes les familles chrétiennes[9]. Le catharisme, là encore, ne se distingue que par la valeur absolue qu'il lui donne, et par le fait qu'il l'étend aux animaux susceptibles d'avoir reçu une ùme céleste[9].

On retrouve, Ă  l'autre extrĂ©mitĂ© de la pĂ©riode cathare, des indications explicites : Deux femmes de Montaillou (AriĂšge), vers 1300, discutent religion : « ma commĂšre, ce serait un grand pĂ©chĂ© de tuer cette poule ! – Est-ce un si grand pĂ©chĂ© de tuer une poule qu'on le dit ? – Oui, car dans notre religion, les Ăąmes humaines, quand elles sont sorties des corps des hommes et des femmes, se mettent ou s'introduisent dans des poules. [9] Â»

Certains cathares se permettaient de manger des Ɠufs, faisant notamment des omelettes aux respountsous (jeunes pousses du tamier, prĂ©sentes notamment dans les vignes)(cf. FrĂ©dĂ©ric ZĂ©gierman)[rĂ©f. souhaitĂ©e].

Le refus de tuer la volaille est un topique de la littĂ©rature miĂ©diĂ©vale[9] : un inquisiteur dĂ©nonce Ă  l'empereur les cathares amenĂ©s Ă  Goslar par le duc de Lorraine vers 1053, un autre inquisiteur fait brĂ»ler un toulousain qui lui avait rĂ©pondu qu'il ne voyait pas quelle faute avait commise ce coq, pour qu'il dĂ»t le tuer (vers le milieu du XIIIe siĂšcle)[9] ; le mĂȘme fait brĂ»ler deux dames de Foix, en fuite, et que leur dĂ©guisement de mauresque n'avait pas mise hors de la suspicion de leur aubergiste toulousaine, qui renseignait l'Inquisition : en effet, prĂ©textant qu'elle s'en allait faire le marchĂ©, l'aubergiste leur demanda de tuer et de dĂ©plumer les poules pendant son absence, afin de l'avancer dans son travail ; comme lorsqu'elle fut revenue les poules Ă©taient toujours vivantes : l'aubergiste ne dit pas un mot, appĂątĂ©e par la prime promise aux dĂ©lateurs ; elle sortit et revint avec deux sergents de l'Inquisition, qu'elle avait dĂ©jĂ  alertĂ©s[9]; il n'y a pas lieu de chercher des motifs mystĂ©rieux Ă  cette Ă©preuve, qui remplaçait avantageusement les ordalies en usage si longtemps contre les hĂ©rĂ©tiques dans le nord de la France[9].

Les poulets ne sont pas seuls en cause[9]. Les cathares frĂ©quentaient les paysans, et essayaient de modifier leur mentalitĂ©[9]. Ils leur recommandaient, par exemple, de traiter les animaux avec douceur[9]. Les femmes se montraient sans doute plus sensibles que leurs maris :

« Guillemette, voyant un Croyant cathare faisant fonction de Parfait battre mĂ©chamment son Ăąnesse, ne contient pas son indignation : "ça se dit receveur d'Ăąmes, et ça martyrise les animaux !" Â»

— RenĂ© Nelli, la vie quotidienne des Cathares du Languedoc au XIIIe siĂšcle[9].

La sensiblitĂ© cathare Ă  ce sujet pouvant prendre les formes les plus dĂ©sespĂ©rĂ©es :

« Un hĂ©rĂ©tique que l'on mĂšne en prison, Ă  travers les rues de Limoux, se met Ă  pleurer en voyant les bouchers tuer des veaux, prĂšs de l'abattoir de la ville. Il pleurait sur le sort de tous ces gens qui pĂȘchaient mortellement – et se perdaient – en mettant Ă  mort une bĂȘte. Â»

— RenĂ© Nelli, la vie quotidienne des Cathares du Languedoc au XIIIe siĂšcle[9].

Si les Parfaits tombaient par hasard sur un animal pris au piÚge, ils avaient le devoir de le délivrer, mais, de ce fait, ils causaient un dommage au chasseur
 Alors, bien que le Rituel ne leur en fßt pas obligation, ils faisaient partir le liÚvre et laissaient à sa place une piÚce de monnaie[9].

Le « vĂ©gĂ©tarisme cathare Â» Ă©tait donc un refus de commettre la violence Ă  l'Ă©gard d'une crĂ©ature « ayant du sang Â», – principe, pour eux, des « vrais chrĂ©tiens Â» :

« Si un criminel dangereux les attaquait, ils pouvaient se dĂ©fendre ; tuer la vipĂšre ou le loup. Encore qu'Ă  l'Ă©poque du Catharisme triomphant, un Parfait ne l'eĂ»t sans doute point fait, car il Ă©tait aussi grave de tuer une bĂȘte « ayant du sang Â» que de tuer un homme. Â»

— RenĂ© Nelli, la vie quotidienne des Cathares du Languedoc au XIIIe siĂšcle[9].

La fin du mouvement cathare

Les Inquisiteurs exigeaient des sympathisants hĂ©rĂ©tiques - seulement en tant que premiers repentants (en cas de rĂ©cidive, il y avait condamnation au bĂ»cher) - qu'une croix latine jaune soit cousue sur leurs vĂȘtements, l'une sur le dos l'autre sur la poitrine, signe d'infamie[11]. Ils restaient sous la surveillance active des recteurs qui chaque dimanche les frappaient de verges[9].
Illustration de la dispute entre saint Dominique et des Albigeois, oĂč les livres des deux parties furent jetĂ©s au feu, et oĂč ceux de saint Dominique furent miraculeusement prĂ©servĂ©s des flammes. Peinture par Pedro Berruguete.

Causes de la persécution

Leur obstination, leur anticlĂ©ricalisme intransigeant, leur opposition Ă  la hiĂ©rarchie catholique, Ă  laquelle ils reprochent sa richesse ostentatoire et ses abus de pouvoir, valent aux cathares de s'attirer les foudres de l'Église romaine, d'autant plus que leur mĂ©pris pour le corps et leur conception nihiliste de l'existence Ă©taient perçus comme Ă©minemment dangereux[rĂ©f. nĂ©cessaire]. Ils sont condamnĂ©s comme hĂ©rĂ©tiques. Ainsi que beaucoup d'autres mouvements dissidents ou contestataires, les cathares deviennent l'objet d'une lutte permanente. L'Église romaine tente d'en « purifier Â» la chrĂ©tientĂ© occidentale en excluant systĂ©matiquement tout individu ou groupe mettant en pĂ©ril le projet de sociĂ©tĂ© chrĂ©tienne qu'elle construit depuis le dĂ©but du Xe siĂšcle. Un critĂšre qui sera souvent utilisĂ© est leur refus du mariage, qui permettra de les nommer orgiaques et impies. Une priĂšre des confrĂ©ries corses porte toujours une mention de cette rĂ©putation de « satanales Â», lorsqu'elle dit, « chandeliers triangulaires aux cierges Ă©teints Â», Ă©cho des vices qui se pratiquaient prĂ©tendument dans les Ă©glises, une fois les cierges soufflĂ©s, et qui renvoie Ă  toutes les peurs de la sorcellerie, des messes noires, etc. Mais la cause principale est politique : les nobles occitan Ă©taient rebelles Ă  l'autoritĂ© française et romaine, plus riches et apprĂ©ciĂ©s des cours europĂ©ennes, les nobles occitans se permettaient bien trop de libertĂ© au gout du pouvoir français et romain. Il fallait les Ă©craser et, accessoirement, voler leur richesses. Ce fut fait. Plus de 1 500 000 occitans furent passĂ©s par les armes[rĂ©f. nĂ©cessaire], les villes occitanes furent entiĂšrement vidĂ©es de leurs habitants et ceux-ci tous occis, les grandes villes comme les plus modestes telle que Marmande .

Les tentatives d'éradication de l'hérésie par la prédication

L'Église catholique confie aux cisterciens, au XIIe siĂšcle, puis, avec plus de succĂšs, au XIIIe siĂšcle, aux ordres mendiants (aux franciscains et au nouvel ordre des dominicains, ayant reçu leur constitution en 1216) le soin de combattre ce danger de l'hĂ©rĂ©sie. Les cathares sont difficiles Ă  convaincre. La prĂ©dication ou le dĂ©bat doctrinal instaurĂ©s Ă  cette fin dans le Midi de la France par l'Église tourne court pour le moment, malgrĂ© la prĂ©dication de Saint Dominique, qui fut par la suite mise en valeur par l'Église.

La croisade contre les Albigeois

Article dĂ©taillĂ© : croisade des Albigeois.

Face Ă  cet Ă©chec de faire disparaĂźtre cette hĂ©rĂ©sie ainsi que celle des Vaudois, le pape Innocent III lance en 1208 contre les « Albigeois Â», ou cathares, la premiĂšre croisade qui se dĂ©roulera sur le territoire de la chrĂ©tientĂ© occidentale. Avec la Croisade contre les Albigeois, il s'agit pour l'Église de mater une hĂ©rĂ©sie, mais aussi en partie, pour le pouvoir central de la royautĂ© française, de soumettre les seigneurs du Sud, ses vassaux trop indĂ©pendants. NĂ©anmoins Philippe Auguste, le roi de France, ne voudra jamais participer personnellement Ă  cette croisade, mais il laissera ses vassaux libres de toutes actions. La guerre durera vingt ans (1209–1229). Il faut savoir que les domaines que tenaient le comte de Toulouse Ă©taient d'une richesse enviable. Eudes III Duc de Bourgogne, le comte de Nevers et le comte de Saint Pol prirent la tĂȘte des troupes levĂ©es par le pape. Simon IV de Montfort deviendra le chef de la croisade aprĂšs la prise de Carcassonne. En effet, Eudes III dĂ©cide de rentrer sur ses terres ainsi que le comte de Nevers et celui de Saint Pol aprĂšs avoir fait leur quarantaine. Ils n'acceptent pas la proposition d'Arnaud Amaury qui est de prendre les terres de Trencavel, ne voulant pas faire d'ombrage au roi de France. Cependant Eudes III restera encore quelques jours mais finira par rentrer chez lui. C'est Ă  ce moment qu'Arnaud Amaury donnera la tĂȘte de la croisade Ă  Simon IV de Montfort, ainsi que les terres de Trencavel et le titre de vicomte de Carcassonne.

La lutte armĂ©e pour « pacifier Â» le Languedoc se poursuivit dans le Midi tout au long du XIIIe siĂšcle. Elle est relayĂ©e sur un plan spirituel par l'institution de l'Inquisition, crĂ©Ă©e en 1231 pour traquer la « dĂ©pravation hĂ©rĂ©tique Â» et convaincre les cathares de revenir vers la foi catholique, apostolique et romaine.

La tĂąche de l'Inquisition fut facilitĂ©e par le refus du serment que pratiquaient les cathares. Ainsi, lorsqu'un inquisiteur interrogeait un parfait, les plus convaincus Ă©taient faciles Ă  dĂ©tecter. Les inquisiteurs (surtout les Dominicains) notaient soigneusement tous les interrogatoires et ainsi tous les Bons Hommes furent l'un aprĂšs l'autre arrĂȘtĂ©s suite, souvent, aux rĂ©vĂ©lations de leurs pairs. De plus, un cathare ne pouvait ĂȘtre sacrĂ© que par un parfait et les mourants ne pouvaient recevoir l'Absolution (consolamentum des mourants) que des mains d'un parfait. Que ce soit une tactique dĂ©terminĂ©e ou pas, l'Inquisition, en faisant disparaĂźtre le clergĂ© cathare, fit disparaĂźtre le culte avec lui, ce qui Ă©tait le but recherchĂ©.

Le sac de BĂ©ziers La ville de BĂ©ziers abritait des cathares ; elle Ă©tait tenue par les Trencavel, vassaux des comtes de Toulouse - excommuniĂ©s par le pape en raison de leur trop grande tolĂ©rance envers les Cathares. La mĂ©moire Biterroise conserve une place particuliĂšre Ă  une date pendant cette pĂ©riode : le 22 juillet 1209. Ce jour-lĂ , la Croisade des Albigeois, contre les Cathares, se traduisit par le sac et l’incendie de BĂ©ziers, et par le massacre d'une partie de sa population (le chiffre de 20 000 personnes, souvent citĂ©, est considĂ©rablement exagĂ©rĂ©, car la population totale de BĂ©ziers ne dĂ©passait pas Ă  cette Ă©poque 8 000 habitants), cathares comme chrĂ©tiens ― il n'est plus question ici de lutte religieuse, mais de combattre les hommes de seigneurs excommuniĂ©s et rebelles ― en l'Ă©glise de la Madeleine.

Le moine allemand CĂ©saire de Heisterbach (dont RĂ©gine Pernoud prĂ©cise qu'il est un auteur « peu soucieux d'authenticitĂ© Â») relate dans son Livre des Miracles, qu'il Ă©crit dix ans aprĂšs les faits, qu'Arnaud Amaury, le lĂ©gat du pape, Ă  qui on demandait comment diffĂ©rencier les cathares des bons catholiques de BĂ©ziers pour les Ă©pargner, dĂ©clara « Tuez-les tous, Dieu reconnaĂźtra les Siens. Â» Cette dĂ©claration ne se trouve dans aucun document historique, et elle n'a vraisemblablement jamais Ă©tĂ© prononcĂ©e, mais est employĂ©e frĂ©quemment depuis le film de tĂ©lĂ©vision sur les cathares La camĂ©ra explore le temps.

Le dernier voyage (De Montaillou Ă  Villerouge-TermenĂšs)

Les travaux inquisitoriaux de l'EvĂȘque de Pamiers, Jacques Fournier, auront bientĂŽt eu raison du « Dernier Parfait Â», Guilhem BĂ©libaste. Ce dernier, aprĂšs avoir commis un meurtre (1305), fut contraint Ă  l'exil, puis, aprĂšs une pĂ©nible initiation, fut ordonnĂ© parfait. Pour fuir l'inquisition, qui se faisait de plus en plus prĂ©sente, il alla se rĂ©fugier en Catalogne, puis Ă  Morella, en haut pays valencien (1309), d'oĂč il allait rĂ©guliĂšrement prĂȘcher et visiter la « diaspora Â» des hĂ©rĂ©tiques en exil installĂ©s dans toute cette rĂ©gion. En 1321, Arnaut Sicre le convainc de l'accompagner chez sa tante, dans le comtĂ© pyrĂ©nĂ©en du Pallars, Ă  la lisiĂšre du comtĂ© de Foix. Cela s'avĂ©ra ĂȘtre un piĂšge imaginĂ© par Fournier, dont Sicre exĂ©cuta la manƓuvre par cupiditĂ© et pour venger la mort de sa mĂšre victime elle-mĂȘme du bĂ»cher. EmprisonnĂ© et jugĂ© Ă  Carcassonne, l'inquisiteur Jean de Beaune le condamna au bĂ»cher. C'est Ă  Villerouge-TermenĂšs que le « dernier Bon Homme Â» acheva son ultime voyage par le feu (1322). Les quelques derniers hĂ©rĂ©tiques furent emprisonnĂ©s, jusqu'Ă  ce qu'Ă  partir de 1329, on n'entendit plus parler de « Bons Hommes Â» ni de « Bonnes Femmes Â» en pays occitan.

Les cathares en Corse

Article dĂ©taillĂ© : Giovannali.

C'est davantage dans la menace politique qu'ils représentaient qu'il faut trouver la véritable explication. D'autres chercheurs estiment que les Giovannali sont une branche de la dissidence franciscaine sans lien avec le catharisme.

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  • Brenon Anne, Les Fils du Malheur (L'Hiver du Catharisme, tome 2), L'Hydre, 2002.
  • Brenon Anne, Les CitĂ©s sarrasines (L'Hiver du Catharisme, tome 3), L'Hydre, 2003.
  • RenĂ©-Victor Pilhes, Le Christi, Plon, 1997
  • Jean-Louis Marteil, "Et dieu reconnaĂźtra les siens", 4 tomes : La main de Dieu, Les Chiens de sang, L'ombre de la Croix, La hache et le bĂ»cher, L'Hydre, 2002-2003
  • Michel Peyramaure, La passion cathare-les fils de l'orgueil 1 et 2, Édition de Cremille, 1990
  • Anton Dontchev, L'ÉpopĂ©e du livre sacrĂ©, Actes Sud, 1999
  • Adeline Yzac, EnĂ©a la cathare (jeunesse), L'Hydre Ă©dition, 2003
  • GĂ©rard Raynal, La promesse (crĂ©do cathare), TDO Éditions, 2009
  • Jean-François Nahmais, L'illusion Cathare, prix Jeand'Heurs du roman historique 1997, Albin Michel, 1997

Écrits cathares

  • Livre (cathare) des deux principes, trad. Christine Thouzellier, Cerf, 1973, 516 p. Le Livre des deux principes est un livre italien de la premiĂšre moitiĂ© du XIIIe siĂšcle, et par un fragment latin de la fin du XIIe siĂšcle de provenance occitane
  • Rituel cathare, trad. Christine Thouzellier, Cerf, 1977, 356 p. Le rituel cathare est attestĂ© en occitan et en latin, ainsi qu'en vieux slavon pour un fragment.
  • "Rituel de la sainte Église Cathare suivi d'une priĂšre Ă  l'Être SuprĂȘme", traduction par RenĂ© Nelli, Lavaur, Gaston Puel, 1964
  • Interrogatio Iohannis, rĂ©Ă©ditĂ© et commentĂ© par Edina Bozoky : Le Livre Secret des Cathares, Éditions Beauchesne, 1990.
  • anthologie : RenĂ© Nelli, Écritures cathares (1959), Éditions du Rocher. Contient un apocryphe bogomile (L'Interrogation Johannis ou CĂšne secrĂšte), deux traitĂ©s (TraitĂ© anonyme et Livre des deux Principes), de trois rituels (rituel latin de Florence, rituels occitans de Lyon et Dublin).

Notes et références

  1. ↑ Jean ChĂ©lini, Histoire religieuse de l'Occident mĂ©diĂ©val, Pluriel, 1991, p. 420.
  2. ↑ Julien ThĂ©ry, « Le drame cathare Â», Ă©mission Au cƓur de l'histoire sur Europe 1, 19 avril 2011
  3. ↑ Uwe Brunn, Des contestataires aux « cathares Â». Discours de rĂ©forme et propagande antihĂ©rĂ©tique dans les pays du Rhin et de la Meuse avant l’Inquisition, Collection des Études Augustiniennes, Etudes Augustiniennes, 2006
  4. ↑ Michel Roquebert, La religion cathare. Le Bien, le Mal et le Salut dans l'hĂ©rĂ©sie
  5. ↑ Anne Benon, Les cathares, Pauvres du Christ ou apĂŽtres de Satan ?
  6. ↑ Histoire des cathares par Michel Roquebert - Ed.Perrin - 1999
  7. ↑ Encyclopedia Britannica - Constantine Silvanus
  8. ↑ Dans une Histoire du diocĂšse de Sankt Pölten (Basse-Autriche) de Friedrich Schragl, Ă©dition Verlag Niederösterreichisches Pressehaus, St. Pölten-Vienne, 1985, l’on peut lire le passage suivant: En Autriche, on parle pour la premiĂšre fois d’hĂ©rĂ©tiques vers 1207 lorsque le duc LĂ©opold VI fit remarquer qu’il Ă©tait nĂ©cessaire de crĂ©er un diocĂšse viennois. En 1210, les annales de Klosterneuburg rapportent que le duc avait fait exĂ©cuter de nombreux patarins (c'est-Ă -dire des cathares) qu’il avait d’abord soumis Ă  la torture et qui avaient trouvĂ© beaucoup de partisans. Il faut donc en conclure qu’ils Ă©taient assez rĂ©pandus. Les faits ultĂ©rieurs indiquent que les tentatives d’extermination de la secte n’eurent pas de succĂšs.
  9. ↑ a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t et u RenĂ© Nelli, La vie quotidienne des Cathares du Languedoc au XIIIe siĂšcle, ISBN 978-2-253-03163-5
  10. ↑ J. Duvernoy, La religion des cathares, Toulouse, 1989, p. 93-97, 114-115. R. Poupin, "De mĂ©tempsycose en rĂ©incarnation, ou la transmigration des Ăąmes des temps cathares Ă  nos jours", in Catharisme, l'Ă©difice imaginaire, Carcassonne, coll. Heresis, 1998? p. 145-164.
  11. ↑ RenĂ© Weis, The Yellow Cross: The Story of the Last Cathars, Alfred A. Knopf, New York, 2000, p. 11–12.

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   EncyclopĂ©die Universelle

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  • Cathares — Catharisme La population expulsĂ©e de Carcassonne en 1209[rĂ©f. nĂ©cessaire]. On appelle « Cathares Â» (du grec ancien ÎșαΞαρός / katharĂłs, « pur Â») les adeptes d un mouvement religieux chrĂ©tien 
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